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On a causé de production alimentaire…

Food


La fin de la faim, ou comment l’innovation peut-elle sauver l’humanité?

Le climat se réchauffe, le nombre d’êtres humains s’accroît tandis que les ressources pour produire notre nourriture s’amoindrissent chaque année. Entre innovation et famine, qui aura le mot de la fin ?

Que l’on soit ouvrier d’usine au Vietnam ou président des Etats-Unis, se nourrir est le besoin fondamental de chacun sur cette planète. Aujourd’hui, grâce aux innombrables innovations dans le domaine (production, traitement, distribution) nos besoins sont satisfaits par une alimentation devenue moins onéreuse, plus saine et plus goûteuse que jamais. C’est sur ces prémisses que Jonathan Moy de Vitry a lancé la Causerie du 24 avril intitulée « Innovation versus Starvation »  et consacrée à l’innovation dans le domaine alimentaire.

Jonathan débute en illustrant de manière provocatrice ce que peut être l’innovation dans le domaine alimentaire en exhibant un hamburger de chez McDonald. Car il y en a des innovations dans un tel produit: que ce soit au niveau du mode de production, du conditionnement, du marketing, du goût, ou de la logistique associée pour ne citer que celles-là. Jonathan veut montrer par-là la nécessité d’envisager l’innovation dans le domaine alimentaire de manière holistique.

Et dans ce sens la notion de réseau d’innovation prend tout son sens. Il aimerait ainsi que l’on oublie l’image de l’innovation centrée autour d’une seule personne, à l’image de celle que l’on a de Steve Jobs. Cette image ne correspond pas à la réalité. A l’inverse, l’innovation réside aujourd’hui avant tout dans les réseaux et dans le partage des connaissances et des savoirs.

Mais ces réseaux alliés à une vision holistique de l’innovation suffiront-ils à nourrir la planète dans les décennies à venir ?

Au niveau des bonnes nouvelles, Jonathan met en avant les opportunités considérables apportées par les technologies industrielles alliées (au sein de réseaux d’innovation) aux technologies numériques. Il l’illustre notamment avec les résultats impressionnants obtenus par l’industrie de l’élevage de saumons ces dernières années. Dans un registre presque opposé, les innovations amenées dans le domaine de la production alimentaire biologique font toujours plus leurs preuves. Jonathan insiste sur le fait que c’est en combinant toutes ces approches que l’on va découvrir de réelles opportunités.

Et quelle que soit la voie choisie, Jonathan est convaincu que notre monde qui devient toujours plus complexe s’approche d’un point de bascule (un tipping point en anglais) dans le domaine alimentaire. Il est important selon lui d’atteindre ce point de bascule en ayant trouvé des solutions pérennes à nos problèmes d’alimentation. Car une fois celui-ci atteint, le chaos qui en résultera risque de ruiner nos efforts pour innover efficacement.

Photo Bruno Chanel

Photo Bruno Chanel

A ce point de la présentation, Jonathan nous a beaucoup parlé des technologies comme des solutions aux problèmes de production alimentaire. Mais il n’oublie pas la composante humaine et termine son exposé en insistant sur l’innovation sociale qui doit compléter le tableau. Nous sommes en effet parties prenantes de la solution. Nous pouvons ainsi innover dans notre vie quotidienne et contribuer à des améliorations significatives de la situation. Des choix simples peuvent en effet avoir des impacts importants. Dans le domaine du gaspillage notamment, les gains peuvent être considérables: toute nourriture non gaspillée n’as pas besoin d’être produite.

                    Enjoy your food, you will eat less!

Jonathan conclut en affirmant (avec tout l’auditoire d’ailleurs) qu’innovation technologique et innovation sociale vont main dans la main pour résoudre les difficultés à venir.

La discussion qui suit aborde de nombreux thèmes. On évoque notamment la brevetabilité comme étant un frein majeur à l’innovation technologique. Est-ce normal dans un domaine qui concerne des enjeux aussi importants pour la planète? Et c’est là que les gouvernements ont un rôle à jouer. Mais tant que nous n’aurons pas une prise de conscience planétaire des enjeux, cela va être difficile. On disserte alors sur le pouvoir qu’ont les citoyens dans ce domaine, pouvoir qu’ils ne prennent pas ! Et pourtant les technologies numériques offrent des opportunités sans pareil au niveau de la communication et de l’information.

La Causerie se termine en évoquant les nombreuses initiatives lancées sur le territoire en matière d’alimentation (voir références).


Références

Food Focus Genève : https://www.facebook.com/FoodFocus

Le Printemps carougeois qui se déroulera sur le thème de l’alimentation Fédération romande d’agriculture contractuelle de proximité : http://www.acpch.ch

La Ruche qui dit Oui : http://www.laruchequiditoui.fr/

 


 

Jonathan Moy de Vitry

Probablement l’un des coursiers à vélo les plus atypiques du canton, Jonathan Moy de Vitry a obtenu son Master en innovation et management industriel à l’Université de Gothenburg en Suède l’année dernière. Sa thèse portait sur la manière dont l’innovation durable a aidé l’industrie des fermes de saumons norvégiens à échapper au célèbre “Fishmeal Trap“, un travail pour lequel il a reçu une récompense de l’Agence Nationale de l’Innovation suédoise. 


 


Interviews qualitatives: le mode d’empathie du Design Thinking

En entreprenant une démarche de “Design Thinking”, la première étape consiste à mieux comprendre le contexte et les acteurs, à se plonger dans un nouvel univers, et finalement mieux comprendre l’autre. Les designers de la d.school à Stanford ont appelé ce mode, le mode d’empathie. C’est là un mot fort qui évoque la capacité de ressentir les émotions de quelqu’un d’autre. Voyons comment cela se traduit dans le processus du “design”.

empathize-process

Pourquoi utiliser le mode d’empathie?

Arrêtons-nous un instant sur le pourquoi. Dans la conception innovante centrée sur l’humain qui est la base du Design Thinking, la toute première nécessité est de comprendre les gens pour lesquels un bien ou un service nouveau sera créé. Les problèmes que l’on essaye de résoudre sont rarement ceux personnels du designer, ce sont ceux d’utilisateurs particuliers; afin de concevoir une solution pour eux, il s’agit de créer une empathie pour qui ils sont, ce qu’ils font et ce qui est important pour eux.

Mieux connaître un public (ou un segment) peut bien sûr passer par des méthodes de sondages quantitatifs bien connues. (Ma formation de base est la statistique et l’économétrie, où j’ai poussé le vice jusqu’à faire une thèse et cela reste donc cher à mon cœur). Les approches statistiques sont certainement utiles et elles donnent des résultats fiables avec une mesure de l’intervalle de confiance de la réponse  pour autant que l’on se soit assuré d’un échantillon suffisant et représentatif de la population ainsi que d’un traitement adéquat des réponses. De par la nature même du sondage quantitatif, la profondeur et la largeur du champ doivent souvent rester restreintes pour s’assurer de la représentativité et de la significativité statistique des résultats.

Par ailleurs, il est intéressant de se tourner vers des méthodes qualitatives, inspirées de l’ethnographie, sans pour autant y être totalement fidèles. On cherche dans les approches qualitatives simplement à prendre connaissance du contexte et des personnes, afin d’en tirer les éléments essentiels sans devenir pour autant un spécialiste de l’anthropologie. On vise ici plutôt la validité que la fiabilité. Quels sont les points d’achoppement sur lesquels les gens buttent? Ou encore, qu’est-ce qui les ravit et leur donne envie? Que veulent-ils au fond? S’intéresse-t-on au bon problème?

(Source: http://www.flickr.com/photos/rosenfeldmedia/8461136025)

Qu’est-ce que le mode empathie?

Voyons maintenant ce que cela recouvre pratiquement. L’empathie est bien un élément fondamental d’un processus de conception centré sur l’humain. Il existe plusieurs façons de faire dans l’approche du design pour mieux comprendre les personnes. Trois démarches peuvent mettre oeuvre concrètement cette phase d’empathie:

Observer. Cela consiste à regarder, à découvrir les utilisateurs et leur comportements dans le cadre de leur vie et plus particulièrement dans l’usage de ce qui nous intéresse.

