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L’Internet des objets – 23ème Journée de Rencontre de l’OT

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Vendredi 10 octobre 2014, 14:00-17:30
hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève

Entrée libre et gratuite mais inscription obligatoire svp: je m’inscris
ou en envoyant un message avec le titre « 23e Journée de Rencontre » à l’adresse email ot@etat.ge.ch


Allocution d’ouverture
M. Pierre Maudet, conseiller d’Etat, Département de la sécurité et de l’économie DSE, Etat de Genève

Des objets sur internet
Prof. Nicolas Nova, HEAD Haute Ecole d’Art et de Design Genève et Near Future Laboratory, Genève, Los Angeles, San Francisco, Barcelone

Objets connectés en santé – la culture du réseau affronte l’establishment
Prof. Christian Lovis, HUG, Hôpitaux Universitaires de Genève

Internet des Objets – Une ubiquité au service de nos sociétés
Dr. Didier Hélal, Société Orbiwise, Genève

Les perspectives économiques, sociales et politiques de l’Internet des objets
Dr. Bernard Benhamou, Institut d’Etudes Politiques de Paris, Université Panthéon Sorbonne, Ancien délégué interministériel aux usages de l’Internet et conseiller de la délégation française au sommet des Nations Unies sur la société de l’Information

Conclusion de la journée
Dr. Eric Favre, directeur général, Direction générale des systèmes d’information DGSI, DSE, Etat de Genève


Retrouvez maintenant un résumé et les présentations
 sur http://www.ot-lab.ch/?p=5554

Les objets privilégiés d’hier ont été nos ordinateurs, puis nos téléphones. Ce sont principalement eux qui étaient connectés à Internet. Mais on sait aujourd’hui connecter presque tous les objets: télévisions bien sûr, mais aussi voitures, montres, caméras, lunettes, ampoules, maisons, brosses à dents, et une multitude d’autres choses encore. Dans quelques années il faudra plutôt se demander ce qui n’est pas connecté. Demain, le monde sera encore bouleversé. Plusieurs signaux pointent vers une même direction: celle de l’Internet des objets. De larges pans de la société seront impactés. Ceci peut mener à l’amélioration de la sécurité, de la santé, de l’économie, de la mobilité, et bien d’autres domaines encore.

Mais les questions sur une vision trop utopique arrivent rapidement. Les pouvoirs publics, les entreprises privées et les individus se questionnent sur la mise en place de services facilitant d’une part l’émergence de nouveaux modèles économiques, et enclenchant d’autre part des ruptures. Cette nouvelle vague doit nous amener à une réflexion et à une prise de recul.

Si la technologie change à ce point nos repères, quels seront les impacts sociétaux et les changements radicaux à venir? Quels nouveaux écosystèmes cela va-t-il générer? Quels enjeux de sécurité devra-t-on intégrer pour éviter les écueils? Quels modèles économiques seront réinventés? Qu’est-ce que cela signifie pour le secteur public et quel doit être le rôle de ce dernier? Voici donc la thématique qui retiendra notre attention et que nos orateurs éclaireront sous différents angles au cours de notre Journée de Rencontre 2014 à laquelle nous nous réjouissons de vous rencontrer.

Date: 10 octobre 2014, 14:00-17:30 suivi d’un cocktail
Thème: Internet des objets
Lieu: hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève

Contact et organisation:
giorgio.pauletto@etat.ge.ch
patrick.genoud@etat.ge.ch
Observatoire technologique, DGSI, DSE, Etat de Genève

Quelles sont les tendances futures dans la santé?

Le domaine de la santé est largement touché par les transformations du monde d’aujourd’hui. Il est face à des tendances lourdes de société comme le vieillissement, l’augmentation des coûts, le défi de la pénurie des soignants et aussi devant des opportunités face aux possibilités offertes notamment dans les usages nouveaux et les technologies de rupture.

Voyons cela de plus près.

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Les tendances lourdes dans le domaine de la santé

1. L’augmentation du vieillissement de la population et les maladies chroniques

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Comme dans l’ensemble du monde occidental, durée de vie de la population augmente et la base de la pyramide des âges diminue. D’après l’Office Fédéral de la Statistique en Suisse, la proportion des jeunes (de moins de 20 ans) a régressé de 40.7% en 1900 à 20.4% en 2012, celle des personnes âgées (plus de 64 ans) a progressé de 5.8% à 17.4%.

Au niveau mondial, le taux de croissance actuel de la population âgée, qui est de 1.9%, est devenu nettement supérieur à celui de la population totale qui lui est à 1.2%. Les maladies chroniques sont, de loin, la principale cause de mortalité dans le monde, représentant 63% de tous les décès.

2. L’enjeu de découpler les coûts de la santé de la qualité des soins

costsLa Suisse dépense 11.5 % du PIB pour le système de santé. La part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut est passée de 11.0% en 2011 à 11.5% en 2012. Les dépenses de santé se sont élevées au total à 68 milliards de francs en 2012, ce qui représente 5.3% de plus que l’année précédente. Cette augmentation est imputable en grande partie à la hausse de 2.3 milliards des dépenses hospitalières.

Les États-Unis dépensent $8,508 par personne en soins de santé, près de $3000 de plus par personne que la Norvège, le deuxième plus grand dépensier. 23 pour cent des adultes américains et 13 pour cent des adultes en France, soit ont eu de graves problèmes pour payer les factures médicales ou ont été incapables de les payer. On estime, aux États-Unis, à 1.7 million le nombre de patients qui développent des infections alors qu’ils sont à l’hôpital, et 99’000 meurent des séquelles.

3. Le défi de la pénurie de médecins et du personnel soignant

doctors2Selon l’Office fédéral des migrations, entre 750 et 1’300 médecins étrangers ont ainsi émigré chaque année en Suisse entre 2002 et 2009. A l’heure actuelle, le système de santé suisse est totalement dépendant de la main-d’œuvre étrangère et l’expansion des effectifs hospitaliers ne pourrait être possible sans l’immigration.

Pour l’accès à la santé, plus d’un milliard de personnes dans le monde n’ont pas encore accès à un système de soins de santé. Il y aura selon toute vraisemblance une pénurie de 230’000 médecins à travers l’Europe dans un proche avenir. Le nombre de soignants dans 36 pays d’Afrique est insuffisant pour offrir simplement une immunisation de base et des services de santé maternelle. La répartition inégale des soignants devient également un problème important.

4. L’innovation des technologies et des données

techmedLes progrès des technologies de la santé et de l’analyse de données offrent une aide pour faciliter de nouvelles possibilités de diagnostic et de traitement. Elles peuvent aussi permettre de mieux contenir ces nouvelles dépenses par la restructuration des modèles de prestation de soins et la promotion de l’utilisation plus efficace des ressources.

