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On a causé de villes intelligentes…

Ville intelligente


Smart city – la ville intelligente

 

A en croire certains, les capteurs, les réseaux et les algorithmes constituent la réponse aux défis qui attendent la ville de demain ! Mais est-ce bien cela la ville intelligente ? Au-delà du concept marketing que manque-t-il à cette smart city pour être désirable et durable  ?    

On parle beaucoup depuis quelques années de smart city, de ville intelligente ou connectée. Les IBM, Cisco et autres géants de l’informatique proposent une vision souvent techno-centrique de la ville de demain.

Pour beaucoup cependant le concept reste flou. Qu’entend-on par smart city ? De quelles technologies et de quelle intelligence parle-ton ? Existe-t-il des exemples inspirants à travers le monde ?

Causerie du 21 mai 2015

Photo Bruno Chanel

Avec Giovanna Di Marzo nous avons évoqué ces questions et ces enjeux lors de la Causerie du jeudi 21 mai à la Muse Genève.

 




Giovanna Di Marzo Serugendo

Giovanna Di Marzo Serugendo est la directrice de l’Institut de Science des Services Informationnels (ISS) de l’Université de Genève.
Elle s’intéresse à l’ingéniérie des systèmes et des services informationnels autonomes adaptatifs. Cela concerne notamment les objets connectés et leurs diverses applications telles que les bâtiment intelligents, les événements interactifs ou les smart cities.

Quatre grandes tendances de 2014 qui vont refaire le monde

Parmi les tendances publiées par plusieurs grandes consultances comme Gartner, Forrester ou encore McKinsey ou Deloitte, arrêtons-nous sur celles qui vont remodeler le monde.

Que ce soit au niveau des technologies, au niveau des affaires ou au niveau de la société, nous entrons dans une ère nouvelle. Plusieurs grandes tendances ont un impact selon les industries, les secteurs d’activité et les segments de clients servis.

Celles sélectionnées ici présentent, à mon sens, un véritable potentiel de rupture puissant et massif sur tous les aspects de nos sociétés: professionnel à travers les entreprises et leur renouvellement de modèles d’affaires, personnel par rapport aux particuliers et l’accessibilité de ces technologies par le grand public et, finalement, au niveau social car elles ont la capacité de transformer notre façon de vivre globalement.

 

L’internet des objets.

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Ou plutôt devrait-on dire l’internet de tout (“Internet of Everything”). En effet, après avoir rencontré son premier succès en fournissant le protocole qui permet de relier les informations à travers le Web et de transporter les informations, nous avons connus une période où l’Internet des personnes à pris de l’ampleur avec Facebook et ses 1.1 milliards de personnes connectées et LinkedIn avec 260 millions de professionnels en fin 2013. Ensuite, nous avons vu apparaître l’Internet des lieux avec notamment Foursquare qui recense 40 millions d’utilisateurs et 4.5 milliards de “check-in” à lui tout seul. Et cela ne va pas s’arrêter là puisque notre géolocalisation est même probablement parfois partagée à notre insu comme avec Google via Android ou tout opérateur de télécommunication qui relève constamment notre position avec ses relais d’antennes. Mais tout cela n’est rien.

Internet entre maintenant dans quasiment tous ce que les humains conçoivent et fabriquent. Jouets, voitures, machines à laver, bâtiments, télévisions, appareils photo, montres, mais aussi bientôt dans tous les autres objets usuels qui nous entourent. Internet sort donc des appareils “privilégiés” que sont les PCs et autres smartphones pour se diffuser et connecter tous les objets. Certains fournisseurs estiment que le nombre d’objets connectés a déjà dépassé le nombre de personnes connectées depuis 2010 et que nous aurons 50 milliards d’objets connectés en 2020.

Des projets fleurissent de toutes parts. Par exemple Sen.se qui à travers des capteurs détectent les mouvements, la température, la proximité; les possibilités deviennent alors quasiment infinies. Ou des projets financés collaborativement sur KickStarter comme Twine ou Neurio. Et bien sûr, les grands joueurs sont à l’affût comme Google qui a racheté Nest, produisant un thermostat qui devient un centre de contrôle de l’énergie de la maison.

Au niveau d’une ville, cela laisse entrevoir un véritable écosystème de capteurs, de systèmes intelligents générant des flux d’informations qui permettent de créer une toile de services à partir des données et des informations. Un véritable système opératif des villes semble émerger de façon organique.

Bien entendu, ceci provoque déjà chez les observateurs des questionnements quant aux des défis de sécurisation que cela pose. Les premières bases pour garder un système ouvert, sécurisé et transparent voient le jour comme par exemple AllSeen Alliance. Il reste nécessaire de se poser des questions sur la pertinence de ces objets connectés avant de se lancer dans un tourbillon qui peut finir en noyade. Comme le souligne un article du MIT TechReview: “Dans certains cas, alors, la solution la plus simple peut être de simplement limiter le nombre d’appareils pouvant se connecter à Internet.”

Et pour ceux qui veulent se faire frémir voici une vidéo de lancement de Watch_Dogs, un jeu intégrant les possibilités de suivi des individus et de piratage des systèmes contrôlant les infrastructures d’une ville.

 

L’ère du Personal Cloud.

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L’ère du nuage personnel, Personal Cloud, marque un changement de pouvoir des périphériques vers les services. Dans ce nouveau monde, les spécificités de périphériques deviennent moins importantes pour les individus et les organisations. Les périphériques sont toujours indispensables et les gens utilisent un plus large ensemble de dispositifs. Le bon vieux PC reste l’une des nombreuses options, mais il n’est plus le seul appareil connecté et peut-être plus le centre principal de nos données et services. C’est probablement le Personal Cloud qui va prendre ce rôle. L’accès au nuage et le contenu stocké ou partagé devient géré et sécurisé. Le rôle prépondérant sur l’appareil lui-même est redistribué à travers l’ensemble smartphone, tablette, ultraportable et ordinateur plus classique.

Ce n’est pas tant le stockage sur le Personal Cloud qui est impactant, mais plutôt l’évolution vers de nouveaux modèles d’affaires que cela amène. Si je peux partager et accéder à mes données, je peux aussi consommer des services et lier les informations de façon totalement différente. On voit bien cela avec l’évolution d’une simple messagerie comme GMail, vers un véritable écosystème de Google Apps, y compris la possibilité de ré-imaginer ce qu’est le Notebook avec l’offre ChromeBook.

Il n’y a qu’un pas à faire pour imaginer que demain tout un chacun disposera d’un espace de Personal Cloud à l’administration, une sorte de Dossier Citoyen Virtuel, qui viendra aide à renverser le paradigme de la transaction où à chaque fois il faut entrer les informations qui sont requises. On entre alors dans une nouvelle étape, celle de la personnalisation des services administratifs qui bouleverse le modèle actuel. Pour plus d’explications sur les étapes et leur impact, voir le rapport Smart Gouvernance.

Et demain, ce monde de données qui nous entoure et que nous générons de façon exponentielle devra certainement nous être rendu par les compagnies privées et les organisations publiques dans un mouvement de transparence proactive. Les projets comme miData au Royaume Uni, Blue Button aux US, ou encore MesDonnées en France explorent ces pistes de façon expérimentale.

 

Les algorithmes et les machines.

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De toutes ces données, il faudra en faire quelque chose. Il est vraisemblable que les algorithmes jouent une part de plus en plus importante dans nos vies et nos activités. Il faut souligner que le mélange d’algorithmes relativement efficaces et de données massives va nous emmener beaucoup plus rapidement vers des services comme Google Translate. Peter Norvig, directeur de la recherche chez Google et ses collègues, nous le montrent au quotidien, voir le papier “The Unreasonable Effectiveness of Data“.

L’ère de la machine intelligente va donc se développer, nous disent les consultances, avec une prolifération des assistants s’adaptant au contexte, intelligents et personnels, pouvant répondre et intrepréter du langage naturel.  Les exemples sont multiples comme Apple Siri, Google Now ou de façon plus évoluée IBM Watson.

Les exemples de véhicules autonomes apparaissent et s’étendent en apportant leur lot d’améliorations aux modèles commercialisés. Ces robots intelligents s’humanisent, au delà des usines où par exemple les robots transporteurs de palettes ont depuis longtemps faite leur entrée, on trouve aujourd’hui déjà des tentatives d’aller vers la distribution de colis par drones. Peut-être de façon moins frappante mais aussi efficace, il est significatif de voir un robot moins menaçant comme Baxter qui apprend simplement les gestes qu’on lui fait effectuer.

Les enjeux vont au delà du travail purement industriel, les tâches cognitivement supérieures commençant à être aussi prévisibles et traitées efficacement.

Et ceci ne va pas non plus sans questionner les catastrophes qui sont ainsi potentiellement générées ainsi que les sujets éthiques qu’il faudra débattre.

Pour plus de détails, se référer aussi à l’article “Ces algorithmes qui nous gouvernent”.

 

La redéfinition des modèles d’affaires.

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Les changements induits par les évolutions technologiques, sociales et économiques, ne restent pas cachés derrière la ligne de visibilité des clients, des utilisateurs et des décideurs. Au contraire, ces mutations redéfinissent la relation avec les clients, elles touchent parfois aussi la proposition de valeur que l’organisation offre, et finalement les coûts et revenus qui doivent être articulés différemment. Bref, le modèle d’affaire doit être complètement revu.

Le sujet, bien que connu depuis un certain temps, reste fortement d’actualité. Pensons à quelques exemples significatifs.

