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Vers une participation citoyenne augmentée

Rapport réalisé à la demande du Département de l’Intérieur et de la Mobilité du canton de Genève sur les questions liées à l’utilisation des technologies numériques pour favoriser l’interaction avec les citoyens.

Ces dernières années les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace, notamment par leurs aspects ubiquitaires : omniprésentes, intégrées dans les objets qui nous entourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont au coeur des services que celui-ci propose aux usagers. Notre rapport à l’espace est en pleine mutation, avec un monde réel qui s’hybride avec le monde virtuel pour enrichir notre quotidien tout en le rendant plus complexe. Dans le même temps, ces technologies ont considérablement enrichi les formes de dialogues et d’interactions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunités de produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.

La rupture amenée par le Web social et par les technologies numériques est avant tout une rupture liée aux usages : nouvelles manières de faire et d’interagir, nouveaux modèles d’affaires ou nouveaux modes d’organisation pour ne citer que ceux-là. Ce changement de paradigme nous renvoie à un monde en perpétuelle évolution où les approches traditionnelles ont dû céder la place à un mode d’expérimentation et de prototypage permanent, la plupart du temps centré sur les usages des technologies plutôt que sur les technologies elles-mêmes.

Dans ce monde en train de se réinventer, l’administration genevoise doit trouver sa place et apprivoiser ces technologies et les usages qui vont avec afin d’apporter des réponses à des questions déterminantes pour l’évolution de notre région :

  • la question du vivre ensemble : quelle forme de sociabilité veut-t-on à créer dans notre canton ? Voulons-nous favoriser de nouveaux modes d’interaction tels que l’autonomisation et le bien-être individuel, l’entraide et les usages collaboratifs ou l’égalité et la solidarité collective ?
  • la question des rapports entre l’administration et les citoyens : comment bâtir la confiance nécessaire à la gouvernance du canton ? Comment construire des rapports collaboratifs et participatifs ?
  • la question de la gestion du risque : veut-on viser un risque zéro en appliquant le principe de précaution lors de la prise de chaque décision ? Désire-t-on répondre aux demandes croissantes de sécurité par l’organisation et le contrôle, par l’expérimentation et l’innovation, par l’assurance et la légalisation ou par la confiance et la coopération ?

Nous devons porter aujourd’hui un regard « numérique » sur ces questions. Même si les tendances à l’oeuvre sont planétaires, même si les révolutions sont déjà enclenchées, nous avons encore au niveau local des choix à faire et des postures à affirmer dans ce domaine.

Ce rapport apporte quelques éléments de réponse dans ce domaine.



Présentations et résumé de la Journée de rencontre 2010

La confiance à l’ère du numérique

20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique

Plus de 250 personnes ont assisté à cette manifestation et ont pu prendre la mesure des enjeux liés à la confiance à l’ère du numérique.

Si la confiance joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de notre société, elle reste cependant un concept difficile à appréhender en raison de la complexité et de la pluralité des situations dans lesquelles elle s’exprime. Et alors même que cette notion nous échappe dès qu’on cherche à la cerner et à la caractériser dans le réel, le monde numérique semble vouloir en redéfinir les règles ou du moins en privilégier certaines au détriment des autres. Comment préserver ce véritable « repère public » dans le nouveau paradigme de la société de l’information et de la connaissance? Cette 20ème Journée de rencontre a confronté plusieurs regards croisés pour apporter des éléments de réponse à la question.


Robert Monin

La judiciarisation croissante de notre société reflète probablement un état de méfiance des citoyens à l’égard des leurs institutions. S’écarter de la sclérose qui les guette, promouvoir un vrai « vivre ensemble » nécessitera de renforcer le lien social dont la confiance constitue l’un des piliers. Cet enrichissement concret dans nos manières d’interagir avec les autres induit par les nouvelles technologies nous obligera à être d’autant plus imaginatifs sur ce terrain.

Dans ce monde (numérique) en perpétuel changement, Genève peut heureusement s’appuyer sur les hommes et des outils qui facilitent son adaptation à ce nouveau paradigme et l’aident à gagner la confiance des citoyens par rapport à ces nouveaux usages. Inspirer ou restaurer la confiance passera par une voie qui reste encore à définir, sachant que le statut d’autorité de l’administration et les dispositifs sécuritaires sophistiqués n’y suffiront pas.


