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Création de l’association Opendata.ch

17 janvier 2012 — Giorgio Pauletto

Une information et invitation au sujet de l’Open Data par la création d’une association Opendata.ch qui favorise ce mouvement en Suisse. Par ailleurs, une étude sera aussi lancée sur le thème des données publiques ouvertes qui permettra de mieux appréhender le sujet. Plus de détails ci-dessous.

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Nais­sance de l’association Opendata.ch le 19 jan­vier 2012 à Berne


http://opendata.ch/2012/01/vereinsgrundung-opendata-ch-am-19-januar-2012-in-bern/

Andreas Amsler et Antoine Logean

L’ouverture des don­nées en Suisse fait son che­min. 2012 sera en effet une année décisive dans l’établissement en Suisse du mou­ve­ment Open Govern­ment Data (OGD). Une étape import­ante sera fran­chie en ce début d’année par la créa­tion de l’association opendata.ch.

Initié en juin 2012 par /ch/open (Swiss Open Sys­tems User Group ) et la Société Suisse d’Informatique (SI), le groupe de tra­vail opendata.ch s’est donné comme objec­tif de pro­mou­voir l’ouverture des don­nées publi­ques en Suisse. Pour ce faire, il a lancé en juin 2011 aux Archi­ves Fédé­ra­les de Berne la pre­mière con­fé­rence annu­elle sur l’Open Govern­ment Data en Suisse ainsi que 3 mois plus tard le pre­mier cam­pus (hacka­thon) make.opendata.ch. Une autre part import­ante de son tra­vail con­siste à mettre à dis­po­si­tion ses com­pé­ten­ces et offrir une aide directe au Groupe Par­le­men­taire pour une Infor­ma­ti­que Dura­ble dans les diver­ses actions poli­ti­ques (pos­tu­lats et moti­ons) lan­cées au niveau fédé­ral visant à une plus grande ouver­ture des don­nées publi­ques. Par­al­lè­le­ment à ce tra­vail, par le biais du site inter­net opendata.ch et d’une liste de dif­fu­sion, le groupe de tra­vail opendata.ch a pour objec­tif d’informer et de fédé­rer la com­mu­n­auté sur les diver­ses activi­tés liées à l’Opendata en Suisse.

Créa­tion de l’association Opendata.ch

Avec la mon­tée en puis­sance du mou­ve­ment, l’organisation infor­melle du groupe de tra­vail ne suf­fit plus. Par con­sé­quent, dans un souci de con­ti­nuité, afin d’offrir vers l’exterieur une entité claire où les rôles, les respons­a­bi­li­tés, les tâches et leur finan­ce­ment sont défi­nis de manière trans­pa­rente, le groupe de tra­vail a décidé de fon­der l’association “opendata.ch”, dont la nais­sance sera officialisée:


le jeudi, 19 jan­vier 2012 de 17h15 à 19h00
à la Haute école spé­cia­lisée ber­noise, Hal­ler­strasse 10, Berne
(voir plan de situa­tion)

L’ordre du jour sera le suivant:

  • Mes­sage de bienvenue
  • Pré­sen­ta­tion et adop­tion des statuts
  • Mon­t­ants des coti­sa­ti­ons pour 2012 et 2013
  • Élec­tion du comité. Les mem­bres sui­vant du groupe de tra­vail opendata.ch se port­ent can­di­dats: Andreas Ams­ler, Han­nes Gas­sert, André Gol­liez, Chris­tian Laux, Antoine Logean, Gior­gio Pau­letto, Barnaby Skin­ner, Mat­thias Stürmer
  • Bud­get 2012
  • Infor­ma­ti­ons sur les activi­tés et événe­ments pré­vus en 2012
  • Divers

Etude Open Govern­ment Data en Suisse

Préalable­ment à la céré­mo­nie de fon­da­tion, se dérou­lera de 17h15 à 18h15 une séance d’information sur l’Etude Open Govern­ment Data en Suisse, étude réa­lisée par la Haute école spé­cia­lisée ber­noise en col­la­bo­ra­tion avec la société ito­pia ag (Zürich) et divers autres par­ten­ai­res. Cet tra­vail de recher­che financé par la fon­da­tion Gebert Rüf a débuté au mois de Novem­bre 2011 et se ter­mi­nera en juin 2012.

