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On a causé d’agenda numérique…

 Agenda numérique

Un agenda numérique pour la Suisse


Alors que de très nombreux pays sont aujourd’hui dotés d’instances politiques chargées de prendre à bras le corps les questions numériques et d’assurer le pilotage stratégique d’un Agenda Numérique pour le développement de la société, la Suisse se trouve dans une position délicate n’ayant ni une telle responsabilité au plus haut niveau, ni un tel agenda.

Lors de la conférence Lift qui s’est tenue à Genève en février dernier, plusieurs personnalités romandes se sont mobilisées pour débattre de la question et initier une dynamique autour de ce sujet. Ce panel a marqué le lancement officiel d’un débat national lancé dans le cadre d’un partenariat entre Lift Conférence, Le Réseau et ThinkServices. La centaine de participants présents pour l’occasion ont tous reconnu la nécessité d’amener le débat sur la place publique et d’en remonter les thèmes important dans une logique bottom-up de co-création.

La Causerie du 18 juin était animée par les membres de l’association Think Services, l’un des initiateurs de ce débat national. Ensemble nous avons débattu des différents sujets qui y sont liés. Ce a également été l’occasion de tester le Kit DIY qui nous a permis d’identifier les enjeux essentiels à remonter à nos autorités fédérales pour l’automne 2015.


Think Services est une association à but non lucratif créée en 2010 dans le cadre du Centre Universitaire d’Informatique de l’Université de Genève et de l’Observatoire technologique de l’Etat de Genève. Ce laboratoire d’idées rassemble à titre individuel des personnes provenant d’horizons variés: chercheurs, entrepreneurs ou collaborateurs du secteur public pour ne citer que ceux-là.

Parmi eux Jean-Henry Morin, Giorgio Pauletto et Patrick Genoud ont animé cette Causerie.

On a causé de leadership et de culture digitale…

Causerie Culture Digitale

Le nouvel environnement dessiné par la révolution digitale peut sembler déconcertant, incontrôlable et paradoxal. Pourtant il recèle de grandes opportunités. Mais avons-nous les bonnes lunettes pour le comprendre, en décrypter les codes et en assimiler la culture ? C’est là l’enjeu pour y trouver sa place et  s’y sentir à l’aise.  

La littérature est abondante sur les technologies et les innovations de rupture qu’elles amènent. Mais lorsqu’on désire répondre aux enjeux de ce nouveau paradigme en permettant l’intégration de la dimension humaine de ces transformations, il faut s’intéresser à un domaine encore trop peu exploré: celui de la culture. Car à environnement nouveau, il faut une culture nouvelle, celle du digital en l’occurrence.

Les Passeurs du Digital, Marie Elisabeth Boury et Valérie Bauwens, aident ainsi les leaders à décrypter cette culture et mettent en oeuvre les approches permettant de comprendre le digital, d’en trouver le sens et de se l’approprier. Elles sont venues discuter du sujet avec la vingtaine de personnes présentes lors de la Causerie organisée à la Muse Genève le 19 février dernier.

Je me doutais bien en préparant cette Causerie qu’en résumer le contenu ne serait pas facile. Et je ne m’étais pas trompé ! Ce billet tente donc de retracer dans les grandes lignes des échanges qui ont abordé un sujet tout à la fois vaste, intangible et encore peu exploré.

Pour Marie Elizabeth la culture est une interface entre nous et notre environnement. Elle est constituée d’un ensemble de codes, de règles et de pratiques qui nous permettent de comprendre cet environnement que le digital, au cours de ces dernières années, a considérablement bouleversé. Beaucoup ont nié l’évidence en évoquant une mode passagère. Et les quelques leaders qui ont tenté de s’adapter à ce changement de paradigme l’ont dans un premier temps abordé avec une approche avant tout technologique qui n’est clairement pas la bonne.

symbole-chinois

Car les technologies ne sont que les vecteurs et les facilitateurs de ces changements profonds. Et leur compréhension n’amène que des réponses superficielles à des changements plus essentiels encore. En toile de fonds de l’évolution des technologies ce sont en effets des transformations majeures des postures et des comportements qui ont eu lieu. C’est à ce niveau que l’on peut parler de culture digitale et qu’il faut savoir amener les gens (et les leaders en particulier).

Marie Elizabeth et Valérie travaillent à expliciter les codes qui permettent de décrypter les modèles de rupture du monde digital. Elles mentionnent par exemple et pour ne citer que ceux-ci: les réseaux, les écosystèmes, la collaboration, la co-création, la transparence, l’autonomisation, les approches centrées utilisateurs, la transversalité, etc.

