Archives du mot-clé : usages

Cours en ligne ouverts et massifs MOOCs: effet de mode ou révolution de l’éducation?

L’acronyme MOOC signifie en anglais «Massive Open Online Course»: il s’agit de la mise à disposition ouverte et massive sur Internet de cours interactifs d’études supérieures offerts à des dizaines de milliers d’étudiants en même temps. Est-ce la fin des cours ex-cathedra, des amphithéâtres, des professeurs délivrant leur cours devant le tableau et de se retrouver en classe à côté de ses camarades? Tous les acteurs sont dispersés partout dans le monde, actifs derrière des écrans, collaborant en ligne, en utilisant la puissance du net et des informations en réseau. Le contact est virtuel et à distance, les connaissances distribuées et co-construites, les rôles sont redistribués et chacun cherche sa nouvelle place.

MIT-CSAIL

Quels sont les enjeux des MOOCs?

Ce bouleversement va entraîner plusieurs effets. D’abord, l’étudiant va personnellement choisir, suivre et optimiser, discipline par discipline, son cursus et, si possible, avec les meilleurs pointures, des professeurs de Stanford, du MIT, de l’EPFL, de l’Université de Genève ou d’ailleurs. Cela veut dire qu’il sera possible de le faire selon ses besoins et là où on le souhaite. La notion de temps et de lieu s’estompe, les horaires sont flexibles et la contrainte des cours en classe disparaît. Comment alors structurer un établissement d’enseignement qui ne serait plus basé sur un temps fixe (l’horaire) et un espace tangible (la classe)? Cette déstructuration paraît de fait impossible. Pourtant, on devrait s’imaginer un instant comment ce nouveau système pourrait fonctionner. Prenons le cas d’un jeune étudiant qui voudrait obtenir la meilleure formation possible en informatique. Il a le choix de s’inscrire à l’EPFL et obtenir son diplôme en quelques années ou alors il pourrait suivre une quarantaine de cours de son choix avec les professeurs les plus pointus de grandes universités au monde (MIT, Harvard, Stanford ou EPFL). À la fin de ces deux filières de formation, il aurait soit un diplôme de l’EPFL, soit un dossier de certifications prestigieux. Il est à parier que lors d’une procédure d’embauche (par exemple chez un Google ou un Facebook), l’étudiant disposant d’un dossier de certifications issues d’universités renommées soit l’élu. Comment pourrait-il en être autrement si la valeur de ces certifications accordées par les meilleurs professeurs de la planète dépasse le niveau d’un diplôme décerné par une seule et unique université? Ceci d’autant plus vrai qu’aucune université ne peut se targuer de rassembler dans toutes les disciplines, les meilleurs enseignants au monde au sein de son institution. Cette impossibilité fragilise le système actuel face à l’offre nouvelle apportée par le système des MOOCs. Le changement va s’opérer sur le fait que la demande (celle de l’étudiant) va complètement chambouler la situation actuelle de l’offre (celle des universités).

MOOCs: utopie lointaine ou réalité émergente ?

Utopie? Pas vraiment, puisque aujourd’hui l’exemple choisi des études en informatique est devenu une réalité: il existe déjà une quarantaine de cours dans ce domaine offert sur Internet par les dix meilleures universités du monde. Bien sûr, la plupart des disciplines universitaires n’offrent pas encore à l’heure actuelle une telle diversité de cours, mais c’est juste une question de temps. Les principaux moteurs de ce changement sont à la fois la volonté des professeurs de renom d’atteindre le plus grand nombre et l’envie des étudiants de suivre les cours des meilleurs, en ce sens le principe des MOOCs est la réponse adéquate. Cette double approche de l’offre et la demande est une tendance quasiment irréversible, tant la convergence des intérêts semble être partagée.

Un effet aussi important qui ne manquera pas d’ouvrir des défis nouveaux est celui de la formation continue et tout au long de la vie. Le cours local a bien sûr ses avantages, mais on pressent une augmentation de formations de type massif et en ligne. Pensons aux employés motivés ou à certains chômeurs, aux budgets de formation en entreprise en diminution constante: face à une offre alléchante de cours de haut niveau en principe chers et réservés à une élite, voilà un moyen qui permet de mettre des signaux en avant quant à l’employabilité et la construction de connaissances nouvelles.

Il est donc facile de prédire le succès de ce système. La question qui ne manquera pas de se poser est qu’adviendra-t-il de l’ancien système? Cela annonce-t-il la fin de l’université et des formations telles que nous les connaissons? Si oui, quand?

L’EPFL donne un cours d’informatique à 53’000 étudiants

En septembre 2012, le professeur Martin Odersky de l’EPFL propose, sur un site MOOC appelé Coursera, son cours de Scala, le langage de programmation qu’il a inventé. Il s’agit d’un cours technique, qui est proposé aux étudiants de l’EPFL dans un mode présentiel classique. Sur Coursera, la plateforme de MOOC la plus en vue, ce cours est proposé sur une durée de 7 semaines, avec comme ressources plusieurs courtes vidéos (de 5 à 15 minutes), des lectures, des questionnaires et des exercices pratiques à rendre en ligne. Résultat: 53’000 étudiants se sont inscrits à travers le monde pour la première semaine de cours et au final un cinquième ont passé les évaluations avec succès. «Près de 10’000 étudiants qui obtiennent ce certificat en seulement deux mois, c’est bien plus que durant toute ma carrière!» déclare impressionné Martin Oderksy. Les étudiants proviennent de toutes les régions du monde: États-Unis bien sûr, mais aussi Russie, Angleterre et Allemagne ainsi que les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil. En grande majorité (85%) les étudiants inscrits sont déjà en possession d’un diplôme universitaire et cherchent donc à continuer à apprendre tout au long de leur vie, ce qui met les universités au défi d’utiliser ce type de canal pour la formation de base.

