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Transparence et blockchain hackathon

Ethereum

Le 26 novembre dernier, à l’initiative du Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et de l’Institute of Information Service Science et avec le soutien de l’Observatoire technologique et du think tank Think Services, près de 70 personnes se réunissaient dans les locaux du CUI à Battelle pour un hackathon d’un genre un peu particulier consacré à la transparence. Particulier parce qu’il réunissait bien des hackers et des développeurs passionnés comme d’habitude, mais parce que dans le même temps des innovateurs, des designers, des fonctionnaires et autres citoyens concernés s’étaient joints à la fête.

La transparence constitue une opportunité majeure de repenser la démocratie en général et nos administrations publiques en particulier. Les défis dans ces domaines relèvent de questions importantes touchant notamment à la décentralisation, à la responsabilité, à la confiance ou à la sécurité.

Ce hackathon de 8 heures avait ainsi pour objectif d’explorer co-créativement de nouvelles approches et opportunités pour repenser la démocratie ainsi que les services proposés par les administrations publiques en utilisant la technologie blockchain qui offre des propriétés intéressantes de traçabilité et de confiance dans ce contexte: immutabilité et transparence des transactions dans le blockchain.

Pour l’occasion le professeur Jean-Henry Morin avait invité des membres de la communauté Ethereum (@ethereumproject) à venir partager leur plateforme dans le cadre de ce hackathon. C’est presque toute la délégation d’Ethereum que nous avons eu la chance d’avoir parmi nous avec Vitalik Buterin (@VitalikButerin)Stephan Tual (@stephantual), Ken Kappler (@KapplerKen), Taylor Gerring (@TaylorGerring), Mihai Alisie (@MihaiAlisie) et Roxana Sureanu (@RoxanaSureanu).

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

La plateforme Ethereum

La journée débute avec une présentation générale d’Ethereum, tout à la fois plateforme technologique, communauté et fondation. Ce sont les membres de la communauté Ethereum qui commencent par nous expliquer en quoi consiste leur plateforme.

L’objectif du projet est de «décentraliser le Web» en créant, à partir notamment de la technologie blockchain, une architecture qui doit permettre de créer une symphonie de solutions dans des domaines variés (médecine, votations, etc). Cette plateforme présente l’avantage dans ce contexte de vérifier une transaction numérique via le consensus d’une communauté d’utilisateurs distribuée, sans avoir à gérer la confiance ainsi obtenue via une autorité centrale. Cette notion de confiance distribuée et décentrlisée constitue le cœur d’Ethereum. C’est en bâtissant des solutions qui l’intègrent dans leurs gênes que l’on parviendra à réformer le système. Car si le blockchain a d’abord été implémentée pour vérifier les transactions de monnaies virtuelles telles que Bitcoin, elle peut être utilisée dans le même esprit pour n’importe quel contenu numérique et par conséquent pour concevoir n’importe quel service.

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We need more transparency in our society !

 

En proposant une solution technique qui permet de repenser notre vision de la confiance, de la sécurité, de la réputation ou de la transparence, la communauté Ethereum veut permettre aux gens de se questionner sur la manière dont nous effectuons de nombreuses opérations actuellement. Le modèle décentralisé proposé par leur plateforme casse en effet les hiérarchies dont s’accommode mal le monde de l’Internet et devrait permettre l’émergence de nouveaux modèles d’affaires en abaissant considérablement la barrière d’entrée sur ces technologies aux potentialités considérables. Pour l’illustrer, on rappelle par exemple que l’infrastructure Bitcoin est 14’000 fois plus puissante que les 500 plus gros supercalculateurs de la planète.

Ethereum se positionne donc comme l’un des acteurs qui va proposer les outils qui vont participer à la redistribution de la croissance de l’économie du partage dans une logique d’autonomisation. Un participant relève cependant que dans ce domaine il faut bien intégrer deux acceptions de la confiance que les anglo-saxons distinguent clairement: la notion de TRUST (avec le cerveau) et CONFIDENCE (avec les tripes). On touche ainsi à la notion de réputation à laquelle Ethereum ne va probablement pas pouvoir répondre dans un premier temps. Mais les gens d’Ethereum sont convaincus que dans un proche avenir nous allons disposer des outils et des services qui vont nous permettre de mieux gérer la réputation en particulier et les aspects sociaux de manière générale.