Airbnb propose une plate-forme en ligne qui permet à des individus privés de louer tout ou partie de leur logement inoccupé à court terme pour d’autres individus, en général de passage. La croissance a été phénoménale et Airbnb compte maintenant plus de 500’000 annonces dans 26’000 villes et dans 192 pays. Sans le numérique et les réseaux, rien de cela ne serait possible. Le site lui-même est un mash-up, un assemblage, de Google Maps, Streetview, Facebook, utilisant les recommandations et les systèmes de paiement électroniques. Une simple plateforme qui aujourd’hui ébranle à la fois les modèles d’affaires des grandes chaines hôtelières (Accor, Hyatt, Hilton, etc.) et des sites spécialisés dans les réservations (hotels.com, etc.).

Netflix est une compagnie de distribution de films à la demande en streaming et d’envoi de location de DVD par courrier à coût fixe. Fondée en 1997, elle a su très vite investir dans un point crucial:  élaborer un système de recommandation personnalisée en fonction des notes et des commentaires de ses clients. Bien entendu l’accès aux distributeurs et producteurs de films est aussi essentielle. Mais le vrai facteur de différenciation est celui-là. Rien de tout cela ne serait imaginable sans les données et les algorithmes du monde numérique. A tel point que la compagnie a lancé un concours offrant au gagnant 1 million de dollars le Netflix Prize pour améliorer son algorithme de recommandation. Là aussi, les compagnies de location et de streaming plus traditionnelles doivent faire face à une rupture qui les a, pour certaines, rendues obsolètes. A tel point que l’expression “to be netflixed” est entrée dans le langage commun.

Coursera est une compagnie offrant des cours en ligne ouverts et massifs en partenariat avec des Universités comme Stanford, Princeton, l’EPFL ou l’Ecole Centrale de Paris. Plus de 200 cours sont offerts, les classes pouvant compter plusieurs dizaines de milliers d’étudiants! D’autres initiatives existent telles que EdX, Udacity, ou dans un autre registre Kahn Academy. Cette approche appelée MOOC (Massive Open Online Courses) offre gratuitement des cours proposés dans les universités les plus prestigieuses. Le tout est disponible en ligne, avec de courtes vidéos d’explication, des supports de cours électroniques complétés par l’offre pléthorique du web. Les étudiants participent aux forums et aux discussions en ligne, parfois aussi en utilisant des systèmes de vidéo conférence comme Skype ou Google Hangout. Tout ceci retourne complètement le système. Surtout la formation continue tout au long de la vie est impactée, comme le pense par exemple Sebastian Thrun, fondateur de Udacity. Et là aussi, le modèle économique n’est pas encore stabilisé. Lire sur ce sujet l’article “Cours en ligne ouverts est massifs: effets de mode ou révolution de l’éducation”.

 

Quelles sont les conséquences?

Les implications pour les individus, les organisations publiques et privées sont profondes. Des pans entiers sont bouleversés par de nouveaux modèles d’affaires provenant parfois de secteurs différents et donc souvent inattendus. La vie privée et la sécurité sont aussi mises à l’épreuve par les milliards d’informations produites et analysées, pour créer de la valeur pour les individus et parfois aussi les exposer à des risques immenses.

Finalement, les modèles mêmes des organisations sont bousculés. La connectivité, la vitesse et les relations non hiérarchiques, amènent une transformation importante, une décentralisation, une autonomisation, une productivité différente avec lesquelles les dirigeants actuels ne sont peut-être pas toujours à l’aise.

Le potentiel est bien présent pour stimuler les idées innovantes en rupture, les méthodes plus agiles, les expérimentations et les prototypes plus rapides pour découvrir les chemins de nouveaux mondes qui s’ouvrent devant nous.

L’émergence du co-citoyen

Co-citoyen fait référence à la fois au mot concitoyen, le compatriote, le citoyen d’une même nation, mais aussi à celui qui évoque la co-habitation, le co-travail, le co-voiturage, ou encore, la co-création, etc. C’est dans cette double compréhension que se situent ce nouveau mot, et les défis qui lui sont liés. Il exprime alors tous les désirs citoyens, mais également quelques unes de ses frustrations.

co-citoyen

Explications.

Internet avec son immense déploiement territorial et applicatif a apporté à chaque citoyen des moyens d’interagir avec son environnement inégalés jusqu’à présent. Qu’il s’agisse des ordinateurs, des portables, des tablettes ou téléphones dit «smart», tout nous amène à collaborer, à co-exister, à co-créer davantage. Cette réalité de l’action collective — on parle souvent même d’intelligence collective — nous amène à nous confronter avec le système en place, celui des institutions nationales. En effet, celle-ci nous paraissent lentes, lourdes et souvent décalées, dépassées voir désuètes. Bref, il existe d’une côté une accélération d’un certain monde en ébullition qui ouvre des champs du possible à l’intervention citoyenne et de l’autre des institutions, certes démocratiques, qui ont l’air de plus en plus jouer contre le citoyen. C’est pourquoi le citoyen ne se prive plus de mettre en doute la capacité du système, notamment politique, à résoudre les grands problèmes immédiats. Ce doute s’installe au moment même où le citoyen explore la co-création. Ce double mouvement nous conduit tout droit vers une rupture qui amène les institutions politiques à freiner et les actions citoyennes à foncer. C’est un peu comme les cartes topographiques fédérales officielles de Swisstopo face à Google Maps. Google a amené une utilisation si simple et si facile que cela a fait naître de nouveaux usages pour les citoyens. Par exemple, grâce à la géolocalisation et aux nouvelles possibilités d’utiliser le service en le combinant à un autre, ce qu’on appelle le “Mash-Up”, il devient immédiatement possible de repérer des hôtels, des restaurants, des monuments touristiques, dans un rayon autour de soi avec son téléphone portable. Le citoyen vit tous les jours ce grand écart entre les institutions politiques et les développements privés qui sont nettement plus réactifs.

Des solutions doivent donc rapidement voir le jour, car cette situation va sans aucun doute s’empirer. Mais comment procéder?

En premier lieu, les pouvoirs publics, les administrations doivent lancer des expérimentations de co-citoyenneté afin d’acquérir non seulement un savoir-faire, mais surtout de créer des ponts entre ces deux mondes qui ne font que se distancer. On confond souvent ces démarches avec des échanges à l’intérieur de groupes sélectionnés, souvent des spécialistes consultés sous le contrôle étroit des administrations. Il s’agit bien au contraire ici, d’expérimentations qui pourraient prendre différentes formes, mais qui doivent toujours être conçues pour rendre le citoyen actif et créatif. Il ne s’agit pas de lui présenter ou même de l’informer d’un nouveau service ou d’une nouvelle application administrative «clé en main», mais bien de l’impliquer très tôt dans la démarche pour réaliser avec lui un projet. De nombreux exemples existent de par le monde (voir encadrés ci-joints), mais ce qui compte c’est de lancer localement des essais de co-citoyenneté ce qui n’est pas encore le cas. Pour ce faire, des ateliers de co-création comme les «World Cafés» sont très performants (voir encarté ci-joint sur l’expérience Rezolab ou des hackathons), mais on pourrait aussi imaginer des formes plus légères de participation (voir celui de «Santé cent deux» des Pharmacies Principales à Genève) ou encore des formes fondées sur les processus du design comme celles initiées par «La 27e Région» véritable laboratoire de transformation publique en France.

Dans tous les cas, il s’agit avant tout d’acquérir du savoir dans ce qui semble être un champ encore méconnu et nouveau pour les institutions démocratiques, de la présence de cette co-citoyenneté sur le territoire. Ce citoyen était jusqu’à présent normé dans et par les institutions alors que le co-citoyen sort de ce champ: il pense et agit hors du cadre. Il faut donc adapter les structures pour lui et ce n’est plus lui qui doit faire l’effort de s’y contraindre. Cet exercice va conduire les administrations vers une refonte en profondeur de ces structures et de ces services. C’est là le principal enjeu actuel: «faire du citoyen un co-citoyen».

Quelques exemples de processus co-citoyen:

1. REZOLAB: comment la co-création citoyenne prend concrètement forme

rezolab
REZOLAB est un réseau de citoyens de la métropole lémanique qui participent volontairement et activement à une sorte de laboratoire sociétal à grande échelle. En récoltant des idées sur le développement souhaitable du système métropolitain de santé, le réseau a dans un premier temps conduit une discussion collective (2012) pour identifier les préoccupations premières puis proposer des solutions originales et enfin en 2013, a poursuivi trois expériences ciblées afin de créer un processus d’acquisition de savoirs et de compétences collectives. «World Café», «On-Off» et «Co-Citoyen» sont autant de termes qui ont émergé lors de ce processus. REZOLAB s’inscrit définitivement dans le cycle de “co-création citoyenne” qui est l’expression contemporaine de ces nouvelles formes de participation active. Le site www.rezolab.ch vous en apprendra davantage… si vous êtes motivé.

«Santé Cent-deux», un projet REZOLAB et Pharmacie Principale

Le but de ce projet qui se présente sous la forme d’un concours, est d’expérimenter une nouvelle forme de prise en charge des problèmes de surpoids et de leurs conséquences. Il s’adresse à tout un chacun et favorise une approche éducative et ludique sur le sujet. Ce n’est pas une énième campagne de santé basée sur un sentiment de peur ou de culpabilité mais sur le désir et le plaisir d’agir. L’idée de fond met en avant la mesure du tour de taille à la place de l’approche traditionnelle du poids, ce qui facilite le changement «je me mesure sans devoir me peser… c’est moins lourd». Ce jeu de mot met en exergue une nouvelle manière de concevoir le problème du surpoids qui met l’accent sur le plaisir en prenant le contrôle de soi et écarte tout sentiment de culpabilité. C’est là le challenge de ce projet.

