Archives du mot-clé : innovation

Créativité et Design Thinking: le mode idéation

“Trouvez des bonnes idées! Soyez innovant!” Voilà des injonctions qu’on entend parfois et qui ne provoquent qu’un silence et un regard perdu de la part des interlocuteurs. Dans les articles sur le Design Thinking développés ici, on propose un regard moderne sur le processus de créativité et d’innovation. “La créativité c’est mettre votre imagination au travail et cela produit les résultats les plus extraordinaires de la culture humaine” nous dit Sir Ken Robinson. Arrêtons-nous un moment sur le mode d’idéation et voyons de plus près comment cela se passe.

DT-Ideate

Qu’est-ce que le mode idéation

Dans le mode idéation, on se concentre sur la génération d’idées. Mentalement, c’est un moment de divergence, d’ouverture en termes de concepts et de résultats, c’est d’abord un feu d’artifice plutôt qu’une concentration. L’objectif de l’idéation est d’explorer un espace de solution large, de balayer le champ des possibles – à la fois en produisant une grande quantité d’idées et aussi en générant une diversité parmi ces idées. C’est à partir de ce vaste stock d’idées que l’on pourra ensuite construire des prototypes à tester avec les utilisateurs.

Pourquoi utiliser le mode idéation

Il s’agit de rechercher des idées pour faire une transition de la définition du problème vers l’exploration de solutions pour les utilisateurs. Diverses formes d’idéation peuvent se compléter pour:

  • Passer au-delà des solutions évidentes et donc accroître le potentiel d’innovation des solutions
  • Exploiter les différentes perspectives et les points forts du groupe
  • Découvrir des domaines inattendus dans l’exploration
  • Créer de la fluidité (volume) et de la flexibilité (variété) dans les options nouvelles
  • Utiliser l’ingéniosité de l’intelligence collective du groupe

Peu importe la méthode utilisée, le principe fondamental de l’idéation est d’être conscient des moments où l’on génère des idées (sans jugement) et des moments où l’on évalue les idées (sélection). Il est important de bien séparer les deux.

creativity01

Brainstorming

Le brainstorming est un excellent moyen de trouver un grand nombre de idées que l’on ne pourrait pas générer en s’asseyant seul avec un stylo et du papier ou en faisant un simple tour de table. Bien qu’ancien et souvent mal utilisé, il s’agit d’un moyen utile et puissant s’il est bien mis en oeuvre. Voyons comment faire.

L’objectif du brainstorming est d’exploiter la réflexion collective du groupe, en s’écoutant et en s’appuyant sur les idées des autres. Le brainstorming peut être utilisé tout au long d’un processus de conception; bien sûr pour trouver des solutions de conception, mais aussi à chaque fois qu’il est utile trouver des idées.

Il s’agit de définir un intervalle de temps où le groupe sera en mode créatif et où le seul
but sera de venir avec autant d’idées que possible. Le jugement de ces idées n’interviendra que plus tard. L’énergie sera donc concentrée dans une courte période de 15 ou 30 minutes où chacun contribuera. Un autre point essentiel est la définition claire et générative de la question. On se reportera à l’article sur le mode définition et les questions “Comment pourrions-nous …?” pour cadrer le problème.

Il faut bien entendu s’assurer de capturer les idées produites, soit par une personne dédiée, soit directement par chaque participant. Chacune idée sera notée chacune sur un post-it par exemple (ce qui permet ensuite de regrouper et déplacer les idées) de façon claire, visuelle et visible pour l’ensemble du groupe. Un appareil photo et un application de reconnaissance de Post-Its sont également bienvenus pour documenter les résultats.

Dans la pratique, si le groupe ne se connaît pas, il est utile de commencer par un exercice de chauffe, afin de briser les première inhibitions et de briser la glace. Un autre conseil consiste à commencer en silence et individuellement à noter ses idées pendant 2 ou 3 minutes. Ceci permet de ne pas avoir une empreinte trop forte de la première personne qui prendra la parole et de creuser plusieurs différents points de vues.

L’animation se doit de respecter et de rappeler avec bienveillance les règles suivantes.ideobrainstorming

  1. Ne pas bloquer, ne pas juger
  2. Encourager les idées folles
  3. Construire sur les idées des autres
  4. Rester concentré sur le sujet
  5. Une conversation à la fois
  6. Être visuel
  7. Privilégier la quantité

Elles sont par exemple souvent affichées dans les salles de créativité d’entreprises comme IDEO.

L’espace est aussi important dans ce contexte et il faut prévoir une place suffisamment grande pour afficher les résultats. Une feuille A4 ne fera pas l’affaire! Il vaut mieux utiliser un mur ou une baie vitrée. De plus les participants seront alors debout et plus dynamisés.

En tant que facilitateur, il est aussi très utile de relancer le groupe lorsque l’énergie baisse, par exemple en offrant quelques proposition saugrenues ou en recadrant différemment le questionnement “Comment ferait un enfant de 10 ans?”, “Et si on n’avait pas d’électricité?”, “Et si Google devait le concevoir?”, etc.

Bien entendu ceci peut être complété par des approches comme les 6 chapeaux de Edward de Bono, la pensée latérale, ou encore d’autres techniques de créativité.

brainstroming-ideo2

Sélection

Il ne faut pas oublier une phase cruciale à la fin d’une séance d’idéation et de créativité. C’est le moment de convergence et de sélection. S’il était nécessaire d’ouvrir le champs des possibles, il est aussi indispensable de refermer l’exercice sur un plus petit nombre de possibilités.

Il est tentant de ne choisir que la “meilleure” idée mais cela est difficile et souvent trop réducteur. Il est plus opportun de garder un éventail d’idées différentes pour conserver l’étendue des solutions proposées tout en choisissant un plus petit ensemble.

Pour ce faire, on peut imaginer plusieurs manières.

Tout d’abord la plus simple est le vote. Il suffit de donner quelques “gommettes” que chaque participant appose sur les idées qu’il préfère (ou simplement lui demander de dessiner un point) et de trouver ainsi les idées les plus choisies.

On peut également choisir les idées selon des catégories contrastées:

  • l’idée qui a le plus de chance d’être réalisée, c’est souvent le choix le plus rationnel et efficient
  • l’idée la plus enthousiasmante, celle qui semble la plus originale et stimulante
  • l’idée préférée de tous, celle “chérie” par le groupe de façon globale qui émotionnellement “parle” au groupe.

Ou encore, pourquoi pas, on peut choisir les idées qui conduiront à des prototypes différents: un prototype physique, un autre numérique, une publicité / annonce fictive, ou une expérience utilisateur différente.

7_Creative_Confidence_book10603

Confiance créative

On confine souvent l’idée de créativité et d’innovation à une catégorie limitée de “personnes créatives”. Mais chacun d’entre nous est créatif, et c’est le message fort que nous rappellent Tom et David Kelley dans leur ouvrage récent “Creative Confidence” (2014). Les auteurs sont mondialement connus comme fondateurs de IDEO, une agence d’innovation par le design qui a travaillé avec les plus grands groupes, et comme professeurs à l’Université de Stanford. Je vous recommande la lecture de l’ouvrage qui est plein d’enseignements et d’histoires très révélatrices. Un autre ouvrage récent sur le sujet est celui de Tina Seelig “inGenius: A Crash Course on Creativity” (2014) dont j’ai pu aussi suivre le cours en ligne à Stanford.

Trouver de bonnes idées est souvent lié à connecter les choses entre elles, à effectuer un travail de synthèse. Et cela se travaille et ne vient que rarement d’un seul trait de génie. Il faut itérer plusieurs fois le processus pour que cela semble évident après un certain temps, que cela “fasse sens”.

En conclusion, la confiance créative fait partie de toute la démarche d’innovation par le Design Thinking. Elle n’est pas atteinte par la lecture, la réflexion ou les annonces. La meilleure façon de gagner de la confiance dans une capacité créative est de l’exercer par l’action, un pas à la fois, et de capitaliser par l’expérience toute une série de petits succès.

Transparence et blockchain hackathon

Ethereum

Le 26 novembre dernier, à l’initiative du Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et de l’Institute of Information Service Science et avec le soutien de l’Observatoire technologique et du think tank Think Services, près de 70 personnes se réunissaient dans les locaux du CUI à Battelle pour un hackathon d’un genre un peu particulier consacré à la transparence. Particulier parce qu’il réunissait bien des hackers et des développeurs passionnés comme d’habitude, mais parce que dans le même temps des innovateurs, des designers, des fonctionnaires et autres citoyens concernés s’étaient joints à la fête.

La transparence constitue une opportunité majeure de repenser la démocratie en général et nos administrations publiques en particulier. Les défis dans ces domaines relèvent de questions importantes touchant notamment à la décentralisation, à la responsabilité, à la confiance ou à la sécurité.

Ce hackathon de 8 heures avait ainsi pour objectif d’explorer co-créativement de nouvelles approches et opportunités pour repenser la démocratie ainsi que les services proposés par les administrations publiques en utilisant la technologie blockchain qui offre des propriétés intéressantes de traçabilité et de confiance dans ce contexte: immutabilité et transparence des transactions dans le blockchain.

Pour l’occasion le professeur Jean-Henry Morin avait invité des membres de la communauté Ethereum (@ethereumproject) à venir partager leur plateforme dans le cadre de ce hackathon. C’est presque toute la délégation d’Ethereum que nous avons eu la chance d’avoir parmi nous avec Vitalik Buterin (@VitalikButerin)Stephan Tual (@stephantual), Ken Kappler (@KapplerKen), Taylor Gerring (@TaylorGerring), Mihai Alisie (@MihaiAlisie) et Roxana Sureanu (@RoxanaSureanu).

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

La plateforme Ethereum

La journée débute avec une présentation générale d’Ethereum, tout à la fois plateforme technologique, communauté et fondation. Ce sont les membres de la communauté Ethereum qui commencent par nous expliquer en quoi consiste leur plateforme.

L’objectif du projet est de «décentraliser le Web» en créant, à partir notamment de la technologie blockchain, une architecture qui doit permettre de créer une symphonie de solutions dans des domaines variés (médecine, votations, etc). Cette plateforme présente l’avantage dans ce contexte de vérifier une transaction numérique via le consensus d’une communauté d’utilisateurs distribuée, sans avoir à gérer la confiance ainsi obtenue via une autorité centrale. Cette notion de confiance distribuée et décentrlisée constitue le cœur d’Ethereum. C’est en bâtissant des solutions qui l’intègrent dans leurs gênes que l’on parviendra à réformer le système. Car si le blockchain a d’abord été implémentée pour vérifier les transactions de monnaies virtuelles telles que Bitcoin, elle peut être utilisée dans le même esprit pour n’importe quel contenu numérique et par conséquent pour concevoir n’importe quel service.

.

We need more transparency in our society !