Mais au-delà de la connaissance de ce codes qui constituent une grille de lecture de la culture digitale, il faut savoir comment en faire prendre conscience et comment accompagner les changements qu’ils impliquent. Pour ce faire, Marie Elizabeth et Valérie organisent des ateliers dans lesquels elles amènent les participants (souvent des chefs d’entreprises qui se sentent largués dans ce monde méconnu pour eux) à découvrir le sens à donner au digital à travers les exemples concrets les plus médiatisés (comme le Bitcoin, SpotifiyUber ou Airbnb pour ne citer qu’eux).

La majorité des participants en sont convaincus: comprendre cette culture digitale et savoir en déchiffrer les codes est vital pour de nombreux entrepreneurs. Car à l’image des quatre exemples donnés ci-dessus, les innovations de ruptures peuvent venir à tout moment mettre en danger des entreprises et des organisations que rien ne semblait pouvoir faire vaciller. Plutôt que de subir ces changements ou de disparaître, mieux vaut alors essayer de comprendre les dynamiques qui vont nous impacter et se mettre dans le mouvement. 

     Tous les jours je vois des conflits entre des arbres et des réseaux !

Et que l’on évoque l’orientation usagers, l’accélération et la complexité croissante induites par les technologies ou les phénomènes de rupture, on retombe très vite sur les modes d’organisations qu’il faut savoir mettre en place pour prendre tout ceci en compte. C’est en tous cas l’un des points qui doit retenir l’attention des leaders et qui a suscité de nombreux échanges parmi les participants. Dans le monde digital, les organisations pyramidales caractéristiques de la société industrielle s’effacent devant des organisations de type matriciel ou en réseaux, voire même de type organique qui sont plus aptes à s’adapter à ses spécificités.

La discussion a s’est par la suite focalisée sur les jeunes. Certains dans l’assemblée sont convaincus que les générations Y ou Z ont intégré cette culture digitale et comprennent implicitement comment elle impacte notre quotidien. Le reste n’est qu’une question de patience: ces jeunes seront bientôt au pouvoir et les choes changeront naturellement. Mais la majorité pense que baigner dans le digital ne suffit pas à en comprendre réellement tous les codes avec la prise de distance nécessaire. Et pour la x-ième fois lors d’une Causerie, l’on refait le constat des lacunes de notre système éducatif dans ce domaine…

Marie Elizabeth et Valérie

Photo Arnaud Velten

Dans une deuxième partie, Marie Elizabeth et Valérie nous proposent un petit exercice de groupe qui nous amène à répondre à trois questions:

  1. Comment fédérer les gens autour du sujet de la culture digitale ?

  2. Où intervenir ?

  3. En quoi la culture digitale est utiles pour nous ?

Un brainstorming d’une dizaine de minutes remonte les idées suivantes livrées ici en vrac :

  • Amener les gens dans un espace non numérique.

  • Utiliser les enfants pour nous aider à comprendre (prendre le temps de les observer).

  • Se pencher sur les démarches de gamification.

  • Faire comprendre que l’on est dans le changement permanent. 

  • Intervenir partout et de manière multilatérale.

  • La culture digitale n’est pas un message en soi. Savoir exprimer l’objectif que l’on veut servir et annoncer les valeurs sous-jacentes.

  • Ne pas oublier le mieux-vivre ensemble.

  • Savoir prendre du recul.

  • S’adapter au changement dans un système en évolution.

  • Casser les barrières; ouverture et partage; autonomisation.

  • Responsabilité et confiance sont au cœur de tout ça (lien avec la Causerie de janvier).

  • C’est une question de survie, même si cela ne va pas durer. Co-construire un autre monde. Il faut donc comprendre cette culture numérique.

Pour terminer cette Causerie riche et intéressante, chacun rappelle les mots avec lesquels il repart. J’ai retenu notamment ceux-ci: complexité, perplexité, content, continuer ensemble…


Marie Elizabeth Boury

Président d’Academie Digitale / les Passeurs  dont la vocation est de faciliter et d’accélérer la prise en compte et l’acquisition de la nouvelle culture digitale par l’entreprise et les institutions; ancien dirigeant dans le domaine des nouvelles technologies puis dirigeant d’une société de conseil accompagnant la transformation des entreprises, Marie Elisabeth Boury (Meb) est aussi philosophe, orientaliste et historienne.


Valerie Bauwens

Après l’obtention d’un Master en gestion aux HEC-Liège, Valérie Bauwens débute sa carrière en finance et business development. C’est pour mettre des visages sur les chiffres des plans d’affaire qu’elle rédigeait que Valérie s’est attelée à institutionnaliser la recherche utilisateur comme compétence clef du département de recherche et développement de Swisscom. Elle co-crée rapidement un observatoire des usages des clients privés qu’elle étend aux usages en entreprise.