2. Les «Hackathons»: comment co-créer des applications

Hackathon make.opendata.ch

Un hackathon est un évènement qui regroupe différents acteurs (programmeurs, designers, citoyens, entreprises, administrations, associations, etc.) pour co-produire des prototypes d’applications informatiques dans un intervalle de temps court (un jour à une semaine). Le mot-valise est issu de la contraction de deux vocables. D’une part, celui de «hacker» qui fait référence à une culture, celle des programmeurs virtuoses et expérimentés qui excellent à très rapidement mettre en œuvre des programmes avec leurs compétences pointues (et non le sens erroné avec lequel il est souvent confondu de pirate informatique ou « cracker »). Et d’autre part, le mot «marathon» qui indique l’intensité et le sens continu des efforts pour passer la ligne d’arrivée avec un prototype le plus abouti possible. Il s’agit donc bien d’une production pour les besoins citoyens par une communauté qui permet de faire émerger les possible et les créer ensemble. Il faut insister sur l’aspect concret de la chose: ce n’est pas une collection d’idées consignées dans un rapport, non, on cherche ici des données et on construit des applications immédiatement utiles à résoudre des questions concrètes qui se posent aux citoyens. Des exemples de hackathons en Suisse sont les évènements Make.Opendata.ch. Plusieurs différentes thématiques ont été explorées comme la mobilité, la santé ou les finances publiques et les résultats sont disponibles sur http://make.opendata.ch/?page_id=247

3. Le laboratoire d’innovation publique: comment les administrations co-construisent leur transformation

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Comment mettre en place une structure pour penser la réforme de l’Etat et les politiques publiques de demain? Voilà la question que se pose le service public français à son plus haut niveau avec la ministre en charge de la Réforme de l’Etat. Pour approcher le problème de façon nouvelle et ne pas succomber aux sirènes des conseils externes, une structure éphémère a été mise en place pour dessiner les contours du futur Laboratoire. Inspiré des exemples danois comme le MindLab (http://www.mind-lab.dk/en) ou français avec La 27e Région (http://www.la27eregion.fr), ces laboratoires sont affranchis des pressions quotidiennes usuelles et se mettent au service des administrations pour permettre d’être au plus près des attentes de usagers, de catalyser et d’expérimenter les idées innovantes, ainsi que de sensibiliser et de former les fonctionnaires à des approches issues du processus itératif du «design thinking». Ces approches innovantes visent à transformer l’action publique en profondeur en incluant l’idée de co-création avec les citoyens et les fonctionnaires.

4. La Fabrique Citoyenne: comment stimuler le co-citoyen sur son territoire

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Issue de réflexions pour construire de l’innovation sociale et citoyenne dans les territoires aussi bien urbains que ruraux, la Fabrique Citoyenne sort des concepts classiques attribués au rôle de consultant qui répond aux appels d’offres. Au contraire, il s’agit ici de mettre en place une structure qui initie, incube des projets innovants, des services pratiques qui sont portés et co-produits avec les citoyens. Cette structure est active dans des thèmes tels que «habiter autrement» pour répondre de façon innovante et durable à la crise du logement et aux questions du vieillissement de la population, «travailler autrement» qui soutient le développement d’espaces de co-working et d’incubation entrepreneuriale, «consommer autrement» pour favoriser les circuits-courts et la consommation collaborative et de l’économie de partage de ressources, «se déplacer autrement» afin de repenser et s’approprier les changement de modalités dans les transports.
Citons quelques exemples de fonctions expérimentales lancées. L’Atelier Fabuleux, tout d’abord, qui expérimente l’idée anglo-saxonne de FabLab, un lieu de prototypage d’objets par des imprimantes 3D et des machines-outils pour fabriquer et modifier rapidement des objets, se réapproprier le fonctionnement par les citoyens et en détourner les usages selon leur besoins. La Cantine Numérique propose des tiers-lieux et de co-working en offrant des espaces d’activités et d’échanges aux travailleurs isolés. Le Potager Apprenant, ajoute à la dimension de culture de la terre celui des échanges sociaux. Le Café Citoyen, offre un lieu de débat et d’échange citoyen qui permet de lancer des idées, de mobiliser des acteurs et d’initier des travaux. Plus d’informations sur cet article de a-brest et le site de sapie.coop.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

Les “faiseurs” de la nouvelle révolution industrielle

Le monde numérique n’en finit pas de nous étonner. Autrefois encore contenu dans un monde dit “virtuel”, son entrée dans le monde “réel” est plus rapide que prévu. Aujourd’hui l’apparition de l’impression 3-D bon marché et de qualité suffisante, ainsi que des micro-controlleurs assez puissants pour y inclure de l’interaction, permet aux “bricoleurs” de transformer silencieusement notre consommation et notre industrie. Un nouvelle technologie ne provoque une révolution que quand elle trouve une résonance avec la société dans laquelle elle émerge. Serions-nous en train d’assister à un alignement de phase?

Dans son discours sur “L’Etat de l’Union” de février dernier, le Président américain Barak Obama a fait la part belle aux nouvelles technologies d’impression en trois dimensions. Il a notamment mis en avant la création de centres de créativité, susceptibles de dynamiser l’innovation et de créer des emplois. Cela a surpris plus d’un observateur quand le président a parlé en terme élogieux des technologies d’impression 3-D, qui ont selon lui “le potentiel de révolutionner la façon dont nous fabriquons presque tout”. Citant l’exemple d’un ancien entrepôt désaffecté dans l’Ohio, transformé en atelier de fabrication innovant, il a annoncé le lancement de trois nouveaux centres de fabrication similaires, qui deviendront partenaires des départements de la Défense et de l’Énergie pour créer des bassins d’emplois high-tech. “Et je demande au Congrès d’aider à créer un réseau d’une quinzaine de ces centres et de garantir que la prochaine révolution industrielle sera Made in America“, a-t-il déclaré.

L’ère des Makers

wired_make_cover_1904Couverture du magazine Wired

De quoi parlait-il: De la prochaine révolution industrielle? Vraiment?

En faisant référence aux “makers” (“les faiseurs”) comme étant les porteurs d’une véritable révolution industrielle en marche, Obama fait allusion à ce mouvement international de passionnés de fabrication «bricolée», de programmation ouverte, d’électronique Arduino, de design et d’impression 3-D. Ce mouvement de créatifs, le Professeur Richard Florida parlait de classe créative, prétend réinventer la production de biens de consommation. Il veut personnaliser la fabrication des objets courants, défier l’obsolescence programmée, arrêter les délocalisations, réindustrialiser les métropoles occidentales, relancer l’artisanat et le goût d’entreprendre.

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Le livre phare du mouvement est: Makers: la nouvelle révolution industrielle, de Chris Anderson, l’ancien rédacteur en chef de Wired, revue culte de San Francisco. Selon ce dernier, ce mouvement a vraiment pris aux États-Unis, et plus particulièrement dans la Bay Area, il y a sept ans avec l’arrivée des premières imprimantes 3-D “bon marché”. Dans ce livre, les exemples sont nombreux où l’on perçoit la poussée technologique des gens ordinaires vers un redéploiement industriel. Ainsi il est fascinant de voir que, par exemple, l’industrie des drones a été d’abord l’affaire de ces gentils bricoleurs faiseurs de prouesses technologiques.

Soutenu par “Make Magazine” édité par Dale Dougherty, l’autre gourou du mouvement des «makers», la communauté grandit de jour en jour non seulement en nombre, mais surtout en projets souvent payés par des sites Internet de financement populaire et participatif comme Kickstarter ou wemakeit.ch en Suisse. Plus de capital risque, plus de business angels ou de programmes étatiques de financement des start-ups, non, ce sont des projets financés par la communauté elle-même. On est passé de l’ère des start-ups à celle des net-ups pour laquelle les réseaux sont plus importants que tout.

Pour animer toutes ces énergies, des lieux ont été créés afin, d’une part, de mettre à disposition des machines pour que les gens puissent créer et, d’autre part, pour réunir ces créatifs pour échanger leurs expériences. Et surtout pour penser et «brainstormer» le futur. Ces lieux portent différents noms et répondent à différentes spécificités, mais ils ont tous comme vocation d’être les avant-gardes d’un milieu industriel en devenir. Que se soient les TechShops, les FabLabs, les HackerSpaces ou les centres créatifs, ils sont désormais plusieurs centaines à être actifs aujourd’hui dans le monde. Chaque ville qui se veut un peu compétitive, possède déjà ou est en train de construire de telles plateformes. La Suisse n’échappe pas à la règle voir l’encart ci-joint sur le Swiss Creative Center de Neuchâtel.

Qu’en sera-t-il demain?

L’état aventureux de cette première vague de «faiseurs» ne nous dit pas tout sur l’avenir industriel de nos sociétés. En effet, certains ont encore du mal à croire qu’une bande d’amateurs puisse bousculer l’establishment. C’était aussi le cas dans les années septante lorsque de jeunes barbus inventèrent l’Apple II et commencèrent à révolutionner l’informatique tout en créant la puissante Silicon Valley.

Cependant, on peut d’ores et déjà dégager trois axes de réflexions:

  1. D’abord, on va pouvoir imprimer en grand nombre des objets en 3-D aussi facilement que l’on a pu imprimer des textes, des photos ou toutes sortes d’images pour T-Shirt.
  2. Ensuite, on va pouvoir s’échanger ces objets sur de très grandes distances en temps réel et sans coût de transport. Envoyer par mail ou télécharger des plans ou des algorithmes qui seront l’expression de processus d’impression 3-D ne coûte en effet pratiquement rien et sera instantané. En clair, si je veux avoir de nouvelles assiettes pour mon ménage, alors je vais chercher dans une banque de données sur Internet pour choisir les pièces que j’aime et les imprimer à la maison.
  3. Demain, une autre fonctionnalité va perturber la réalité industrielle, c’est la capacité de faire circuler des machines via le réseau Internet. En fait, toute machine peut être représentée par un ensemble de procédures, dont je peux tirer les algorithmes sous-jacents; ainsi une machine est en fin de compte qu’un fichier d’algorithme à télécharger à volonté avant de la reconstruire à l’aide d’une imprimante 3-D et de quelques matériaux électroniques à usage simplifié. Simple en principe. Peut-être quand même pas pour tout le monde. Mais on peut supposer qu’autour des centres créatifs une compétence participative s’organisera afin de partager ces nouveaux outils et surtout ces nouvelles machines.