La course à l’éducation massive: Coursera, edX et les autres

MOOCs logosCoursera est un site de cours massivement en ligne initié par deux professeurs de Stanford, Daphne Koller et Andrew Ng. Ce site propose une plateforme qui permet de s’adresser non plus à des milliers, mais à des millions d’étudiants. Lancé en avril 2012, il attire aujourd’hui près de 2 millions de personnes à travers 200 pays. Les cours proviennent de 33 universités allant de l’Université de Toronto, à celle de Melbourne en passant par New Dehli et Edimbourg. Les cours en français sont principalement développés par l’EPFL qui s’y est engagée très tôt. Coursera est effectivement une start-up, financée par du capital risque, qui recherche son modèle d’affaires. Celui-ci pourrait être, par exemple, le passage d’examens certifiés et payants par une université, une certification ensuite rendue visible par l’étudiant sur Coursera; ou encore, avec l’accord de l’étudiant, la vente d’informations sur les cours effectués à des entreprises à la recherche de candidats. Face à ce modèle, le MIT et Harvard proposent edX, un service similaire mais basé, lui, sur un modèle non lucratif. Précédé par une offre en ligne de contenus bruts comme MIT OpenCourseware, la plateforme s’enrichit maintenant d’outils collaboratifs et de formats plus adaptés aux études massivement en ligne. D’autres grandes universités comme Berkeley rejoignent le projet edX et y offrent aussi leur contenus. Diverses initiatives privées ou publiques existent aussi comme par exemple Udacity, Stanford Venture-Lab, iTunes U, Udemy, P2PUniversity, Kahn Academy.

Comment les MOOCs deviennent-ils eux-mêmes plus intelligents?

Il est intéressant de remarquer que la plupart des initiatives de plateformes MOOC intègrent dans leurs équipes des laboratoires d’intelligence artificielle. Est-ce une coïncidence? Peut-être pas. En effet, des questions arrivent immédiatement lorsqu’on propose des cours à un public aussi nombreux: Qui sont les étudiants? Comment corriger leurs devoirs? Comment former des groupes de travail? Peut-on s’assurer que l’étudiant qui rend les travaux est bien celui déclaré? Ceci offre un terrain d’expérimentation idéal pour les travaux de recherche sur l’intelligence collective et artificielle. Un algorithme peut former des groupes sur la base de critères tels que l’effort déclaré que l’étudiant souhaite fournir ou sa langue maternelle. Les contenus peuvent être aussi enrichis par les forums et les travaux des personnes suivant les cours. Les corrections des devoirs sont dans ces systèmes souvent effectuées par d’autres étudiants. Ces mêmes travaux peuvent ensuite aussi parfois être évalués parallèlement par un expert et selon la qualité de la correction observée, on peut ensuite apprendre à reconnaître les « bons » correcteurs parmi les étudiants eux-mêmes. On peut même envisager d’identifier un étudiant en reconnaissant son rythme de frappe lorsqu’il soumet un travail comme une sorte de signature unique et personnelle.

Le chemin des MOOCs reste à construire

Il est certain que certains défis majeurs restent à résoudre, comme la tricherie, le besoin de contact « offline » entre étudiants ainsi qu’entre étudiants et professeurs en plus de celui « online », la pression de la gratuité des contenus sur les universités qui peut aussi conduire à une dilution des cours, et, finalement, le retard des autres nations en dehors de l’offre du continent Nord Américain. Peut-on l’ignorer? Certainement pas. Tout reste à apprendre.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Internet: de la communication à la conversation

Depuis quelques années, à chaque fois que Darius Rochebin énonce le sommaire en début de son téléjournal, nous n’exprimons plus aucune surprise car nous en connaissons le contenu. En effet, bien avant le rendez-vous de 19h30, toutes ces informations ont été mises à notre disposition sur nos « smartphones » via la nébuleuse Internet. Elles nous ont été envoyées en flux tendu et constant.

C’est cela la nouvelle réalité.

Aucune « nouvelle » transmise par les médias traditionnels n’est vraiment « nouvelle ».

Du moment où chacun d’entre nous, a instantanément et gratuitement accès à l’information, et ceci n’importe où dans le monde, alors l’asymétrie de l’information qui prévalait dans l’ancien monde s’estompe chaque jour un peu plus. Ceux qui la détenaient comme l’industrie des médias, se trouvent subitement privés de cet avantage compétitif qui leur procurait pouvoir et profit.

Ainsi les présentateurs des journaux télévisés apparaissent soudainement très pâles derrière leur prompteur et leur prestation s’apparente à une sorte de karaoké de l’information dans une lecture des nouvelles du jour dont ils n’ont plus la primeur.

Cette révolution, produite par la fin de l’asymétrie de l’information, conduit notre société vers une nouvelle forme de communication plus proche de la conversation que de la propagande. En effet, l’émetteur d’information qui devait jusqu’alors utiliser des canaux de diffusion bien définis et contrôlés, a aujourd’hui, la liberté d’entrer via Internet directement en contact avec le monde entier ou presque.

Ce détournement des canaux de diffusion traditionnels par Internet engendre une communication ouverte, plus ou moins incontrôlable, instantanée et sans territoire. Ainsi, elle est elle-même obligée de changer de ton. Moins propagandiste, plus conversationnelle. Elle cherche à susciter le dialogue en tentant de le rendre plus positif et bienveillant. Il s’agit d’entraîner tout un chacun vers le « buzz », c’est-à-dire vers une diffusion large afin de porter le message le plus loin possible. Ici, la question des relais devient primordiale, car ce sont eux qui vont assurer la diffusion et il faudra trouver un moyen pour que ce passage s’effectue sans trop de déformation mais sans contrôle.

Des expériences ouvrent discrètement ce champ encore peu exploré. A la télévision, avec « Le deuxième écran » qui permet de complémenter les reportages diffusés durant le journal sur un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable très souvent regardés aujourd’hui simultanément à la télévision. A la radio aussi avec « En ligne directe » qui interpelle le débat avec les réseaux sociaux sur une question quotidienne d’actualité, débat ensuite relayé avec des invités sur les ondes.

A travers l’évocation de ces quelques attributs du changement, on s’aperçoit à quel point la nouvelle communication explore de nouveaux formats de sens et de nouveaux processus de diffusion. C’est pourquoi, on parle désormais plus de « storytelling » que de messages. Selon Wikipédia, le « storytelling » est une méthode utilisée en communication basée sur une structure narrative du discours qui s’apparente à celle des contes, des récits. La forme du « storytelling » se prête mieux à la conversation qui échappe largement à l’émetteur de l’information pour emprunter un processus de diffusion qui se rapproche alors de la conversation du café du commerce.

