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Créativité et Design Thinking: le mode idéation

« Trouvez des bonnes idées! Soyez innovant! » Voilà des injonctions qu’on entend parfois et qui ne provoquent qu’un silence et un regard perdu de la part des interlocuteurs. Dans les articles sur le Design Thinking développés ici, on propose un regard moderne sur le processus de créativité et d’innovation. « La créativité c’est mettre votre imagination au travail et cela produit les résultats les plus extraordinaires de la culture humaine » nous dit Sir Ken Robinson. Arrêtons-nous un moment sur le mode d’idéation et voyons de plus près comment cela se passe.

DT-Ideate

Qu’est-ce que le mode idéation

Dans le mode idéation, on se concentre sur la génération d’idées. Mentalement, c’est un moment de divergence, d’ouverture en termes de concepts et de résultats, c’est d’abord un feu d’artifice plutôt qu’une concentration. L’objectif de l’idéation est d’explorer un espace de solution large, de balayer le champ des possibles – à la fois en produisant une grande quantité d’idées et aussi en générant une diversité parmi ces idées. C’est à partir de ce vaste stock d’idées que l’on pourra ensuite construire des prototypes à tester avec les utilisateurs.

Pourquoi utiliser le mode idéation

Il s’agit de rechercher des idées pour faire une transition de la définition du problème vers l’exploration de solutions pour les utilisateurs. Diverses formes d’idéation peuvent se compléter pour:

  • Passer au-delà des solutions évidentes et donc accroître le potentiel d’innovation des solutions
  • Exploiter les différentes perspectives et les points forts du groupe
  • Découvrir des domaines inattendus dans l’exploration
  • Créer de la fluidité (volume) et de la flexibilité (variété) dans les options nouvelles
  • Utiliser l’ingéniosité de l’intelligence collective du groupe

Peu importe la méthode utilisée, le principe fondamental de l’idéation est d’être conscient des moments où l’on génère des idées (sans jugement) et des moments où l’on évalue les idées (sélection). Il est important de bien séparer les deux.

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Brainstorming

Le brainstorming est un excellent moyen de trouver un grand nombre de idées que l’on ne pourrait pas générer en s’asseyant seul avec un stylo et du papier ou en faisant un simple tour de table. Bien qu’ancien et souvent mal utilisé, il s’agit d’un moyen utile et puissant s’il est bien mis en oeuvre. Voyons comment faire.

L’objectif du brainstorming est d’exploiter la réflexion collective du groupe, en s’écoutant et en s’appuyant sur les idées des autres. Le brainstorming peut être utilisé tout au long d’un processus de conception; bien sûr pour trouver des solutions de conception, mais aussi à chaque fois qu’il est utile trouver des idées.

Il s’agit de définir un intervalle de temps où le groupe sera en mode créatif et où le seul
but sera de venir avec autant d’idées que possible. Le jugement de ces idées n’interviendra que plus tard. L’énergie sera donc concentrée dans une courte période de 15 ou 30 minutes où chacun contribuera. Un autre point essentiel est la définition claire et générative de la question. On se reportera à l’article sur le mode définition et les questions “Comment pourrions-nous …?” pour cadrer le problème.

Il faut bien entendu s’assurer de capturer les idées produites, soit par une personne dédiée, soit directement par chaque participant. Chacune idée sera notée chacune sur un post-it par exemple (ce qui permet ensuite de regrouper et déplacer les idées) de façon claire, visuelle et visible pour l’ensemble du groupe. Un appareil photo et un application de reconnaissance de Post-Its sont également bienvenus pour documenter les résultats.

Dans la pratique, si le groupe ne se connaît pas, il est utile de commencer par un exercice de chauffe, afin de briser les première inhibitions et de briser la glace. Un autre conseil consiste à commencer en silence et individuellement à noter ses idées pendant 2 ou 3 minutes. Ceci permet de ne pas avoir une empreinte trop forte de la première personne qui prendra la parole et de creuser plusieurs différents points de vues.

L’animation se doit de respecter et de rappeler avec bienveillance les règles suivantes.ideobrainstorming

  1. Ne pas bloquer, ne pas juger
  2. Encourager les idées folles
  3. Construire sur les idées des autres
  4. Rester concentré sur le sujet
  5. Une conversation à la fois
  6. Être visuel
  7. Privilégier la quantité

Elles sont par exemple souvent affichées dans les salles de créativité d’entreprises comme IDEO.

L’espace est aussi important dans ce contexte et il faut prévoir une place suffisamment grande pour afficher les résultats. Une feuille A4 ne fera pas l’affaire! Il vaut mieux utiliser un mur ou une baie vitrée. De plus les participants seront alors debout et plus dynamisés.

En tant que facilitateur, il est aussi très utile de relancer le groupe lorsque l’énergie baisse, par exemple en offrant quelques proposition saugrenues ou en recadrant différemment le questionnement “Comment ferait un enfant de 10 ans?”, “Et si on n’avait pas d’électricité?”, “Et si Google devait le concevoir?”, etc.

Bien entendu ceci peut être complété par des approches comme les 6 chapeaux de Edward de Bono, la pensée latérale, ou encore d’autres techniques de créativité.

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Sélection

Il ne faut pas oublier une phase cruciale à la fin d’une séance d’idéation et de créativité. C’est le moment de convergence et de sélection. S’il était nécessaire d’ouvrir le champs des possibles, il est aussi indispensable de refermer l’exercice sur un plus petit nombre de possibilités.

Il est tentant de ne choisir que la “meilleure” idée mais cela est difficile et souvent trop réducteur. Il est plus opportun de garder un éventail d’idées différentes pour conserver l’étendue des solutions proposées tout en choisissant un plus petit ensemble.

Pour ce faire, on peut imaginer plusieurs manières.

Tout d’abord la plus simple est le vote. Il suffit de donner quelques “gommettes” que chaque participant appose sur les idées qu’il préfère (ou simplement lui demander de dessiner un point) et de trouver ainsi les idées les plus choisies.

On peut également choisir les idées selon des catégories contrastées:

  • l’idée qui a le plus de chance d’être réalisée, c’est souvent le choix le plus rationnel et efficient
  • l’idée la plus enthousiasmante, celle qui semble la plus originale et stimulante
  • l’idée préférée de tous, celle « chérie » par le groupe de façon globale qui émotionnellement « parle » au groupe.

Ou encore, pourquoi pas, on peut choisir les idées qui conduiront à des prototypes différents: un prototype physique, un autre numérique, une publicité / annonce fictive, ou une expérience utilisateur différente.

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Confiance créative

On confine souvent l’idée de créativité et d’innovation à une catégorie limitée de “personnes créatives”. Mais chacun d’entre nous est créatif, et c’est le message fort que nous rappellent Tom et David Kelley dans leur ouvrage récent “Creative Confidence” (2014). Les auteurs sont mondialement connus comme fondateurs de IDEO, une agence d’innovation par le design qui a travaillé avec les plus grands groupes, et comme professeurs à l’Université de Stanford. Je vous recommande la lecture de l’ouvrage qui est plein d’enseignements et d’histoires très révélatrices. Un autre ouvrage récent sur le sujet est celui de Tina Seelig “inGenius: A Crash Course on Creativity” (2014) dont j’ai pu aussi suivre le cours en ligne à Stanford.

Trouver de bonnes idées est souvent lié à connecter les choses entre elles, à effectuer un travail de synthèse. Et cela se travaille et ne vient que rarement d’un seul trait de génie. Il faut itérer plusieurs fois le processus pour que cela semble évident après un certain temps, que cela « fasse sens ».

En conclusion, la confiance créative fait partie de toute la démarche d’innovation par le Design Thinking. Elle n’est pas atteinte par la lecture, la réflexion ou les annonces. La meilleure façon de gagner de la confiance dans une capacité créative est de l’exercer par l’action, un pas à la fois, et de capitaliser par l’expérience toute une série de petits succès.

Quels scénarios pour Genève en 2025?

L’idée de connaître le futur est toujours attirante. Qui ne serait pas intéressé à mieux connaître l’avenir? Mais toute personne qui s’est penchée un peu sur la question le dira. Ce n’est pas tant la prédiction qui compte, mais la pratique de se projeter qui est salutaire. Cet exercice a été réalisé en novembre 2014 pour une entité de l’administration genevoise.

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Pour mieux se projeter dans le futur, il est utile de proposer des représentations concrètes de ce qui peut se produire. Dans la méthode des scénarios, on propose des visions contrastées du monde à venir. Le futur ne ressemblera vraisemblablement à aucun des scénarios de façon exacte, pris de façon individuelle. Mais il est presque sûr que l’avenir contiendra plusieurs des éléments retenus dans chacun des scénarios proposés.

Les entreprises comme Shell ont été pionnières dans ce contexte et aujourd’hui cette approche est largement diffusée aussi bien dans le secteur privé que dans celui public. Par exemple, le World Economic Forum, Institute for the Future, le gouvernement français ou encore le gouvernement canadien effectuent tous une exploration des futurs possibles.

Mentionnons en référence un ouvrage remarquable sur le sujet qui reste totalement d’actualité, Peter Schwartz, “The Art of the Long View: Planning for the Future in an Uncertain World”, 1996.

Voyons comment cela peut se traduire pour l’administration genevoise à l’horizon 2025.

Quelles sont les grandes incertitudes?

Dans la construction de scénarios, on peut choisir un certain nombre de variables dont l’évolution sera cruciale pour les enjeux considérés. Bien entendu, il s’agit là d’un choix, guidé par le contexte, par les idées du moment, mais aussi par un regard sur ce qui a déjà, et va continuer à avoir un impact majeur un notre économie et notre société. Parmi l’ensemble large que l’on peut imaginer, voici deux propositions de variables incertaines et influentes.

  • Pouvoir et gouvernance: Distribué et global vs Centralisé et local. Serons-nous dans un monde où les décisions seront prises de façon plus autonomisée, plus en adéquation avec les acteurs autour de nous ou au contraire un recentrage sera-t-il de mise pour se préoccuper principalement de ce qui se passe de façon locale où notre pouvoir d’influence est aussi probablement le plus fort?
  • Position vis-à-vis du numérique: Proactive vs Conservatrice. Aurons-nous intégré de façon naturelle le passage vers un monde numérique avec ses avantages et inconvénients ou serons-nous encore frileux vis-à-vis d’un espace qui semble peu maîtrisé et porteur de dangers, que nous suivrons seulement si tous les autres l’ont adopté?

Les 4 scénarios

En plaçant ces deux variables sur deux axes, on génère un espace de 4 combinaisons où l’on peut imaginer 4 scénarios dans lesquels se trouverait l’administration publique.

Scenarios 2025 axes

Gouvernance distribuée / Numérique conservateur

CoursePopulaire
Genève s’est ouverte et se développe dans des échanges multilatéraux de la région. Bien que le monde évolue rapidement autour d’elle, les avancées quant au numérique restent timides dans l’administration. La communication et les échanges avec la population restent pour la plus grande part analogiques et conventionnelles. Nous sommes dans la métaphore de la course populaire, le peloton avance et exerce un effet d’entraînement. Mais on reste probablement dans la masse et à l’arrière des coureurs.