Les aspect négatifs ne se sont pas non plus faits attendre: des plans sont publiés pour construire un pistolet avec des pièces produites avec une imprimante 3-D. En plein débat sur la régulation des armes. Un effet de rupture certainement peu attendu! Mais les potentiels positifs dépassent de loin un aspect négatif, il faut bien le reconnaître. D’ailleurs, quelle technologie n’a-t-elle pas engendré des usages dangereux (pensons à l’atome, à l’aviation, à internet, etc.)? Chaque innovation porte en elle une part négative et positive.

L’enjeu est donc bien, comme le disait en début d’année Obama, de diffuser, d’éduquer et de maîtriser des lieux créatifs. Ceux-ci, équipés, d’une part, de matériel de type 3-D, d’électronique et de design et, d’autre part, pourvus d’une forte compétence à produire des idées innovantes sont un vecteur important pour cette nouvelle donne créative et industrielle.

Voyons 3 des thèmes évoqués plus en détail.

Swiss Creative Center

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Lorsqu’un pays comme la Suisse caracole en tête des classements internationaux en matière d’innovation, on doit se poser naturellement la question de comment se maintenir à un tel niveau de performance. La réponse est simple: améliorer les processus de créativité, source première de l’innovation. En s’engageant sur le terrain de l’innovation de rupture, Neuchâtel se dote du premier centre de ce type en Suisse où les créatifs issus d’horizons différents travaillent avec les industriels et commerçants au sein d’une dream team emmenée par Elmar Mock, co-inventeur de la Swatch, l’ethnologue Jacques Hainard ou le designer Xavier Perrenoud entre autres. C’est le pari que le Canton de Neuchâtel, sous l’impulsion de la Chambre Neuchâteloise du Commerce et de l’Industrie, vient de lancer avec le Swiss Creative Center: le profiler comme centre disposant d’une sorte d’accélérateur à la créativité, en assemblant matériels (grâce au Fablab) et compétences (à l’aide d’un Thinklab). La créativité de rupture est sans doute pour demain, ce petit plus qui maintiendra la Suisse en tête des pays les plus innovants au monde.

L’impression 3-D

Makerbot Replicator 2

L’industrie classique a jusqu’ici été bâtie sur des procédés de fabrication tels que le tournage, le fraisage et le découpage des pièces. La révolution de l’impression 3-D est de passer d’un paradigme qui enlève de la matière pour obtenir l’objet voulu, à un processus additif qui dépose de la matière couche par couche. Un peu comme l’encre déposée par une imprimante classique, sauf que la matière déposée crée une épaisseur donnant forme à un objet. On passe donc d’un modèle de soustraction de matière à celui d’addition. Les techniques dites additives existent depuis les années 70, mais elles restaient encore récemment très chères et peu diffusées. L’arrivée d’imprimantes 3-D telles que RepRap ou MakerBot ont fait diminuer très fortement les coûts d’achat d’une imprimante 3-D. En 3 ans, les prix ont été divisés par 100, les faisant passer sous la barre des 1000 dollars. D’ailleurs Amazon a récemment ouvert un département spécifique de son magasin en ligne dédié au technologies d’impression 3-D. Cela laisse entrevoir des changements drastiques pour le prototypage, pour la personnalisation d’objets, et aussi bien sûr pour la diffusion même de la production et de la conception dans la société. Les objets crées actuellement ne sont pas encore de qualité suffisante et les imprimantes sont lentes, c’est vrai, mais cela ne saurait que s’améliorer au fil du temps. Et en attendant, il suffit de connaitre un atelier avec une imprimante plus performante auquel on peut envoyer ses plans par Internet pour pallier à ces inconvénients comme le propose par exemple Shapeways.

Arduino ou comment ajouter de l’intelligence aux objets

Arduino

Avoir des objets c’est bien. Mais avoir des objets intelligents c’est mieux. Arduino propose un circuit imprimé qui est facilement programmable pour effectuer des tâches, contrôler des appareils, piloter un robot, etc. Cela ouvre immédiatement un champ formidable aux makers. D’autant plus qu’ici aussi le modèle utilisé repose sur l’open source (comme pour l’imprimante 3-D RepRap) et que le coût du kit est dérisoire (environ 20 Euros). Les projets initiés sont parfois un peu fous, mais souvent ingénieux. Par exemple, il devient possible de construire un drone autopiloté, de transformer sa lampe de bureau en robot ou de faire de ses baskets un instrument de musique. Encore réservé à un petit nombre de hackers par sa technicité, le modèle se diffuse de par l’étendue des possibilités de programmation et le coût très faible de l’appareillage.

Conception assistée par ordinateur

Thingiverse

Pour créer et prototyper les objets en 3-D, il faut les concevoir et les traduire dans une langue compréhensible pour les imprimantes. C’est ce que font les logiciels dits de CAO (conception assistée par ordinateur) ou CAD (computer aided design). Le modèle peut se concevoir de zéro bien sûr, mais on dispose aujourd’hui de librairies très variées d’objets déjà modélisés. Par exemple, le site Thingiverse propose des dizaines de milliers de fichiers décrivant des objets imprimables en 3-D. Au-delà des logiciels professionnels coûteux, il en existe de gratuits, certains libres comme OpenSCAD et d’autres propriétaires comme 123D de Autodesk. Il ne reste plus qu’à laisser libre cours à son imagination.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

Atelier Make.Opendata.ch: Quelles applications peut-on imaginer avec les données des finances publiques?

make-opendata-2013-march

Dans la sphère des données publiques, celles touchant aux finances publiques sont certainement parmi les plus intéressantes et aussi les plus sujettes à controverse (après tout on dit bien que l’argent est le nerf de la guerre!). L’édition du mois de mars 2013 de l’atelier Make.Opendata.ch a invité les participant(e)s à imaginer des applications sur la base de données des finances publiques sur les lieux modernes et agréables du Technoark de Sierre.

Prenons un premier exemple concret: le groupe du projet Partis Budgets s’est proposé de créer une application pour illustrer et se questionner sur le thème: comment pourrait-on visualiser l’influence qu’ont les compositions politiques des parlements cantonaux sur la répartition des grands agrégats des budgets publics?

En partant des données mises à disposition publiquement, des librairies de visualisation, notamment D3.js, et en mettant en œuvre leur compétence et ingéniosité, les membres de l’équipe ont pu rapidement prototyper une application permettant ce type de visualisation. A partir de cette première base, il devient possible de suivre en parallèle l’évolution de la composition du parlement et des finances budgétaires réparties dans les différentes grandes politiques publiques. Un premier constat est que, comme dans tous les projets quantitatifs appliqués, la très grande majorité du temps est passé à comprendre le contexte, trouver les bonnes données, les comprendre, les mettre en forme et les nettoyer avant de passer à un résultat visible et concret.

Plusieurs autres projets ont été initiés dans le domaine du tourisme et de l’énergie.

Citons, par exemple, le projet SLOTD Swiss Linked Open Tourism Data. L’originalité particulière de ce projet consiste à utiliser le concept de linked data pour les données du tourisme. Le linked data est véritablement la vision que Tim Berners-Lee, l’un des principaux inventeurs du World Wide Web, a articulée pour la prochaine étape du Web. Les données ne sont plus isolés dans des silos, mais reliées entre elles pour créer un réseau. Ici par exemple, les noms des lieux géographiques sont reliés par leur sémantique ce qui permet par un seul clic de traverser plusieurs couches d’informations (images du lieu, attraits touristiques, données sur les nuitées d’hôtels, etc.). C’est une première application qui tente d’arriver au niveau maximum (5 étoiles) défini par Berners-Lee au sujet des données ouvertes (voir le site http://5stardata.info/).

Les participants ont aussi pu profiter d’une présentation et d’un échange très stimulant et riche sur le thème de la protection des données personnelles et de la transparence avec la préposée du canton du Valais. Des réflexions sur les aspects légaux, les notions de droit d’auteur, ainsi que la protection de la sphère privée ont éclairé les participants.

De part sa nature, ce type d’évènement est toujours très intéressant, non seulement pour les rencontres d’idées, mais aussi pour le réseautage qu’il apporte. C’est une preuve que les projets sont avant tout des aventures humaines et qu’avec les compétences des personnes, l’autonomie offerte et un sens donné à la créativité, les idées de l’Opendata peuvent se transformer très vite en réalité.

NB: Les résultats ainsi que les présentations de participants de Sierre et de Berne sont disponibles et documentés sur http://make.opendata.ch/wiki/event:2013-03.

Présentations de la 22e Journée de rencontre

Transformation des organisations

Le monde évolue. Nous façonnons de nouvelles technologies et ces technologies nous façonnent à leur tour. Elles changent nos usages, nos modes de vie, les relations que nous entretenons entre nous, avec les organisations qui nous entourent et avec la société dans son ensemble. Cette journée de rencontre a permis de faire un tour d’horizon sur le thème de “La Transformation des Organisations”. Le secteur public vit aujourd’hui une réelle transformation dans un monde toujours plus complexe, interconnecté et aussi limité dans ses ressources. Nous avons observé sous plusieurs facettes cette transformation souvent déclenchée par les usages du numérique: comment mieux servir les citoyens et les entreprises de notre canton? comment le design et l’innovation peuvent aider le secteur public? comment transformer nos systèmes de façon durable?

