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On a causé de MOOCs…

Illustration-MOOCs

Le monde de l’éducation est en pleine mutation. Les systèmes de financement public sont dépassés. Le modèle privé s’avère coûteux, élitiste, inaccessible ou sans rapport probant à la qualité de l’enseignement. Et si l’alternative résidait dans ces cours en ligne ouverts et massifs que l’on appelle les MOOCs ?

Yves Zieba a apporté son éclairage sur cette question en animant la Causerie du jeudi 19 juin dernier qui leur était consacrée. Une excellente Causerie placée sous le signe de la richesse des discussions menées par la vingtaine de participants dont un bon nombre de spécialistes et/ou de professeurs qui ont apporté leur point de vue éclairé tout au long de la soirée.

Yves a tout d’abord rappelé ce qui fait la spécificité des MOOCs (Massive Open Online Courses, Cours en ligne ouverts et massifs en français) par rapport à du eLearning ou à des vidéos postées sur Youtube. Les MOOCs sont des cours en ligne, proposés en mode ouvert à un nombre quasi illimité de participants. Mais à la différence des outils numériques traditionnels, ils offrent une palette de fonctionnalités supplémentaires qui enrichissent considérablement l’enseignement. Il s’agit notamment de forums et de réseaux sociaux qui permettent de créer des communautés d’étudiants et de professeurs; de questionnaires en ligne; de modules d’évaluation entre apprenants ou d’outils de co-création de contenus pédagogiques. Ces derniers restent naturellement au cœur de l’enseignement mais les interactions avec les professeurs et surtout entre apprenants prennent une place importante.

Contrairement à une idée reçue, les MOOCs sont majoritairement suivis par des adultes entre 35 et 50 ans ayant déjà un bachelor ou un master. Ils s’inscrivent donc plutôt dans une logique de formation continue. Autre idée reçue: ce ne sont pas forcément des professeurs universitaires qui donnent de tels cours en ligne. On y retrouve en effet une population hétéroclite allant des commerciaux aux adolescents férus de jeux en ligne en passant par des amateurs éclairés.

Au travers des échanges de la soirée, trois thèmes ont particulièrement retenu mon attention. Le premier est celui de la démocratisation de l’accès aux savoirs. Les MOOCs constituent très certainement une avancée significative vers l’utopie d’un savoir universellement partagé au niveau planétaire. Certes le chemin est encore long, ne serait-ce qu’en raison des difficultés d’accès à Internet pour une partie encore importante de la population de la planète. Mais l’effet de masse induit par les MOOCs permet aujourd’hui à des centaines de milliers de personnes de suivre simultanément un cours depuis n’importe quel pays du globe. Les MOOCs apportent donc une réponse toujours plus pertinente à des problèmes de société majeurs comme l’éducation ou l’emploi. Mais comme cela a été relevé durant la Causerie, les défis et les pièges à éviter sont encore nombreux.

A commencer par ceux qui sont au cœur du deuxième thème relevé par Yves: le caractère profondément disruptif des MOOCs qu’il va falloir appréhender correctement. Que ce soit au niveau des créateurs de contenus pédagogiques ou des plateformes de distribution, on se cherche encore. Les modèles économiques notamment ne sont pas encore aboutis et chaque acteur cherche sa voie. Mais une chose est certaine: les MOOCs remettent complètement en cause les manières de faire des acteurs ‘traditionnels’. Et au milieu de ces derniers en apparaissent de nouveaux qui viennent combler des manques comme par exemple dans le domaine de la certification authentifiée des cours. Dans ce domaine en perpétuel mouvement , Yves voit énormément d’opportunités pour les entrants.

 

Causerie MOOCs

Le dernier thème concerne la vision politique qui se profile derrière les MOOCs. De l’avis de certains participants, les états se mettent de plus en plus en retrait dans le domaine de l’accès aux savoirs. Aucune réponse définitive n’émerge de la discussion, si ce n’est pour souligner le fait que le politique devrait plus investir le domaine et proposer une vision claire qui préserve équitablement les intérêts tous les acteurs de l’écosystème des MOOCs. Certains évoquent à ce propos l’hégémonie naissante des plateformes de distribution nord-américaines (Coursera et edX notamment) qui constitue selon eux une menace pour l’indépendance et la diversité des cours mis à disposition. Certains états l’ont compris, à l’image de la France qui a lancé la plateforme FUN (France Université Numérique).