Gouvernance distribuée / Numérique proactif

CourseRelai
La région genevoise est un écosystème social et politique qui sait mettre à profit les enjeux globaux et numériques. Ce sont là des leviers de changement importants. Malgré quelques «couacs», le gouvernement sait s’appuyer sur cet écosystème pour mieux répondre aux besoins des citoyens et aux enjeux de demain. Dans ce cas, on se trouve dans l’image de la course de relais, où l’important est non seulement de courir vite, mais aussi de savoir passer le témoin et de se coordonner.

Gouvernance centralisée / Numérique proactif

EntrainementSolitaire
Genève se concentre sur ses questions internes et reste très prudente quant aux affaires allant au-delà de ses frontières. Elle sait utiliser les opportunités offertes par le numérique pour favoriser les échanges et résoudre les problèmes rencontrés, mais en se concentrant uniquement sur les parties prenantes genevoises. L’entrainement solitaire représente cette situation de par la très bonne qualité de l’effort et l’isolement de l’individu sur la piste.

Gouvernance centralisée / Numérique conservateur

JoggingDimanche
La tendance sociale est tournée vers une Genève locale qui s’intéresse à ses problèmes internes. Les opportunités apportées par le numérique n’ont pas été réellement saisies et investies. La communication et les relations avec la population restent classiques et traditionnelles. C’est la symbolique traduite par le jogging du dimanche, où l’effort sporadique est effectué souvent seul à partir d’une bonne résolution, mais qui s’avère souvent laborieux et peu fructueux.

 

Selon l’évolution de ces deux variables, nous nous trouverons dans des mondes bien contrastés, parfois plus agréables à notre esprit, parfois moins souhaitables. Mais là n’est pas la question finalement. L’important est de regarder ces scénarios comme une tangibilisation, comme une narration qui nous permet de confronter nos stratégies, nos plans, nos idées.Scenarios 2025 quadrants

Comment utiliser ces scénarios?

Bien que ces scénarios hypothétiques sur le futur n’aient pas la prétention de prédire avec exactitude, ils permettent de voir comment certaines combinaisons de situations incertaines et volatiles, d’événements inattendus et chaotiques, et aussi d’évolutions tendancielles plus fortes influenceront notre futur.

Et c’est bien cela qui importe, permettre de voir avec plus de clarté ce à quoi il faudra se préparer, que ce soit en termes d’opportunités ou de risques. Le futur restera toujours incertain, mais notre préparation à décider et à agir s’est affinée à travers cet exercice. Quel que soit le futur, que nous ne pouvons pas prédire, la robustesse de notre pensée ne pourra qu’en être renforcée. Ainsi, le passage de la pensée vers l’action peut se faire avec une certaine prise de conscience, un éclairage multiple et une prise de recul permettant de se projeter plus clairement.

Le travail ne fait donc que commencer, puisque les décideurs doivent maintenant se poser les questions de savoir comment leur décisions, leur stratégies, leurs plans opérationnels vont se comporter dans ces différentes situations.

Comment les stratégies sont-elles impactées par ces scénarios? Comment peut-on rendre celles-ci plus robustes? Quelles actions peuvent être considérées comme incontournables ou au contraire demander une adaptation spécifique? Comment peut-on être résilient en termes d’organisation, de position, de mission et d’activités?

Cette méthode constitue un préalable très utile à la stratégie puisqu’il ouvre la vision et permet d’envisager des stratégies robustes dans chaque scénario. C’est une façon largement utilisée par les plus grandes organisations et entreprises pour générer des futurs plausibles et déterminer des réponses appropriées. Il faut bien entendu aussi voir ceci comme une boucle de retroaction continue entre vision, contexte, stratégie, résultats et scénarios.

Il ne s’agit donc pas ici de céder à la tentation de prévoir le futur. Après tout ce sont nos actions du présent qui tracent le chemin vers l’avenir, moment par moment. Le futur, lui, reste et restera insaisissable. Serons-nous prêts?

 


 

PS: Pour information, voici les scénarios 2030 préparés par la Confédération, qui sont parus en décembre 2014, http://www.bk.admin.ch/themen/planung/04632/index.html?lang=fr.

L’Internet des objets – Présentations de la 23ème Journée de rencontre de l’OT

L’Internet des objets

L’évolution de la technologie nous ouvre de nouvelles possibilités. Les projections de Gartner prévoient plus de 25 milliards d’objets connectés mondialement en 2020. Et cela en excluant les téléphones, tablettes et ordinateurs qui représenteront eux encore environ 1.3 milliards d’unités.

Nos relations avec les objets, les autres individus et la société dans son ensemble changent profondément. Pensons au rapport que nous entretenons avec un petit objet qui a déjà eu un large impact: notre téléphone portable. Sa véritable révolution en tant que smartphone n’est apparue qu’il y a finalement peu de temps environ 6-7 ans. Et nous n’en utilisons certainement qu’une petite partie puisqu’il est fourni de beaucoup de différents capteurs. Et aujourd’hui d’autres objets se connectent en permanence à Internet et ont déjà commencé à changer le monde que nous connaissons.

La 23e Journée de Rencontre de l’OT nous a permis d’effectuer un tour d’horizon sur le thème de l’Internet des Objets. Avec nos orateurs, nous avons pu ensemble jouer le rôle d’éclaireurs, pour stimuler les idées à l’avant-garde. A travers les présentations stimulantes que vous retrouverez ci-dessous, nous avons voulu ouvrir le champ des possibles et mieux voir comment appréhender sous différents angles cette transformation que le monde numérique nous apporte.

Nous avons eu la chance d’avoir des spécialistes du sujet couvrant une palette large et variée, offrant une approche multiple sur le sujet avec les lentilles de la prospective, du design, de la santé, de la technologie, bien sûr, mais aussi des aspects sécuritaires, économiques et sociétaux.

Voici leurs présentations ainsi que l’enregistrement audio de leurs interventions, suivi d’une synthèse téléchargeable sur un fyler de deux pages.


 

Nicolas Nova
Nicolas Nova
Co fondateur de l’agence «Near Future Laboratory» et Professeur à la HEAD

Nicolas Nova s’intéresse aux questions d’usage et de prospective en lien avec les technologies numériques dans le domaine de l’urbain, des nouvelles interfaces et des cultures populaires (jeux vidéo, musique, art numérique). Il présente un tour d’horizon des objets connectés qui vont de l’ordinateur à des objets plus simples (le lapin Nabaztag) ou aujourd’hui ceux que l’on porte sur soi, dits « wearables ».

 

 

 


 

Christian Lovis
Christian Lovis
Médecin, Professeur aux HUG et chef du Service des Sciences d’Informations Médicales

Christian Lovis s’est spécialisé en Suisse et aux Etats-Unis en médecine interne et en médecine d’urgence, ainsi que sur les systèmes d’information médicaux. Il est président de la société suisse d’informatique médicale, expert pour la stratégie en matière de cybersanté. Sa présentation s’axe autour de ce qu’il qualifie aujourd’hui de « gadgets » mais qui demain deviendront des objets qui redéfiniront les relations avec le monde de la santé.

 

 


 

Didier Hélal
Didier Hélal
Développeur d’affaires chez OrbiWise, Docteur en électronique appliquée à la radar-météorolgie

Didier Hélal a précédemment occupé diverses fonctions chez ST-Microelectronics arrivant au titre de directeur du développement opérationnel. Il est titulaire d’un doctorat en électronique appliquée à la radar-météorologie, et auteur de plusieurs brevets et communications scientifiques. Il présente la startup où il travaille et les opportunités énormes et multiples offertes par les objets connectés de type « low power wide area network ».

 

 

 

 


 

Bernard Benhamou
Bernard Benhamou
Maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Enseignant à l’Université Panthéon Sorbonne sur la gouvernance de l’Internet

Bernard Benhamou est aussi ancien délégué interministériel aux usages de l’Internet et conseiller de la délégation française au sommet des Nations Unies sur la société de l’Information. Il brosse un tableau sur les enjeux de la gouvernance des objets connectés sur Internet en donnant des perspectives sur les rôles essentiels que ceux-ci vont jouer dans nos sociétés ainsi que les nouveaux cadres que les institutions, les gouvernements et les industries devront inventer dans un futur proche.

 

 

 

 

 


 

 

Retrouvez un résumé de l’événement dans le flyer ci-dessous qui redonne le cadrage, présente les intervenants et synthétise brièvement leur intervention.

Résumé 23ème Journée de Rencontre de l’OT (pdf)

L’innovation numérique révolutionne tous les modèles d’affaires

Les changements induits par les évolutions technologiques, sociales et économiques, ne restent pas cachés derrière la ligne de visibilité des clients, des utilisateurs et des décideurs. Au contraire, ces innovations redéfinissent la relation avec les clients, elles touchent parfois aussi la proposition de valeur que l’organisation offre, et finalement les coûts et revenus qui doivent être articulés différemment. Bref, le modèle économique doit être complètement revu.

Expliquons cela plus en détail.

Le sujet, bien que connu depuis un certain temps, reste fortement d’actualité. Regardons quelques exemples significatifs récents.

Airbnb

Airbnb propose une plate-forme en ligne qui permet à des individus privés de louer tout ou partie de leur logement inoccupé à court terme pour d’autres individus, en général de passage. La croissance a été phénoménale et Airbnb compte maintenant plus de 500’000 annonces dans 26’000 villes et dans 192 pays. Sans le numérique et les réseaux, rien de cela ne serait possible. Le site lui-même est un mash-up, un assemblage, de Google Maps, Streetview, Facebook, utilisant les recommandations et les systèmes de paiement électroniques. Une simple plateforme qui aujourd’hui ébranle à la fois les modèles d’affaires des grandes chaines hôtelières (Accor, Hyatt, Hilton, etc.) et des sites spécialisés dans les réservations (hotels.com, etc.).

Netflix

Netflix est une compagnie de distribution de films à la demande en streaming et d’envoi de location de DVD par courrier à coût fixe. Fondée en 1997, elle a su très vite investir dans un point crucial:  élaborer un système de recommandation personnalisée en fonction des notes et des commentaires de ses clients. Bien entendu l’accès aux distributeurs et producteurs de films est aussi essentielle. Mais le vrai facteur de différenciation est celui-là. Rien de tout cela ne serait imaginable sans les données et les algorithmes du monde numérique. A tel point que la compagnie a lancé un concours offrant au gagnant 1 million de dollars le Netflix Prize pour améliorer son algorithme de recommandation. Là aussi, les compagnies de location et de streaming plus traditionnelles doivent faire face à une rupture qui les a, pour certaines, rendues obsolètes. A tel point que l’expression « to be netflixed » est entrée dans le langage commun.