La 22e Journée de Rencontre de l’OT nous a permis d’aborder ce thème. Au cours de l’événement, nous avons eu la chance d’avoir une magnifique palette riche et variée de présentations pour stimuler nos idées. Nous avons voulu à travers nos invités et leur histoires ouvrir le champ des possibles sans pour autant reproduire à l’identique les expériences nécessairement différentes d’un autre contexte. Nous tirons des enseignements des ces expériences de transformation: comprendre les désirs des gens, expérimenter ce qui est techniquement réalisable et en comprendre ce qui est économiquement viable.

 


Pierre Maudet

Pierre Maudet
Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité dont dépend la Direction Générale des Systèmes d’Information.

 

 

 

 

 


 

Thierry Courtine
Thierry Courtine
Directeur de cabinet du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique du gouvernement français.

Le SGMAP est placé sous l’autorité du Premier ministre, ce service est mis à disposition de la ministre chargée de la réforme de l’Etat français . Sa mission est d’appuyer la transformation de l’action publique (projet innovants), de favoriser un usage pertinent du numérique (systèmes d’information), de la rendre plus transparente (ouverture données publiques), d’être au cœur de l’action sur le terrain et d’associer les agents à ces démarches.


 

Frank Grozel
Frank Grozel
Coordinateur du programme de Facilitation du Commerce de la Division sur l’Investissement et les Entreprises à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement CNUCED, ONU, Genève.

La CNUCED a conçu un système de e-gouvernement pour aider les pays en voie de développement. Ce système facilite la création d’entreprises ainsi que leur relations avec le gouvernement en étant plus transparent, plus simple. Le système est déployé dans de nombreux pays en Amérique centrale, en Afrique et en Asie.

 

Frank Grozel – Unctad 10 principes de simplification des procedures administratives

Site eRegulations et vidéos


 

Stéphane Vincent
Stéphane Vincent
Délégué général de La 27e Région, laboratoire de transformation publique des régions de France

La 27e Région est plus qu’un Think-Tank c’est un Do-tank des politiques publiques. Elle cherche à innover avec le secteur public. Elle explore de nouvelles façons d’améliorer la conception et la mise en oeuvre des politiques publiques à travers des programmes de recherche-action. La 27e Région utilise des méthodes issues des sciences humaines, du design de services, de l’innovation sociale et bien sûr du numérique. Elle a aussi un but pédagogique et aide chaque Région a créer son propre laboratoire de transformation en rendant autonomes les agents de la fonction publique. Elle fait partie d’un mouvement de fond d’initiatives similaires en Europe et dans le monde, comme le Mindlab (DK), le SILK (GB), le Public Policy Lab (USA), le Design Lab (FIN).

 


 

MC Casal et Sabine Dufaux
MC Casal Sabine Dufaux
Fondatrices de Relax In The Air, Sabine Dufaux, stratège et MC Casal, stratège de l’expérience utilisateur et designer.

L’agence est spécialisée dans la conception de stratégies numériques et l’intégration d’écosystèmes numériques (site web, applications, médias sociaux, etc.) dans les entreprises et institutions. Relax In The Air travaille également sur l’expérience utilisateur et l’expérience client afin d’apporter simplicité et clarté aux contraintes que rencontre une marque avec son usager ou consommateur.

Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Sabine et MC nous présentent l’intégration d’un écosystème numérique qui a impliqué des changements structurels, organisationnels et culturels, et comment ce processus de gestion du changement a été mis en place.

Cours en ligne ouverts et massifs MOOCs: effet de mode ou révolution de l’éducation?

L’acronyme MOOC signifie en anglais «Massive Open Online Course»: il s’agit de la mise à disposition ouverte et massive sur Internet de cours interactifs d’études supérieures offerts à des dizaines de milliers d’étudiants en même temps. Est-ce la fin des cours ex-cathedra, des amphithéâtres, des professeurs délivrant leur cours devant le tableau et de se retrouver en classe à côté de ses camarades? Tous les acteurs sont dispersés partout dans le monde, actifs derrière des écrans, collaborant en ligne, en utilisant la puissance du net et des informations en réseau. Le contact est virtuel et à distance, les connaissances distribuées et co-construites, les rôles sont redistribués et chacun cherche sa nouvelle place.

MIT-CSAIL

Quels sont les enjeux des MOOCs?

Ce bouleversement va entraîner plusieurs effets. D’abord, l’étudiant va personnellement choisir, suivre et optimiser, discipline par discipline, son cursus et, si possible, avec les meilleurs pointures, des professeurs de Stanford, du MIT, de l’EPFL, de l’Université de Genève ou d’ailleurs. Cela veut dire qu’il sera possible de le faire selon ses besoins et là où on le souhaite. La notion de temps et de lieu s’estompe, les horaires sont flexibles et la contrainte des cours en classe disparaît. Comment alors structurer un établissement d’enseignement qui ne serait plus basé sur un temps fixe (l’horaire) et un espace tangible (la classe)? Cette déstructuration paraît de fait impossible. Pourtant, on devrait s’imaginer un instant comment ce nouveau système pourrait fonctionner. Prenons le cas d’un jeune étudiant qui voudrait obtenir la meilleure formation possible en informatique. Il a le choix de s’inscrire à l’EPFL et obtenir son diplôme en quelques années ou alors il pourrait suivre une quarantaine de cours de son choix avec les professeurs les plus pointus de grandes universités au monde (MIT, Harvard, Stanford ou EPFL). À la fin de ces deux filières de formation, il aurait soit un diplôme de l’EPFL, soit un dossier de certifications prestigieux. Il est à parier que lors d’une procédure d’embauche (par exemple chez un Google ou un Facebook), l’étudiant disposant d’un dossier de certifications issues d’universités renommées soit l’élu. Comment pourrait-il en être autrement si la valeur de ces certifications accordées par les meilleurs professeurs de la planète dépasse le niveau d’un diplôme décerné par une seule et unique université? Ceci d’autant plus vrai qu’aucune université ne peut se targuer de rassembler dans toutes les disciplines, les meilleurs enseignants au monde au sein de son institution. Cette impossibilité fragilise le système actuel face à l’offre nouvelle apportée par le système des MOOCs. Le changement va s’opérer sur le fait que la demande (celle de l’étudiant) va complètement chambouler la situation actuelle de l’offre (celle des universités).

MOOCs: utopie lointaine ou réalité émergente ?

Utopie? Pas vraiment, puisque aujourd’hui l’exemple choisi des études en informatique est devenu une réalité: il existe déjà une quarantaine de cours dans ce domaine offert sur Internet par les dix meilleures universités du monde. Bien sûr, la plupart des disciplines universitaires n’offrent pas encore à l’heure actuelle une telle diversité de cours, mais c’est juste une question de temps. Les principaux moteurs de ce changement sont à la fois la volonté des professeurs de renom d’atteindre le plus grand nombre et l’envie des étudiants de suivre les cours des meilleurs, en ce sens le principe des MOOCs est la réponse adéquate. Cette double approche de l’offre et la demande est une tendance quasiment irréversible, tant la convergence des intérêts semble être partagée.

Un effet aussi important qui ne manquera pas d’ouvrir des défis nouveaux est celui de la formation continue et tout au long de la vie. Le cours local a bien sûr ses avantages, mais on pressent une augmentation de formations de type massif et en ligne. Pensons aux employés motivés ou à certains chômeurs, aux budgets de formation en entreprise en diminution constante: face à une offre alléchante de cours de haut niveau en principe chers et réservés à une élite, voilà un moyen qui permet de mettre des signaux en avant quant à l’employabilité et la construction de connaissances nouvelles.

Il est donc facile de prédire le succès de ce système. La question qui ne manquera pas de se poser est qu’adviendra-t-il de l’ancien système? Cela annonce-t-il la fin de l’université et des formations telles que nous les connaissons? Si oui, quand?

L’EPFL donne un cours d’informatique à 53’000 étudiants

En septembre 2012, le professeur Martin Odersky de l’EPFL propose, sur un site MOOC appelé Coursera, son cours de Scala, le langage de programmation qu’il a inventé. Il s’agit d’un cours technique, qui est proposé aux étudiants de l’EPFL dans un mode présentiel classique. Sur Coursera, la plateforme de MOOC la plus en vue, ce cours est proposé sur une durée de 7 semaines, avec comme ressources plusieurs courtes vidéos (de 5 à 15 minutes), des lectures, des questionnaires et des exercices pratiques à rendre en ligne. Résultat: 53’000 étudiants se sont inscrits à travers le monde pour la première semaine de cours et au final un cinquième ont passé les évaluations avec succès. «Près de 10’000 étudiants qui obtiennent ce certificat en seulement deux mois, c’est bien plus que durant toute ma carrière!» déclare impressionné Martin Oderksy. Les étudiants proviennent de toutes les régions du monde: États-Unis bien sûr, mais aussi Russie, Angleterre et Allemagne ainsi que les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil. En grande majorité (85%) les étudiants inscrits sont déjà en possession d’un diplôme universitaire et cherchent donc à continuer à apprendre tout au long de leur vie, ce qui met les universités au défi d’utiliser ce type de canal pour la formation de base.

