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On a causé de responsabilité numérique…

La responsabilité numérique

 

Les révélations sur le programme américain de surveillance globale marqueront probablement l’histoire comme étant un moment majeur de rupture de confiance vis-à-vis des outils et du monde numériques. Face à cette situation, certains ne voient qu’une réponse binaire possible: soit le «tout sécuritaire», soit le «laissons faire et advienne que pourra».  

Jean-Henry Morin, spécialiste international des politiques numériques et de la sécurité des systèmes d’information, est convaincu qu’entre la confiance aveugle et la paranoïa il existe une autre voie. Il pense que nous devons changer la manière dont nous envisageons la confiance dans le monde numérique aujourd’hui. A l’instar de la lame de fond de la société collaborative et des nouvelles formes de l’économique du partage, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle forme de responsabilité participative, co-créée: une «responsabilité numérique». Il propose, dans un livre paru l’année dernière, une analyse critique des dispositifs de régulation actuels et fournit une nouvelle solution pratique pour les individus, les entreprises et les institutions. C’est pour enrichir ses réflexions qu’il a animé la Causerie du 29 janvier dernier suivie par une vingtaine de personnes.

Cela fait aujourd’hui plus de 10 ans que Jean-Henry s’intéresse à la sécurité, à la gestion des risques et à la protection des données. C’est en étudiant les technologies de gestion des droits numériques (DRM) et en constatant combien elles étaient dévoyées par les lobbies du multimédia qu’il a compris qu’il fallait réformer complètement notre approche de la sécurité. Ce sont les travaux de Edward Felten en 2005 qui ont constitué l’événement déclencheur de ses recherches sur le sujet. La sécurité a toujours été par essence constituée de certitudes et de règles postulant par défaut une défiance vis-à-vis de l’utilisateur. Jean-Henry nous propose de renverser la règle et de poser l’exception comme postulat de base.

Car son premier constat est que la sécurité ne s’attaque pas, mais qu’elle se contourne. Ceci est notamment dû au fait que le facteur humain n’est la plupart du temps pas assez pris en compte. Deuxième constat: le principe de proportionnalité est trop souvent ignoré lors de la mise en œuvre de solutions de sécurité. Or qui dit ‘sécurité’ doit obligatoirement penser ‘arbitrage’ sous peine de voir les utilisateurs chercher des stratégies de contournement. Il prône ainsi une conception de la sécurité centrée utilisateur, en utilisant notamment des démarches de design thinking. Dans ce contexte, il faut notamment prendre correctement en compte la notion de désirabilité de la solution envisagée.

Cette introduction faite, Jean-Henry nous propose de discuter avec lui de trois points qui lui paraissent essentiels dans sa réflexion et sur lesquels il aimerait avoir notre point de vue:

  1. La rupture de confiance massive initiée par l’affaire Snowden en 2013. On ne peut plus nier aujourd’hui qu’il a un réel problème au niveau de la sécurité de nos données. Avant 2013 on s’en doutait; maintenant on le sait.
  2. Le déni de progrès qu’il constate de la part des poids lourds de l’Internet. Ces derniers affirment que la technologie ne peut pas répondre à des préoccupations légitimes de protection de la sphère privée. Or c’est faux !
  3. Le concept de ‘Too fat to change’ qui relève d’un cynisme économique crasse, ces poids lourds n’ayant aucune envie de changer les règles du jeu en raison des problèmes potentiels que cela pourrait avoir sur leur modèle d’affaire.

Jean-Henry MorinJean-Henry regrette le peu de cas que les gouvernements font d’une problématique dans laquelle ce sont des entreprises privées qui dictent un jeu dont la nature est profondément publique. Il voit cependant une lueur d’espoir dans le droit européen qui est en pleine mutation dans ce domaine avec la mise en place de la réforme européenne de la protection des données qui vise une réappropriation de nos données personnelles. Si les lois envisagées en terme de protection des données sont votées prochainement, Jean-Henry prédit 10 ans d’innovation intensive devant nous dans le domaine de la sécurité.