L’adoption de nouvelles technologies de l’information de santé numérique est devenue le moteur du changement dans la façon dont les médecins, les assureurs, les patients et d’autres parties prenantes du secteur interagissent.

Dans ce domaine, les dossiers médicaux électroniques, la télémédecine, les applications de santé mobile (mHealth), ainsi que les prescriptions médicales électroniques joueront un rôle important.

Il faut aussi souligner un besoin crucial de se concentrer sur la sécurité, la confidentialité des données pour offrir bien sûr aux patients une confiance indispensable dans un contexte qui touche le cœur de leur vie privée.

Les signaux de rupture

Quelles sont les innovations de rupture dans la santé?

Par un article précurseur dans la prestigieuse Harvard Business Review, Clayton Christensen posait déjà la question: “Les innovations de rupture vont-elles soigner la santé?” (“Will Disruptive Innovations Cure Health Care?”, HBR). Voyons justement les signaux faibles de ce qui portera le changement dans les 3 à 5 prochaines années.

1. L’influence sur les comportements

Les capteurs personnels

Le mouvement de la mesure de soi (“Quantified Self”) est en pleine expansion. Les capteurs lancés par Nike (Nike+ Fuelband) ou Jawbone Up sont aujourd’hui complémentés par des versions encore plus fines.

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Airo propose un capteur de poignet prenant en compte non seulement les mouvements, le sommeil et le stress, mais aussi la nutrition en scannant par spectrométrie le sang.

Sensotrack, un produit suisse, se positionne dans le creux de l’oreille et mesure également la pression sanguine, le taux d’oxygène et la respiration.

Les lentilles de contact Google, encore en prototype, visent à aider les personnes atteintes de diabète en mesurant en permanence les niveaux de glucose dans leurs larmes.

Apple propose déjà dans la toute prochaine mouture de iOS, HealthKit, une plateforme pour intégrer les mesures et afficher un tableau de bord d’où contrôler les paramètres de santé sur une base quotidienne, tout en offrant le recul d’examiner les tendances de remise en forme sur un temps plus long.

Des incitations à la santé

mysugrCes capteurs sont déjà révolutionnaires, mais une couche supplémentaire vient en renforcer les effets. La plupart des applications de santé proposées, intègrent ce que l’on appelle gamification ou « ludification » en français. Cette approche permet en quelque sorte de faire “mordre à l’hameçon” plus facilement les individus et d’influencer leur comportement pour mieux adhérer à un comportement voulu de façon durable.

Cette modification de comportement est essentiellement le facteur clé de succès de traitements notamment pour la perte de poids, les maladies chroniques et les prescriptions antibiotiques par exemple.

Pour les diabétiques, mySugr propose une application qui s’apparente à un journal de diabète, en fournissant une rétroaction immédiate pour aider à rester motivé. Cela passe par gagner des points pour chaque inscription faite qui aide combattre un monstre, le diabète. L’objectif est d’apprivoiser ce monstre tous les jours à travers des défis liés à des objectifs personnels.

2. L’autonomisation du patient

Diagnostics en self-service

scanaduLes algorithmes permettant un guidage en utilisant les données relevées par le patient lui-même deviennent de plus en plus perfectionnés. Ceci permet de réduire l’incertitude à un point qui permet de prendre certaines décisions sans nécessairement recourir aux spécialistes et de réserver cette visite uniquement aux cas nécessaires.

Biosense uCheck par exemple permet d’avoir un laboratoire portable en utilisant un calibrage de couleurs prises par l’appareil photo de son smartphone.

Scanadu (appareil et logiciel encore en test) permettra de diagnostiquer a priori les symptômes pour savoir en principe quand se rendre en clinique et quand on peut attendre sans conséquence. Voir la vidéo du scénario d’utilisation http://youtu.be/KSwMauCno6o.

SCiO financé de façon participative sur Kickstarter permet de scanner des matériaux, de la nourriture, et tout objet physique. Le fameux “tricorder” de Star Trek devient une réalité. Véritable spectromètre portable, il offre à tout un chacun d’obtenir des informations instantanées sur la nature de l’objet à travers son smartphone. Nourriture, médicaments, plantes, et plus encore peuvent immédiatement être analysés et reconnus voir la vidéo de démo saisissante ici http://youtu.be/BrtGSEwfIJY.

Réseaux sociaux de santé

23-PatientsLikeMe-1_0Tout le monde le sait, plus que jamais les patients recherchent des informations sur internet. Aujourd’hui ils s’auto organisent pour mieux savoir quels traitements ils utilisent, quels sont les essais cliniques et les dernières découvertes scientifiques pour mieux comprendre comment cela s’inscrit dans le contexte de leur expérience.

Deux exemples sont saillants http://Smartpatients.com et http://Patientslikeme.com.

Notons que tout ceci n’est pas sans mettre en évidence des risques. Bien sûr celui de faire confiance aux avis peu pertinents médicalement et scientifiquement, et c’est le moindre. Le défi majeur est celui de la collecte de données par des organisations tierces, comme les pharmas et les assurances pour qui ces données sont de l’or. Le rôle des pouvoirs publics est dans ce contexte d’une importance capitale et ils devront certainement rapidement s’emparer de la question.

3. Les soins orchestrés

Télémédecine

o-careLes possibilités de communication et d’interaction à distance offrent de nouveaux canaux pour les patients afin d’entrer en contact avec les médecins et les experts de la santé. Ceci permet d’abord d’obtenir des conseils médicaux et des bilans, puis avec la vidéo et d’autres capteurs, ces rendez-vous virtuels peuvent offrir un niveau de soins parfois suffisant pour une part importante des cas. Bien entendu cela doit aussi conduire à des visites en personne qui restent nécessaires et qui peuvent être même augmentées en temps et qualité si les cas précédents sont traités plus simplement.

La cabine proposée par HealthSpot est une sorte de kiosque médical qui dématérialise une visite chez le médecin. Les patients interagissent avec des fournisseurs de santé certifiés par une vidéoconférence haute définition ainsi qu’une série de dispositifs médicaux connectés qui transmettent l’information biomédicale en temps réel.

Le service de Goderma permet de recevoir le diagnostic d’un dermatologue qualifié dans les 48 heures. Le processus est simple: télécharger une photo de votre problème de peau, répondre à quelques questions et soumettre votre demande de façon anonyme. La demande est reçue et examinée par un dermatologue et la transaction se fait entièrement en ligne jusqu’au paiement. Si les dermatologues ne peuvent pas évaluer correctement le cas, la transaction est annulée et remboursée.