Yves a souvent insisté sur le fait que les MOOCs constituent un domaine très novateur mais qui est encore relativement peu mature. De nombreux problèmes restent encore à régler, tels que celui des coûts (et corollairement celui de la rémunération des contributeurs), celui des droits d’auteurs et des licences, celui du rapport de force entre plateformes et contributeurs, celui de la protection des données personnelles des apprenants ou celui du  contrôle qualité pour ne citer que ceux-là.

Pour terminer sa présentation, Yves a évoqué le futur des MOOCs. Il voit notamment une multiplication des formats courts, mieux adaptés aux apprenants en formation continue. Selon lui, ce type de formats s’appuiera toujours plus sur un marché d’apps dédiées (les applications mobiles sur smartphones) qui permettront de nouveaux types d’interactions, et en mobilité qui plus est. On devrait parallèlement aller vers une meilleure prise en compte du contexte de l’apprenant. Si l’on y ajoute les efforts qui sont faits en terme de ludification pour réduire le taux d’abandon élevé lié au format même des MOOCs, on a une bonne idée des directions prises. Ces différents facteurs facilitent la venue sur le marché de nouveaux entrants qui vont à leur tour amener leur lot d’innovations.

La discussion qui a suivi la présentation de Yves a beaucoup tourné autour de la valeur pédagogique des MOOCs. La critique la plus importante qu’on peut leur faire dans ce domaine tient au fait que l’on doit poser des hypothèses réductrices sur les apprenants (dont la population est par nature très hétéroclites). On manque actuellement de recul pour réellement juger de l’impact que cela a sur la qualité des cours. Yves est par contre convaincu que la force des MOOCs réside dans la richesse des interactions entre apprenants, domaine où l’on peut encore imaginer des innovations porteuses de valeur.

 

             Plus on ouvre ses contenus, plus on donne et on partage,
                  plus on favorise la création de nouveaux savoirs !

 

 

On a également évoqué les nouveaux métiers qui émergent en lien avec la montée en puissance des MOOCs: des data scientists aux community managers, en passant par la spécialisation de métiers plus traditionnels qui sont nécessaires à produire un MOOC (preneurs de vue, monteurs, spécialistes en communication, etc.).

De l’avis de tous, les MOOCs ne vont pas, comme le prétendent certains, remplacer complètement les cursus universitaires traditionnels. Mais on va clairement vers plus d’imbrications entre réel et virtuel. Et l’influence qu’ils vont avoir sur la manière d’enseigner est indéniable, notamment dans le domaine de la formation continue. Reste à savoir quel impact ils auront sur le marché du travail.


Yves Zieba – Causerie MOOCs – Juin 2014 (180 Mb)


Références

 


Yves Zieba

Yves Zieba (@ziebayves) est un leader multiculturel et multifonctionnel avec une expérience particulière en stratégie d’entreprise, en stratégie commerciale et en agilité stratégique. Passionné d’innovation et entrepreneur dans l’âme, il a mis en place des incubateurs et de nombreux partenariats. Il anime un réseau d’anciens d’une grande écoles de commerce et coordonne plusieurs communautés et think tanks dont le « MOOC, SPOC, DOCC ».


Cours en ligne ouverts et massifs MOOCs: effet de mode ou révolution de l’éducation?

L’acronyme MOOC signifie en anglais «Massive Open Online Course»: il s’agit de la mise à disposition ouverte et massive sur Internet de cours interactifs d’études supérieures offerts à des dizaines de milliers d’étudiants en même temps. Est-ce la fin des cours ex-cathedra, des amphithéâtres, des professeurs délivrant leur cours devant le tableau et de se retrouver en classe à côté de ses camarades? Tous les acteurs sont dispersés partout dans le monde, actifs derrière des écrans, collaborant en ligne, en utilisant la puissance du net et des informations en réseau. Le contact est virtuel et à distance, les connaissances distribuées et co-construites, les rôles sont redistribués et chacun cherche sa nouvelle place.

MIT-CSAIL

Quels sont les enjeux des MOOCs?