Inscri­vez vous dès main­ten­ant par cour­rier élec­tro­ni­que (info@opendata.ch) à la céré­mo­nie de fon­da­tion et n’hésitez pas a nous deman­der plus d’information sur l’Etude Open Govern­ment Data en Suisse.

L’Europe présente une stratégie "Open Data"

13 décembre 2011 — Giorgio Pauletto

La Commission Européenne a annoncé le 12 décembre 2011 une stratégie “Open Data”, c’est-à-dire sur le partage des données publiques ouvertes.

La commissaire européenne Neelie Kroes a annoncé une révolution Open Data pour permettre de transformer “les données gouvernementales en or”. Elle a mentionné que cette annonce “va radicalement bousculer” l’accessibilité des données quant à leur réutilisation et a aussi donné quelques étapes que la Commission Européenne s’apprête à franchir.

L’Open Data est la nouvelle norme

Toutes les données créées par des organisations publiques seront mises à disposition afin de pouvoir les réutiliser. Ouvrir ses données sera d’ailleurs la norme et non l’exception, la Commission Européenne visant à se positionner “au sommet de la classe”, a ajouté la commissaire Kroes.

La Commission Européenne joue l’exemplarité
La Commission Européenne elle-même ouvrira ses données pour réutilisation durant le premier semestre 2012 avec la mise en test d’un portail de données. Les autres agences européennes seront invitées à rejoindre cette initiative, qui sera un exemple pour les États membres. “Nous défierons les États Membres” à dépasser la Commission Européenne dans l’ouverture des données, a annoncé Mme Kroes.

Révision de la directive sur le partage des données publiques
La Commission propose une mise à jour de la directive de 2003 sur la réutilisation des données publiques (PSI Directive 2003/98) sur les points suivants:

  • Etablir par règle générale que tous les documents rendus accessibles par des organismes du secteur public peuvent être réutilisés à des fins commerciales ou non commerciales, à moins qu’ils ne soient protégés par le copyright de tiers.
  • Instituer le principe que les organismes publics ne devraient pas être autorisés à facturer plus que les coûts marginaux induits par une demande individuelle pour ces données; dans la pratique, cela signifie la plupart des données seront offertes gratuitement ou quasi gratuitement, sauf cas dûment justifiés.
  • Rendre obligatoire de fournir les données couramment utilisées, dans des formats lisibles par les machines, afin de favoriser la réutilisation effective des données.
  • Introduire une supervision réglementaire pour mettre en oeuvre et appliquer ces principes.
  • Etendre massivement la portée de la directive pour y inclure les bibliothèques, les musées et les archives pour la première fois; les règles de 2003 existantes s’appliqueront aux données de ces institutions.

Vidéo (disponible 7 jours)

La version courte de Mme Kroes:

Billet traduit librement de l’article CC-BY publié par tonzijlstra le 12 Dec 2011 http://epsiplatform.eu/content/open-data-strategy-europe-here

Retour sur Lift 2011

11 février 2011 – Patrick Genoud

Sous le slogan « What can the future do for you ? » la conférence Lift a réuni à Genève plus de 1’000 participants du 2 au 4 février 2011. Un record de participation qui récompense la qualité (supérieure à celle de l’année dernière) du programme proposé cette année par Laurent Haug et son équipe.

Fidèle à un format qui a fait ses preuves au cours des éditions précédentes, les organisateurs nous ont proposé durant trois jours « l’expérience Lift ». Car au-delà des habituelles présentations bien formatées que l’on retrouve dans toutes les bonnes conférences, c’est bien à travers l’expérience offerte aux participants que Lift appose sa patte: que ce soit en laissant les membres de la communauté Lift s’exprimer lors des open stages ou des ateliers de co-création ou en proposant des lieux de détente conviviaux et propices à la conversation, des expositions où l’art côtoie le bidouillage technologique, des échanges permanents online et offline, une couverture vidéo qui vous permet de ne pas en perdre une miette, le tout agrémenté de soirées mémorables et appuyé sur une organisation très professionnelle.  Ainsi comme chaque année, ce qui fait la vraie richesse de Lift, c’est la multiplication des rencontres et des échanges rendue possible durant ces trois jours.

