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On a causé Société 3.0…

Nous contribuons

Société 3.0

Lumières numériques et biens communs


Pour garantir une société de l’information inclusive et à dimension humaine, la société civile doit pouvoir mettre en place les démarches et les outils qui y contribueront de manière pérenne. Mais a-t-on identifié aujourd’hui ces pré-requis indispensables ? 

Lionel Lourdin en est convaincu ! Avec une poignée d’amis entrepreneurs il a posé les bases d’une démarche visant à mettre en place la Société 3.0, celle des lumières numériques et des biens communs. En alliant l’universalité de l’Internet à l’ancrage territorial des tiers-lieux et en misant sur les développements contributifs nous y arriverons affirme-t-il.

Pour découvrir quelles réalités se cachent derrière ces concepts, nous en avons causé avec Lionel le 21 janvier dernier à la Muse Genève

Le document fondateur de la Société 3.0 est disponible sur GitHub.   


 

De sa passion pour le développement contributif, les technologies libres et l’entrepreneuriat, Lionel Lourdin s’est spécialisé dans l’étude des nouveaux modèles économiques et de leurs modes de gouvernance. Il a initié et participé à la constitution de plusieurs sociétés et fondations spécialisées dans la génération de biens communs. 

On a causé de Tiers-Lieux…

Tiers-Lieux

Le terme Tiers-Lieu est aujourd’hui largement utilisé pour évoquer des structures facilitant l’émergence de l’innovation. Leur particularité réside dans une gestion collective et dans une approche transdisciplinaire. Les espaces de coworking, les Fablabs et plus généralement tous les lieux où des individus peuvent se rencontrer et collaborer sont ainsi englobés sous le terme de Tiers-Lieu. Mais ces initiatives ne sont que le résultat visible d’une dynamique plus large. En effet, au delà d’être une structure instituée, le Tiers-Lieu est une nouvelle manière d’articuler les différentes ressources d’un territoire afin de co-construire de nouvelles solutions et de générer de la valeur.

C’est en s’inscrivant dans cette perspective que Yoann Duriaux est venu nous aider à comprendre ces dynamiques d’un type nouveau. Yoann a d’autant plus volontiers accepté d’échanger avec nous qu’il désirait confronter sa vision des Tiers-Lieux avec celle(s) qui a (ont) cours en Suisse romande. Et avant même de découvrir le contenu de cette Causerie, sachez que les points de discordance sont quasi inexistants.

Aujourd’hui il n’y a plus d’expert, il n’y a que des explorateurs

Yoann interpelle d’entrée la vingtaine de participants à cette Causerie du 12 décembre en assurant que les Tiers-Lieux constituent l’une des réponses qui nous permettra de reconstruire cette société en perpétuel changement dans laquelle nous vivons. Et derrière cette affirmation on ressent immédiatement le militantisme d’une personne très engagée dans son discours, mais en même temps très ouverte à l’échange et à la discussion, voire à la confrontation.

Plutôt que de définir d’emblée ce qu’est pour lui un Tiers-Lieux, Yoann préfère nous raconter son parcours et la genèse de ces Tiers-Lieux (cela désarçonne les rares participants peu au fait du sujet). Il nous présente ensuite le Manifeste des Tiers-Lieux que lui et Antoine Burret ont récemment lancé en mode ouvert et contributif, dans la même logique que le monde du logiciel libre dont il reprend la philosophie de partage et de réutilisation. Yoann a d’ailleurs été dans le même temps été le co-fondateur de la communauté francophone des Tiers-Lieux Open Source.

De mon point de vue cette appellation de Tiers-Lieux Open Source n’est pas forcément heureuse. Elle peut être mal interprétée (hors des cercles initiés) et génératrice de conflits (à l’intérieur de ces cercles), à l’image de ce qu’a vécu la communauté du libre autour des notions de logiciel libre et d’Open Source. Pour ma part j’aurais plutôt mis en avant les valeurs véhiculées par les communautés du logiciel libre (collaboration, partage, ouverture) plutôt qu’une dénomination qui s’applique spécifiquement à du code informatique et pas à une démarche de co-construction.

Yoann passe une grande partie de la Causerie à débattre avec les participants des différentes thématiques développées dans le Manifeste des Tiers-Lieux qui vise avant tout à améliorer la compréhension de ces espaces et des dynamiques associées. In fine Yoann espère qu’il aidera à démultiplier l’impact des Tiers-Lieux sur la société.