Participer. Il s’agit ici d’interagir avec les utilisateurs et les interviewer à travers des rencontres parfois régulières ou au contraire impromptues.

S’immerger. On s’intéresse à découvrir ce que vivent les utilisateurs en se plongeant dans leur contexte et en vivant leur expérience pendant un laps de temps plus ou moins long, de façon continue ou par moments.

Bien entendu, plusieurs autres approches sont possibles et peuvent englober une ou plusieurs de ces façons de faire.

Voyons de plus près l’approche de l’interview qualitative.

Comment effectuer une interview qualitative?

Nous voulons comprendre les pensées, les émotions et les motivations d’une personne (ou d’un groupe de personnes), afin que nous puissions déterminer comment innover pour celle-ci. En comprenant les choix que les personnes font et leurs comportements, nous pouvons mieux cerner les besoins et imaginer sur cette base des éléments de solution. Dans ce contexte, il est important de laisser l’interlocuteur-trice s’exprimer 75% à 80% du temps, ce sont ses avis qui importent.

(Source: http://www.flickr.com/photos/35928519@N00/7641670088)

Décrivons quelques étapes qui permettent de mener des interviews de type qualitatif. A nouveau, il s’agit ici de pratiques sans prétention d’exhaustivité, qui sont décrites simplement à titre d’exemple. Il existe par ailleurs, et notamment en ligne, une bibliographie riche sur le sujet. L’essentiel ici est repris de la démarche de la Stanford d.school (ici et ici) et aussi mis en pratique par le Design Thinking Action Lab  de Stanford (MOOC) que j’ai eu l’occasion de suivre.

 Préparation de l’interview

(Source: http://www.flickr.com/photos/25622716@N02/8471945591)

Imaginer des questions

Notez toutes les questions potentielles. Un travail d’équipe est utile pour formuler une bonne variété de questions. Bien entendu, dans cet exercice de brainstorming, il s’agit de construire sur les idées des uns et des autres pour étoffer les domaines significatifs à couvrir.

Identifier les thèmes et l’ordre

Il est utile de repérer les grands thèmes auxquels appartiennent les questions. Une fois ceux-ci identifiés, on peut pour chaque ensemble de questions, essayer de déterminer un ordre qui permettra de construire une conversation fluide. Ceci facilitera la structure du débit de l’entretien, en réduisant le potentiel d’avoir une interaction apparemment trop disparate donnant une perception de saupoudrage et de désordre à l’interlocuteur.

Affiner les questions

Une fois les questions regroupées par thèmes et ordonnées, certains domaines apparaîtront redondants ou certaines questions ne sembleront pas à leur place. Il est aussi utile de  s’assurer de garder de la place pour poser beaucoup de questions “pourquoi?”  et de relances de type “parlez-moi de la dernière fois que vous _____?” en cherchant aussi les questions qui font ressortir comment l’interlocuteur se sent. (Ces points sont détaillés ci-dessous.)

Déroulement de l’interview

Lors de l’interview, au-delà des explications à donner à l’interlocuteur-trice sur le contexte de l’interview, la finalité des résultats et la publicité / confidentialité des propos, plusieurs moments apparaissent et ont une charge émotionnelle qui est décrite par le schéma suivant.

(Source: Stanford d.school)

Voici 12 points importants à ne pas oublier  dans ce contexte.

  1. Demander “pourquoi”. Même si vous pensez que vous connaissez la réponse, demandez aux gens pourquoi ils font ou disent des choses. Les réponses pourront parfois vous surprendre. Une conversation qui a commencé à partir d’une question devrait continuer aussi longtemps que nécessaire.
  2. Ne jamais dire “habituellement” en posant une question. Au lieu de cela, demandez une expérience spécifique, par exemple “Parlez-moi de la dernière fois que vous ______ “.
  3. Encourager histoires. Les histoires que les gens racontent, qu’elles soient vraies ou non, révèlent comment ils se représentent le monde. Posez des questions qui permettent aux gens de raconter des histoires.
  4. Observer les incohérences. Parfois, ce que les gens disent et ce qu’ils font est très différent. Ces incohérences cachent souvent des idées intéressantes.
  5. Comprendre les indices non verbaux. Soyez conscient du langage du corps et des émotions. Observez et écoutez.
  6. Ne pas avoir peur du silence. Les interviewers ressentent souvent le besoin de poser une autre question quand il y a une pause. Si vous autorisez le silence, une personne peut réfléchir sur ce qu’elle a juste dit et peut révéler quelque chose de plus profond.
  7. Ne pas suggérer des réponses à vos questions. Même si cela prend un moment, ne pas aider en suggérant une réponse. Cela peut involontairement amener les gens à dire des choses qui sont en accord avec vos attentes.
  8. Poser des questions neutres. “Que pensez-vous de faire des achats de cadeaux avec votre conjoint?” est une meilleure question que “Vous ne pensez pas que faire du shopping à deux est génial?” parce que la première question n’implique pas qu’il y a une bonne réponse.
  9. Ne pas poser de questions fermées. Les questions fermées sont celles auxquelles on répond en un mot, vous voulez favoriser une conversation qui se construit sur des histoires.
  10. Privilégier les questions courtes. Votre interlocuteur va se perdre dans des questions longues. Restez concis.
  11. Poser une seule question à la fois, à une seule personne à la fois. Résistez à l’envie de soumettre votre interlocuteur à un feu roulant de questions ou de lancer des questions à la cantonade à un groupe.
  12. Consigner le plus possible d’éléments. Essayez de faire toujours vos entrevues à deux. Si ce n’est pas possible, utilisez un enregistreur, car il est difficile d’écouter une personne et de prendre des notes détaillées en même temps.

Enfin, il ne faut pas négliger le moment final, l’effet poignée de porte (“doorknob effect”): parfois c’est à l’instant crucial de se séparer que l’indice le plus pertinent est révélé. Remercier sincèrement est aussi indispensable car le temps est la ressource la plus précieuse.

Comment restituer l’interview?

Une fois les informations récoltées voyons comment restituer et synthétiser un retour utile. La première idée de la retranscription in extenso atteint vite ses limites car elle reste fastidieuse, chronophage et finalement peu utile.

Voici une proposition de synthèse visuelle différente qui peut aider dans ce contexte: la carte d’empathie. Une carte d’empathie est un outil pour aider à synthétiser les observations et aussi à en tirer des traits saillants.

On retrouve ce type de synthèse sous formes différentes dans la pratique. Voyons en une plus en détail.

(Source: Design Thinking Action Lab, Stanford)

On procède en créant un modèle de carte à quatre quadrants sur un papier ou sur un tableau blanc. Après le travail de terrain et en réexaminant les notes (écrites, audio et/ou vidéo), on remplit la carte en notant des éléments dans les quatre zones.

Tout d’abord et de la façon la plus tangible possible:

Dire: Quels sont les mots et les citations exactes que votre utilisateur a employés?

Faire: Quelles sont les actions et les comportements que vous avez remarqués?

Puis dans un deuxième temps et en utilisant votre propre créativité:

Penser: Quelles pourraient être les pensées de votre interlocuteur? Qu’est-ce que cela vous dit à propos de ses idées?

Ressentir: Quelles émotions votre sujet peut-il ressentir?

Notez que les pensées / croyances et les sentiments / émotions ne peuvent pas être observés directement. Ces éléments doivent être déduits en prêtant une attention particulière aux différents indices. Notez le langage corporel, le ton et le choix des mots.

Enfin, il s’agit de synthétiser les besoins et désirs exprimés dans un énoncé du problème et les idées pour aider à les assouvir:

Identifier les besoins: Les “besoins” sont les choses nécessaires pour les humains (produits, services ou éléments émotionnels). Identifier les besoins nous aide à mieux appréhender le défi de conception. Il faut se rappeler que les besoins sont généralement représentés par des verbes (des activités et des désirs pour lesquels votre interlocuteur demande de l’aide), pas des noms (des solutions). Identifiez les besoins directement à partir des traits de l’utilisateur que vous avez notés, ou des contradictions entre deux traits – par exemple, un décalage entre ce qui est dit et ce qui est fait. Notez les besoins que vous voyez sur le côté de votre carte d’empathie.