 

En proposant une solution technique qui permet de repenser notre vision de la confiance, de la sécurité, de la réputation ou de la transparence, la communauté Ethereum veut permettre aux gens de se questionner sur la manière dont nous effectuons de nombreuses opérations actuellement. Le modèle décentralisé proposé par leur plateforme casse en effet les hiérarchies dont s’accommode mal le monde de l’Internet et devrait permettre l’émergence de nouveaux modèles d’affaires en abaissant considérablement la barrière d’entrée sur ces technologies aux potentialités considérables. Pour l’illustrer, on rappelle par exemple que l’infrastructure Bitcoin est 14’000 fois plus puissante que les 500 plus gros supercalculateurs de la planète.

Ethereum se positionne donc comme l’un des acteurs qui va proposer les outils qui vont participer à la redistribution de la croissance de l’économie du partage dans une logique d’autonomisation. Un participant relève cependant que dans ce domaine il faut bien intégrer deux acceptions de la confiance que les anglo-saxons distinguent clairement: la notion de TRUST (avec le cerveau) et CONFIDENCE (avec les tripes). On touche ainsi à la notion de réputation à laquelle Ethereum ne va probablement pas pouvoir répondre dans un premier temps. Mais les gens d’Ethereum sont convaincus que dans un proche avenir nous allons disposer des outils et des services qui vont nous permettre de mieux gérer la réputation en particulier et les aspects sociaux de manière générale.

Dans tous les cas, les technologies blockchain font déjà leur chemin hors des cercles d’initiés puisque des institutions établies telles que l’Union de Banques Suisses considèrent avec sérieux les potentialités offertes (voir par exemple cet article). Le vote électronique constitue un autre domaine dans lequel cette technologie est prometteuse.

People01

Manifestement les membres de la communauté Ethereum ont poussé leur réflexion bien au-delà de la technologie elle-même. Ces jeunes sont motivés et enthousiastes et ils ont manifestement envie de changer le monde. Ils ont été particulièrement convaincants dans les réponses très cohérentes qu’ils ont apportées aux questions fondamentales qui ont été posées, que celles-ci touchent à la technologie, à la confiance, ou à la perspective sociétale dans laquelle l’envisager.

Les différentes présentations amènent d’ailleurs tellement de questions que le hackathon prend du retard sur l’horaire prévu. Mais cela n’a pas trop d’importance au vu du nombre et de la richesse des discussions que cela a généré, que ce soit sur des sujets techniques ou sur des notions plus fondamentales impactées par les potentialités amenées par ce type de technologie.

La suite de la matinée enchaîne sur  un brainstorming de 30 minutes afin de proposer des idées de réalisations sur le thème de la transparence en se basant sur la technologie blockchain. Huit sujets sont proposés et les les participants embrayent sur 6 d’entre eux. Les réflexions sont nourries; on discute, on se défie, on dessine, on code…

Cette période de créativité dans les différents groupes me laisse le temps de discuter avec Taylor Gerring et Mihai Alisie, deux des membres de la fondation Ethereum qui participaient à l’événement. Ils m’apprennent que la fondation est actuellement concentrée à améliorer la robustesse et la fiabilité de la plateforme. La communauté est composée majoritairement de geeks qui ont rejoint le projet pour proposer une plateforme riche de promesses qui va permettre des avancées significatives dans de nombreux domaines. Des événements tels que ce hackathon les aident à faire connaître leur technologie, à la confronter au regard pointu des développeurs et à envisager de nouvelles applications.

GeekAttitudeMais au fil de la discussion, je suis frappé par la prise de recul que Tylor et Mihai réussissent à prendre par rapport à ce projet technologique. Tous deux ne perdent pas de vue le sens qu’ils donnent à tout ça. Pas de faux-fuyant dans leur discours; ils n’ont pas toutes les réponses à  mes questions et ils ne prétendent pas être les sauveurs de la planète. Ils travaillent en toute humilité sur une technologie riche de promesses qu’ils vont mettre à disposition de tous, sans orientation politique aucune. Les gens me disent-ils s’en empareront comme bon leur semble. Pour le meilleur, espèrent-ils, même si ils ne peuvent pas exclure des usages non souhaités. Mais il est illusoire selon eux d’imaginer de contrôler cela. Dans tous les cas, ils s’inscrivent dans une dynamique dans laquelle je me retrouve entièrement. Ils m’apprennent enfin que la majorité de la communauté Ethereum provient d’Europe et d’Amérique du Nord; mais elle compte également des contributeurs dans de nombreux autres pays.

Restitution des différents groupes

La dernière heure de ce hackathon est consacrée à la restitution des cogitations/réalisations des 6 groupes.

Ideas & Teams

Ideas & Teams

Groupe n° 1

Use of the block chain to manage rights on digital contents

Le groupe imagine une solution de gestion des droits associés à des contenus digitaux (ex fichiers, images, videos, etc). L’avantage est de pouvoir gérer des droits qui sont transférables de manière irrévocable grâce à la technologie blockchain. Une telle solution serait naturellement extensible à d’autres thématiques. Le groupe a évoqué une solution qui serait très utile dans la gestion des contrats juridiques. Une implémentation native de la licence Creative Commons serait tout à fait envisageable dans ce contexte.

Groupe n°3

Taxpayer spending and tracability

Le groupe a modélisé son approche. Leur idée est de pouvoir suivre l’utilisation qui est faite de nos impôts. Chaque contribuable pourrait recevoir disposer d’un compte créé via blockchain sur lequel sont versés ses impôts. Il dispose alors d’une traçabilité sur l’utilisation de cet argent. On peut imaginer que les gens ont la possibilité de prioriser la manière dont leur argent est dépensé ou alors de déterminer des seuils au-delà (seuils hauts ou bas) desquels leur argent n’est plus affecté à telle ou telle politique publique. Cela devrait permettre aux individus d’avoir un meilleure compréhension de la manière dont leur argent est dépensé.

Groupe n°4

Trustworthy file transfer

En se basant sur les mécanismes de certifications proposés par la plateforme Ethereum,, le groupe imagine une solution de transfert de fichier certifiée qui permet d’échanger des fichiers de manière sécurisée et certifiée. Un groupe de geeks, puisqu’ils ont déjà commencé à coder la solution qui selon eux fonctionne presque. L’ébauche de solution EtherFileCertification est publiée sur GitHub.

Groupe n°6

Transportation management

Le groupe imagine une solution de mobilité conçue selon deux perspectives: celle de l’utilisateur des transports publics et celle du transporteur. L’idée est de pouvoir identifier et suivre tous les bus circulant sur le réseau de transports publics et de pouvoir remonter les problèmes qui peuvent y être liés. Dans le même temps la solution doit permettre de gérer le payement et toutes les informations qui transitent autour de la mobilité et de remonter des informations utiles pour améliorer le réseau en fonction des besoins d’usagers (certifiés grâce à Ethereum).

Groupe n°7

eParticipation

La participation des citoyens grâce au numérique devrait pouvoir prendre une dimension nouvelle avec les potentialités offertes par la plateforme Ethereum. Le groupe part de cette hypothèse pour imaginer une observatoire participatif de la démocratie. L’idée est de documenter et de valider tout le processus démocratique et de le rendre ainsi plus ouvert et plus transparent en y incluant des mécanismes de validation qui améliorent le niveau de confiance global du système. Les commentaires et informations remontés sur la plateforme sont certifiés par la technologie Ethereum. Jean-Henry Morin évoque à propos de cette idée la nécessité de considérer le droit à l’oubli comme un prérequis du système.

Groupe n°8

Socially responsible code writing

Au vu des similarités entre les deux, le groupe propose une solution qui soit capable de gérer le code légal avec la même richesse de fonctionnalités que le code informatique. Il imagine par exemple un mécanisme de vote pas-à-pas sur les différents articles d’un texte de loi en considérant chaque article comme un objet indépendant. Une fois un quorum atteint, on peut transférer le texte de loi ainsi élaboré dans le processus habituel de votation. Un tel système devrait favoriser le droit d’initiative et abaisser la barrière d’entrée dans le processus démocratique.

Conclusion

Jean-Henry Morin conclut la journée en remerciant les participants et en interpellant les représentants de la communauté Ethereum: ce hackathon a démontré que les potentialités d’Ethereum sont innombrables et nous amènent bien au-delà du paradigme des crypto-monnaies d’où est née la plateforme. Stephan Tual l’admet bien volontiers et nous apprend que c’était le premier événement de ce genre autour d’Ethereum, c’est à dire en dehors des communautés traditionnelles de cryptographie.

Jean-Henry se réjouit en tous cas du grand nombre de gens présents et de la qualité et de la diversité des idées générées lors de cette journée. Les participants au hackathon sont selon lui tous des innovateurs en puissance qui vont changer le monde. Il conclut avec cette image forte reprise d’une discussion avec un membre de l’équipe Ethereum :

Nous participons à une course dans laquelle des gens comme ceux de la communauté Ethereum espèrent « être prêts » avec des solutions qui permettront au monde de s’en sortir lorsqu’il se cassera la figure (ou du moins lorsque le paradigme actuel aura vécu).

 

Rendez-vous est pris pour 2015 à une date restant encore à déterminer mais probablement sur la fin de l’été, début de l’automne.

Le soir-même Jean-Henry Morin a présenté les résultats de ce hackathon lors du 2ème Rendez-vous de la transparence organisé par le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence du canton de Genève.


Références

Ethereum white paper : https://www.ethereum.org/pdfs/EthereumWhitePaper.pdf

Quelques références sur l’Etherpad de Ethereum

 


Un tout grand merci aux sponsors qui ont permis de réaliser cette journée dans des conditions parfaites :

University of Geneva, Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et Institute of Information Service ScienceThinkServices.chObservatoire technologique, DGSI, Etat de GenèveFree IT Foundation et Fondation Raymond JacotSBEXEverdreamSoftOpendata.chEthereum

On a causé du numérique au chevet de la santé…

Le numérique au chevet de la santé

Le numérique est-il la panacée pour soutenir l’évolution de notre système de santé? Comment envisager son utilisation dans ce domaine ? Avec son énergie communicative et son humour parfois corrosif, Christian Lovis en a causé avec nous le 18 décembre dernier.  

Tout au long de la soirée, Christian a tenté de nous démontrer la convergence entre santé, technologie et citoyen/patient. Et c’est sous l’angle historique qu’il a amené le thème de la soirée. Car en refaisant l’histoire on se rend compte que les technologies et le numérique ont évolué très rapidement et ont amené, selon trois phases, des changements cruciaux qui ont profondément modifié le paysage de la santé.

ACTE 1

Tout a commencé en 1992 lorsque Al Gore décidait de rendre libre d’accès PubMed, la base de données bibliographique d’articles médicaux. Cette décision a créé un mouvement d’envergure mondiale pour un libre accès (open access en anglais) aux articles scientifiques. La célèbre revue Nature s’y est même mise récemment. Aujourd’hui une large part de la publication médicale est donc accessible à tous, que l’on habite New-York, Genève ou Tombouctou.