Dans tous les cas, les technologies blockchain font déjà leur chemin hors des cercles d’initiés puisque des institutions établies telles que l’Union de Banques Suisses considèrent avec sérieux les potentialités offertes (voir par exemple cet article). Le vote électronique constitue un autre domaine dans lequel cette technologie est prometteuse.

People01

Manifestement les membres de la communauté Ethereum ont poussé leur réflexion bien au-delà de la technologie elle-même. Ces jeunes sont motivés et enthousiastes et ils ont manifestement envie de changer le monde. Ils ont été particulièrement convaincants dans les réponses très cohérentes qu’ils ont apportées aux questions fondamentales qui ont été posées, que celles-ci touchent à la technologie, à la confiance, ou à la perspective sociétale dans laquelle l’envisager.

Les différentes présentations amènent d’ailleurs tellement de questions que le hackathon prend du retard sur l’horaire prévu. Mais cela n’a pas trop d’importance au vu du nombre et de la richesse des discussions que cela a généré, que ce soit sur des sujets techniques ou sur des notions plus fondamentales impactées par les potentialités amenées par ce type de technologie.

La suite de la matinée enchaîne sur  un brainstorming de 30 minutes afin de proposer des idées de réalisations sur le thème de la transparence en se basant sur la technologie blockchain. Huit sujets sont proposés et les les participants embrayent sur 6 d’entre eux. Les réflexions sont nourries; on discute, on se défie, on dessine, on code…

Cette période de créativité dans les différents groupes me laisse le temps de discuter avec Taylor Gerring et Mihai Alisie, deux des membres de la fondation Ethereum qui participaient à l’événement. Ils m’apprennent que la fondation est actuellement concentrée à améliorer la robustesse et la fiabilité de la plateforme. La communauté est composée majoritairement de geeks qui ont rejoint le projet pour proposer une plateforme riche de promesses qui va permettre des avancées significatives dans de nombreux domaines. Des événements tels que ce hackathon les aident à faire connaître leur technologie, à la confronter au regard pointu des développeurs et à envisager de nouvelles applications.

GeekAttitudeMais au fil de la discussion, je suis frappé par la prise de recul que Tylor et Mihai réussissent à prendre par rapport à ce projet technologique. Tous deux ne perdent pas de vue le sens qu’ils donnent à tout ça. Pas de faux-fuyant dans leur discours; ils n’ont pas toutes les réponses à  mes questions et ils ne prétendent pas être les sauveurs de la planète. Ils travaillent en toute humilité sur une technologie riche de promesses qu’ils vont mettre à disposition de tous, sans orientation politique aucune. Les gens me disent-ils s’en empareront comme bon leur semble. Pour le meilleur, espèrent-ils, même si ils ne peuvent pas exclure des usages non souhaités. Mais il est illusoire selon eux d’imaginer de contrôler cela. Dans tous les cas, ils s’inscrivent dans une dynamique dans laquelle je me retrouve entièrement. Ils m’apprennent enfin que la majorité de la communauté Ethereum provient d’Europe et d’Amérique du Nord; mais elle compte également des contributeurs dans de nombreux autres pays.

Restitution des différents groupes

La dernière heure de ce hackathon est consacrée à la restitution des cogitations/réalisations des 6 groupes.

Ideas & Teams

Ideas & Teams

Groupe n° 1

Use of the block chain to manage rights on digital contents

Le groupe imagine une solution de gestion des droits associés à des contenus digitaux (ex fichiers, images, videos, etc). L’avantage est de pouvoir gérer des droits qui sont transférables de manière irrévocable grâce à la technologie blockchain. Une telle solution serait naturellement extensible à d’autres thématiques. Le groupe a évoqué une solution qui serait très utile dans la gestion des contrats juridiques. Une implémentation native de la licence Creative Commons serait tout à fait envisageable dans ce contexte.