Causerie Tiers-Lieux

Le Manifeste propose ainsi les briques méthodologiques et les outils permettant de passer de l’intention à la mise en oeuvre concrète d’un Tiers-Lieu. Yoann et Antoine l’ont structuré selon les 10 thématiques qui devraient caractériser un Tiers-Lieu, qui devrait ainsi être :

  1. Collectif – Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif
  2. Espace – Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs.
  3. Travail – Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking.
  4. Organisation – Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.
  5. Langage – Le Tiers-Lieu génère un langage commun et ré-appropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.
  6. Numérique – Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.
  7. Gouvernance – Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres.
  8. Services – Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.
  9. Financements – Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.
  10. Prospective – Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

Les échanges sur ces différentes thématiques sont riches et témoignent selon Yoann de la maturité plutôt élevée de la majorité des participants à la Causerie sur le sujet.

Quant à ceux qui étaient venus à la Muse afin d’en savoir plus sur ce qu’était un Tiers-Lieu, ils ont du attendre la fin des débats pour le découvrir. La définition de Yoann est celle d’un « dispositif mis en place pour favoriser l’innovation sociale ». Une définition un peu trop générale au goût de la majorité de l’assemblée. Et pourquoi se cantonner à l’innovation sociale ? A moins, comme nous avons été plusieurs à le suggérer, de comprendre ‘sociale’ dans son acception la plus large, synonyme de ‘sociétale’.

Yoann Duriaux

Quelque soit la définition que l’on en donne, Yoann insiste sur la nécessité de considérer l’engagement comme une valeur forte lors de la mise en place et du développement des Tiers-Lieux. Selon lui ceux-ci participent clairement à l’amélioration de notre société en ce sens qu’ils proposent des environnements favorables à l’innovation sociale mais également parce qu’ils permettent aux gens de se transformer. Ils favorisent également le rapprochement de ‘ceux qui font’ et de ‘ceux qui analysent’.

En évoquant l’avenir des Tiers-Lieux, Yoann les voit évoluer vers des lieux qui faciliteront l’assemblage de briques de services pour créer avec les gens les solutions qui permettront une meilleure une gestion de la Cité et qui amélioreront le ‘vivre ensemble’.

Le mot de la fin revient à Loïc Gervais de l’Espace Publique Numérique de Thonon qui voit dans le Manifeste des Tiers-Lieux un prisme qui lui a permis d’appréhender son espace sous un angle différent et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Fort de son expérience, Loïc insiste sur la dynamique d’émergence qu’il faut savoir cultiver dans les Tiers-Lieux, avec la nécessité permanente de se donner le droit à l’erreur.

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Références:

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Yoann Duriaux

Yoann Duriaux (OpenScop) est co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint-Etienne et de  la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source. Il est co-initiateur de la méthodologie Movilab, co-organisateur du premier tour de France du télétravail et des Tiers-Lieux. Il a également participé à la création des communautés Imagination for People et OuiShare.

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On a causé de hackerspaces…

Silicon-valley.fr
Les hackerspaces késako? Que se cache-t-il derrière ce nom que l’on croirait sorti tout droit de la bouche du Capitaine Spock? Paul Bristow, co-fondateur du hackerspace genevois Post Tenebras Lab, a animé la Causerie du Jeudi 17 octobre en nous donnant quelques clés pour comprendre ces lieux et leurs enjeux. 

Paul nous a tout d’abord rappelé que les hackerspaces ne sont pas des repaires de geeks ou d’amateurs de science-fiction. Loin de la piraterie informatique, ce sont des nouveaux lieux de rencontre pour des personnes partageant un intérêt commun autour de thèmes variés tels que le numérique, la  technologie, les sciences ou encore les arts. A l’image de la Muse, les hackerspaces font partie de la grande famille des tiers-lieux où les notions de partage et de collaboration prennent tout leur sens.

Genève possède son hackerspace, Post Tenebras Lab (PTL), qui a démarré au début de cette année grâce à la persévérance d’un petit groupe de passionnés.

Do it together
Post Tenebras Lab

PTL fonctionne en mode associatif et regroupe une communauté ouverte et diversifiée qui privilégie le «Do it together» plutôt que le «Do it yourself».

Le hackerspace genevois se veut un laboratoire communautaire ouvert dans lequel on partage ressources et savoirs. On s’y intéresse principalement aux logiciels libres, au hardware libre, ou aux médias alternatifs. Et si ils jouent un rôle central, la technologie et le numérique ne sont cependant pas incontournables, à l’image de l’un des membres de l’association qui vient y fabriquer sa bière ! Mais il est vrai que le numérique facilite le partage et la réutilisation qui sont au cœur des activités de PTL.

Pour illustrer la spécificité des hackerspaces, Paul fait la distinction entre le making et le hacking: dans les deux cas on fabrique quelque chose, mais le hacking privilégie le côtés « débrouille » et rapidité d’exécution. Les hackerspaces se distinguent ainsi des Fablabs qui fonctionnent plus dans des logiques commerciales ou académiques.