Formaté sous une forme narrative, le message ou l’information tient mieux la distance de la déformation inévitable lors de sa diffusion et va ainsi se répandre de proche en proche dans une sorte de réseau immense de micro relais.

Relayer, c’est déformer sauf si l’information se trouve bien formatée dans la structure du récit.

Voilà, l’art de la conversation qui prend le dessus sur celui de la communication.

Examinons cette affirmation à partir de trois cas: celui des médias, des réseaux sociaux et des relations publiques.

Les médias

Dans le cas des médias traditionnels, c’est-à-dire hors du champ d’intervention d’Internet, la crise dite du journalisme n’est ni une crise conjoncturelle liée à un changement passager de l’évolution économique, ni structurelle qui correspondrait à un changement technologique ou à un nouveau modèle économique, non il s’agit vraiment d’une crise systémique. C’est le système qui change plus que les acteurs et leurs actions. La fin de l’asymétrie de l’information implique un changement de format de l’information et de son processus de diffusion.

Prenons un exemple. Le Prix Pulitzer a récompensé en 2010 pour la première fois une journaliste Internet de la rédaction du site américain ProPublica. La lauréate Sheri Fink, journaliste Web dans la catégorie « journalisme d’investigation » nous relate une histoire dans un grand hôpital de la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina comme une véritable expérience partagée.

Son reportage nous a fait découvrir petit à petit à travers des séries détaillées, les décisions de vie et de mort prises en urgence par les médecins épuisés et les conséquences liées à ce désastre humanitaire. Cet enchaînement de faits n’est pas offert sur un plateau mais se lit comme un script avec des rebondissements, des flashbacks et des répercussions judiciaires et humaines.

Cette évocation expérimentale rend caduque pour toujours l’article de presse traditionnel. Albert Einstein disait déjà que « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information ». Il faut désormais s’y habituer: l’information est devenue connaissance. Les nouveaux outils développés à partir d’Internet ont transformé l’exhaustivité de l’information sur un sujet en s’appropriation et en partageant l’expérience. YouTube, Facebook, Google, Wikipedia, iPhone, iPad, etc. sont les nouveaux outils de ce nouveau pouvoir distribué. Ils affectent l’information en la transformant en une expérience susceptible de nous instruire réellement. Voilà un changement de système qui est en train de s’opérer activement.

En effet, les institutions nous ont d’abord transformé en consommateur-producteur, c’est-à-dire une sorte de consommActeur capable de court-circuiter les intermédiaires, mais elles nous ont simultanément transféré le pouvoir de construire nos propres expériences. De simples canaux de communication, ces plateformes nous muent maintenant en producteurs et vecteurs de contenus. Une intelligence collective avec des interactions multiples de membres connectés est née et se construit grâce aux nouvelles stratégies du Web participatif. Comme nous l’annonçait Marshall McLuhan, le célèbre théoricien des médias, nous transformons nos outils et ensuite ceux-ci nous transforment.

Les réseaux comme le partage de vidéos en ligne sur YouTube, de savoirs sur Wikipedia, de liens sociaux sur Facebook ou encore de photos sur Flickr illustrent clairement cette puissante métamorphose.

Les réseaux sociaux

Si le journalisme introduit de la connaissance alors les réseaux sociaux créent de la conversation. Basées sur des expériences partagées, les relations entre membres d’un réseau social s’apparentent davantage plus à une immense conversation qu’à de la communication. Chacun se raconte en détaillant ses expériences et chacun participe au récit de l’autre. C’est de ce type de conversation dont il s’agit.

Il est clair que lorsqu’une histoire globale entre en résonance avec ce fond conversationnel alors un « buzz » émerge. Tout le monde se met à commenter et à dialoguer sur cette narration, cette « story » commune et partagée.

Ainsi, il est schématiquement possible d’avancer qu’une histoire devient globale dès lors qu’elle quitte le champ du personnel, du réseau strictement réservé aux ami(e)s. Sur Facebook, chacun des « murs » devient alors le pan d’une muraille de l’actualité. C’est pourquoi il est aisé d’observer lorsque par exemple, survient un massacre dans une université américaine, que tous les « murs » personnalisés de Facebook se mettent à vibrer pour relater en même temps sous le coup de l’émotion, les réactions des internautes. Au fur et à mesure que la conversation s’emballe et se propage, elle devient globale. Il en est de même sur Twitter ou d’autres réseaux sociaux.

Donc subitement, des milliers de « petites » conversations souvent spontanées et parfois insignifiantes, deviennent sous la pression d’un événement ou d’une « story », une conversation planétaire comme le monde n’en avait encore jamais connue jusqu’alors.

Pour les institutions comme les États, les administrations, les entreprises ou les organisations de la société civile, la situation est devenue complexe. En effet, une information ou une rumeur qui serait véhiculée comme une « story » va prendre des proportions parfois démesurées sans que personne ne puisse ni la contrôler, ni la stopper. Il s’agit là bien d’une machinerie nouvelle capable de tout dévaster sur son passage. Cela a été le cas notamment pour les photos dégradantes de victimes prises par les soldats américains lors de la guerre en Irak ou en Afghanistan ou pendant le printemps arabe, les films amateurs qui ont relaté l’autre vérité.

Ce qu’il faut comprendre dans ces phénomènes de conversation via les réseaux sociaux, c’est à la fois leur capacité de mobilisation sans précédent et la force du « storytelling » qui est entrain de remplacer l’information traditionnelle dans nos sociétés modernes.

Les relations publiques

Que ce soit au niveau des collectivités publiques ou des entreprises privées, les relations publiques sont devenues au fil des ans, une fonction indispensable de la communication avec le grand public. Cette fonction s’était professionnalisée. Mais brusquement Internet et les réseaux sociaux ont changé la donne. Il est aujourd’hui difficile de constituer un message pour le grand public dès lors que ce dernier formate librement le sien à une échelle plus vaste.

