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Quelles sont les tendances futures dans la santé?

Le domaine de la santé est largement touché par les transformations du monde d’aujourd’hui. Il est face à des tendances lourdes de société comme le vieillissement, l’augmentation des coûts, le défi de la pénurie des soignants et aussi devant des opportunités face aux possibilités offertes notamment dans les usages nouveaux et les technologies de rupture.

Voyons cela de plus près.

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Les tendances lourdes dans le domaine de la santé

1. L’augmentation du vieillissement de la population et les maladies chroniques

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Comme dans l’ensemble du monde occidental, durée de vie de la population augmente et la base de la pyramide des âges diminue. D’après l’Office Fédéral de la Statistique en Suisse, la proportion des jeunes (de moins de 20 ans) a régressé de 40.7% en 1900 à 20.4% en 2012, celle des personnes âgées (plus de 64 ans) a progressé de 5.8% à 17.4%.

Au niveau mondial, le taux de croissance actuel de la population âgée, qui est de 1.9%, est devenu nettement supérieur à celui de la population totale qui lui est à 1.2%. Les maladies chroniques sont, de loin, la principale cause de mortalité dans le monde, représentant 63% de tous les décès.

2. L’enjeu de découpler les coûts de la santé de la qualité des soins

costsLa Suisse dépense 11.5 % du PIB pour le système de santé. La part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut est passée de 11.0% en 2011 à 11.5% en 2012. Les dépenses de santé se sont élevées au total à 68 milliards de francs en 2012, ce qui représente 5.3% de plus que l’année précédente. Cette augmentation est imputable en grande partie à la hausse de 2.3 milliards des dépenses hospitalières.

Les États-Unis dépensent $8,508 par personne en soins de santé, près de $3000 de plus par personne que la Norvège, le deuxième plus grand dépensier. 23 pour cent des adultes américains et 13 pour cent des adultes en France, soit ont eu de graves problèmes pour payer les factures médicales ou ont été incapables de les payer. On estime, aux États-Unis, à 1.7 million le nombre de patients qui développent des infections alors qu’ils sont à l’hôpital, et 99’000 meurent des séquelles.

3. Le défi de la pénurie de médecins et du personnel soignant

doctors2Selon l’Office fédéral des migrations, entre 750 et 1’300 médecins étrangers ont ainsi émigré chaque année en Suisse entre 2002 et 2009. A l’heure actuelle, le système de santé suisse est totalement dépendant de la main-d’œuvre étrangère et l’expansion des effectifs hospitaliers ne pourrait être possible sans l’immigration.

Pour l’accès à la santé, plus d’un milliard de personnes dans le monde n’ont pas encore accès à un système de soins de santé. Il y aura selon toute vraisemblance une pénurie de 230’000 médecins à travers l’Europe dans un proche avenir. Le nombre de soignants dans 36 pays d’Afrique est insuffisant pour offrir simplement une immunisation de base et des services de santé maternelle. La répartition inégale des soignants devient également un problème important.

4. L’innovation des technologies et des données

techmedLes progrès des technologies de la santé et de l’analyse de données offrent une aide pour faciliter de nouvelles possibilités de diagnostic et de traitement. Elles peuvent aussi permettre de mieux contenir ces nouvelles dépenses par la restructuration des modèles de prestation de soins et la promotion de l’utilisation plus efficace des ressources.

L’adoption de nouvelles technologies de l’information de santé numérique est devenue le moteur du changement dans la façon dont les médecins, les assureurs, les patients et d’autres parties prenantes du secteur interagissent.

Dans ce domaine, les dossiers médicaux électroniques, la télémédecine, les applications de santé mobile (mHealth), ainsi que les prescriptions médicales électroniques joueront un rôle important.

Il faut aussi souligner un besoin crucial de se concentrer sur la sécurité, la confidentialité des données pour offrir bien sûr aux patients une confiance indispensable dans un contexte qui touche le cœur de leur vie privée.

Les signaux de rupture

Quelles sont les innovations de rupture dans la santé?

Par un article précurseur dans la prestigieuse Harvard Business Review, Clayton Christensen posait déjà la question: “Les innovations de rupture vont-elles soigner la santé?” (“Will Disruptive Innovations Cure Health Care?”, HBR). Voyons justement les signaux faibles de ce qui portera le changement dans les 3 à 5 prochaines années.

1. L’influence sur les comportements

Les capteurs personnels

Le mouvement de la mesure de soi (“Quantified Self”) est en pleine expansion. Les capteurs lancés par Nike (Nike+ Fuelband) ou Jawbone Up sont aujourd’hui complémentés par des versions encore plus fines.

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Airo propose un capteur de poignet prenant en compte non seulement les mouvements, le sommeil et le stress, mais aussi la nutrition en scannant par spectrométrie le sang.

Sensotrack, un produit suisse, se positionne dans le creux de l’oreille et mesure également la pression sanguine, le taux d’oxygène et la respiration.

Les lentilles de contact Google, encore en prototype, visent à aider les personnes atteintes de diabète en mesurant en permanence les niveaux de glucose dans leurs larmes.

Apple propose déjà dans la toute prochaine mouture de iOS, HealthKit, une plateforme pour intégrer les mesures et afficher un tableau de bord d’où contrôler les paramètres de santé sur une base quotidienne, tout en offrant le recul d’examiner les tendances de remise en forme sur un temps plus long.

Des incitations à la santé

mysugrCes capteurs sont déjà révolutionnaires, mais une couche supplémentaire vient en renforcer les effets. La plupart des applications de santé proposées, intègrent ce que l’on appelle gamification ou « ludification » en français. Cette approche permet en quelque sorte de faire “mordre à l’hameçon” plus facilement les individus et d’influencer leur comportement pour mieux adhérer à un comportement voulu de façon durable.

Cette modification de comportement est essentiellement le facteur clé de succès de traitements notamment pour la perte de poids, les maladies chroniques et les prescriptions antibiotiques par exemple.

Pour les diabétiques, mySugr propose une application qui s’apparente à un journal de diabète, en fournissant une rétroaction immédiate pour aider à rester motivé. Cela passe par gagner des points pour chaque inscription faite qui aide combattre un monstre, le diabète. L’objectif est d’apprivoiser ce monstre tous les jours à travers des défis liés à des objectifs personnels.

2. L’autonomisation du patient

Diagnostics en self-service

scanaduLes algorithmes permettant un guidage en utilisant les données relevées par le patient lui-même deviennent de plus en plus perfectionnés. Ceci permet de réduire l’incertitude à un point qui permet de prendre certaines décisions sans nécessairement recourir aux spécialistes et de réserver cette visite uniquement aux cas nécessaires.

