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On a causé de modèles économiques…

Time for change

Partage, contribution, collaboration, peer to peer ou biens communs deviennent les mots d’ordres de toute une génération d’innovateurs, de créateurs et d’entrepreneurs. Plus que des concepts, ils constituent un cadre de pensée pour l’action, à la base de nouveaux modèles économiques. Mais qui sont ces nouveaux entrepreneurs? Pourquoi et comment ces modèles fonctionnent-ils?

Pour nous aider à répondre à ces questions, Louis-David Benyayer du do tank parisien Without Model était l’invité de la Causerie du 13 juin dernier. Créé en 2012, Without Model rassemble chercheurs et professionnels pour construire et généraliser des modèles économiques ouverts, collaboratifs et responsables. Il ambitionne dans ce contexte de faire évoluer les modes de pensée et d’action des entreprises et de promouvoir l’innovation sociale.

« Disruption is eveywhere »

Ces nouveaux modèles constituent selon Louis-David une réponse nécessaire aux nombreuses innovations de rupture que le numérique a amené ces dernières années. Ne serait-ce que lorsqu’on évoque l’essor de l’économie collaborative ou le fait d’aller du monde de la propriété vers celui des services partagés. Dans tous les cas, l’unicité de modèle actuelle est en train de voler en éclats.

Parmi ces nouveaux business models qui émergent, Without Model s’intéresse plus particulièrement à ceux qui sont ouverts, collaboratifs et responsables.

  • Ouverture : au niveau du financement notamment, mais également au niveau de la nécessaire interdisciplinarité à intégrer dans les démarches d’innovation.
  • Collaboratif  : parce que sans s’appuyer sur les compétences externes, il est très difficiles aujourd’hui d’innover.
  • Responsable : en ce sens que les projets ainsi menés doivent produire une valeur sociale au sens où l’entend Michael Porter (notion de shared value ou valeur partagée).

Pour illustrer son propos, Louis-David donne l’exemple de Wikispeed, une entreprise qui a été capable de mettre au point un prototype de voiture à haute efficience énergétique en moins de trois mois (voir la présentation TEDx avec Joe Justice, le fondateur de Wikispeed).  Comment s’y est-il pris ? En transposant les méthodes “agiles”, héritées du développement des logiciels, à la production de biens matériels. Il a conçu sa voiture de manière modulaire, en travaillant sur des plans ouverts, et en se limitant à l’utilisation d’outils du commerce pour son montage. Il a su enfin rassembler des équipes de volontaires qui travaillent en mode collaboratif.

Pour ce succès, comme pour d’autres exemples mentionnés par Louis-David (comme le projet Fair Phone), se pose toutefois la question de la pérennité de ces nouveaux modèles. Nous n’avons en effet que peu de recul pour juger de l’évolution de ces manières de concevoir des services et des produits ainsi que sur des modes d’interactions souvent basés sur des valeurs autres que monétaires. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’on fait référence à des modèles économiques collaboratifs et ouverts tels que ceux prônés par  Without Model.

Les modèles économiques présentés par Louis-Davis sont clairement innovants. Mais dans la phase que nous vivons aujourd’hui, l’innovation ne réside dans un premier temps pas forcément dans les produits ou les services créés, mais dans le simple fait de se lancer dans des démarche basées sur l’ouverture, sur la co-création et sur le collaboratif.

De manière générale, le credo de Without Model réside dans la prise en compte des 4 points suivants comme des facteurs clés de succès:

  1. Lancer les projets dans une logique d’expérimentation et de prototypage
  2. Intégrer l’échec comme un processus d’apprentissage
  3. Savoir se créer son écosystème (pour co-développer des services et les co-opérer)
  4. Favoriser les approches transversales
Antoine Burret, Yves Zieba et Louis-David Benyayer

Antoine Burret, Yves Zieba et Louis-David Benyayer

Le monde de l’industrie traditionnelle perçoit ces ruptures et certains tentent de lancer des démarches inspirées des exemples ci-dessus, à l’exemple par exemple de Renault qui expérimente les FabLabs ou de Leroy-Merlin qui a pris conscience que ces derniers seront probablement leurs concurrents de demain.

La discussion qui suit la présentation de Louis-Davis est riche et aborde des questions variées mais sans réponse définitive :

  • Voit-on un retour vers une économie plus locale ?
  • L’obsolescence programmée est elle bientôt morte ?
  • Va-t-on vers la servitisation de ces nouveaux modèles ?

Louis-David conclut la Causerie avec une présentation des activités présentes et à venir de Without Model. La promotion de ces nouveaux modèles économiques ainsi que des démarches et des outils associés passe par l’organisation d’évènements, dont de nombreux ateliers interdisciplinaires (Business model crash tests, Business model challenge, jeux de plateau sur les business models à venir, etc.).

Without Model peut compter sur des membres passionnés qui donnent beaucoup de leur temps. Le do tank parisien sait également s’appuyer sur les organisations existantes pour relayer son discours et organiser des évènements.

Avec Jean-Henry Morin, président du think tank genevois Think Services, nous nous retrouvons complètement dans le discours de Louis-David. Et même si la masse critique dont peut bénéficier Without Model en région parisienne nous fait défaut à Genève, nous repartons avec quelques suggestions qui devraient nous aider à aller de l’avant !

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Louis-David Benyayer est fondateur du do tank parisien Without Model. Il intervient dans de nombreuses conférences en France et à l’international sur l’innovation des modèles d’affaires.

Louis-David Benyayer

 

 

 

 

 


On a causé de design fiction…

By Revital Cohen http://www.revitalcohen.com/

By Revital Cohen
http://www.revitalcohen.com/

La science-fiction a depuis toujours alimenté notre imaginaire technologique en mettant en scène toutes sortes d’objets: robots, voitures volantes, interfaces numériques, etc. Mais force est de constater que bien peu des objets imaginés par les auteurs de science-fiction de ces cinquante dernières années se sont imposés dans notre vie quotidienne. Parfois même, à force de vouloir s’inspirer trop directement de ces visions technologiques, les innovateurs n’ont accouché que de flops récurrents, à l’image des frigos intelligents ou des robots humanoïdes.

Doit-on se cantonner à ces visions d’un futur distant sans cesse repoussé ? Ou n’y a-t-il pas des imaginaires alternatifs en cours de construction ?

Ces questions constituaient l’élément central de la Causerie du 30 mai dernier animée par Nicolas Nova à la Muse. Nicolas a ébauché ses réponses en partant de quelques retentissants échecs technologiques qu’il analyse dans un récent ouvrage (Les Flops technologiques – Comprendre les échecs pour innover).

A l’image des cuisinières futuristes des années 60, on côtoie parfois l’absurde avec les dispositifs envisagés. Et avec notre sensibilités d’aujourd’hui, on sent immédiatement que l’appropriation de ces technologies ne pouvait qu’être difficile, voire impossible. Nicolas avance également la difficulté totalement sous-estimée à faire fusionner des technologies aux cycles de vie très différents, comme c’est le cas pour les nombreuses déclinaisons de frigos (cycle de vie long) intelligents (cycle de vie très court). Les exemples de ce type sont nombreux, allant de la réalité augmentée aux interfaces 3D, en passant par le wearable computing.

Il constate que l’innovation est de moins en moins nourrie par le monde de la science-fiction. Ce n’est pas vraiment étonnant : de plus en plus d’auteurs s’enracinent aujourd’hui dans le monde contemporain, voir même dans celui d’hier. Et ce ne sont pas des époques favorables à l’éclosion des visions technologiques de demain…

Mais d’autres ont pris le relais. En s’intéressant à notre rapport aux objets numériques, les designers, et les designers d’interfaces notamment, sont ces acteurs du renouveau des imaginaires. Ils savent partir du quotidien des gens pour y rechercher des potentiels d’usages ainsi que l’innovation de demain. Nicolas cite par exemple les travaux très intéressants de Alexandre Deschamps Sonsino (voir son blog) qui travaille notamment sur l’Internet des objets.