Identifier les idées: Une idée est une réalisation remarquable dont vous pourriez tirer parti afin de mieux répondre à un besoin ou à un problème. Les idées se développent souvent à partir des contradictions entre deux éléments amenés par le sujet (que ce soit dans un quadrant ou entre plusieurs différents).  A vous de demander “Pourquoi?” quand vous remarquez un comportement étrange. Notez aussi les idées possibles sur le côté de votre carte.

Voilà, de façon succincte, une manière d’entrer dans le mode empathie du Design Thinking en utilisant les interviews qualitatives.

Bien entendu, il n’y a pas de recette magique pour obtenir un résultat pertinent. La finesse et la pratique sont ici clairement essentielles pour tirer parti des éléments obtenus.

On a causé de Quantified Self…

Quantified Self

Mieux se connaître soi-même par les chiffres. C’est l’objectif du Quantified Self, un mouvement qui a vu le jour en 2008 dans la baie de San Francisco sous l’impulsion de Kevin Kelly et Gary Wolf, éditeurs du magazine Wired. Il est depuis lors en pleine expansion.

Le Quantified Self (QS) vise à la collecte et au partage en temps réel des données qui nous concernent par le biais d’objets connectés et d’applications mobiles. Le mouvement s’inscrit dans une tendance globale vers la réappropriation de notre corps et de notre personne en général.

  Avec le Quantified Self, bienvenue dans l’ère de la mesure de notre intimité !   

Laurent EymardC’est Laurent Eymard qui lance cette Causerie du 23 janvier 2014 avec une présentation plutôt destinée aux néophytes. Il nous apprend qu’il a découvert le QS il y a une année seulement. Mais il a manifestement rattrapé le temps perdu !

Le QS recouvre une réalité trop vaste et trop changeante pour en donner une définition catégorique. Laurent nous propose celle de Wikipedia et nous renvoie également aux sites MyData Labs (francophone) et quantifiedself.com (anglophone)

Pour lui le QS n’est pas uniquement une affaire de technologie. C’est avant tout une démarche qui vise à se quantifier soi-même, quel que soit le moyen utilisé. La technologie n’est qu’un facilitateur et permet d’aller beaucoup plus loin que le simple carnet de notes et les graphiques Excel. C’est elle qui a permis le formidable boom que connaît le QS depuis deux ou trois ans.

Laurent l’illustre avec une série d’exemples provenant des multiples domaines concernés par le QS: cela va des vacances, au sport, en passant par l’alimentation, la sécurité ou la santé.

La dimension sociale du QS est pour lui évidente. En phase avec l’évolution du Web et de ses usages, le QS s’est en effet naturellement invité sur les réseaux sociaux sur lesquels on partage ses expériences. Lorsqu’il s’agit de la quantification de nos performances ou de nos paramètres physiques, c’est souvent dans un esprit de compétition favorisé par la composante ludique intégrée dans les principaux dispositifs et services proposés.

Avec une participante à la Causerie, nous nous demandons si ce type de systèmes ne tend pas à nous faire perdre l’écoute de notre corps. Apprenons à mieux écouter ce dernier plutôt que de faire une confiance aveugle à des technologies qui ne sont de par ailleurs pas toujours aussi précises qu’on voudrait nous le faire croire. Laurent acquiesce mais nous rappelle que le QS n’en est qu’à ses débuts et que le meilleur reste à venir. Il est en outre convaincu que les paramètres mesurés peuvent révéler beaucoup plus de choses qu’une simple écoute de notre corps.

Tout comme Kate Wac qui animait la Causerie avec lui, Laurent est persuadé qu’au-delà des aspects descriptifs qui permettraient éventuellement de poser un diagnostic, le QS autorisera toujours plus de passer à un mode prédictif, voire prescriptif. Dans un premier temps en tous cas, ces outils valident une perception ou peuvent déclenchent des alertes.

Les dispositifs de mesure vont toujours plus se fondre dans des objets qu’on a achetés pour d’autres usages (à l’image des montres actuelles). Dans un futur proche Laurent pense que des applications et des services de visualisation vont nous aider à mieux valoriser les données produites. Le QS est juste en phase d’apprentissage !

Laurent mentionne pour terminer sa présentation l’exemple extrême de Tim Cannon qui pousse le QS dans ses extrêmes et va jusqu’à hacker son corps en y implantant des système de mesure (voir par exemple ici). Avec, qui sait, des applications vraiment intéressantes qui vont en découler !

Kate Wac prend ensuite la parole pour nous présenter son expérience personnelle ainsi que les recherches qu’elle mène dans ce domaine. Elle résume le rapport qu’elle entretient avec le QS avec cette phrase:

           Quantified Self is a journey, not a destination !

Kate est venue au QS il y a de nombreuse années avec pour objectif de surveiller sa ligne. Son parcours professionnel et l’évolution des technologies l’ont naturellement amenée à se tourner vers le QS. Elle illustre les différents domaines qu’elle a investigués en présentant la mesure de son activité physique durant ces dernières années obtenue grâce au coach électronique Fitbit, un des produits phares du marché.

Elle nous révèle également une série de ‘mesures’ plutôt originale et qui nous démontre ainsi que le QS peut prendre des formes inattendues: sa webcam la prend en photo automatiquement très régulièrement devant son écran et lui permet de tenir un historique sur plusieurs années de l’évolution de sa physionomie et de ses états émotionnels. Kate ne sait pas forcément comment exploiter ce type de données aujourd’hui. Mais elle est convaincue que la mesure des émotions peut nous réserver des surprises prometteuses.

Elle mesure également ses activités quotidiennes (rendez-vous, repos, détente, etc.) en prenant la peine de catégoriser et de mesurer la durée de chacune d’entre elles. Elle ne voit pas non plus d’exploitation immédiate de ces données, mais elle les acquière en se disant qu’elle pourra un jour en faire quelque chose d’utile pour elle. Kate amène ainsi clairement le QS dans la self-expérimentation. Selon elle, les potentialités sont énormes. Mais comme souvent dans le monde du numérique l’un des obstacles est le manque de normalisation (technique et sémantique) qui permettrait un échange facilité des données mesurées pour les croiser, les enrichir et ainsi créer de la valeur pour l’utilisateur.

Kate présente également quelques formes de QS qui ont le vent en poupe, tel que le money spending (la mesure de nos dépenses quotidienne). La collecte de ces données et leur partage sur des sites dédiés (tel que Mint) constituent selon elle une aide appréciable pour toute une catégorie de personnes qui ont de la peine à gérer leur argent.

Les avancées prometteuses du QS, Kate les perçoit avant tout dans le domaine de la santé. Elle espère que nous serons bientôt capables avec de tels systèmes de mesurer facilement (et précisément) notre taux de glucose, notre rythme respiratoire et notre pression sanguine. Avec ces données nous entrerons vraiment dans l’ère de la prévention active. Enfin elle est persuadée que le QS va investir des domaines tels que les émotions, la flexibilité sociale et la flexibilité mentale. Mais ça c’est pour demain ! Kate&Participants

Le débat autour des questions soulevées par Kate et Laurent est vif. Quatre thèmes reviennent dans la discussion:

  1. Le QS ne risque-t-il pas d’introduire des biais de comportement dans notre société en érigeant implicitement une norme qui n’est pas forcément ni souhaitée, ni souhaitable. Dans le même ordre d’idée, ces technologies n’auraient-elles pas tendance à déresponsabiliser les gens? Pas de réponse définitive sur ce sujet tant les exemples discutés peuvent servir l’une ou l’autre cause.
  2. La deuxième question concerne la surinformation. Où va la masse des données que ces capteurs envoient sur le web ? Qu’en fait-on réellement à titre personnel ? Peut-on les récupérer afin de croiser ces données et de les exploiter à leur juste valeur ? L’obésité informationnelle ne menace-t-elle pas ? Autant de questions qui n’ont pas toujours des réponses claires. Kate et Laurent conviennent qu’il faudra s’en préoccuper tout en rappelant que le domaine est trop nouveau pour avoir résolu toutes ces questions.
  3. Le vrai problème qui revient systématiquement dans nos échanges est celui du respect de la sphère privée. Que font les entreprises des données que nous partageons avec elles ? Notre sphère privée est-elle préservée ? Les gens ont-ils conscience des dérapages possibles avec des données qui touchent à notre intimité ?  Kate a conscience des problèmes potentiels mais préfère se concentrer sur la valeur ajoutée que cela peut avoir pour les individus, cela sans bien sûr nier les dérives possibles. Avec l’une des participantes de la Causerie, elle insiste sur le fait que les données récoltées peuvent constituer des bases de données riches de promesses pour les chercheurs (dans le domaine de la santé notamment).
  4. En lien avec ce dernier point, nous nous demandons si les données issues du QS ne se substituent pas à des mesures plus ‘professionnelles’ entraînant par là-même des risques potentiels liés à une précision limitée et/ou à une mauvaise interprétation des résultats ? La majorité s’accorde sur le fait que les mesures de QS sont complémentaires des données obtenues par des professionnels et qu’il faut plutôt y voir toutes les opportunités liées si l’on y met les garde-fous nécessaires. Dans cet esprit, on note à titre d’exemple la valeur ajoutée que pourraient représenter les données QS dans le cadre du dossier médical partagé (monDossierMédical.ch) lancé récemment à Genève. Kate a été approchée par les initiateurs du projet, mais on s’est bien vite rendu compte qu’il y avait de nombreux autres problème à régler avant de s’intéresser à cette voie.

Le mot de la fin revient à Kate qui évoque quelques défis à venir pour le QS. Je retiendrai notamment: un travail important à faire sur l’accessibilité à ces technologies et aux données produites (outils, services, visualisation, interprétation, etc.); les coûts de ces technologies qui ne les rendent aujourd’hui pas accessibles à la majorité; et une nécessaire prise en compte des aspects éthiques liés aux usages du QS.

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Laurent EymardLaurent Eymard dirige sa société Red Dolphin spécialisée dans les produits technologiques portables, particulièrement ceux en lien avec le Quantified Self. Il est actif dans les communautés de passionnés de ces sujets.

 


La présentation de Laurent

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Katarzyna Wac

Katarzyna Wac est chercheuse à l’Institut de Science des Services de l’Université de Genève. Elle y dirige le Centre de recherche pour la qualité de vie.

Dans une approche transdisciplinaire, elle s’intéresse aux systèmes de réseaux mobiles permettant de fournir aux utilisateurs des services ‘partout, en tous temps et par n’importe quel canal. Au-delà de ses travaux de recherche, Katarzyna est une utilisatrice de longue date des outils du Quantified Self. 

 


La présentation de Katarzyna

 

On a causé de Tiers-Lieux…

Tiers-Lieux

Le terme Tiers-Lieu est aujourd’hui largement utilisé pour évoquer des structures facilitant l’émergence de l’innovation. Leur particularité réside dans une gestion collective et dans une approche transdisciplinaire. Les espaces de coworking, les Fablabs et plus généralement tous les lieux où des individus peuvent se rencontrer et collaborer sont ainsi englobés sous le terme de Tiers-Lieu. Mais ces initiatives ne sont que le résultat visible d’une dynamique plus large. En effet, au delà d’être une structure instituée, le Tiers-Lieu est une nouvelle manière d’articuler les différentes ressources d’un territoire afin de co-construire de nouvelles solutions et de générer de la valeur.

C’est en s’inscrivant dans cette perspective que Yoann Duriaux est venu nous aider à comprendre ces dynamiques d’un type nouveau. Yoann a d’autant plus volontiers accepté d’échanger avec nous qu’il désirait confronter sa vision des Tiers-Lieux avec celle(s) qui a (ont) cours en Suisse romande. Et avant même de découvrir le contenu de cette Causerie, sachez que les points de discordance sont quasi inexistants.

Aujourd’hui il n’y a plus d’expert, il n’y a que des explorateurs

Yoann interpelle d’entrée la vingtaine de participants à cette Causerie du 12 décembre en assurant que les Tiers-Lieux constituent l’une des réponses qui nous permettra de reconstruire cette société en perpétuel changement dans laquelle nous vivons. Et derrière cette affirmation on ressent immédiatement le militantisme d’une personne très engagée dans son discours, mais en même temps très ouverte à l’échange et à la discussion, voire à la confrontation.

Plutôt que de définir d’emblée ce qu’est pour lui un Tiers-Lieux, Yoann préfère nous raconter son parcours et la genèse de ces Tiers-Lieux (cela désarçonne les rares participants peu au fait du sujet). Il nous présente ensuite le Manifeste des Tiers-Lieux que lui et Antoine Burret ont récemment lancé en mode ouvert et contributif, dans la même logique que le monde du logiciel libre dont il reprend la philosophie de partage et de réutilisation. Yoann a d’ailleurs été dans le même temps été le co-fondateur de la communauté francophone des Tiers-Lieux Open Source.

De mon point de vue cette appellation de Tiers-Lieux Open Source n’est pas forcément heureuse. Elle peut être mal interprétée (hors des cercles initiés) et génératrice de conflits (à l’intérieur de ces cercles), à l’image de ce qu’a vécu la communauté du libre autour des notions de logiciel libre et d’Open Source. Pour ma part j’aurais plutôt mis en avant les valeurs véhiculées par les communautés du logiciel libre (collaboration, partage, ouverture) plutôt qu’une dénomination qui s’applique spécifiquement à du code informatique et pas à une démarche de co-construction.

Yoann passe une grande partie de la Causerie à débattre avec les participants des différentes thématiques développées dans le Manifeste des Tiers-Lieux qui vise avant tout à améliorer la compréhension de ces espaces et des dynamiques associées. In fine Yoann espère qu’il aidera à démultiplier l’impact des Tiers-Lieux sur la société.

Causerie Tiers-Lieux

Le Manifeste propose ainsi les briques méthodologiques et les outils permettant de passer de l’intention à la mise en oeuvre concrète d’un Tiers-Lieu. Yoann et Antoine l’ont structuré selon les 10 thématiques qui devraient caractériser un Tiers-Lieu, qui devrait ainsi être :

  1. Collectif – Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif
  2. Espace – Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs.
  3. Travail – Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking.
  4. Organisation – Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.
  5. Langage – Le Tiers-Lieu génère un langage commun et ré-appropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.
  6. Numérique – Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.
  7. Gouvernance – Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres.
  8. Services – Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.
  9. Financements – Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.
  10. Prospective – Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

Les échanges sur ces différentes thématiques sont riches et témoignent selon Yoann de la maturité plutôt élevée de la majorité des participants à la Causerie sur le sujet.

Quant à ceux qui étaient venus à la Muse afin d’en savoir plus sur ce qu’était un Tiers-Lieu, ils ont du attendre la fin des débats pour le découvrir. La définition de Yoann est celle d’un “dispositif mis en place pour favoriser l’innovation sociale”. Une définition un peu trop générale au goût de la majorité de l’assemblée. Et pourquoi se cantonner à l’innovation sociale ? A moins, comme nous avons été plusieurs à le suggérer, de comprendre ‘sociale’ dans son acception la plus large, synonyme de ‘sociétale’.

Yoann Duriaux

Quelque soit la définition que l’on en donne, Yoann insiste sur la nécessité de considérer l’engagement comme une valeur forte lors de la mise en place et du développement des Tiers-Lieux. Selon lui ceux-ci participent clairement à l’amélioration de notre société en ce sens qu’ils proposent des environnements favorables à l’innovation sociale mais également parce qu’ils permettent aux gens de se transformer. Ils favorisent également le rapprochement de ‘ceux qui font’ et de ‘ceux qui analysent’.