Il sera alors le moment de rendre la confiance aux utilisateurs en renversant l’hypothèse de non-confiance posées par la sécurité conventionnelle.

Le numérique peut également constituer un instrument facilitant une transparence qui permet un empowerment des individus (via un accès facilité à l’information et aux échanges qui peuvent en résulter à travers les médias sociaux ou les plateformes dédiées). Il permet ainsi de rétablir une certaine symétrie dans les relations en renforçant le conversationnel. La co-conformité dans ce contexte naît de la transparence et de cette confiance éclairée.

Jean-Henry introduit à ce stade la notion de co-conformité (co-compliance en anglais). Il s’agit pour lui d’une responsabilité collaborative favorisée par le numérique, permettant aussi bien l’élaboration conjointe de l’objet d’une décision ou d’une action que l’évaluation et le contrôle partagé du résultat.

     L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite serait la liberté ?

 

En paraphrasant Rousseau, il introduit la notion de Responsabilité numérique qui devrait se caractériser par la prise en compte des points suivants:
  1. Conception centrée utilisateur
  2. Prise en compte de toutes les parties prenantes
  3. Proportionnalité des moyens mis en œuvre
  4. Prise en compte du facteur humain
  5. Ouverture et transparence
  6. Partage et collaboration
  7. Parcimonie et humilité de l’usage de l’instrument légal
  8. Appui sur des cadres de politiques publiques durables

Dans une optique de conception responsable des systèmes, Jean-Henry propose de partir sur une approche de type ‘Charte’ associée à un ‘label ouvert’ qui restent encore à élaborer. Dans son esprit Internet n’as pas besoin de policiers. Ce sont les utilisateurs qui peuvent efficacement jouer ce rôle-là.

Il mentionne à ce propos l’existence du groupe de travail Cloud Social Responsibility lancé au sein du think tank Think Services et qui vise à mettre en place un label ouvert facilement appropriable et permettant de qualifier la manière avec laquelle un service cloud respecte les droits (et notamment la sphère privée) de ses utilisateurs.

Causerie Responsabilité Numérique

Photo Bruno Chanel

La discussion qui s’engage autour de ces différents points est passionnante. L’approche proposée par Jean-Henry séduit les participants. Mais certains soulèvent un aspect qui devrait mieux ressortir dans son discours: celui d’une perspective globale centrée non seulement sur la personne, mais également sur le groupe ou la communauté, et sur la société et l’Etat. Car l’individu pris dans sa globalité a certes une importance cruciale dans l’approche; et il faut savoir prendre en compte correctement ses besoins et son point de vue. Mais d’autres aspects doivent être considérés dans des perspectives plus larges sur lesquelles on adresse des thématiques différentes, qui toutes ont leur importance. A ce propos, le point 4 ci-dessus (Prise en compte du facteur humain) devrait clairement être mis en avant.

On note également que les mots n’ont pas la même portée selon les cultures, spécialement dans un domaine tel que celui de la protection des données qui est lui-même différemment perçu selon les pays. Il faudra donc être attentif à la mise en perspective des concepts proposés. Jean-Henry est bien conscient de cette difficulté mais il souligne que les initiants de la licence Creative Commons ont été confrontés au même cas de figure et qu’ils ont su parfaitement surmonter l’obstacle.

Un tel label éthique fait manifestement du sens pour les participants; mais très vite se pose la question cruciale: ‘Comment faire envie pour que les parties prenantes y adhèrent ?’ Pas de réponse définitive à cette question. Mais quelqu’un évoque le parallèle avec le monde du logiciel libre qui a trouvé le moyen de promouvoir sa charte et son label via des licences copyleft. Cet aspect viral des licences libres devrait constituer une source d’inspiration dans ce label à imaginer autour de la responsabilité numérique.

Comme souvent lors des Causeries la discussion prend ensuite des chemins de traverse et nous amène à aborder des sujets connexes au thème de la soirée. On disserte notamment sur le droit des robots et des drones qui soulèvent des questions importantes dont il vaut mieux se préoccuper aujourd’hui avant que les entreprises privées ne nous forcent la main.