Et ce qui est vrai pour les publications médicales l’est aussi pour toutes les informations relatives à la santé en général et aux maladies en particulier. Cette richesse mise à disposition des chercheurs et des étudiants constitue une source de connaissance extraordinaire qui a permis dans un premier temps des avancées jusqu’alors insoupçonnées. Ainsi l’équipe de Patrick Ruch, chercheur à la HEG a publié dans la revue Gene des découvertes dans le domaine génétique obtenues uniquement en analysant la littérature existante, sans avoir à effectuer la moindre expérience.

Avec l’essor du Web, ce n’est plus seulement le monde académique qui a eu accès à cette connaissance, mais les patients eux-mêmes, en quête d’informations sur la santé. On comprend bien l’impact que cela peut avoir sur les médecins. Leur rôle change considérablement; tout comme leur place dans un système où le patient en connaît parfois plus sur sa maladie que son médecin personnel.

Photo Bruno Chanel

ACTE 2

La deuxième phase est celle de la libération de l’information et dans le même temps celle de sa consumérisation. Car au fil du temps, l’information produite hors du champ académique est venue s’ajouter à un corpus déjà très riche. Le patient y a bien sûr accès. Mais Christian note que si celui-ci veut devenir un acteur de sa santé, il est par contre pour l’instant extrêmement mal outillé pour juger de la qualité de ce qu’on trouve sur Internet. Et ceci n’est pas neutre. Car en augmentant notre niveau de connaissance sur une maladie potentielle, on augmente notre niveau de stress. Or ce n’est pas si simple d’être soi-même l’acteur de sa vie et de sa maladie.

ACTE 3

La troisième phase est celle de la mesure. Aujourd’hui les technologies de quantified-self (voir la Causerie du 23 janvier 2014 sur ce sujet) permettent une mesure de notre activité physique, de nos paramètres physiologiques et de toute une pléiade d’autres données qui caractérisent notre vie quotidienne. Cette quantité de données et d’informations que tout un chacun peut aujourd’hui ‘consommer’ nous permet de libérer notre décision. Des centaines d’apps nous aident dans ce domaine. Celles-ci se retrouvent au cœur d’un réel mouvement vers un marché non certifié de la santé. Et au-delà de ces aspects qui interpellent, ces apps ont un effet de motivation fort avec dans de nombreux cas des impacts positifs incontestables. Mais Christian note que la durée moyenne d’utilisation de ces apps est faible (3 mois). Il questionne également la réelle utilité des données ainsi générées même s’il n’a pas de réponse tranchée sur le sujet. Son constat est que le mouvement est indéniable et que nous n’en sommes qu’aux prémisses d’un mouvement qui va prendre de l’ampleur, tant quantitativement que qualitativement.

 

Photo Jean-Marc Theler

Photo Jean-Marc Theler

ACTE 4

Cela se traduit aujourd’hui par une quatrième phase est en train d’émerger, avec par exemple des apps qui effectuent des diagnostiques à notre place. Ces outils en sont à leurs premiers pas mais les perspectives sont prometteuses. Christian note qu’un nombre croissant d’acteurs occupent le marché et veulent jouer avec la santé sans toutefois vouloir entrer dans des logiques de certification qui peuvent être trop contraignantes pour eux. Dans tous les cas, on assiste à une porosité qui s’établit entre divers mondes qui ne se côtoyaient pas jusqu’ici et à une convergence entre santé, technologie et citoyens.

La discussion aborde ensuite de nombreux sujets. On parle notamment de ‘medical hacking‘ qui consiste à mettre son dossier médical en libre accès (open access) avec les opportunités et les risques que cela comporte (le droit à l’oubli par exemple auquel de nombreux participants sont sensibles).

La Causerie s’achève avec un focus sur le Big Data qui, de l’avis de Christian constitue un puissant levier d’évolution de nos connaissance en matière de santé même si les écueils dans ce domaine sont encore nombreux. Pour preuve les études menées sur les données du virus HIV à Genève qui, à partir des données mesurées depuis plus de 30 ans, racontent des histoires différentes selon que leur interprétation est faite par des cliniciens ou des data miners. Car l’un des dangers du Big Data est celui de créer des réalités auxquelles on a envie de croire. Ce sujet soulève de nombreuses questions et constituera certainement le thème d’une prochaine Causerie.

Je terminerai avec cet article sur lequel je suis tombé récemment et qui illustre de nombreux points que nous avons abordés avec Christian lors de cette passionnante Causerie.

 


Christian Lovis est médecin, professeur aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) et chef du Service des sciences de l’information médicale

Il s’est spécialisé en Suisse et aux Etats-Unis en médecine interne et en médecine d’urgence, ainsi que sur les systèmes d’information médicaux. 

Il est président de la société suisse d’informatique médicale, expert pour la stratégie en matière de cybersanté. 

 

 

 



L’innovation numérique révolutionne tous les modèles d’affaires

Les changements induits par les évolutions technologiques, sociales et économiques, ne restent pas cachés derrière la ligne de visibilité des clients, des utilisateurs et des décideurs. Au contraire, ces innovations redéfinissent la relation avec les clients, elles touchent parfois aussi la proposition de valeur que l’organisation offre, et finalement les coûts et revenus qui doivent être articulés différemment. Bref, le modèle économique doit être complètement revu.

Expliquons cela plus en détail.

Le sujet, bien que connu depuis un certain temps, reste fortement d’actualité. Regardons quelques exemples significatifs récents.

Airbnb

Airbnb propose une plate-forme en ligne qui permet à des individus privés de louer tout ou partie de leur logement inoccupé à court terme pour d’autres individus, en général de passage. La croissance a été phénoménale et Airbnb compte maintenant plus de 500’000 annonces dans 26’000 villes et dans 192 pays. Sans le numérique et les réseaux, rien de cela ne serait possible. Le site lui-même est un mash-up, un assemblage, de Google Maps, Streetview, Facebook, utilisant les recommandations et les systèmes de paiement électroniques. Une simple plateforme qui aujourd’hui ébranle à la fois les modèles d’affaires des grandes chaines hôtelières (Accor, Hyatt, Hilton, etc.) et des sites spécialisés dans les réservations (hotels.com, etc.).

Netflix

Netflix est une compagnie de distribution de films à la demande en streaming et d’envoi de location de DVD par courrier à coût fixe. Fondée en 1997, elle a su très vite investir dans un point crucial:  élaborer un système de recommandation personnalisée en fonction des notes et des commentaires de ses clients. Bien entendu l’accès aux distributeurs et producteurs de films est aussi essentielle. Mais le vrai facteur de différenciation est celui-là. Rien de tout cela ne serait imaginable sans les données et les algorithmes du monde numérique. A tel point que la compagnie a lancé un concours offrant au gagnant 1 million de dollars le Netflix Prize pour améliorer son algorithme de recommandation. Là aussi, les compagnies de location et de streaming plus traditionnelles doivent faire face à une rupture qui les a, pour certaines, rendues obsolètes. A tel point que l’expression « to be netflixed » est entrée dans le langage commun.

Uber

Uber offre une plateforme de mise en relation de clients avec divers moyens de transport. Bâtie autour de son application mobile offrant une expérience utilisateur très agréable et efficace, elle permet en deux “tapottements” sur son smartphone d’avoir un véhicule généralement en quelques minutes. La particularité est que Uber n’emploie pas directement de conducteurs. Ce sont donc des véhicules personnels de tourisme avec chauffeur. C’est le principe même de l’économie collaborative (sharing economy). A son origine Uber offre un service “premium” appelé UberBlack, proposant des véhicules haut de gamme avec un chauffeur, elle offre maintenant aussi UberX des voitures moins luxueuses et même UberPOP un service de covoiturage occasionnel entre particuliers. Aujourd’hui sous pression par de nombreux états suite aux réactions des corporations de taxis traditionnelles, Uber croît de façon rapide. Sa capitalisation est immense (plus 17 milliards de dollars) et ses pratiques aussi critiquées. Mais que Uber soit un succès ou non dans les voitures de tourisme avec chauffeur, le modèle est applicable à quasiment tous les pans de l’économie, ce qui aura un impact certain.

Coursera

Coursera est une compagnie offrant des cours en ligne ouverts et massifs en partenariat avec des Universités comme Stanford, Princeton, l’EPFL ou l’Ecole Centrale de Paris. Plus de 200 cours sont offerts, les classes pouvant compter plusieurs dizaines de milliers d’étudiants! D’autres initiatives existent telles que EdX, Udacity, ou dans un autre registre Kahn Academy. Cette approche appelée MOOC (Massive Open Online Courses) offre gratuitement des cours proposés dans les universités les plus prestigieuses. Le tout est disponible en ligne, avec de courtes vidéos d’explication, des supports de cours électroniques complétés par l’offre pléthorique du web. Les étudiants participent aux forums et aux discussions en ligne, parfois aussi en utilisant des systèmes de vidéo conférence comme Skype ou Google Hangout. Tout ceci retourne complètement le système. Surtout la formation continue tout au long de la vie est impactée, comme le pense par exemple Sebastian Thrun, fondateur de Udacity. Et là aussi, le modèle économique n’est pas encore stabilisé. Lire sur ce sujet l’article « Cours en ligne ouverts est massifs: effets de mode ou révolution de l’éducation ».

Apple Pay

Apple pay est un service de paiement mobile qui permet aux mobiles d’Apple d’effectuer des paiements soit au passage à la caisse et soit pour le paiement en ligne. Avec ce service et les partenariats avec les compagnies de cartes, on peut imaginer la complète dématérialisation des cartes de crédit. De plus, les nouveaux appareils sont dotés de capteurs qui permettent, d’une part, de communiquer sans fil avec systèmes de point de vente (NFC Near Field Communication) et d’autre part d’identifier et authentifier l’utilisateur par ses empreintes digitales (TouchID, Samsung Fingerprint). Donc, ayant remplacé le porte-monnaie, on a un pas de plus vers le contrôle de tout le système financier de l’individu. D’autre systèmes existent bien sûr comme Google Wallet ou Paypal. La prochaine étape est bien celle devenir le centre de contrôle financier et peut-être aussi la banque de demain. Les expérience de prêt collaboratif (crowdfunding) comme Kickstarter, ou en suisse Wemakeit permettent tout bonnement de court-circuiter les acteurs classiques.