Olivier Glassey

Si la sociologie inscrit la confiance dans le temps et en admet l’incomplétude, elle nous enseigne surtout qu’elle a une fonction: nous simplifier la vie et apporter des solutions qui nous permettent de gérer la complexité. A la fois jugement, appel à la coopération comme à la réciprocité, sa manifestation obéit en règle générale à une architecture où contexte et réputation font écho aux émotions.

La confiance numérique a beau devoir s’appliquer sur des objets originaux, ses mécanismes s’apparentent à ce qui se fait dans le monde réel. Les indicateurs de confiance sont stabilisés dans la vie de tous les jours alors qu’ils sont encore en voie de formation dans l’univers numérique. La logique des transactions qui fait suite à des avis favorables ou non échappe ainsi à toute linéarité. Comme notre capacité à interpréter ces indicateurs s’affine en parallèle, la confiance numérique reste très largement un apprentissage à faire.


Renaud Francou

Sur Internet comme dans la langue anglaise, la confiance a deux visages: la confiance (trust) contextuelle, risquée, pari sur le comportement et les compétences de l’autre en situation d’incertitude et qui inclut un risque irréductible; et l’assurance (confidence) destinée à élargir la confiance en réduisant l’incertitude, voire à couvrir le risque.

L’agenda actuel de la confiance étant majoritairement tourné vers la sécurité, ces deux composantes sont sous tension. Les pratiques de confiance inattendues symbolisées par l’émergence des réseaux sociaux, des forums de patients ou du peer-to-peer font contrepoids aux démarches traditionnelles saturées d’orientations sécuritaires.

Nos travaux révèlent des pistes d’innovation génératrices de confiance avec quatre défis à relever: développer les dispositifs de confiance manquants, mieux cerner les potentialités de la confiance peer-to-peer, outiller les individus pour qu’ils accordent leur confiance à bon escient et envisager la confiance relationnelle comme un facteur différenciant.


Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg

Avec la mise en application de loi sur l’information du public, l’accès aux documents et la protection des données (LIPAD), l’administration vit un changement de paradigme qui prône l’avènement de la culture de la transparence. A Genève deux cents institutions sont soumises à cette loi dont nous devons veiller à l’application.

Autorité indépendante, sans pouvoir de contrainte, notre bureau formule des recommandations dans le cadre de projets qu’on nous soumet sur une base volontaire. Dans notre pratique, nous avons opté pour un outil baptisé « agrément » que nous délivrons suite à des concertations interdisciplinaires. Celles-ci ont au coeur de nos récentes expériences avec la ville de Genève ou l’aéroport. Selon nous la confiance ne peut s’installer que dans le strict respect des règles établies et des médiations entre toutes les parties prenantes d’un projet.


Jean-Henry Morin

Même si l’on parle de « trusted computing », l’instauration de la confiance ne se vérifie pas sur le terrain. Au contraire, les exemples pris dans le secteur des organisations ou du divertissement (dé)montrent que la non-confiance règne.

Le fait que 53% des salariés contournent les dispositifs de sécurité pour simplement pouvoir effectuer leur travail répond aux autres hérésies que sont la présomption de culpabilité et la criminalisation des gens ordinaires. Il faut arrêter de promouvoir ce type de sécurité paranoïaque.

« Not to trust » n’est pas la solution. Ma proposition vise à introduire des autorisations adaptées. En échange d’une information qui l’identifie, une personne obtient un droit temporaire surveillé, applicable dans la sphère privée ou au travail. Cette confiance éclairée mais pas aveugle a comme avantage de postuler notre responsabilité, et par conséquent de nous investir. Si vous ne devez retenir qu’une chose, ce sera celle-là.


Jean-Marie Leclerc

Il faut veiller à ne pas placer le centre de gravité de la confiance numérique au mauvais endroit: la confiance, qu’elle soit numérique ou non, est une affaire de responsabilité individuelle que le secteur public doit savoir prendre en compte.