Le domaine des relations publiques a cherché par tous les moyens à entrer en contact avec ces réseaux en ouvrant maladroitement des pages Facebook. Le résultat a été souvent décevant car leurs pratiques n’ont pas évolué. Il est toujours en train de communiquer alors que les réseaux sociaux dialoguent.

Toutefois, cette erreur d’appréciation a été dans certains cas corrigée et quelques tentatives de dialogue ont été amorcées. Mais en règle générale ce fut un échec et il suffit pour s’en convaincre de penser à la difficulté des dirigeants, y compris ceux de Facebook, d’entrer en conversation avec leurs millions de membres ou clients. On mesure alors l’ampleur du problème et du chemin à parcourir.

Il s’agit bien de reconsidérer totalement la question: « Communiquer n’est pas converser ».

Dès lors, que l’on accepte cet état de fait, il faut revisiter les théories de l’information et de la communication notamment celles de Claude Shannon et de ses pairs et favoriser celle par exemple, du « end to end ». Dès lors, il est crucial de considérer que la communication devient un mixage du contenu, de sa forme et de la relation comme le propose Paul Watzlawick de l’École de Palo Alto.

Dans la même optique, le format et le processus de la conversation doivent d’abord être pensés, mis au point avant même d’être offerts au dialogue. C’est là que peut aussi intervenir le concept de « storytelling », car il offre une forme relativement stable au récit.

Pour les administrations publiques, c’est évidemment un effort nouveau et important à fournir car elles n’ont quasiment jamais envisagé les choses sous cet angle. Qui dans l’organisation pense à la « story », nouvelle forme contemporaine d’entrer en dialogue avec les clients, les citoyens?

Ainsi, on peut avancer sans trop se tromper qu’une très grande révolution de la communication est en marche et que ceux qui n’en comprendront pas les tenants et aboutissants, risquent fort bien de le payer cher en terme d’image.

Xavier Comtesse, Avenir Suisse et Giorgio Pauletto, Observatoire technologique.
Texte paru comme article dans « Affaires Publiques »
Illustrations: http://adsoftheworld.com/taxonomy/brand/maximidia

Tendances technologiques et sociétales 2012

23 décembre 2011 — Giorgio Pauletto

Comme chaque fin d’année, le monde des planneurs stratégiques et des veilleurs s’agite autour des tendances émergentes pour l’année à venir. Voici plusieurs Top 10 sur les tendances et leur articles associés.

Pour ma part, j’en retiens 5 (comme cela a été le cas auparavant ici ou ici par exemple):

    1. Mobile: la montée des smartphones et tablettes est évidente, mais les impacts sont encore largement à venir, de plus l’ordinateur se fond toujours plus dans les objets qui nous entourent; ajoutons que l’HTML5 devrait encore amplifier ce phénomène.
    2. Social: les réseaux sociaux et l’autonomisation réelle qu’ils permettent sont devenus des enjeux technologiques et sociaux importants; cette tendance ne demande qu’à être transformée dans les organisations et à continuer son avancée dans la société en tenant mieux compte des aspects de protection de la sphère privée.
    3. Consumerisation: aujourd’hui les technologies les plus influentes sont d’abord apprivoisées par les individus et non les entreprises; l’écosystème des ces appareils et de ces services entre de plus en plus dans les organisations par la petite porte, cette tendance continue à monter et devient très importante.
    4. Cloud / AppStores: ayant créé des attentes souvent exagérées, ces deux mouvances complémentaires vont prendre leur pleine ampleur en entrant de façon globale dans les habitudes de consommation, mais aussi dans les propositions des fournisseurs.
    5. Big Data: en digitalisant nos systèmes d’information, nous avons créé un réel déluge de données ce qui est à la fois un peu inquiétant, mais aussi porteur de potentiels énormes; que ce soit au niveau de la santé, de l’éducation, des administrations, au niveau professionnel mais aussi au niveau personnel cette tendance nous impacte; le phénomène Open Data repris dans plusieurs billets dans ce site en est aussi l’exemple notamment pour le secteur public; nous n’avons vu que le début de ce que peut représenter l’analyse et la synthèse (par la visualisation, par exemple) de cette masse de données.

En conclusion, prises une par une aucune de ces tendances n’est révolutionnaire. En revanche, elles entrent petit à petit en résonance ensemble, en se renforçant les unes les autres ce qui les rend puissantes et robustes. Leur influence sera cruciale sur les organisations, les individus et l’administration de demain.

Très belles fêtes et excellente nouvelle année 2012!

———
Gartner Identifies the Top 10 Strategic Technologies for 2012

      1. Media Tablets and Beyond.
      2. Mobile-Centric Applications and Interfaces.
      3. Contextual and Social User Experience.
      4. Internet of Things.
      5. App Stores and Marketplaces.
      6. Next-Generation Analytics.
      7. Big Data.
      8. In-Memory Computing.
      9. Extreme Low-Energy Servers.
      10. Cloud Computing.

http://www.gartner.com/it/page.jsp?id=1826214
———
CIO.com: Top Ten Tech Predictions for 2012

      1. Data becomes liquid.
      2. Consumerization of IT explodes.
      3. User Interface becomes User Engagement.
      4. E-commerce doubles down on social and mobile.
      5. Virtualization goes viral.
      6. Operationalize cloud.
      7. Befriend or battle the Chief Financial Officer and Chief Marketing Officer.
      8. Internal and external growth intensifies.Internal and external growth intensifies.
      9. The global economy looms larger.
      10. CIO relevance is tested again.

http://www.cio.com/article/695458/Top_Ten_Tech_Predictions_for_2012
———
IBM: The Next 5 in 5, Innovations that will change our lives in the next five years

      1. Energy: People power will come to life
      2. Security: You will never need a password again
      3. Mind reading: no longer science fiction
      4. Mobile: The digital divide will cease to exist
      5. Analytics: Junk mail will become priority mail

http://www.ibm.com/smarterplanet/us/en/ibm_predictions_for_future/ideas/index.html
———
Pete Cashmore: The Top 10 tech trends for 2012

      1. Touch computing
      2. Social gestures
      3. NFC and mobile payments
      4. Beyond the iPad
      5. TV Everywhere
      6. Voice control
      7. Spatial gestures
      8. Second-screen experiences
      9. Flexible screens
      10. HTML5

http://edition.cnn.com/2011/12/19/tech/innovation/top-tech-trends-2012/index.html
———

La coopération intergénérationnelle: un défi ou une opportunité pour les organisations ?