Biosense uCheck par exemple permet d’avoir un laboratoire portable en utilisant un calibrage de couleurs prises par l’appareil photo de son smartphone.

Scanadu (appareil et logiciel encore en test) permettra de diagnostiquer a priori les symptômes pour savoir en principe quand se rendre en clinique et quand on peut attendre sans conséquence. Voir la vidéo du scénario d’utilisation http://youtu.be/KSwMauCno6o.

SCiO financé de façon participative sur Kickstarter permet de scanner des matériaux, de la nourriture, et tout objet physique. Le fameux “tricorder” de Star Trek devient une réalité. Véritable spectromètre portable, il offre à tout un chacun d’obtenir des informations instantanées sur la nature de l’objet à travers son smartphone. Nourriture, médicaments, plantes, et plus encore peuvent immédiatement être analysés et reconnus voir la vidéo de démo saisissante ici http://youtu.be/BrtGSEwfIJY.

Réseaux sociaux de santé

23-PatientsLikeMe-1_0Tout le monde le sait, plus que jamais les patients recherchent des informations sur internet. Aujourd’hui ils s’auto organisent pour mieux savoir quels traitements ils utilisent, quels sont les essais cliniques et les dernières découvertes scientifiques pour mieux comprendre comment cela s’inscrit dans le contexte de leur expérience.

Deux exemples sont saillants http://Smartpatients.com et http://Patientslikeme.com.

Notons que tout ceci n’est pas sans mettre en évidence des risques. Bien sûr celui de faire confiance aux avis peu pertinents médicalement et scientifiquement, et c’est le moindre. Le défi majeur est celui de la collecte de données par des organisations tierces, comme les pharmas et les assurances pour qui ces données sont de l’or. Le rôle des pouvoirs publics est dans ce contexte d’une importance capitale et ils devront certainement rapidement s’emparer de la question.

3. Les soins orchestrés

Télémédecine

o-careLes possibilités de communication et d’interaction à distance offrent de nouveaux canaux pour les patients afin d’entrer en contact avec les médecins et les experts de la santé. Ceci permet d’abord d’obtenir des conseils médicaux et des bilans, puis avec la vidéo et d’autres capteurs, ces rendez-vous virtuels peuvent offrir un niveau de soins parfois suffisant pour une part importante des cas. Bien entendu cela doit aussi conduire à des visites en personne qui restent nécessaires et qui peuvent être même augmentées en temps et qualité si les cas précédents sont traités plus simplement.

La cabine proposée par HealthSpot est une sorte de kiosque médical qui dématérialise une visite chez le médecin. Les patients interagissent avec des fournisseurs de santé certifiés par une vidéoconférence haute définition ainsi qu’une série de dispositifs médicaux connectés qui transmettent l’information biomédicale en temps réel.

Le service de Goderma permet de recevoir le diagnostic d’un dermatologue qualifié dans les 48 heures. Le processus est simple: télécharger une photo de votre problème de peau, répondre à quelques questions et soumettre votre demande de façon anonyme. La demande est reçue et examinée par un dermatologue et la transaction se fait entièrement en ligne jusqu’au paiement. Si les dermatologues ne peuvent pas évaluer correctement le cas, la transaction est annulée et remboursée.

GiraffPlus est un projet européen visant à augmenter l’autonomie des personnes à la maison. Le robot domestique est doté de capteurs et d’une interface “à la” Skype pour interagir avec les personnes. Le système encore en développement est porte aussi une attention particulière à l’ergonomie pour garder une interaction la plus empathique possible.

L’Institut Frauenhofer propose aussi un robot qui complémente les personnes ayant des difficultés pour certaines tâches domestiques ou de communication en cas de chute.

Dossiers Virtuels

Le dossier médical informatisé (connu sous son nom anglais Electronic Health Record EHR), porte depuis plusieurs année la promesse de fournir un espace personnel autour du patient, sécurisé et permettant de donner accès de façon simple et rapide à ses données de santé en évitant de répéter des tests pénibles et onéreux, de commettre des erreurs, de perdre du temps précieux dans les transferts.

Le projet de dossier médical genevois MonDossierMedical.ch propose de stocker de façon hautement sécurisée les données de santé du patient et de les mettre à disposition de différents prestataires de soins. Les professionnels de santé admis peuvent mettre à jour les informations mais c’est le patient qui donne les accès à travers une clé numérique. Le dossier patient informatisé au niveau hospitalier est aussi couplé à ce projet pour permettre un suivi plus global. Pour plus d’informations voir aussi http://www.e-toile-ge.ch/etoile.html.

Plusieurs autres pays, ont des projets allant dans ce sens comme l’Autriche, l’Estonie, les Pays-Bas en Europe.

Remarques de conclusion

dataprotectionComme on le voit le monde de la santé est en constante évolution par la redistribution amenée par les nouvelles habitudes des gens, les défis du vieillissement et de l’économie, ainsi que des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies.

Tout ceci peut sembler bien alléchant et il est certain que les potentiels sont énormes. Il semble toutefois nécessaire d’adopter une approche itérative et un apprentissage continu. Cela doit nous amener à prototyper plus de concepts avant de se lancer la tête la première dans ces domaines avec de lourdes conséquences. Pensons aussi que l’ensemble des opportunités offertes a aussi souvent un revers de la médaille.

Deux points reviennent sans cesse à l’esprit: d’une part, celui de la protection et de la réappropriation des données et, d’autre part, celui de l’ouverture et du partage des données qui intéressent la recherche et la santé publique. Quid des intérêts privés? Et de la capture de valeur par des intermédiaires dont les principes commerciaux ne sont pas à l’avantage de leurs clients? Qu’en est-il également de la transparence, des choix plus informés et des gains qu’apporte une plus grande ouverture? Un récent rapport du National Health Service britannique analyse aussi ces aspects d’ouverture plus grande des données de santé.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’usager doit rester au cœur de la démarche et son intimité numérique protégée. Il est donc impératif de commencer petit, de tester les idées et de voir ce qui apporte une valeur au patient qui doit rester le premier bénéficiaire.