Dans ce contexte la transparence joue un rôle essentiel. Notre administration doit la promouvoir en acceptant les contraintes qu’elle impose. Nous pouvons pour cela nous appuyer sur un cadre éthique tel que celui proposé au travers de la norme ISO 26’000.

Il faut aussi considérer les devoirs liés à la LIPAD comme une opportunité pour générer encore plus de confiance. Car ces cadres éthiques et juridiques cristallisent des réflexions largement partagées qui sont à la source de la confiance.

Dans cet esprit, la société de l’information et de la connaissance ne se construira pas sans concertation et sans débat public. L’expérience du eVoting à Genève est là pour l’illustrer!


Comment les réseaux sociaux peuvent-ils favoriser la créativité et l’innovation régionales ?

Article rédigé avec Xavier Comtesse pour le numéro du 2 juin 2010 de la Revue Économique et Sociale.


Les réseaux sociaux sont en train d’inventer une nouvelle économie. Cette économie créative se définit autour du concept de net-up , à savoir des projets, des entreprises faisant appel aux réseaux sociaux comme principal ingrédient de leur activité.

Le coworking, les groupes d’émergence, les communautés de pratique, le copyleft, le capital social, les nouveaux business modèles et les centres créatifs sont autant de termes qui définissent l’environnement des net-ups.

On parle alors de conditions cadres atypiques par opposition à celles connues de l’économie traditionnelle comme le capital-risque, les business plans, le transfert technologique, le copyright et les brevets, les technopôles et les incubateurs, le coaching et les clusters.

Les résultats du sondage présentés dans cet article, réalisé auprès des membres du réseau social Rezonance, montrent un large mouvement qui évolue de la sphère des start-ups vers celle des net-ups.

Comment les réseaux sociaux peuvent-ils favoriser la créativité et l’innovation régionales (pdf, 487 ko)

Mots-clés: réseaux sociaux, créativité, innovation, start-up, net-up, business model, économie, incubateur

Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité

2 juillet 2010 – Patrick GENOUD

Article rédigé avec Alexis Moeckli pour le numéro du 2 juin 2010 de la Revue Économique et Sociale.


Dans un récent éditorial, la Revue Économique et Sociale lançait l’idée de consacrer un ou plusieurs dossiers au thème de la créativité. Cette idée, Geneviève Morand, fondatrice de Rezonance l’a saisie au bond pour que le premier dossier de cette série soit publié à l’occasion de la 3ème édition du Rendez-vous des Entrepreneurs Romands dont le thème était « De la créativité à l’action ». Avec le think tank Think Services, Giorgio Pauletto et Patrick Genoud (Observatoire technologique) ont d’ailleurs activement participé à l’évènement en organisant un atelier sur la méthode créative Create the Service Box.

Ce premier dossier de la Revue Économique et Sociale consacré à la créativité, « Et le gagnant est : la créativité ! De la fragilité à la stabilité », pose un cadre large à la réflexion sur la créativité, avec quatre articles de fond sur l’émergence des nomades, des net-ups et des tiers-lieux comme prémisse à une nouvelle orientation stratégique de la politique de l’innovation en Suisse.

« Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité » constitue l’un des volets de ce dossier.

Résumé

L’accès facilité à l’information et à la connaissance ainsi que l’émergence des réseaux sociaux modifient considérablement notre manière d’aborder des problèmes dont la complexité va croissant. Cette tendance forte redéfinit le paysage de l’innovation que l’on envisage de plus en plus de manière systémique en faisant la part belle à l’ouverture, au partage, à la co-création et à l’interdisciplinarité.

Les démarches initiées dans ce domaine par les classes créatives actives dans le monde virtuel demandent toujours plus à se cristalliser autour de lieux physiques ancrés dans le territoire et qui ne sont ni réellement publics, ni vraiment privés : les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité.

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Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité (pdf, 481 ko)
Revue Économique et Sociale, juin 2010

Innovation publique et sociale en région parisienne – Jour 1

Retour sur un circuit de deux jours au sein des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne


Lors de leur venue à Genève pour notre Journée de rencontre 2009 consacrée à l’innovation dans le service public, Loïc Haÿ (ARTESI Ile-de-France) et Stéphane Vincent (La 27è Région) nous avaient promis d’organiser pour leurs homologues genevois une visite des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne.