2011-11-25 — Giorgio Pauletto

La démographie ne serait pas le seul facteur déterminant quant à la destinée du monde. Mais le constat est là: nous sommes face à un plus grand nombre de générations aussi bien dans notre société que dans nos organisations. Ce mélange amène-t-il des difficultés ou au contraire est-il une source d’opportunités? Comment bien appréhender la gestion des âges?

Lors de la convention Afope, institut de l’organisation en entreprise, j’ai participé en tant que co-animateur aux deux jours de réflexion sur ce sujet avec les participants.

L’intervenante principale Birgit Peeters, fondatrice de Aquincum et experte dans les nouvelles formes de travail, que j’accompagnais, ainsi que Nicolas Flamant, anthropologue de formation et DRH de Spie-Batignolles, ont mis en évidence plusieurs points saillants:

  • Les générations sont relatives et multifactorielles. Birgit Peeters montre que nous amenons souvent des stéréotypes sur les générations: les jeunes ne sont pas de bons leaders, un sénior n’est plus motivé car proche de la retraite, une jeune femme sera accaparée par ses enfants et sa famille…
  • Au contraire, nous dit-elle, on retrouve des points communs à toutes les générations: bonne ambiance de travail, sens de la mission, autonomie, sont essentiels pour une motivation intrinsèque.
  • Le questionnement sur les jeunes générations est récurrent dans le temps. On entend parler d’une « génération plus fragile, ayant moins le goût de l’effort, avec qui le dialogue est plus difficile, mais qui paradoxalement fait preuve de plus de maturité. Mais ce texte date de… 1972! » souligne Nicolas Flamant.
  • Les jeunes générations entrantes dans les organisations amènent les changements de société. Nous vivons parfois dans une situation paradoxale: nous évoluons plus facilement dans les changements dans nos vies personnelles que dans nos vies professionnelles. On se débrouille pour comprendre un nouveau service en ligne sur internet (par exemple comment utiliser Skype pour appeler ses enfants ou petits-enfants) mais il nous faut de longues formations pour se servir d’un ordinateur en entreprise. Les jeunes générations mettent en quelque sorte le monde professionnel en face de certaines réalités.
  • La contradiction peut devenir intolérable si on persiste à associer nouvelles formes individualisées de travail avec les anciennes formes de management. Là aussi les situations paradoxales peuvent être source de dissonances: les organisations sont basées sur la stabilité et les standards, la hiérarchie et l’intégration de longue durée, alors que les signaux qui sont donnés sont des frontières floues entre vie privée et professionnelle, une pression sur les postes de travail et la nécessité de collaborer de façon plus transverse.

Lors de l’atelier, avec les participants, nous avons recueilli plusieurs pistes concrètes pour l’avancement de la gestion des âges dans les entreprises, pistes qui demandent bien sûr à être élaborées et accompagnées par des spécialistes en la matière:

  • Intégrer les nouveaux arrivants quel que soit leur âge,
  • Mettre en place un tutorat intergénérationnel,
  • Utiliser les générations intermédiaires comme trait d’union entre les extrêmes (sur lesquelles on se focalise parfois trop),
  • Inclure la gestion des âges dans la politique de l’entreprise, par exemple dans les valeurs concernant la diversité et la non discrimination,
  • Évaluer les efforts dans ce sens au cours des entretiens RH,
  • Communiquer sur les initiatives au sein des organisations pour les rendre lisibles et visibles.

Les généralités sur les générations ont été balayées pour laisser place à une vision plus globale qui transcende les âges, tout en tenant compte des spécificités propres aux personnes, non seulement par rapport à leur âge, mais aussi à leur compétences, leurs savoirs et leurs aspirations.

Plusieurs lectures sur ces questions sont disponibles sur le site de Aquincum pour approfondir la réflexion.

En prime, une présentation que j’ai effectuée sur ce thème quelque semaines après:

 

Il est aussi intéressant de revoir un témoignage sur les usages de la génération Y pour mieux saisir les enjeux liés à leur intégration dans nos organisations, notamment quant aux tendances montantes que sont les téléphones portables et les réseaux sociaux.


Tous amis! Les réseaux sociaux envahissent les administrations

par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto

Tout le monde en parle, tout le monde s’accorde à dire que les réseaux sociaux vont changer notre quotidien, beaucoup d’entre nous s’y inscrivent, et pourtant, les plus sceptiques se demandent encore et toujours à quoi cela peut-il bien servir? Ne sommes-nous pas tout simplement en train d’étaler notre vie privée sur le Web? N’est-ce pas juste un dernier gadget à la mode? Un rapide tour d’horizon, à travers ce dernier grand phénomène de société, va nous permettre de définir de nouvelles et de concrètes applications utilisables par les administrations publiques.

Le but poursuivi étant évidemment d’anticiper les changements profonds de société avant que ceux-ci ne nous rattrapent, forçant alors les dirigeants des institutions publiques à des réactions tardives, voire désespérées. Le «printemps arabe» a démontré la puissance mobilisatrice de Facebook contre des régimes autoritaires, installés depuis des décennies. Les jeunes d’abord, puis leurs aînés ont saisi ce champ de liberté, d’ouverture et d’expression qu’offraient les réseaux sociaux. Après la parole, les actes ont suivi. La révolte a grondé et a détrôné des pouvoirs en apparence immuables. La surprise fut totale. Pour nous aussi. Désormais, il n’est plus possible d’ignorer la capacité de mobilisation et d’expression de ce phénomène digital.

Mais qu’en est-il exactement chez nous?

Si les deux moteurs des réseaux sociaux sont la liberté d’expression et l’action, une fois transférés entre les mains de simples citoyens, on peut juste s’interroger: comment cela se passe et va-t-il se passer dans nos contrées? En effet, la liberté d’expression est une liberté déjà garantie par nos constitutions; cependant, on peut noter que dès lors que cette dernière est prise en charge par le citoyen ordinaire, elle échappe aux filtres des intermédiaires que sont les médias, les leaders d’opinion ou les institutions sociales ou politiques en place comme les États ou leurs administrations.