La course à l’éducation massive: Coursera, edX et les autres

MOOCs logosCoursera est un site de cours massivement en ligne initié par deux professeurs de Stanford, Daphne Koller et Andrew Ng. Ce site propose une plateforme qui permet de s’adresser non plus à des milliers, mais à des millions d’étudiants. Lancé en avril 2012, il attire aujourd’hui près de 2 millions de personnes à travers 200 pays. Les cours proviennent de 33 universités allant de l’Université de Toronto, à celle de Melbourne en passant par New Dehli et Edimbourg. Les cours en français sont principalement développés par l’EPFL qui s’y est engagée très tôt. Coursera est effectivement une start-up, financée par du capital risque, qui recherche son modèle d’affaires. Celui-ci pourrait être, par exemple, le passage d’examens certifiés et payants par une université, une certification ensuite rendue visible par l’étudiant sur Coursera; ou encore, avec l’accord de l’étudiant, la vente d’informations sur les cours effectués à des entreprises à la recherche de candidats. Face à ce modèle, le MIT et Harvard proposent edX, un service similaire mais basé, lui, sur un modèle non lucratif. Précédé par une offre en ligne de contenus bruts comme MIT OpenCourseware, la plateforme s’enrichit maintenant d’outils collaboratifs et de formats plus adaptés aux études massivement en ligne. D’autres grandes universités comme Berkeley rejoignent le projet edX et y offrent aussi leur contenus. Diverses initiatives privées ou publiques existent aussi comme par exemple Udacity, Stanford Venture-Lab, iTunes U, Udemy, P2PUniversity, Kahn Academy.

Comment les MOOCs deviennent-ils eux-mêmes plus intelligents?

Il est intéressant de remarquer que la plupart des initiatives de plateformes MOOC intègrent dans leurs équipes des laboratoires d’intelligence artificielle. Est-ce une coïncidence? Peut-être pas. En effet, des questions arrivent immédiatement lorsqu’on propose des cours à un public aussi nombreux: Qui sont les étudiants? Comment corriger leurs devoirs? Comment former des groupes de travail? Peut-on s’assurer que l’étudiant qui rend les travaux est bien celui déclaré? Ceci offre un terrain d’expérimentation idéal pour les travaux de recherche sur l’intelligence collective et artificielle. Un algorithme peut former des groupes sur la base de critères tels que l’effort déclaré que l’étudiant souhaite fournir ou sa langue maternelle. Les contenus peuvent être aussi enrichis par les forums et les travaux des personnes suivant les cours. Les corrections des devoirs sont dans ces systèmes souvent effectuées par d’autres étudiants. Ces mêmes travaux peuvent ensuite aussi parfois être évalués parallèlement par un expert et selon la qualité de la correction observée, on peut ensuite apprendre à reconnaître les “bons” correcteurs parmi les étudiants eux-mêmes. On peut même envisager d’identifier un étudiant en reconnaissant son rythme de frappe lorsqu’il soumet un travail comme une sorte de signature unique et personnelle.

Le chemin des MOOCs reste à construire

Il est certain que certains défis majeurs restent à résoudre, comme la tricherie, le besoin de contact “offline” entre étudiants ainsi qu’entre étudiants et professeurs en plus de celui “online”, la pression de la gratuité des contenus sur les universités qui peut aussi conduire à une dilution des cours, et, finalement, le retard des autres nations en dehors de l’offre du continent Nord Américain. Peut-on l’ignorer? Certainement pas. Tout reste à apprendre.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Ces algorithmes qui nous gouvernent

Le 6 mai 2010 à 14 heures 40 le marché boursier de Wall Street a soudainement piqué du nez de manière vertigineuse. Des titres comme Accenture ou Boston Beer se sont retrouvés avec une cote de $0,01. Du jamais vu.

Aujourd’hui, on sait que des algorithmes de trading aussi appelés les « robots » par les financiers sont à l’origine de ce « flash krach ». Seule une interruption momentanée de Wall Street a permis aux ordinateurs de retrouver un peu de calme. Cet événement n’a toutefois pas changé le cours de l’histoire, les algorithmes sont toujours aux commandes à New York et représentent aujourd’hui entre 60 et 70% du volume des transactions. Cette situation est plus ou moins la même sur les autres grandes places financières du monde.

Les algorithmes dictent les règles du jeu.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine où la puissance des algorithmes s’exprime.

Songeons en premier lieu à Internet, cet immense écosystème de données, d’informations interconnectées que, seuls les algorithmes parviennent à traiter, à manipuler et à produire au final des résultats qui deviennent à leur tour de nouvelles données et informations. Ainsi lorsque je fais une recherche sur Google, l’algorithme qui me prend en charge va offrir plusieurs solutions à ma requête présentée comme une liste de liens, mais, dans le même temps, va retenir ma requête comme une information qui va être intégrée comme une donnée pour ses propres recherches futures.

Il en est de même par exemple sur Amazon ou Ebookers, chacune de mes recherches et chacun de mes achats seront intégrés à une base de données de « comportement  clients » qui ira enrichir les recherches et offres futures non seulement me concernant, mais aussi pour ceux qui auront fait les mêmes choix.

C’est une nouvelle réalité : les algorithmes nous prennent en charge. Il ne reste qu’à franchir un petit pas pour qu’ils nous gouvernent. Un pas qui pour l’instant n’est pas encore franchi. Mais jusqu’à quand ? Il n’est pas question ici de se faire peur mais de bien comprendre le monde qui émerge. Un autre exemple tout aussi important, mais plus dissimulé : celui de l’automobile. Des centaines d’algorithmes ont été introduits dans la gestion de nos véhicules. Le plus visible et marquant est l’algorithme pour garer sa voiture. La publicité maintes fois vue de la marque automobile Volkswagen est une nouvelle étape d’aide à la conduite dont l’algorithme utilisé introduit une véritable évolution voire une rupture.

Ainsi à chaque visite chez votre garagiste, le diagnostic du véhicule s’opère grâce à un ordinateur pratiquement indépendant de l’humain. La facture souvent conséquente reste cependant aux frais du conducteur… Tout appareil électroménager, HiFi, TV, Radio, téléphone et bien sûr votre ordinateur sont bourrés d’algorithmes, mais, là, on s’en doutait un peu…

Qu’en est-il de l’Etat ? Si aujourd’hui de nombreuses procédures sont automatisées, il y a peu d’algorithmes qui utilisent l’interopérabilité des bases de données. C’est à la fois historique, à cause de l’étanchéité des départements et aussi philosophique car les administrations ne cherchent pas à interpréter les comportements des citoyens et se contentent de les servir.

Sans doute, un jour les états vont faire leur (r)évolution vers l’anticipation des besoins, mais ce n’est pas le cas actuellement. Un citoyen reste un usager passif, sauf si on lui demande sa voix pour des élections et des votations, mais on lui demande rarement de donner de la voix pour s’exprimer comme un citoyen « augmenté ».

La réalité du changement est plus lente que l’on ne le pense généralement, mais ses conséquences à long terme sont certainement sous estimées.

Explorons quelques exemples d’augmentations offertes grâce aux algorithmes.

Santé publique : comment combattre la grippe grâce à Google

Une application récente et frappante de l’apport des algorithmes est celle de la prévision de la grippe. Chaque année l’épidémie se propage et les services de santé publique suivent très attentivement l’avancement de son impact. Or, une équipe de Google a constaté que certains termes recherchés par les internautes sur leur service sont de bons indicateurs de l’activité grippale. Google Flu Trends utilise des données agrégées de recherche pour estimer l’activité actuelle de la grippe dans le monde entier en temps quasi-réel. En fait, on arrive à détecter une augmentation significative d’activité grippale avec 2 semaines d’avance sur les statistiques épidémiologiques du Center for Disease Control américain. Voyons cela de plus près.

Toutes les personnes malades ne cherchent pas le mot « grippe » ou les mots liés à ses symptômes sur Internet et tous ceux qui recherchent ces termes ne sont pas nécessairement malades, mais la corrélation est suffisamment forte pour que lorsque toutes les requêtes sont rassemblées, filtrées et comparées à la fréquence habituelle, la tendance ressort nettement. Ainsi, on arrive à estimer par un algorithme la progression de l’épidémie grippale saisonnière en utilisant de façon ingénieuse des données de recherche anonymisées afin de préserver la sphère privée des internautes.

Pourquoi utiliser les données, un peu improbables à première vue, issues d’un moteur de recherche plutôt que de simplement faire confiance au système classique de surveillance de la grippe ? Les deux ne sont pas concurrents mais finalement complémentaires : les épidémiologistes peuvent compléter les données  plus fiables relevées conventionnellement par les médecins, les centres de soins et les hôpitaux par ces indicateurs avancés en temps réel. Plus une maladie est détectée rapidement, plus il est possible d’en réduire les effets sans avoir à recourir à des campagnes de vaccination lancées en catastrophe et des décisions coûteuses hâtives.

Faut-il se méfier de l’effet de « buzz » qu’Internet sait si bien propager ? Certainement. Mais si ces premiers résultats expérimentaux sont confirmés et que les algorithmes sont plus raffinés, l’impact sur la santé publique pourrait être majeur et sauver un nombre considérable de vies. Cette recherche appliquée prometteuse a fait l’objet d’une publication dans le très renommé journal Nature en 2009.

Les « Smart Cities » : comment rendre le transport en ville plus intelligent à Singapour

Les villes et les métropoles se densifient de plus en plus : depuis 1950 la population mondiale urbaine est passée de 30 à 50% et on estime que d’ici 2050 plus de deux-tiers de la population mondiale vivra en ville. Les défis que cette tendance démographique amène sont énormes pour les pouvoirs publics. Voyons comment les algorithmes peuvent nous aider.

Le concept de « smart cities » (ou de « villes intelligentes ») ajoute aux infrastructures physiques de la ville une couche d’informations digitales qui permet d’imaginer des fonctions et des services aujourd’hui embryonnaires mais qui vont massivement se développer.

La ville de Singapour, par exemple, possède déjà un excellent réseau routier. Elle continue à améliorer sa gestion du trafic en équipant ses taxis de capteurs permettant de mesurer l’état du trafic en collectant leur position et leur vitesse. Ces données sont traitées par un algorithme qui permet de détecter les embouteillages et les zones à forte densité de trafic. Ces informations sont ensuite utilisées par les pouvoirs publics pour leur planification et aussi, surtout,  pour informer directement le public afin qu’il puisse mieux choisir son parcours, voire se reporter sur d’autres modes de transport.