Uber

Uber offre une plateforme de mise en relation de clients avec divers moyens de transport. Bâtie autour de son application mobile offrant une expérience utilisateur très agréable et efficace, elle permet en deux “tapottements” sur son smartphone d’avoir un véhicule généralement en quelques minutes. La particularité est que Uber n’emploie pas directement de conducteurs. Ce sont donc des véhicules personnels de tourisme avec chauffeur. C’est le principe même de l’économie collaborative (sharing economy). A son origine Uber offre un service “premium” appelé UberBlack, proposant des véhicules haut de gamme avec un chauffeur, elle offre maintenant aussi UberX des voitures moins luxueuses et même UberPOP un service de covoiturage occasionnel entre particuliers. Aujourd’hui sous pression par de nombreux états suite aux réactions des corporations de taxis traditionnelles, Uber croît de façon rapide. Sa capitalisation est immense (plus 17 milliards de dollars) et ses pratiques aussi critiquées. Mais que Uber soit un succès ou non dans les voitures de tourisme avec chauffeur, le modèle est applicable à quasiment tous les pans de l’économie, ce qui aura un impact certain.

Coursera

Coursera est une compagnie offrant des cours en ligne ouverts et massifs en partenariat avec des Universités comme Stanford, Princeton, l’EPFL ou l’Ecole Centrale de Paris. Plus de 200 cours sont offerts, les classes pouvant compter plusieurs dizaines de milliers d’étudiants! D’autres initiatives existent telles que EdX, Udacity, ou dans un autre registre Kahn Academy. Cette approche appelée MOOC (Massive Open Online Courses) offre gratuitement des cours proposés dans les universités les plus prestigieuses. Le tout est disponible en ligne, avec de courtes vidéos d’explication, des supports de cours électroniques complétés par l’offre pléthorique du web. Les étudiants participent aux forums et aux discussions en ligne, parfois aussi en utilisant des systèmes de vidéo conférence comme Skype ou Google Hangout. Tout ceci retourne complètement le système. Surtout la formation continue tout au long de la vie est impactée, comme le pense par exemple Sebastian Thrun, fondateur de Udacity. Et là aussi, le modèle économique n’est pas encore stabilisé. Lire sur ce sujet l’article « Cours en ligne ouverts est massifs: effets de mode ou révolution de l’éducation ».

Apple Pay

Apple pay est un service de paiement mobile qui permet aux mobiles d’Apple d’effectuer des paiements soit au passage à la caisse et soit pour le paiement en ligne. Avec ce service et les partenariats avec les compagnies de cartes, on peut imaginer la complète dématérialisation des cartes de crédit. De plus, les nouveaux appareils sont dotés de capteurs qui permettent, d’une part, de communiquer sans fil avec systèmes de point de vente (NFC Near Field Communication) et d’autre part d’identifier et authentifier l’utilisateur par ses empreintes digitales (TouchID, Samsung Fingerprint). Donc, ayant remplacé le porte-monnaie, on a un pas de plus vers le contrôle de tout le système financier de l’individu. D’autre systèmes existent bien sûr comme Google Wallet ou Paypal. La prochaine étape est bien celle devenir le centre de contrôle financier et peut-être aussi la banque de demain. Les expérience de prêt collaboratif (crowdfunding) comme Kickstarter, ou en suisse Wemakeit permettent tout bonnement de court-circuiter les acteurs classiques.

Smartwatches

La Apple Watch a été longtemps attendue et finalement introduite au public lors de la grande « messe » donnée en septembre à Cupertino près du siège de la société. Elle n’est de loin pas la première montre connectée, voir par exemple la Pebble, les modèles de Samsung, ou encore de Motorola pour ne citer que celles-ci. Mais elle donne le ton, elle occupe un espace stratégique, médiatique et corporel important celui du poignet. De plus, on a là un objet qui entre en contact direct et constant avec notre enveloppe charnelle, notre peau. Et l’enjeu pourrait bien être là, non pas sur la face mais sur le dos, sur les capteurs qui permettent de suivre des paramètres de notre santé. Bien au delà des podomètres améliorés proposés par Nike avec son Fuelband (dont  Apple a récupéré les meilleurs ingénieurs) ou Jawbone, on a aujourd’hui des enjeux tout a fait différents. La montre devient entièrement numérique et algorithmique, les savoirs faire traditionnels des horlogers sont remis en question, même si ces derniers semblent ne pas trop en tenir compte aujourd’hui. L’objet que nous connaissons est en train de se transformer en tout autre chose, une montre augmentée, amplifiée dans ses possibilités et offrant des services nouveaux et inattendus. Les usages qui en suivront et les revenus générés seront certainement aussi ailleurs.

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Quelles sont les conséquences? Et comment s’y préparer?

Parler d’économie « numérique » n’a plus de sens. Toute l’économie devient numérique. Aujourd’hui on retrouve cela de part les premiers objets qui sont connectés, nos téléphones et nos montres, et demain la presque totalité des objets le seront. Et les activités humaines, économique, sociales et personnelles sont touchées par ce phénomène dans tous les secteurs.

Les implications pour les individus, les organisations publiques et privées sont profondes. Des pans entiers sont bouleversés par de nouveaux modèles d’affaires provenant parfois de secteurs différents et donc souvent inattendus. La vie privée et la sécurité sont aussi mises à l’épreuve par les milliards d’informations produites et analysées, pour créer de la valeur pour les individus et parfois aussi les exposer à des risques immenses.

Finalement, les modèles mêmes des organisations sont bousculés. La connectivité, la vitesse et les relations non hiérarchiques, amènent une transformation importante, une décentralisation, une autonomisation, une productivité différente avec lesquelles les dirigeants actuels ne sont pas du tout à l’aise.

Le potentiel est bien présent pour stimuler les idées innovantes en rupture (Design Thinking), les méthodes plus agiles, les expérimentations et les prototypes plus rapides (Lean Startup) pour créer les chemins de nouveaux modèles économiques (Business Model Generation) et de mondes métamorphosés qui s’ouvrent devant nous. Il nous reste encore beaucoup à découvrir et expérimenter.

L’Internet des objets – 23ème Journée de Rencontre de l’OT

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Vendredi 10 octobre 2014, 14:00-17:30
hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève

Entrée libre et gratuite mais inscription obligatoire svp: je m’inscris
ou en envoyant un message avec le titre « 23e Journée de Rencontre » à l’adresse email ot@etat.ge.ch


Allocution d’ouverture
M. Pierre Maudet, conseiller d’Etat, Département de la sécurité et de l’économie DSE, Etat de Genève

Des objets sur internet
Prof. Nicolas Nova, HEAD Haute Ecole d’Art et de Design Genève et Near Future Laboratory, Genève, Los Angeles, San Francisco, Barcelone

Objets connectés en santé – la culture du réseau affronte l’establishment
Prof. Christian Lovis, HUG, Hôpitaux Universitaires de Genève

Internet des Objets – Une ubiquité au service de nos sociétés
Dr. Didier Hélal, Société Orbiwise, Genève

Les perspectives économiques, sociales et politiques de l’Internet des objets
Dr. Bernard Benhamou, Institut d’Etudes Politiques de Paris, Université Panthéon Sorbonne, Ancien délégué interministériel aux usages de l’Internet et conseiller de la délégation française au sommet des Nations Unies sur la société de l’Information

Conclusion de la journée
Dr. Eric Favre, directeur général, Direction générale des systèmes d’information DGSI, DSE, Etat de Genève


Retrouvez maintenant un résumé et les présentations
 sur http://www.ot-lab.ch/?p=5554

Les objets privilégiés d’hier ont été nos ordinateurs, puis nos téléphones. Ce sont principalement eux qui étaient connectés à Internet. Mais on sait aujourd’hui connecter presque tous les objets: télévisions bien sûr, mais aussi voitures, montres, caméras, lunettes, ampoules, maisons, brosses à dents, et une multitude d’autres choses encore. Dans quelques années il faudra plutôt se demander ce qui n’est pas connecté. Demain, le monde sera encore bouleversé. Plusieurs signaux pointent vers une même direction: celle de l’Internet des objets. De larges pans de la société seront impactés. Ceci peut mener à l’amélioration de la sécurité, de la santé, de l’économie, de la mobilité, et bien d’autres domaines encore.

Mais les questions sur une vision trop utopique arrivent rapidement. Les pouvoirs publics, les entreprises privées et les individus se questionnent sur la mise en place de services facilitant d’une part l’émergence de nouveaux modèles économiques, et enclenchant d’autre part des ruptures. Cette nouvelle vague doit nous amener à une réflexion et à une prise de recul.

Si la technologie change à ce point nos repères, quels seront les impacts sociétaux et les changements radicaux à venir? Quels nouveaux écosystèmes cela va-t-il générer? Quels enjeux de sécurité devra-t-on intégrer pour éviter les écueils? Quels modèles économiques seront réinventés? Qu’est-ce que cela signifie pour le secteur public et quel doit être le rôle de ce dernier? Voici donc la thématique qui retiendra notre attention et que nos orateurs éclaireront sous différents angles au cours de notre Journée de Rencontre 2014 à laquelle nous nous réjouissons de vous rencontrer.

Date: 10 octobre 2014, 14:00-17:30 suivi d’un cocktail
Thème: Internet des objets
Lieu: hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève

Contact et organisation:
giorgio.pauletto@etat.ge.ch
patrick.genoud@etat.ge.ch
Observatoire technologique, DGSI, DSE, Etat de Genève

Comment bien définir le problème à résoudre avec le Design Thinking

Comme le disait Albert Einstein: “Si j’avais une heure pour résoudre un problème, je passerais 55 minutes réfléchir au problème et à 5 minutes à réfléchir à des solutions. La formulation du problème est souvent plus essentielle que sa solution, qui peut être simplement une question de compétence mathématique ou expérimentale.”

Dans l’approche d’innovation par le Design Thinking, le mode définition est donc une étape cruciale pour attaquer la conception de façon innovante et pertinente. Voyons comment cela se passe.

Qu’est-ce que le mode définition

Le mode définition est le moment où l’on utilise et synthétise les résultats de l’étape d’empathie en les traduisant en besoins, désirs et découvertes. C’est aussi dans ce mode que l’on définit un défi spécifique et significatif à adresser. C’est un mode de convergence plutôt que de divergence. L’objectif du mode définition est d’arriver à un énoncé actionnable du problème en ayant bâti une compréhension profonde des utilisateurs / clients et du périmètre de conception.

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C’est aussi l’opportunité d’introduire le point de vue innovant amené par le designer. Ce point de vue devrait être une proposition, une intention, qui permet de guider la suite du travail. Elle se concentre sur des utilisateurs spécifiques qui ont exprimé des idées et des besoins découverts durant le mode empathie.

Comprendre le défi significatif à traiter et identifier les trouvailles exploitables à mettre en oeuvre dans le travail de conception sont des points fondamentaux pour la création d’une bonne solution.