Ce bouleversement va entraîner plusieurs effets. D’abord, l’étudiant va personnellement choisir, suivre et optimiser, discipline par discipline, son cursus et, si possible, avec les meilleurs pointures, des professeurs de Stanford, du MIT, de l’EPFL, de l’Université de Genève ou d’ailleurs. Cela veut dire qu’il sera possible de le faire selon ses besoins et là où on le souhaite. La notion de temps et de lieu s’estompe, les horaires sont flexibles et la contrainte des cours en classe disparaît. Comment alors structurer un établissement d’enseignement qui ne serait plus basé sur un temps fixe (l’horaire) et un espace tangible (la classe)? Cette déstructuration paraît de fait impossible. Pourtant, on devrait s’imaginer un instant comment ce nouveau système pourrait fonctionner. Prenons le cas d’un jeune étudiant qui voudrait obtenir la meilleure formation possible en informatique. Il a le choix de s’inscrire à l’EPFL et obtenir son diplôme en quelques années ou alors il pourrait suivre une quarantaine de cours de son choix avec les professeurs les plus pointus de grandes universités au monde (MIT, Harvard, Stanford ou EPFL). À la fin de ces deux filières de formation, il aurait soit un diplôme de l’EPFL, soit un dossier de certifications prestigieux. Il est à parier que lors d’une procédure d’embauche (par exemple chez un Google ou un Facebook), l’étudiant disposant d’un dossier de certifications issues d’universités renommées soit l’élu. Comment pourrait-il en être autrement si la valeur de ces certifications accordées par les meilleurs professeurs de la planète dépasse le niveau d’un diplôme décerné par une seule et unique université? Ceci d’autant plus vrai qu’aucune université ne peut se targuer de rassembler dans toutes les disciplines, les meilleurs enseignants au monde au sein de son institution. Cette impossibilité fragilise le système actuel face à l’offre nouvelle apportée par le système des MOOCs. Le changement va s’opérer sur le fait que la demande (celle de l’étudiant) va complètement chambouler la situation actuelle de l’offre (celle des universités).

MOOCs: utopie lointaine ou réalité émergente ?

Utopie? Pas vraiment, puisque aujourd’hui l’exemple choisi des études en informatique est devenu une réalité: il existe déjà une quarantaine de cours dans ce domaine offert sur Internet par les dix meilleures universités du monde. Bien sûr, la plupart des disciplines universitaires n’offrent pas encore à l’heure actuelle une telle diversité de cours, mais c’est juste une question de temps. Les principaux moteurs de ce changement sont à la fois la volonté des professeurs de renom d’atteindre le plus grand nombre et l’envie des étudiants de suivre les cours des meilleurs, en ce sens le principe des MOOCs est la réponse adéquate. Cette double approche de l’offre et la demande est une tendance quasiment irréversible, tant la convergence des intérêts semble être partagée.

Un effet aussi important qui ne manquera pas d’ouvrir des défis nouveaux est celui de la formation continue et tout au long de la vie. Le cours local a bien sûr ses avantages, mais on pressent une augmentation de formations de type massif et en ligne. Pensons aux employés motivés ou à certains chômeurs, aux budgets de formation en entreprise en diminution constante: face à une offre alléchante de cours de haut niveau en principe chers et réservés à une élite, voilà un moyen qui permet de mettre des signaux en avant quant à l’employabilité et la construction de connaissances nouvelles.

Il est donc facile de prédire le succès de ce système. La question qui ne manquera pas de se poser est qu’adviendra-t-il de l’ancien système? Cela annonce-t-il la fin de l’université et des formations telles que nous les connaissons? Si oui, quand?