En court-circuitant, en quelque sorte, les usages de la transmission des informations et des connaissances, le citoyen ordinaire s’empare d’objet, question ou produit autrefois asymétriques pour les rendre populaires, totalement asymétriques et gratuits. En effet, l’information et la connaissance dans le monde que l’on est en train de quitter, étaient l’affaire de quelques intermédiaires qui en avaient le monopole et en faisaient profit. En déplaçant cette asymétrie, les réseaux sociaux sont en train de bouleverser en profondeur les équilibres sociaux au profit du plus grand nombre. En d’autres termes, on assiste à l’appropriation par les gens ordinaires du pouvoir d’émettre des informations, d’acquérir ou de parfaire des connaissances et de donner sans complexe leurs jugements à l’ensemble de la population. Les canaux de médiatisation traditionnels ont perdu justement cette fonction de canalisation.

Du coup, l’abondance et parfois la pléthore d’informations, de connaissances et de jugements, parfois contradictoires, posent aujourd’hui problème. Là encore, les réseaux sociaux interviennent et, à l’avenir, vont davantage intervenir pour offrir une autorégulation «naturelle». En effet, à l’intérieur de la discussion collective émergent des intervenants, sortes de personnalités à fort «capital social», qui, en quelque sorte, recadrent la discussion et font office de leaders d’opinion. A la différence du monde précédent, les leaders sont choisis par le plus grand nombre et non pas par un système de cooptation ou par catégorisation professionnelle. Il n’est plus forcé d’avoir fait une école de journalisme avec mécanisme de sélection et diplôme à l’appui pour apparaître sur Internet comme une source fiable d’information. En revanche, il faut montrer par sa pertinence et sa compétence que l’on occupe cette position.

Le doute s’installe, car, dès lors, deux systèmes s’affrontent. D’un côté, il s’agit d’une personne peut-être peu expérimentée mais avec une forte capacité de discernement et surtout de rapporter fidèlement ce qu’elle rapporte (vécu, entendu, vu) et, de l’autre, des spécialistes (historiens, ethnologues, journalistes, critiques littéraires…) qui ont établi un certain nombre de critères de «fiabilité» des «sources» qu’ils sont obligés de prendre en considération dans leurs propres démarches «scientifique» et «professionnelle ». La qualité n’est donc plus; le seul critère, la sélection non plus, seul compte la pertinence du propos.

Ce changement n’est pas temporaire, il s’installe comme un autre paradigme de la transmission d’information, de connaissance et de jugement. Les canaux traditionnels semblent suivre le mouvement et même courir après lui, sans toutefois l’atteindre tellement la fin de leur monopole de l’asymétrie de l’information a transformé leur modèle économique. La crise profonde des médias est là pour nous le rappeler.

Qu’en est-il de l’action ?

Dans les pays du «printemps arabe», on observe une poussée radicale de l’action entreprise par des gens ordinaires qui font la révolution. Chez nous, c’est beaucoup moins clair! Pourtant, on pourrait noter que si pour les jeunes arabes l’absence d’ascension sociale a été le déclencheur de cette révolte, il n’en est peut-être de même en Europe, du moins dans le Sud. On sait désormais que de nombreux jeunes diplômés en Grèce, Espagne, Portugal ou Italie sont au chômage ou font des petits boulots mal rétribués. Cette génération «600 » va-t-elle accepter longtemps encore cette situation ou va-t-elle aussi réagir? En tous les cas, les facteurs de révolte sont réunis, car «leur avenir semble à leurs yeux pire que leur passé». Le nord de l’Europe n’est pas en reste. Les mouvements comme les «Flash Mob» ou plus revendicatifs comme celui des «Critical Mass» sont la résurgence de mouvements annonciateurs d’une volonté de changement, hors des institutions habituelles (partis, syndicats, associations, etc.) Les réseaux sociaux comme Facebook jouent ici également leur rôle de mobilisateur. Certes, les objets et le mode de révolte sont différents, mais les moyens technologiques sont identiques. Le monde semble se réveiller totalement connecté.

Qu’en est-il des administrations?

Face à ces mouvements hostiles à la centralisation et aux intermédiaires, les administrations sont également mises en cause, pas seulement sur les aspects de leurs prestations quantitatives mais plutôt sur le qualitatif (par exemple, fermeture de rues versus trafic), moins sur les conditions cadres économiques que sur la qualité de vie (par exemple, croissance versus logement), pas tellement sur leur contrôle social notamment à travers leur forme de communication (par exemple sur la question du nucléaire par l’administration japonaise). Dès lors, l’administration doit évoluer rapidement. L’enjeu est de regagner la confiance du citoyen. Celle-ci passera en premier par l’établissement d’une nouvelle forme de communication, plus proche du dialogue «bottom up» que de l’information «top down».

Ensuite, il s’agira de donner plus de liberté aux citoyens, non pas leur participation aux systèmes décisionnaires (la démocratie directe y répond déjà) mais plus dans la co-création de fonctionnalités de l’administration de demain. En d’autres termes, il faut donner aux citoyens des outils de création du «bien commun» qui est en gestation.

Enfin, il s’agit de donner plus d’autonomie et de réduire le contrôle sur une population avide d’action. Ici, il est question de transformation de la relation administration/administré. L’expérience de «GovLoop» (voir plus bas) aux États-Unis pourrait nous fournir des pistes de réflexion utiles.

En conclusion, les conséquences du «printemps arabe» et de la catastrophe nucléaire de Fukushima auront, sans doute, plus de conséquences sur notre propre système que l’afflux tant redouté de travailleurs immigrés ou d’éventuelles retombées de particules radioactives sur nos têtes! C’est pourquoi, en mesurer le plus rapidement possible les effets serait un atout pour notre société. En ouvrant de nouvelles perspectives aux administrations publiques, cette série d’articles, se propose d’anticiper concrètement les évolutions à venir pour pouvoir mieux les maîtriser.