GiraffPlus est un projet européen visant à augmenter l’autonomie des personnes à la maison. Le robot domestique est doté de capteurs et d’une interface “à la” Skype pour interagir avec les personnes. Le système encore en développement est porte aussi une attention particulière à l’ergonomie pour garder une interaction la plus empathique possible.

L’Institut Frauenhofer propose aussi un robot qui complémente les personnes ayant des difficultés pour certaines tâches domestiques ou de communication en cas de chute.

Dossiers Virtuels

Le dossier médical informatisé (connu sous son nom anglais Electronic Health Record EHR), porte depuis plusieurs année la promesse de fournir un espace personnel autour du patient, sécurisé et permettant de donner accès de façon simple et rapide à ses données de santé en évitant de répéter des tests pénibles et onéreux, de commettre des erreurs, de perdre du temps précieux dans les transferts.

Le projet de dossier médical genevois MonDossierMedical.ch propose de stocker de façon hautement sécurisée les données de santé du patient et de les mettre à disposition de différents prestataires de soins. Les professionnels de santé admis peuvent mettre à jour les informations mais c’est le patient qui donne les accès à travers une clé numérique. Le dossier patient informatisé au niveau hospitalier est aussi couplé à ce projet pour permettre un suivi plus global. Pour plus d’informations voir aussi http://www.e-toile-ge.ch/etoile.html.

Plusieurs autres pays, ont des projets allant dans ce sens comme l’Autriche, l’Estonie, les Pays-Bas en Europe.

Remarques de conclusion

dataprotectionComme on le voit le monde de la santé est en constante évolution par la redistribution amenée par les nouvelles habitudes des gens, les défis du vieillissement et de l’économie, ainsi que des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies.

Tout ceci peut sembler bien alléchant et il est certain que les potentiels sont énormes. Il semble toutefois nécessaire d’adopter une approche itérative et un apprentissage continu. Cela doit nous amener à prototyper plus de concepts avant de se lancer la tête la première dans ces domaines avec de lourdes conséquences. Pensons aussi que l’ensemble des opportunités offertes a aussi souvent un revers de la médaille.

Deux points reviennent sans cesse à l’esprit: d’une part, celui de la protection et de la réappropriation des données et, d’autre part, celui de l’ouverture et du partage des données qui intéressent la recherche et la santé publique. Quid des intérêts privés? Et de la capture de valeur par des intermédiaires dont les principes commerciaux ne sont pas à l’avantage de leurs clients? Qu’en est-il également de la transparence, des choix plus informés et des gains qu’apporte une plus grande ouverture? Un récent rapport du National Health Service britannique analyse aussi ces aspects d’ouverture plus grande des données de santé.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’usager doit rester au cœur de la démarche et son intimité numérique protégée. Il est donc impératif de commencer petit, de tester les idées et de voir ce qui apporte une valeur au patient qui doit rester le premier bénéficiaire.

Une présentation à l’origine de cet article est disponible ici:
http://www.slideshare.net/giorgiop5/tendances-futures-dans-la-sant


Références et sources

2014 Global health care sector outlook, Deloitte,
http://www2.deloitte.com/content/www/global/en/pages/life-sciences-and-healthcare/articles/2014-global-health-care-outlook.html

Pénurie de médecins: un chaos programmé, L’Hebdo, 11-01-2009, http://www.hebdo.ch/penurie_de_medecins_un_chaos_programme_141655_.html

The Future of Health, PFSK Labs, http://www.psfk.com/

Data, health and me: the future of people-powered healthcare, NESTA, http://www.nesta.org.uk/event/data-health-and-me-future-people-powered-healthcare

Myhealthapps.net the world’s favourite healthcare apps, tried and tested by people like you  http://myhealthapps.net

Will Disruptive Innovations Cure Health Care?, Clayton M. Christensen, Richard Bohmer, and John Kenagy, Harvard Business Review (2000), http://hbr.org/web/extras/insight-center/health-care/will-disruptive-innovations-cure-health-care

The Open Data Era in Health and Social Care, http://thegovlab.org/nhs/

On a causé de protection des données…

Protection des données

La protection des données, un mythe ?

La question était au cœur de la Causerie du jeudi 27 mars dernier à la Muse. Près de trente personnes avaient rejoint Alexis Roussel, président du Parti Pirate Suisse et défenseur ardent et avisé du numérique, pour en discuter. 

Les opportunités liées au numériques ne sont plus à démontrer. Mais à quel prix ? Force est de constater que nous bénéficions fréquemment d’un confort technologique au prix de concessions dans le domaine de la protection des données et de la sphère privée. Certains n’y voient qu’une évolution naturelle de notre société. D’autres s’en préoccupent et tirent la sonnette d’alarme: la protection des données ne fonctionne pas, ni en Suisse, ni ailleurs !

Alexis est de ceux-ci. Il prône une réappropriation politique et juridique des données. Il souhaite une organisation du marché et est convaincu que les opportunités d’avancer dans la bonne direction existent. Et ce sont ces idées qu’il a voulu partager avec nous ce soir-là.

Il part du constat qu’Internet est résilient et fonctionne très bien malgré tout ce qu’on peut dire. Mais le problème est qu’il connaît actuellement une perte de confiance amplifiée par les affaires de ces derniers mois. D’une part nos données personnelles nous échappent et sont convoitées par de très nombreux acteurs de l’Internet, Google et Facebook en tête. D’autre part nous sommes surveillés par les gouvernements, à l’image de la NSA qui dispose d’un arsenal gigantesque pour espionner la planète numérique.

Pour illustrer la multitude des sociétés qui s’intéressent à nos données lorsque nous surfons sur Internet, Alexis nous propose une démonstration du module Lightbeam qui permet de donner un coup de projecteur sur ceux qui nous surveillent et sur là où partent nos données personnelles. Le résultat est visuel et très convaincant. On remarque notamment que Google Analytics (que nous ne voyons jamais directement) est omniprésent lorsque nous surfons sur le Web.

Lightbeam

Cette constellation de sociétés qui s’intéressent à nos habitudes de navigation et à nos données peut paraître anodine, surtout lorsque l’on estime n’avoir rien à cacher ou à se reprocher. Mais Alexis rappelle qu’il est tout à fait anormal de ne pas être au courant de ces manières de faire et surtout de ne pas être en mesure de s’en protéger (pour le commun des mortels du moins). C’est d’autant plus inquiétant lorsque l’on est un professionnel qui traite et échange sur le Web des données sensibles comme peut le faire quotidiennement un médecin ou un avocat.

L’autre problème majeur réside dans le fait que ces entreprises peuvent savoir énormément de choses sur les individus en agrégeant des données en apparence anodines en terme de protection de la sphère privée. 