Chose promise, chose due ! Loïc et Vincent nous ont concocté les 15 et 16 mars un circuit riche et varié qui a été source d’échanges fructueux. Notre petite équipe des « innovateurs sociaux genevois » était composée pour l’occasion de Giorgio Pauletto et moi-même (Observatoire technologique) ainsi que de Reginald Maître et Alexis Moekli (Creativity Center Muse).


Devant le Gallopin

Giorgio, Stéphane, Loïc, Alexis et Réginald

 

JOUR 1 : LUNDI 15 MARS 2010

Étape à ARTESI-Ile de France

En bons helvètes que nous sommes, nous arrivons à l’heure exacte au siège de l’ARTESI où Loïc Haÿ nous accueille. Nous commençons donc ce circuit parisien chez lui puisque Loïc est un des membres (très) actifs de l’agence, notamment lorsqu’il s’agit de dénicher les services du Web utiles, innovants et faciles à s’approprier. Et Loïc nous met d’emblée dans le bain en nous avisant que notre circuit parisien sera raconté, illustré et partagé en temps réel sur le Web via le service OnTheRoad qui permet de géolocaliser les étapes du circuit en les enrichissant en temps réel via son smartphone. Je n’en ai personnellement pas (eh oui !) et les forfaits suisses de mes collègues limitent leurs ardeurs. Mais Loïc y va franchement de ses commentaires et de ses photos qui permettent notamment à ses suiveurs sur Twitter de nous pister en temps réel.

Heureuse coïncidence pour les membres de l’Observatoire technologique, l’ARTESI vient de travailler sur la refonte de ses missions dans lesquelles nous nous retrouvons sur la quasi totalité des points. Yannick Landais, son délégué général, nous présente ainsi l’ARTESI à travers la lecture du plan stratégique à 5 ans élaboré avec tous les membres de l’agence. Ce travail résulte avant tout d’une volonté de lisibilité de leur action par rapport à leurs cibles que sont les élus ainsi que les acteurs publics et para-publics de la région Ile-de-France.

L’ARTESI se positionne comme une clé de décryptage et de connaissances permettant d’aider les territoires de l’Ile-de-France à prendre les bonnes décisions relatives à l’évolution de leur territoire et à leurs stratégies d’action publique. Comme tous les acteurs que nous avons rencontrés durant ce circuit, l’agence se veut un lieu de rencontre ouvert, dans une approche fédératrice et collaborative permettant les synergies ainsi que la propagation rapide des connaissances et des pratiques (toujours sous licence Creative Commons).

Yannick Landais nous a décrit une ARTESI qui désire s’inscrire dans une logique d’université permanente et ouverte du monde numérique, un concept qui me séduit beaucoup. Cette université vit au travers de l’écosystème de l’ARTESI et de ses partenaires. Elle va plonger ses racines dans le concret au rythme des quatre temps de l’inventaire, de l’imagination, de l’enseignement et de l’accompagnement. Ces quatre temps se traduisent en quatre pôles d’activités que sont l’observation des bonnes pratiques, le campus d’information et de formation, le laboratoire d’idées et de prototypes ainsi que le centre d’appui de diffusion et de communication des savoirs.

Yannick Landais nous rappelle que « plus que de trouver les partenaires à associer à la démarche, c’est trouver les bons modes de travail qui est le plus délicat ». Car la volonté affichée est de toujours s’inscrire dans un mode projet qui va permettre de concrétiser les réflexions.

L’équipe d’ARTESI a synthétisé son ambition au travers d’un manifeste, pierre angulaire d’une démarche qui se veut la plus cohérente possible.


Marie-Hélène Feron, nous expose ensuite la problématique « e-Inclusion et accès public à internet » dans laquelle l’ARTESI est un acteur actif. Elle souligne l’importance des espaces publics numériques (EPN) que l’ARTESI a contribué à créer en Ile-de-France. Ces lieux permettent un accès facilité à Internet. Mais ils sont nés bien souvent d’initiatives lancées en ordre dispersé et nécessitent aujourd’hui une meilleure coordination à l’échelle du territoire. D’une part pour fédérer les énergies, mais également pour légitimer leur action au travers d’un label de qualité.