Visualisation des plus de 5’000 tweets envoyés durant Lift11 (Adrian Kuhn)

De l’édition 2011 je retiendrai des présentations de qualité telles celle de Brian Solis qui, en rebondissant sur le slogan de Lift11, nous engage à prendre en main notre futur en nous préoccupant notamment de ce véritable trésor qui est entre nos mains: notre capital social. Brian insiste sur le fait qu’au sein des réseaux sociaux, ce qui peut nous servir peut également se retourner contre nous. Sachons rester attentifs et critiques!

J’ai également beaucoup apprécié la présentation de Nick Coates sur le présent et le futur de la co-création. Une excellente synthèse de ce qu’est la co-création aujourd’hui, des règles à suivre pour s’y engager correctement ainsi que des défis auxquels il faudra savoir prendre en compte dès demain, le premier étant celui de savoir conserver l’élan créé ces dernières années autour de ce type de démarche.

Enfin Kevin Slavin nous a parlé des algorithmes qui gouvernent nos vies. Rien de forcément nouveau sous le soleil, si ce n’est une indispensable piqûre de rappel pour que nous ayons toujours à l’esprit le fait que les algorithmes dictent sournoisement passablement de nos choix. Nous n’avons pas beaucoup de prise sur ces agents opaques et inscrutables. Sachons cependant rester vigilants pour ne pas nous laisser entraîner trop loin.

Mais comme dans toutes les conférences la règle veut qu’il yait à boire et à manger, je mentionnerai également le flop de Jean-Claude Biver dont la vacuité des propos l’a littéralement poussé à s’envoler à la fin de sa présentation. Déception également avec le discours assez creux de Robert Scoble qui s’est contenté d’aligner les nouvelles perles de la Silicon Valley sur son fil, mais sans véritable mise en perspective ni esprit critique.

Et s’il fallait mettre un bémol aux présentations de cette 6ème édition c’est peut-être dans un contenu un peu trop consensuel à mon goût qu’il faudrait le chercher. La quasi totalité des présentations en lien avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux confortent en effet l’image d’un monde idéal de l’Internet d’aujourd’hui et de demain qui entraîne inexorablement la population de la planète dans son sillage et dans lequel semble se complaire une majorité des participants. Une attitude un peu plus critique et une dose d’impertinence seraient à mon avis salutaires. La présentation (par ailleurs excellente) de Don Tapscott est illustrative de cet état de fait. Don s’enthousiasme sur l’influence (considérable) des réseaux sociaux dans les révolutions tunisienne et égyptienne, prémices d’un nouveau mode de gouvernance décentralisé pour ces pays. On était tombé dans la même euphorie à propos des émeutes en Iran l’année dernière et  l’étude des faits n’avait finalement pas résisté à l’analyse.

Au niveau des ateliers, j’ai vécu de l’intérieur le stimulant « iGraffiti: mobile Public Debate in the Urban Space » proposé par Jean-Henry Morin ainsi que celui organisé par Nicolas Nova et Vlad Triffa « Smart Cities: how to move from here to there?». Beaucoup d’idées générées durant ces deux ateliers, et surtout de nombreuses pistes qui ont permis de défricher des terrains encore vierges.

Enfin l’Observatoire technologique a profité de Lift11 pour organiser avec Lift Lab un atelier visant à co-créer des services innovants à destination des citoyens en se basant sur des données publiques ouvertes. Cet atelier sur lequel nous reviendrons prochainement réunissait sur invitation, autour des thèmes de la mobilité et des données 3D, plus de vingt personnes : experts, spécialistes de l’administration genevoise et membres de la communauté Lift.