Smartwatches

La Apple Watch a été longtemps attendue et finalement introduite au public lors de la grande “messe” donnée en septembre à Cupertino près du siège de la société. Elle n’est de loin pas la première montre connectée, voir par exemple la Pebble, les modèles de Samsung, ou encore de Motorola pour ne citer que celles-ci. Mais elle donne le ton, elle occupe un espace stratégique, médiatique et corporel important celui du poignet. De plus, on a là un objet qui entre en contact direct et constant avec notre enveloppe charnelle, notre peau. Et l’enjeu pourrait bien être là, non pas sur la face mais sur le dos, sur les capteurs qui permettent de suivre des paramètres de notre santé. Bien au delà des podomètres améliorés proposés par Nike avec son Fuelband (dont  Apple a récupéré les meilleurs ingénieurs) ou Jawbone, on a aujourd’hui des enjeux tout a fait différents. La montre devient entièrement numérique et algorithmique, les savoirs faire traditionnels des horlogers sont remis en question, même si ces derniers semblent ne pas trop en tenir compte aujourd’hui. L’objet que nous connaissons est en train de se transformer en tout autre chose, une montre augmentée, amplifiée dans ses possibilités et offrant des services nouveaux et inattendus. Les usages qui en suivront et les revenus générés seront certainement aussi ailleurs.

dt-ls-bm

Quelles sont les conséquences? Et comment s’y préparer?

Parler d’économie “numérique” n’a plus de sens. Toute l’économie devient numérique. Aujourd’hui on retrouve cela de part les premiers objets qui sont connectés, nos téléphones et nos montres, et demain la presque totalité des objets le seront. Et les activités humaines, économique, sociales et personnelles sont touchées par ce phénomène dans tous les secteurs.

Les implications pour les individus, les organisations publiques et privées sont profondes. Des pans entiers sont bouleversés par de nouveaux modèles d’affaires provenant parfois de secteurs différents et donc souvent inattendus. La vie privée et la sécurité sont aussi mises à l’épreuve par les milliards d’informations produites et analysées, pour créer de la valeur pour les individus et parfois aussi les exposer à des risques immenses.

Finalement, les modèles mêmes des organisations sont bousculés. La connectivité, la vitesse et les relations non hiérarchiques, amènent une transformation importante, une décentralisation, une autonomisation, une productivité différente avec lesquelles les dirigeants actuels ne sont pas du tout à l’aise.

Le potentiel est bien présent pour stimuler les idées innovantes en rupture (Design Thinking), les méthodes plus agiles, les expérimentations et les prototypes plus rapides (Lean Startup) pour créer les chemins de nouveaux modèles économiques (Business Model Generation) et de mondes métamorphosés qui s’ouvrent devant nous. Il nous reste encore beaucoup à découvrir et expérimenter.

On a causé de nouveaux métiers…

Réseaux Sociaux

Coordinateur-trice de communication digitale, planneur stratégique, manager en e-réputation ! Quels sont ces nouveaux métiers qui dessineront le marché du travail sous l’influence des média sociaux ? Quelles compétences constitueront les profils recherchés ? C’est à ces questions et à bien d’autres que les participants à la Causerie du 25 septembre dernier ont essayé de répondre en compagnie d’Olivier Tripet. 

L’explosion des médias sociaux s’accompagne de l’émergence rapide de métiers et de rôles aux noms parfois exotiques. Mais plus que les métiers en eux-mêmes, ce sont les nouvelles compétences requises et la vitesse à laquelle elles apparaissent et se combinent qui impressionnent et posent souvent problème aux ressources humaines, aux recruteurs et au système éducatif.

Olivier Tripet a apporté à la quinzaine de participants présents à cette Causerie quelques clés pour décrypter ces métiers et compétences de demain. Pour nous faire comprendre la rapidité d’évolution de ce domaine, il s’est retourné dans un premier temps sur les nombreux métiers et compétences qui ont vu le jour depuis la montée en puissance du Web au milieu des années 90. Des compétences très techniques apparaissent dans un premier temps avec les webmasters et les développeurs. Avec l’apparition des premiers moteurs de recherche, de nouveaux métiers émergent tels que traffic manager. L’avènement de l’e-commerce amène ensuite son lot de Web marketers et de chefs de produits Web. A partir des années 2000, on entre dans l’ère du Web dynamique et de la co-création avec l’émergence des corporate blogger, des gestionnaires de contenus et des gestionnaires de la connaissance. Enfin, lorsque arrive le Web social, on voit se profiler les social media managers et les community managers. Ceci sans parler des nombreux métiers existants qui ont été bouleversés par l’arrivée des médias sociaux, notamment au niveau des métiers de la communication. 

Jean-Henry Morin, Olivier Tripet et Bruno Chanel

Jean-Henry Morin, Olivier Tripet et Bruno Chanel

Comme l’illustrent les exemples proposés par Olivier, la grande majorité des métiers qui ont ainsi vu le jour avec l’évolution du Web ne sont pas vraiment considérés comme tels, mais plutôt comme des rôles qui sont de plus en plus difficiles à catégoriser sous l’étiquette ‘métier’.

A ce stade de la discussion certains participants ont l’impression que le discours d’Olivier ne concerne que les entreprises multinationales dont l’impact est global et qui ont les moyens d’embaucher ces nouvelles compétences. Olivier nous assure que ce n’est pas le cas: dans les plus petites structures, soit on fait appel à ces compétences à la demande, soit ce sont des employés qui se forment et qui endossent ces nouveaux rôles une partie de leur temps. 

Et selon lui, même dans les grandes organisations les choses ne sont pas si évidentes. Car l’arrivée de ces nouveaux métiers est pour beaucoup conditionnée par la compréhension et l’appropriation du changement de paradigme amené par le Web. Le règne des silos étanches et bien délimités est en voie de disparition, avec tous les bouleversements que cela induit au niveau des manières de travailler et des postures à adopter. Le leadership a évolué vers des formes de management beaucoup plus transversales. La génération Z est en train de casser les codes. Le Web constitue un écosystème dans lequel il faut savoir évoluer et s’adapter rapidement en jouant des multiples compétences nécessaires. Ces changements-là, pour ne citer qu’eux, influent fortement sur l’apparition de métiers et de compétences nouvelles car pour que ces nouveaux métiers trouvent leur place dans l’entreprise, il faut préalablement changer les gens et les structures dans lesquelles ils évoluent.

Et demain ? La question est sur toutes les lèvres puisque c’est le thème de la Causerie. Et bien Olivier n’as pas de réponse toute faite à la question, comme d’ailleurs personne dans la salle. Mais tout le monde s’accorde à relever que les tendances fortes (big data, Internet des objets ou économie collaborative) qui commencent à impacter le Web amèneront leur lot de nouveaux métiers et de nouvelles compétences. Et plutôt que d’essayer de deviner précisément  de quoi sera fait demain, il vaut mieux s’y préparer.

Joke

A minima il faut comprendre ce nouveau modèle et savoir le prendre en compte. Les entreprises et les organisations doivent notamment admettre qu’elles ne sont plus dans une dynamique de métiers à définir et à cadrer, mais plutôt dans l’apprentissage continu de nouvelles compétences et dans la faculté à les assembler pour répondre aux besoins émergents. Vu l’évolution rapide des technologies du Web et leur caractère souvent disruptif, il faudra savoir constamment ajuster le tir. Dans le même temps il faudra valoriser et travailler sur les compétences intrinsèques des gens : la communication, la collaboration, l’ouverture, ou la réflexivité pour ne citer qu’elles.

                    Sachons être producteurs avant d’être consommateurs

 

Et cela renvoie à deux sujets qui ont animé une bonne partie de la Causerie: celui de la recherche d’emploi et celui de la formation. Le système suisse de recherche d’emploi qui gère les filières ne connaît même pas les métiers actuels en lien avec la communication sur le Web. Et ce problème ne va aller qu’en s’aggravant, ce d’autant plus que l’on s’éloigne de la notion de métier pour aller vers celle de compétences. Les participants posent les questions qui dérangent: « La Confédération a-t-elle pris la mesure de ce changement de paradigme ? », « Que font les organismes faîtiers ? » Ces acteurs devraient proposer aux entrepreneurs un mode d’emploi et les outils pour intégrer cette nouvelle donne. D’autre part on constate que le marché ne reconnaît pas encore vraiment ces nouvelles formations car en Suisse on subit encore trop la « dictature » des diplômes.

Et lorsqu’on évoque la formation, les critiques sont encore plus acerbes. On évoque des défaillances au niveau de notre système éducatif. « Quand notre Département de l’instruction publique va-t-il se réveiller? » demande-t-on. Car pour l’instant les seules formations dignes de ce nom qui apparaissent dans la région lémanique sont l’œuvre du secteur privé. Il faut sérieusement se poser la question du rôle que l’on veut faire jouer à l’instruction dans le monde de demain.

Et certains de renchérir sur le fait que ce manque de perspectives touche tous les secteurs. Nos décideurs devraient être mieux capables d’anticiper ces changements majeurs qui vont impacter de nombreux secteurs de notre société. Une injonction qui espérons-le sera entendue !


 

Olivier Tripet – Causerie Nouveaux Métiers -Septembre 2014 (170 Mb)


OlivierTripet

Observateur et praticien chevronné des médias sociaux depuis leur avènement, Olivier s’est vu confier de nombreux mandats stratégiques dans ce domaine par des grands groupes, des PME ou encore l’Administration publique. Il intervient régulièrement comme formateur et expert dans différentes hautes écoles. Il est également le fondateur et président de la Swiss Community Managers Association.


L’Internet des objets – 23ème Journée de Rencontre de l’OT

networked_spheres90

Vendredi 10 octobre 2014, 14:00-17:30
hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève

Entrée libre et gratuite mais inscription obligatoire svp: je m’inscris
ou en envoyant un message avec le titre “23e Journée de Rencontre” à l’adresse email ot@etat.ge.ch


Allocution d’ouverture
M. Pierre Maudet, conseiller d’Etat, Département de la sécurité et de l’économie DSE, Etat de Genève

Des objets sur internet
Prof. Nicolas Nova, HEAD Haute Ecole d’Art et de Design Genève et Near Future Laboratory, Genève, Los Angeles, San Francisco, Barcelone

Objets connectés en santé – la culture du réseau affronte l’establishment
Prof. Christian Lovis, HUG, Hôpitaux Universitaires de Genève

Internet des Objets – Une ubiquité au service de nos sociétés
Dr. Didier Hélal, Société Orbiwise, Genève

Les perspectives économiques, sociales et politiques de l’Internet des objets
Dr. Bernard Benhamou, Institut d’Etudes Politiques de Paris, Université Panthéon Sorbonne, Ancien délégué interministériel aux usages de l’Internet et conseiller de la délégation française au sommet des Nations Unies sur la société de l’Information

Conclusion de la journée
Dr. Eric Favre, directeur général, Direction générale des systèmes d’information DGSI, DSE, Etat de Genève


Retrouvez maintenant un résumé et les présentations
 sur http://www.ot-lab.ch/?p=5554

Les objets privilégiés d’hier ont été nos ordinateurs, puis nos téléphones. Ce sont principalement eux qui étaient connectés à Internet. Mais on sait aujourd’hui connecter presque tous les objets: télévisions bien sûr, mais aussi voitures, montres, caméras, lunettes, ampoules, maisons, brosses à dents, et une multitude d’autres choses encore. Dans quelques années il faudra plutôt se demander ce qui n’est pas connecté. Demain, le monde sera encore bouleversé. Plusieurs signaux pointent vers une même direction: celle de l’Internet des objets. De larges pans de la société seront impactés. Ceci peut mener à l’amélioration de la sécurité, de la santé, de l’économie, de la mobilité, et bien d’autres domaines encore.