Une présentation à l’origine de cet article est disponible ici:
http://www.slideshare.net/giorgiop5/tendances-futures-dans-la-sant


Références et sources

2014 Global health care sector outlook, Deloitte,
http://www2.deloitte.com/content/www/global/en/pages/life-sciences-and-healthcare/articles/2014-global-health-care-outlook.html

Pénurie de médecins: un chaos programmé, L’Hebdo, 11-01-2009, http://www.hebdo.ch/penurie_de_medecins_un_chaos_programme_141655_.html

The Future of Health, PFSK Labs, http://www.psfk.com/

Data, health and me: the future of people-powered healthcare, NESTA, http://www.nesta.org.uk/event/data-health-and-me-future-people-powered-healthcare

Myhealthapps.net the world’s favourite healthcare apps, tried and tested by people like you  http://myhealthapps.net

Will Disruptive Innovations Cure Health Care?, Clayton M. Christensen, Richard Bohmer, and John Kenagy, Harvard Business Review (2000), http://hbr.org/web/extras/insight-center/health-care/will-disruptive-innovations-cure-health-care

The Open Data Era in Health and Social Care, http://thegovlab.org/nhs/

On a causé d’Open Data…

 

Open

 

 


 

Rendre les données publiques vraiment publiques, les mettre à disposition de tout le monde de façon libre et réutilisable pour plus de transparence, d’efficacité et d’innovation. C’est ça, l’Open Data ! A Genève, les Transports Publics Genevois (TPG) et le Système d’information du territoire (SITG) sont les premiers à ouvrir la voie. La Causerie du 22 mai nous a permis d’échanger avec ces avant-gardistes.

Dans la logique d’un Internet collaboratif nourri par l’échange des connaissances, l’ouverture des données publiques constitue une voie incontournable sur laquelle beaucoup se sont déjà engagés. A l’image de nombreux pays, régions ou villes à travers le monde, c’est au tour du canton de Genève de s’y mettre. Car les TPG et le SITG sont convaincus des opportunités offertes par une telle démarche.

Et comme souvent lorsqu’un sujet fait le buzz, on en dit tout et n’importe quoi. Antoine StrohPascal Oehrli et moi-même sommes intervenus pour défaire les préjugés et aider à comprendre les enjeux de l’Open Data. C’était l’occasion d’informer les participants sur ce qui se fait concrètement à Genève dans ce domaine et d’envisager ensemble une dynamique d’ouverture des données sur notre territoire.

Une fois n’est pas coutume, j’ai contribué activement à la première partie de cette Causerie pour clarifier la notion d’Open Data et en rappeler les enjeux. Et je tenais en préambule à rappeler qu’à l’Observatoire technologique nous avions bien senti le vent venir puisqu’en 2008 déjà nous avions organisé notre traditionnelle Journée de rencontre sur ce thème.

Lorsqu’on évoque l’ouverture des données publiques, il convient d’abord de différencier les notions ‘données’ et ‘informations’. Trop souvent j’ai en effet constaté que l’on se réfère à l’information diffusée sur un site Web pour penser que l’on ouvre ses données.

Le deuxième point de clarification à apporter concerne le caractère publique d’une donnée. Ici aussi l’Open Data fait parfois peur si l’on n’a pas pris la peine d’expliquer qu’une donnée n’est considérée comme ‘publique’ que si :

    • Elle est non nominative
    • Elle ne porte pas atteinte à la sphère privée
    • Elle ne relève pas de la sécurité

De très nombreuses données produites par les administrations ont ainsi vocation à être rendues publiques: celles relatives aux transports, à la culture, à la météo, à l’environnement ou les données statistique pour ne citer qu’elles.

Le dernier point à définir concerne la notion d’ouverture qui vise à s’assurer que les données soient accessibles, exploitables et réutilisables. Ce sont ces qualités que l’on recherche lorsque l’on ouvre ses données. On traduit cette ouverture aux niveaux technique, économique et juridique.  Pour plus de détails je vous renvoie au document cité en référence.

J’ai également rappelé les enjeux qui peuvent pousser une administration ou un gouvernement à ouvrir ses données. J’en ai recensé 5 :

    1. La transparence: ces données que l’on rend accessibles favorisent grandement la transparence de l’action publique à l’image des données du budget du Royaume-Uni reprises par le site WhereDoesMYMoneyGo.org
    2. L’innovation: l’Open Data constitue un moteur d’innovation indéniable en favorisant la création de services innovants qui se nourrissent de ces données.
    3. La valorisation: la mise à disposition de ces données leur donne une seconde vie et permet de les valoriser (au sens large du terme) bien au-delà de leur vocation première.
    4. Les biens communs: ces données ont été payées par le contribuable pour leur utilité de service public. Certains estiment alors qu’elles doivent à la population dans une logique de biens communs.
    5. La transformation: l’ouverture des données constitue un levier de transformation du service public. Elles poussent notamment les services à plus s’ouvrir vers la société et favorisent un décloisonnement en interne.

Ces dernières années de très nombreux pays, régions ou villes ont intégré l’un ou l’autre de ces enjeux et ont ouvert une partie de leurs données, à l’image des portails précurseurs des gouvernements US (www.data.gov) et britannique (data.gov.uk). La Suisse n’est pas en reste avec le lancement l’année dernière du portail national opendata.admin.ch.

Causerie Open Data

Et à Genève ? Et bien cela bouge aussi, comme nous l’a tout d’abord démontré Antoine Stroh qui a initié l’ouverture de certains jeux de données des Transports Publics Genevois (TPG) en septembre 2013. Comme il nous l’a raconté, tout a commencé par un voyage aux Etats-Unis lors duquel il a été frappé par la privatisation des transports publics dans la région de  San Francisco. « Comment éviter cela chez nous? » s’est-il demandé. Cette question l’a amené à une réflexion sur l’ouverture des données publiques comme l’un des éléments contribuant à valoriser le service public.

Aujourd’hui l’Open Data s’inscrit parfaitement dans la stratégie de la régie genevoise qui envisage son évolution vers une plateforme de mobilité, avec un focus sur les habitants du territoire (envisagés comme de futurs clients). L’idée est de les impliquer dans une démarche de co-création en les aidant à proposer des solutions innovantes basées notamment sur l’élément indispensable à de nombreux services de mobilité : les données. L’Open Data s’imposait ainsi naturellement.

Antoine nous a rappelé l’historique de l’ouverture des données temps réel des bus genevois. Il y est allé en douceur afin de ne pas effrayer la direction de l’entreprise, laissant toujours possible un retour en arrière.  Il fallait en effet rassurer ses collègues sur le fait que cette ouverture d’une partie des données ne mettait pas l’entreprise en danger. Les TPG ont ainsi procédé par étapes, en organisant dans un premier temps plusieurs concours et hackatons, afin de démontrer les opportunités offertes par l’Open Data.