La co-création dans le service public – Le 12:30 sur RSR1

30 novembre 2010 – Giorgio Pauletto

La co-création sera un thème central de la prochaine conférence Lift sur les nouvelles technologies et leurs usages, qui aura lieu en février 2011 à Genève. Trois mois avant cette nouvelle édition, la co-création fait l’objet d’une présentation-débat dans le cadre des First de Rezonance, mardi 30 novembre 2010, au siège de la Fédération des entreprises romandes. L’interview de Giorgio Pauletto, conseiller en technologie et stratégie à l’Observatoire technologique de l’État de Genève. Une interview donnée au journal Le 12:30 de la RSR1 le 29 novembre 2010 (Radio suisse romande, La première).

RSR1

Le 12h30 (avec Giorgio Pauletto)

Lien sur le site de l’émission

Lien sur le fichier

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter avec profit les deux derniers chapitres de Administration Demain.

Retour sur Open World Forum 2010 (Paris)

Sous le thème Open is the Future, la 3ème édition de l’Open World Forum s’est tenue à Paris le 30 septembre et le 1 octobre dernier.


Le programme ambitieux, construit autour de nombreuses sessions parallèles, a abordé la notion d’ouverture déclinée sous ses différentes formes. Près de 1’500 personnes en provenance de 40 pays ont assisté à l’événement.

Cette édition 2010 était clairement recentrée autour des valeurs premières défendues par le logiciel libre. De nombreux intervenants ont ainsi ont rappelé l’importance de notions telles que la liberté, le partage et la valeur ajoutée du logiciel libre pour la société. En lien avec ces valeurs, le concept d’ouverture a été décliné selon plusieurs modes : de l’ouverture du code à celle des contenus en passant par l’ouverture des données publiques. Plus généralement c’était souvent d’ouverture d’esprit qu’il s’agissait comme l’illustrait la session consacrée à l’innovation ouverte ou à l’open generation.

Ces quelques notes reprennent les interventions ou les thèmes qui m’ont le plus interpellé durant ces deux jours de conférence.

Plénière d’ouverture

C’est Nathalie Kosciuzko-Morizet, Secrétaire d’État à l’Économie Numérique, qui a ouvert la conférence. Elle donne d’emblée le ton en évoquant le logiciel libre dans une perspective d’écosystème et de fertilisation croisée. Elle rappelle également que l’ouverture constitue le fondement d’Internet et doit le rester. Dans ce monde en devenir de la société de l’information et de la connaissance, cette ouverture devient une valeur forte de notre société. NKM a manifestement une excellente compréhension des problématiques qu’elle aborde dans son intervention comme en témoignent également les billets publiés sur son blog. Et pour le coup on se met à rêver d’une personnalité politique en Suisse romande capable de tenir un tel discours.

Même remarque en ce qui concerne l’intervention de Jean-Louis Missika (maire adjoint à la Ville de Paris, délégué à l’innovation, de la recherche et des universités ) qui place également le logiciel libre dans une perspective large d’ouverture et de partage de l’information et de la connaissance. Pour illustrer le nouvel état d’esprit qui prévaut à la Ville de Paris, il mentionne l’appel à projet que celle-ci a lancé pour un renouvellement du mobilier urbain. Cet appel à projet est mené dans une démarche d’innovation ouverte qui doit faire la part belle à l’expérimentation et au prototypage.

La Ville de Paris se positionne également très clairement en faveur de l’ouverture des données publiques dont elle attend beaucoup. Elle considère cette voie comme facilitatrice d’une nouvelle relation avec le citoyen qui aidera ce dernier à devenir co-producteur et co-acteur du développement de sa ville. En une année le chemin parcouru est encourageant. Les initiateurs de la démarche ont défriché le terrain, ils se sont attachés à comprendre les enjeux liés à l’ouverture des données publiques (transparence, valorisation des données, renforcement de la démocratie, etc.) et ont travaillé notamment sur les aspects juridiques qui constituent un élément incontournable.