Le moment est celui du “déballage” de la phase d’empathie avec le recueil des aspects saillants recueillis pour en tirer un angle d’attaque afin de satisfaire le besoin en allant au plus près des éléments exprimés et ressentis. Utilisez les retours des interviews, des observations, des notes, des photos, des éléments contextuels, des impressions, pour les exposer à l’ensemble de l’équipe et travailler en synthèse sur ce matériel.

Pourquoi utiliser le mode définition

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Le mode définition est essentiel pour le processus de Design Thinking, car il permet de poser explicitement le problème auquel on veut répondre. Afin que le problème puisse être pleinement traité, la définition du problème se doit d’être vraiment “générative de solutions”. Il faut d’abord créer un énoncé du problème particulier et convaincant. Ceci permettra de l’utiliser comme un tremplin pour générer la solution.

Plus qu’une simple définition du problème à travailler, le point de vue devient une vision unique de la conception formée par les découvertes au cours du travail en mode empathie.

Un bon point de vue:

  • Fournit un angle de vue et cadre le problème.
  • Inspire l’équipe.
  • Offre une référence pour évaluer des idées concurrentes.
  • Permet à l’équipe de prendre des décisions de façon indépendante en parallèle.
  • Stimule les idées en suggérant des questions “Comment pourrions-nous ____?”.
  • Capture le cœur et l’esprit des gens.
  • Évite la tâche impossible de développer des concepts qui essaient d’adresser un ensemble de choses trop larges pour tout le monde.
  • Permet de revisiter et reformuler au fur et à mesure de l’apprentissage par la mise en pratique.
  • Guide les efforts d’innovation.

Développer un point de vue à l’aide d’une phrase à trous

Pourquoi développer un point de vue?

Un point de vue (POV point of view) est le recadrage d’un défi de conception dans un énoncé de problème qui va lancer génération d’idées de solutions. C’est un angle d’attaque du problème.

L’exercice de la phrase à trous fournit un cadre pour développer votre point de vue. Un bon point de vue permettra de trouver des idées de manière orientée, en créant des questions de type “Comment pourrions-nous ___?” basées sur l’angle d’attaque choisi. Surtout, le point de vue va structurer votre vision de designer, offrant à la fois la responsabilité et l’opportunité de concevoir, de découvrir et d’articuler un défi pertinent.

Comment développer un point de vue?

On peut utiliser une simple phrase à trous afin de de capturer et d’harmoniser les trois éléments d’un point de vue pertinent: (1) l’utilisateur, (2) le besoin et (3) la découverte (insight). Ce dernier terme d’insight est difficile à traduire en français: il fait référence à la compréhension précise et profonde de quelqu’un ou de quelque chose. Cela fait appel à l’intuition, au discernement, mais aussi à l’appréciation, à la perspicacité, à la finesse, parfois au jugement, et également à l’acuité, à la largeur de vue et à l’imagination.

La phrase à trou proposée par la d.school de Stanford est la suivante:

[UTILISATEUR] a besoin de [BESOIN DE L’UTILISATEUR] car [DÉCOUVERTE (INSIGHT)]

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Il est conseillé d’utiliser un tableau blanc ou une grande feuille de papier pour essayer un certain nombre d’options, de jouer avec chaque variable et leurs combinaisons. Le besoin et la découverte (ou l’idée surprenante, insight) découlent de l’étape d’empathie et du travail de synthèse.

Rappelez-vous que dans ce contexte les “besoins” devraient être exprimés comme des verbes. L’idée ne devrait pas simplement être une raison justifiant la nécessité du besoin, mais plutôt une phrase de synthèse que vous pouvez exploiter dans la conception d’une solution. La formulation se doit d’être attractive et peut-être aussi être un peu intrigante afin de maintenir une certaine la tension dans votre point de vue.

Voyons, par exemple, la formulation initiale d’un point de vue: “Une adolescente a besoin d’aliments plus nutritifs parce que les vitamines sont essentielles à sa bonne santé”. Voilà un énoncé sûrement correct, mais posé de façon descriptive et peu engageante.

Essayons maintenant d’introduire un point de vue avec un angle d’attaque plus saillant: “Une adolescente, avec de sombres perspectives, a besoin de se sentir socialement plus acceptée en mangeant des aliments sains, parce que dans son quartier les risques sociaux sont plus importants que les risques de santé”.

Remarquez comment ce dernier énoncé du problème devient plus actionnable et potentiellement plus générateur de solutions, tandis que le premier n’est qu’un état de fait, qui amène peu d’excitation ou de direction pour élaborer des solutions.

Questions “Comment pourrions-nous”

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Pourquoi créer des questions “Comment pourrions-nous”

Les questions “Comment pourrions-nous” sont des questions courtes pour lancer des sessions de brainstorming de solutions. Ce sont des points de départ pour générer des idées à partir de votre point de vue et angle d’attaque. Créez un point de départ qui soit assez large pour qu’il y ait un large éventail de solutions, mais assez étroit pour que l’équipe ait des frontières utiles et trouve des solutions spécifiques.

Par exemple, entre la question trop étroite “Comment pourrions-nous créer un cône pour manger une glace sans qu’elle coule?” et la question trop large “Comment pourrions-nous réinventer le dessert?”, un bon milieu serait “Comment pourrions-nous reconcevoir une glace pour la rendre mieux portable?”.

Comment produire des questions “Comment pourrions-nous”

Commencez par votre point de vue ou votre énoncé du problème. Découpez ce défi en de plus petits morceaux portés vers l’action. Écrivez des questions en commençant par “Comment pourrions-nous”. Il est souvent utile de générer plusieurs de ces questions avant de brainstormer sur les solutions. Par exemple, voici un point de vue et les questions “Comment pourrions-nous” résultantes.

 

Utilisateur Besoin Découverte (Insight)
Un père de famille surmené Aimerait se sentir bien à propos du recyclage Lorsque la pile de recyclage augmente, il se sent impuissant et finalement le “tas” au bord du trottoir le fait sentir plus générateur d’ordures que bienfaiteur de l’environnement

 

  1. Comment pourrions-nous diminuer la taille de la pile de recyclage?
  2. Comment pourrions-nous le faire sentir à l’aise avec la taille de la pile?
  3. Comment pourrions-nous lui faciliter le travail de récupérer tout ce qui est à recycler dans la maison?
  4. Comment pourrions-nous éviter le débordement des conteneurs?
  5. Comment pourrions-nous lui faire sentir qu’il a une longueur d’avance?
  6. Comment pourrions-nous le rendre moins stressé quant au recyclage?
  7. Comment pourrions-nous faire que le recyclage soit moins ressenti comme sortir des ordures?

 

La ou les questions ainsi construites vont aller nourrir et générer les idées produites dans les phases suivantes pour résoudre le problème de façon innovante et pertinente pour les personnes concernées.

Source: Bootleg bootcamp d.school Stanford (source première), traduction Franck Langevin, adaptation et autres textes Giorgio Pauletto / Crédits images: Heatherawalls CC-BY-SA https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ALegal_design_jam_at_Stanford_October_2013_01.jpg, Stanford d.school bootleg bootcamp Process and Define Mode CC-BY-SA, autres images Giorgio Pauletto

Quelles sont les tendances futures dans la santé?

Le domaine de la santé est largement touché par les transformations du monde d’aujourd’hui. Il est face à des tendances lourdes de société comme le vieillissement, l’augmentation des coûts, le défi de la pénurie des soignants et aussi devant des opportunités face aux possibilités offertes notamment dans les usages nouveaux et les technologies de rupture.

Voyons cela de plus près.

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Les tendances lourdes dans le domaine de la santé

1. L’augmentation du vieillissement de la population et les maladies chroniques

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Comme dans l’ensemble du monde occidental, durée de vie de la population augmente et la base de la pyramide des âges diminue. D’après l’Office Fédéral de la Statistique en Suisse, la proportion des jeunes (de moins de 20 ans) a régressé de 40.7% en 1900 à 20.4% en 2012, celle des personnes âgées (plus de 64 ans) a progressé de 5.8% à 17.4%.

Au niveau mondial, le taux de croissance actuel de la population âgée, qui est de 1.9%, est devenu nettement supérieur à celui de la population totale qui lui est à 1.2%. Les maladies chroniques sont, de loin, la principale cause de mortalité dans le monde, représentant 63% de tous les décès.

2. L’enjeu de découpler les coûts de la santé de la qualité des soins

costsLa Suisse dépense 11.5 % du PIB pour le système de santé. La part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut est passée de 11.0% en 2011 à 11.5% en 2012. Les dépenses de santé se sont élevées au total à 68 milliards de francs en 2012, ce qui représente 5.3% de plus que l’année précédente. Cette augmentation est imputable en grande partie à la hausse de 2.3 milliards des dépenses hospitalières.

Les États-Unis dépensent $8,508 par personne en soins de santé, près de $3000 de plus par personne que la Norvège, le deuxième plus grand dépensier. 23 pour cent des adultes américains et 13 pour cent des adultes en France, soit ont eu de graves problèmes pour payer les factures médicales ou ont été incapables de les payer. On estime, aux États-Unis, à 1.7 million le nombre de patients qui développent des infections alors qu’ils sont à l’hôpital, et 99’000 meurent des séquelles.

3. Le défi de la pénurie de médecins et du personnel soignant

doctors2Selon l’Office fédéral des migrations, entre 750 et 1’300 médecins étrangers ont ainsi émigré chaque année en Suisse entre 2002 et 2009. A l’heure actuelle, le système de santé suisse est totalement dépendant de la main-d’œuvre étrangère et l’expansion des effectifs hospitaliers ne pourrait être possible sans l’immigration.

Pour l’accès à la santé, plus d’un milliard de personnes dans le monde n’ont pas encore accès à un système de soins de santé. Il y aura selon toute vraisemblance une pénurie de 230’000 médecins à travers l’Europe dans un proche avenir. Le nombre de soignants dans 36 pays d’Afrique est insuffisant pour offrir simplement une immunisation de base et des services de santé maternelle. La répartition inégale des soignants devient également un problème important.

4. L’innovation des technologies et des données

techmedLes progrès des technologies de la santé et de l’analyse de données offrent une aide pour faciliter de nouvelles possibilités de diagnostic et de traitement. Elles peuvent aussi permettre de mieux contenir ces nouvelles dépenses par la restructuration des modèles de prestation de soins et la promotion de l’utilisation plus efficace des ressources.

L’adoption de nouvelles technologies de l’information de santé numérique est devenue le moteur du changement dans la façon dont les médecins, les assureurs, les patients et d’autres parties prenantes du secteur interagissent.

Dans ce domaine, les dossiers médicaux électroniques, la télémédecine, les applications de santé mobile (mHealth), ainsi que les prescriptions médicales électroniques joueront un rôle important.

Il faut aussi souligner un besoin crucial de se concentrer sur la sécurité, la confidentialité des données pour offrir bien sûr aux patients une confiance indispensable dans un contexte qui touche le cœur de leur vie privée.