Mais les questions sur une vision trop utopique arrivent rapidement. Les pouvoirs publics, les entreprises privées et les individus se questionnent sur la mise en place de services facilitant d’une part l’émergence de nouveaux modèles économiques, et enclenchant d’autre part des ruptures. Cette nouvelle vague doit nous amener à une réflexion et à une prise de recul.

Si la technologie change à ce point nos repères, quels seront les impacts sociétaux et les changements radicaux à venir? Quels nouveaux écosystèmes cela va-t-il générer? Quels enjeux de sécurité devra-t-on intégrer pour éviter les écueils? Quels modèles économiques seront réinventés? Qu’est-ce que cela signifie pour le secteur public et quel doit être le rôle de ce dernier? Voici donc la thématique qui retiendra notre attention et que nos orateurs éclaireront sous différents angles au cours de notre Journée de Rencontre 2014 à laquelle nous nous réjouissons de vous rencontrer.

Date: 10 octobre 2014, 14:00-17:30 suivi d’un cocktail
Thème: Internet des objets
Lieu: hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève

Contact et organisation:
giorgio.pauletto@etat.ge.ch
patrick.genoud@etat.ge.ch
Observatoire technologique, DGSI, DSE, Etat de Genève

WE (T)RUST – Global GovJam 2014

Global GovJam2014

Au début du mois de juin de cette année, l’Observatoire technologique a participé avec l’Institut de Sciences des Services de l’Université de Genève à un hackathon d’une forme un peu particulière et dont le terrain de jeu est le service public. Le Global GovJam 2014 réunissait pour la troisième année consécutive des équipes d’innovateurs motivés par la volonté de démontrer qu’il est possible en moins de 48 heures de proposer une ébauche tangible de projet novateur dans le secteur public.

Les GovJams constituent tout à la fois l’occasion de cultiver des relations hors de son cadre de travail habituel, de tester des outils de créativité et d’échanger des idées nouvelles tout en œuvrant sur un projet concret s’inscrivant dans le thème donné. Ici pas de concours, pas de prix; seulement la satisfaction d’avoir réalisé ensemble un projet innovant et d’avoir enrichi les réflexions de la communauté des participants.

La centaine d’équipes provenant des cinq continents avait deux jours pleins pour concrétiser un projet en lien avec le sujet proposé cette année: la confiance !

La vidéo de présentation du thème retenu laissait beaucoup de place à l’imagination: comment aller au-delà de la confiance telle qu’actuellement nous la vivons dans la vie courante, à titre professionnel ou privé ? Un thème tout à la fois complexe, fascinant mais surtout essentiel à l’heure où cette confiance nécessaire à tous les échanges que nous effectuons au quotidien est sujette à une érosion croissante, même dans le secteur public. Les organisateurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en jouant habilement sur les mots TRUST (confiance) et RUST (rouille) pour nous proposer le thème du hackaton: (T)RUST !

La page résumant les projets présentés témoigne de la diversité à la fois des approches choisies et des résultats finaux. Les projets imaginés par les différents groupes proposent des solutions allant de la sensibilisation à l’éducation en passant par des outils (numériques ou non) permettant de tangibiliser cette confiance si malmenée.

Après deux jours de brainstorming, d’échanges d’idées et de multiples esquisses, notre projet s’est concrétisé à travers la réalisation d’un manifeste incitant les individus, sur une base volontaire, à s’engager pour une meilleure expérience du service (pris ici dans sa globalité), source première selon nous d’une confiance accrue. Le (T)Manifesto comme nous l’avons appelé part du constat qu’il est temps de lancer une dynamique nouvelle pour reconquérir cette confiance qui s’érode et contribuer ainsi à une société plus digne de confiance, plus responsable et qui soit plus apte à rendre des comptes.

Les approches imposées par le haut ont montré leurs inefficacité. La meilleure manière d’initier ce changement passe plutôt selon notre équipe par une autonomisation des individus qui s’y lancent sur une base volontaire, dans une dynamique que nous avons baptisée WE (T)RUST. Notre ébauche du (T)Manifesto propose aux individus qui le désirent (dans leur rôle de citoyen, de collaborateurs de la fonction publique ou de membre d’une organisation privée) de signer un manifeste par lequel ils s’engagent à auto-évaluer leur niveau de confiance selon les critères suivants et à les améliorer constamment :

1. Bienveillance

La bienveillance mesure notre bonne volonté et/ou notre disposition à faire le bien dans notre vie quotidienne.

2. Transparence

La transparence mesure notre degré de transparence, en tant que personne et dans notre comportement. Fondamentalement cela signifie que vous n’avez pas d’agenda caché.

3. Engagement

L’engagement mesure notre implication dans l’accomplissement de nos tâches.

4. Responsabilité

La responsabilité mesure de quelle manière nous justifions de nos activités, nous en endossons la responsabilité qui nous incombe et nous en révélons les résultats de manière transparente.

5. Pertinence

La pertinence mesure notre capacité à fournir un service qui corresponde autant que possible aux attentes

 

Les individus qui signent le manifeste s’engagent sur chacun des points ci-dessus. D’une part en construisant leur (T)-Profile (leur profil de confiance obtenu en s’auto-évaluant selon ces critères). Et d’autre part en s’engageant à les améliorer constamment.

(T)rust

 

Notre ébauche de manifeste est concrétisée sur le site trust.unige.ch. On y trouve une explication de nos motivations, une page d’autoévaluation, la marche à suivre pour contribuer au mouvement WE (T)RUST, une page consacrée aux histoires en illustrant les usages ainsi qu’une page laissant la place aux perspectives envisagées.

Dans le court délai imparti, nous n’avons pas eu le temps d’aborder les moyens de tangibiliser ce (T)Profile, afin de pouvoir l’exposer aux autres et de le confronter ainsi à leur évaluation, dans le but de susciter des dynamiques vertueuses. Les pistes que nous avons envisagées vont du simple badge de couleur à des systèmes plus sophistiqués sur smartphone.

Ce sprint de 48 heures a dans tous les cas démontré dans quelle mesure une petite équipe motivée, travaillant selon les méthodes du design thinking peut délivrer un résultat concret et actionnable en très peu de temps. Ce résultat initial demande certes à être approfondi et confronté à d’autres points de vue. Mais il constitue selon nous une voie intéressante à suivre pour améliorer la confiance, dans le service public en particulier.

Souhaitons que cette ébauche de manifeste trouve de l’écho, à Genève ou ailleurs. Elle est à disposition sous licence Creative Commons (CC – BY – NC – SA) pour qui veut bien s’en emparer.

Notre petite équipe était composée de:  Giovanna Di Marzo (ISS), Patrick Genoud (OT), Michael Mesfin (ISS), Jean-Henry Morin (ISS), Giorgio Pauletto (OT) et Jeremy SIGNIORELLI (designer indépendant).

 

 

 

Comment bien définir le problème à résoudre avec le Design Thinking

Comme le disait Albert Einstein: “Si j’avais une heure pour résoudre un problème, je passerais 55 minutes réfléchir au problème et à 5 minutes à réfléchir à des solutions. La formulation du problème est souvent plus essentielle que sa solution, qui peut être simplement une question de compétence mathématique ou expérimentale.”

Dans l’approche d’innovation par le Design Thinking, le mode définition est donc une étape cruciale pour attaquer la conception de façon innovante et pertinente. Voyons comment cela se passe.

Qu’est-ce que le mode définition

Le mode définition est le moment où l’on utilise et synthétise les résultats de l’étape d’empathie en les traduisant en besoins, désirs et découvertes. C’est aussi dans ce mode que l’on définit un défi spécifique et significatif à adresser. C’est un mode de convergence plutôt que de divergence. L’objectif du mode définition est d’arriver à un énoncé actionnable du problème en ayant bâti une compréhension profonde des utilisateurs / clients et du périmètre de conception.

DT-Define

C’est aussi l’opportunité d’introduire le point de vue innovant amené par le designer. Ce point de vue devrait être une proposition, une intention, qui permet de guider la suite du travail. Elle se concentre sur des utilisateurs spécifiques qui ont exprimé des idées et des besoins découverts durant le mode empathie.

Comprendre le défi significatif à traiter et identifier les trouvailles exploitables à mettre en oeuvre dans le travail de conception sont des points fondamentaux pour la création d’une bonne solution.

Le moment est celui du “déballage” de la phase d’empathie avec le recueil des aspects saillants recueillis pour en tirer un angle d’attaque afin de satisfaire le besoin en allant au plus près des éléments exprimés et ressentis. Utilisez les retours des interviews, des observations, des notes, des photos, des éléments contextuels, des impressions, pour les exposer à l’ensemble de l’équipe et travailler en synthèse sur ce matériel.

Pourquoi utiliser le mode définition

Legal_design_jam_at_Stanford_October_2013_01

Le mode définition est essentiel pour le processus de Design Thinking, car il permet de poser explicitement le problème auquel on veut répondre. Afin que le problème puisse être pleinement traité, la définition du problème se doit d’être vraiment “générative de solutions”. Il faut d’abord créer un énoncé du problème particulier et convaincant. Ceci permettra de l’utiliser comme un tremplin pour générer la solution.

Plus qu’une simple définition du problème à travailler, le point de vue devient une vision unique de la conception formée par les découvertes au cours du travail en mode empathie.

Un bon point de vue:

  • Fournit un angle de vue et cadre le problème.
  • Inspire l’équipe.
  • Offre une référence pour évaluer des idées concurrentes.
  • Permet à l’équipe de prendre des décisions de façon indépendante en parallèle.
  • Stimule les idées en suggérant des questions “Comment pourrions-nous ____?”.
  • Capture le cœur et l’esprit des gens.
  • Évite la tâche impossible de développer des concepts qui essaient d’adresser un ensemble de choses trop larges pour tout le monde.
  • Permet de revisiter et reformuler au fur et à mesure de l’apprentissage par la mise en pratique.
  • Guide les efforts d’innovation.

Développer un point de vue à l’aide d’une phrase à trous

Pourquoi développer un point de vue?

Un point de vue (POV point of view) est le recadrage d’un défi de conception dans un énoncé de problème qui va lancer génération d’idées de solutions. C’est un angle d’attaque du problème.

L’exercice de la phrase à trous fournit un cadre pour développer votre point de vue. Un bon point de vue permettra de trouver des idées de manière orientée, en créant des questions de type “Comment pourrions-nous ___?” basées sur l’angle d’attaque choisi. Surtout, le point de vue va structurer votre vision de designer, offrant à la fois la responsabilité et l’opportunité de concevoir, de découvrir et d’articuler un défi pertinent.

Comment développer un point de vue?