Ce type de système intelligent permet non seulement de mieux appréhender un problème complexe, mais aussi de rendre plus lisibles les politiques publiques favorisant les transports multimodaux croisant voitures, bus, métros, trams, taxis, vélos, piétons, etc.

Est-ce que les algorithmes peuvent écrire des articles meilleurs que les journalistes ?

C’est la question un peu provocante que pose Wired. En effet, il existe aujourd’hui déjà des exemples fortement prometteurs dans ce domaine.

Narrative Science, une des compagnies les plus avancées sur le sujet, propose de transformer, depuis quelques temps déjà, des données et des événements en une sorte de « cocktail narratif ». Cela est effectué en créant des phrases contenant les éléments à disposition ainsi qu’une analyse déductive afin délivrer un article. Les articles ainsi produits n’auraient probablement jamais été écrits par une personne. Soit parce que l’audience aurait été trop petite, soit parce que le travail de fouille de données aurait été trop important et fastidieux, soit parce que le sujet n’aurait pas été suffisamment attirant pour un journaliste. Bref, il aurait été impossible de mettre un pigiste sur le sujet. Toutefois, les algorithmes sophistiqués, eux, permettent de produire une histoire qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’un humain aurait écrit avec un sens de l’exactitude et de l’analyse de données inégalé. Les applications sont multiples : de l’article sur les résultats de sport de la petite équipe de baseball qui fait la fierté d’un parent et d’un enfant, à la synthèse des résultats de marché demandée par les investisseurs et les managers de titres et de portefeuilles, jusqu’aux conseils personnalisés rendus à chaque étudiant sur la base de ses résultats et ses objectifs personnels pour réussir dans une discipline. La vidéo ci-dessous montre des résultats pour le moins saisissants.

Automated Storytelling

Il semble utile de revenir sur une définition simple du terme « algorithme ».

Algorithme (adapté de Wikipedia) : L’algorithmique est l’ensemble des règles et des techniques qui sont impliquées dans la définition et la conception d’algorithmes, c’est-à-dire de processus systématiques de résolution d’un problème permettant de décrire les étapes vers le résultat. En d’autres termes, un algorithme est une suite finie et non-ambiguë d’instructions permettant de donner la réponse à un problème. Si les instructions d’un algorithme s’exécutent les unes après les autres, l’algorithme est dit séquentiel, si elles s’exécutent en même temps, il est parallèle. Si l’algorithme exploite des tâches s’exécutant sur un réseau de processeurs on parle d’algorithme réparti, ou distribué. Le mot « algorithme » vient du nom du mathématicien Al Khuwarizmi (latinisé au Moyen Âge en Algoritmi), qui, au IXème écrivit le premier ouvrage systématique sur la solution des équations linéaires.

Voici encore 2 exemples d’entreprises dont le modèle d’affaire contient une forte composante algorithmique.

NetFlix

Netflix est une entreprise proposant des films en flux continu sur Internet ainsi que des locations de films par correspondance aux États-Unis et au Canada. La société a été fondée en 1997. Son siège est situé à Los Gatos en Californie. En 2009, elle offrait une collection de 100 000 titres et dépassait les 10 millions d’abonnés. En 2011, le service compte plus de 25 millions d’abonnés. L’abonné paie  une souscription mensuelle fixe et reçoit les films de son choix par courrier. Il n’y a pas de limite de temps, mais il y a une limite du nombre de films que l’abonné peut avoir simultanément qui dépend de son niveau d’abonnement. Netflix propose un service de film en flux continu pour les ordinateurs sous Windows et Mac OS ainsi qu’un certain nombre d’appareils compatibles (Wii, Xbox 360, PS3). Ce service est disponible par défaut aux abonnés du service standard de Netflix, mais l’ensemble du catalogue n’est pas accessible aux heures de pointe, c’est-à-dire en soirée. Netflix est responsable en 2011 d’environ 20% du trafic Internet en Amérique du Nord.

Quid

Bob Goodson, PDG de Quid, et Sean Gourley, son CTO, se sont rencontrés à l’Université d’Oxford. Peu de temps après, Sean a terminé son doctorat en physique et est venu le rejoindre aux États-Unis, Bob s’étant déjà établi dans la communauté hightech de San Francisco, où il a été le premier employé de Yelp, le fameux service en ligne de recommandation de restaurants. La vision des deux entrepreneurs pour Quid est celle d’un service qui appliquerait de nouveaux algorithmes, en utilisant des sources de données ouvertes, et créerait des visualisations novatrices pour mieux analyser et synthétiser des systèmes complexes pour prendre des décisions. Par exemple, les services proposés permettent d’analyser un secteur de technologies émergentes et de découvrir quelles stratégies d’investissement avoir en visualisant les zones encore vierges car elles commencent à voir des entreprises collaborer dans la recherche et le développement.

Xavier Comtesse, Avenir Suisse et Giorgio Pauletto, Observatoire technologique.
Texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Transformation des organisations – 22ème Journée de Rencontre de l’OT

Transformation des organisations

22ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique,
Vendredi 1er février 2013, 14:00-18:00,
hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève.

Les administrations publiques vivent actuellement une grande révolution.

Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble.

Les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent, les données et les informations deviennent compatibles entre elles, les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs,  l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts, les partenariats public-privé offrent une nouvelle approche de répartition de rôles, la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les réseaux sociaux deviennent un moteur de la participation augmentée entre institutions et citoyens, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création.

Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement en dessinant de façon plus participative avec le secteur public des services innovants basés sur les politiques publiques et données des administrations, mais permettant d’avoir un impact plus fort et durable sur notre société.

Une évolution émerge au niveau des pays où le secteur public se transforme: on passe d’un paradigme d’administration électronique basée sur les transactions à une forme d’action transformationnelle qui nous emmène vers l’administration de demain.

  • Quels sont les défis et les opportunités qui s’ouvrent devant nous?
  • Quels sont les exemples existants et innovants pouvant inspirer nos actions?
  • Comment  appréhender ce contexte nouveau, complexe et mouvant dans un modèle encore souvent classique et hiérarchique?
  • Quels éléments concrets pouvons-nous mettre en commun ou différencier pour aller de l’avant?

Tels sont les enjeux qui seront  abordés à travers plusieurs intervenants dans cet évènement pour mieux cerner le cadre, faire connaître les expériences, développer les idées et inspirer les évolutions futures des organisations publiques.

Les intervenants suivants participeront à l’évènement:

  • Pierre Maudet, Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité nous fera l’honneur d’intervenir au cours cette journée.
  • Thierry Courtine, Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, Gouvernement français.
    Modernisation de l’action publique
    Le SGMAP est une structure interministérielle du gouvernement français dont la mission est la modernisation de l’action publique. Elle pilote, coordonne et suit l’avancée au quotidien des projets de modernisation des administrations. Elle coordonne les travaux d’amélioration de l’action des administrations au profit des usagers, favorise le développement de l’administration numérique et anime les travaux de modernisation et d’évaluation des politiques publiques.
  • Frank Grozel, Programme de Facilitation du Commerce, CNUCED, ONU, Genève.
    Le gouvernement électronique est-il une solution pour des administrations faiblement institutionnalisées et des populations peu alphabétisées: l’expérience de la CNUCED dans les pays en développement
    Le programme de facilitation des affaires de la CNUCED a travaillé au cours des 10 dernières années avec une vingtaine de gouvernements de pays en développement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, pour moderniser des procédures administratives tellement méconnues, complexes et fluctuantes que l’immense majorité de la population vit et travaille dans l’informalité. Paradoxalement, l’informatisation pourrait être la voie la plus efficace pour faire évoluer les administrations, traditionnellement fractionnées et auto-centrées, vers un service public unifié et centré sur l’usager.
  • Stéphane Vincent, La 27ème Région
    Organiser le “piratage bienveillant” des politiques publiques
    Depuis 2008, la 27e Région conçoit et met en œuvre des programmes de recherche-action visant à explorer des façons différentes d’innover dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. Ces méthodes s’inspirent du design (design de services, design social), de la sociologie de terrain (ethnologie, observation participante), de l’open source (documentation, “piratage bienveillant”) et de l’innovation sociale. Stéphane Vincent, co-fondateur et délégué général de la 27e Région, reviendra sur les principales étapes de cette démarche expérimentale, et évoquera les derniers enseignements tirés, à partir de plusieurs dizaines d’expériences conduites depuis 4 ans.
  • MC Casal et Sabine Dufaux, Agence Relax In The Air
    Secteur public et numérique : le défi de la gestion du changement
    L’intégration des technologies numériques et de l’engagement social donnent l’opportunité aux institutions publiques de mieux servir et interagir avec leurs usagers. La mise en place de cet écosystème digital implique cependant des changements structurels, organisationnels et culturels. Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Relax In The Air montrera comment ce processus de gestion du changement centré sur l’utilisateur (publics et équipes des musées) a été mis en place.

L’entrée à cette Journée de rencontre est libre et gratuite mais pour en faciliter l’organisation, nous vous remercions de vous y inscrire en nous faisant parvenir un email à l’adresse ot@etat.ge.ch.

Le “New Public Management” est mort! Quels sont les nouveaux paradigmes du management public? – Smart Gouvernance

Les administrations de demain seront confrontées à des territoires différents. Autrefois définis par le sol et les lois, il deviennent maintenant fonctionnels et à géométrie variable sous l’influence du digital. Le paradigme du new public management est peu à peu transformé en “we” public management. Finalement, le changement est aujourd’hui permanent et se doit d’être anticipé et accompagné par des structures appropriées.

Ce billet fait partie d’un corpus qui sera publié ici tiré d’articles du rapport «Smart Gouvernance» par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto (2011).

