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On a causé de cloud et de libertés…

Censure

Les mastodontes de l’Internet (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et les autres) connaissent actuellement à peu près tout ce qui concerne notre vie privée en ligne. Les gouvernements nous espionnent massivement, tandis que les applications dans le cloud deviennent les solutions par défaut pour les personnes comme pour les entreprises. L’essor de l’intelligence artificielle, de l’Internet des objets ou du Big Data remettent toujours plus en question notre espace de liberté.

Cette évolution qui semble inéluctable nous amène-t-elle vers une dictature numérique ? Ou peut-on imaginer une alternative plus libre et plus responsable ?

En compagnie de Pascal Kotte, la Causerie du jeudi 22 septembre à la Muse Bouge a discuté de ces tendances et envisagé avec lui quelques pistes pour protéger nos libertés à l’ère du numérique.


 



 

Pascal Kotte est conseiller numérique indépendant, formateur, fondateur et président de CloudReady. Il est  également co-fondateur de ICT-a.ch, et de Léman Innovation Numérique.
Pascal Kotté se décrit comme un réducteur de fracture numérique et un éthicien digital. La devise de Pascal est que le numérique doit servir à connecter non seulement des ordinateurs, mais tous les humains, dans l’optique de construire un avenir meilleur.

On a causé de drones…

Drones

Les drones existent depuis plusieurs années dans les domaines de la sécurité, de la surveillance et de l’armement. Mais nous vivons aujourd’hui une véritable révolution en regard du nombre des secteurs qui utilisent ces aéronefs sans pilote: agriculture, sport, média, transport, livraison ou art pour ne citer que ceux-là.  

Il ne se passe pas une semaine sans que les drones ne se retrouvent au cœur de l’actualité, que ce soit en regard d’avancées technologiques et d’innovations spectaculaires ou des questions éthiques et juridiques qu’ils soulèvent. Les drones ne laissent pas indifférents!

Et comme nous l’a montré Benoît Curdy lors de la la Causerie du 19 mai dernier à la Muse Genève, la Suisse est dans le peloton de tête des nations innovantes dans ce domaine avec un écosystème d’une richesse insoupçonnée. De son côté Alberto Susini a questionné les risques liés (notamment liés à la protection de la sphère privée) à cette nouvelle technologie.

Tout ceci dans l’animation de la soirée des Bains et de l’inauguration de la nouvelle association des coworkers qui a repris les rênes de la Muse ce jour-là !

Causerie Drones

Photo Bruno Chanel





 


 

Benoît Curdy est un spécialiste international des drones. Il a travaillé comme ingénieur chez Google à Dublin. Il s’est ensuite spécialisé dans le lancement de nouveaux produits en travaillant dans plusieurs startups informatiques. En 2014, il fonde Drone-Apps avec Simon Johnson et se dédie depuis exclusivement au domaine des drones. Il a en outre créé et organisé de nombreux événements dédiés à l’application ou aux enjeux liés aux nouvelles technologies. 

 

 

Alberto Susini est membre de la société allemande de cartographie DGFK et de leur commission risques. Il est co-organisateur de la Conférence Risk management models and information systems qui a lieu tous les 2 ans à Berlin. Il est spécialiste de la gestion du risque en rapport avec les systèmes d’information. 

 

 


la photo de profil de Léman Innovation Numérique

On a causé de protection des données…

Protection des données

La protection des données, un mythe ?

La question était au cœur de la Causerie du jeudi 27 mars dernier à la Muse. Près de trente personnes avaient rejoint Alexis Roussel, président du Parti Pirate Suisse et défenseur ardent et avisé du numérique, pour en discuter. 

Les opportunités liées au numériques ne sont plus à démontrer. Mais à quel prix ? Force est de constater que nous bénéficions fréquemment d’un confort technologique au prix de concessions dans le domaine de la protection des données et de la sphère privée. Certains n’y voient qu’une évolution naturelle de notre société. D’autres s’en préoccupent et tirent la sonnette d’alarme: la protection des données ne fonctionne pas, ni en Suisse, ni ailleurs !