On peut utiliser une simple phrase à trous afin de de capturer et d’harmoniser les trois éléments d’un point de vue pertinent: (1) l’utilisateur, (2) le besoin et (3) la découverte (insight). Ce dernier terme d’insight est difficile à traduire en français: il fait référence à la compréhension précise et profonde de quelqu’un ou de quelque chose. Cela fait appel à l’intuition, au discernement, mais aussi à l’appréciation, à la perspicacité, à la finesse, parfois au jugement, et également à l’acuité, à la largeur de vue et à l’imagination.

La phrase à trou proposée par la d.school de Stanford est la suivante:

[UTILISATEUR] a besoin de [BESOIN DE L’UTILISATEUR] car [DÉCOUVERTE (INSIGHT)]

User-Need-Insight

Il est conseillé d’utiliser un tableau blanc ou une grande feuille de papier pour essayer un certain nombre d’options, de jouer avec chaque variable et leurs combinaisons. Le besoin et la découverte (ou l’idée surprenante, insight) découlent de l’étape d’empathie et du travail de synthèse.

Rappelez-vous que dans ce contexte les “besoins” devraient être exprimés comme des verbes. L’idée ne devrait pas simplement être une raison justifiant la nécessité du besoin, mais plutôt une phrase de synthèse que vous pouvez exploiter dans la conception d’une solution. La formulation se doit d’être attractive et peut-être aussi être un peu intrigante afin de maintenir une certaine la tension dans votre point de vue.

Voyons, par exemple, la formulation initiale d’un point de vue: “Une adolescente a besoin d’aliments plus nutritifs parce que les vitamines sont essentielles à sa bonne santé”. Voilà un énoncé sûrement correct, mais posé de façon descriptive et peu engageante.

Essayons maintenant d’introduire un point de vue avec un angle d’attaque plus saillant: “Une adolescente, avec de sombres perspectives, a besoin de se sentir socialement plus acceptée en mangeant des aliments sains, parce que dans son quartier les risques sociaux sont plus importants que les risques de santé”.

Remarquez comment ce dernier énoncé du problème devient plus actionnable et potentiellement plus générateur de solutions, tandis que le premier n’est qu’un état de fait, qui amène peu d’excitation ou de direction pour élaborer des solutions.

Questions “Comment pourrions-nous”

how-might-we-paper

Pourquoi créer des questions “Comment pourrions-nous”

Les questions “Comment pourrions-nous” sont des questions courtes pour lancer des sessions de brainstorming de solutions. Ce sont des points de départ pour générer des idées à partir de votre point de vue et angle d’attaque. Créez un point de départ qui soit assez large pour qu’il y ait un large éventail de solutions, mais assez étroit pour que l’équipe ait des frontières utiles et trouve des solutions spécifiques.

Par exemple, entre la question trop étroite “Comment pourrions-nous créer un cône pour manger une glace sans qu’elle coule?” et la question trop large “Comment pourrions-nous réinventer le dessert?”, un bon milieu serait “Comment pourrions-nous reconcevoir une glace pour la rendre mieux portable?”.

Comment produire des questions “Comment pourrions-nous”

Commencez par votre point de vue ou votre énoncé du problème. Découpez ce défi en de plus petits morceaux portés vers l’action. Écrivez des questions en commençant par “Comment pourrions-nous”. Il est souvent utile de générer plusieurs de ces questions avant de brainstormer sur les solutions. Par exemple, voici un point de vue et les questions “Comment pourrions-nous” résultantes.

 

Utilisateur Besoin Découverte (Insight)
Un père de famille surmené Aimerait se sentir bien à propos du recyclage Lorsque la pile de recyclage augmente, il se sent impuissant et finalement le “tas” au bord du trottoir le fait sentir plus générateur d’ordures que bienfaiteur de l’environnement

 

  1. Comment pourrions-nous diminuer la taille de la pile de recyclage?
  2. Comment pourrions-nous le faire sentir à l’aise avec la taille de la pile?
  3. Comment pourrions-nous lui faciliter le travail de récupérer tout ce qui est à recycler dans la maison?
  4. Comment pourrions-nous éviter le débordement des conteneurs?
  5. Comment pourrions-nous lui faire sentir qu’il a une longueur d’avance?
  6. Comment pourrions-nous le rendre moins stressé quant au recyclage?
  7. Comment pourrions-nous faire que le recyclage soit moins ressenti comme sortir des ordures?

 

La ou les questions ainsi construites vont aller nourrir et générer les idées produites dans les phases suivantes pour résoudre le problème de façon innovante et pertinente pour les personnes concernées.

Source: Bootleg bootcamp d.school Stanford (source première), traduction Franck Langevin, adaptation et autres textes Giorgio Pauletto / Crédits images: Heatherawalls CC-BY-SA https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ALegal_design_jam_at_Stanford_October_2013_01.jpg, Stanford d.school bootleg bootcamp Process and Define Mode CC-BY-SA, autres images Giorgio Pauletto

Quelles sont les tendances futures dans la santé?

Le domaine de la santé est largement touché par les transformations du monde d’aujourd’hui. Il est face à des tendances lourdes de société comme le vieillissement, l’augmentation des coûts, le défi de la pénurie des soignants et aussi devant des opportunités face aux possibilités offertes notamment dans les usages nouveaux et les technologies de rupture.

Voyons cela de plus près.

health-care-generic-everything-possible-3

Les tendances lourdes dans le domaine de la santé

1. L’augmentation du vieillissement de la population et les maladies chroniques

hands

Comme dans l’ensemble du monde occidental, durée de vie de la population augmente et la base de la pyramide des âges diminue. D’après l’Office Fédéral de la Statistique en Suisse, la proportion des jeunes (de moins de 20 ans) a régressé de 40.7% en 1900 à 20.4% en 2012, celle des personnes âgées (plus de 64 ans) a progressé de 5.8% à 17.4%.

Au niveau mondial, le taux de croissance actuel de la population âgée, qui est de 1.9%, est devenu nettement supérieur à celui de la population totale qui lui est à 1.2%. Les maladies chroniques sont, de loin, la principale cause de mortalité dans le monde, représentant 63% de tous les décès.

2. L’enjeu de découpler les coûts de la santé de la qualité des soins

costsLa Suisse dépense 11.5 % du PIB pour le système de santé. La part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut est passée de 11.0% en 2011 à 11.5% en 2012. Les dépenses de santé se sont élevées au total à 68 milliards de francs en 2012, ce qui représente 5.3% de plus que l’année précédente. Cette augmentation est imputable en grande partie à la hausse de 2.3 milliards des dépenses hospitalières.

Les États-Unis dépensent $8,508 par personne en soins de santé, près de $3000 de plus par personne que la Norvège, le deuxième plus grand dépensier. 23 pour cent des adultes américains et 13 pour cent des adultes en France, soit ont eu de graves problèmes pour payer les factures médicales ou ont été incapables de les payer. On estime, aux États-Unis, à 1.7 million le nombre de patients qui développent des infections alors qu’ils sont à l’hôpital, et 99’000 meurent des séquelles.

3. Le défi de la pénurie de médecins et du personnel soignant

doctors2Selon l’Office fédéral des migrations, entre 750 et 1’300 médecins étrangers ont ainsi émigré chaque année en Suisse entre 2002 et 2009. A l’heure actuelle, le système de santé suisse est totalement dépendant de la main-d’œuvre étrangère et l’expansion des effectifs hospitaliers ne pourrait être possible sans l’immigration.

Pour l’accès à la santé, plus d’un milliard de personnes dans le monde n’ont pas encore accès à un système de soins de santé. Il y aura selon toute vraisemblance une pénurie de 230’000 médecins à travers l’Europe dans un proche avenir. Le nombre de soignants dans 36 pays d’Afrique est insuffisant pour offrir simplement une immunisation de base et des services de santé maternelle. La répartition inégale des soignants devient également un problème important.

4. L’innovation des technologies et des données

techmedLes progrès des technologies de la santé et de l’analyse de données offrent une aide pour faciliter de nouvelles possibilités de diagnostic et de traitement. Elles peuvent aussi permettre de mieux contenir ces nouvelles dépenses par la restructuration des modèles de prestation de soins et la promotion de l’utilisation plus efficace des ressources.

L’adoption de nouvelles technologies de l’information de santé numérique est devenue le moteur du changement dans la façon dont les médecins, les assureurs, les patients et d’autres parties prenantes du secteur interagissent.

Dans ce domaine, les dossiers médicaux électroniques, la télémédecine, les applications de santé mobile (mHealth), ainsi que les prescriptions médicales électroniques joueront un rôle important.

Il faut aussi souligner un besoin crucial de se concentrer sur la sécurité, la confidentialité des données pour offrir bien sûr aux patients une confiance indispensable dans un contexte qui touche le cœur de leur vie privée.

Les signaux de rupture

Quelles sont les innovations de rupture dans la santé?

Par un article précurseur dans la prestigieuse Harvard Business Review, Clayton Christensen posait déjà la question: “Les innovations de rupture vont-elles soigner la santé?” (“Will Disruptive Innovations Cure Health Care?”, HBR). Voyons justement les signaux faibles de ce qui portera le changement dans les 3 à 5 prochaines années.

1. L’influence sur les comportements

Les capteurs personnels

Le mouvement de la mesure de soi (“Quantified Self”) est en pleine expansion. Les capteurs lancés par Nike (Nike+ Fuelband) ou Jawbone Up sont aujourd’hui complémentés par des versions encore plus fines.

airo
google-lens

Airo propose un capteur de poignet prenant en compte non seulement les mouvements, le sommeil et le stress, mais aussi la nutrition en scannant par spectrométrie le sang.

Sensotrack, un produit suisse, se positionne dans le creux de l’oreille et mesure également la pression sanguine, le taux d’oxygène et la respiration.

Les lentilles de contact Google, encore en prototype, visent à aider les personnes atteintes de diabète en mesurant en permanence les niveaux de glucose dans leurs larmes.

Apple propose déjà dans la toute prochaine mouture de iOS, HealthKit, une plateforme pour intégrer les mesures et afficher un tableau de bord d’où contrôler les paramètres de santé sur une base quotidienne, tout en offrant le recul d’examiner les tendances de remise en forme sur un temps plus long.

Des incitations à la santé

mysugrCes capteurs sont déjà révolutionnaires, mais une couche supplémentaire vient en renforcer les effets. La plupart des applications de santé proposées, intègrent ce que l’on appelle gamification ou “ludification” en français. Cette approche permet en quelque sorte de faire “mordre à l’hameçon” plus facilement les individus et d’influencer leur comportement pour mieux adhérer à un comportement voulu de façon durable.

Cette modification de comportement est essentiellement le facteur clé de succès de traitements notamment pour la perte de poids, les maladies chroniques et les prescriptions antibiotiques par exemple.