Marie-Hélène Feron note que le besoin d’EPN est toujours aussi important, que ce soit pour les exclus sociaux ou pour des publics beaucoup plus large, dans une démarche de life long learning. Elle rappelle qu’il en existe près de 400 en Ile-de-France.

Pour les EPN, la formation des animateurs constitue un enjeu important. Mais on est clairement passé dans ce domaine d’une formation sur l’usage des technologies à une formation sur les capacités d’animation. « Nous allons vers une multiplicité des modes d’accompagnement et vers une diversité des lieux qui proposent cet accompagnement » souligne Marie-Hélène Feron.

L’ARTESI joue dans ce domaine un rôle d’animation des têtes de réseau en collaborant avec des associations telles que CRéATIF qui réfléchissent à ce métier d’animateur d’EPN. Concrètement on évalue actuellement des modules d’auto-formation à proposer à ces animateurs (mais en veillant à bien partir de leurs besoins).

Marie-Hélène Feron conclut en insistant sur la volonté pour l’ARTESI d’inscrire la démarche qu’elle nous a présentée dans la vision d’université permanente et ouverte du monde numérique.

A suivre sur le blog Accès Public de l’ARTESI…

Pour terminer la matinée, Franck Alary nous présente le dispositif PICRI (Partenariat Institutions-Citoyens pour la Recherche et l’Innovation). Ce dispositif mis en place en 2005, a pour vocation de renforcer le dialogue entre science et société, en développant notamment des partenariats collaboratifs entre le monde académique et la société civile. La démarche passe par des appels à projets dans les domaines concernés (comme la santé, l’environnement, l’économie sociale et solidaire, les TIC ou la citoyenneté). Près de 60 projets ont été déposés jusqu’ici. Le dispositif PICRI est là essentiellement pour favoriser ce type de rapprochement et étudier les potentialités qui s’y cachent. Un travail de thèse sur le sujet est d’ailleurs en cours avec pour ambition d’étudier les facteurs de succès de telles initiatives. Franck souligne d’ores et déjà la pertinence de la co-conception dans plusieurs de ces projets.


Stéphane Vincent profite du repas de midi au Gallopin pour nous tenir au courant des projets en cours et à venir à la 27è Région (voire également le résumé de notre Journée de rencontre 2009). Il nous annonce tout d’abord avec satisfaction l’excellent bilan des Territoires en Résidences lancés en 2009. Il souligne la difficulté qu’il rencontre à trouver les terrains favorables à de telles expérimentations et surtout à dénicher les personnes susceptibles de se lancer dans l’aventure et de porter le projet.

Si les Territoires en Résidences font systématiquement appel à des designers, ce n’est pas pour obéir à un quelconque phénomène de mode mais bien parce que ce sont les personnes les mieux à même « d’entrer en contact avec l’utilisateur par la petite porte ». Les prototypes qu’ils ébauchent permettent de tangibiliser les idées amenées lors des ateliers de co-conception et d’améliorer ainsi plus aisément les solutions envisagées. Stéphane note que les designers avec lesquels il collabore ont en commun une profonde croyance de l’expertise amenée par les utilisateurs mais qu’ils sont souvent en dissidence avec leurs institutions.

Les équipes pluridisciplinaires qui animent les résidences se montent autour des designers mais Stéphane aimerait y faire intervenir dans une plus large mesures d’autres compétences telles que des architectes, des urbanistes, des sociologues ou des anthropologues.


Étape à La Cantine

Alexis et Réginald se réjouissaient particulièrement des rencontres de l’après-midi consacrées aux tiers-lieux que sont la Cantine et la Ruche et dont Muse devra savoir s’inspirer.

La Cantine se veut un lieu propice au fourmillement d’idées dans une atmosphère de liberté et de créativité ainsi qu’un espace de co-working dans lequel on puisse produire, tester et diffuser des projets innovants. Et dès les premiers pas dans ces lieux, on sent en émaner une énergie extraordinaire : des co-workers en plein travail côtoient une séance de formation aux produits Adobe, alors qu’à l’étage des étudiants se lancent dans un atelier de réflexion.