D’autres exemples illustrent plus particulièrement les « design fictions », ces prototypes qui servent à expliquer et critiquer le changement sociétal ou technologique. « On se projette dans les technologies de demain à travers des artefacts qui parlent à tous ! Cela permet dans la foulée de renvoyer à des imaginaires alternatifs. » Ainsi la table tueuse de mouches de Auger Loizeau (Flykiller Parasite Robot) dont l’idée a été reprise plus tard par la DARPA, l’agence américaine de projets militaires.

Les designers sont particulièrement bien outillés pour cela. Cela leur permet par exemple grâce au prototypage de tangibiliser des représentations en les traduisant dans un langage plus compréhensible pour le commun des mortel. Ou avec la narration (le storytelling) de concrétiser les développements technologiques et favoriser le débat sur leurs enjeux.

Pour Nicolas, la technologie devient intéressante lorsqu’elle s’éloigne des stéréotypes. Elle devrait au contraire respecter la diversité des usages et présenter un potentiel d’ouverture et de détournement. Et dans tous les cas, il est important de tester les idées et les possibles qu’elles induisent en interpellant les gens et en prenant le plus tôt possible la mesure de leurs implications sociétales.

Le sujet et l’animateur de cette soirée nous ont valu une Causerie particulièrement riche et interactive. Un grand merci à Nicolas pour sa disponibilité et son enthousiasme à cette occasion !

Nicolas Nova, du Near Future Laboratory,  est chercheur, enseignant et écrivain dans les domaines de la prospective et du design d’interaction. Il est également membre du comité éditorial de la conférence Lift. Vous pouvez découvrir ses sujets de prédilection sur son blog Pasta&Vinegar.

Nicolas Nova

 

 

 

 

 

 

 

On a causé d’innovation sociale…

Innovation

Comment créer de la valeur « autrement » grâce à l’innovation sociale ?

Cette question constituait l’élément central de la Causerie du 25 avril dernier animée par Aurore Bui à la Muse. Mais avant d’y répondre, Aurore a pris le temps de passer à travers les différentes façons de comprendre la notion d’innovation sociale. De manière très générale, elle considère que faire de l’innovation sociale, c’est savoir utiliser les forces de l’entreprise pour faire du social, tout en ayant valeur d’exemple. On est ainsi souvent très loin de l’innovation technologique.

A l’image du groupe SOS en France qui est actif dans le domaine de la réinsertion, Aurore nous montre avec quelques exemples qu’il est possible de créer des entreprises avec des objectifs sociaux, mais fonctionnant sur un modèle commercial. L’important est de savoir partir des publics cibles et de leurs besoins en identifiant des bénéfices mesurables (et en menant idéalement la démarche de manière collective).

Et l’innovation dans tout ça ? Selon Aurore, ce n’est pas seulement au niveau des résultats obtenus qu’il faut la chercher, mais également dans les démarches suivies pour y arriver. Le fait par exemple de faire cohabiter pour le bien public des mondes qui d’habitude ne se parlent pas et de créer de nouvelles dynamiques autour de cette diversité constituent le terreau de l’innovation sociale. Plus concrètement encore, le fait de viser à rendre les associations autonomes financièrement est déjà innovant…

A travers d’autres exemples Aurore nous présente les mécanismes d’innovation sociale, applicables au monde associatif ou aux entreprises en général, pour créer autrement. Ces mécanismes sont outillés, à l’image des méthodes et des outils que propose par exemple le site entrepreneur-social.net. Aurore nous illustre certains de ces mécanismes d’innovation sociale applicables au monde associatif ou aux entreprises en général pour créer autrement.

Comme dans de nombreux autres domaines, l’inertie est le principal obstacle à surmonter pour lancer des projets d’innovation sociale. Il faut en effet réapprendre de nombreuses manières de faire qui sont ancrées dans les organisations. Pour en tenir compte Aurore privilégie une approche par petits pas qui est plus productive.

La discussion qui suit la présentation d’Aurore témoigne de la difficulté, pour l’assemblée, à définir précisément l’innovation sociale. Certains y voient des démarches innovantes, d’autres le domaine dans lesquels elles s’appliquent, d’autres enfin l’activité d’entrepreneur social. Pas de réponse définitive à cette question. Mais ce n’est manifestement pas le plus important pour les participants qui ont découvert à l’occasion de cette Causerie des alternatives intéressantes et pleines de sens aux manières de faire existantes.

Aurore Bui est créatrice et directrice de Softweb, une entreprise dont le but est de favoriser la réalisation de projets sociaux. Elle est formatrice et intervient dans des conférences sur le thème de l’innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises et l’autonomisation économique des femmes. Vous pouvez retrouver Aurore sur son blog.

Aurore Bui

 

Le podcast de la Causerie enregistré par Bruno Chanel


La présentation d’Aurore Bui

Les « faiseurs » de la nouvelle révolution industrielle

Le monde numérique n’en finit pas de nous étonner. Autrefois encore contenu dans un monde dit « virtuel », son entrée dans le monde « réel » est plus rapide que prévu. Aujourd’hui l’apparition de l’impression 3-D bon marché et de qualité suffisante, ainsi que des micro-controlleurs assez puissants pour y inclure de l’interaction, permet aux « bricoleurs » de transformer silencieusement notre consommation et notre industrie. Un nouvelle technologie ne provoque une révolution que quand elle trouve une résonance avec la société dans laquelle elle émerge. Serions-nous en train d’assister à un alignement de phase?

Dans son discours sur « L’Etat de l’Union » de février dernier, le Président américain Barak Obama a fait la part belle aux nouvelles technologies d’impression en trois dimensions. Il a notamment mis en avant la création de centres de créativité, susceptibles de dynamiser l’innovation et de créer des emplois. Cela a surpris plus d’un observateur quand le président a parlé en terme élogieux des technologies d’impression 3-D, qui ont selon lui « le potentiel de révolutionner la façon dont nous fabriquons presque tout ». Citant l’exemple d’un ancien entrepôt désaffecté dans l’Ohio, transformé en atelier de fabrication innovant, il a annoncé le lancement de trois nouveaux centres de fabrication similaires, qui deviendront partenaires des départements de la Défense et de l’Énergie pour créer des bassins d’emplois high-tech. « Et je demande au Congrès d’aider à créer un réseau d’une quinzaine de ces centres et de garantir que la prochaine révolution industrielle sera Made in America« , a-t-il déclaré.

L’ère des Makers

wired_make_cover_1904Couverture du magazine Wired

De quoi parlait-il: De la prochaine révolution industrielle? Vraiment?

En faisant référence aux « makers » (« les faiseurs ») comme étant les porteurs d’une véritable révolution industrielle en marche, Obama fait allusion à ce mouvement international de passionnés de fabrication «bricolée», de programmation ouverte, d’électronique Arduino, de design et d’impression 3-D. Ce mouvement de créatifs, le Professeur Richard Florida parlait de classe créative, prétend réinventer la production de biens de consommation. Il veut personnaliser la fabrication des objets courants, défier l’obsolescence programmée, arrêter les délocalisations, réindustrialiser les métropoles occidentales, relancer l’artisanat et le goût d’entreprendre.