Pour les diabétiques, mySugr propose une application qui s’apparente à un journal de diabète, en fournissant une rétroaction immédiate pour aider à rester motivé. Cela passe par gagner des points pour chaque inscription faite qui aide combattre un monstre, le diabète. L’objectif est d’apprivoiser ce monstre tous les jours à travers des défis liés à des objectifs personnels.

2. L’autonomisation du patient

Diagnostics en self-service

scanaduLes algorithmes permettant un guidage en utilisant les données relevées par le patient lui-même deviennent de plus en plus perfectionnés. Ceci permet de réduire l’incertitude à un point qui permet de prendre certaines décisions sans nécessairement recourir aux spécialistes et de réserver cette visite uniquement aux cas nécessaires.

Biosense uCheck par exemple permet d’avoir un laboratoire portable en utilisant un calibrage de couleurs prises par l’appareil photo de son smartphone.

Scanadu (appareil et logiciel encore en test) permettra de diagnostiquer a priori les symptômes pour savoir en principe quand se rendre en clinique et quand on peut attendre sans conséquence. Voir la vidéo du scénario d’utilisation http://youtu.be/KSwMauCno6o.

SCiO financé de façon participative sur Kickstarter permet de scanner des matériaux, de la nourriture, et tout objet physique. Le fameux “tricorder” de Star Trek devient une réalité. Véritable spectromètre portable, il offre à tout un chacun d’obtenir des informations instantanées sur la nature de l’objet à travers son smartphone. Nourriture, médicaments, plantes, et plus encore peuvent immédiatement être analysés et reconnus voir la vidéo de démo saisissante ici http://youtu.be/BrtGSEwfIJY.

Réseaux sociaux de santé

23-PatientsLikeMe-1_0Tout le monde le sait, plus que jamais les patients recherchent des informations sur internet. Aujourd’hui ils s’auto organisent pour mieux savoir quels traitements ils utilisent, quels sont les essais cliniques et les dernières découvertes scientifiques pour mieux comprendre comment cela s’inscrit dans le contexte de leur expérience.

Deux exemples sont saillants http://Smartpatients.com et http://Patientslikeme.com.

Notons que tout ceci n’est pas sans mettre en évidence des risques. Bien sûr celui de faire confiance aux avis peu pertinents médicalement et scientifiquement, et c’est le moindre. Le défi majeur est celui de la collecte de données par des organisations tierces, comme les pharmas et les assurances pour qui ces données sont de l’or. Le rôle des pouvoirs publics est dans ce contexte d’une importance capitale et ils devront certainement rapidement s’emparer de la question.

3. Les soins orchestrés

Télémédecine

o-careLes possibilités de communication et d’interaction à distance offrent de nouveaux canaux pour les patients afin d’entrer en contact avec les médecins et les experts de la santé. Ceci permet d’abord d’obtenir des conseils médicaux et des bilans, puis avec la vidéo et d’autres capteurs, ces rendez-vous virtuels peuvent offrir un niveau de soins parfois suffisant pour une part importante des cas. Bien entendu cela doit aussi conduire à des visites en personne qui restent nécessaires et qui peuvent être même augmentées en temps et qualité si les cas précédents sont traités plus simplement.

La cabine proposée par HealthSpot est une sorte de kiosque médical qui dématérialise une visite chez le médecin. Les patients interagissent avec des fournisseurs de santé certifiés par une vidéoconférence haute définition ainsi qu’une série de dispositifs médicaux connectés qui transmettent l’information biomédicale en temps réel.

Le service de Goderma permet de recevoir le diagnostic d’un dermatologue qualifié dans les 48 heures. Le processus est simple: télécharger une photo de votre problème de peau, répondre à quelques questions et soumettre votre demande de façon anonyme. La demande est reçue et examinée par un dermatologue et la transaction se fait entièrement en ligne jusqu’au paiement. Si les dermatologues ne peuvent pas évaluer correctement le cas, la transaction est annulée et remboursée.

GiraffPlus est un projet européen visant à augmenter l’autonomie des personnes à la maison. Le robot domestique est doté de capteurs et d’une interface “à la” Skype pour interagir avec les personnes. Le système encore en développement est porte aussi une attention particulière à l’ergonomie pour garder une interaction la plus empathique possible.

L’Institut Frauenhofer propose aussi un robot qui complémente les personnes ayant des difficultés pour certaines tâches domestiques ou de communication en cas de chute.

Dossiers Virtuels

Le dossier médical informatisé (connu sous son nom anglais Electronic Health Record EHR), porte depuis plusieurs année la promesse de fournir un espace personnel autour du patient, sécurisé et permettant de donner accès de façon simple et rapide à ses données de santé en évitant de répéter des tests pénibles et onéreux, de commettre des erreurs, de perdre du temps précieux dans les transferts.

Le projet de dossier médical genevois MonDossierMedical.ch propose de stocker de façon hautement sécurisée les données de santé du patient et de les mettre à disposition de différents prestataires de soins. Les professionnels de santé admis peuvent mettre à jour les informations mais c’est le patient qui donne les accès à travers une clé numérique. Le dossier patient informatisé au niveau hospitalier est aussi couplé à ce projet pour permettre un suivi plus global. Pour plus d’informations voir aussi http://www.e-toile-ge.ch/etoile.html.

Plusieurs autres pays, ont des projets allant dans ce sens comme l’Autriche, l’Estonie, les Pays-Bas en Europe.

Remarques de conclusion

dataprotectionComme on le voit le monde de la santé est en constante évolution par la redistribution amenée par les nouvelles habitudes des gens, les défis du vieillissement et de l’économie, ainsi que des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies.

Tout ceci peut sembler bien alléchant et il est certain que les potentiels sont énormes. Il semble toutefois nécessaire d’adopter une approche itérative et un apprentissage continu. Cela doit nous amener à prototyper plus de concepts avant de se lancer la tête la première dans ces domaines avec de lourdes conséquences. Pensons aussi que l’ensemble des opportunités offertes a aussi souvent un revers de la médaille.

Deux points reviennent sans cesse à l’esprit: d’une part, celui de la protection et de la réappropriation des données et, d’autre part, celui de l’ouverture et du partage des données qui intéressent la recherche et la santé publique. Quid des intérêts privés? Et de la capture de valeur par des intermédiaires dont les principes commerciaux ne sont pas à l’avantage de leurs clients? Qu’en est-il également de la transparence, des choix plus informés et des gains qu’apporte une plus grande ouverture? Un récent rapport du National Health Service britannique analyse aussi ces aspects d’ouverture plus grande des données de santé.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’usager doit rester au cœur de la démarche et son intimité numérique protégée. Il est donc impératif de commencer petit, de tester les idées et de voir ce qui apporte une valeur au patient qui doit rester le premier bénéficiaire.

Une présentation à l’origine de cet article est disponible ici:
http://www.slideshare.net/giorgiop5/tendances-futures-dans-la-sant


Références et sources

2014 Global health care sector outlook, Deloitte,
http://www2.deloitte.com/content/www/global/en/pages/life-sciences-and-healthcare/articles/2014-global-health-care-outlook.html

Pénurie de médecins: un chaos programmé, L’Hebdo, 11-01-2009, http://www.hebdo.ch/penurie_de_medecins_un_chaos_programme_141655_.html

The Future of Health, PFSK Labs, http://www.psfk.com/

Data, health and me: the future of people-powered healthcare, NESTA, http://www.nesta.org.uk/event/data-health-and-me-future-people-powered-healthcare

Myhealthapps.net the world’s favourite healthcare apps, tried and tested by people like you  http://myhealthapps.net

Will Disruptive Innovations Cure Health Care?, Clayton M. Christensen, Richard Bohmer, and John Kenagy, Harvard Business Review (2000), http://hbr.org/web/extras/insight-center/health-care/will-disruptive-innovations-cure-health-care

The Open Data Era in Health and Social Care, http://thegovlab.org/nhs/

On a causé d’Open Data…

 

Open

 

 


 

Rendre les données publiques vraiment publiques, les mettre à disposition de tout le monde de façon libre et réutilisable pour plus de transparence, d’efficacité et d’innovation. C’est ça, l’Open Data ! A Genève, les Transports Publics Genevois (TPG) et le Système d’information du territoire (SITG) sont les premiers à ouvrir la voie. La Causerie du 22 mai nous a permis d’échanger avec ces avant-gardistes.

Dans la logique d’un Internet collaboratif nourri par l’échange des connaissances, l’ouverture des données publiques constitue une voie incontournable sur laquelle beaucoup se sont déjà engagés. A l’image de nombreux pays, régions ou villes à travers le monde, c’est au tour du canton de Genève de s’y mettre. Car les TPG et le SITG sont convaincus des opportunités offertes par une telle démarche.

Et comme souvent lorsqu’un sujet fait le buzz, on en dit tout et n’importe quoi. Antoine StrohPascal Oehrli et moi-même sommes intervenus pour défaire les préjugés et aider à comprendre les enjeux de l’Open Data. C’était l’occasion d’informer les participants sur ce qui se fait concrètement à Genève dans ce domaine et d’envisager ensemble une dynamique d’ouverture des données sur notre territoire.

Une fois n’est pas coutume, j’ai contribué activement à la première partie de cette Causerie pour clarifier la notion d’Open Data et en rappeler les enjeux. Et je tenais en préambule à rappeler qu’à l’Observatoire technologique nous avions bien senti le vent venir puisqu’en 2008 déjà nous avions organisé notre traditionnelle Journée de rencontre sur ce thème.

Lorsqu’on évoque l’ouverture des données publiques, il convient d’abord de différencier les notions ‘données’ et ‘informations’. Trop souvent j’ai en effet constaté que l’on se réfère à l’information diffusée sur un site Web pour penser que l’on ouvre ses données.

Le deuxième point de clarification à apporter concerne le caractère publique d’une donnée. Ici aussi l’Open Data fait parfois peur si l’on n’a pas pris la peine d’expliquer qu’une donnée n’est considérée comme ‘publique’ que si :

    • Elle est non nominative
    • Elle ne porte pas atteinte à la sphère privée
    • Elle ne relève pas de la sécurité

De très nombreuses données produites par les administrations ont ainsi vocation à être rendues publiques: celles relatives aux transports, à la culture, à la météo, à l’environnement ou les données statistique pour ne citer qu’elles.

Le dernier point à définir concerne la notion d’ouverture qui vise à s’assurer que les données soient accessibles, exploitables et réutilisables. Ce sont ces qualités que l’on recherche lorsque l’on ouvre ses données. On traduit cette ouverture aux niveaux technique, économique et juridique.  Pour plus de détails je vous renvoie au document cité en référence.