PTL propose à ses membres une panoplie d’outils qui permettent des réalisations rapides et bon marché encore inimaginables il y a quelques années: imprimante 3D, découpeuse laser, fraiseuse numérique, composants Arduino ou Raspberry Pi pour ne citer qu’eux.

Les perspectives d’avenir des hackerspaces en général et de PTL en particulier laissent entrevoir des horizons intéressants. Paul évoque notamment le travail avec des matériaux locaux ou recyclés, l’utilisation d’énergies renouvelables, une production plus locale; le tout positionnant les hackerspaces dans une logique d’économie circulaire.

Causerie Hackerspaces

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

Dans tous les cas, les hackerspaces  constituent  selon Paul l’un des outils qui aident la société à gérer certaines des ruptures actuelles et à venir. Et au-delà de leur singularité, ils constituent l’un des éléments d’un vaste écosystème des tiers-lieux qu’il va falloir faire émerger pour en capter toute la richesse.

Mais nous ne sommes qu’au début de l’aventure…


 Références:

Hackerspaces.org: le wiki des hackerspaces

Making it : manufacturing techniques for product design (Chris Lefteri)

Zero to maker (David Lang)

Movilab.org : le Wiki des recettes libres et ouvertes d’actions remarquables pour leur participation à des modes de vies durables.


 

Paul Bristow est co-fondateur du hackerspace genevois Post Tenebras Lab.

Paul Bristow

 

 

 

 

 

Comment les réseaux sociaux peuvent-ils favoriser la créativité et l’innovation régionales ?

Article rédigé avec Xavier Comtesse pour le numéro du 2 juin 2010 de la Revue Économique et Sociale.


Les réseaux sociaux sont en train d’inventer une nouvelle économie. Cette économie créative se définit autour du concept de net-up , à savoir des projets, des entreprises faisant appel aux réseaux sociaux comme principal ingrédient de leur activité.

Le coworking, les groupes d’émergence, les communautés de pratique, le copyleft, le capital social, les nouveaux business modèles et les centres créatifs sont autant de termes qui définissent l’environnement des net-ups.

On parle alors de conditions cadres atypiques par opposition à celles connues de l’économie traditionnelle comme le capital-risque, les business plans, le transfert technologique, le copyright et les brevets, les technopôles et les incubateurs, le coaching et les clusters.

Les résultats du sondage présentés dans cet article, réalisé auprès des membres du réseau social Rezonance, montrent un large mouvement qui évolue de la sphère des start-ups vers celle des net-ups.

Comment les réseaux sociaux peuvent-ils favoriser la créativité et l’innovation régionales (pdf, 487 ko)

Mots-clés: réseaux sociaux, créativité, innovation, start-up, net-up, business model, économie, incubateur

Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité

2 juillet 2010 – Patrick GENOUD

Article rédigé avec Alexis Moeckli pour le numéro du 2 juin 2010 de la Revue Économique et Sociale.


Dans un récent éditorial, la Revue Économique et Sociale lançait l’idée de consacrer un ou plusieurs dossiers au thème de la créativité. Cette idée, Geneviève Morand, fondatrice de Rezonance l’a saisie au bond pour que le premier dossier de cette série soit publié à l’occasion de la 3ème édition du Rendez-vous des Entrepreneurs Romands dont le thème était « De la créativité à l’action ». Avec le think tank Think Services, Giorgio Pauletto et Patrick Genoud (Observatoire technologique) ont d’ailleurs activement participé à l’évènement en organisant un atelier sur la méthode créative Create the Service Box.

Ce premier dossier de la Revue Économique et Sociale consacré à la créativité, « Et le gagnant est : la créativité ! De la fragilité à la stabilité », pose un cadre large à la réflexion sur la créativité, avec quatre articles de fond sur l’émergence des nomades, des net-ups et des tiers-lieux comme prémisse à une nouvelle orientation stratégique de la politique de l’innovation en Suisse.

« Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité » constitue l’un des volets de ce dossier.

Résumé

L’accès facilité à l’information et à la connaissance ainsi que l’émergence des réseaux sociaux modifient considérablement notre manière d’aborder des problèmes dont la complexité va croissant. Cette tendance forte redéfinit le paysage de l’innovation que l’on envisage de plus en plus de manière systémique en faisant la part belle à l’ouverture, au partage, à la co-création et à l’interdisciplinarité.

Les démarches initiées dans ce domaine par les classes créatives actives dans le monde virtuel demandent toujours plus à se cristalliser autour de lieux physiques ancrés dans le territoire et qui ne sont ni réellement publics, ni vraiment privés : les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité.

PDF - 481.3 ko

Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité (pdf, 481 ko)
Revue Économique et Sociale, juin 2010