En évoquant l’avenir des Tiers-Lieux, Yoann les voit évoluer vers des lieux qui faciliteront l’assemblage de briques de services pour créer avec les gens les solutions qui permettront une meilleure une gestion de la Cité et qui amélioreront le ‘vivre ensemble’.

Le mot de la fin revient à Loïc Gervais de l’Espace Publique Numérique de Thonon qui voit dans le Manifeste des Tiers-Lieux un prisme qui lui a permis d’appréhender son espace sous un angle différent et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Fort de son expérience, Loïc insiste sur la dynamique d’émergence qu’il faut savoir cultiver dans les Tiers-Lieux, avec la nécessité permanente de se donner le droit à l’erreur.

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Références:

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Yoann Duriaux

Yoann Duriaux (OpenScop) est co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint-Etienne et de  la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source. Il est co-initiateur de la méthodologie Movilab, co-organisateur du premier tour de France du télétravail et des Tiers-Lieux. Il a également participé à la création des communautés Imagination for People et OuiShare.

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Voici les gagnants du concours open data tpg

Les transports publics genevois se sont lancés dans l’Open data en septembre et ont proposé un concours d’applications pour innover avec l’ingéniosité du public et des programmeurs. Aujourd’hui les premiers résultats sont là.

OPEN-data-TPG

Les Transports publics genevois ont mis à disposition du grand public un large ensemble de données actualisées en temps réel (toutes les 20 secondes), des prochains départs de véhicules, des coordonnées des 800 arrêts du réseau et des mises à jour et détournements de lignes (perturbations annoncées). Pour le détail des données fournies et leur contexte voir la page tpg sur la démarche.

Suite à cette initiative, un concours d’application utilisant les données a été lancé du 18 septembre au 22 novembre avec l’aide de Lift. Parmi les 23 projets reçus, 3 lauréats ressortent.

  1. “Parcours” est une application pour iPhone qui permet de mémoriser et de voir les horaires tpg en temps réel rapidement. Elle indique les départs des véhicules en temps réel à l’avance, transbordements inclus. Elle vous permet également de connaître le temps à disposition pour passer d’un véhicule à l’autre et vous alerte même quelques minutes avant le passage de votre bus.
    Disponible sur iTunes: http://itunes.apple.com/fr/app/id733497372
  2. “UnCrowdTPG” pour les smartphones Android est un concept qui permet à l’utilisateur de donner son avis sur la surcharge à bord des véhicules. L’application, qui reste à finaliser, fonctionnera sur le principe du crowd sharing, à savoir qu’elle serait alimentée en temps réel par les utilisateurs.
    Voir le site: http://www.qol.unige.ch/apps/UnCrowdTPG.html
  3. “Roule ton film” reçoit la mention spéciale. L’application permet à un utilisateur des tpg de recevoir un film en fonction de la ligne utilisée. Le réseau des tpg devient ainsi une plateforme interactive et personnelle de vidéo créative et personnalisée prenant en compte sa localisation ainsi que les données open data en provenance des TPG.
    Plus de détails sur: http://memoways.com/en/mention-pour-roule-ton-film/

De façon préalable et indépendante, un hackathon sur la mobilité et les données publiques ouvertes a été organisé avec succès en mars 2012.

Vous pouvez retrouver tous les détails sur les gagnants sur le site de tpg, ainsi que les autres projets sélectionnés et l’annonce officielle des résultats.

Les gagnants seront présents à la Conférence Lift qui aura lieu du 5 au 7 février 2014, voici un article en anglais présente les lauréats sur leur site.

Comment innover grâce au Design Thinking

Le monde dans lequel évoluent aujourd’hui le secteur public et celui privé devient de plus en plus complexe et interconnecté. Les organisations vivent une réelle transformation sans précédent. Elles cherchent à innover pour mieux se réinventer et survivre et se tournent vers une méthode simple et éprouvée le Design Thinking.

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Les technologies numériques sont en train de transformer profondément les organisations. Ceci est un révélateur du besoin de repenser les solutions avec les usages aujourd’hui de façon innovante. Souvent, cela fait émerger des questions au delà de la technologie. Des approches classiques ne sont plus suffisantes.

Voyons comment faire.

Pour pouvoir se transformer et innover les administrations ou les entreprises à travers le monde utilisent des méthodes dites de Design Thinking. Depuis plusieurs années, ces méthodes sont issues des pratiques des designers, véritables créateurs et pratiquants très concrets de l’innovation. Citons, parmi de très nombreux exemples, la 27e Région en France, le MindLab au Danemark pour le secteur public, SAP, Apple ou d’autres encore pour le secteur privé et le service d’innovation de l’ITU pour les organisations internationales. Ces approches sont centrées sur les désirs profonds des usagers et proposent de les inclure très tôt dans le processus pour imaginer, et parfois aussi co-construire, des solutions utiles, réalisables et économiques.

Après avoir vécu dans mon cursus la vie trépidante de Stanford lors de mes études, j’y suis retourné plus récemment pour voir où les changements s’opèrent. Aujourd’hui, la d.school de Stanford (officiellement le Hasso Plattner Institute of Design) est un véritable centre et accélérateur pour les innovateurs. Après un longue gestation, la d.school a vu le jour récemment. Les étudiants et professeurs en ingénierie, médecine, des affaires, du droit, les sciences humaines, les sciences, l’éducation croisent leur chemin ici pour attaquer ensemble les problèmes complexes du monde.

Tim Brow, CEO de IDEO

En 2008, j’ai aussi eu le privilège de visiter IDEO, la maintenant très célèbre agence d’innovation par le design de Palo Alto. D’après Tim Brown, président et CEO de IDEO, “Le design thinking est une approche d’innovation centrée sur l’être humain, qui utilise la boîte à outil du designer pour intégrer les besoins des gens, les possibilités de la technologie et les exigences du succès du business.”

Les étapes proposées par la d.school, bénéficiant de l’expérience concrète et du monde des affaires de IDEO et de la théorie de Stanford, offrent un processus simple et efficace pour l’innovation de produits et services. Ce même procédé est également largement utilisé pour l’innovation sociale et l’approche de problèmes complexes.

Design Thinking Process

Voyons cela plus en détail.

La méthode se présente en 5 grandes phases:

  1. La phase d’empathie permet d’observer et d’approcher la question dans le contexte de celui ou celle pour qui on résout le problème. Rien ne sert de partir sans avoir une compréhension plus large et plus profonde du contexte et des contraintes.
  2. La définition du problème se propose de décadrer le problème et de permettre de l’aborder parfois très différemment, une question bien posée étant souvent la source d’une solution efficace et élégante.
  3. La phase d’idéation offre la possibilité de penser de façon divergente, car avant de faire des choix, il est nécessaire de savoir créer un champ de possibles. Sans cela on court le risque de rater une idée brillante et intéressante en l’éliminant trop tôt.
  4. La phase de prototypage reste sans doute un aspect très essentiel. Que cela soit sous forme de dessin, de maquette, de jeu ou tout autre élément tangible, il permet la concrétisation de l’idée. C’est grâce au prototype qu’on revient à la réalité et que l’on peut corriger le tir avant que les coûts ne soient trop importants.
  5. La phase de test confronte la ou les solutions aux usagers pour mieux comprendre leur réaction et leur appropriation. Les phases sont itératives et agiles, le but en innovation étant d’apprendre vite et de s’orienter vers les solutions valables.

Il s’agit bien entendu d’un processus itératif à plusieurs niveaux. Ce sont l’ensemble de ces éléments qui constituent une démarche permettant de bâtir des solutions viables, désirables et pratiques que cela s’adresse aux services publics pour les citoyens ou aux entreprises pour leur clients.

Des ateliers de co-construction avec les usagers et les employés, des observations ethnographiques et sociologiques sont par exemple rarement intégrées en amont des projets. Les hypothèses faites sont bâties sur une demande directe des besoins aux usagers (ce qui en général est un exercice difficile) et / ou sur l’interprétation de ces besoins par des acteurs proches internes à l’organisation.