Quatre exemples de réseaux sociaux:

  • Govloop.com Créé en 2008 par Steve Ressler, ce réseau social est devenu la plateforme de rencontre de plus de 40 000 fonctionnaires américains. Dédié à l’échange de «bonnes pratiques» et à la discussion, le site Internet est aujourd’hui à l’avant-garde de l’innovation administrative aux États-Unis. Formé d’une multitude de groupes thématiques (700), il offre une richesse de points de vue et d’expériences partagées qui a fait des émules en Angleterre, Australie, Pays-Bas, Brésil ou Israël qui utilisent des plateformes similaires.
  • Canalpublic.fr Lancé le 23 février 2011, cette plateforme française est d’abord un outil professionnel pour les fonctionnaires de l’Hexagone. Evolution de sa carrière, échange d’informations et mutualisation des pratiques sont à la base du concept. Philippe Batreau, ancien fonctionnaire, a créé, dès 1999, des sites Internet pour accompagner le service public sur Internet. Il s’agit, comme Govloop.com, aujourd’hui, d’entreprises privées.
  • Rezonance.ch Fondé par Geneviève Morand en 1999, ce site Internet n’est pas particulièrement dédié à la fonction publique, mais son histoire, son implantation lémanique sa performance ont fini par en faire un site unique et incontournable en Romandie et où un bon nombre de fonctionnaires l’ont rejoint. Ouvert à l’innovation, des groupes dits d’émergence réfléchissent collectivement à l’avenir de la région. En ce sens, il correspond parfaitement aux besoins de la population, des entreprises et des institutions publiques.
  • Avaaz.org Le site met en œuvre un outil mondial de pétitions en ligne qui donne aux citoyens les moyens de peser sur les décisions politiques mondiales. Lancé en 2007, il compte aujourd’hui plus de 7 millions de membres. Traduit en sept langues, il touche des domaines divers qui vont de la sauvegarde de l’environnement aux droits humain et aux conflits religieux. Les pétitions regroupent de 500’000 à 1’000’000 signataires digitaux dans des temps record, en utilisant les effets de réseau d’autres sites comme Facebook ou Twitter.

Cet article est paru dans «Affaires Publiques» du 24 juin 2011.

Journée de la 3D à Genève

Avec le SITG, le canton de Genève a la chance de disposer d’un système d’information géographique performant qui, en plus de 400 couches accessibles via un guichet 2D, est également riche des données 3D des bâtiments du canton (accessibles via un guichet 3D dédié). Les usages et les technologies permettant la valorisation des ces données 3D n’en sont qu’à leurs débuts mais témoignent déjà d’une vitalité impressionnante.

Pour prendre la mesure de cette dynamique, Claudine Métral et Alain Dubois (Université de Genève) ainsi que Laurent Niggeler (géomètre cantonal) ont organisé hier leur première Journée de la 3D dont les objectifs étaient de mettre à jour nos connaissances dans le domaine de la 3D, de découvrir les innovations actuelles dans ce domaine et d’en appréhender les tendances et les développements futurs. Dans cette optique, la centaine de participants a pu suivre une dizaine de présentations ainsi que la table ronde proposées par les organisateurs.

La journée a été introduite par Michèle Künzler, magistrate en charge du Département de l’Intérieur et de la Mobilité du canton de Genève qui a souligné la nécessité de considérer l’information que crée et gère l’administration comme une ressource stratégique. Le SITG est de ce point de vue emblématique. D’une part en raison de sa richesse et de son utilité déjà démontrée en interne de l’administration, mais aussi et surtout parce qu’il constitue selon elle un formidable outil d’aide à la décision et de démocratie participative que nous devons encore apprivoiser. Et parce qu’elle « parle » très directement à la population, la 3D a un rôle important à jouer, que l’on pense à des domaines comme  l’urbanisation ou la mobilité. En évoquant la participation citoyenne, Michèle Künzler insiste sur le fait que les services que l’on peut apporter aux citoyens, grâce notamment aux données du SITG, doivent être co-construits avec eux: « on ne peut plus arriver vers le citoyen en lui proposant un produit fini ! »

Parmi les interventions de la journée, quelques unes ont particulièrement retenu mon attention. Pascal Peyronnet et Nicolas Paparoditis ont ainsi présenté le projet de recherche Terra Numerica qui s’est notamment attelé à la modélisation 3D de la ville de Paris. L’objectif est de travailler d’une part sur les technologies qui facilitent la modélisation 3D et l’accès à ces données. Mais dans le même temps les acteurs du projet explorent la multiplicité des usages liés aux données 3D. Les premiers résultats sont impressionnants, tant du point de vue des technologies d’acquisition développées que par les données ainsi collectées (maquette 3D texturée de Paris intramuros ou modélisation haute résolution de la rue Soufflot). Terra Numerica a ouvert la voie à 4 autres projets qui vont explorer des problématiques spécifiques:

  1. Terra Magna qui met en place une plate-forme SIG 3D dont le but est de fédérer et gérer un ensemble de données géographiques et qui soit dotée d’outils et de services web permettant à la fois d’enrichir et mettre à jour ces données, mais aussi de les utiliser lors de nouvelles études;
  2. Serious Games qui vise à exploiter les données 3D de Terra Numerica pour entraîner les conducteurs de bus parisiens avec des dispositifs de réalité virtuelle;
  3. Terra Dynamica qui s’intéresse aux dynamiques urbaines (création d’une ville virtuelle réaliste « peuplée » d’habitants et de véhicules réalisant leurs activités habituelles mais aussi capables de réagir aux événements et de s’adapter aux évolutions de l’environnement de manière crédible);
  4. Terra Mobilita qui s’attaque aux problématiques d’accessibilité (physique) en milieu urbain.

Stephan Nebiker de l’Institut de géomatique et d’ingéniérie de la FHNW à Muttenz étudie pour sa part les nouveaux champs d’application de la 3D. Après une illustration des forces et faiblesses des différents modes d’acquisition de données 3D (géométrie 3D, modélisation urbaine issue d’images et modélisation urbaine issue de nuages de points), il a évoqué l’exploitation de nuages de points par des communautés plus larges que celles des professionnels de la géomatique. Cette tendance évoquée plus tard lors de la table ronde est matérialisée par le projet OpenWebGlobe lancé par la FHNW.