Alexis pense que le problème se situe dans un premier temps au niveau juridique. En effet les mécanismes actuellement en place ne fonctionnent pas et ne prennent pas en compte notre identité numérique de manière suffisamment large. L’article 13 de la constitution helvétique précise en effet que « Chaque personne a le droit d’être protégée contre le mauvais usage de ses données personnelles ». Mais cet article ne va pas suffisamment loin. Les mécanismes juridiques appliqués à la personnes devraient en effet être appliqués à nos données afin de préserver notre intégrité numérique.

       Aujourd’hui Internet est un espace de vie ! Et la vraie question est celle de notre personnalité numérique

Pour illustrer son propos, Alexis décrypte avec nous le cas Moneyhouse qui a défrayé la chronique l’année dernière. Cette société collecte les données concernant la situation financière des individus et les revend aux entreprises (de microcrédit notamment). Avec ces manières de faire, et sans garde-fou juridique, on subit un effet d’échelle impressionnant et on abolit quasiment le droit à l’oubli. On se retrouve face à une entreprise dont on n’a jamais entendu parler et qui peut influencer durablement notre vie en vendant des données nous concernant et dont certaines peuvent même être fausses.

Et même si les moyens juridiques de se faire entendre existent, ils ne sont pas tournés à l’avantage du citoyen. Celui-ci doit la plupart du temps compter sur des organisations faîtières pour l’aider dans ce domaine, à l’image de la page proposée par la Fédération Romande des Consommateurs qui explique comment effacer ses données de Moneyhouse.

Après ce tableau introductif plutôt noir de la situation actuelle, Alexis évoque le futur ! Et il n’est pas forcément plus rose. Avec par exemple l’arrivée sur le marché des Google Glass qui permettent potentiellement de filmer tout un chacun en tous temps, partout, et sans son consentement. Où iront ces données ? Quel contrôle aurai-je sur elles lorsqu’on me filme ? Comment régir les interactions des individus dans ce contexte ? On aborde ici de vraies questions sociales. Il y a certes des avantages amenés par ces services numériques qui nous facilitent la vie. Mais à quel prix ? Il faut une vraie réflexion de fond sur le sujet avant de se laisser déborder par des usages dont nous n’aurons ni souhaité ni même envisagé toutes les conséquences. 

DataNSAAlexis évoque également le gros trou noir lié à la sécurité nationale. On assiste depuis quelques années à un tabou intolérable: personne n’a plus un mot à dire lorsqu’elle est mise en avant. Que faire alors ? Ne plus bouger ? Alexis pense que non. Il prône tout d’abord de remettre en question le Safe Harbour qui régit les transferts de données numériques entre l’Europe et les Etats-Unis. Les conditions d’utilisation notamment doivent être revues pour aller vers plus de simplicité. Dans le même temps il faut donner aux citoyens plus d’informations sur le sujet ainsi que les outils pour mieux gérer la question.

Le problème réside dans le fait que les outils en place, qu’ils soient technologiques ou juridiques, considèrent Internet comme un vecteur de communication. Or c’est beaucoup plus que cela: c’est un espace de vie ! Les outils à créer doivent ainsi permettre de protéger l’être humain dans son intégrité numérique.

            Data is not data ! Data is us!

 

Mais au-delà de la volonté des politiques à faire appliquer des mesures adaptées, il faudra veiller à leur applicabilité. Cela nécessitera de repenser le fonctionnement du marché de la donnée, que celle-ci soit personnelle ou anonymisée. A terme le système devrait nous permettre d’aller devant un juge si l’on sait que quelqu’un possède des données nous concernant sans que nous en soyons informés.

Mais où sont les évidences ? questionne le professeur Michel Léonard qui souligne qu’il est très difficile de les obtenir dans le monde numérique. Les outils juridiques risquent ainsi de ne pas trouver de réponse technologique pour faire appliquer les lois.

Alexis est dans tous les cas convaincu qu’une meilleure prise en compte de la protection des données attire les individus et les entreprises et constitue ainsi un moteur à l’innovation. Dans ce sens, la juridiction suisse en la matière peut constituer un avantage compétitif. Preuve en est le nombre croissant d’entreprises qui viennent installer leurs serveurs de données chez nous: la Suisse est en train de devenir un paradis de la vie numérique. Les européens l’ont compris puisqu’ils sont en train de réviser leur droit dans le domaine de la protection des données.

Causerie 'Protection des données'

Le sujet de cette Causerie nous a ensuite emmené vers des thèmes divers et variés : on a notamment évoqué le cloud computing, la monnaie numérique Bitcoin, la plateforme Ethereum, les banques d’informations de demain ou le rôle crucial de l’éducation (à tous les niveaux).

Alexis a eu le mot de la fin en affirmant qu’il faut faire basculer la société en augmentant son niveau de maturité dans le domaine de la protection des données. Le débat commence à avoir lieu dans la population. Il faut maintenant qu’il remonte au niveau politique en interpellant les décideurs pour les aider à mieux comprendre le sujet et à faire les bons choix. Et c’est là l’une des missions que s’est donnée le Parti Pirate.

Références

  • Le billet bien senti de Jacques-André Widmer (qui a participé à la Causerie) sur le blog de la Tribune de Genève
  • Le site d’information citoyenne Ethack 
  • Le site de l’Electronic Frontier Foudation (EFF) qui défend nos droits dans le monde numérique
———————————————————————————————————————————————————–Alexis Roussel
Alexis Roussel est juriste et entrepreneur. Il est président du Parti Pirate Suisse et est à ce titre un militant actif, ardent défenseur du numérique tout en pointant ses dérives.
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Ce qu’il faut savoir sur Heartbleed et la sécurité des informations

Le bug Heartbleed est un grave défaut dans OpenSSL, un logiciel de chiffrement qui est en arrière plan des communications sécurisées sur le web. Il a été annoncé par des chercheurs en sécurité informatique, le 7 Avril 2014. Voyons ce qu’il en est.

heartbleed

Comment cela fonctionne-t-il? Le protocole SSL inclut une option “rythme cardiaque” (heartbeat) qui permet à un ordinateur d’envoyer un court message pour vérifier que l’ordinateur avec qui il est en contact est toujours en ligne et obtenir une réponse. Les chercheurs ont constaté qu’il est possible d’envoyer un de ces messages formé de façon malicieuse afin de forcer l’ordinateur contacté à divulguer des informations secrètes. Plus précisément, un ordinateur vulnérable peut être amené à transmettre le contenu de la mémoire du serveur.