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Le livre phare du mouvement est: Makers: la nouvelle révolution industrielle, de Chris Anderson, l’ancien rédacteur en chef de Wired, revue culte de San Francisco. Selon ce dernier, ce mouvement a vraiment pris aux États-Unis, et plus particulièrement dans la Bay Area, il y a sept ans avec l’arrivée des premières imprimantes 3-D « bon marché ». Dans ce livre, les exemples sont nombreux où l’on perçoit la poussée technologique des gens ordinaires vers un redéploiement industriel. Ainsi il est fascinant de voir que, par exemple, l’industrie des drones a été d’abord l’affaire de ces gentils bricoleurs faiseurs de prouesses technologiques.

Soutenu par « Make Magazine » édité par Dale Dougherty, l’autre gourou du mouvement des «makers», la communauté grandit de jour en jour non seulement en nombre, mais surtout en projets souvent payés par des sites Internet de financement populaire et participatif comme Kickstarter ou wemakeit.ch en Suisse. Plus de capital risque, plus de business angels ou de programmes étatiques de financement des start-ups, non, ce sont des projets financés par la communauté elle-même. On est passé de l’ère des start-ups à celle des net-ups pour laquelle les réseaux sont plus importants que tout.

Pour animer toutes ces énergies, des lieux ont été créés afin, d’une part, de mettre à disposition des machines pour que les gens puissent créer et, d’autre part, pour réunir ces créatifs pour échanger leurs expériences. Et surtout pour penser et «brainstormer» le futur. Ces lieux portent différents noms et répondent à différentes spécificités, mais ils ont tous comme vocation d’être les avant-gardes d’un milieu industriel en devenir. Que se soient les TechShops, les FabLabs, les HackerSpaces ou les centres créatifs, ils sont désormais plusieurs centaines à être actifs aujourd’hui dans le monde. Chaque ville qui se veut un peu compétitive, possède déjà ou est en train de construire de telles plateformes. La Suisse n’échappe pas à la règle voir l’encart ci-joint sur le Swiss Creative Center de Neuchâtel.

Qu’en sera-t-il demain?

L’état aventureux de cette première vague de «faiseurs» ne nous dit pas tout sur l’avenir industriel de nos sociétés. En effet, certains ont encore du mal à croire qu’une bande d’amateurs puisse bousculer l’establishment. C’était aussi le cas dans les années septante lorsque de jeunes barbus inventèrent l’Apple II et commencèrent à révolutionner l’informatique tout en créant la puissante Silicon Valley.

Cependant, on peut d’ores et déjà dégager trois axes de réflexions:

  1. D’abord, on va pouvoir imprimer en grand nombre des objets en 3-D aussi facilement que l’on a pu imprimer des textes, des photos ou toutes sortes d’images pour T-Shirt.
  2. Ensuite, on va pouvoir s’échanger ces objets sur de très grandes distances en temps réel et sans coût de transport. Envoyer par mail ou télécharger des plans ou des algorithmes qui seront l’expression de processus d’impression 3-D ne coûte en effet pratiquement rien et sera instantané. En clair, si je veux avoir de nouvelles assiettes pour mon ménage, alors je vais chercher dans une banque de données sur Internet pour choisir les pièces que j’aime et les imprimer à la maison.
  3. Demain, une autre fonctionnalité va perturber la réalité industrielle, c’est la capacité de faire circuler des machines via le réseau Internet. En fait, toute machine peut être représentée par un ensemble de procédures, dont je peux tirer les algorithmes sous-jacents; ainsi une machine est en fin de compte qu’un fichier d’algorithme à télécharger à volonté avant de la reconstruire à l’aide d’une imprimante 3-D et de quelques matériaux électroniques à usage simplifié. Simple en principe. Peut-être quand même pas pour tout le monde. Mais on peut supposer qu’autour des centres créatifs une compétence participative s’organisera afin de partager ces nouveaux outils et surtout ces nouvelles machines.

Les aspect négatifs ne se sont pas non plus faits attendre: des plans sont publiés pour construire un pistolet avec des pièces produites avec une imprimante 3-D. En plein débat sur la régulation des armes. Un effet de rupture certainement peu attendu! Mais les potentiels positifs dépassent de loin un aspect négatif, il faut bien le reconnaître. D’ailleurs, quelle technologie n’a-t-elle pas engendré des usages dangereux (pensons à l’atome, à l’aviation, à internet, etc.)? Chaque innovation porte en elle une part négative et positive.

L’enjeu est donc bien, comme le disait en début d’année Obama, de diffuser, d’éduquer et de maîtriser des lieux créatifs. Ceux-ci, équipés, d’une part, de matériel de type 3-D, d’électronique et de design et, d’autre part, pourvus d’une forte compétence à produire des idées innovantes sont un vecteur important pour cette nouvelle donne créative et industrielle.

Voyons 3 des thèmes évoqués plus en détail.

Swiss Creative Center

swiss-creative-center

Lorsqu’un pays comme la Suisse caracole en tête des classements internationaux en matière d’innovation, on doit se poser naturellement la question de comment se maintenir à un tel niveau de performance. La réponse est simple: améliorer les processus de créativité, source première de l’innovation. En s’engageant sur le terrain de l’innovation de rupture, Neuchâtel se dote du premier centre de ce type en Suisse où les créatifs issus d’horizons différents travaillent avec les industriels et commerçants au sein d’une dream team emmenée par Elmar Mock, co-inventeur de la Swatch, l’ethnologue Jacques Hainard ou le designer Xavier Perrenoud entre autres. C’est le pari que le Canton de Neuchâtel, sous l’impulsion de la Chambre Neuchâteloise du Commerce et de l’Industrie, vient de lancer avec le Swiss Creative Center: le profiler comme centre disposant d’une sorte d’accélérateur à la créativité, en assemblant matériels (grâce au Fablab) et compétences (à l’aide d’un Thinklab). La créativité de rupture est sans doute pour demain, ce petit plus qui maintiendra la Suisse en tête des pays les plus innovants au monde.

L’impression 3-D

Makerbot Replicator 2

L’industrie classique a jusqu’ici été bâtie sur des procédés de fabrication tels que le tournage, le fraisage et le découpage des pièces. La révolution de l’impression 3-D est de passer d’un paradigme qui enlève de la matière pour obtenir l’objet voulu, à un processus additif qui dépose de la matière couche par couche. Un peu comme l’encre déposée par une imprimante classique, sauf que la matière déposée crée une épaisseur donnant forme à un objet. On passe donc d’un modèle de soustraction de matière à celui d’addition. Les techniques dites additives existent depuis les années 70, mais elles restaient encore récemment très chères et peu diffusées. L’arrivée d’imprimantes 3-D telles que RepRap ou MakerBot ont fait diminuer très fortement les coûts d’achat d’une imprimante 3-D. En 3 ans, les prix ont été divisés par 100, les faisant passer sous la barre des 1000 dollars. D’ailleurs Amazon a récemment ouvert un département spécifique de son magasin en ligne dédié au technologies d’impression 3-D. Cela laisse entrevoir des changements drastiques pour le prototypage, pour la personnalisation d’objets, et aussi bien sûr pour la diffusion même de la production et de la conception dans la société. Les objets crées actuellement ne sont pas encore de qualité suffisante et les imprimantes sont lentes, c’est vrai, mais cela ne saurait que s’améliorer au fil du temps. Et en attendant, il suffit de connaitre un atelier avec une imprimante plus performante auquel on peut envoyer ses plans par Internet pour pallier à ces inconvénients comme le propose par exemple Shapeways.

Arduino ou comment ajouter de l’intelligence aux objets

Arduino

Avoir des objets c’est bien. Mais avoir des objets intelligents c’est mieux. Arduino propose un circuit imprimé qui est facilement programmable pour effectuer des tâches, contrôler des appareils, piloter un robot, etc. Cela ouvre immédiatement un champ formidable aux makers. D’autant plus qu’ici aussi le modèle utilisé repose sur l’open source (comme pour l’imprimante 3-D RepRap) et que le coût du kit est dérisoire (environ 20 Euros). Les projets initiés sont parfois un peu fous, mais souvent ingénieux. Par exemple, il devient possible de construire un drone autopiloté, de transformer sa lampe de bureau en robot ou de faire de ses baskets un instrument de musique. Encore réservé à un petit nombre de hackers par sa technicité, le modèle se diffuse de par l’étendue des possibilités de programmation et le coût très faible de l’appareillage.