Modélisation 3D en nuage de points

Autre projet illustratif des potentialités de la 3D dans le domaine de l’aide à la décision, celui présenté par Yacine Benmansour du laboratoire [mip] de modélisation informatique du paysage de l’hepia à Genève. Les recherches menées par Olivier Donzé et Yacine Benmansour visent à construire des passerelles entre le monde des SIG et celui de la visualisation 3D. La présentation de deux études réalisées pour le Département de l’Intérieur et de la Mobilité (DIM) du canton de Genève a parfaitement illustré cette volonté: en utilisant les données 3D du SITG ainsi que des données de mobilité, le [mip] a simulé des foules en situation de mobilité intermodale (flux des transports publics, du trafic privé et des piétons). Dans le cadre d’un réaménagement du réseau de lignes de tram à Genève, ces simulations ont aidé les décideurs en leur simplifiant la lecture d’une masse d’information complexe et indigeste pour le commun des mortels.

Simulation de mobilité multimodale

Dans un tout autre registre, Christian Père et Jean-François Coulais ont présenté le projet Gunzo qui, grâce aux technologies de réalité augmentée, permet de visualiser et de redécouvrir la maquette numérique du site de l’abbaye de Cluny à travers des interfaces orientables. Se plonger dans l’histoire en redécouvrant grâce à la 3D l’évolution du site de Cluny à travers les âges, c’est également explorer la 4ème dimension, celle du temps. C’est donc un voyage dans la 4D qui nous a été proposé avec une illustration des nouveaux horizons que cela ouvre.

Des start-ups actives dans le domaine de la 3D ont également présenté leur savoir-faire. Je retiendrai la genevoise arxIT qui propose une gamme d’applications pour téléphones mobiles (telle que Ge-Tag)  s’adaptant au profil et aux besoins de chaque utilisateur en s’appuyant sur un moteur de confiance maison. Ainsi que la société bretonne Newscape Technology qui travaille sur l’amélioration des performances d’affichage de jeux de données 3D sur smartphones avec des résultats impressionnants.

La journée s’est conclue avec une table ronde animée par Michel Kasser de l’ENSG et consacrée à l’avenir de la 3D. On y a notamment évoqué des préoccupations autour des  notions d’ouverture, d’interopérabilité et d’archivage numérique. Au niveau des usages, on a mentionné la probable montée en puissance de la 3D comme outil d’aide à la décision, de modélisation ou de réhabilitation de sites. Michel Kasser a insisté sur la nécessité de savoir remettre les outils et les données 3D entre les mains des utilisateurs comme sait très bien le faire Google: les professionnels des SIG et de la 3D en demandent peut-être trop au détriment de l’utilisabilité et de l’appropriation de ces technologies. Dans tous les cas, le monde de la 3D aura du pain sur la planche ces prochaines années et une édition 2012 de cette journée genevoise de la 3D est d’ores et déjà attendue avec impatience. Un grand merci à Claudine, Alain et Laurent pour leur initiative!

Quels sont les usages d’internet et des médias des jeunes suisses?

01 mars 2011 – Giorgio Pauletto

Comment les jeunes suisses utilisent-ils les médias pour accéder à l’information aujourd’hui? Quels sont leurs usages principaux?

Ce sont ces questions auxquelles les chercheurs de plusieurs hautes écoles et universités ont apporté un éclairage en effectuant un sondage représentatif des jeunes suisses de 12 à 19 ans.

Le rapport 2010 issu de cette recherche intitulé « JAMES » pour « jeunes, activités, médias » donne des informations intéressantes, souvent préssenties, mais jamais encore étayées par une étude statistique fondée. Le rapport est entièrement téléchargeable sur le site de l’étude JAMES.

Les principales conclusions tirées par cette photographie des usages des jeunes suisses en 2010:

  • Le téléphone portable est le média le plus important chez les jeunes actuellement.
  • Durant leur temps libre, ils surfent volontiers et utilisent les médias digitaux, mais ces activités n’enlèvent pas leur intérêt à rencontrer des amis (en chair en en os), faire du sport ou simplement ne rien faire.
  • Pour se procurer des informations en ligne les réseaux sociaux (de type Facebook) s’ajoutent aux moteurs de recherche classiques (comme Google).
  • Presque tous les foyers interrogés possèdent un téléphone portable multifonction, un ordinateur et un accès à Internet.
  • La création de contenus est importante sous des formes diverses comme des photos, des vidéos, des podcasts, du remix, des articles, de la participation active à des forums, blogs, chats.

Indépendamment de l’étude, on retrouve beaucoup de points communs dans un témoignage effectué toujours en 2010 chez des collégiens à Genève:

Histoires d’usages 2010 from Observatoire technologique on Vimeo.

Sur l’étude citée plus haut voir aussi sur le web:

Administration Demain

Cette étude est une synthèse prospective de la situation présente et à venir pour Genève dans le cadre du projet d’Administration en Ligne.

Elle est basée sur une analyse internationale avec des missions de recherches factuelles en Allemagne, Estonie, Canada, États-Unis, Finlande et France mais aussi sur ce qui se fait en Suisse et à Genève. Tout en cherchant à développer un argumentaire politique et visionnaire, l’étude se fonde sur du narratif existant et fortement documenté. L’étude se veut accessible et transparente. Elle tient à rendre compte des progrès accomplis tout en offrant une feuille de route claire mais largement encore ouverte.

Cette étude a été réalisée dans le cadre de l’Observatoire Technologique (OT) du Centre des Technologies de l’Information (CTI) du Département des Constructions et des Technologies de l’Information du Canton de Genève, Suisse.

A l’intention du politique, du législatif et de l’administration, cette étude tente d’éclairer le chemin à parcourir et se conçoit ainsi et avant tout comme un outil de travail.

Auteurs: Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto

Lien direct vers le document PDF (1.87 MB) AdministrationDemain2010-06-02.pdf

 


 

Une présentation du rapport en vidéo

http://vimeo.com/20507253

http://www.youtube.com/watch?v=7mAjzA2zOAo

 

Un support présentation sur Slideshare