Quelles sont les informations qui peuvent être compromises? En triant ces informations récoltés et en filtrant uniquement les parties intéressantes (en utilisant par exemple une technique simple appellée “pattern matching”), des personnes mal intentionnées tentent de trouver des clés secrètes, des mots de passe et des informations personnelles comme les numéros de carte de crédit.

Quels sont les ordinateurs qui sont en risque? Ce type de faille touche principalement ce qu’on appelle les serveurs. Autrement dit la plupart de nos ordinateur familiers au bureau et à la maison ne sont pas les plus exposés. Ce sont plutôt les sites web et les services en ligne que l’on utilise qui sont touchés. Par exemple, les services de messagerie, de stockage de fichiers à distance, de réseaux sociaux, de e-commerce, de banques, etc. La plupart des sites concernés ont pris des mesures pour mettre à jour leur logiciel et sécuriser leurs services. Le nombre exact de sites touchés n’est pas connu, mais la vulnérabilité est censée affecter une fraction importante de l’ensemble des sites sécurisés sur le Web (500’000 sites importants selon certaines sources).

Mais en fait c’est quoi exactement SSL? SSL est le protocole de sécurisation (Secure Socket Layer) qui chiffre les informations transmises entre un ordinateur et le site web visité. Lorsque l’on visite un site sécurisé, l’adresse apparaît avec le préfixe “https” et un petit cadenas fermé apparaît dans la plupart des navigateurs. Le SSL a été introduit depuis longtemps (Netscape 1994) et son implémentation logicielle varie. Plusieurs failles on déjà été trouvées par le passé, mais celle-ci est la plus étendue et la plus dangereuse.

Et pourquoi parle-t-on de OpenSSL? OpenSSL est un programme open source qui met en oeuvre le protocole SSL et qui est l’un des plus largement utilisés au monde. Il est distribué notamment avec les serveurs de sites Apache et nginx. La vulnérabilité existe depuis avril 2012 et elle peut être contournée.

Que dois-je faire comme utilisateur? Si vous êtes simple utilisateur, vous devez vous assurer que les sites que vous utilisez ont fait le nécessaire pour mettre à jour la partie défaillante. Vous pouvez toujours aussi avertir le propriétaire du site de votre questionnement et demander qu’il vous renseigne. De façon plus directe, les ressources ci-dessous vous permettront d’avoir une information avec l’adresse web du service. Dans le doute, il est préférable d’éviter d’introduire des informations qui doivent être sécurisées (password, login, cartes de crédit et autres informations sensibles) et de changer de password, seulement une fois que vous êtes certain que le site à été mis à jour. Ainsi vous vous assurez que les informations éventuellement compromises ne pourront pas être utilisées. Si vous êtes en charge d’un serveur, il faut absolument vérifier sa sécurité et prendre les mesures techniques nécessaires.

Quelles sont les ressources utiles?

Une liste des sites les plus connus et leur statut ainsi que les actions recommandées est disponible ici
http://mashable.com/2014/04/09/heartbleed-bug-websites-affected/

Une liste de sites testés est disponible ici
https://github.com/musalbas/heartbleed-masstest/blob/master/top10000.txt

Une adresse pour savoir si le site que vous allez visiter est affecté par le bug
http://filippo.io/Heartbleed/

Quatre grandes tendances de 2014 qui vont refaire le monde

Parmi les tendances publiées par plusieurs grandes consultances comme Gartner, Forrester ou encore McKinsey ou Deloitte, arrêtons-nous sur celles qui vont remodeler le monde.

Que ce soit au niveau des technologies, au niveau des affaires ou au niveau de la société, nous entrons dans une ère nouvelle. Plusieurs grandes tendances ont un impact selon les industries, les secteurs d’activité et les segments de clients servis.

Celles sélectionnées ici présentent, à mon sens, un véritable potentiel de rupture puissant et massif sur tous les aspects de nos sociétés: professionnel à travers les entreprises et leur renouvellement de modèles d’affaires, personnel par rapport aux particuliers et l’accessibilité de ces technologies par le grand public et, finalement, au niveau social car elles ont la capacité de transformer notre façon de vivre globalement.

 

L’internet des objets.

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Ou plutôt devrait-on dire l’internet de tout (« Internet of Everything »). En effet, après avoir rencontré son premier succès en fournissant le protocole qui permet de relier les informations à travers le Web et de transporter les informations, nous avons connus une période où l’Internet des personnes à pris de l’ampleur avec Facebook et ses 1.1 milliards de personnes connectées et LinkedIn avec 260 millions de professionnels en fin 2013. Ensuite, nous avons vu apparaître l’Internet des lieux avec notamment Foursquare qui recense 40 millions d’utilisateurs et 4.5 milliards de « check-in » à lui tout seul. Et cela ne va pas s’arrêter là puisque notre géolocalisation est même probablement parfois partagée à notre insu comme avec Google via Android ou tout opérateur de télécommunication qui relève constamment notre position avec ses relais d’antennes. Mais tout cela n’est rien.

Internet entre maintenant dans quasiment tous ce que les humains conçoivent et fabriquent. Jouets, voitures, machines à laver, bâtiments, télévisions, appareils photo, montres, mais aussi bientôt dans tous les autres objets usuels qui nous entourent. Internet sort donc des appareils « privilégiés » que sont les PCs et autres smartphones pour se diffuser et connecter tous les objets. Certains fournisseurs estiment que le nombre d’objets connectés a déjà dépassé le nombre de personnes connectées depuis 2010 et que nous aurons 50 milliards d’objets connectés en 2020.

Des projets fleurissent de toutes parts. Par exemple Sen.se qui à travers des capteurs détectent les mouvements, la température, la proximité; les possibilités deviennent alors quasiment infinies. Ou des projets financés collaborativement sur KickStarter comme Twine ou Neurio. Et bien sûr, les grands joueurs sont à l’affût comme Google qui a racheté Nest, produisant un thermostat qui devient un centre de contrôle de l’énergie de la maison.

Au niveau d’une ville, cela laisse entrevoir un véritable écosystème de capteurs, de systèmes intelligents générant des flux d’informations qui permettent de créer une toile de services à partir des données et des informations. Un véritable système opératif des villes semble émerger de façon organique.

Bien entendu, ceci provoque déjà chez les observateurs des questionnements quant aux des défis de sécurisation que cela pose. Les premières bases pour garder un système ouvert, sécurisé et transparent voient le jour comme par exemple AllSeen Alliance. Il reste nécessaire de se poser des questions sur la pertinence de ces objets connectés avant de se lancer dans un tourbillon qui peut finir en noyade. Comme le souligne un article du MIT TechReview: « Dans certains cas, alors, la solution la plus simple peut être de simplement limiter le nombre d’appareils pouvant se connecter à Internet. »

Et pour ceux qui veulent se faire frémir voici une vidéo de lancement de Watch_Dogs, un jeu intégrant les possibilités de suivi des individus et de piratage des systèmes contrôlant les infrastructures d’une ville.