Groupe n°3

Taxpayer spending and tracability

Le groupe a modélisé son approche. Leur idée est de pouvoir suivre l’utilisation qui est faite de nos impôts. Chaque contribuable pourrait recevoir disposer d’un compte créé via blockchain sur lequel sont versés ses impôts. Il dispose alors d’une traçabilité sur l’utilisation de cet argent. On peut imaginer que les gens ont la possibilité de prioriser la manière dont leur argent est dépensé ou alors de déterminer des seuils au-delà (seuils hauts ou bas) desquels leur argent n’est plus affecté à telle ou telle politique publique. Cela devrait permettre aux individus d’avoir un meilleure compréhension de la manière dont leur argent est dépensé.

Groupe n°4

Trustworthy file transfer

En se basant sur les mécanismes de certifications proposés par la plateforme Ethereum,, le groupe imagine une solution de transfert de fichier certifiée qui permet d’échanger des fichiers de manière sécurisée et certifiée. Un groupe de geeks, puisqu’ils ont déjà commencé à coder la solution qui selon eux fonctionne presque. L’ébauche de solution EtherFileCertification est publiée sur GitHub.

Groupe n°6

Transportation management

Le groupe imagine une solution de mobilité conçue selon deux perspectives: celle de l’utilisateur des transports publics et celle du transporteur. L’idée est de pouvoir identifier et suivre tous les bus circulant sur le réseau de transports publics et de pouvoir remonter les problèmes qui peuvent y être liés. Dans le même temps la solution doit permettre de gérer le payement et toutes les informations qui transitent autour de la mobilité et de remonter des informations utiles pour améliorer le réseau en fonction des besoins d’usagers (certifiés grâce à Ethereum).

Groupe n°7

eParticipation

La participation des citoyens grâce au numérique devrait pouvoir prendre une dimension nouvelle avec les potentialités offertes par la plateforme Ethereum. Le groupe part de cette hypothèse pour imaginer une observatoire participatif de la démocratie. L’idée est de documenter et de valider tout le processus démocratique et de le rendre ainsi plus ouvert et plus transparent en y incluant des mécanismes de validation qui améliorent le niveau de confiance global du système. Les commentaires et informations remontés sur la plateforme sont certifiés par la technologie Ethereum. Jean-Henry Morin évoque à propos de cette idée la nécessité de considérer le droit à l’oubli comme un prérequis du système.

Groupe n°8

Socially responsible code writing

Au vu des similarités entre les deux, le groupe propose une solution qui soit capable de gérer le code légal avec la même richesse de fonctionnalités que le code informatique. Il imagine par exemple un mécanisme de vote pas-à-pas sur les différents articles d’un texte de loi en considérant chaque article comme un objet indépendant. Une fois un quorum atteint, on peut transférer le texte de loi ainsi élaboré dans le processus habituel de votation. Un tel système devrait favoriser le droit d’initiative et abaisser la barrière d’entrée dans le processus démocratique.

Conclusion

Jean-Henry Morin conclut la journée en remerciant les participants et en interpellant les représentants de la communauté Ethereum: ce hackathon a démontré que les potentialités d’Ethereum sont innombrables et nous amènent bien au-delà du paradigme des crypto-monnaies d’où est née la plateforme. Stephan Tual l’admet bien volontiers et nous apprend que c’était le premier événement de ce genre autour d’Ethereum, c’est à dire en dehors des communautés traditionnelles de cryptographie.

Jean-Henry se réjouit en tous cas du grand nombre de gens présents et de la qualité et de la diversité des idées générées lors de cette journée. Les participants au hackathon sont selon lui tous des innovateurs en puissance qui vont changer le monde. Il conclut avec cette image forte reprise d’une discussion avec un membre de l’équipe Ethereum :

Nous participons à une course dans laquelle des gens comme ceux de la communauté Ethereum espèrent « être prêts » avec des solutions qui permettront au monde de s’en sortir lorsqu’il se cassera la figure (ou du moins lorsque le paradigme actuel aura vécu).