Open Source

« Liberté, égalité, fraternité », c’est par ces mots que Simon Phipps un ancien de chez Sun Microsystems et actuel CEO de ForgeRock (voir son commentaire sur son son blog) débute la table ronde consacrée au logiciel libre. Son discours est un véritable plaidoyer pour un monde du logiciel libre qui doit savoir se recentrer sur des valeurs fondamentales que l’on a aujourd’hui trop tendance à oublier. Ces valeurs axées sur la liberté ne s’expriment pas aux travers des licences open source comme on l’entend trop souvent, mais bien au sein des communautés ouvertes qui animent les grands projets open source : « That is to say, all business benefits of open source are the first and second derivative of liberty, exercised in a community of equality. Liberté, Égalité, Fraternité, in other words. That’s the only way to look at the future. »

A ma demande de commenter le récent divorce entre la communauté OpenOffice.org et Oracle (voir par exemple ici), Simon Phipps pense que la principale difficulté à laquelle va être confrontée la Document Foundation qui sera amenée à porter le fork LibreOffice sera de savoir gérer les problèmes systémiques auxquels elle va être confrontée.

Jeffrey Hammond, analyste chez Forrester Research, vérifie quotidiennement que la liberté dont parle Simon Phipps est la source de la créativité de l’écosystème du libre. Il note également l’émergence de nouveaux community models qui lui semblent prometteurs. Ceci sans parler de ceux qui ont déjà fait leurs preuves comme les communautés Eclipse, Apache ou Mozilla.

Enfin Dirk Riehle (Université de Erlangen-Nürnberg) note pour sa part que le nombre de communautés d’utilisateurs et de clients de solutions libres croît également, témoignage d’un impact certain à l’autre extrémité de la chaîne de valeur.

En fin de première journée, l’intervention de Eben Moglen du Software Freedom Law Center et ardent défenseur du logiciel libre est attendue par de nombreux conférenciers. Sur le ton posé mais très ferme qui le caractérise, Eben Moglen place d’emblée le discours au niveau des valeurs qui doivent prévaloir dans le logiciel libre qu’il faut « développer pour soutenir la liberté ! » L’essentiel de son discours musclé consiste en une mise en garde contre les dangers d’un réseau qui en sait beaucoup (trop) sur les individus et qui en profite dans de purs desseins mercantiles. L’économie américaine est ainsi en train de devenir une économie bâtie sur le data mining. Dans le même esprit, Eben Moglen tient des propos très critiques sur le concept « nébuleux » de cloud computing et sur la vision d’un réseau hiérarchisé que certains voudraient imposer. Ces deux sujets illustrent selon lui une dérive qui dénature l’esprit des fondateurs d’un Internet qui n’est ainsi plus l’espace de liberté originel.

Eben Moglen insiste sur la nécessité de conserver nos données les plus précieuses : il existe des solutions matérielles et logicielles libres et ouvertes permettant de le faire. Profitons du fait que ces outils sont encore entre nos mains pour renverser la tendance. Car le libre est selon lui menacé par le cloud computing, du moins dans la vision centralisée que certains tentent d’imposer : « The bad folks centralize ! ». Privilégions des services fédérés : « We know exactly what we have to do. So let’s do it. We gonna turn freedom on ! » Un discours d’activiste et de militant qui porte manifestement auprès d’un public acquis à la cause du libre, mais qu’un certain manichéisme pourrait desservir ailleurs…

Open Innovation

C’est Stefan Lindegaard, un expert du domaine qui anime cette session Open Innovation. Stefan Lindegaard rappelle tout d’abord les concepts de base de l’innovation ouverte. Au-delà de la définition, ce qui est important selon lui, c’est de bien comprendre que l’innovation ouverte ne se résume pas à une boîte à outils. C’est avant tout une affaire de posture, d’état d’esprit.

Pour illustrer la démarche de l’innovation ouverte, Stefan Lindegaard propose quelques pistes telles que :

  • systématiser l’accès aux ressources externes à l’organisation (comme le fait Procter&Gamble avec son programme P&G Connect ou son Intuit Entrepreneur Day ;
  • savoir utiliser le Web comme un facilitateur qui ouvre largement l’accès à la connaissance et aux bonnes ressources (l’innovation et la connaissances sont dans les têtes de chacun d’entre nous) ;
  • se rappeler que la culture de l’innovation ouverte passe par la culture du réseautage ;
  • c’est la création de valeur (à rechercher au bon endroit) qui doit guider l’innovation ouverte ;
  • savoir incorporer le feedback des utilisateurs dans le nouveaux produits tout au long de la chaîne de création de valeur.