 

L’ère du Personal Cloud.

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L’ère du nuage personnel, Personal Cloud, marque un changement de pouvoir des périphériques vers les services. Dans ce nouveau monde, les spécificités de périphériques deviennent moins importantes pour les individus et les organisations. Les périphériques sont toujours indispensables et les gens utilisent un plus large ensemble de dispositifs. Le bon vieux PC reste l’une des nombreuses options, mais il n’est plus le seul appareil connecté et peut-être plus le centre principal de nos données et services. C’est probablement le Personal Cloud qui va prendre ce rôle. L’accès au nuage et le contenu stocké ou partagé devient géré et sécurisé. Le rôle prépondérant sur l’appareil lui-même est redistribué à travers l’ensemble smartphone, tablette, ultraportable et ordinateur plus classique.

Ce n’est pas tant le stockage sur le Personal Cloud qui est impactant, mais plutôt l’évolution vers de nouveaux modèles d’affaires que cela amène. Si je peux partager et accéder à mes données, je peux aussi consommer des services et lier les informations de façon totalement différente. On voit bien cela avec l’évolution d’une simple messagerie comme GMail, vers un véritable écosystème de Google Apps, y compris la possibilité de ré-imaginer ce qu’est le Notebook avec l’offre ChromeBook.

Il n’y a qu’un pas à faire pour imaginer que demain tout un chacun disposera d’un espace de Personal Cloud à l’administration, une sorte de Dossier Citoyen Virtuel, qui viendra aide à renverser le paradigme de la transaction où à chaque fois il faut entrer les informations qui sont requises. On entre alors dans une nouvelle étape, celle de la personnalisation des services administratifs qui bouleverse le modèle actuel. Pour plus d’explications sur les étapes et leur impact, voir le rapport Smart Gouvernance.

Et demain, ce monde de données qui nous entoure et que nous générons de façon exponentielle devra certainement nous être rendu par les compagnies privées et les organisations publiques dans un mouvement de transparence proactive. Les projets comme miData au Royaume Uni, Blue Button aux US, ou encore MesDonnées en France explorent ces pistes de façon expérimentale.

 

Les algorithmes et les machines.

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De toutes ces données, il faudra en faire quelque chose. Il est vraisemblable que les algorithmes jouent une part de plus en plus importante dans nos vies et nos activités. Il faut souligner que le mélange d’algorithmes relativement efficaces et de données massives va nous emmener beaucoup plus rapidement vers des services comme Google Translate. Peter Norvig, directeur de la recherche chez Google et ses collègues, nous le montrent au quotidien, voir le papier « The Unreasonable Effectiveness of Data« .

L’ère de la machine intelligente va donc se développer, nous disent les consultances, avec une prolifération des assistants s’adaptant au contexte, intelligents et personnels, pouvant répondre et intrepréter du langage naturel.  Les exemples sont multiples comme Apple Siri, Google Now ou de façon plus évoluée IBM Watson.

Les exemples de véhicules autonomes apparaissent et s’étendent en apportant leur lot d’améliorations aux modèles commercialisés. Ces robots intelligents s’humanisent, au delà des usines où par exemple les robots transporteurs de palettes ont depuis longtemps faite leur entrée, on trouve aujourd’hui déjà des tentatives d’aller vers la distribution de colis par drones. Peut-être de façon moins frappante mais aussi efficace, il est significatif de voir un robot moins menaçant comme Baxter qui apprend simplement les gestes qu’on lui fait effectuer.

Les enjeux vont au delà du travail purement industriel, les tâches cognitivement supérieures commençant à être aussi prévisibles et traitées efficacement.

Et ceci ne va pas non plus sans questionner les catastrophes qui sont ainsi potentiellement générées ainsi que les sujets éthiques qu’il faudra débattre.

Pour plus de détails, se référer aussi à l’article « Ces algorithmes qui nous gouvernent ».

 

La redéfinition des modèles d’affaires.

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Les changements induits par les évolutions technologiques, sociales et économiques, ne restent pas cachés derrière la ligne de visibilité des clients, des utilisateurs et des décideurs. Au contraire, ces mutations redéfinissent la relation avec les clients, elles touchent parfois aussi la proposition de valeur que l’organisation offre, et finalement les coûts et revenus qui doivent être articulés différemment. Bref, le modèle d’affaire doit être complètement revu.

Le sujet, bien que connu depuis un certain temps, reste fortement d’actualité. Pensons à quelques exemples significatifs.

Airbnb propose une plate-forme en ligne qui permet à des individus privés de louer tout ou partie de leur logement inoccupé à court terme pour d’autres individus, en général de passage. La croissance a été phénoménale et Airbnb compte maintenant plus de 500’000 annonces dans 26’000 villes et dans 192 pays. Sans le numérique et les réseaux, rien de cela ne serait possible. Le site lui-même est un mash-up, un assemblage, de Google Maps, Streetview, Facebook, utilisant les recommandations et les systèmes de paiement électroniques. Une simple plateforme qui aujourd’hui ébranle à la fois les modèles d’affaires des grandes chaines hôtelières (Accor, Hyatt, Hilton, etc.) et des sites spécialisés dans les réservations (hotels.com, etc.).

Netflix est une compagnie de distribution de films à la demande en streaming et d’envoi de location de DVD par courrier à coût fixe. Fondée en 1997, elle a su très vite investir dans un point crucial:  élaborer un système de recommandation personnalisée en fonction des notes et des commentaires de ses clients. Bien entendu l’accès aux distributeurs et producteurs de films est aussi essentielle. Mais le vrai facteur de différenciation est celui-là. Rien de tout cela ne serait imaginable sans les données et les algorithmes du monde numérique. A tel point que la compagnie a lancé un concours offrant au gagnant 1 million de dollars le Netflix Prize pour améliorer son algorithme de recommandation. Là aussi, les compagnies de location et de streaming plus traditionnelles doivent faire face à une rupture qui les a, pour certaines, rendues obsolètes. A tel point que l’expression « to be netflixed » est entrée dans le langage commun.