Marie-Vorgan Le Barzic et Antonin Torikian nous rappellent les étapes de la genèse de la Cantine et de sa création par l’association Silicon Sentier au début 2008.

Marie-Vorgan insiste sur la nécessité de maintenir au sein de cet espace un flux permanent de personnes, de projets et d’idées aussi large et représentatif que possible. C’est notamment pour cette raison que la Fing et la 27è Région ont leur quartier ici.

Mais la seule présence de compétences diverses et de bonnes volontés n’est pas gage de succès. Nos hôtes soulignent la nécessité d’animer ce foisonnement de gens et d’idées au quotidien afin de conserver la dynamique vertueuse des lieux. De même il est important de disposer d’indicateurs clairs sur les objectifs d’exploitation de la Cantine et sur les modèles qui y sont développés. Cela suppose en amont d’être parfaitement au clair sur les valeurs et les missions que porte un tel espace.

Comme pour toutes les structures que nous avons rencontrées durant notre circuit, l’ouverture constitue une qualité fondamentale de la Cantine : ouverture des acteurs qui y évoluent et ouverture des contenus qui y sont produits.

La Cantine répond à un besoin d’espace de liberté que les acteurs publics ne savent pas faire et qu’il faut étudier. Et ce qui est vrai à Paris l’est aussi ailleurs. D’où la volonté d’essaimer le modèle à travers la France. Des projets similaires sont ainsi sur les rails à Toulouse, Rennes et Nantes. A chaque fois le lieu est porté par une association et a pour vocation de cristalliser et tangibiliser une thématique donnée.

« Nous devons veiller à ce que les gens s’emparent de ces lieux. Ils doivent pouvoir faire l’expérience du collectif au travers de l’événementiel. A nous de savoir toujours rester au service de… » conclut Marie-Vorgan Le Barzic.


L’un des acteurs permanents de la Cantine est la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération) que nous suivons depuis nos débuts à l’Observatoire technologique et qui constitue pour nous une source constante d’information et d’inspiration.

C’est Véronique Routin qui nous en rappelle les missions et les objectifs. La Fing vise à « explorer le potentiel de transformation des nouvelles technologies… quand il est placé entre des millions de mains ». Et ce processus d’exploration doit être ouvert au plus grand nombre avec toujours en toile de fonds l’idée d’abaisser les barrières d’entrée des acteurs potentiellement concernés. La Fing agit donc à plusieurs niveaux qui sont ceux de la veille prospective, de la détection et de la valorisation de l’innovation ainsi que de la réflexion sur des thèmes d’avenir (comme l’allongement de la vie.

Les sujets traités méritent qu’on s’y arrête et qu’on les ancre dans le concret. La Fing part donc de plus en plus dans des « Expéditions » qui proposent, au travers de modules courts (5 mois), une méthode pour explorer collectivement et dans une approche pluridisciplaire de nouveaux territoires d’innovation : nouveaux services, usages inédits ou chaînes de valeur recomposées. On s’intéresse ainsi aux habitants connectés ou aux nouvelles approches de la confiance numérique. Un autre thème que Véronique mentionne sans s’y attarder mais qui retient toute notre attention est celui de la réutilisation des données publiques. Mais la Fing c’est également une multitude d’autres projets et d’autres activités que l’on peut découvrir sur leur site ou sur celui de leur partenaire InternetActu.

Simon Sarrazin nous présente ensuite le projet LIENS, une initiative citoyenne débutée en décembre 2009. LIENS vise à créer les conditions d’alignement et de collaboration des divers acteurs de l’écosystème technologie et innovation sociale dans le but de faire émerger des projets créateurs de valeur sociétale. Ce projet se propose de réfléchir à la convergence entre technologie et innovation sociale, la technologie étant un levier du développement de l’innovation sociale et non une fin en soi.