Conception assistée par ordinateur

Thingiverse

Pour créer et prototyper les objets en 3-D, il faut les concevoir et les traduire dans une langue compréhensible pour les imprimantes. C’est ce que font les logiciels dits de CAO (conception assistée par ordinateur) ou CAD (computer aided design). Le modèle peut se concevoir de zéro bien sûr, mais on dispose aujourd’hui de librairies très variées d’objets déjà modélisés. Par exemple, le site Thingiverse propose des dizaines de milliers de fichiers décrivant des objets imprimables en 3-D. Au-delà des logiciels professionnels coûteux, il en existe de gratuits, certains libres comme OpenSCAD et d’autres propriétaires comme 123D de Autodesk. Il ne reste plus qu’à laisser libre cours à son imagination.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

Atelier Make.Opendata.ch: Quelles applications peut-on imaginer avec les données des finances publiques?

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Dans la sphère des données publiques, celles touchant aux finances publiques sont certainement parmi les plus intéressantes et aussi les plus sujettes à controverse (après tout on dit bien que l’argent est le nerf de la guerre!). L’édition du mois de mars 2013 de l’atelier Make.Opendata.ch a invité les participant(e)s à imaginer des applications sur la base de données des finances publiques sur les lieux modernes et agréables du Technoark de Sierre.

Prenons un premier exemple concret: le groupe du projet Partis Budgets s’est proposé de créer une application pour illustrer et se questionner sur le thème: comment pourrait-on visualiser l’influence qu’ont les compositions politiques des parlements cantonaux sur la répartition des grands agrégats des budgets publics?

En partant des données mises à disposition publiquement, des librairies de visualisation, notamment D3.js, et en mettant en œuvre leur compétence et ingéniosité, les membres de l’équipe ont pu rapidement prototyper une application permettant ce type de visualisation. A partir de cette première base, il devient possible de suivre en parallèle l’évolution de la composition du parlement et des finances budgétaires réparties dans les différentes grandes politiques publiques. Un premier constat est que, comme dans tous les projets quantitatifs appliqués, la très grande majorité du temps est passé à comprendre le contexte, trouver les bonnes données, les comprendre, les mettre en forme et les nettoyer avant de passer à un résultat visible et concret.

Plusieurs autres projets ont été initiés dans le domaine du tourisme et de l’énergie.

Citons, par exemple, le projet SLOTD Swiss Linked Open Tourism Data. L’originalité particulière de ce projet consiste à utiliser le concept de linked data pour les données du tourisme. Le linked data est véritablement la vision que Tim Berners-Lee, l’un des principaux inventeurs du World Wide Web, a articulée pour la prochaine étape du Web. Les données ne sont plus isolés dans des silos, mais reliées entre elles pour créer un réseau. Ici par exemple, les noms des lieux géographiques sont reliés par leur sémantique ce qui permet par un seul clic de traverser plusieurs couches d’informations (images du lieu, attraits touristiques, données sur les nuitées d’hôtels, etc.). C’est une première application qui tente d’arriver au niveau maximum (5 étoiles) défini par Berners-Lee au sujet des données ouvertes (voir le site http://5stardata.info/).

Les participants ont aussi pu profiter d’une présentation et d’un échange très stimulant et riche sur le thème de la protection des données personnelles et de la transparence avec la préposée du canton du Valais. Des réflexions sur les aspects légaux, les notions de droit d’auteur, ainsi que la protection de la sphère privée ont éclairé les participants.

De part sa nature, ce type d’évènement est toujours très intéressant, non seulement pour les rencontres d’idées, mais aussi pour le réseautage qu’il apporte. C’est une preuve que les projets sont avant tout des aventures humaines et qu’avec les compétences des personnes, l’autonomie offerte et un sens donné à la créativité, les idées de l’Opendata peuvent se transformer très vite en réalité.

NB: Les résultats ainsi que les présentations de participants de Sierre et de Berne sont disponibles et documentés sur http://make.opendata.ch/wiki/event:2013-03.

On a causé de créativité…

Causerie Créativité

« Qu’est-ce qui rend votre journée de travail ludique et créative ? » c’est avec cette question que Valérie Bauwens, ethnographe et fondatrice de Human Centricity, est venue interpeller les participants à la Causerie du 21 février consacrée aux processus créatifs. Le thème de la soirée a attiré plus de 25 personnes dont la plupart se sont tout à fait reconnues dans le discours de Valérie. La créativité est en effet une notion qui parle à chacun, ce qui a donné lieu à une Causerie particulièrement interactive.

Valérie nous a tout d’abord présenté l’étude ethnographique qui l’a amenée, avec sa collègue Laure Kloetzer, à accompagner dans leur quotidien un certain nombre d’artistes et d’entrepreneurs en série. Au travers des rencontres et des interviews ainsi menés Valérie a tenté de dégager les ingrédients de leur créativité.

Une évidence s’est très vite imposée: ces deux populations présentent des comportements similaires dans leur créativité. Partant de ce constat, Valérie en a tiré les éléments qui nourrissent le processus créatif. Elle en a identifié 4 qu’elle est venue partager avec nous: des ingrédients aux déclinaisons diverses et variées, et mélangés dans des proportions différentes. Mais tous participent au processus créatif, se nourrissant les uns les autres dans une spirale vertueuse.

Voici ces 4 ingrédients que je vous livre dans l’intitulé en anglais privilégié par Valérie:

Encounter

C’est la nécessaire rencontre avec les autres qui permettra de faire jaillir l’étincelle. C’est l’échange, la stimulation, l’émulation, voire la confrontation, qui nourrissent le processus créatif. C’est le plus évident des ingrédients que Valérie a identifié. Mais attention: l’étincelle ne jaillira que si l’on a su préparer le terrain favorable avec les trois autres ingrédients !

Resonating body

C’est la caisse de résonance qui saura réagir aux stimuli extérieurs et emmener le créatif là où il ne serait pas forcément allé. C’est la paire de lunettes qui lui permet de voir ce qui peut être invisible à d’autres. Ce sont notamment les connaissances diverses et variées ainsi que les multiples formes de sensibilité que nous avons accumulées au cours de notre vie.

Stamina

C’est l’endurance, l’énergie qui porte le créatif  et qui lui permet de remettre jour après jour l’ouvrage sur le métier, de rester constamment à l’écoute et de laisser les idées incuber sur la durée.  La création est un processus de longue haleine qui s’impose comme une nécessité permanente !

Space

C’est l’espace, considéré ici dans son acception la plus large: espace de liberté, de confiance ou de temps. C’est notamment la place accordée aux rituels qui permettent au créatif de se recentrer ou de prendre du recul. Si l’on ne sait pas se créer sa « bulle d’oxygène » il est impossible de faire émerger sa créativité.

Créativité

Les 4 ingrédients identifiés par Valérie ont constitué le point de départ d’échanges riches et variés qui nous ont emmenés à travers les ressentis et les expériences des uns et des autres. La plupart des participants se retrouvent parfaitement dans le canevas proposé et les exemples, remarques et suggestions ont fusé!

« La créativité n’est-ce pas se donner les moyens de transgresser ? » se demande l’une des participantes. Une autre nous invite à éviter des généralisations trop hâtives: les aspects culturels notamment sont très importants lorsqu’on évoque la créativité et peuvent questionner le modèle de Valérie. Quelqu’un rappelle également que dans le quotidien des artistes et des serial entrepreneurs, la créativité doit aller de paire avec la rigueur qui permet de prendre en compte les contraintes externes.