J’ai également rappelé les enjeux qui peuvent pousser une administration ou un gouvernement à ouvrir ses données. J’en ai recensé 5 :

    1. La transparence: ces données que l’on rend accessibles favorisent grandement la transparence de l’action publique à l’image des données du budget du Royaume-Uni reprises par le site WhereDoesMYMoneyGo.org
    2. L’innovation: l’Open Data constitue un moteur d’innovation indéniable en favorisant la création de services innovants qui se nourrissent de ces données.
    3. La valorisation: la mise à disposition de ces données leur donne une seconde vie et permet de les valoriser (au sens large du terme) bien au-delà de leur vocation première.
    4. Les biens communs: ces données ont été payées par le contribuable pour leur utilité de service public. Certains estiment alors qu’elles doivent à la population dans une logique de biens communs.
    5. La transformation: l’ouverture des données constitue un levier de transformation du service public. Elles poussent notamment les services à plus s’ouvrir vers la société et favorisent un décloisonnement en interne.

Ces dernières années de très nombreux pays, régions ou villes ont intégré l’un ou l’autre de ces enjeux et ont ouvert une partie de leurs données, à l’image des portails précurseurs des gouvernements US (www.data.gov) et britannique (data.gov.uk). La Suisse n’est pas en reste avec le lancement l’année dernière du portail national opendata.admin.ch.

Causerie Open Data

Et à Genève ? Et bien cela bouge aussi, comme nous l’a tout d’abord démontré Antoine Stroh qui a initié l’ouverture de certains jeux de données des Transports Publics Genevois (TPG) en septembre 2013. Comme il nous l’a raconté, tout a commencé par un voyage aux Etats-Unis lors duquel il a été frappé par la privatisation des transports publics dans la région de  San Francisco. “Comment éviter cela chez nous?” s’est-il demandé. Cette question l’a amené à une réflexion sur l’ouverture des données publiques comme l’un des éléments contribuant à valoriser le service public.

Aujourd’hui l’Open Data s’inscrit parfaitement dans la stratégie de la régie genevoise qui envisage son évolution vers une plateforme de mobilité, avec un focus sur les habitants du territoire (envisagés comme de futurs clients). L’idée est de les impliquer dans une démarche de co-création en les aidant à proposer des solutions innovantes basées notamment sur l’élément indispensable à de nombreux services de mobilité : les données. L’Open Data s’imposait ainsi naturellement.

Antoine nous a rappelé l’historique de l’ouverture des données temps réel des bus genevois. Il y est allé en douceur afin de ne pas effrayer la direction de l’entreprise, laissant toujours possible un retour en arrière.  Il fallait en effet rassurer ses collègues sur le fait que cette ouverture d’une partie des données ne mettait pas l’entreprise en danger. Les TPG ont ainsi procédé par étapes, en organisant dans un premier temps plusieurs concours et hackatons, afin de démontrer les opportunités offertes par l’Open Data.

Un autre point qui a contribué à rassurer la direction des TPG est le travail effectué sur les conditions d’utilisation des données. En Suisse les licences Open Data n’ont malheureusement aucune valeur juridique et il a fallu réfléchir à des conditions d’utilisation s’inspirant des droits et devoir de ces licences. Les TPG ont ainsi repris le travail effectué par les juristes du SITG dans ce domaine.

Antoine illustre les potentialités offertes par l’ouverture de leurs données avec les meilleures contributions au concours organisé par les TPG. Je retiens l’application Wann (disponible sur l’App Store) qui répond à un besoin simple et bien cerné, et qui a été développée en Autriche! Grâce aux formats standards utilisés, il a été manifestement facile d’adapter au contexte genevois Wannune App créée à l’origine pour deux villes autrichiennes.

Au-delà de ces exemples encourageants, Antoine voit des potentialités encore plus grandes dans les mashups mélangeant leurs données temps réel à des données ou informations crowdsourcées, à l’image du prototype UnCrowded TPG proposé par l’Institut de Science des Services de l’Université de Genève. Il souligne également l’impact fort de la visualisation des données dans laquelle il voit beaucoup d’avenir.

Au moment de faire un premier bilan, Antoine note l’importance d’animer la communauté qui gravite autour de leurs données et de bien documenter les jeux de données. Il note la nécessité d’une animation importante pour entretenir la dynamique et obtenir ainsi un impact suffisant. Il constate également qu’il manque encore des standards bien établis relatifs aux formats des données et aux licences Open Data (du moins pour la Suisse) afin de facilité leur accessibilité.

Au niveau de l’entreprise TPG, il voit dans l’Open Data un moyen de changer le regard de la population sur une entreprise qui se veut innovante. Cette démarche a permis d’initier une boucle vertueuse avec des effets manifestes en interne de l’organisation. En distillant une culture de la donnée, elle a notamment permis de fluidifier la circulation des données dans l’entreprise. Elle permet en outre d’améliorer leur qualité grâce au feedback des utilisateurs si l’on a su mettre en place les canaux de retour.

Antoine est persuadé que les TPG doivent dès aujourd’hui se préparer à l’arrivée d’innovations de rupture qui, à l’image de Uber dans le monde des taxis, vont déstabiliser les acteurs en place. La clé pour les TPG sera de savoir évoluer vers une plateforme de mobilité sur laquelle l’Open Data joue un rôle important. Il faudra mettre en place une telle plateforme et surtout créer un écosystème autour de celle-ci. Mais il faudra pour cela oublier certains réflexes et savoir évoluer dans un mode plus expérimental, favorable à l’émergence.

Pascal Oehrli nous a ensuite présenté la démarche d’ouverture des données du Système d’information du territoire genevois (le SITG). Il nous a tout d’abord rappelé l’historique du SITG et la quantité de données impressionnante déjà à disposition en consultation sur le guichet cartographique dédié. Ce mois de juin, SITG ouvrira officiellement plus de 300 de ces jeux de données géo-référencées dans une logique Open Data. Les données mises à disposition seront aussi variées que le cadastre, le marquage au sol sur les voies de circulation, les arbres isolés du canton ou son bâti 3D pour ne citer que celles-là.

Pascal souligne le fait que l’ouverture de ces données s’est faite très naturellement, dans la continuité d’une dynamique qui prévaut depuis plus de 20 ans. Dès le début les fondateurs du SITG l’ont en effet voulu ouvert, non seulement sur les partenaires producteurs de données, mais aussi sur la population et les entreprises du territoire. Il a ainsi toujours été possible d’accéder à moindre coût à la plupart des données publiques.Le SITG a su également s’appuyer sur une architecture commune garante de cohérence et d’accessibilité facilitée. Enfin, une dynamique d’échange entre les différents partenaires avait d’emblée été mise en place.

Pascal Oehrli

Il n’a donc pas été difficile de convaincre les partenaires du SITG d’ouvrir une grande partie de leurs données publiques dans une logique Open Data. L’enjeux majeur dans ce cas est de valoriser au mieux ces données. Les partenaires ont en effet créé celles-ci pour répondre aux impératifs de leurs métiers respectifs et n’ont pas vocation à les exploiter et à les valoriser au-delà. Autant alors laisser à d’autres le soin de les utiliser pour créer des services à valeur ajoutée à destination de la population ou des entreprises de notre région. Ceci d’autant que pour le SITG, le coût financier d’une telle opération est très faible.

En fait c’est avant tout au niveau légal et juridique qu’il a fallu œuvrer. D’une part la loi relative à l’organisation et au fonctionnement du SITG a dû être revue afin de tenir clairement compte de la volonté d’ouvrir certaines données. D’autre part les juristes ont dû élaborer des conditions contractuelles générales régissant l’impression, l’extraction et l’exploitation des géodonnées du SITG, ceci en reprenant les droits et les devoirs contenus dans les licences Open Data. En l’occurrence, l’utilisateur a l’obligation de :

  • Apporter une mention de la source
  • Mentionner toutes modifications et traitements apportés
  • Respecter la législation sur la protection des données

Alors que les partenaires producteurs de données peuvent en tout temps :

  • Modifier les données et produits mis à disposition
  • Changer le mode de diffusion

Comme aux TPG, la clarification de ces droits et devoirs a contribué à rassurer les partenaires du SITG.

OpenDataSITG

Dès juin 2014, trois services seront ainsi mis à disposition du public :

  1. Le téléchargement libre des données depuis le catalogue (sous forme de fichiers compressés)
  2. L’ouverture de l’extracteur en ligne pour les données OpenData
  3. La mise en place d’un webservice cartographique unique des données OpenData

Dans le même temps des mesures d’accompagnement ont été envisagées, telles que le renforcement de la communication auprès du grand public, le réseautage et la création d’une communauté d’utilisateurs. Des événements ponctuels tels que concours, hackathons ou ateliers contributifs sont également prévus.

L’Open Data ne se déclinant pas seul dans son coin, le SITG s’est rapproché de la Confédération dans ce domaine et va notamment référencer  ses données ouvertes sur le portail fédéral dédié. Enfin on prévoit déjà un renforcement de l’infrastructure, des services, et des mécanismes de gestion du changement au sein du SITG.

Pascal conclut sa présentation en annonçant la séance d’information du vendredi 13 juin 2014 à la Fédération des Entreprises Romandes qui aura pour but de présenter la démarche Open Data et les jeux de données disponibles.

La discussion qui suit ces présentations aborde plusieurs thèmes importants lorsqu’on évoque l’ouverture des données publiques. On mentionne ainsi les aspects relatifs au respect de la sphère privée. Ceux-ci sont cruciaux lorsqu’on connaît la puissance des algorithmes actuels qui mettent potentiellement à mal le caractère anonyme de certaines données publiques lorsqu’il est possible de les croiser avec d’autres. Il faudra clairement rester vigilant sur le sujet.

On aborde également le défi de la dynamique Open Data. Car ouvrir ses données c’est bien. Faire en sorte que les gens ses les approprient c’est encore mieux. Tous s’accordent à dire que le vrai défi se situe à ce niveau. D’une part parce que peu savent aujourd’hui ce qu’est l’Open Data et d’autre part parce que les outils qui permettent de s’approprier ces données (traitement, visualisation) sont encore souvent trop compliqués à utiliser.

Et tout le monde s’accorde au final pour reconnaître que l’on est dans le monde de l’émergence et qu’il faudra savoir y rester en résistant à la tentation de trop vouloir cadrer les choses !

 


Références

Ouverture des données publiques : une opportunité pour Genève, Patrick Genoud, Observatoire technologique, 2011

Le site élaboré par les étudiants de l’INSA Rennes, pour faire simplement le tour de la question

données ouvertes, le site de Simon Chignard consacré à l’Open Data

Le blog de l’association nantaise LiberTIC

En Suisse: le portail Open Data suisse et Opendata.ch

Aux TPG: Data.tpg.chUrban Data Challenge

Au SITG: le catalogue du SITG

 


 

 


Patrick Genoud

Patrick Genoud est conseiller en technologies de l’information à l’Observatoire technologique de l’Etat de Genève   

 


 


Antoine Stroh

Antoine Stroh est responsable des données de production aux Transports Publics Genevois 

 


 

 

Pascal Oehrli

Pascal Oehrli est directeur du Service de Géomatique et de l’Organisation de l’Information de l’Etat de Genève

Page 3 de 812345...Fin »