Alexis est de ceux-ci. Il prône une réappropriation politique et juridique des données. Il souhaite une organisation du marché et est convaincu que les opportunités d’avancer dans la bonne direction existent. Et ce sont ces idées qu’il a voulu partager avec nous ce soir-là.

Il part du constat qu’Internet est résilient et fonctionne très bien malgré tout ce qu’on peut dire. Mais le problème est qu’il connaît actuellement une perte de confiance amplifiée par les affaires de ces derniers mois. D’une part nos données personnelles nous échappent et sont convoitées par de très nombreux acteurs de l’Internet, Google et Facebook en tête. D’autre part nous sommes surveillés par les gouvernements, à l’image de la NSA qui dispose d’un arsenal gigantesque pour espionner la planète numérique.

Pour illustrer la multitude des sociétés qui s’intéressent à nos données lorsque nous surfons sur Internet, Alexis nous propose une démonstration du module Lightbeam qui permet de donner un coup de projecteur sur ceux qui nous surveillent et sur là où partent nos données personnelles. Le résultat est visuel et très convaincant. On remarque notamment que Google Analytics (que nous ne voyons jamais directement) est omniprésent lorsque nous surfons sur le Web.

Lightbeam

Cette constellation de sociétés qui s’intéressent à nos habitudes de navigation et à nos données peut paraître anodine, surtout lorsque l’on estime n’avoir rien à cacher ou à se reprocher. Mais Alexis rappelle qu’il est tout à fait anormal de ne pas être au courant de ces manières de faire et surtout de ne pas être en mesure de s’en protéger (pour le commun des mortels du moins). C’est d’autant plus inquiétant lorsque l’on est un professionnel qui traite et échange sur le Web des données sensibles comme peut le faire quotidiennement un médecin ou un avocat.

L’autre problème majeur réside dans le fait que ces entreprises peuvent savoir énormément de choses sur les individus en agrégeant des données en apparence anodines en terme de protection de la sphère privée. 

Alexis pense que le problème se situe dans un premier temps au niveau juridique. En effet les mécanismes actuellement en place ne fonctionnent pas et ne prennent pas en compte notre identité numérique de manière suffisamment large. L’article 13 de la constitution helvétique précise en effet que « Chaque personne a le droit d’être protégée contre le mauvais usage de ses données personnelles ». Mais cet article ne va pas suffisamment loin. Les mécanismes juridiques appliqués à la personnes devraient en effet être appliqués à nos données afin de préserver notre intégrité numérique.

       Aujourd’hui Internet est un espace de vie ! Et la vraie question est celle de notre personnalité numérique

Pour illustrer son propos, Alexis décrypte avec nous le cas Moneyhouse qui a défrayé la chronique l’année dernière. Cette société collecte les données concernant la situation financière des individus et les revend aux entreprises (de microcrédit notamment). Avec ces manières de faire, et sans garde-fou juridique, on subit un effet d’échelle impressionnant et on abolit quasiment le droit à l’oubli. On se retrouve face à une entreprise dont on n’a jamais entendu parler et qui peut influencer durablement notre vie en vendant des données nous concernant et dont certaines peuvent même être fausses.

Et même si les moyens juridiques de se faire entendre existent, ils ne sont pas tournés à l’avantage du citoyen. Celui-ci doit la plupart du temps compter sur des organisations faîtières pour l’aider dans ce domaine, à l’image de la page proposée par la Fédération Romande des Consommateurs qui explique comment effacer ses données de Moneyhouse.