Les signaux de rupture

Quelles sont les innovations de rupture dans la santé?

Par un article précurseur dans la prestigieuse Harvard Business Review, Clayton Christensen posait déjà la question: “Les innovations de rupture vont-elles soigner la santé?” (“Will Disruptive Innovations Cure Health Care?”, HBR). Voyons justement les signaux faibles de ce qui portera le changement dans les 3 à 5 prochaines années.

1. L’influence sur les comportements

Les capteurs personnels

Le mouvement de la mesure de soi (“Quantified Self”) est en pleine expansion. Les capteurs lancés par Nike (Nike+ Fuelband) ou Jawbone Up sont aujourd’hui complémentés par des versions encore plus fines.

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Airo propose un capteur de poignet prenant en compte non seulement les mouvements, le sommeil et le stress, mais aussi la nutrition en scannant par spectrométrie le sang.

Sensotrack, un produit suisse, se positionne dans le creux de l’oreille et mesure également la pression sanguine, le taux d’oxygène et la respiration.

Les lentilles de contact Google, encore en prototype, visent à aider les personnes atteintes de diabète en mesurant en permanence les niveaux de glucose dans leurs larmes.

Apple propose déjà dans la toute prochaine mouture de iOS, HealthKit, une plateforme pour intégrer les mesures et afficher un tableau de bord d’où contrôler les paramètres de santé sur une base quotidienne, tout en offrant le recul d’examiner les tendances de remise en forme sur un temps plus long.

Des incitations à la santé

mysugrCes capteurs sont déjà révolutionnaires, mais une couche supplémentaire vient en renforcer les effets. La plupart des applications de santé proposées, intègrent ce que l’on appelle gamification ou « ludification » en français. Cette approche permet en quelque sorte de faire “mordre à l’hameçon” plus facilement les individus et d’influencer leur comportement pour mieux adhérer à un comportement voulu de façon durable.

Cette modification de comportement est essentiellement le facteur clé de succès de traitements notamment pour la perte de poids, les maladies chroniques et les prescriptions antibiotiques par exemple.

Pour les diabétiques, mySugr propose une application qui s’apparente à un journal de diabète, en fournissant une rétroaction immédiate pour aider à rester motivé. Cela passe par gagner des points pour chaque inscription faite qui aide combattre un monstre, le diabète. L’objectif est d’apprivoiser ce monstre tous les jours à travers des défis liés à des objectifs personnels.

2. L’autonomisation du patient

Diagnostics en self-service

scanaduLes algorithmes permettant un guidage en utilisant les données relevées par le patient lui-même deviennent de plus en plus perfectionnés. Ceci permet de réduire l’incertitude à un point qui permet de prendre certaines décisions sans nécessairement recourir aux spécialistes et de réserver cette visite uniquement aux cas nécessaires.

Biosense uCheck par exemple permet d’avoir un laboratoire portable en utilisant un calibrage de couleurs prises par l’appareil photo de son smartphone.

Scanadu (appareil et logiciel encore en test) permettra de diagnostiquer a priori les symptômes pour savoir en principe quand se rendre en clinique et quand on peut attendre sans conséquence. Voir la vidéo du scénario d’utilisation http://youtu.be/KSwMauCno6o.

SCiO financé de façon participative sur Kickstarter permet de scanner des matériaux, de la nourriture, et tout objet physique. Le fameux “tricorder” de Star Trek devient une réalité. Véritable spectromètre portable, il offre à tout un chacun d’obtenir des informations instantanées sur la nature de l’objet à travers son smartphone. Nourriture, médicaments, plantes, et plus encore peuvent immédiatement être analysés et reconnus voir la vidéo de démo saisissante ici http://youtu.be/BrtGSEwfIJY.

Réseaux sociaux de santé

23-PatientsLikeMe-1_0Tout le monde le sait, plus que jamais les patients recherchent des informations sur internet. Aujourd’hui ils s’auto organisent pour mieux savoir quels traitements ils utilisent, quels sont les essais cliniques et les dernières découvertes scientifiques pour mieux comprendre comment cela s’inscrit dans le contexte de leur expérience.

Deux exemples sont saillants http://Smartpatients.com et http://Patientslikeme.com.

Notons que tout ceci n’est pas sans mettre en évidence des risques. Bien sûr celui de faire confiance aux avis peu pertinents médicalement et scientifiquement, et c’est le moindre. Le défi majeur est celui de la collecte de données par des organisations tierces, comme les pharmas et les assurances pour qui ces données sont de l’or. Le rôle des pouvoirs publics est dans ce contexte d’une importance capitale et ils devront certainement rapidement s’emparer de la question.

3. Les soins orchestrés

Télémédecine

o-careLes possibilités de communication et d’interaction à distance offrent de nouveaux canaux pour les patients afin d’entrer en contact avec les médecins et les experts de la santé. Ceci permet d’abord d’obtenir des conseils médicaux et des bilans, puis avec la vidéo et d’autres capteurs, ces rendez-vous virtuels peuvent offrir un niveau de soins parfois suffisant pour une part importante des cas. Bien entendu cela doit aussi conduire à des visites en personne qui restent nécessaires et qui peuvent être même augmentées en temps et qualité si les cas précédents sont traités plus simplement.

La cabine proposée par HealthSpot est une sorte de kiosque médical qui dématérialise une visite chez le médecin. Les patients interagissent avec des fournisseurs de santé certifiés par une vidéoconférence haute définition ainsi qu’une série de dispositifs médicaux connectés qui transmettent l’information biomédicale en temps réel.

Le service de Goderma permet de recevoir le diagnostic d’un dermatologue qualifié dans les 48 heures. Le processus est simple: télécharger une photo de votre problème de peau, répondre à quelques questions et soumettre votre demande de façon anonyme. La demande est reçue et examinée par un dermatologue et la transaction se fait entièrement en ligne jusqu’au paiement. Si les dermatologues ne peuvent pas évaluer correctement le cas, la transaction est annulée et remboursée.

GiraffPlus est un projet européen visant à augmenter l’autonomie des personnes à la maison. Le robot domestique est doté de capteurs et d’une interface “à la” Skype pour interagir avec les personnes. Le système encore en développement est porte aussi une attention particulière à l’ergonomie pour garder une interaction la plus empathique possible.

L’Institut Frauenhofer propose aussi un robot qui complémente les personnes ayant des difficultés pour certaines tâches domestiques ou de communication en cas de chute.

Dossiers Virtuels

Le dossier médical informatisé (connu sous son nom anglais Electronic Health Record EHR), porte depuis plusieurs année la promesse de fournir un espace personnel autour du patient, sécurisé et permettant de donner accès de façon simple et rapide à ses données de santé en évitant de répéter des tests pénibles et onéreux, de commettre des erreurs, de perdre du temps précieux dans les transferts.

Le projet de dossier médical genevois MonDossierMedical.ch propose de stocker de façon hautement sécurisée les données de santé du patient et de les mettre à disposition de différents prestataires de soins. Les professionnels de santé admis peuvent mettre à jour les informations mais c’est le patient qui donne les accès à travers une clé numérique. Le dossier patient informatisé au niveau hospitalier est aussi couplé à ce projet pour permettre un suivi plus global. Pour plus d’informations voir aussi http://www.e-toile-ge.ch/etoile.html.

Plusieurs autres pays, ont des projets allant dans ce sens comme l’Autriche, l’Estonie, les Pays-Bas en Europe.

Remarques de conclusion

dataprotectionComme on le voit le monde de la santé est en constante évolution par la redistribution amenée par les nouvelles habitudes des gens, les défis du vieillissement et de l’économie, ainsi que des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies.

Tout ceci peut sembler bien alléchant et il est certain que les potentiels sont énormes. Il semble toutefois nécessaire d’adopter une approche itérative et un apprentissage continu. Cela doit nous amener à prototyper plus de concepts avant de se lancer la tête la première dans ces domaines avec de lourdes conséquences. Pensons aussi que l’ensemble des opportunités offertes a aussi souvent un revers de la médaille.

Deux points reviennent sans cesse à l’esprit: d’une part, celui de la protection et de la réappropriation des données et, d’autre part, celui de l’ouverture et du partage des données qui intéressent la recherche et la santé publique. Quid des intérêts privés? Et de la capture de valeur par des intermédiaires dont les principes commerciaux ne sont pas à l’avantage de leurs clients? Qu’en est-il également de la transparence, des choix plus informés et des gains qu’apporte une plus grande ouverture? Un récent rapport du National Health Service britannique analyse aussi ces aspects d’ouverture plus grande des données de santé.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’usager doit rester au cœur de la démarche et son intimité numérique protégée. Il est donc impératif de commencer petit, de tester les idées et de voir ce qui apporte une valeur au patient qui doit rester le premier bénéficiaire.

Une présentation à l’origine de cet article est disponible ici:
http://www.slideshare.net/giorgiop5/tendances-futures-dans-la-sant


Références et sources

2014 Global health care sector outlook, Deloitte,
http://www2.deloitte.com/content/www/global/en/pages/life-sciences-and-healthcare/articles/2014-global-health-care-outlook.html

Pénurie de médecins: un chaos programmé, L’Hebdo, 11-01-2009, http://www.hebdo.ch/penurie_de_medecins_un_chaos_programme_141655_.html

The Future of Health, PFSK Labs, http://www.psfk.com/

Data, health and me: the future of people-powered healthcare, NESTA, http://www.nesta.org.uk/event/data-health-and-me-future-people-powered-healthcare

Myhealthapps.net the world’s favourite healthcare apps, tried and tested by people like you  http://myhealthapps.net

Will Disruptive Innovations Cure Health Care?, Clayton M. Christensen, Richard Bohmer, and John Kenagy, Harvard Business Review (2000), http://hbr.org/web/extras/insight-center/health-care/will-disruptive-innovations-cure-health-care

The Open Data Era in Health and Social Care, http://thegovlab.org/nhs/

Interviews qualitatives: le mode d’empathie du Design Thinking

En entreprenant une démarche de “Design Thinking”, la première étape consiste à mieux comprendre le contexte et les acteurs, à se plonger dans un nouvel univers, et finalement mieux comprendre l’autre. Les designers de la d.school à Stanford ont appelé ce mode, le mode d’empathie. C’est là un mot fort qui évoque la capacité de ressentir les émotions de quelqu’un d’autre. Voyons comment cela se traduit dans le processus du “design”.

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Pourquoi utiliser le mode d’empathie?

Arrêtons-nous un instant sur le pourquoi. Dans la conception innovante centrée sur l’humain qui est la base du Design Thinking, la toute première nécessité est de comprendre les gens pour lesquels un bien ou un service nouveau sera créé. Les problèmes que l’on essaye de résoudre sont rarement ceux personnels du designer, ce sont ceux d’utilisateurs particuliers; afin de concevoir une solution pour eux, il s’agit de créer une empathie pour qui ils sont, ce qu’ils font et ce qui est important pour eux.