Coursera est une compagnie offrant des cours en ligne ouverts et massifs en partenariat avec des Universités comme Stanford, Princeton, l’EPFL ou l’Ecole Centrale de Paris. Plus de 200 cours sont offerts, les classes pouvant compter plusieurs dizaines de milliers d’étudiants! D’autres initiatives existent telles que EdX, Udacity, ou dans un autre registre Kahn Academy. Cette approche appelée MOOC (Massive Open Online Courses) offre gratuitement des cours proposés dans les universités les plus prestigieuses. Le tout est disponible en ligne, avec de courtes vidéos d’explication, des supports de cours électroniques complétés par l’offre pléthorique du web. Les étudiants participent aux forums et aux discussions en ligne, parfois aussi en utilisant des systèmes de vidéo conférence comme Skype ou Google Hangout. Tout ceci retourne complètement le système. Surtout la formation continue tout au long de la vie est impactée, comme le pense par exemple Sebastian Thrun, fondateur de Udacity. Et là aussi, le modèle économique n’est pas encore stabilisé. Lire sur ce sujet l’article « Cours en ligne ouverts est massifs: effets de mode ou révolution de l’éducation ».

 

Quelles sont les conséquences?

Les implications pour les individus, les organisations publiques et privées sont profondes. Des pans entiers sont bouleversés par de nouveaux modèles d’affaires provenant parfois de secteurs différents et donc souvent inattendus. La vie privée et la sécurité sont aussi mises à l’épreuve par les milliards d’informations produites et analysées, pour créer de la valeur pour les individus et parfois aussi les exposer à des risques immenses.

Finalement, les modèles mêmes des organisations sont bousculés. La connectivité, la vitesse et les relations non hiérarchiques, amènent une transformation importante, une décentralisation, une autonomisation, une productivité différente avec lesquelles les dirigeants actuels ne sont peut-être pas toujours à l’aise.

Le potentiel est bien présent pour stimuler les idées innovantes en rupture, les méthodes plus agiles, les expérimentations et les prototypes plus rapides pour découvrir les chemins de nouveaux mondes qui s’ouvrent devant nous.

Atelier Make.Opendata.ch: Quelles applications peut-on imaginer avec les données des finances publiques?

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Dans la sphère des données publiques, celles touchant aux finances publiques sont certainement parmi les plus intéressantes et aussi les plus sujettes à controverse (après tout on dit bien que l’argent est le nerf de la guerre!). L’édition du mois de mars 2013 de l’atelier Make.Opendata.ch a invité les participant(e)s à imaginer des applications sur la base de données des finances publiques sur les lieux modernes et agréables du Technoark de Sierre.

Prenons un premier exemple concret: le groupe du projet Partis Budgets s’est proposé de créer une application pour illustrer et se questionner sur le thème: comment pourrait-on visualiser l’influence qu’ont les compositions politiques des parlements cantonaux sur la répartition des grands agrégats des budgets publics?

En partant des données mises à disposition publiquement, des librairies de visualisation, notamment D3.js, et en mettant en œuvre leur compétence et ingéniosité, les membres de l’équipe ont pu rapidement prototyper une application permettant ce type de visualisation. A partir de cette première base, il devient possible de suivre en parallèle l’évolution de la composition du parlement et des finances budgétaires réparties dans les différentes grandes politiques publiques. Un premier constat est que, comme dans tous les projets quantitatifs appliqués, la très grande majorité du temps est passé à comprendre le contexte, trouver les bonnes données, les comprendre, les mettre en forme et les nettoyer avant de passer à un résultat visible et concret.

Plusieurs autres projets ont été initiés dans le domaine du tourisme et de l’énergie.

Citons, par exemple, le projet SLOTD Swiss Linked Open Tourism Data. L’originalité particulière de ce projet consiste à utiliser le concept de linked data pour les données du tourisme. Le linked data est véritablement la vision que Tim Berners-Lee, l’un des principaux inventeurs du World Wide Web, a articulée pour la prochaine étape du Web. Les données ne sont plus isolés dans des silos, mais reliées entre elles pour créer un réseau. Ici par exemple, les noms des lieux géographiques sont reliés par leur sémantique ce qui permet par un seul clic de traverser plusieurs couches d’informations (images du lieu, attraits touristiques, données sur les nuitées d’hôtels, etc.). C’est une première application qui tente d’arriver au niveau maximum (5 étoiles) défini par Berners-Lee au sujet des données ouvertes (voir le site http://5stardata.info/).

Les participants ont aussi pu profiter d’une présentation et d’un échange très stimulant et riche sur le thème de la protection des données personnelles et de la transparence avec la préposée du canton du Valais. Des réflexions sur les aspects légaux, les notions de droit d’auteur, ainsi que la protection de la sphère privée ont éclairé les participants.

De part sa nature, ce type d’évènement est toujours très intéressant, non seulement pour les rencontres d’idées, mais aussi pour le réseautage qu’il apporte. C’est une preuve que les projets sont avant tout des aventures humaines et qu’avec les compétences des personnes, l’autonomie offerte et un sens donné à la créativité, les idées de l’Opendata peuvent se transformer très vite en réalité.

NB: Les résultats ainsi que les présentations de participants de Sierre et de Berne sont disponibles et documentés sur http://make.opendata.ch/wiki/event:2013-03.

On a causé de protection de la sphère privée…

Anne Catherine Salberg, Patrick Genoud, Giorgio Pauletto, Jean-Henry Morin et Nicolas Ducret

Des habitués (déjà!) et de nombreux nouveaux venus pour la causerie du jeudi 19 avril consacrée à la protection de la sphère privée et à la transparence. C’est l’équipe de ThinkData.ch qui a animé la soirée. ThinkData.ch est un service en ligne de sensibilisation à la protection des données et à la transparence destiné dans un premier temps aux organisations, mais par la suite à tout un chacun: employés, citoyens ou anonymes.

Basé sur une approche reposant sur les récits (de courts scénarios), le service propose d’aborder ce domaine sous plusieurs angles: par thèmes, par métiers ou par les données elles-mêmes. A chaque histoire correspondent des liens sur des exemples réels ou des ressources externes, des recommandations et des principes juridiques de base .

Le service a été réalisé par un groupe de travail interdisciplinaire du think (do) tank ThinkServices actif sur le thème « Données, Société et Transparence ». Jean-Henry Morin et Isabelle Dubois ont tout d’abord partagé les réflexions du groupe sur le thème du jour et sur l’évolution du service ThinkData.ch. Jean-Henry Morin a ensuite sollicité l’assemblée pour imaginer des idées de scénarios au travers d’une courte mais intense séance de brainstorming. Les bases d’une vingtaine de nouveaux récits ont ainsi été produites par des participants manifestement très concernés. Un grand merci à eux pour leur enthousiasme et pour leur contribution au projet!

La discussion qui a suivi nous a emmené à travers des thématiques aussi diverses que les réseaux sociaux, le cloud computing, l’open data ou le droit à l’oubli. Les participants ont soulevé de nombreuses questions, souvent en lien avec leur réalité quotidienne, qu’elle soit privée ou professionnelle. A ce sujet le monde des PME semble devoir être une cible privilégiée de ThinkData en raison du manque de ressources et d’énergie qu’elles peuvent effectivement consacrer à une prise en compte correcte de la protection des données.