A la question de savoir quel parallèle on peut tirer entre l’open source et l’innovation ouverte, Stefan Lindegaard répond que le monde du logiciel libre peut probablement apprendre à celui de l’innovation ouverte comment créer des conditions gagnant/gagnant pour tous les acteurs impliqués dans le processus.

Steve Shapiro, un autre expert du domaine, voit pour sa part l’innovation (ouverte) comme un réponse aux besoins croissants d’adaptabilité de notre société. Depuis quelques années, on est en train de passer d’une innovation guidée par les idées à une innovation guidée par les défis. Et l’un des points clés dans la réponse à ces défis réside dans la gestion de la diversité des points de vue. Car si l’homogénéité est le moteur de l’efficience, la diversité est celui de l’innovation. Et de l’illustrer avec une citation de Steve Jobs : « Creativity is just to have enough dots to connect ».

Cette diversité se situe au cœur de l’activité de la société InnoCentive, dont il est le « chef évangéliste ». InnoCentive va la rechercher chez les utilisateurs du Web dans une démarche de crowd sourcing. Steve Shapiro souligne le fait que la difficulté majeure à surmonter réside dans la gestion du rapport signal sur bruit. Comment détecter les bonnes idées exploitables parmi toutes les suggestions récoltées ? Il cite pour exemple la campagne menée dans le cadre de la fuite pétrolière dans le golfe du Mexique et qui visait à proposer des idées permettant de gérer la catastrophe. Sur 20’000 idées produites par les internautes, seules 100 se sont révélées exploitables. La réponse que Steve Shapiro apporte à ce défi du trop-plein d’idées est simple : il faut savoir rechercher sans cesse la vraie question en passant du temps pour bien (re)définir le problème posé.

Open Data

L’ouverture des données publiques (dont l’Observatoire technologique avait fait le sujet de sa Journée de rencontre 2008) a pris ces deux dernières années un essor fulgurant, à l’instigation notamment des pays anglo-saxons. La France a également compris les enjeux de cette approche et plusieurs initiatives y ont vu le jour dernièrement. Lift France en a ainsi fait son thème principal cette année. Et les données (publiques) ouvertes se retrouvent naturellement au programme de cet Open World Forum.

La session Open Data est animée par François Rancilhon qui prend le temps de rappeler les enjeux que l’on retrouve communément derrière l’ouverture des données publiques, à savoir notamment le fait que :

  • les citoyens ont déjà payé pour la production de ces données et qu’il n’y a aucune raison (hors protection de la sphère privée ou du secret défense) de devoir débourser une seconde fois pour y accéder ;
  • ces données constituent un actif que le secteur public doit savoir mieux valoriser en laissant par exemple le soin au secteur privé et à la société civile de le faire ;
  • les données publiques, et les premières réalisations le prouvent, constituent un réel moteur à l’innovation ;
  • l’accès aux données publiques constitue un outil formidable pour améliorer la transparence de nos institutions ;
  • enfin ces données constituent un bien commun qui peut contribuer à améliorer la vie de chacun et la société en général.

François Rancilhon mentionne également les 10 principes édictés par Sunlight Foundation qui doivent faciliter l’ouverture des données publiques.

Le juriste Alan Walter présente les aspects juridiques liés cette problématique, aspects essentiels à prendre en compte lorsqu’on imagine ouvrir le corpus de données d’une institution publique. La première étape, et les réactions dans la salle le confirment, est de bien distinguer ce qui est public de ce qui ne l’est pas et de définir sans ambiguïté ce qu’est une donnée publique ouverte.

Enfin lorsque Alan Walter évoque la possibilité de faire payer la mise à disposition de données publiques, plusieurs personnes dans la salle rappellent que leur conception de la donnée publique ouverte implique forcément sa gratuité.