 

Rendez-vous est pris pour 2015 à une date restant encore à déterminer mais probablement sur la fin de l’été, début de l’automne.

Le soir-même Jean-Henry Morin a présenté les résultats de ce hackathon lors du 2ème Rendez-vous de la transparence organisé par le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence du canton de Genève.


Références

Ethereum white paper : https://www.ethereum.org/pdfs/EthereumWhitePaper.pdf

Quelques références sur l’Etherpad de Ethereum

 


Un tout grand merci aux sponsors qui ont permis de réaliser cette journée dans des conditions parfaites :

University of Geneva, Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et Institute of Information Service ScienceThinkServices.chObservatoire technologique, DGSI, Etat de GenèveFree IT Foundation et Fondation Raymond JacotSBEXEverdreamSoftOpendata.chEthereum

On a causé de protection de la sphère privée…

Anne Catherine Salberg, Patrick Genoud, Giorgio Pauletto, Jean-Henry Morin et Nicolas Ducret

Des habitués (déjà!) et de nombreux nouveaux venus pour la causerie du jeudi 19 avril consacrée à la protection de la sphère privée et à la transparence. C’est l’équipe de ThinkData.ch qui a animé la soirée. ThinkData.ch est un service en ligne de sensibilisation à la protection des données et à la transparence destiné dans un premier temps aux organisations, mais par la suite à tout un chacun: employés, citoyens ou anonymes.

Basé sur une approche reposant sur les récits (de courts scénarios), le service propose d’aborder ce domaine sous plusieurs angles: par thèmes, par métiers ou par les données elles-mêmes. A chaque histoire correspondent des liens sur des exemples réels ou des ressources externes, des recommandations et des principes juridiques de base .

Le service a été réalisé par un groupe de travail interdisciplinaire du think (do) tank ThinkServices actif sur le thème « Données, Société et Transparence ». Jean-Henry Morin et Isabelle Dubois ont tout d’abord partagé les réflexions du groupe sur le thème du jour et sur l’évolution du service ThinkData.ch. Jean-Henry Morin a ensuite sollicité l’assemblée pour imaginer des idées de scénarios au travers d’une courte mais intense séance de brainstorming. Les bases d’une vingtaine de nouveaux récits ont ainsi été produites par des participants manifestement très concernés. Un grand merci à eux pour leur enthousiasme et pour leur contribution au projet!

La discussion qui a suivi nous a emmené à travers des thématiques aussi diverses que les réseaux sociaux, le cloud computing, l’open data ou le droit à l’oubli. Les participants ont soulevé de nombreuses questions, souvent en lien avec leur réalité quotidienne, qu’elle soit privée ou professionnelle. A ce sujet le monde des PME semble devoir être une cible privilégiée de ThinkData en raison du manque de ressources et d’énergie qu’elles peuvent effectivement consacrer à une prise en compte correcte de la protection des données.

ThinkData veut développer le service dans les prochains mois. De nombreuses pistes ont été été évoquées, allant de la prise en compte de la multiplicité des juridictions, au multilinguisme, en passant par l’utilisation des serious games pour en faciliter l’appropriation. Les participants à la causerie ont apporté leur pierre à l’édifice en proposant d’autres idées d’évolution:  regards croisés sur une même thématique (p. ex. employeur vs employé), interfaces de programmation (API) pour accéder directement au contenu du site ou boutons de popularité des scénarios. Certains ont également proposé des pistes de financement pour faciliter la mise en musique de toutes ces bonnes idées !

L’équipe de ThinkData a conclu la causerie en invitant les participants à s’impliquer dans ce projet passionnant qui s’inscrit dans une réelle perspective de responsabilité sociétale.

Causerie ThinkData April 2012

Le podcast de cette causerie (merci les Musekeepers!).