ThinkData veut développer le service dans les prochains mois. De nombreuses pistes ont été été évoquées, allant de la prise en compte de la multiplicité des juridictions, au multilinguisme, en passant par l’utilisation des serious games pour en faciliter l’appropriation. Les participants à la causerie ont apporté leur pierre à l’édifice en proposant d’autres idées d’évolution:  regards croisés sur une même thématique (p. ex. employeur vs employé), interfaces de programmation (API) pour accéder directement au contenu du site ou boutons de popularité des scénarios. Certains ont également proposé des pistes de financement pour faciliter la mise en musique de toutes ces bonnes idées !

L’équipe de ThinkData a conclu la causerie en invitant les participants à s’impliquer dans ce projet passionnant qui s’inscrit dans une réelle perspective de responsabilité sociétale.

Causerie ThinkData April 2012

Le podcast de cette causerie (merci les Musekeepers!).

Lancement de ThinkData

24 janvier 2012 — Giorgio Pauletto

A l’occasion de la journée de la protection des données vous êtes cordialement invité-e à la conférence de lancement de:

ThinkData est un service interactif de sensibilisation à la protection des données et à la
transparence dans le cadre organisationnel.

Issu d’une réflexion menée par un groupe de travail interdisciplinaire, dans le cadre d’un laboratoire d’idées sur la science des services et l’innovation (ThinkServices), il repose sur une approche par récits permettant de s’approprier concrètement les questions posées par la protection des données et la transparence selon différents angles : les données, les métiers et les pratiques professionnelles.

Vous êtes cordialement invité-e à assister à ce lancement en présence des membres du groupe de travail. A cette occasion, M. Jean-Philippe Walter, préposé fédéral suppléant à la protection des données et à la transparence et membre du groupe de travail, s’exprimera sur l’origine et les objectifs de la journée de la protection des données avant de proposer une réflexion sur le thème: « Risques et enjeux des technologies pour les droits et libertés fondamentales ».

Ce service sera ouvert au public pour son lancement le vendredi 27 janvier 2012 à 10h00:

Programme
Accueil, Prof. Olivier Glassey, IDHEAP, Lausanne
Présentation de ThinkServices et du ThinkGroup Données, Société et Transparence,
Prof. Jean-Henry Morin, Université de Genève
Exposé de M. Jean-Philippe Walter, préposé fédéral suppléant à la protection des
données et à la transparence, Berne
Démonstration du service ThinkData, Mme Isabelle Dubois, préposée cantonale à la
protection des données et à la transparence, Genève

La conférence sera suivie d’une séance de questions pour le public et les médias,
ainsi que d’un apéritif.

Inscription gratuite: http://www.amiando.com/ThinkData

Lancement du Think Group "Données, Société et Transparence"

Dans le cadre du think tank Think Services et à l’initiative du professeur Jean-Henry Morin (département de systèmes d’information de l’université de Genève), le Think Group « Données, Société et Transparence » a vu le jour en décembre 2010. Le 14 janvier dernier se tenait la première séance de ce groupe qui réunit une quinzaine de personnes de provenances diverses. Outre les membres de l’Observatoire technologique, on y trouve des juristes, des sociologues, des spécialistes de sécurité informatique, des spécialistes des technologies numériques, des préposé(e)s à la protection des données, un designer et une responsable de ressources humaines.

Cette diversité de points de vue ne sera pas de trop pour éclairer le sujet riche mais combien difficile de la protection des données et de la transparence à l’heure de l’Internet. Lors de la séance de lancement les participants s’étaient accordés pour aborder cette problématique sous un angle très concret. L’objectif initial que s’est donné le Think Group est ainsi de proposer d’ici à la fin de l’année 2011 un kit d’auto-évaluation en matière de protection des données et de transparence. Ce kit doit permettre de cristalliser les réflexions qui seront lancées autour de cette problématique sur un sujet concret et éviter ainsi une dispersion des idées que d’aucuns perçoivent comme un écueil important lorsqu’on évoque le sujet.

La première séance de travail s’est tenue dans les locaux de l’Université de Genève à Battelle sous forme d’une séance de brainstorming visant à répondre à trois questions:

  1. A qui peut s’adresser ce kit (publics cible) ?
  2. Quels sont les objectifs poursuivis et les résultats attendus avec ce kit ?
  3. Que recouvre le kit (thématiques, types de données et de services concernés, etc.)

Lors de la phase initale d’idéation, on constate d’emblée la richesse des points de vue amenés par les différents intervenants: la complémentarité des perceptions et des approches ne manquera pas de porter ses fruits par la suite, ceci d’autant que l’ouverture d’esprit des participants est palpable. Au sein des trois groupes créés pour l’occasion, on ressent clairement une tension entre les deux thématiques que nous tenons à traiter ensemble: protection des données ET transparence. Gérer cette tension constituera sans aucun doute une difficulté majeure mais en même temps un gage de succès pour le Think Group.

Les idées ne manquent pas !

La phase d’idéation a permis de récolter de nombreuses idées. Des thématiques qui n’avaient pas été explicitement envisagées jusqu’ici ont émergé: mobilité, géodonnées, tagging, données 3D, etc. Et comme dans toute démarche d’innovation, il va falloir par la suite synthétiser, trier et prioriser ces différents éléments, ce que nous n’avons pas eu le temps de faire lors de la séance. Mais l’envie d’aller de l’avant ne manque pas: envie qui s’est traduite dans une appropriation du Think Group puisque plusieurs participants se sont proposés pour travailler sur les données de cette première phase d’idéation.

La prochaine séance, agendée au 11 février prochain, visera à prioriser les réponses apportées aux trois questions du jour. Elle devrait également nous permettre de travailler sur les forme(s) et format(s) à imaginer à ce kit d’auto-évaluation en matière de protection des données et de transparence. Il faut espérer que la créativité sera au rendez-vous durant cette séance et débouchera sur des pistes originales.

Si ce billet vous interpelle et que vous avez des compétences, du temps et de l’énergie à consacrer à cette initiative, annoncez-vous! Le Think Group « Données, Société et Transparence » se veut en effet ouvert!

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Pour mémoire (et parce que le site web du think tank n’est pas encore très fourni), Think Services est un think tank créé à Genève en 2009 à l’initiative du professeur Michel Léonard de l’Université de Genève et des membres de l’Observatoire technologique. L’objectif de Think Services est d’aider les gens à s’approprier durablement la dynamique des services.