Un participant conclut en se demandant comment transformer le magnifique travail de Valérie en prérogatives managériales qui seraient directement actionnables. Valérie saisit la balle au bond en annonçant qu’elle aimerait poursuivre la conversation et invite les personnes intéressées à la contacter. N’hésitez donc pas !

Le mot de la fin revient à Geneviève Morand qui me fait remarquer que l’aventure des Causeries du jeudi se retrouve tout naturellement au cœur des 4 ingrédients de la créativité dont elle a su parfaitement se nourrir.

Références

Valérie est la co-auteur d’un livre à paraître bientôt: « Ethnographie du quotidien, Manuel pratique pour mieux connaître vos clients et vos employés » et dont le blog propose quelques références intéressantes.

Antoine Burret a mentionné durant la discussion la thérorie de l’immédiatisme de Hakim Bey ainsi que l’ouvrage The click moment de Frans Johansson.


Causerie du jeudi 21 février 2013

Les secrets de la créativité (Valérie Bauwens)


Présentations de la 22e Journée de rencontre

Transformation des organisations

Le monde évolue. Nous façonnons de nouvelles technologies et ces technologies nous façonnent à leur tour. Elles changent nos usages, nos modes de vie, les relations que nous entretenons entre nous, avec les organisations qui nous entourent et avec la société dans son ensemble. Cette journée de rencontre a permis de faire un tour d’horizon sur le thème de « La Transformation des Organisations ». Le secteur public vit aujourd’hui une réelle transformation dans un monde toujours plus complexe, interconnecté et aussi limité dans ses ressources. Nous avons observé sous plusieurs facettes cette transformation souvent déclenchée par les usages du numérique: comment mieux servir les citoyens et les entreprises de notre canton? comment le design et l’innovation peuvent aider le secteur public? comment transformer nos systèmes de façon durable?

La 22e Journée de Rencontre de l’OT nous a permis d’aborder ce thème. Au cours de l’événement, nous avons eu la chance d’avoir une magnifique palette riche et variée de présentations pour stimuler nos idées. Nous avons voulu à travers nos invités et leur histoires ouvrir le champ des possibles sans pour autant reproduire à l’identique les expériences nécessairement différentes d’un autre contexte. Nous tirons des enseignements des ces expériences de transformation: comprendre les désirs des gens, expérimenter ce qui est techniquement réalisable et en comprendre ce qui est économiquement viable.

 


Pierre Maudet

Pierre Maudet
Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité dont dépend la Direction Générale des Systèmes d’Information.

 

 

 

 

 


 

Thierry Courtine
Thierry Courtine
Directeur de cabinet du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique du gouvernement français.

Le SGMAP est placé sous l’autorité du Premier ministre, ce service est mis à disposition de la ministre chargée de la réforme de l’Etat français . Sa mission est d’appuyer la transformation de l’action publique (projet innovants), de favoriser un usage pertinent du numérique (systèmes d’information), de la rendre plus transparente (ouverture données publiques), d’être au cœur de l’action sur le terrain et d’associer les agents à ces démarches.


 

Frank Grozel
Frank Grozel
Coordinateur du programme de Facilitation du Commerce de la Division sur l’Investissement et les Entreprises à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement CNUCED, ONU, Genève.

La CNUCED a conçu un système de e-gouvernement pour aider les pays en voie de développement. Ce système facilite la création d’entreprises ainsi que leur relations avec le gouvernement en étant plus transparent, plus simple. Le système est déployé dans de nombreux pays en Amérique centrale, en Afrique et en Asie.

 

Frank Grozel – Unctad 10 principes de simplification des procedures administratives

Site eRegulations et vidéos


 

Stéphane Vincent
Stéphane Vincent
Délégué général de La 27e Région, laboratoire de transformation publique des régions de France

La 27e Région est plus qu’un Think-Tank c’est un Do-tank des politiques publiques. Elle cherche à innover avec le secteur public. Elle explore de nouvelles façons d’améliorer la conception et la mise en oeuvre des politiques publiques à travers des programmes de recherche-action. La 27e Région utilise des méthodes issues des sciences humaines, du design de services, de l’innovation sociale et bien sûr du numérique. Elle a aussi un but pédagogique et aide chaque Région a créer son propre laboratoire de transformation en rendant autonomes les agents de la fonction publique. Elle fait partie d’un mouvement de fond d’initiatives similaires en Europe et dans le monde, comme le Mindlab (DK), le SILK (GB), le Public Policy Lab (USA), le Design Lab (FIN).

 


 

MC Casal et Sabine Dufaux
MC Casal Sabine Dufaux
Fondatrices de Relax In The Air, Sabine Dufaux, stratège et MC Casal, stratège de l’expérience utilisateur et designer.

L’agence est spécialisée dans la conception de stratégies numériques et l’intégration d’écosystèmes numériques (site web, applications, médias sociaux, etc.) dans les entreprises et institutions. Relax In The Air travaille également sur l’expérience utilisateur et l’expérience client afin d’apporter simplicité et clarté aux contraintes que rencontre une marque avec son usager ou consommateur.

Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Sabine et MC nous présentent l’intégration d’un écosystème numérique qui a impliqué des changements structurels, organisationnels et culturels, et comment ce processus de gestion du changement a été mis en place.

Cours en ligne ouverts et massifs MOOCs: effet de mode ou révolution de l’éducation?

L’acronyme MOOC signifie en anglais «Massive Open Online Course»: il s’agit de la mise à disposition ouverte et massive sur Internet de cours interactifs d’études supérieures offerts à des dizaines de milliers d’étudiants en même temps. Est-ce la fin des cours ex-cathedra, des amphithéâtres, des professeurs délivrant leur cours devant le tableau et de se retrouver en classe à côté de ses camarades? Tous les acteurs sont dispersés partout dans le monde, actifs derrière des écrans, collaborant en ligne, en utilisant la puissance du net et des informations en réseau. Le contact est virtuel et à distance, les connaissances distribuées et co-construites, les rôles sont redistribués et chacun cherche sa nouvelle place.

MIT-CSAIL

Quels sont les enjeux des MOOCs?

Ce bouleversement va entraîner plusieurs effets. D’abord, l’étudiant va personnellement choisir, suivre et optimiser, discipline par discipline, son cursus et, si possible, avec les meilleurs pointures, des professeurs de Stanford, du MIT, de l’EPFL, de l’Université de Genève ou d’ailleurs. Cela veut dire qu’il sera possible de le faire selon ses besoins et là où on le souhaite. La notion de temps et de lieu s’estompe, les horaires sont flexibles et la contrainte des cours en classe disparaît. Comment alors structurer un établissement d’enseignement qui ne serait plus basé sur un temps fixe (l’horaire) et un espace tangible (la classe)? Cette déstructuration paraît de fait impossible. Pourtant, on devrait s’imaginer un instant comment ce nouveau système pourrait fonctionner. Prenons le cas d’un jeune étudiant qui voudrait obtenir la meilleure formation possible en informatique. Il a le choix de s’inscrire à l’EPFL et obtenir son diplôme en quelques années ou alors il pourrait suivre une quarantaine de cours de son choix avec les professeurs les plus pointus de grandes universités au monde (MIT, Harvard, Stanford ou EPFL). À la fin de ces deux filières de formation, il aurait soit un diplôme de l’EPFL, soit un dossier de certifications prestigieux. Il est à parier que lors d’une procédure d’embauche (par exemple chez un Google ou un Facebook), l’étudiant disposant d’un dossier de certifications issues d’universités renommées soit l’élu. Comment pourrait-il en être autrement si la valeur de ces certifications accordées par les meilleurs professeurs de la planète dépasse le niveau d’un diplôme décerné par une seule et unique université? Ceci d’autant plus vrai qu’aucune université ne peut se targuer de rassembler dans toutes les disciplines, les meilleurs enseignants au monde au sein de son institution. Cette impossibilité fragilise le système actuel face à l’offre nouvelle apportée par le système des MOOCs. Le changement va s’opérer sur le fait que la demande (celle de l’étudiant) va complètement chambouler la situation actuelle de l’offre (celle des universités).