Un autre point qui a contribué à rassurer la direction des TPG est le travail effectué sur les conditions d’utilisation des données. En Suisse les licences Open Data n’ont malheureusement aucune valeur juridique et il a fallu réfléchir à des conditions d’utilisation s’inspirant des droits et devoir de ces licences. Les TPG ont ainsi repris le travail effectué par les juristes du SITG dans ce domaine.

Antoine illustre les potentialités offertes par l’ouverture de leurs données avec les meilleures contributions au concours organisé par les TPG. Je retiens l’application Wann (disponible sur l’App Store) qui répond à un besoin simple et bien cerné, et qui a été développée en Autriche! Grâce aux formats standards utilisés, il a été manifestement facile d’adapter au contexte genevois Wannune App créée à l’origine pour deux villes autrichiennes.

Au-delà de ces exemples encourageants, Antoine voit des potentialités encore plus grandes dans les mashups mélangeant leurs données temps réel à des données ou informations crowdsourcées, à l’image du prototype UnCrowded TPG proposé par l’Institut de Science des Services de l’Université de Genève. Il souligne également l’impact fort de la visualisation des données dans laquelle il voit beaucoup d’avenir.

Au moment de faire un premier bilan, Antoine note l’importance d’animer la communauté qui gravite autour de leurs données et de bien documenter les jeux de données. Il note la nécessité d’une animation importante pour entretenir la dynamique et obtenir ainsi un impact suffisant. Il constate également qu’il manque encore des standards bien établis relatifs aux formats des données et aux licences Open Data (du moins pour la Suisse) afin de facilité leur accessibilité.

Au niveau de l’entreprise TPG, il voit dans l’Open Data un moyen de changer le regard de la population sur une entreprise qui se veut innovante. Cette démarche a permis d’initier une boucle vertueuse avec des effets manifestes en interne de l’organisation. En distillant une culture de la donnée, elle a notamment permis de fluidifier la circulation des données dans l’entreprise. Elle permet en outre d’améliorer leur qualité grâce au feedback des utilisateurs si l’on a su mettre en place les canaux de retour.

Antoine est persuadé que les TPG doivent dès aujourd’hui se préparer à l’arrivée d’innovations de rupture qui, à l’image de Uber dans le monde des taxis, vont déstabiliser les acteurs en place. La clé pour les TPG sera de savoir évoluer vers une plateforme de mobilité sur laquelle l’Open Data joue un rôle important. Il faudra mettre en place une telle plateforme et surtout créer un écosystème autour de celle-ci. Mais il faudra pour cela oublier certains réflexes et savoir évoluer dans un mode plus expérimental, favorable à l’émergence.

Pascal Oehrli nous a ensuite présenté la démarche d’ouverture des données du Système d’information du territoire genevois (le SITG). Il nous a tout d’abord rappelé l’historique du SITG et la quantité de données impressionnante déjà à disposition en consultation sur le guichet cartographique dédié. Ce mois de juin, SITG ouvrira officiellement plus de 300 de ces jeux de données géo-référencées dans une logique Open Data. Les données mises à disposition seront aussi variées que le cadastre, le marquage au sol sur les voies de circulation, les arbres isolés du canton ou son bâti 3D pour ne citer que celles-là.

Pascal souligne le fait que l’ouverture de ces données s’est faite très naturellement, dans la continuité d’une dynamique qui prévaut depuis plus de 20 ans. Dès le début les fondateurs du SITG l’ont en effet voulu ouvert, non seulement sur les partenaires producteurs de données, mais aussi sur la population et les entreprises du territoire. Il a ainsi toujours été possible d’accéder à moindre coût à la plupart des données publiques.Le SITG a su également s’appuyer sur une architecture commune garante de cohérence et d’accessibilité facilitée. Enfin, une dynamique d’échange entre les différents partenaires avait d’emblée été mise en place.

Pascal Oehrli

Il n’a donc pas été difficile de convaincre les partenaires du SITG d’ouvrir une grande partie de leurs données publiques dans une logique Open Data. L’enjeux majeur dans ce cas est de valoriser au mieux ces données. Les partenaires ont en effet créé celles-ci pour répondre aux impératifs de leurs métiers respectifs et n’ont pas vocation à les exploiter et à les valoriser au-delà. Autant alors laisser à d’autres le soin de les utiliser pour créer des services à valeur ajoutée à destination de la population ou des entreprises de notre région. Ceci d’autant que pour le SITG, le coût financier d’une telle opération est très faible.

En fait c’est avant tout au niveau légal et juridique qu’il a fallu œuvrer. D’une part la loi relative à l’organisation et au fonctionnement du SITG a dû être revue afin de tenir clairement compte de la volonté d’ouvrir certaines données. D’autre part les juristes ont dû élaborer des conditions contractuelles générales régissant l’impression, l’extraction et l’exploitation des géodonnées du SITG, ceci en reprenant les droits et les devoirs contenus dans les licences Open Data. En l’occurrence, l’utilisateur a l’obligation de :

  • Apporter une mention de la source
  • Mentionner toutes modifications et traitements apportés
  • Respecter la législation sur la protection des données

Alors que les partenaires producteurs de données peuvent en tout temps :

  • Modifier les données et produits mis à disposition
  • Changer le mode de diffusion

Comme aux TPG, la clarification de ces droits et devoirs a contribué à rassurer les partenaires du SITG.

OpenDataSITG

Dès juin 2014, trois services seront ainsi mis à disposition du public :

  1. Le téléchargement libre des données depuis le catalogue (sous forme de fichiers compressés)
  2. L’ouverture de l’extracteur en ligne pour les données OpenData
  3. La mise en place d’un webservice cartographique unique des données OpenData

Dans le même temps des mesures d’accompagnement ont été envisagées, telles que le renforcement de la communication auprès du grand public, le réseautage et la création d’une communauté d’utilisateurs. Des événements ponctuels tels que concours, hackathons ou ateliers contributifs sont également prévus.

L’Open Data ne se déclinant pas seul dans son coin, le SITG s’est rapproché de la Confédération dans ce domaine et va notamment référencer  ses données ouvertes sur le portail fédéral dédié. Enfin on prévoit déjà un renforcement de l’infrastructure, des services, et des mécanismes de gestion du changement au sein du SITG.

Pascal conclut sa présentation en annonçant la séance d’information du vendredi 13 juin 2014 à la Fédération des Entreprises Romandes qui aura pour but de présenter la démarche Open Data et les jeux de données disponibles.

La discussion qui suit ces présentations aborde plusieurs thèmes importants lorsqu’on évoque l’ouverture des données publiques. On mentionne ainsi les aspects relatifs au respect de la sphère privée. Ceux-ci sont cruciaux lorsqu’on connaît la puissance des algorithmes actuels qui mettent potentiellement à mal le caractère anonyme de certaines données publiques lorsqu’il est possible de les croiser avec d’autres. Il faudra clairement rester vigilant sur le sujet.

On aborde également le défi de la dynamique Open Data. Car ouvrir ses données c’est bien. Faire en sorte que les gens ses les approprient c’est encore mieux. Tous s’accordent à dire que le vrai défi se situe à ce niveau. D’une part parce que peu savent aujourd’hui ce qu’est l’Open Data et d’autre part parce que les outils qui permettent de s’approprier ces données (traitement, visualisation) sont encore souvent trop compliqués à utiliser.

Et tout le monde s’accorde au final pour reconnaître que l’on est dans le monde de l’émergence et qu’il faudra savoir y rester en résistant à la tentation de trop vouloir cadrer les choses !

 


Références

Ouverture des données publiques : une opportunité pour Genève, Patrick Genoud, Observatoire technologique, 2011

Le site élaboré par les étudiants de l’INSA Rennes, pour faire simplement le tour de la question

données ouvertes, le site de Simon Chignard consacré à l’Open Data

Le blog de l’association nantaise LiberTIC

En Suisse: le portail Open Data suisse et Opendata.ch

Aux TPG: Data.tpg.chUrban Data Challenge

Au SITG: le catalogue du SITG

 


 

 


Patrick Genoud

Patrick Genoud est conseiller en technologies de l’information à l’Observatoire technologique de l’Etat de Genève   

 


 


Antoine Stroh

Antoine Stroh est responsable des données de production aux Transports Publics Genevois 

 


 

 

Pascal Oehrli

Pascal Oehrli est directeur du Service de Géomatique et de l’Organisation de l’Information de l’Etat de Genève

Voici les gagnants du concours open data tpg

Les transports publics genevois se sont lancés dans l’Open data en septembre et ont proposé un concours d’applications pour innover avec l’ingéniosité du public et des programmeurs. Aujourd’hui les premiers résultats sont là.

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Les Transports publics genevois ont mis à disposition du grand public un large ensemble de données actualisées en temps réel (toutes les 20 secondes), des prochains départs de véhicules, des coordonnées des 800 arrêts du réseau et des mises à jour et détournements de lignes (perturbations annoncées). Pour le détail des données fournies et leur contexte voir la page tpg sur la démarche.

Suite à cette initiative, un concours d’application utilisant les données a été lancé du 18 septembre au 22 novembre avec l’aide de Lift. Parmi les 23 projets reçus, 3 lauréats ressortent.

  1. “Parcours” est une application pour iPhone qui permet de mémoriser et de voir les horaires tpg en temps réel rapidement. Elle indique les départs des véhicules en temps réel à l’avance, transbordements inclus. Elle vous permet également de connaître le temps à disposition pour passer d’un véhicule à l’autre et vous alerte même quelques minutes avant le passage de votre bus.
    Disponible sur iTunes: http://itunes.apple.com/fr/app/id733497372
  2. “UnCrowdTPG” pour les smartphones Android est un concept qui permet à l’utilisateur de donner son avis sur la surcharge à bord des véhicules. L’application, qui reste à finaliser, fonctionnera sur le principe du crowd sharing, à savoir qu’elle serait alimentée en temps réel par les utilisateurs.
    Voir le site: http://www.qol.unige.ch/apps/UnCrowdTPG.html
  3. “Roule ton film” reçoit la mention spéciale. L’application permet à un utilisateur des tpg de recevoir un film en fonction de la ligne utilisée. Le réseau des tpg devient ainsi une plateforme interactive et personnelle de vidéo créative et personnalisée prenant en compte sa localisation ainsi que les données open data en provenance des TPG.
    Plus de détails sur: http://memoways.com/en/mention-pour-roule-ton-film/

De façon préalable et indépendante, un hackathon sur la mobilité et les données publiques ouvertes a été organisé avec succès en mars 2012.

Vous pouvez retrouver tous les détails sur les gagnants sur le site de tpg, ainsi que les autres projets sélectionnés et l’annonce officielle des résultats.

Les gagnants seront présents à la Conférence Lift qui aura lieu du 5 au 7 février 2014, voici un article en anglais présente les lauréats sur leur site.

Concours sur les données en temps réel des transports publics genevois

tpg-opendata

Les transports publics genevois (tpg) ont mis à disposition une plateforme de données publiques ouvertes (open data) avec les prochains départs en temps réel.

lift

Cette démarche menée avec Lift comme accélérateur d’innovation a déjà donné lieu à un premier workshop très stimulant et un deuxième rendez-vous est donné (voir ici).

Cette initiative innovante, une première en Suisse, offrira aux usagers à travers les différentes applications qui en découleront, une expérience enrichie et une plus grande transparence sur le réseau tpg.

Pour accompagner sa démarche d’ouverture des données, les tpg organisent un concours ouvert à tous et dont le but est de récompenser les projets les plus créatifs et les applications les plus à même d’amener de la valeur à ses clients. Le concours débute le 18 septembre et se termine le 22 novembre.

Vous êtes développeur et vous avez imaginé une app innovante? Rendez-vous sur le site http://www.tpg.ch/web/open-data/, participez au concours et partagez vos idées!

Texte adapté du site http://www.tpg.ch/fr/web/open-data/concours

 

Atelier Make.Opendata.ch: Quelles applications peut-on imaginer avec les données des finances publiques?

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Dans la sphère des données publiques, celles touchant aux finances publiques sont certainement parmi les plus intéressantes et aussi les plus sujettes à controverse (après tout on dit bien que l’argent est le nerf de la guerre!). L’édition du mois de mars 2013 de l’atelier Make.Opendata.ch a invité les participant(e)s à imaginer des applications sur la base de données des finances publiques sur les lieux modernes et agréables du Technoark de Sierre.

Prenons un premier exemple concret: le groupe du projet Partis Budgets s’est proposé de créer une application pour illustrer et se questionner sur le thème: comment pourrait-on visualiser l’influence qu’ont les compositions politiques des parlements cantonaux sur la répartition des grands agrégats des budgets publics?

En partant des données mises à disposition publiquement, des librairies de visualisation, notamment D3.js, et en mettant en œuvre leur compétence et ingéniosité, les membres de l’équipe ont pu rapidement prototyper une application permettant ce type de visualisation. A partir de cette première base, il devient possible de suivre en parallèle l’évolution de la composition du parlement et des finances budgétaires réparties dans les différentes grandes politiques publiques. Un premier constat est que, comme dans tous les projets quantitatifs appliqués, la très grande majorité du temps est passé à comprendre le contexte, trouver les bonnes données, les comprendre, les mettre en forme et les nettoyer avant de passer à un résultat visible et concret.

Plusieurs autres projets ont été initiés dans le domaine du tourisme et de l’énergie.

Citons, par exemple, le projet SLOTD Swiss Linked Open Tourism Data. L’originalité particulière de ce projet consiste à utiliser le concept de linked data pour les données du tourisme. Le linked data est véritablement la vision que Tim Berners-Lee, l’un des principaux inventeurs du World Wide Web, a articulée pour la prochaine étape du Web. Les données ne sont plus isolés dans des silos, mais reliées entre elles pour créer un réseau. Ici par exemple, les noms des lieux géographiques sont reliés par leur sémantique ce qui permet par un seul clic de traverser plusieurs couches d’informations (images du lieu, attraits touristiques, données sur les nuitées d’hôtels, etc.). C’est une première application qui tente d’arriver au niveau maximum (5 étoiles) défini par Berners-Lee au sujet des données ouvertes (voir le site http://5stardata.info/).

Les participants ont aussi pu profiter d’une présentation et d’un échange très stimulant et riche sur le thème de la protection des données personnelles et de la transparence avec la préposée du canton du Valais. Des réflexions sur les aspects légaux, les notions de droit d’auteur, ainsi que la protection de la sphère privée ont éclairé les participants.

De part sa nature, ce type d’évènement est toujours très intéressant, non seulement pour les rencontres d’idées, mais aussi pour le réseautage qu’il apporte. C’est une preuve que les projets sont avant tout des aventures humaines et qu’avec les compétences des personnes, l’autonomie offerte et un sens donné à la créativité, les idées de l’Opendata peuvent se transformer très vite en réalité.

NB: Les résultats ainsi que les présentations de participants de Sierre et de Berne sont disponibles et documentés sur http://make.opendata.ch/wiki/event:2013-03.

Hackaton make.opendata.ch sur le thème de la mobilité

Make.opendata.ch Camp 2012

Une mobilité plus intelligente grâce à l’ouverture des données publiques?

Le 30 & 31 mars 2012, le deuxième campus Open Data de Suisse fera se rencontrer développeurs et créatifs autour du thème de la «mobilité». Make.opendata.ch est un atelier expérimental où durant 2 jours informaticiens, journalistes, designers et citoyens porteurs d’idées exploreront les potentialités offertes par le développement rapide de solutions nouvelles et innovantes à partir des données publiques sur le thème de la «mobilité».

Les résultats du hackathon sont maintenant disponibles sur le site make.opendata.ch.

Comment maîtriser au mieux les fluctuations du trafic tout en respectant l’environnement (densité des flux, consommation des ressources, nuisances sonores, émissions polluantes …) et la sécurité (accidents de la circulation) ? Comment concilier les besoins croissants de mobilité (mobilité douce, piétons, vélos, transports publics, transports individuels motorisés, stationnements,…) avec le maintien d’un habitat attractif et d’un environnement sain, afin de préserver, voire d’améliorer, nos conditions de vie ? Voilà le genre de problèmes auxquels les participants pourront s’atteler.

Le campus make.opendata.ch se déroulera de manière conjointe sur Genève (à la Haute école d’art et de design – Genève (HEAD) ) et Zurich (Falcone) du vendredi 9h au samedi 17h. Chacun de ces sites offrira un espace d’échange et de discussion ainsi que l’infrastructure nécessaire à l’expérimentation et à la visualisation de données.

Venez-nombreux essayer une nouvelle forme de participation dans ce hackaton!

La manifestation est organisé par Opendata.ch, l’initiative suisse Open Data rattachée à /ch/open (Swiss Open Systems User Group) et SI (L’association professionnelle et spécialisée de l’informatique en Suisse).

Les personnes intéressées peuvent s’inscrire dès maintenant sur le site make.opendata.ch. La participation est  gratuite et la restauration durant l’événement est offerte.


Contacts de l’association Opendata.ch
Antoine Logean, Communauté & Communication Suisse Romande
antoine.logean@opendata.ch, +41 079 351 84 82

Andreas Amsler, Community & Kommunikation Deutschschweiz
andreas.amsler@opendata.ch, +41 79 518 32 37

Smart Gouvernance

Sous l’effet d’un participatif transformationnel et d’internet les administrations publiques mutent. Autant percevoir dès maintenant les probables conséquences pour tracer le chemin vers une «smart gouvernance».

L’administration vit actuellement une grande révolution. Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble; les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent; les données et les informations deviennent compatibles entre elles; les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs; l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts; la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création dans un esprit d’open source. Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement en proposant des applications nouvelles basées sur les données des administrations mais exécutées en dehors de celles-ci. On parle ici d’action transformationnelle à savoir au-delà du cadre transactionnel.

On parle de plus en plus de «smart» gouvernance pour désigner la phase en devenir du développement des administrations et des gouvernements. Le terme «smart» introduit par le Professeur Joseph Nye, fait référence à la combinaison des modes transactionnels (hard power) et transformationnels (smart power) . Après avoir connu une phase dite du e-gouvernement qui correspondait à la mise en ligne sur Internet des services administratifs suivie d’une hase (encore en développement) du «Open» Gouvernement correspondant à la mise à disposition des données par les administrations, on anticipe l’arrivée d’une nouvelle phase participative et transformationnelle dans laquelle les usagers deviendront de véritables acteurs du changement.

Les huit enjeux présentés développent bien les étapes du participatif et du transformationnel que doivent désormais aborder les administrations. Par le biais d’exemples, cette deuxième partie du présent travail tente de montrer à quel point les administrations de par le monde, sont déjà très engagées dans ce processus. Il est cependant important de préciser qu’il s’agit désormais de résoudre davantage une problématique sociétale de «participation augmentée» que de digitalisation d’anciennes procédures administratives. En quelque sorte, grâce à ces deux étapes (participatif et transformationnel) démarre une toute autre révolution: celle de l’usager actif, compétent et participatif. Le terme de transformationnel a été choisi en référence à son usage répandu aux États-Unis pour désigner cette étape ultime. Bien que son usage et donc sa compréhension ne soient pas encore généralisés en Europe, il nous paraît judicieux de l’utiliser rapidement car il donne la véritable perspective du changement. Demain, les administrations seront largement sous l’effet d’un participatif transformationnel, autant en percevoir dès maintenant les probables conséquences pour tracer le chemin vers une «smart gouvernance».

En effet, il est important de pouvoir situer dans un contexte contemporain, l’évolution des changements sociétaux et technologiques tout en fournissant aux administrations, aux politiques, mais aussi aux usagers qu’ils soient simples citoyens, entrepreneurs ou représentants des anciennes ou nouvelles formes d’organisation de la société civile, une sorte de «feuille de route» visionnaire des transformations en cours. En effet, le participatif «augmenté» et le
transformationnel ne sont pas encore des concepts bien appréhendés par les différents acteurs. Prendre le temps d’en analyser les enjeux et les contours nécessite à la fois de se plonger dans de nouveaux comportements sociétaux et de saisir les potentiels des progrès technologiques. Ce travail se veut en ce sens une découverte de notre avenir actuel.

Télécharger le document PDF (695 KB) Smart Gouvernance 2011-12-16.pdf

Création de l’association Opendata.ch

17 janvier 2012 — Giorgio Pauletto

Une information et invitation au sujet de l’Open Data par la création d’une association Opendata.ch qui favorise ce mouvement en Suisse. Par ailleurs, une étude sera aussi lancée sur le thème des données publiques ouvertes qui permettra de mieux appréhender le sujet. Plus de détails ci-dessous.

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Nais­sance de l’association Opendata.ch le 19 jan­vier 2012 à Berne


http://opendata.ch/2012/01/vereinsgrundung-opendata-ch-am-19-januar-2012-in-bern/

Andreas Amsler et Antoine Logean

L’ouverture des don­nées en Suisse fait son che­min. 2012 sera en effet une année décisive dans l’établissement en Suisse du mou­ve­ment Open Govern­ment Data (OGD). Une étape import­ante sera fran­chie en ce début d’année par la créa­tion de l’association opendata.ch.

Initié en juin 2012 par /ch/open (Swiss Open Sys­tems User Group ) et la Société Suisse d’Informatique (SI), le groupe de tra­vail opendata.ch s’est donné comme objec­tif de pro­mou­voir l’ouverture des don­nées publi­ques en Suisse. Pour ce faire, il a lancé en juin 2011 aux Archi­ves Fédé­ra­les de Berne la pre­mière con­fé­rence annu­elle sur l’Open Govern­ment Data en Suisse ainsi que 3 mois plus tard le pre­mier cam­pus (hacka­thon) make.opendata.ch. Une autre part import­ante de son tra­vail con­siste à mettre à dis­po­si­tion ses com­pé­ten­ces et offrir une aide directe au Groupe Par­le­men­taire pour une Infor­ma­ti­que Dura­ble dans les diver­ses actions poli­ti­ques (pos­tu­lats et moti­ons) lan­cées au niveau fédé­ral visant à une plus grande ouver­ture des don­nées publi­ques. Par­al­lè­le­ment à ce tra­vail, par le biais du site inter­net opendata.ch et d’une liste de dif­fu­sion, le groupe de tra­vail opendata.ch a pour objec­tif d’informer et de fédé­rer la com­mu­n­auté sur les diver­ses activi­tés liées à l’Opendata en Suisse.

Créa­tion de l’association Opendata.ch

Avec la mon­tée en puis­sance du mou­ve­ment, l’organisation infor­melle du groupe de tra­vail ne suf­fit plus. Par con­sé­quent, dans un souci de con­ti­nuité, afin d’offrir vers l’exterieur une entité claire où les rôles, les respons­a­bi­li­tés, les tâches et leur finan­ce­ment sont défi­nis de manière trans­pa­rente, le groupe de tra­vail a décidé de fon­der l’association “opendata.ch”, dont la nais­sance sera officialisée:


le jeudi, 19 jan­vier 2012 de 17h15 à 19h00
à la Haute école spé­cia­lisée ber­noise, Hal­ler­strasse 10, Berne
(voir plan de situa­tion)

L’ordre du jour sera le suivant:

  • Mes­sage de bienvenue
  • Pré­sen­ta­tion et adop­tion des statuts
  • Mon­t­ants des coti­sa­ti­ons pour 2012 et 2013
  • Élec­tion du comité. Les mem­bres sui­vant du groupe de tra­vail opendata.ch se port­ent can­di­dats: Andreas Ams­ler, Han­nes Gas­sert, André Gol­liez, Chris­tian Laux, Antoine Logean, Gior­gio Pau­letto, Barnaby Skin­ner, Mat­thias Stürmer
  • Bud­get 2012
  • Infor­ma­ti­ons sur les activi­tés et événe­ments pré­vus en 2012
  • Divers

Etude Open Govern­ment Data en Suisse

Préalable­ment à la céré­mo­nie de fon­da­tion, se dérou­lera de 17h15 à 18h15 une séance d’information sur l’Etude Open Govern­ment Data en Suisse, étude réa­lisée par la Haute école spé­cia­lisée ber­noise en col­la­bo­ra­tion avec la société ito­pia ag (Zürich) et divers autres par­ten­ai­res. Cet tra­vail de recher­che financé par la fon­da­tion Gebert Rüf a débuté au mois de Novem­bre 2011 et se ter­mi­nera en juin 2012.

Inscri­vez vous dès main­ten­ant par cour­rier élec­tro­ni­que (info@opendata.ch) à la céré­mo­nie de fon­da­tion et n’hésitez pas a nous deman­der plus d’information sur l’Etude Open Govern­ment Data en Suisse.

L’Europe présente une stratégie "Open Data"

13 décembre 2011 — Giorgio Pauletto

La Commission Européenne a annoncé le 12 décembre 2011 une stratégie « Open Data », c’est-à-dire sur le partage des données publiques ouvertes.

La commissaire européenne Neelie Kroes a annoncé une révolution Open Data pour permettre de transformer « les données gouvernementales en or ». Elle a mentionné que cette annonce « va radicalement bousculer » l’accessibilité des données quant à leur réutilisation et a aussi donné quelques étapes que la Commission Européenne s’apprête à franchir.

L’Open Data est la nouvelle norme

Toutes les données créées par des organisations publiques seront mises à disposition afin de pouvoir les réutiliser. Ouvrir ses données sera d’ailleurs la norme et non l’exception, la Commission Européenne visant à se positionner « au sommet de la classe », a ajouté la commissaire Kroes.