De même, les solutions proposées sont souvent considérées comme finales et ne permettent que peu de latitude d’adaptation, suite à des retours des personnes concernées sur leur utilité afin de pouvoir ajuster la solution pour atteindre l’impact voulu.

La génération et la sélection d’idées n’est pas non plus à laisser au hasard. Les bonnes idées ne sont souvent pas celle que l’on a, ni celles que l’on donne, mais ce sont celles que l’on suscite. Ensuite, la discussion et la sélection sont aussi importantes car elles permettent de revenir sur le terrain concret pour ébaucher et tester les idées envisagées.

En synthèse, sans vouloir être une panacée, le Design Thinking peut apporter une méthode simple et efficace. En ayant suivi le Design Thinking Action Lab offert par Stanford, j’ai pu aussi tester ce type d’approche que ce soit dans les hackathons Opendata.ch ou les expériences de design de services ménées précédemment, ce qui me conforte dans l’idée que ce processus, bien que simple en surface, à l’avantage de permettre de générer des solutions innovantes, valables et viables pour mieux résoudre les problèmes complexes de demain.

On a causé d’innovation…

Brainstorm

Ateliers participatifs, Bar Camps, Design Thinking, autant de formats de co-création qui ont su générer des idées nombreuses, variées, ambitieuses. Mais après le brainstorming et la mise en commun, que devient la production intellectuelle? La co-création, oui, et après? 

Passer du remue méninge au feu de l’action n’est pas une mince affaire. Les idées, il faut savoir s’en emparer, les triturer, les travailler pour les traduire en solutions réalisables. Mais si les outils et méthodes d’idéation en mode co-créatif sont nombreux, ce n’est pas le cas de ceux permettant de traduire ces idées dans des réalisations innovantes et viables. En compagnie de Marc-André Eggimann, un spécialiste de l’innovation en entreprise, la Causerie du jeudi 21 novembre dernier à la Muse Genève a permis d’échanger quelques pistes dans ce domaine.   

D’entrée, Marc-André nous rappelle que le sujet de la soirée n’est pas la phase de co-création, mais bien l’exploration et la mise en action de certaines des idées générées durant cette phase initiale. Et c’est au travers d’une série d’exemples vécus qu’il nous présente quelques prérequis nécessaires pour initier une démarche d’innovation dans de bonnes conditions. On retiendra notamment :

  1. des enjeux partagés et bien compris de toute l’équipe participant au projet;
  2. des attentes de résultats concrets associés à ces enjeux;
  3. un commanditaire impliqué dans le projet;
  4. un responsable du projet clairement identifié;
  5. et une équipe pouvant évoluer et entreprendre dans l’incertitude car dans ce domaine “on découvre en marchant”.

L’un des participants (ancien directeur du CERN) note que dans le monde scientifique c’est surtout le facteur “enjeu important et bien identifié” qui sert de moteur à la démarche d’innovation. Car ici on travaille dans l’énergie permanente et dans l’abondance des idées (ouvertes). C’est alors une communication importante et constante qui constitue le facteur clé de succès.

Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’en a qu’une ! 
                                                                                                                              
Paul Claudel
Lorsqu’il s’agit de gérer les idées issues du processus de co-création, Marc-André rappelle quelques erreurs à ne pas commettre, comme par exemple: 
  1. partir sur « LA » bonne idée (surtout lorsqu’elle émane du chef) ;
  2. chercher à sélectionner une seule idée parmi plusieurs dizaines ;
  3. espérer réaliser directement « LA » solution à partir de l’une des idées retenues ;
  4. jeter au panier les idées qui paraissent irréalistes (elles pourront se révéler très pertinentes dans un autre contexte) ;
  5. vouloir atteindre trop vite l’objectif final (mais au contraire procéder par itérations en avançant rapidement et sans viser une réalisation parfaite).

Et si il fallait retenir quelques bonnes pratiques, ce serait de :

  1. explorer plusieurs pistes simultanément ;
  2. inclure au maximum les parties prenantes de la solution le plus en amont possible dans la démarche ;
  3. concrétiser les pistes envisagées sous plusieurs formes ;
  4. savoir tirer parti des apprentissages ;
  5. ne pas oublier les métriques (les critères de performance) qui vont définir le succès de la solution innovante ;
  6. et toujours savoir piloter par la valeur (c’est à dire en gardant à l’esprit les enjeux escomptés).

 

 

Selon le regard, l’idée est tout ou elle n ’est rien.

                                                                                        Guy Aznar

 

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

 

Dans sa pratique quotidienne Marc-André s’appuie sur la méthode C-K développée par l’Ecole des Mines à Paris et qu’il utilise à satisfaction depuis de nombreuses années. Comme décrit dans la vidéo ci-dessoous, la méthode consiste à confronter les Concepts en lien avec le problème posé aux connaissances (Knowledge) relatives au territoire investigué. Des allers-retours entre ces deux domaines permettent d’enrichir et de préciser les concepts porteurs d’idées innovantes. Et plutôt que d’aller puiser dans une quantité d’idées non structurées pour en mener certaines à terme, la méthode vise à les regrouper au sein de champs d’explorations qui constituent autant de pistes potentielles à investiguer. Tout l’art consiste à trouver le bon équilibre entre la formulation d’idées trop précises ou trop vagues, tout en gardant le bon niveau d’abstraction. 

La méthode C-K a fait ses preuves et elle permet selon Marc-André de :

  1. systématiser la couverture des concepts relatifs au problème posé;
  2. favoriser la créativité en confrontant de manière itérative la réalité des connaissances et les idées que l’on retrouve derrière les concepts;
  3. présenter les champs d’explorations de manière structurée et lisible avec sur un axe des pistes les plus conceptuelles aux plus concrètes, et sur l’autre axe de celles qui sont le plus consensuelles à celles qui sont en rupture.

Une fois les pistes décrites et structurées, il ne reste plus qu’à choisir (de manière non- exclusive) celles que l’on va tester…

Les questions de l’assistance portent notamment sur la manière d’apprécier les pistes qui sont le plus porteuses de valeur. Selon Marc-André, c’est en se projetant dans les usages correspondants que l’on trouvera les réponses à cette question. Et l’on comprend dans ce contexte l’importance du prototypage et de l’itération qui permettent de coller au plus près des besoins et des attentes.

Cette Causerie nous aura proposé quelques pistes intéressantes pour se lancer dans des démarches d’innovation efficaces, même si l’on aura pu apprécier la complexité de la démarche. Marc-André Eggimann nous a bien fait comprendre que le chemin peut être long et semé d’embûches. Mais il est dans tous les cas à chaque fois passionnant !

 


Références:

  1. Introduction à la conception innovante – éléments théoriques et pratiques de la théorie C-K, M. Agogué et al, 2013
  2. Le manager explorateur, le management de projet par enjeux, un catalyseur d’innovation, F. Touvard, 2013
  3. Lean Startup, Eric Ries, 2012
  4. Les processus d’innovation, P. Le Masson et al, 2006
  5. La fabrique de l’innovation, E. Mock et G. Garel, 2012

 

Marc-André Eggimann est fondateur de la société Inneo et spécialiste de l’innovation.

MA-Eggimann

 

 

 

 

 

Innovation : “C-K c’est quoi ?” Présentation d’une nouvelle méthode de conception de produits   

Concours sur les données en temps réel des transports publics genevois

tpg-opendata

Les transports publics genevois (tpg) ont mis à disposition une plateforme de données publiques ouvertes (open data) avec les prochains départs en temps réel.

lift

Cette démarche menée avec Lift comme accélérateur d’innovation a déjà donné lieu à un premier workshop très stimulant et un deuxième rendez-vous est donné (voir ici).

Cette initiative innovante, une première en Suisse, offrira aux usagers à travers les différentes applications qui en découleront, une expérience enrichie et une plus grande transparence sur le réseau tpg.

Pour accompagner sa démarche d’ouverture des données, les tpg organisent un concours ouvert à tous et dont le but est de récompenser les projets les plus créatifs et les applications les plus à même d’amener de la valeur à ses clients. Le concours débute le 18 septembre et se termine le 22 novembre.