Après ce tableau introductif plutôt noir de la situation actuelle, Alexis évoque le futur ! Et il n’est pas forcément plus rose. Avec par exemple l’arrivée sur le marché des Google Glass qui permettent potentiellement de filmer tout un chacun en tous temps, partout, et sans son consentement. Où iront ces données ? Quel contrôle aurai-je sur elles lorsqu’on me filme ? Comment régir les interactions des individus dans ce contexte ? On aborde ici de vraies questions sociales. Il y a certes des avantages amenés par ces services numériques qui nous facilitent la vie. Mais à quel prix ? Il faut une vraie réflexion de fond sur le sujet avant de se laisser déborder par des usages dont nous n’aurons ni souhaité ni même envisagé toutes les conséquences. 

DataNSAAlexis évoque également le gros trou noir lié à la sécurité nationale. On assiste depuis quelques années à un tabou intolérable: personne n’a plus un mot à dire lorsqu’elle est mise en avant. Que faire alors ? Ne plus bouger ? Alexis pense que non. Il prône tout d’abord de remettre en question le Safe Harbour qui régit les transferts de données numériques entre l’Europe et les Etats-Unis. Les conditions d’utilisation notamment doivent être revues pour aller vers plus de simplicité. Dans le même temps il faut donner aux citoyens plus d’informations sur le sujet ainsi que les outils pour mieux gérer la question.

Le problème réside dans le fait que les outils en place, qu’ils soient technologiques ou juridiques, considèrent Internet comme un vecteur de communication. Or c’est beaucoup plus que cela: c’est un espace de vie ! Les outils à créer doivent ainsi permettre de protéger l’être humain dans son intégrité numérique.

            Data is not data ! Data is us!

 

Mais au-delà de la volonté des politiques à faire appliquer des mesures adaptées, il faudra veiller à leur applicabilité. Cela nécessitera de repenser le fonctionnement du marché de la donnée, que celle-ci soit personnelle ou anonymisée. A terme le système devrait nous permettre d’aller devant un juge si l’on sait que quelqu’un possède des données nous concernant sans que nous en soyons informés.

Mais où sont les évidences ? questionne le professeur Michel Léonard qui souligne qu’il est très difficile de les obtenir dans le monde numérique. Les outils juridiques risquent ainsi de ne pas trouver de réponse technologique pour faire appliquer les lois.

Alexis est dans tous les cas convaincu qu’une meilleure prise en compte de la protection des données attire les individus et les entreprises et constitue ainsi un moteur à l’innovation. Dans ce sens, la juridiction suisse en la matière peut constituer un avantage compétitif. Preuve en est le nombre croissant d’entreprises qui viennent installer leurs serveurs de données chez nous: la Suisse est en train de devenir un paradis de la vie numérique. Les européens l’ont compris puisqu’ils sont en train de réviser leur droit dans le domaine de la protection des données.

Causerie 'Protection des données'

Le sujet de cette Causerie nous a ensuite emmené vers des thèmes divers et variés : on a notamment évoqué le cloud computing, la monnaie numérique Bitcoin, la plateforme Ethereum, les banques d’informations de demain ou le rôle crucial de l’éducation (à tous les niveaux).

Alexis a eu le mot de la fin en affirmant qu’il faut faire basculer la société en augmentant son niveau de maturité dans le domaine de la protection des données. Le débat commence à avoir lieu dans la population. Il faut maintenant qu’il remonte au niveau politique en interpellant les décideurs pour les aider à mieux comprendre le sujet et à faire les bons choix. Et c’est là l’une des missions que s’est donnée le Parti Pirate.

Références

  • Le billet bien senti de Jacques-André Widmer (qui a participé à la Causerie) sur le blog de la Tribune de Genève
  • Le site d’information citoyenne Ethack 
  • Le site de l’Electronic Frontier Foudation (EFF) qui défend nos droits dans le monde numérique
———————————————————————————————————————————————————–Alexis Roussel
Alexis Roussel est juriste et entrepreneur. Il est président du Parti Pirate Suisse et est à ce titre un militant actif, ardent défenseur du numérique tout en pointant ses dérives.
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