MOOCs: utopie lointaine ou réalité émergente ?

Utopie? Pas vraiment, puisque aujourd’hui l’exemple choisi des études en informatique est devenu une réalité: il existe déjà une quarantaine de cours dans ce domaine offert sur Internet par les dix meilleures universités du monde. Bien sûr, la plupart des disciplines universitaires n’offrent pas encore à l’heure actuelle une telle diversité de cours, mais c’est juste une question de temps. Les principaux moteurs de ce changement sont à la fois la volonté des professeurs de renom d’atteindre le plus grand nombre et l’envie des étudiants de suivre les cours des meilleurs, en ce sens le principe des MOOCs est la réponse adéquate. Cette double approche de l’offre et la demande est une tendance quasiment irréversible, tant la convergence des intérêts semble être partagée.

Un effet aussi important qui ne manquera pas d’ouvrir des défis nouveaux est celui de la formation continue et tout au long de la vie. Le cours local a bien sûr ses avantages, mais on pressent une augmentation de formations de type massif et en ligne. Pensons aux employés motivés ou à certains chômeurs, aux budgets de formation en entreprise en diminution constante: face à une offre alléchante de cours de haut niveau en principe chers et réservés à une élite, voilà un moyen qui permet de mettre des signaux en avant quant à l’employabilité et la construction de connaissances nouvelles.

Il est donc facile de prédire le succès de ce système. La question qui ne manquera pas de se poser est qu’adviendra-t-il de l’ancien système? Cela annonce-t-il la fin de l’université et des formations telles que nous les connaissons? Si oui, quand?

L’EPFL donne un cours d’informatique à 53’000 étudiants

En septembre 2012, le professeur Martin Odersky de l’EPFL propose, sur un site MOOC appelé Coursera, son cours de Scala, le langage de programmation qu’il a inventé. Il s’agit d’un cours technique, qui est proposé aux étudiants de l’EPFL dans un mode présentiel classique. Sur Coursera, la plateforme de MOOC la plus en vue, ce cours est proposé sur une durée de 7 semaines, avec comme ressources plusieurs courtes vidéos (de 5 à 15 minutes), des lectures, des questionnaires et des exercices pratiques à rendre en ligne. Résultat: 53’000 étudiants se sont inscrits à travers le monde pour la première semaine de cours et au final un cinquième ont passé les évaluations avec succès. «Près de 10’000 étudiants qui obtiennent ce certificat en seulement deux mois, c’est bien plus que durant toute ma carrière!» déclare impressionné Martin Oderksy. Les étudiants proviennent de toutes les régions du monde: États-Unis bien sûr, mais aussi Russie, Angleterre et Allemagne ainsi que les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil. En grande majorité (85%) les étudiants inscrits sont déjà en possession d’un diplôme universitaire et cherchent donc à continuer à apprendre tout au long de leur vie, ce qui met les universités au défi d’utiliser ce type de canal pour la formation de base.

La course à l’éducation massive: Coursera, edX et les autres

MOOCs logosCoursera est un site de cours massivement en ligne initié par deux professeurs de Stanford, Daphne Koller et Andrew Ng. Ce site propose une plateforme qui permet de s’adresser non plus à des milliers, mais à des millions d’étudiants. Lancé en avril 2012, il attire aujourd’hui près de 2 millions de personnes à travers 200 pays. Les cours proviennent de 33 universités allant de l’Université de Toronto, à celle de Melbourne en passant par New Dehli et Edimbourg. Les cours en français sont principalement développés par l’EPFL qui s’y est engagée très tôt. Coursera est effectivement une start-up, financée par du capital risque, qui recherche son modèle d’affaires. Celui-ci pourrait être, par exemple, le passage d’examens certifiés et payants par une université, une certification ensuite rendue visible par l’étudiant sur Coursera; ou encore, avec l’accord de l’étudiant, la vente d’informations sur les cours effectués à des entreprises à la recherche de candidats. Face à ce modèle, le MIT et Harvard proposent edX, un service similaire mais basé, lui, sur un modèle non lucratif. Précédé par une offre en ligne de contenus bruts comme MIT OpenCourseware, la plateforme s’enrichit maintenant d’outils collaboratifs et de formats plus adaptés aux études massivement en ligne. D’autres grandes universités comme Berkeley rejoignent le projet edX et y offrent aussi leur contenus. Diverses initiatives privées ou publiques existent aussi comme par exemple Udacity, Stanford Venture-Lab, iTunes U, Udemy, P2PUniversity, Kahn Academy.

Comment les MOOCs deviennent-ils eux-mêmes plus intelligents?

Il est intéressant de remarquer que la plupart des initiatives de plateformes MOOC intègrent dans leurs équipes des laboratoires d’intelligence artificielle. Est-ce une coïncidence? Peut-être pas. En effet, des questions arrivent immédiatement lorsqu’on propose des cours à un public aussi nombreux: Qui sont les étudiants? Comment corriger leurs devoirs? Comment former des groupes de travail? Peut-on s’assurer que l’étudiant qui rend les travaux est bien celui déclaré? Ceci offre un terrain d’expérimentation idéal pour les travaux de recherche sur l’intelligence collective et artificielle. Un algorithme peut former des groupes sur la base de critères tels que l’effort déclaré que l’étudiant souhaite fournir ou sa langue maternelle. Les contenus peuvent être aussi enrichis par les forums et les travaux des personnes suivant les cours. Les corrections des devoirs sont dans ces systèmes souvent effectuées par d’autres étudiants. Ces mêmes travaux peuvent ensuite aussi parfois être évalués parallèlement par un expert et selon la qualité de la correction observée, on peut ensuite apprendre à reconnaître les « bons » correcteurs parmi les étudiants eux-mêmes. On peut même envisager d’identifier un étudiant en reconnaissant son rythme de frappe lorsqu’il soumet un travail comme une sorte de signature unique et personnelle.

Le chemin des MOOCs reste à construire

Il est certain que certains défis majeurs restent à résoudre, comme la tricherie, le besoin de contact « offline » entre étudiants ainsi qu’entre étudiants et professeurs en plus de celui « online », la pression de la gratuité des contenus sur les universités qui peut aussi conduire à une dilution des cours, et, finalement, le retard des autres nations en dehors de l’offre du continent Nord Américain. Peut-on l’ignorer? Certainement pas. Tout reste à apprendre.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

On a causé de Lean Startup…

C’est Antoine Burret qui nous livre ci-dessous le résumé de la Causerie du 20 décembre 2012.

Dernière Causerie de l’année, première anniversaire des Causeries du jeudi à la Muse, l’occasion de faire une courte rétrospective sur un format de rencontre qui fait désormais partie du paysage genevois.

En novembre 2011 Jean-Michel Cornu, directeur scientifique de la Fing inaugurait la première Causerie sur le thème de l’intelligence collective. Dès lors cette réunion mensuelle, intimiste mais ouverte à tous a permis d’aborder des problématiques aussi diverses que les nouvelles monnaies, l’économie du libre, l’e-inclusion, les net-ups ou la gestion du changement, pour ne citer que celles-là. Des projets ont ainsi été testés et expérimentés; des contacts ont été noués. Les discussions ont été longues, précises, vives parfois, mais toujours bienveillantes. Nous remercions chaleureusement les plus de 200 participants à ces Causeries pour la richesse de leurs idées et de leurs interventions.