Lancement de ThinkData

24 janvier 2012 — Giorgio Pauletto

A l’occasion de la journée de la protection des données vous êtes cordialement invité-e à la conférence de lancement de:

ThinkData est un service interactif de sensibilisation à la protection des données et à la
transparence dans le cadre organisationnel.

Issu d’une réflexion menée par un groupe de travail interdisciplinaire, dans le cadre d’un laboratoire d’idées sur la science des services et l’innovation (ThinkServices), il repose sur une approche par récits permettant de s’approprier concrètement les questions posées par la protection des données et la transparence selon différents angles : les données, les métiers et les pratiques professionnelles.

Vous êtes cordialement invité-e à assister à ce lancement en présence des membres du groupe de travail. A cette occasion, M. Jean-Philippe Walter, préposé fédéral suppléant à la protection des données et à la transparence et membre du groupe de travail, s’exprimera sur l’origine et les objectifs de la journée de la protection des données avant de proposer une réflexion sur le thème: « Risques et enjeux des technologies pour les droits et libertés fondamentales ».

Ce service sera ouvert au public pour son lancement le vendredi 27 janvier 2012 à 10h00:

Programme
Accueil, Prof. Olivier Glassey, IDHEAP, Lausanne
Présentation de ThinkServices et du ThinkGroup Données, Société et Transparence,
Prof. Jean-Henry Morin, Université de Genève
Exposé de M. Jean-Philippe Walter, préposé fédéral suppléant à la protection des
données et à la transparence, Berne
Démonstration du service ThinkData, Mme Isabelle Dubois, préposée cantonale à la
protection des données et à la transparence, Genève

La conférence sera suivie d’une séance de questions pour le public et les médias,
ainsi que d’un apéritif.

Inscription gratuite: http://www.amiando.com/ThinkData

Lancement du Think Group "Données, Société et Transparence"

Dans le cadre du think tank Think Services et à l’initiative du professeur Jean-Henry Morin (département de systèmes d’information de l’université de Genève), le Think Group « Données, Société et Transparence » a vu le jour en décembre 2010. Le 14 janvier dernier se tenait la première séance de ce groupe qui réunit une quinzaine de personnes de provenances diverses. Outre les membres de l’Observatoire technologique, on y trouve des juristes, des sociologues, des spécialistes de sécurité informatique, des spécialistes des technologies numériques, des préposé(e)s à la protection des données, un designer et une responsable de ressources humaines.

Cette diversité de points de vue ne sera pas de trop pour éclairer le sujet riche mais combien difficile de la protection des données et de la transparence à l’heure de l’Internet. Lors de la séance de lancement les participants s’étaient accordés pour aborder cette problématique sous un angle très concret. L’objectif initial que s’est donné le Think Group est ainsi de proposer d’ici à la fin de l’année 2011 un kit d’auto-évaluation en matière de protection des données et de transparence. Ce kit doit permettre de cristalliser les réflexions qui seront lancées autour de cette problématique sur un sujet concret et éviter ainsi une dispersion des idées que d’aucuns perçoivent comme un écueil important lorsqu’on évoque le sujet.

La première séance de travail s’est tenue dans les locaux de l’Université de Genève à Battelle sous forme d’une séance de brainstorming visant à répondre à trois questions:

  1. A qui peut s’adresser ce kit (publics cible) ?
  2. Quels sont les objectifs poursuivis et les résultats attendus avec ce kit ?
  3. Que recouvre le kit (thématiques, types de données et de services concernés, etc.)

Lors de la phase initale d’idéation, on constate d’emblée la richesse des points de vue amenés par les différents intervenants: la complémentarité des perceptions et des approches ne manquera pas de porter ses fruits par la suite, ceci d’autant que l’ouverture d’esprit des participants est palpable. Au sein des trois groupes créés pour l’occasion, on ressent clairement une tension entre les deux thématiques que nous tenons à traiter ensemble: protection des données ET transparence. Gérer cette tension constituera sans aucun doute une difficulté majeure mais en même temps un gage de succès pour le Think Group.