L’EPFL donne un cours d’informatique à 53’000 étudiants

En septembre 2012, le professeur Martin Odersky de l’EPFL propose, sur un site MOOC appelé Coursera, son cours de Scala, le langage de programmation qu’il a inventé. Il s’agit d’un cours technique, qui est proposé aux étudiants de l’EPFL dans un mode présentiel classique. Sur Coursera, la plateforme de MOOC la plus en vue, ce cours est proposé sur une durée de 7 semaines, avec comme ressources plusieurs courtes vidéos (de 5 à 15 minutes), des lectures, des questionnaires et des exercices pratiques à rendre en ligne. Résultat: 53’000 étudiants se sont inscrits à travers le monde pour la première semaine de cours et au final un cinquième ont passé les évaluations avec succès. «Près de 10’000 étudiants qui obtiennent ce certificat en seulement deux mois, c’est bien plus que durant toute ma carrière!» déclare impressionné Martin Oderksy. Les étudiants proviennent de toutes les régions du monde: États-Unis bien sûr, mais aussi Russie, Angleterre et Allemagne ainsi que les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil. En grande majorité (85%) les étudiants inscrits sont déjà en possession d’un diplôme universitaire et cherchent donc à continuer à apprendre tout au long de leur vie, ce qui met les universités au défi d’utiliser ce type de canal pour la formation de base.

La course à l’éducation massive: Coursera, edX et les autres

MOOCs logosCoursera est un site de cours massivement en ligne initié par deux professeurs de Stanford, Daphne Koller et Andrew Ng. Ce site propose une plateforme qui permet de s’adresser non plus à des milliers, mais à des millions d’étudiants. Lancé en avril 2012, il attire aujourd’hui près de 2 millions de personnes à travers 200 pays. Les cours proviennent de 33 universités allant de l’Université de Toronto, à celle de Melbourne en passant par New Dehli et Edimbourg. Les cours en français sont principalement développés par l’EPFL qui s’y est engagée très tôt. Coursera est effectivement une start-up, financée par du capital risque, qui recherche son modèle d’affaires. Celui-ci pourrait être, par exemple, le passage d’examens certifiés et payants par une université, une certification ensuite rendue visible par l’étudiant sur Coursera; ou encore, avec l’accord de l’étudiant, la vente d’informations sur les cours effectués à des entreprises à la recherche de candidats. Face à ce modèle, le MIT et Harvard proposent edX, un service similaire mais basé, lui, sur un modèle non lucratif. Précédé par une offre en ligne de contenus bruts comme MIT OpenCourseware, la plateforme s’enrichit maintenant d’outils collaboratifs et de formats plus adaptés aux études massivement en ligne. D’autres grandes universités comme Berkeley rejoignent le projet edX et y offrent aussi leur contenus. Diverses initiatives privées ou publiques existent aussi comme par exemple Udacity, Stanford Venture-Lab, iTunes U, Udemy, P2PUniversity, Kahn Academy.

Comment les MOOCs deviennent-ils eux-mêmes plus intelligents?

Il est intéressant de remarquer que la plupart des initiatives de plateformes MOOC intègrent dans leurs équipes des laboratoires d’intelligence artificielle. Est-ce une coïncidence? Peut-être pas. En effet, des questions arrivent immédiatement lorsqu’on propose des cours à un public aussi nombreux: Qui sont les étudiants? Comment corriger leurs devoirs? Comment former des groupes de travail? Peut-on s’assurer que l’étudiant qui rend les travaux est bien celui déclaré? Ceci offre un terrain d’expérimentation idéal pour les travaux de recherche sur l’intelligence collective et artificielle. Un algorithme peut former des groupes sur la base de critères tels que l’effort déclaré que l’étudiant souhaite fournir ou sa langue maternelle. Les contenus peuvent être aussi enrichis par les forums et les travaux des personnes suivant les cours. Les corrections des devoirs sont dans ces systèmes souvent effectuées par d’autres étudiants. Ces mêmes travaux peuvent ensuite aussi parfois être évalués parallèlement par un expert et selon la qualité de la correction observée, on peut ensuite apprendre à reconnaître les « bons » correcteurs parmi les étudiants eux-mêmes. On peut même envisager d’identifier un étudiant en reconnaissant son rythme de frappe lorsqu’il soumet un travail comme une sorte de signature unique et personnelle.

Le chemin des MOOCs reste à construire

Il est certain que certains défis majeurs restent à résoudre, comme la tricherie, le besoin de contact « offline » entre étudiants ainsi qu’entre étudiants et professeurs en plus de celui « online », la pression de la gratuité des contenus sur les universités qui peut aussi conduire à une dilution des cours, et, finalement, le retard des autres nations en dehors de l’offre du continent Nord Américain. Peut-on l’ignorer? Certainement pas. Tout reste à apprendre.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »