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WE (T)RUST – Global GovJam 2014

Global GovJam2014

Au début du mois de juin de cette année, l’Observatoire technologique a participé avec l’Institut de Sciences des Services de l’Université de Genève à un hackathon d’une forme un peu particulière et dont le terrain de jeu est le service public. Le Global GovJam 2014 réunissait pour la troisième année consécutive des équipes d’innovateurs motivés par la volonté de démontrer qu’il est possible en moins de 48 heures de proposer une ébauche tangible de projet novateur dans le secteur public.

Les GovJams constituent tout à la fois l’occasion de cultiver des relations hors de son cadre de travail habituel, de tester des outils de créativité et d’échanger des idées nouvelles tout en œuvrant sur un projet concret s’inscrivant dans le thème donné. Ici pas de concours, pas de prix; seulement la satisfaction d’avoir réalisé ensemble un projet innovant et d’avoir enrichi les réflexions de la communauté des participants.

La centaine d’équipes provenant des cinq continents avait deux jours pleins pour concrétiser un projet en lien avec le sujet proposé cette année: la confiance !

La vidéo de présentation du thème retenu laissait beaucoup de place à l’imagination: comment aller au-delà de la confiance telle qu’actuellement nous la vivons dans la vie courante, à titre professionnel ou privé ? Un thème tout à la fois complexe, fascinant mais surtout essentiel à l’heure où cette confiance nécessaire à tous les échanges que nous effectuons au quotidien est sujette à une érosion croissante, même dans le secteur public. Les organisateurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en jouant habilement sur les mots TRUST (confiance) et RUST (rouille) pour nous proposer le thème du hackaton: (T)RUST !

La page résumant les projets présentés témoigne de la diversité à la fois des approches choisies et des résultats finaux. Les projets imaginés par les différents groupes proposent des solutions allant de la sensibilisation à l’éducation en passant par des outils (numériques ou non) permettant de tangibiliser cette confiance si malmenée.

Après deux jours de brainstorming, d’échanges d’idées et de multiples esquisses, notre projet s’est concrétisé à travers la réalisation d’un manifeste incitant les individus, sur une base volontaire, à s’engager pour une meilleure expérience du service (pris ici dans sa globalité), source première selon nous d’une confiance accrue. Le (T)Manifesto comme nous l’avons appelé part du constat qu’il est temps de lancer une dynamique nouvelle pour reconquérir cette confiance qui s’érode et contribuer ainsi à une société plus digne de confiance, plus responsable et qui soit plus apte à rendre des comptes.

Les approches imposées par le haut ont montré leurs inefficacité. La meilleure manière d’initier ce changement passe plutôt selon notre équipe par une autonomisation des individus qui s’y lancent sur une base volontaire, dans une dynamique que nous avons baptisée WE (T)RUST. Notre ébauche du (T)Manifesto propose aux individus qui le désirent (dans leur rôle de citoyen, de collaborateurs de la fonction publique ou de membre d’une organisation privée) de signer un manifeste par lequel ils s’engagent à auto-évaluer leur niveau de confiance selon les critères suivants et à les améliorer constamment :

1. Bienveillance

La bienveillance mesure notre bonne volonté et/ou notre disposition à faire le bien dans notre vie quotidienne.

2. Transparence

La transparence mesure notre degré de transparence, en tant que personne et dans notre comportement. Fondamentalement cela signifie que vous n’avez pas d’agenda caché.

3. Engagement

L’engagement mesure notre implication dans l’accomplissement de nos tâches.

4. Responsabilité

La responsabilité mesure de quelle manière nous justifions de nos activités, nous en endossons la responsabilité qui nous incombe et nous en révélons les résultats de manière transparente.

5. Pertinence

La pertinence mesure notre capacité à fournir un service qui corresponde autant que possible aux attentes

 

Les individus qui signent le manifeste s’engagent sur chacun des points ci-dessus. D’une part en construisant leur (T)-Profile (leur profil de confiance obtenu en s’auto-évaluant selon ces critères). Et d’autre part en s’engageant à les améliorer constamment.

(T)rust

 

Notre ébauche de manifeste est concrétisée sur le site trust.unige.ch. On y trouve une explication de nos motivations, une page d’autoévaluation, la marche à suivre pour contribuer au mouvement WE (T)RUST, une page consacrée aux histoires en illustrant les usages ainsi qu’une page laissant la place aux perspectives envisagées.

Dans le court délai imparti, nous n’avons pas eu le temps d’aborder les moyens de tangibiliser ce (T)Profile, afin de pouvoir l’exposer aux autres et de le confronter ainsi à leur évaluation, dans le but de susciter des dynamiques vertueuses. Les pistes que nous avons envisagées vont du simple badge de couleur à des systèmes plus sophistiqués sur smartphone.

Ce sprint de 48 heures a dans tous les cas démontré dans quelle mesure une petite équipe motivée, travaillant selon les méthodes du design thinking peut délivrer un résultat concret et actionnable en très peu de temps. Ce résultat initial demande certes à être approfondi et confronté à d’autres points de vue. Mais il constitue selon nous une voie intéressante à suivre pour améliorer la confiance, dans le service public en particulier.

Souhaitons que cette ébauche de manifeste trouve de l’écho, à Genève ou ailleurs. Elle est à disposition sous licence Creative Commons (CC – BY – NC – SA) pour qui veut bien s’en emparer.

Notre petite équipe était composée de:  Giovanna Di Marzo (ISS), Patrick Genoud (OT), Michael Mesfin (ISS), Jean-Henry Morin (ISS), Giorgio Pauletto (OT) et Jeremy SIGNIORELLI (designer indépendant).

 

 

 

Symposium eGouvernement à Berne

Mardi dernier se tenait à Berne le 5ème symposium national consacré a l’eGovernment. Une belle affluence pour cet évènement dont le thème central était cette année l’open government. C’est la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf qui a prononcé un discours d’ouverture très apprécié par la nombreuse assemblée. Mme Widmer-Schlumpf ne s’est d’ailleurs pas contenté d’introduire le symposium; elle a assisté à toutes les présentations de la matinée, un fait suffisamment rare pour être remarqué.

Les plénières du matin étaient ouvertes vers l’étranger avec notamment Sietze Dijkstra qui a exposé la vision selon IBM de la smart society de demain et l’importance de l’ouverture des données publiques dans ce contexte. Un présentation visionnaire et très bien amenée qui détonne avec celles que l’on découvre habituellement en Suisse dans les séminaires consacrés à la cyber-administration (décidément je n’aime pas ce mot!).

L’après-midi était consacré à des sessions spécialisées dont celle sur l’innovation économique à laquelle j’étais convié suite au document « Ouverture des données publiques: une opportunité pour Genève » que j’avais publié en début d’année. J’ai présenté (voir ci-dessous) à cette occasion ma perception de l’ouverture des données publiques en mettant en avant d’une part les opportunités qu’offre notre système d’information du territoire (le SITG) dans ce domaine. Et en insistant surtout sur la nécessaire dynamique à mettre en œuvre avec tous les acteurs concernés si l’on désire atteindre les objectifs escomptés en ouvrant nos données.

J’ai pu noter le dynamisme de la ville de Zürich qui a présenté eZürich, sa nouvelle «plateforme d’idées pour visionnaires, pour les enthousiastes et pour les entrepreneurs du numérique». Andreas Németh a exposé la démarche d’ouverture des données publiques de la ville qui a déjà mis en place un prototype de portail d’accès à certaines données ainsi que les outils de visualisation de certains jeux de données statistiques. Et tout cela uniquement avec les services mis à disposition par Google, dont Google public data explorer! Et tout ceci dans une perspective (très) large de compétition avec Vienne pour déterminer quelle est la ville la plus attrayante de la planète. Car Andreas Németh est convaincu (comme moi d’ailleurs) que la compétitivité de sa ville passe également par l’open data qui constitue un facteur d’innovation incontournable.

Cet argument a été repris lors de la table ronde finale par Edith Graf-Litscher, conseillère nationale et co-présidente du groupe parlementaire pour une informatique durable. Pour répondre aux questions relatives au retour sur investissement de l’open data, Mme Graf-Litscher a insisté sur la nécessité de considérer l’ouverture des données publiques comme une démarche d’innovation: « On ne cherche pas à calculer le retour sur investissement d’une démarche d’innovation avant de la lancer ! ».

Lors de cette même table ronde, Hans-Peter Thur, préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, a rappelé que la transparence constitue dans bien des cas une motivation forte qui pousse les collectivités publiques à ouvrir leurs données. Mais il a rappelé dans le même temps la nécessité de toujours correctement intégrer les aspects liés à la protection des données et au respect de la sphère privée.

Deux points sont particulièrement ressortis des discussions lors de cette session consacrée à l’innovation économique. Le premier est la nécessité de collaborer avec tous les acteurs concernés par l’ouverture des données publiques: fournisseurs publics et privés, citoyens, entreprises, associations, monde académique et collectivités publiques. Le second concerne le rôle central que devrait jouer la confédération dans ce domaine: que ce soit au niveau juridique ou technique, mais surtout en étant le catalyseur d’une dynamique nationale de l’open data.

Au final ce 5ème symposium a été plus intéressant que prévu et on se réjouit déjà de la première édition d’un symposium romand le 3 mai prochain à Lausanne ainsi que de la 6ème édition nationale agendée au 13 novembre 2012 à Berne. J’espère que lors de la rencontre de Lausanne nous aurons l’occasion de voir dans la salle de nombreux politiciens réellement intéressés par ces thématiques importantes pour l’avenir de notre pays et de notre région.

En marge de ce symposium, mon intervention a la RSR dans l’émission Les Temps Modernes : « Cyberadministration: la Suisse est en retard».