Vous êtes développeur et vous avez imaginé une app innovante? Rendez-vous sur le site http://www.tpg.ch/web/open-data/, participez au concours et partagez vos idées!

Texte adapté du site http://www.tpg.ch/fr/web/open-data/concours

 

L’émergence du co-citoyen

Co-citoyen fait référence à la fois au mot concitoyen, le compatriote, le citoyen d’une même nation, mais aussi à celui qui évoque la co-habitation, le co-travail, le co-voiturage, ou encore, la co-création, etc. C’est dans cette double compréhension que se situent ce nouveau mot, et les défis qui lui sont liés. Il exprime alors tous les désirs citoyens, mais également quelques unes de ses frustrations.

co-citoyen

Explications.

Internet avec son immense déploiement territorial et applicatif a apporté à chaque citoyen des moyens d’interagir avec son environnement inégalés jusqu’à présent. Qu’il s’agisse des ordinateurs, des portables, des tablettes ou téléphones dit «smart», tout nous amène à collaborer, à co-exister, à co-créer davantage. Cette réalité de l’action collective — on parle souvent même d’intelligence collective — nous amène à nous confronter avec le système en place, celui des institutions nationales. En effet, celle-ci nous paraissent lentes, lourdes et souvent décalées, dépassées voir désuètes. Bref, il existe d’une côté une accélération d’un certain monde en ébullition qui ouvre des champs du possible à l’intervention citoyenne et de l’autre des institutions, certes démocratiques, qui ont l’air de plus en plus jouer contre le citoyen. C’est pourquoi le citoyen ne se prive plus de mettre en doute la capacité du système, notamment politique, à résoudre les grands problèmes immédiats. Ce doute s’installe au moment même où le citoyen explore la co-création. Ce double mouvement nous conduit tout droit vers une rupture qui amène les institutions politiques à freiner et les actions citoyennes à foncer. C’est un peu comme les cartes topographiques fédérales officielles de Swisstopo face à Google Maps. Google a amené une utilisation si simple et si facile que cela a fait naître de nouveaux usages pour les citoyens. Par exemple, grâce à la géolocalisation et aux nouvelles possibilités d’utiliser le service en le combinant à un autre, ce qu’on appelle le “Mash-Up”, il devient immédiatement possible de repérer des hôtels, des restaurants, des monuments touristiques, dans un rayon autour de soi avec son téléphone portable. Le citoyen vit tous les jours ce grand écart entre les institutions politiques et les développements privés qui sont nettement plus réactifs.

Des solutions doivent donc rapidement voir le jour, car cette situation va sans aucun doute s’empirer. Mais comment procéder?

En premier lieu, les pouvoirs publics, les administrations doivent lancer des expérimentations de co-citoyenneté afin d’acquérir non seulement un savoir-faire, mais surtout de créer des ponts entre ces deux mondes qui ne font que se distancer. On confond souvent ces démarches avec des échanges à l’intérieur de groupes sélectionnés, souvent des spécialistes consultés sous le contrôle étroit des administrations. Il s’agit bien au contraire ici, d’expérimentations qui pourraient prendre différentes formes, mais qui doivent toujours être conçues pour rendre le citoyen actif et créatif. Il ne s’agit pas de lui présenter ou même de l’informer d’un nouveau service ou d’une nouvelle application administrative «clé en main», mais bien de l’impliquer très tôt dans la démarche pour réaliser avec lui un projet. De nombreux exemples existent de par le monde (voir encadrés ci-joints), mais ce qui compte c’est de lancer localement des essais de co-citoyenneté ce qui n’est pas encore le cas. Pour ce faire, des ateliers de co-création comme les «World Cafés» sont très performants (voir encarté ci-joint sur l’expérience Rezolab ou des hackathons), mais on pourrait aussi imaginer des formes plus légères de participation (voir celui de «Santé cent deux» des Pharmacies Principales à Genève) ou encore des formes fondées sur les processus du design comme celles initiées par «La 27e Région» véritable laboratoire de transformation publique en France.

Dans tous les cas, il s’agit avant tout d’acquérir du savoir dans ce qui semble être un champ encore méconnu et nouveau pour les institutions démocratiques, de la présence de cette co-citoyenneté sur le territoire. Ce citoyen était jusqu’à présent normé dans et par les institutions alors que le co-citoyen sort de ce champ: il pense et agit hors du cadre. Il faut donc adapter les structures pour lui et ce n’est plus lui qui doit faire l’effort de s’y contraindre. Cet exercice va conduire les administrations vers une refonte en profondeur de ces structures et de ces services. C’est là le principal enjeu actuel: «faire du citoyen un co-citoyen».

Quelques exemples de processus co-citoyen:

1. REZOLAB: comment la co-création citoyenne prend concrètement forme

rezolab
REZOLAB est un réseau de citoyens de la métropole lémanique qui participent volontairement et activement à une sorte de laboratoire sociétal à grande échelle. En récoltant des idées sur le développement souhaitable du système métropolitain de santé, le réseau a dans un premier temps conduit une discussion collective (2012) pour identifier les préoccupations premières puis proposer des solutions originales et enfin en 2013, a poursuivi trois expériences ciblées afin de créer un processus d’acquisition de savoirs et de compétences collectives. «World Café», «On-Off» et «Co-Citoyen» sont autant de termes qui ont émergé lors de ce processus. REZOLAB s’inscrit définitivement dans le cycle de “co-création citoyenne” qui est l’expression contemporaine de ces nouvelles formes de participation active. Le site www.rezolab.ch vous en apprendra davantage… si vous êtes motivé.

«Santé Cent-deux», un projet REZOLAB et Pharmacie Principale

Le but de ce projet qui se présente sous la forme d’un concours, est d’expérimenter une nouvelle forme de prise en charge des problèmes de surpoids et de leurs conséquences. Il s’adresse à tout un chacun et favorise une approche éducative et ludique sur le sujet. Ce n’est pas une énième campagne de santé basée sur un sentiment de peur ou de culpabilité mais sur le désir et le plaisir d’agir. L’idée de fond met en avant la mesure du tour de taille à la place de l’approche traditionnelle du poids, ce qui facilite le changement «je me mesure sans devoir me peser… c’est moins lourd». Ce jeu de mot met en exergue une nouvelle manière de concevoir le problème du surpoids qui met l’accent sur le plaisir en prenant le contrôle de soi et écarte tout sentiment de culpabilité. C’est là le challenge de ce projet.

2. Les «Hackathons»: comment co-créer des applications

Hackathon make.opendata.ch

Un hackathon est un évènement qui regroupe différents acteurs (programmeurs, designers, citoyens, entreprises, administrations, associations, etc.) pour co-produire des prototypes d’applications informatiques dans un intervalle de temps court (un jour à une semaine). Le mot-valise est issu de la contraction de deux vocables. D’une part, celui de «hacker» qui fait référence à une culture, celle des programmeurs virtuoses et expérimentés qui excellent à très rapidement mettre en œuvre des programmes avec leurs compétences pointues (et non le sens erroné avec lequel il est souvent confondu de pirate informatique ou « cracker »). Et d’autre part, le mot «marathon» qui indique l’intensité et le sens continu des efforts pour passer la ligne d’arrivée avec un prototype le plus abouti possible. Il s’agit donc bien d’une production pour les besoins citoyens par une communauté qui permet de faire émerger les possible et les créer ensemble. Il faut insister sur l’aspect concret de la chose: ce n’est pas une collection d’idées consignées dans un rapport, non, on cherche ici des données et on construit des applications immédiatement utiles à résoudre des questions concrètes qui se posent aux citoyens. Des exemples de hackathons en Suisse sont les évènements Make.Opendata.ch. Plusieurs différentes thématiques ont été explorées comme la mobilité, la santé ou les finances publiques et les résultats sont disponibles sur http://make.opendata.ch/?page_id=247

3. Le laboratoire d’innovation publique: comment les administrations co-construisent leur transformation

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Comment mettre en place une structure pour penser la réforme de l’Etat et les politiques publiques de demain? Voilà la question que se pose le service public français à son plus haut niveau avec la ministre en charge de la Réforme de l’Etat. Pour approcher le problème de façon nouvelle et ne pas succomber aux sirènes des conseils externes, une structure éphémère a été mise en place pour dessiner les contours du futur Laboratoire. Inspiré des exemples danois comme le MindLab (http://www.mind-lab.dk/en) ou français avec La 27e Région (http://www.la27eregion.fr), ces laboratoires sont affranchis des pressions quotidiennes usuelles et se mettent au service des administrations pour permettre d’être au plus près des attentes de usagers, de catalyser et d’expérimenter les idées innovantes, ainsi que de sensibiliser et de former les fonctionnaires à des approches issues du processus itératif du «design thinking». Ces approches innovantes visent à transformer l’action publique en profondeur en incluant l’idée de co-création avec les citoyens et les fonctionnaires.