La Commission Européenne joue l’exemplarité
La Commission Européenne elle-même ouvrira ses données pour réutilisation durant le premier semestre 2012 avec la mise en test d’un portail de données. Les autres agences européennes seront invitées à rejoindre cette initiative, qui sera un exemple pour les États membres. « Nous défierons les États Membres » à dépasser la Commission Européenne dans l’ouverture des données, a annoncé Mme Kroes.

Révision de la directive sur le partage des données publiques
La Commission propose une mise à jour de la directive de 2003 sur la réutilisation des données publiques (PSI Directive 2003/98) sur les points suivants:

  • Etablir par règle générale que tous les documents rendus accessibles par des organismes du secteur public peuvent être réutilisés à des fins commerciales ou non commerciales, à moins qu’ils ne soient protégés par le copyright de tiers.
  • Instituer le principe que les organismes publics ne devraient pas être autorisés à facturer plus que les coûts marginaux induits par une demande individuelle pour ces données; dans la pratique, cela signifie la plupart des données seront offertes gratuitement ou quasi gratuitement, sauf cas dûment justifiés.
  • Rendre obligatoire de fournir les données couramment utilisées, dans des formats lisibles par les machines, afin de favoriser la réutilisation effective des données.
  • Introduire une supervision réglementaire pour mettre en oeuvre et appliquer ces principes.
  • Etendre massivement la portée de la directive pour y inclure les bibliothèques, les musées et les archives pour la première fois; les règles de 2003 existantes s’appliqueront aux données de ces institutions.

Vidéo (disponible 7 jours)

La version courte de Mme Kroes:

Billet traduit librement de l’article CC-BY publié par tonzijlstra le 12 Dec 2011 http://epsiplatform.eu/content/open-data-strategy-europe-here

Retour sur Lift 2011

11 février 2011 – Patrick Genoud

Sous le slogan « What can the future do for you ? » la conférence Lift a réuni à Genève plus de 1’000 participants du 2 au 4 février 2011. Un record de participation qui récompense la qualité (supérieure à celle de l’année dernière) du programme proposé cette année par Laurent Haug et son équipe.

Fidèle à un format qui a fait ses preuves au cours des éditions précédentes, les organisateurs nous ont proposé durant trois jours « l’expérience Lift ». Car au-delà des habituelles présentations bien formatées que l’on retrouve dans toutes les bonnes conférences, c’est bien à travers l’expérience offerte aux participants que Lift appose sa patte: que ce soit en laissant les membres de la communauté Lift s’exprimer lors des open stages ou des ateliers de co-création ou en proposant des lieux de détente conviviaux et propices à la conversation, des expositions où l’art côtoie le bidouillage technologique, des échanges permanents online et offline, une couverture vidéo qui vous permet de ne pas en perdre une miette, le tout agrémenté de soirées mémorables et appuyé sur une organisation très professionnelle.  Ainsi comme chaque année, ce qui fait la vraie richesse de Lift, c’est la multiplication des rencontres et des échanges rendue possible durant ces trois jours.

Visualisation des plus de 5’000 tweets envoyés durant Lift11 (Adrian Kuhn)

De l’édition 2011 je retiendrai des présentations de qualité telles celle de Brian Solis qui, en rebondissant sur le slogan de Lift11, nous engage à prendre en main notre futur en nous préoccupant notamment de ce véritable trésor qui est entre nos mains: notre capital social. Brian insiste sur le fait qu’au sein des réseaux sociaux, ce qui peut nous servir peut également se retourner contre nous. Sachons rester attentifs et critiques!

J’ai également beaucoup apprécié la présentation de Nick Coates sur le présent et le futur de la co-création. Une excellente synthèse de ce qu’est la co-création aujourd’hui, des règles à suivre pour s’y engager correctement ainsi que des défis auxquels il faudra savoir prendre en compte dès demain, le premier étant celui de savoir conserver l’élan créé ces dernières années autour de ce type de démarche.

Enfin Kevin Slavin nous a parlé des algorithmes qui gouvernent nos vies. Rien de forcément nouveau sous le soleil, si ce n’est une indispensable piqûre de rappel pour que nous ayons toujours à l’esprit le fait que les algorithmes dictent sournoisement passablement de nos choix. Nous n’avons pas beaucoup de prise sur ces agents opaques et inscrutables. Sachons cependant rester vigilants pour ne pas nous laisser entraîner trop loin.

Mais comme dans toutes les conférences la règle veut qu’il yait à boire et à manger, je mentionnerai également le flop de Jean-Claude Biver dont la vacuité des propos l’a littéralement poussé à s’envoler à la fin de sa présentation. Déception également avec le discours assez creux de Robert Scoble qui s’est contenté d’aligner les nouvelles perles de la Silicon Valley sur son fil, mais sans véritable mise en perspective ni esprit critique.

Et s’il fallait mettre un bémol aux présentations de cette 6ème édition c’est peut-être dans un contenu un peu trop consensuel à mon goût qu’il faudrait le chercher. La quasi totalité des présentations en lien avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux confortent en effet l’image d’un monde idéal de l’Internet d’aujourd’hui et de demain qui entraîne inexorablement la population de la planète dans son sillage et dans lequel semble se complaire une majorité des participants. Une attitude un peu plus critique et une dose d’impertinence seraient à mon avis salutaires. La présentation (par ailleurs excellente) de Don Tapscott est illustrative de cet état de fait. Don s’enthousiasme sur l’influence (considérable) des réseaux sociaux dans les révolutions tunisienne et égyptienne, prémices d’un nouveau mode de gouvernance décentralisé pour ces pays. On était tombé dans la même euphorie à propos des émeutes en Iran l’année dernière et  l’étude des faits n’avait finalement pas résisté à l’analyse.

Au niveau des ateliers, j’ai vécu de l’intérieur le stimulant « iGraffiti: mobile Public Debate in the Urban Space » proposé par Jean-Henry Morin ainsi que celui organisé par Nicolas Nova et Vlad Triffa « Smart Cities: how to move from here to there?». Beaucoup d’idées générées durant ces deux ateliers, et surtout de nombreuses pistes qui ont permis de défricher des terrains encore vierges.

Enfin l’Observatoire technologique a profité de Lift11 pour organiser avec Lift Lab un atelier visant à co-créer des services innovants à destination des citoyens en se basant sur des données publiques ouvertes. Cet atelier sur lequel nous reviendrons prochainement réunissait sur invitation, autour des thèmes de la mobilité et des données 3D, plus de vingt personnes : experts, spécialistes de l’administration genevoise et membres de la communauté Lift.


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