Mieux connaître un public (ou un segment) peut bien sûr passer par des méthodes de sondages quantitatifs bien connues. (Ma formation de base est la statistique et l’économétrie, où j’ai poussé le vice jusqu’à faire une thèse et cela reste donc cher à mon cœur). Les approches statistiques sont certainement utiles et elles donnent des résultats fiables avec une mesure de l’intervalle de confiance de la réponse  pour autant que l’on se soit assuré d’un échantillon suffisant et représentatif de la population ainsi que d’un traitement adéquat des réponses. De par la nature même du sondage quantitatif, la profondeur et la largeur du champ doivent souvent rester restreintes pour s’assurer de la représentativité et de la significativité statistique des résultats.

Par ailleurs, il est intéressant de se tourner vers des méthodes qualitatives, inspirées de l’ethnographie, sans pour autant y être totalement fidèles. On cherche dans les approches qualitatives simplement à prendre connaissance du contexte et des personnes, afin d’en tirer les éléments essentiels sans devenir pour autant un spécialiste de l’anthropologie. On vise ici plutôt la validité que la fiabilité. Quels sont les points d’achoppement sur lesquels les gens buttent? Ou encore, qu’est-ce qui les ravit et leur donne envie? Que veulent-ils au fond? S’intéresse-t-on au bon problème?

(Source: http://www.flickr.com/photos/rosenfeldmedia/8461136025)

Qu’est-ce que le mode empathie?

Voyons maintenant ce que cela recouvre pratiquement. L’empathie est bien un élément fondamental d’un processus de conception centré sur l’humain. Il existe plusieurs façons de faire dans l’approche du design pour mieux comprendre les personnes. Trois démarches peuvent mettre oeuvre concrètement cette phase d’empathie:

Observer. Cela consiste à regarder, à découvrir les utilisateurs et leur comportements dans le cadre de leur vie et plus particulièrement dans l’usage de ce qui nous intéresse.

Participer. Il s’agit ici d’interagir avec les utilisateurs et les interviewer à travers des rencontres parfois régulières ou au contraire impromptues.

S’immerger. On s’intéresse à découvrir ce que vivent les utilisateurs en se plongeant dans leur contexte et en vivant leur expérience pendant un laps de temps plus ou moins long, de façon continue ou par moments.

Bien entendu, plusieurs autres approches sont possibles et peuvent englober une ou plusieurs de ces façons de faire.

Voyons de plus près l’approche de l’interview qualitative.

Comment effectuer une interview qualitative?

Nous voulons comprendre les pensées, les émotions et les motivations d’une personne (ou d’un groupe de personnes), afin que nous puissions déterminer comment innover pour celle-ci. En comprenant les choix que les personnes font et leurs comportements, nous pouvons mieux cerner les besoins et imaginer sur cette base des éléments de solution. Dans ce contexte, il est important de laisser l’interlocuteur-trice s’exprimer 75% à 80% du temps, ce sont ses avis qui importent.

(Source: http://www.flickr.com/photos/35928519@N00/7641670088)

Décrivons quelques étapes qui permettent de mener des interviews de type qualitatif. A nouveau, il s’agit ici de pratiques sans prétention d’exhaustivité, qui sont décrites simplement à titre d’exemple. Il existe par ailleurs, et notamment en ligne, une bibliographie riche sur le sujet. L’essentiel ici est repris de la démarche de la Stanford d.school (ici et ici) et aussi mis en pratique par le Design Thinking Action Lab  de Stanford (MOOC) que j’ai eu l’occasion de suivre.

 Préparation de l’interview

(Source: http://www.flickr.com/photos/25622716@N02/8471945591)

Imaginer des questions

Notez toutes les questions potentielles. Un travail d’équipe est utile pour formuler une bonne variété de questions. Bien entendu, dans cet exercice de brainstorming, il s’agit de construire sur les idées des uns et des autres pour étoffer les domaines significatifs à couvrir.

Identifier les thèmes et l’ordre

Il est utile de repérer les grands thèmes auxquels appartiennent les questions. Une fois ceux-ci identifiés, on peut pour chaque ensemble de questions, essayer de déterminer un ordre qui permettra de construire une conversation fluide. Ceci facilitera la structure du débit de l’entretien, en réduisant le potentiel d’avoir une interaction apparemment trop disparate donnant une perception de saupoudrage et de désordre à l’interlocuteur.

Affiner les questions

Une fois les questions regroupées par thèmes et ordonnées, certains domaines apparaîtront redondants ou certaines questions ne sembleront pas à leur place. Il est aussi utile de  s’assurer de garder de la place pour poser beaucoup de questions “pourquoi?”  et de relances de type “parlez-moi de la dernière fois que vous _____?” en cherchant aussi les questions qui font ressortir comment l’interlocuteur se sent. (Ces points sont détaillés ci-dessous.)

Déroulement de l’interview

Lors de l’interview, au-delà des explications à donner à l’interlocuteur-trice sur le contexte de l’interview, la finalité des résultats et la publicité / confidentialité des propos, plusieurs moments apparaissent et ont une charge émotionnelle qui est décrite par le schéma suivant.

(Source: Stanford d.school)

Voici 12 points importants à ne pas oublier  dans ce contexte.

  1. Demander “pourquoi”. Même si vous pensez que vous connaissez la réponse, demandez aux gens pourquoi ils font ou disent des choses. Les réponses pourront parfois vous surprendre. Une conversation qui a commencé à partir d’une question devrait continuer aussi longtemps que nécessaire.
  2. Ne jamais dire “habituellement” en posant une question. Au lieu de cela, demandez une expérience spécifique, par exemple “Parlez-moi de la dernière fois que vous ______ “.
  3. Encourager histoires. Les histoires que les gens racontent, qu’elles soient vraies ou non, révèlent comment ils se représentent le monde. Posez des questions qui permettent aux gens de raconter des histoires.
  4. Observer les incohérences. Parfois, ce que les gens disent et ce qu’ils font est très différent. Ces incohérences cachent souvent des idées intéressantes.
  5. Comprendre les indices non verbaux. Soyez conscient du langage du corps et des émotions. Observez et écoutez.
  6. Ne pas avoir peur du silence. Les interviewers ressentent souvent le besoin de poser une autre question quand il y a une pause. Si vous autorisez le silence, une personne peut réfléchir sur ce qu’elle a juste dit et peut révéler quelque chose de plus profond.
  7. Ne pas suggérer des réponses à vos questions. Même si cela prend un moment, ne pas aider en suggérant une réponse. Cela peut involontairement amener les gens à dire des choses qui sont en accord avec vos attentes.
  8. Poser des questions neutres. “Que pensez-vous de faire des achats de cadeaux avec votre conjoint?” est une meilleure question que “Vous ne pensez pas que faire du shopping à deux est génial?” parce que la première question n’implique pas qu’il y a une bonne réponse.
  9. Ne pas poser de questions fermées. Les questions fermées sont celles auxquelles on répond en un mot, vous voulez favoriser une conversation qui se construit sur des histoires.
  10. Privilégier les questions courtes. Votre interlocuteur va se perdre dans des questions longues. Restez concis.
  11. Poser une seule question à la fois, à une seule personne à la fois. Résistez à l’envie de soumettre votre interlocuteur à un feu roulant de questions ou de lancer des questions à la cantonade à un groupe.
  12. Consigner le plus possible d’éléments. Essayez de faire toujours vos entrevues à deux. Si ce n’est pas possible, utilisez un enregistreur, car il est difficile d’écouter une personne et de prendre des notes détaillées en même temps.

Enfin, il ne faut pas négliger le moment final, l’effet poignée de porte (“doorknob effect”): parfois c’est à l’instant crucial de se séparer que l’indice le plus pertinent est révélé. Remercier sincèrement est aussi indispensable car le temps est la ressource la plus précieuse.

Comment restituer l’interview?

Une fois les informations récoltées voyons comment restituer et synthétiser un retour utile. La première idée de la retranscription in extenso atteint vite ses limites car elle reste fastidieuse, chronophage et finalement peu utile.

Voici une proposition de synthèse visuelle différente qui peut aider dans ce contexte: la carte d’empathie. Une carte d’empathie est un outil pour aider à synthétiser les observations et aussi à en tirer des traits saillants.

On retrouve ce type de synthèse sous formes différentes dans la pratique. Voyons en une plus en détail.

(Source: Design Thinking Action Lab, Stanford)

On procède en créant un modèle de carte à quatre quadrants sur un papier ou sur un tableau blanc. Après le travail de terrain et en réexaminant les notes (écrites, audio et/ou vidéo), on remplit la carte en notant des éléments dans les quatre zones.

Tout d’abord et de la façon la plus tangible possible:

Dire: Quels sont les mots et les citations exactes que votre utilisateur a employés?

Faire: Quelles sont les actions et les comportements que vous avez remarqués?

Puis dans un deuxième temps et en utilisant votre propre créativité:

Penser: Quelles pourraient être les pensées de votre interlocuteur? Qu’est-ce que cela vous dit à propos de ses idées?

Ressentir: Quelles émotions votre sujet peut-il ressentir?

Notez que les pensées / croyances et les sentiments / émotions ne peuvent pas être observés directement. Ces éléments doivent être déduits en prêtant une attention particulière aux différents indices. Notez le langage corporel, le ton et le choix des mots.

Enfin, il s’agit de synthétiser les besoins et désirs exprimés dans un énoncé du problème et les idées pour aider à les assouvir:

Identifier les besoins: Les “besoins” sont les choses nécessaires pour les humains (produits, services ou éléments émotionnels). Identifier les besoins nous aide à mieux appréhender le défi de conception. Il faut se rappeler que les besoins sont généralement représentés par des verbes (des activités et des désirs pour lesquels votre interlocuteur demande de l’aide), pas des noms (des solutions). Identifiez les besoins directement à partir des traits de l’utilisateur que vous avez notés, ou des contradictions entre deux traits – par exemple, un décalage entre ce qui est dit et ce qui est fait. Notez les besoins que vous voyez sur le côté de votre carte d’empathie.

Identifier les idées: Une idée est une réalisation remarquable dont vous pourriez tirer parti afin de mieux répondre à un besoin ou à un problème. Les idées se développent souvent à partir des contradictions entre deux éléments amenés par le sujet (que ce soit dans un quadrant ou entre plusieurs différents).  A vous de demander “Pourquoi?” quand vous remarquez un comportement étrange. Notez aussi les idées possibles sur le côté de votre carte.

Voilà, de façon succincte, une manière d’entrer dans le mode empathie du Design Thinking en utilisant les interviews qualitatives.

Bien entendu, il n’y a pas de recette magique pour obtenir un résultat pertinent. La finesse et la pratique sont ici clairement essentielles pour tirer parti des éléments obtenus.

Quatre grandes tendances de 2014 qui vont refaire le monde

Parmi les tendances publiées par plusieurs grandes consultances comme Gartner, Forrester ou encore McKinsey ou Deloitte, arrêtons-nous sur celles qui vont remodeler le monde.