 

Jean-Henry Morin

Jean-Henry Morin est professeur associé en systèmes d’information et services informationnels à l’université de Genève. Membre de l’Institut de science des services, il est également président du laboratoire d’idées Think Services. Ses travaux de recherche portent notamment sur la gestion des droits et des politiques numériques, la sécurité des systèmes d’information, notamment dans des approches socialement responsables et durables, la conformité et la gouvernance des risques informationnels.



WE (T)RUST – Global GovJam 2014

Global GovJam2014

Au début du mois de juin de cette année, l’Observatoire technologique a participé avec l’Institut de Sciences des Services de l’Université de Genève à un hackathon d’une forme un peu particulière et dont le terrain de jeu est le service public. Le Global GovJam 2014 réunissait pour la troisième année consécutive des équipes d’innovateurs motivés par la volonté de démontrer qu’il est possible en moins de 48 heures de proposer une ébauche tangible de projet novateur dans le secteur public.

Les GovJams constituent tout à la fois l’occasion de cultiver des relations hors de son cadre de travail habituel, de tester des outils de créativité et d’échanger des idées nouvelles tout en œuvrant sur un projet concret s’inscrivant dans le thème donné. Ici pas de concours, pas de prix; seulement la satisfaction d’avoir réalisé ensemble un projet innovant et d’avoir enrichi les réflexions de la communauté des participants.

La centaine d’équipes provenant des cinq continents avait deux jours pleins pour concrétiser un projet en lien avec le sujet proposé cette année: la confiance !

La vidéo de présentation du thème retenu laissait beaucoup de place à l’imagination: comment aller au-delà de la confiance telle qu’actuellement nous la vivons dans la vie courante, à titre professionnel ou privé ? Un thème tout à la fois complexe, fascinant mais surtout essentiel à l’heure où cette confiance nécessaire à tous les échanges que nous effectuons au quotidien est sujette à une érosion croissante, même dans le secteur public. Les organisateurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en jouant habilement sur les mots TRUST (confiance) et RUST (rouille) pour nous proposer le thème du hackaton: (T)RUST !

La page résumant les projets présentés témoigne de la diversité à la fois des approches choisies et des résultats finaux. Les projets imaginés par les différents groupes proposent des solutions allant de la sensibilisation à l’éducation en passant par des outils (numériques ou non) permettant de tangibiliser cette confiance si malmenée.

Après deux jours de brainstorming, d’échanges d’idées et de multiples esquisses, notre projet s’est concrétisé à travers la réalisation d’un manifeste incitant les individus, sur une base volontaire, à s’engager pour une meilleure expérience du service (pris ici dans sa globalité), source première selon nous d’une confiance accrue. Le (T)Manifesto comme nous l’avons appelé part du constat qu’il est temps de lancer une dynamique nouvelle pour reconquérir cette confiance qui s’érode et contribuer ainsi à une société plus digne de confiance, plus responsable et qui soit plus apte à rendre des comptes.

Les approches imposées par le haut ont montré leurs inefficacité. La meilleure manière d’initier ce changement passe plutôt selon notre équipe par une autonomisation des individus qui s’y lancent sur une base volontaire, dans une dynamique que nous avons baptisée WE (T)RUST. Notre ébauche du (T)Manifesto propose aux individus qui le désirent (dans leur rôle de citoyen, de collaborateurs de la fonction publique ou de membre d’une organisation privée) de signer un manifeste par lequel ils s’engagent à auto-évaluer leur niveau de confiance selon les critères suivants et à les améliorer constamment :

1. Bienveillance

La bienveillance mesure notre bonne volonté et/ou notre disposition à faire le bien dans notre vie quotidienne.

2. Transparence

La transparence mesure notre degré de transparence, en tant que personne et dans notre comportement. Fondamentalement cela signifie que vous n’avez pas d’agenda caché.

3. Engagement

L’engagement mesure notre implication dans l’accomplissement de nos tâches.