Le «new public management» portait la promesse de changer la bureaucratie traditionnelle en une administration orientée vers les résultats et l’efficience. Les fonctionnaires étaient mobilisés par cette vision mettant en avant l’orientation vers les clients. Aujourd’hui, malgré de très nombreuses réalisations et de véritables succès, le mouvement s’est totalement essoufflé. Il est devenu moribond, remplacé déjà par de nouvelles pratiques ou conceptions.

D’abord, il faut comprendre les raisons intrinsèques de cet abandon progressif du «new public management» avant de pouvoir énoncer quelques pistes fortes pour relancer de nouvelles réformes administratives qui restent, à l’heure de la compétitivité globale, toujours d’actualité. Les spécialistes des systèmes administratifs évoquent une bonne dizaine de raisons à cet échec:

  1. un citoyen n’est pas un client. Penser au citoyen comme «client roi», c’est sans doute méconnaître la complexité du statut du citoyen qui a certes des droits mais aussi des obligations sociales;
  2. l’efficacité néglige la création de valeur. Une administration crée de la valeur dans les systèmes éducatifs, dans l’aménagement du territoire, dans la compétition économique, etc;
  3. une réforme en profondeur nécessite du temps. Les politiciens qui ont souvent lancé les projets de «new public management» n’ont soit pas été réélus, soit ont abandonné les projets sans continuité dans l’action;
  4. les réformes coûtent cher avant d’en récolter les fruits. Cette contradiction dans le délai entre recettes et dépenses a eu raison d’un grand nombre de projets où seuls les coûts ont été mis en avant par les opposants;
  5.  le «new public management» a été souvent victime d’actions spécifiques et uniques indépendantes les unes des autres et donc sans vue d’ensemble;
  6. la hiérarchie a souvent pris ces réformes pour une menace. On a souvent pu mesurer la résistance de l’organisation face aux changements;
  7.  la confiance a cédé le pas à la méfiance. Les fonctionnaires entreprenants ont trop souvent été soupçonnés de faire cavalier seul ou de tirer la couverture à eux;
  8.  les projets ont souvent souffert de trop de technicité et de pas assez d’humanité, de dialogue social;
  9. la performance et l’efficience n’ont pas trouvé d’indicateurs fiables pour convaincre un large public;
  10. le «new public management» a perdu la confiance du citoyen trop souvent mis à l’écart des processus de réformes.

En évoquant des dysfonctionnements, on s’aperçoit bien que le plus grand défaut de ce concept a été de considérer le citoyen/client comme un objet pour lequel il fallait travailler et non avec.

VERS UN CONCEPT DU «WE PUBLIC MANAGEMENT»

Dès lors, la tâche des administrations installées dans un processus de réforme devenu quasi permanent est sans doute de revoir la relation fondamentale entre administré et administration. C’est, de toute évidence, cette relation qui va déterminer le potentiel d’amélioration, de recherche d’efficacité et de création de valeur.

Si l’on accepte le fait que le «client-roi» était une «fausse bonne idée» et que désormais il faut travailler sur le concept de «citoyen partenaire», alors on peut élaborer une vision tout à fait renouvelée du processus de réforme. Ce changement de paradigme est essentiel à saisir, car il s’agit désormais de se concentrer sur une approche «multipartenariat» où chacun est partie prenante des réformes. On peut, à ce stade quand même se poser la question du pourquoi ces réformes sont si indispensables et pourquoi cette préoccupation doit être partagée avec la population. Il y a donc au moins quatre raisons fondamentales nécessitant l’adaptation des administrations face à la nouvelle réalité sociale:

  1. la globalisation a entraîné une mobilité plus grande des biens et des marchandises, mais aussi des entreprises, de l’emploi et des personnes. Face à cette compétition accrue, il s’agit de renforcer l’attractivité des territoires, dont les administrations ont la charge, en rendant ces dernières comparativement
    efficace. La conjoncture va pousser à l’efficience;
  2. la population vieillissante dans nos pays avancés va mettre une énorme pression sur les coûts des services administratifs, car ces derniers seront supportés à l’avenir par une population active diminuée en proportion. Une adaptation structurelle est inévitable;
  3. la société dans son architecture sociale évolue vers la famille recomposée, vers les réseaux sociaux, les ONG et les nouvelles formes d’appartenance et d’organisation. Ce changement systémique aura une très grande implication dans la gouvernance publique. Songeons ici que, désormais, la grande majorité des familles évoluera avec quatre générations simultanées. Cela n’est jamais arrivé dans toute l’histoire de l’humanité et le système devra trouver de nouveaux équilibres;
  4. enfin, la société, après avoir connu la révolution industrielle et les formes hiérarchiques de gouvernance issues des constitutions et des lois de cette période, est entrée dans une nouvelle ère, celle de la digitalisation sociétale. Sous cet impact, nos coutumes, nos habitudes et nos comportements se
    modifient et cela aboutira à adapter nos lois et nos constitutions. Les administrations devront également suivre. Nous sommes à peine entrés dans cette transformation administrative alors que l’ensemble de la société est en train de se métamorphoser.

 

«MY FILES» OU LE DOSSIER VIRTUEL

Au contraire du «new public management», le «we public management» s’appuie sur une avancée technologique, Internet, et plus particulièrement sur les nouvelles possibilités offertes par ce support. A savoir, le concept de «My Files» et celui des réseaux sociaux. Examinons, en premier lieu, les diverses potentialités proposées par «My Files» et les conséquences en termes de management que cela implique. Le concept de «My Files» est la mise en commun de données regroupées sur Internet concernant un citoyen, une entreprise ou toute autre entité ayant des relations avec l’administration. Prenons deux exemples parmi tant d’autres pour mieux saisir ce concept: le dossier médical, qui rassemble l’ensemble des informations d’un patient sous forme digitale est accessible sur Internet aux seuls ayants droit, ou encore le dossier fiscal, qui, de même, regroupe les données des contribuables de manière confidentielle. Ces deux applications du concept «My Files» ont été introduites dans plusieurs pays avec succès. Le système bancaire avait, au préalable, largement préparé le terrain, non seulement d’un point de vue technique mais également d’un point de vue humain en termes d’acceptabilité, de confidentialité, de sécurité et d’«accountability » (contrôle ouvert au client des processus de traitement).

L’introduction de «My Files» est cependant un changement de paradigme puissant pour les administrations car ce concept les oblige à l’interopérabilité des données. Jusqu’ici, les administrations étaient, pour l’essentiel, organisées en «silos» étanches et les données étaient rarement transmises d’un service à un autre ou d’une administration vers une autre. Ce changement entraîne des comportements radicalement nouveaux pour les administrations, car elles doivent désormais traiter les procédures administratives non plus à partir du seul «guichet», qu’il soit réel ou virtuel, mais à partir d’un environnement partagé avec les parties prenantes qui regroupent l’ensemble des informations et leurs procédures. C’est une véritable révolution dans l’organisation et dans son management. Le fait que le «client» partage désormais avec l’administration l’accès à ses données change complètement les équilibres. Le management est, en quelque sorte, cogéré.

LES RÉSEAUX SOCIAUX

La dernière évolution d’Internet, les réseaux sociaux, est également en train de bouleverser les comportements et les habitudes de la population, des entreprises et des organisations sociales. D’abord, les réseaux sociaux ont amené un nouveau découpage des territoires basé sur l’idée de «géométrie variable», c’est-àdire
en fonction des thématiques abordées. Puis, les réseaux sociaux aspirent à plus de participatif «en amont» des problématiques. A l’opposé de la démocratie directe qui influence le système législatif «en aval» (référendum, initiative), les réseaux sociaux agissent en termes d’influence sur l’agenda public ou, plus précisément, sur les questions de société, les choix et motivations de vie, les nouvelles pratiques et tendances. Cette forme dynamique de regroupement social est plus tournée vers la «soft gouvernance» alors que les instruments de la démocratie directe interviennent plutôt dans les processus de la «hard gouvernance». En opposant ainsi les notions de «soft» et de «hard», on met en évidence la différenciation entre réseaux sociaux et organisations plus traditionnelles comme les partis politiques, les syndicats, les associations professionnelles, etc. Ainsi, les réseaux sociaux apparaissent bien comme une force d’influence et de pénétration autour de problématiques de vie en société.

Dès lors, le monde politique mais aussi les administrations doivent intégrer cette force dans un processus non plus de consultation démocratique mais bien dans un mode de partage voire de cocréation. L’enjeu est donc bien de cocréer, avec la société, des services communs et pourquoi pas de nouveaux biens communs. Ce changement radical nécessite un apprentissage mutuel, mais également une modification structurelle des administrations. Pour mieux comprendre ce cap à franchir, il faut souligner que les administrations ne seront plus en charge seulement du «bien public», mais devront également intégrer une nouvelle forme participative à définir dans le «bien commun». Ce dernier terme est une notion qui s’éloigne de la simple représentation entre le bien public et le bien privé et qui serait en quelque sorte à cheval puisqu’il fonctionne comme un élément de cocréation entre le privé et le public. Avec la généralisation des projets en PPP (partenariat public-privé), on avait déjà connu ce type de redéfinition des champs d’application de la participation. Il s’agit désormais de formaliser ces pratiques de manière plus durable.

LE DÉBUT D’UNE PROFONDE MUTATION

Le «we public management» est bien une nouvelle approche de la gestion des affaires publiques. Il se caractérise par une participation forte «en amont» du législatif. Il est donc dans le champ des nouveaux comportements légitimes plus que légaux insufflés par Internet et les réseaux sociaux. Cependant, nous ne sommes qu’au début de cette métamorphose administrative, mais il est important d’en comprendre les enjeux et les articulations. L’enjeu, pour l’essentiel, se situe dans la transformation du tissu social et l’articulation étant la révolution digitale dont Internet est aujourd’hui l’élément clé. La réflexion et le débat doivent être lancés, car l’avenir des administrations reste encore largement à être inventé.

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