Les idées ne manquent pas !

La phase d’idéation a permis de récolter de nombreuses idées. Des thématiques qui n’avaient pas été explicitement envisagées jusqu’ici ont émergé: mobilité, géodonnées, tagging, données 3D, etc. Et comme dans toute démarche d’innovation, il va falloir par la suite synthétiser, trier et prioriser ces différents éléments, ce que nous n’avons pas eu le temps de faire lors de la séance. Mais l’envie d’aller de l’avant ne manque pas: envie qui s’est traduite dans une appropriation du Think Group puisque plusieurs participants se sont proposés pour travailler sur les données de cette première phase d’idéation.

La prochaine séance, agendée au 11 février prochain, visera à prioriser les réponses apportées aux trois questions du jour. Elle devrait également nous permettre de travailler sur les forme(s) et format(s) à imaginer à ce kit d’auto-évaluation en matière de protection des données et de transparence. Il faut espérer que la créativité sera au rendez-vous durant cette séance et débouchera sur des pistes originales.

Si ce billet vous interpelle et que vous avez des compétences, du temps et de l’énergie à consacrer à cette initiative, annoncez-vous! Le Think Group « Données, Société et Transparence » se veut en effet ouvert!

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Pour mémoire (et parce que le site web du think tank n’est pas encore très fourni), Think Services est un think tank créé à Genève en 2009 à l’initiative du professeur Michel Léonard de l’Université de Genève et des membres de l’Observatoire technologique. L’objectif de Think Services est d’aider les gens à s’approprier durablement la dynamique des services.

Présentations et résumé de la Journée de rencontre 2010

La confiance à l’ère du numérique

20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique

Plus de 250 personnes ont assisté à cette manifestation et ont pu prendre la mesure des enjeux liés à la confiance à l’ère du numérique.

Si la confiance joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de notre société, elle reste cependant un concept difficile à appréhender en raison de la complexité et de la pluralité des situations dans lesquelles elle s’exprime. Et alors même que cette notion nous échappe dès qu’on cherche à la cerner et à la caractériser dans le réel, le monde numérique semble vouloir en redéfinir les règles ou du moins en privilégier certaines au détriment des autres. Comment préserver ce véritable « repère public » dans le nouveau paradigme de la société de l’information et de la connaissance? Cette 20ème Journée de rencontre a confronté plusieurs regards croisés pour apporter des éléments de réponse à la question.


Robert Monin

La judiciarisation croissante de notre société reflète probablement un état de méfiance des citoyens à l’égard des leurs institutions. S’écarter de la sclérose qui les guette, promouvoir un vrai « vivre ensemble » nécessitera de renforcer le lien social dont la confiance constitue l’un des piliers. Cet enrichissement concret dans nos manières d’interagir avec les autres induit par les nouvelles technologies nous obligera à être d’autant plus imaginatifs sur ce terrain.

Dans ce monde (numérique) en perpétuel changement, Genève peut heureusement s’appuyer sur les hommes et des outils qui facilitent son adaptation à ce nouveau paradigme et l’aident à gagner la confiance des citoyens par rapport à ces nouveaux usages. Inspirer ou restaurer la confiance passera par une voie qui reste encore à définir, sachant que le statut d’autorité de l’administration et les dispositifs sécuritaires sophistiqués n’y suffiront pas.


Olivier Glassey

Si la sociologie inscrit la confiance dans le temps et en admet l’incomplétude, elle nous enseigne surtout qu’elle a une fonction: nous simplifier la vie et apporter des solutions qui nous permettent de gérer la complexité. A la fois jugement, appel à la coopération comme à la réciprocité, sa manifestation obéit en règle générale à une architecture où contexte et réputation font écho aux émotions.