Charles Nepote directeur de programme à la Fing entame ensuite sa présentation avec un « Si vous ne partagez pas vos données, d’autres le feront pour vous ! ». Il présente le programme « Réutilisation des données publiques » de la Fing. Dans une phase de sensibilisation on y organise des ateliers créatifs destinés à identifier les données publiques ouvertes les plus utiles, puis on élabore des scénarios d’usages innovants sur ces données. Une synthèse de cette première étape devrait faire l’objet d’un guide pratique de la réutilisation des informations publiques territoriales au service de l’innovation et de la proximité.

Dans une optique plus exploratoire, la Fing travaille parallèlement sur les conséquences potentielles liées à l’ouverture des données publiques (voir à ce sujet la présentation de Daniel Kaplan « Open Public Data Future Scenarios »).

La logique et les valeurs qui président à l’ouverture des données publiques sont les mêmes que celles du logiciel libre. Et il n’est pas étonnant de voir des acteurs de l’open source investir le terrain de l’open data. Cédric Carbone présente ainsi la plateforme de données ouvertes Data Publica lancée en janvier 2010 par Araok, Nexedi et Talend. Data Publica se positionne comme une nouvelle place de marché open source à destination des organisations qui désirent ouvrir et partager leurs données. Elle est l’une des 10 actions mises en œuvre par l’Initiative Services Mobiles dont le but est de stimuler l’écosystème du développement d’applications pour smartphones. Plus de 1’500 jeux de données sont déjà disponibles sur la plateforme.

La société civile exige actuellement une transparence accrue de nos institutions. L’évolution du Web en général et l’ouverture des données publiques en particulier participent activement de ce mouvement et sont en train de modifier la relation que les citoyens entretiennent avec leurs représentants à l’image de ce que réalisent la Sunligh Foundation aux Etats-Unis ou mySociety.org au Royaume-Uni. C’est cet aspect particulier de l’ouverture des données publiques que Tangui Morlier de Regards Citoyens est venu présenter. Le passage au numérique permet une collecte, un traitement et une diffusion de l’information bien plus facile aujourd’hui qu’hier. Tangui Morlier l’illustre dans le domaine de l’information politique avec des initiatives très intéressantes lancées par Regards Citoyens :

  • le site NosDéputés.fr qui cherche à mettre en valeur l’activité parlementaire des députés de l’Assemblée Nationale Française ;
  • « Simplifions la loi 2.0 » qui, pour aider à leur compréhension dans une démarche participative et citoyenne, donne accès à chacun des articles de plusieurs projets ou propositions de loi ainsi qu’aux amendements proposés par les parlementaires ;
  • « Redécoupage électoral » qui évalue l’impact du redécoupage de la carte législative sur la répartition des sièges de l’hémicycle à l’Assemblée nationale ;
  • « Numérisons les lobbyistes » qui vise à donner plus de visibilité sur les représentants d’intérêt auditionnés à l’Assemblée nationale.

Toutes ces initiatives peuvent exister parce que les données publiques qui les nourrissent sont (plus ou moins) facilement accessibles. Regards Citoyens dépense parfois passablement d’énergie pour démontrer les potentialités qu’elles peuvent offrir. Tangui Morlier insiste sur la nécessité de laisser la société civile les lancer elle-même car celles-ci doivent s’affranchir de toute influence politique (c’est du moins le cas pour Regards Citoyens qui est composés d’individus de tous horizons politiques).

Dans une volonté de cohérence, les initiatives lancées par Regards Citoyens sont bâties sur des solutions open source. « Si nous voulons un système plus transparent, sachons nous appliquer cette transparence ! ». Dans le même esprit, l’association travaille actuellement sur la gouvernance du collectif.

Tangui Morlier nous rappelle enfin les facteurs clés de succès d’une démarche d’ouverture des données publiques :

  • utiliser les bons critères lorsque l’on évoque la notion d’ouverture (voir le site OpenDefinition.org) ;
  • se concentrer sur les données elle-mêmes et non sur leurs usages, la plupart du temps inconnus, et qui ne demandent qu’à émerger ;
  • savoir inclure les ré-utilisateurs de données dans la démarche.