Le programme de cette nouvelle année se précise. Le 21 février nous aborderons ainsi le thème de la créativité en entreprise. Et tout comme Vincenzo Pallotta qui nous a fait le plaisir d’animer la Causerie du mois de décembre 2012, n’hésitez pas à nous contacter pour proposer des sujets pour cette année 2013.

Le jeudi 20 décembre 2012, de nombreux participants se sont déplacés pour échanger sur le thème de la soirée, une méthodologie entrepreneuriale qui transforme radicalement notre conception de la création d’entreprise: le Lean Startup.

C’est Vincenzo Pallotta, conseiller stratégique en entreprises et spécialisé dans l’approche Lean Startup qui animait la soirée. Pour lui cette méthodologie s’est développée dans un contexte particulier qui incite les entreprises à  réinventer leur manière d’évoluer et d’aborder leur marché. Les conditions économiques actuelles compliquent en effet l’accès aux capitaux pour les entrepreneurs.  De plus, les marchés évoluent très rapidement ce qui rend quasi-obsolètes les prévisions des business plans sur 3 ou 5 ans.  Il devient donc nécessaire, lors du lancement d’une entreprise de connaitre parfaitement son marché en étant au plus près des besoins de ses futurs utilisateurs.

Photo Samuel Rubio (www.samuelrubio.ch)

La méthodologie Lean Startup propose un mécanisme permettant de prendre des décisions stratégiques en fonctions de données qualitatives et quantitatives obtenues de manière scientifique grâce à des retours d’expérience. Concrètement, il s’agit de lancer son projet à l’état de prototype, même s’il est petit et imparfait. Cette étape permet de rencontrer ses utilisateurs en prenant un minimum de risques, en  concentrant ses efforts sur les fonctionnalités clés de son produit/service. Un produit minimum viable est ainsi testé par des first users. Sur cette base, la définition d’indicateurs permet de vérifier les hypothèses de départ et de réorienter son produit ou son service (de pivoter) si les résultats sont insatisfaisants.

Cette méthodologie se rapproche des méthodes de co-création qui « embarquent » l’utilisateur final dans le processus de décision. Chaque développement est envisagé comme une expérimentation permettant de valider des hypothèses. Chaque échec est un enseignement. L’entrepreneur Lean se positionne en chercheur. Il teste son produit/service dès la phase de concept et mesure le comportement des potentiels utilisateurs. Chaque développement stratégique est pris en fonctions de données issues de ses expériences. La recherche de bons indicateurs quantitatifs et qualitatifs est donc essentielle pour comprendre très rapidement ce pour quoi le futur client veut bien payer et la manière dont on peut lui offrir.

Après cette présentation d’une trentaine de minutes, Vincenzo a animé la discussion qui a suivi pour terminer avec un cas concret. Le fondateur et directeur de la startup Up to Wine s’est porté volontaire pour un innovation game dont l’objectif était de tester le comportement d’acheteurs potentiels devant un « Produit Minimum Viable ». Vous pouvez retrouver le compte-rendu détaillé de cet atelier sur le blog leanstart.ch.

Quelques lectures pour se plonger dans le sujet:

Pour celles et ceux qui sont intéressés par une formation plus complète, Vincenzo Pallotta organisera prochainement un atelier sur le sujet.

Voici enfin les photos de l’évènement réalisées par Samuel Rubio:

 

Ces algorithmes qui nous gouvernent

Le 6 mai 2010 à 14 heures 40 le marché boursier de Wall Street a soudainement piqué du nez de manière vertigineuse. Des titres comme Accenture ou Boston Beer se sont retrouvés avec une cote de $0,01. Du jamais vu.

Aujourd’hui, on sait que des algorithmes de trading aussi appelés les « robots » par les financiers sont à l’origine de ce « flash krach ». Seule une interruption momentanée de Wall Street a permis aux ordinateurs de retrouver un peu de calme. Cet événement n’a toutefois pas changé le cours de l’histoire, les algorithmes sont toujours aux commandes à New York et représentent aujourd’hui entre 60 et 70% du volume des transactions. Cette situation est plus ou moins la même sur les autres grandes places financières du monde.

Les algorithmes dictent les règles du jeu.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine où la puissance des algorithmes s’exprime.

Songeons en premier lieu à Internet, cet immense écosystème de données, d’informations interconnectées que, seuls les algorithmes parviennent à traiter, à manipuler et à produire au final des résultats qui deviennent à leur tour de nouvelles données et informations. Ainsi lorsque je fais une recherche sur Google, l’algorithme qui me prend en charge va offrir plusieurs solutions à ma requête présentée comme une liste de liens, mais, dans le même temps, va retenir ma requête comme une information qui va être intégrée comme une donnée pour ses propres recherches futures.

Il en est de même par exemple sur Amazon ou Ebookers, chacune de mes recherches et chacun de mes achats seront intégrés à une base de données de « comportement  clients » qui ira enrichir les recherches et offres futures non seulement me concernant, mais aussi pour ceux qui auront fait les mêmes choix.

C’est une nouvelle réalité : les algorithmes nous prennent en charge. Il ne reste qu’à franchir un petit pas pour qu’ils nous gouvernent. Un pas qui pour l’instant n’est pas encore franchi. Mais jusqu’à quand ? Il n’est pas question ici de se faire peur mais de bien comprendre le monde qui émerge. Un autre exemple tout aussi important, mais plus dissimulé : celui de l’automobile. Des centaines d’algorithmes ont été introduits dans la gestion de nos véhicules. Le plus visible et marquant est l’algorithme pour garer sa voiture. La publicité maintes fois vue de la marque automobile Volkswagen est une nouvelle étape d’aide à la conduite dont l’algorithme utilisé introduit une véritable évolution voire une rupture.

Ainsi à chaque visite chez votre garagiste, le diagnostic du véhicule s’opère grâce à un ordinateur pratiquement indépendant de l’humain. La facture souvent conséquente reste cependant aux frais du conducteur… Tout appareil électroménager, HiFi, TV, Radio, téléphone et bien sûr votre ordinateur sont bourrés d’algorithmes, mais, là, on s’en doutait un peu…

Qu’en est-il de l’Etat ? Si aujourd’hui de nombreuses procédures sont automatisées, il y a peu d’algorithmes qui utilisent l’interopérabilité des bases de données. C’est à la fois historique, à cause de l’étanchéité des départements et aussi philosophique car les administrations ne cherchent pas à interpréter les comportements des citoyens et se contentent de les servir.

Sans doute, un jour les états vont faire leur (r)évolution vers l’anticipation des besoins, mais ce n’est pas le cas actuellement. Un citoyen reste un usager passif, sauf si on lui demande sa voix pour des élections et des votations, mais on lui demande rarement de donner de la voix pour s’exprimer comme un citoyen « augmenté ».

La réalité du changement est plus lente que l’on ne le pense généralement, mais ses conséquences à long terme sont certainement sous estimées.

Explorons quelques exemples d’augmentations offertes grâce aux algorithmes.

Santé publique : comment combattre la grippe grâce à Google

Une application récente et frappante de l’apport des algorithmes est celle de la prévision de la grippe. Chaque année l’épidémie se propage et les services de santé publique suivent très attentivement l’avancement de son impact. Or, une équipe de Google a constaté que certains termes recherchés par les internautes sur leur service sont de bons indicateurs de l’activité grippale. Google Flu Trends utilise des données agrégées de recherche pour estimer l’activité actuelle de la grippe dans le monde entier en temps quasi-réel. En fait, on arrive à détecter une augmentation significative d’activité grippale avec 2 semaines d’avance sur les statistiques épidémiologiques du Center for Disease Control américain. Voyons cela de plus près.