Pour terminer cette visite de la Cantine Carol-Anne Rivière de la Fing nous touche quelques mots sur le programme Plus longue la vie, l’innovation par et pour tous les âges de la vie. L’objectif de ce programme agendé de juin 2008 à juin 2010 est d’imaginer la contribution des technologies et services numériques à la qualité de vie, à la cohésion de la société, et au dynamisme de l’économie. Il est décliné en plusieurs projets touchant aux réseaux sociaux, à la vie chez soi en mode autonome et connecté, à l’habitat évolutif, au life long learning ou encore aux échanges professionnels intergénérationnels.


Étape à La Ruche

Nous terminons cette première journée dans l’autre tiers-lieu parisien dont la réputation a largement dépassé les frontières de l’hexagone. Il s’agit de la Ruche, un espace rassemblant des entrepreneurs sociaux qui désirent travailler ensemble et qui sont convaincus de la valeur ajoutée à échanger leurs idées et de la nécessité de co-construire le futur ensemble.

C’est l’un de ces entrepreneurs, Julien Dossier président de Quattrolibri qui nous présente son espace de travail. Julien est convaincu de la richesse que cet espace d’échange apporte à son entreprise spécialisée dans le conseil en innovation et développement durable. La problématique sur laquelle il intervient quotidiennement est complexe et seule une approche systémique permet de correctement la prendre en compte. A la Ruche, Quattrolibri peut ainsi se nourrir des échanges avec les résidents, de leurs compétences spécifiques et de leurs expériences, mais également de leur écoute et de leur stimulation. « On est immergé quotidiennement au sein d’une véritable communauté de pratique ».

Ici insiste-t-il à plusieurs reprises, bien plus que des locaux, on partage surtout des valeurs. Celles-ci sont avant tout humanistes, ouvertes sur la société et sur le développement durable. Elles s’expriment différemment selon les résidents, mais Julien constate qu’elles sont réellement intégrées par tous. Il ajoute à ce sujet : « Lorsque l’on côtoie quotidiennement des résidents qui partagent nos valeurs, on se sent moins seul, particulièrement lorsque l’on pousse nos clients hors de leur zone de confort. La communauté de la Ruche renforce notre confiance, tout comme celle du client ».

Julien note que la diversité des résidents évite pour l’instant toute concurrence (les résidents restent des entrepreneurs). La flexibilité des lieux facilite également le développement de petites structures telle que la sienne. Pour terminer il met en avant un aspect qu’il considère comme essentiel à la valeur ajoutée de la Ruche : c’est le professionnalisme de l’animation des lieux qui est ici érigée au rang de méthode. En effet, l’échange, la stimulation, l’alignement sur les valeurs ne s’improvisent pas. Il faut les cultiver au quotidien pour entretenir constamment cette dynamique vertueuse.

Et c’est justement l’une des animatrices des lieux que nous rencontrons ensuite. Miora Ranaivoarinosy est la « Maîtresse de Cérémonie » de la Ruche. C’est à elle qu’il incombe de « faire en sorte que les gens aient conscience de travailler sur les mêmes objectifs alors qu’ils viennent de structures différentes et qu’ils s’attaquent a priori à des problèmes différents. Nous construisons ensemble des relations et de la confiance ; tout cela pour accélérer le opportunités de développement de chacun. Nous traitons entre égaux et non entre égos… ». Miora conçoit son rôle d’animatrice et de facilitatrice comme une réponse aux besoins des résidents d’une part et de la collectivité de la Ruche de l’autre. Et cela concerne des aspects aussi anodins et concrets que le positionnement des fontaines à eau dans les locaux afin de favoriser les contacts entre les résidents.

Après nous avoir fait la genèse du projet, Miora nous explique que la Ruche a vocation à essaimer dans d’autres villes. Un travail de compréhension et de formalisation de son mode de fonctionnement et d’évolution est donc indispensable. De la même manière, l’étude des nouveaux modèles économiques sous-jacents au projet est importante.

En faisant faire le tour du propriétaire avec Miora, nous avons l’impression de palper ces valeurs dont Julien nous parlait quelques minutes auparavant. Qu’il doit faire bon travailler à la Ruche…


Le debriefing de notre groupe autour d’une bière confirme mon ressenti au terme de cette première journée : des rencontres riches et passionnantes et la certitude de pouvoir réutiliser très vite une grande partie des informations recueillies. Vivement demain !

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