A la question de savoir si il faut passer du temps sur la sémantique des données, Tangui Morlier pense que si besoin il y a, la sémantique viendra de la communauté des utilisateurs.

Il termine son intervention mettant en avant les bénéfices attendus de l’initiative Regards Citoyens :

  • elle permet aux citoyens de mieux comprendre leur institution démocratique ;
  • elle aide le secteur public à mieux comprendre les besoins de ses citoyens ;
  • elle constitue pour les représentants une plateforme leur permettant de promouvoir et de défendre leurs choix politiques.

Pour clore cette session Open Data, Marco Fioretti présente une étude menée sur les effets induits par l’usage des données ouvertes sur l’économie locale et sur la transparence. Comme toujours lorsqu’on l’on étudie des sujets de rupture, il est très difficile d’obtenir des mesures quantitatives en utilisant les approches basées sur des business cases traditionnels. Mais les résultats montrent malgré tout les potentialités liées à l’ouverture des données publiques, spécialement lorsqu’on s’intéresse aux services que l’on peut générer à partir de celles-ci. Ainsi un entrepreneur qui s’empare d’un set de données peut à lui seul les valoriser largement. Ces potentialités sont manifestement importantes également en dehors du secteur hi-tech.

Marco Fioretti est plus réservé en ce qui concerne l’impact sur la transparence. Le potentiel est en effet important uniquement si de nombreux citoyens s’emparent réellement de ces données. Et sur ce point, on risque quelques désillusions.

Open Future

La session « Perspectives for an open future » conclut la conférence en prenant pour fil rouge le travail collaboratif 2020 FLOSS Roadmap, une feuille de route publiée pour la troisième année consécutive dans le cadre de l’Open World Forum. Ce travail prospectif expose une projection des influences qui affecteront le monde du logiciel libre d’ici à 2020.

Feuille de route 2020 du logiciel libre (selon 2020FLOSSRoadmap.org)

 

Jean-Pierre Laisné, président du consortium OW2, rappelle en préambule un message maintes fois entendu durant ces deux jours : les communautés du libre ne doivent plus envisager le logiciel libre uniquement dans une perspective technique ou économique, mais le considérer comme un fondement clé de la société de l’information en devenir.

Reprenant ensuite les éléments de son essai « Declouding Freedom », Philippe Aigrain (Sopinspace) propose quelques recommandations qui reprennent dans les grandes lignes le discours d’Eben Moglen. Il insiste sur la nécessité de promouvoir et d’assurer la neutralité d’Internet, tout comme celle d’investir dans le développement de services Web décentralisés et contrôlés par l’utilisateur. Pour toutes les applications collaboratives essentielles, ces services doivent être développés à partir de solutions open source.

David Bollier enchaîne en élargissant le discours à la place que le logiciel libre doit tenir en tant que bien commun, reprenant ainsi les idées développées dans son essai « FLOSS as Commons ». Il faut replacer le logiciel libre dans un contexte digital et culturel élargi en développant notamment une compréhension pluridisciplinaire de la gouvernance et de la gestion de ces biens communs.

David Bollier est convaincu que le logiciel libre peut renforcer la démocratie et l’économie de marché en démontrant que les valeurs éthiques de participation, de transparence, de responsabilité et de performance ne sont pas des aberrations. Le défi consiste à trouver de nouvelles voies permettant d’amplifier cette vision en fédérant et en coordonnant les énergies de toutes les parties prenantes aux différents biens communs numériques.


Avec une place toujours plus importante donnée à de nouveaux thèmes tels que open innovation, open data ou open generation, l’Open World Forum porte toujours mieux son nom. Et l’on ne peut que s’en réjouir ! Cette troisième édition a en outre clairement recentré l’open source sur ses valeurs fondamentales que sont la liberté, l’ouverture, le partage et la collaboration. La dimension sociétale du logiciel libre est-elle réellement en train de reprendre le dessus sur une vision uniquement technique ou économique ? L’avenir nous le dira !