Que ce soit au niveau des technologies, au niveau des affaires ou au niveau de la société, nous entrons dans une ère nouvelle. Plusieurs grandes tendances ont un impact selon les industries, les secteurs d’activité et les segments de clients servis.

Celles sélectionnées ici présentent, à mon sens, un véritable potentiel de rupture puissant et massif sur tous les aspects de nos sociétés: professionnel à travers les entreprises et leur renouvellement de modèles d’affaires, personnel par rapport aux particuliers et l’accessibilité de ces technologies par le grand public et, finalement, au niveau social car elles ont la capacité de transformer notre façon de vivre globalement.

 

L’internet des objets.

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Ou plutôt devrait-on dire l’internet de tout (« Internet of Everything »). En effet, après avoir rencontré son premier succès en fournissant le protocole qui permet de relier les informations à travers le Web et de transporter les informations, nous avons connus une période où l’Internet des personnes à pris de l’ampleur avec Facebook et ses 1.1 milliards de personnes connectées et LinkedIn avec 260 millions de professionnels en fin 2013. Ensuite, nous avons vu apparaître l’Internet des lieux avec notamment Foursquare qui recense 40 millions d’utilisateurs et 4.5 milliards de « check-in » à lui tout seul. Et cela ne va pas s’arrêter là puisque notre géolocalisation est même probablement parfois partagée à notre insu comme avec Google via Android ou tout opérateur de télécommunication qui relève constamment notre position avec ses relais d’antennes. Mais tout cela n’est rien.

Internet entre maintenant dans quasiment tous ce que les humains conçoivent et fabriquent. Jouets, voitures, machines à laver, bâtiments, télévisions, appareils photo, montres, mais aussi bientôt dans tous les autres objets usuels qui nous entourent. Internet sort donc des appareils « privilégiés » que sont les PCs et autres smartphones pour se diffuser et connecter tous les objets. Certains fournisseurs estiment que le nombre d’objets connectés a déjà dépassé le nombre de personnes connectées depuis 2010 et que nous aurons 50 milliards d’objets connectés en 2020.

Des projets fleurissent de toutes parts. Par exemple Sen.se qui à travers des capteurs détectent les mouvements, la température, la proximité; les possibilités deviennent alors quasiment infinies. Ou des projets financés collaborativement sur KickStarter comme Twine ou Neurio. Et bien sûr, les grands joueurs sont à l’affût comme Google qui a racheté Nest, produisant un thermostat qui devient un centre de contrôle de l’énergie de la maison.

Au niveau d’une ville, cela laisse entrevoir un véritable écosystème de capteurs, de systèmes intelligents générant des flux d’informations qui permettent de créer une toile de services à partir des données et des informations. Un véritable système opératif des villes semble émerger de façon organique.

Bien entendu, ceci provoque déjà chez les observateurs des questionnements quant aux des défis de sécurisation que cela pose. Les premières bases pour garder un système ouvert, sécurisé et transparent voient le jour comme par exemple AllSeen Alliance. Il reste nécessaire de se poser des questions sur la pertinence de ces objets connectés avant de se lancer dans un tourbillon qui peut finir en noyade. Comme le souligne un article du MIT TechReview: « Dans certains cas, alors, la solution la plus simple peut être de simplement limiter le nombre d’appareils pouvant se connecter à Internet. »

Et pour ceux qui veulent se faire frémir voici une vidéo de lancement de Watch_Dogs, un jeu intégrant les possibilités de suivi des individus et de piratage des systèmes contrôlant les infrastructures d’une ville.

 

L’ère du Personal Cloud.

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L’ère du nuage personnel, Personal Cloud, marque un changement de pouvoir des périphériques vers les services. Dans ce nouveau monde, les spécificités de périphériques deviennent moins importantes pour les individus et les organisations. Les périphériques sont toujours indispensables et les gens utilisent un plus large ensemble de dispositifs. Le bon vieux PC reste l’une des nombreuses options, mais il n’est plus le seul appareil connecté et peut-être plus le centre principal de nos données et services. C’est probablement le Personal Cloud qui va prendre ce rôle. L’accès au nuage et le contenu stocké ou partagé devient géré et sécurisé. Le rôle prépondérant sur l’appareil lui-même est redistribué à travers l’ensemble smartphone, tablette, ultraportable et ordinateur plus classique.

Ce n’est pas tant le stockage sur le Personal Cloud qui est impactant, mais plutôt l’évolution vers de nouveaux modèles d’affaires que cela amène. Si je peux partager et accéder à mes données, je peux aussi consommer des services et lier les informations de façon totalement différente. On voit bien cela avec l’évolution d’une simple messagerie comme GMail, vers un véritable écosystème de Google Apps, y compris la possibilité de ré-imaginer ce qu’est le Notebook avec l’offre ChromeBook.

Il n’y a qu’un pas à faire pour imaginer que demain tout un chacun disposera d’un espace de Personal Cloud à l’administration, une sorte de Dossier Citoyen Virtuel, qui viendra aide à renverser le paradigme de la transaction où à chaque fois il faut entrer les informations qui sont requises. On entre alors dans une nouvelle étape, celle de la personnalisation des services administratifs qui bouleverse le modèle actuel. Pour plus d’explications sur les étapes et leur impact, voir le rapport Smart Gouvernance.

Et demain, ce monde de données qui nous entoure et que nous générons de façon exponentielle devra certainement nous être rendu par les compagnies privées et les organisations publiques dans un mouvement de transparence proactive. Les projets comme miData au Royaume Uni, Blue Button aux US, ou encore MesDonnées en France explorent ces pistes de façon expérimentale.

 

Les algorithmes et les machines.

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De toutes ces données, il faudra en faire quelque chose. Il est vraisemblable que les algorithmes jouent une part de plus en plus importante dans nos vies et nos activités. Il faut souligner que le mélange d’algorithmes relativement efficaces et de données massives va nous emmener beaucoup plus rapidement vers des services comme Google Translate. Peter Norvig, directeur de la recherche chez Google et ses collègues, nous le montrent au quotidien, voir le papier « The Unreasonable Effectiveness of Data« .

L’ère de la machine intelligente va donc se développer, nous disent les consultances, avec une prolifération des assistants s’adaptant au contexte, intelligents et personnels, pouvant répondre et intrepréter du langage naturel.  Les exemples sont multiples comme Apple Siri, Google Now ou de façon plus évoluée IBM Watson.

Les exemples de véhicules autonomes apparaissent et s’étendent en apportant leur lot d’améliorations aux modèles commercialisés. Ces robots intelligents s’humanisent, au delà des usines où par exemple les robots transporteurs de palettes ont depuis longtemps faite leur entrée, on trouve aujourd’hui déjà des tentatives d’aller vers la distribution de colis par drones. Peut-être de façon moins frappante mais aussi efficace, il est significatif de voir un robot moins menaçant comme Baxter qui apprend simplement les gestes qu’on lui fait effectuer.

Les enjeux vont au delà du travail purement industriel, les tâches cognitivement supérieures commençant à être aussi prévisibles et traitées efficacement.

Et ceci ne va pas non plus sans questionner les catastrophes qui sont ainsi potentiellement générées ainsi que les sujets éthiques qu’il faudra débattre.

Pour plus de détails, se référer aussi à l’article « Ces algorithmes qui nous gouvernent ».

 

La redéfinition des modèles d’affaires.

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Les changements induits par les évolutions technologiques, sociales et économiques, ne restent pas cachés derrière la ligne de visibilité des clients, des utilisateurs et des décideurs. Au contraire, ces mutations redéfinissent la relation avec les clients, elles touchent parfois aussi la proposition de valeur que l’organisation offre, et finalement les coûts et revenus qui doivent être articulés différemment. Bref, le modèle d’affaire doit être complètement revu.

Le sujet, bien que connu depuis un certain temps, reste fortement d’actualité. Pensons à quelques exemples significatifs.

Airbnb propose une plate-forme en ligne qui permet à des individus privés de louer tout ou partie de leur logement inoccupé à court terme pour d’autres individus, en général de passage. La croissance a été phénoménale et Airbnb compte maintenant plus de 500’000 annonces dans 26’000 villes et dans 192 pays. Sans le numérique et les réseaux, rien de cela ne serait possible. Le site lui-même est un mash-up, un assemblage, de Google Maps, Streetview, Facebook, utilisant les recommandations et les systèmes de paiement électroniques. Une simple plateforme qui aujourd’hui ébranle à la fois les modèles d’affaires des grandes chaines hôtelières (Accor, Hyatt, Hilton, etc.) et des sites spécialisés dans les réservations (hotels.com, etc.).

Netflix est une compagnie de distribution de films à la demande en streaming et d’envoi de location de DVD par courrier à coût fixe. Fondée en 1997, elle a su très vite investir dans un point crucial:  élaborer un système de recommandation personnalisée en fonction des notes et des commentaires de ses clients. Bien entendu l’accès aux distributeurs et producteurs de films est aussi essentielle. Mais le vrai facteur de différenciation est celui-là. Rien de tout cela ne serait imaginable sans les données et les algorithmes du monde numérique. A tel point que la compagnie a lancé un concours offrant au gagnant 1 million de dollars le Netflix Prize pour améliorer son algorithme de recommandation. Là aussi, les compagnies de location et de streaming plus traditionnelles doivent faire face à une rupture qui les a, pour certaines, rendues obsolètes. A tel point que l’expression « to be netflixed » est entrée dans le langage commun.

Coursera est une compagnie offrant des cours en ligne ouverts et massifs en partenariat avec des Universités comme Stanford, Princeton, l’EPFL ou l’Ecole Centrale de Paris. Plus de 200 cours sont offerts, les classes pouvant compter plusieurs dizaines de milliers d’étudiants! D’autres initiatives existent telles que EdX, Udacity, ou dans un autre registre Kahn Academy. Cette approche appelée MOOC (Massive Open Online Courses) offre gratuitement des cours proposés dans les universités les plus prestigieuses. Le tout est disponible en ligne, avec de courtes vidéos d’explication, des supports de cours électroniques complétés par l’offre pléthorique du web. Les étudiants participent aux forums et aux discussions en ligne, parfois aussi en utilisant des systèmes de vidéo conférence comme Skype ou Google Hangout. Tout ceci retourne complètement le système. Surtout la formation continue tout au long de la vie est impactée, comme le pense par exemple Sebastian Thrun, fondateur de Udacity. Et là aussi, le modèle économique n’est pas encore stabilisé. Lire sur ce sujet l’article « Cours en ligne ouverts est massifs: effets de mode ou révolution de l’éducation ».

 

Quelles sont les conséquences?

Les implications pour les individus, les organisations publiques et privées sont profondes. Des pans entiers sont bouleversés par de nouveaux modèles d’affaires provenant parfois de secteurs différents et donc souvent inattendus. La vie privée et la sécurité sont aussi mises à l’épreuve par les milliards d’informations produites et analysées, pour créer de la valeur pour les individus et parfois aussi les exposer à des risques immenses.