La confiance numérique a beau devoir s’appliquer sur des objets originaux, ses mécanismes s’apparentent à ce qui se fait dans le monde réel. Les indicateurs de confiance sont stabilisés dans la vie de tous les jours alors qu’ils sont encore en voie de formation dans l’univers numérique. La logique des transactions qui fait suite à des avis favorables ou non échappe ainsi à toute linéarité. Comme notre capacité à interpréter ces indicateurs s’affine en parallèle, la confiance numérique reste très largement un apprentissage à faire.


Renaud Francou

Sur Internet comme dans la langue anglaise, la confiance a deux visages: la confiance (trust) contextuelle, risquée, pari sur le comportement et les compétences de l’autre en situation d’incertitude et qui inclut un risque irréductible; et l’assurance (confidence) destinée à élargir la confiance en réduisant l’incertitude, voire à couvrir le risque.

L’agenda actuel de la confiance étant majoritairement tourné vers la sécurité, ces deux composantes sont sous tension. Les pratiques de confiance inattendues symbolisées par l’émergence des réseaux sociaux, des forums de patients ou du peer-to-peer font contrepoids aux démarches traditionnelles saturées d’orientations sécuritaires.

Nos travaux révèlent des pistes d’innovation génératrices de confiance avec quatre défis à relever: développer les dispositifs de confiance manquants, mieux cerner les potentialités de la confiance peer-to-peer, outiller les individus pour qu’ils accordent leur confiance à bon escient et envisager la confiance relationnelle comme un facteur différenciant.


Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg

Avec la mise en application de loi sur l’information du public, l’accès aux documents et la protection des données (LIPAD), l’administration vit un changement de paradigme qui prône l’avènement de la culture de la transparence. A Genève deux cents institutions sont soumises à cette loi dont nous devons veiller à l’application.

Autorité indépendante, sans pouvoir de contrainte, notre bureau formule des recommandations dans le cadre de projets qu’on nous soumet sur une base volontaire. Dans notre pratique, nous avons opté pour un outil baptisé « agrément » que nous délivrons suite à des concertations interdisciplinaires. Celles-ci ont au coeur de nos récentes expériences avec la ville de Genève ou l’aéroport. Selon nous la confiance ne peut s’installer que dans le strict respect des règles établies et des médiations entre toutes les parties prenantes d’un projet.


Jean-Henry Morin

Même si l’on parle de « trusted computing », l’instauration de la confiance ne se vérifie pas sur le terrain. Au contraire, les exemples pris dans le secteur des organisations ou du divertissement (dé)montrent que la non-confiance règne.

Le fait que 53% des salariés contournent les dispositifs de sécurité pour simplement pouvoir effectuer leur travail répond aux autres hérésies que sont la présomption de culpabilité et la criminalisation des gens ordinaires. Il faut arrêter de promouvoir ce type de sécurité paranoïaque.

« Not to trust » n’est pas la solution. Ma proposition vise à introduire des autorisations adaptées. En échange d’une information qui l’identifie, une personne obtient un droit temporaire surveillé, applicable dans la sphère privée ou au travail. Cette confiance éclairée mais pas aveugle a comme avantage de postuler notre responsabilité, et par conséquent de nous investir. Si vous ne devez retenir qu’une chose, ce sera celle-là.


Jean-Marie Leclerc

Il faut veiller à ne pas placer le centre de gravité de la confiance numérique au mauvais endroit: la confiance, qu’elle soit numérique ou non, est une affaire de responsabilité individuelle que le secteur public doit savoir prendre en compte.

Dans ce contexte la transparence joue un rôle essentiel. Notre administration doit la promouvoir en acceptant les contraintes qu’elle impose. Nous pouvons pour cela nous appuyer sur un cadre éthique tel que celui proposé au travers de la norme ISO 26’000.

Il faut aussi considérer les devoirs liés à la LIPAD comme une opportunité pour générer encore plus de confiance. Car ces cadres éthiques et juridiques cristallisent des réflexions largement partagées qui sont à la source de la confiance.

Dans cet esprit, la société de l’information et de la connaissance ne se construira pas sans concertation et sans débat public. L’expérience du eVoting à Genève est là pour l’illustrer!