4. La Fabrique Citoyenne: comment stimuler le co-citoyen sur son territoire

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Issue de réflexions pour construire de l’innovation sociale et citoyenne dans les territoires aussi bien urbains que ruraux, la Fabrique Citoyenne sort des concepts classiques attribués au rôle de consultant qui répond aux appels d’offres. Au contraire, il s’agit ici de mettre en place une structure qui initie, incube des projets innovants, des services pratiques qui sont portés et co-produits avec les citoyens. Cette structure est active dans des thèmes tels que «habiter autrement» pour répondre de façon innovante et durable à la crise du logement et aux questions du vieillissement de la population, «travailler autrement» qui soutient le développement d’espaces de co-working et d’incubation entrepreneuriale, «consommer autrement» pour favoriser les circuits-courts et la consommation collaborative et de l’économie de partage de ressources, «se déplacer autrement» afin de repenser et s’approprier les changement de modalités dans les transports.
Citons quelques exemples de fonctions expérimentales lancées. L’Atelier Fabuleux, tout d’abord, qui expérimente l’idée anglo-saxonne de FabLab, un lieu de prototypage d’objets par des imprimantes 3D et des machines-outils pour fabriquer et modifier rapidement des objets, se réapproprier le fonctionnement par les citoyens et en détourner les usages selon leur besoins. La Cantine Numérique propose des tiers-lieux et de co-working en offrant des espaces d’activités et d’échanges aux travailleurs isolés. Le Potager Apprenant, ajoute à la dimension de culture de la terre celui des échanges sociaux. Le Café Citoyen, offre un lieu de débat et d’échange citoyen qui permet de lancer des idées, de mobiliser des acteurs et d’initier des travaux. Plus d’informations sur cet article de a-brest et le site de sapie.coop.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

On a causé de modèles économiques…

Time for change

Partage, contribution, collaboration, peer to peer ou biens communs deviennent les mots d’ordres de toute une génération d’innovateurs, de créateurs et d’entrepreneurs. Plus que des concepts, ils constituent un cadre de pensée pour l’action, à la base de nouveaux modèles économiques. Mais qui sont ces nouveaux entrepreneurs? Pourquoi et comment ces modèles fonctionnent-ils?

Pour nous aider à répondre à ces questions, Louis-David Benyayer du do tank parisien Without Model était l’invité de la Causerie du 13 juin dernier. Créé en 2012, Without Model rassemble chercheurs et professionnels pour construire et généraliser des modèles économiques ouverts, collaboratifs et responsables. Il ambitionne dans ce contexte de faire évoluer les modes de pensée et d’action des entreprises et de promouvoir l’innovation sociale.

“Disruption is eveywhere”

Ces nouveaux modèles constituent selon Louis-David une réponse nécessaire aux nombreuses innovations de rupture que le numérique a amené ces dernières années. Ne serait-ce que lorsqu’on évoque l’essor de l’économie collaborative ou le fait d’aller du monde de la propriété vers celui des services partagés. Dans tous les cas, l’unicité de modèle actuelle est en train de voler en éclats.

Parmi ces nouveaux business models qui émergent, Without Model s’intéresse plus particulièrement à ceux qui sont ouverts, collaboratifs et responsables.

  • Ouverture : au niveau du financement notamment, mais également au niveau de la nécessaire interdisciplinarité à intégrer dans les démarches d’innovation.
  • Collaboratif  : parce que sans s’appuyer sur les compétences externes, il est très difficiles aujourd’hui d’innover.
  • Responsable : en ce sens que les projets ainsi menés doivent produire une valeur sociale au sens où l’entend Michael Porter (notion de shared value ou valeur partagée).

Pour illustrer son propos, Louis-David donne l’exemple de Wikispeed, une entreprise qui a été capable de mettre au point un prototype de voiture à haute efficience énergétique en moins de trois mois (voir la présentation TEDx avec Joe Justice, le fondateur de Wikispeed).  Comment s’y est-il pris ? En transposant les méthodes “agiles”, héritées du développement des logiciels, à la production de biens matériels. Il a conçu sa voiture de manière modulaire, en travaillant sur des plans ouverts, et en se limitant à l’utilisation d’outils du commerce pour son montage. Il a su enfin rassembler des équipes de volontaires qui travaillent en mode collaboratif.

Pour ce succès, comme pour d’autres exemples mentionnés par Louis-David (comme le projet Fair Phone), se pose toutefois la question de la pérennité de ces nouveaux modèles. Nous n’avons en effet que peu de recul pour juger de l’évolution de ces manières de concevoir des services et des produits ainsi que sur des modes d’interactions souvent basés sur des valeurs autres que monétaires. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’on fait référence à des modèles économiques collaboratifs et ouverts tels que ceux prônés par  Without Model.

Les modèles économiques présentés par Louis-Davis sont clairement innovants. Mais dans la phase que nous vivons aujourd’hui, l’innovation ne réside dans un premier temps pas forcément dans les produits ou les services créés, mais dans le simple fait de se lancer dans des démarche basées sur l’ouverture, sur la co-création et sur le collaboratif.

De manière générale, le credo de Without Model réside dans la prise en compte des 4 points suivants comme des facteurs clés de succès:

  1. Lancer les projets dans une logique d’expérimentation et de prototypage
  2. Intégrer l’échec comme un processus d’apprentissage
  3. Savoir se créer son écosystème (pour co-développer des services et les co-opérer)
  4. Favoriser les approches transversales
Antoine Burret, Yves Zieba et Louis-David Benyayer

Antoine Burret, Yves Zieba et Louis-David Benyayer

Le monde de l’industrie traditionnelle perçoit ces ruptures et certains tentent de lancer des démarches inspirées des exemples ci-dessus, à l’exemple par exemple de Renault qui expérimente les FabLabs ou de Leroy-Merlin qui a pris conscience que ces derniers seront probablement leurs concurrents de demain.

La discussion qui suit la présentation de Louis-Davis est riche et aborde des questions variées mais sans réponse définitive :

  • Voit-on un retour vers une économie plus locale ?
  • L’obsolescence programmée est elle bientôt morte ?
  • Va-t-on vers la servitisation de ces nouveaux modèles ?

Louis-David conclut la Causerie avec une présentation des activités présentes et à venir de Without Model. La promotion de ces nouveaux modèles économiques ainsi que des démarches et des outils associés passe par l’organisation d’évènements, dont de nombreux ateliers interdisciplinaires (Business model crash tests, Business model challenge, jeux de plateau sur les business models à venir, etc.).

Without Model peut compter sur des membres passionnés qui donnent beaucoup de leur temps. Le do tank parisien sait également s’appuyer sur les organisations existantes pour relayer son discours et organiser des évènements.

Avec Jean-Henry Morin, président du think tank genevois Think Services, nous nous retrouvons complètement dans le discours de Louis-David. Et même si la masse critique dont peut bénéficier Without Model en région parisienne nous fait défaut à Genève, nous repartons avec quelques suggestions qui devraient nous aider à aller de l’avant !

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Louis-David Benyayer est fondateur du do tank parisien Without Model. Il intervient dans de nombreuses conférences en France et à l’international sur l’innovation des modèles d’affaires.

Louis-David Benyayer

 

 

 

 

 


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