Finalement, les modèles mêmes des organisations sont bousculés. La connectivité, la vitesse et les relations non hiérarchiques, amènent une transformation importante, une décentralisation, une autonomisation, une productivité différente avec lesquelles les dirigeants actuels ne sont peut-être pas toujours à l’aise.

Le potentiel est bien présent pour stimuler les idées innovantes en rupture, les méthodes plus agiles, les expérimentations et les prototypes plus rapides pour découvrir les chemins de nouveaux mondes qui s’ouvrent devant nous.

L’émergence du co-citoyen

Co-citoyen fait référence à la fois au mot concitoyen, le compatriote, le citoyen d’une même nation, mais aussi à celui qui évoque la co-habitation, le co-travail, le co-voiturage, ou encore, la co-création, etc. C’est dans cette double compréhension que se situent ce nouveau mot, et les défis qui lui sont liés. Il exprime alors tous les désirs citoyens, mais également quelques unes de ses frustrations.

co-citoyen

Explications.

Internet avec son immense déploiement territorial et applicatif a apporté à chaque citoyen des moyens d’interagir avec son environnement inégalés jusqu’à présent. Qu’il s’agisse des ordinateurs, des portables, des tablettes ou téléphones dit «smart», tout nous amène à collaborer, à co-exister, à co-créer davantage. Cette réalité de l’action collective — on parle souvent même d’intelligence collective — nous amène à nous confronter avec le système en place, celui des institutions nationales. En effet, celle-ci nous paraissent lentes, lourdes et souvent décalées, dépassées voir désuètes. Bref, il existe d’une côté une accélération d’un certain monde en ébullition qui ouvre des champs du possible à l’intervention citoyenne et de l’autre des institutions, certes démocratiques, qui ont l’air de plus en plus jouer contre le citoyen. C’est pourquoi le citoyen ne se prive plus de mettre en doute la capacité du système, notamment politique, à résoudre les grands problèmes immédiats. Ce doute s’installe au moment même où le citoyen explore la co-création. Ce double mouvement nous conduit tout droit vers une rupture qui amène les institutions politiques à freiner et les actions citoyennes à foncer. C’est un peu comme les cartes topographiques fédérales officielles de Swisstopo face à Google Maps. Google a amené une utilisation si simple et si facile que cela a fait naître de nouveaux usages pour les citoyens. Par exemple, grâce à la géolocalisation et aux nouvelles possibilités d’utiliser le service en le combinant à un autre, ce qu’on appelle le « Mash-Up », il devient immédiatement possible de repérer des hôtels, des restaurants, des monuments touristiques, dans un rayon autour de soi avec son téléphone portable. Le citoyen vit tous les jours ce grand écart entre les institutions politiques et les développements privés qui sont nettement plus réactifs.

Des solutions doivent donc rapidement voir le jour, car cette situation va sans aucun doute s’empirer. Mais comment procéder?

En premier lieu, les pouvoirs publics, les administrations doivent lancer des expérimentations de co-citoyenneté afin d’acquérir non seulement un savoir-faire, mais surtout de créer des ponts entre ces deux mondes qui ne font que se distancer. On confond souvent ces démarches avec des échanges à l’intérieur de groupes sélectionnés, souvent des spécialistes consultés sous le contrôle étroit des administrations. Il s’agit bien au contraire ici, d’expérimentations qui pourraient prendre différentes formes, mais qui doivent toujours être conçues pour rendre le citoyen actif et créatif. Il ne s’agit pas de lui présenter ou même de l’informer d’un nouveau service ou d’une nouvelle application administrative «clé en main», mais bien de l’impliquer très tôt dans la démarche pour réaliser avec lui un projet. De nombreux exemples existent de par le monde (voir encadrés ci-joints), mais ce qui compte c’est de lancer localement des essais de co-citoyenneté ce qui n’est pas encore le cas. Pour ce faire, des ateliers de co-création comme les «World Cafés» sont très performants (voir encarté ci-joint sur l’expérience Rezolab ou des hackathons), mais on pourrait aussi imaginer des formes plus légères de participation (voir celui de «Santé cent deux» des Pharmacies Principales à Genève) ou encore des formes fondées sur les processus du design comme celles initiées par «La 27e Région» véritable laboratoire de transformation publique en France.

Dans tous les cas, il s’agit avant tout d’acquérir du savoir dans ce qui semble être un champ encore méconnu et nouveau pour les institutions démocratiques, de la présence de cette co-citoyenneté sur le territoire. Ce citoyen était jusqu’à présent normé dans et par les institutions alors que le co-citoyen sort de ce champ: il pense et agit hors du cadre. Il faut donc adapter les structures pour lui et ce n’est plus lui qui doit faire l’effort de s’y contraindre. Cet exercice va conduire les administrations vers une refonte en profondeur de ces structures et de ces services. C’est là le principal enjeu actuel: «faire du citoyen un co-citoyen».

Quelques exemples de processus co-citoyen:

1. REZOLAB: comment la co-création citoyenne prend concrètement forme

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REZOLAB est un réseau de citoyens de la métropole lémanique qui participent volontairement et activement à une sorte de laboratoire sociétal à grande échelle. En récoltant des idées sur le développement souhaitable du système métropolitain de santé, le réseau a dans un premier temps conduit une discussion collective (2012) pour identifier les préoccupations premières puis proposer des solutions originales et enfin en 2013, a poursuivi trois expériences ciblées afin de créer un processus d’acquisition de savoirs et de compétences collectives. «World Café», «On-Off» et «Co-Citoyen» sont autant de termes qui ont émergé lors de ce processus. REZOLAB s’inscrit définitivement dans le cycle de « co-création citoyenne » qui est l’expression contemporaine de ces nouvelles formes de participation active. Le site www.rezolab.ch vous en apprendra davantage… si vous êtes motivé.

«Santé Cent-deux», un projet REZOLAB et Pharmacie Principale

Le but de ce projet qui se présente sous la forme d’un concours, est d’expérimenter une nouvelle forme de prise en charge des problèmes de surpoids et de leurs conséquences. Il s’adresse à tout un chacun et favorise une approche éducative et ludique sur le sujet. Ce n’est pas une énième campagne de santé basée sur un sentiment de peur ou de culpabilité mais sur le désir et le plaisir d’agir. L’idée de fond met en avant la mesure du tour de taille à la place de l’approche traditionnelle du poids, ce qui facilite le changement «je me mesure sans devoir me peser… c’est moins lourd». Ce jeu de mot met en exergue une nouvelle manière de concevoir le problème du surpoids qui met l’accent sur le plaisir en prenant le contrôle de soi et écarte tout sentiment de culpabilité. C’est là le challenge de ce projet.

2. Les «Hackathons»: comment co-créer des applications

Hackathon make.opendata.ch

Un hackathon est un évènement qui regroupe différents acteurs (programmeurs, designers, citoyens, entreprises, administrations, associations, etc.) pour co-produire des prototypes d’applications informatiques dans un intervalle de temps court (un jour à une semaine). Le mot-valise est issu de la contraction de deux vocables. D’une part, celui de «hacker» qui fait référence à une culture, celle des programmeurs virtuoses et expérimentés qui excellent à très rapidement mettre en œuvre des programmes avec leurs compétences pointues (et non le sens erroné avec lequel il est souvent confondu de pirate informatique ou « cracker »). Et d’autre part, le mot «marathon» qui indique l’intensité et le sens continu des efforts pour passer la ligne d’arrivée avec un prototype le plus abouti possible. Il s’agit donc bien d’une production pour les besoins citoyens par une communauté qui permet de faire émerger les possible et les créer ensemble. Il faut insister sur l’aspect concret de la chose: ce n’est pas une collection d’idées consignées dans un rapport, non, on cherche ici des données et on construit des applications immédiatement utiles à résoudre des questions concrètes qui se posent aux citoyens. Des exemples de hackathons en Suisse sont les évènements Make.Opendata.ch. Plusieurs différentes thématiques ont été explorées comme la mobilité, la santé ou les finances publiques et les résultats sont disponibles sur http://make.opendata.ch/?page_id=247

3. Le laboratoire d’innovation publique: comment les administrations co-construisent leur transformation

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Comment mettre en place une structure pour penser la réforme de l’Etat et les politiques publiques de demain? Voilà la question que se pose le service public français à son plus haut niveau avec la ministre en charge de la Réforme de l’Etat. Pour approcher le problème de façon nouvelle et ne pas succomber aux sirènes des conseils externes, une structure éphémère a été mise en place pour dessiner les contours du futur Laboratoire. Inspiré des exemples danois comme le MindLab (http://www.mind-lab.dk/en) ou français avec La 27e Région (http://www.la27eregion.fr), ces laboratoires sont affranchis des pressions quotidiennes usuelles et se mettent au service des administrations pour permettre d’être au plus près des attentes de usagers, de catalyser et d’expérimenter les idées innovantes, ainsi que de sensibiliser et de former les fonctionnaires à des approches issues du processus itératif du «design thinking». Ces approches innovantes visent à transformer l’action publique en profondeur en incluant l’idée de co-création avec les citoyens et les fonctionnaires.

4. La Fabrique Citoyenne: comment stimuler le co-citoyen sur son territoire

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Issue de réflexions pour construire de l’innovation sociale et citoyenne dans les territoires aussi bien urbains que ruraux, la Fabrique Citoyenne sort des concepts classiques attribués au rôle de consultant qui répond aux appels d’offres. Au contraire, il s’agit ici de mettre en place une structure qui initie, incube des projets innovants, des services pratiques qui sont portés et co-produits avec les citoyens. Cette structure est active dans des thèmes tels que «habiter autrement» pour répondre de façon innovante et durable à la crise du logement et aux questions du vieillissement de la population, «travailler autrement» qui soutient le développement d’espaces de co-working et d’incubation entrepreneuriale, «consommer autrement» pour favoriser les circuits-courts et la consommation collaborative et de l’économie de partage de ressources, «se déplacer autrement» afin de repenser et s’approprier les changement de modalités dans les transports.
Citons quelques exemples de fonctions expérimentales lancées. L’Atelier Fabuleux, tout d’abord, qui expérimente l’idée anglo-saxonne de FabLab, un lieu de prototypage d’objets par des imprimantes 3D et des machines-outils pour fabriquer et modifier rapidement des objets, se réapproprier le fonctionnement par les citoyens et en détourner les usages selon leur besoins. La Cantine Numérique propose des tiers-lieux et de co-working en offrant des espaces d’activités et d’échanges aux travailleurs isolés. Le Potager Apprenant, ajoute à la dimension de culture de la terre celui des échanges sociaux. Le Café Citoyen, offre un lieu de débat et d’échange citoyen qui permet de lancer des idées, de mobiliser des acteurs et d’initier des travaux. Plus d’informations sur cet article de a-brest et le site de sapie.coop.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

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