Toutes les personnes malades ne cherchent pas le mot « grippe » ou les mots liés à ses symptômes sur Internet et tous ceux qui recherchent ces termes ne sont pas nécessairement malades, mais la corrélation est suffisamment forte pour que lorsque toutes les requêtes sont rassemblées, filtrées et comparées à la fréquence habituelle, la tendance ressort nettement. Ainsi, on arrive à estimer par un algorithme la progression de l’épidémie grippale saisonnière en utilisant de façon ingénieuse des données de recherche anonymisées afin de préserver la sphère privée des internautes.

Pourquoi utiliser les données, un peu improbables à première vue, issues d’un moteur de recherche plutôt que de simplement faire confiance au système classique de surveillance de la grippe ? Les deux ne sont pas concurrents mais finalement complémentaires : les épidémiologistes peuvent compléter les données  plus fiables relevées conventionnellement par les médecins, les centres de soins et les hôpitaux par ces indicateurs avancés en temps réel. Plus une maladie est détectée rapidement, plus il est possible d’en réduire les effets sans avoir à recourir à des campagnes de vaccination lancées en catastrophe et des décisions coûteuses hâtives.

Faut-il se méfier de l’effet de « buzz » qu’Internet sait si bien propager ? Certainement. Mais si ces premiers résultats expérimentaux sont confirmés et que les algorithmes sont plus raffinés, l’impact sur la santé publique pourrait être majeur et sauver un nombre considérable de vies. Cette recherche appliquée prometteuse a fait l’objet d’une publication dans le très renommé journal Nature en 2009.

Les « Smart Cities » : comment rendre le transport en ville plus intelligent à Singapour

Les villes et les métropoles se densifient de plus en plus : depuis 1950 la population mondiale urbaine est passée de 30 à 50% et on estime que d’ici 2050 plus de deux-tiers de la population mondiale vivra en ville. Les défis que cette tendance démographique amène sont énormes pour les pouvoirs publics. Voyons comment les algorithmes peuvent nous aider.

Le concept de « smart cities » (ou de « villes intelligentes ») ajoute aux infrastructures physiques de la ville une couche d’informations digitales qui permet d’imaginer des fonctions et des services aujourd’hui embryonnaires mais qui vont massivement se développer.

La ville de Singapour, par exemple, possède déjà un excellent réseau routier. Elle continue à améliorer sa gestion du trafic en équipant ses taxis de capteurs permettant de mesurer l’état du trafic en collectant leur position et leur vitesse. Ces données sont traitées par un algorithme qui permet de détecter les embouteillages et les zones à forte densité de trafic. Ces informations sont ensuite utilisées par les pouvoirs publics pour leur planification et aussi, surtout,  pour informer directement le public afin qu’il puisse mieux choisir son parcours, voire se reporter sur d’autres modes de transport.

Ce type de système intelligent permet non seulement de mieux appréhender un problème complexe, mais aussi de rendre plus lisibles les politiques publiques favorisant les transports multimodaux croisant voitures, bus, métros, trams, taxis, vélos, piétons, etc.

Est-ce que les algorithmes peuvent écrire des articles meilleurs que les journalistes ?

C’est la question un peu provocante que pose Wired. En effet, il existe aujourd’hui déjà des exemples fortement prometteurs dans ce domaine.

Narrative Science, une des compagnies les plus avancées sur le sujet, propose de transformer, depuis quelques temps déjà, des données et des événements en une sorte de « cocktail narratif ». Cela est effectué en créant des phrases contenant les éléments à disposition ainsi qu’une analyse déductive afin délivrer un article. Les articles ainsi produits n’auraient probablement jamais été écrits par une personne. Soit parce que l’audience aurait été trop petite, soit parce que le travail de fouille de données aurait été trop important et fastidieux, soit parce que le sujet n’aurait pas été suffisamment attirant pour un journaliste. Bref, il aurait été impossible de mettre un pigiste sur le sujet. Toutefois, les algorithmes sophistiqués, eux, permettent de produire une histoire qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’un humain aurait écrit avec un sens de l’exactitude et de l’analyse de données inégalé. Les applications sont multiples : de l’article sur les résultats de sport de la petite équipe de baseball qui fait la fierté d’un parent et d’un enfant, à la synthèse des résultats de marché demandée par les investisseurs et les managers de titres et de portefeuilles, jusqu’aux conseils personnalisés rendus à chaque étudiant sur la base de ses résultats et ses objectifs personnels pour réussir dans une discipline. La vidéo ci-dessous montre des résultats pour le moins saisissants.

Automated Storytelling

Il semble utile de revenir sur une définition simple du terme « algorithme ».

Algorithme (adapté de Wikipedia) : L’algorithmique est l’ensemble des règles et des techniques qui sont impliquées dans la définition et la conception d’algorithmes, c’est-à-dire de processus systématiques de résolution d’un problème permettant de décrire les étapes vers le résultat. En d’autres termes, un algorithme est une suite finie et non-ambiguë d’instructions permettant de donner la réponse à un problème. Si les instructions d’un algorithme s’exécutent les unes après les autres, l’algorithme est dit séquentiel, si elles s’exécutent en même temps, il est parallèle. Si l’algorithme exploite des tâches s’exécutant sur un réseau de processeurs on parle d’algorithme réparti, ou distribué. Le mot « algorithme » vient du nom du mathématicien Al Khuwarizmi (latinisé au Moyen Âge en Algoritmi), qui, au IXème écrivit le premier ouvrage systématique sur la solution des équations linéaires.

Voici encore 2 exemples d’entreprises dont le modèle d’affaire contient une forte composante algorithmique.

NetFlix

Netflix est une entreprise proposant des films en flux continu sur Internet ainsi que des locations de films par correspondance aux États-Unis et au Canada. La société a été fondée en 1997. Son siège est situé à Los Gatos en Californie. En 2009, elle offrait une collection de 100 000 titres et dépassait les 10 millions d’abonnés. En 2011, le service compte plus de 25 millions d’abonnés. L’abonné paie  une souscription mensuelle fixe et reçoit les films de son choix par courrier. Il n’y a pas de limite de temps, mais il y a une limite du nombre de films que l’abonné peut avoir simultanément qui dépend de son niveau d’abonnement. Netflix propose un service de film en flux continu pour les ordinateurs sous Windows et Mac OS ainsi qu’un certain nombre d’appareils compatibles (Wii, Xbox 360, PS3). Ce service est disponible par défaut aux abonnés du service standard de Netflix, mais l’ensemble du catalogue n’est pas accessible aux heures de pointe, c’est-à-dire en soirée. Netflix est responsable en 2011 d’environ 20% du trafic Internet en Amérique du Nord.

Quid

Bob Goodson, PDG de Quid, et Sean Gourley, son CTO, se sont rencontrés à l’Université d’Oxford. Peu de temps après, Sean a terminé son doctorat en physique et est venu le rejoindre aux États-Unis, Bob s’étant déjà établi dans la communauté hightech de San Francisco, où il a été le premier employé de Yelp, le fameux service en ligne de recommandation de restaurants. La vision des deux entrepreneurs pour Quid est celle d’un service qui appliquerait de nouveaux algorithmes, en utilisant des sources de données ouvertes, et créerait des visualisations novatrices pour mieux analyser et synthétiser des systèmes complexes pour prendre des décisions. Par exemple, les services proposés permettent d’analyser un secteur de technologies émergentes et de découvrir quelles stratégies d’investissement avoir en visualisant les zones encore vierges car elles commencent à voir des entreprises collaborer dans la recherche et le développement.

Xavier Comtesse, Avenir Suisse et Giorgio Pauletto, Observatoire technologique.
Texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

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