4. Responsabilité

La responsabilité mesure de quelle manière nous justifions de nos activités, nous en endossons la responsabilité qui nous incombe et nous en révélons les résultats de manière transparente.

5. Pertinence

La pertinence mesure notre capacité à fournir un service qui corresponde autant que possible aux attentes

 

Les individus qui signent le manifeste s’engagent sur chacun des points ci-dessus. D’une part en construisant leur (T)-Profile (leur profil de confiance obtenu en s’auto-évaluant selon ces critères). Et d’autre part en s’engageant à les améliorer constamment.

(T)rust

 

Notre ébauche de manifeste est concrétisée sur le site trust.unige.ch. On y trouve une explication de nos motivations, une page d’autoévaluation, la marche à suivre pour contribuer au mouvement WE (T)RUST, une page consacrée aux histoires en illustrant les usages ainsi qu’une page laissant la place aux perspectives envisagées.

Dans le court délai imparti, nous n’avons pas eu le temps d’aborder les moyens de tangibiliser ce (T)Profile, afin de pouvoir l’exposer aux autres et de le confronter ainsi à leur évaluation, dans le but de susciter des dynamiques vertueuses. Les pistes que nous avons envisagées vont du simple badge de couleur à des systèmes plus sophistiqués sur smartphone.

Ce sprint de 48 heures a dans tous les cas démontré dans quelle mesure une petite équipe motivée, travaillant selon les méthodes du design thinking peut délivrer un résultat concret et actionnable en très peu de temps. Ce résultat initial demande certes à être approfondi et confronté à d’autres points de vue. Mais il constitue selon nous une voie intéressante à suivre pour améliorer la confiance, dans le service public en particulier.

Souhaitons que cette ébauche de manifeste trouve de l’écho, à Genève ou ailleurs. Elle est à disposition sous licence Creative Commons (CC – BY – NC – SA) pour qui veut bien s’en emparer.

Notre petite équipe était composée de:  Giovanna Di Marzo (ISS), Patrick Genoud (OT), Michael Mesfin (ISS), Jean-Henry Morin (ISS), Giorgio Pauletto (OT) et Jeremy SIGNIORELLI (designer indépendant).

 

 

 

Présentations et résumé de la Journée de rencontre 2010

La confiance à l’ère du numérique

20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique

Plus de 250 personnes ont assisté à cette manifestation et ont pu prendre la mesure des enjeux liés à la confiance à l’ère du numérique.

Si la confiance joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de notre société, elle reste cependant un concept difficile à appréhender en raison de la complexité et de la pluralité des situations dans lesquelles elle s’exprime. Et alors même que cette notion nous échappe dès qu’on cherche à la cerner et à la caractériser dans le réel, le monde numérique semble vouloir en redéfinir les règles ou du moins en privilégier certaines au détriment des autres. Comment préserver ce véritable « repère public » dans le nouveau paradigme de la société de l’information et de la connaissance? Cette 20ème Journée de rencontre a confronté plusieurs regards croisés pour apporter des éléments de réponse à la question.


Robert Monin

La judiciarisation croissante de notre société reflète probablement un état de méfiance des citoyens à l’égard des leurs institutions. S’écarter de la sclérose qui les guette, promouvoir un vrai « vivre ensemble » nécessitera de renforcer le lien social dont la confiance constitue l’un des piliers. Cet enrichissement concret dans nos manières d’interagir avec les autres induit par les nouvelles technologies nous obligera à être d’autant plus imaginatifs sur ce terrain.

Dans ce monde (numérique) en perpétuel changement, Genève peut heureusement s’appuyer sur les hommes et des outils qui facilitent son adaptation à ce nouveau paradigme et l’aident à gagner la confiance des citoyens par rapport à ces nouveaux usages. Inspirer ou restaurer la confiance passera par une voie qui reste encore à définir, sachant que le statut d’autorité de l’administration et les dispositifs sécuritaires sophistiqués n’y suffiront pas.


Olivier Glassey

Si la sociologie inscrit la confiance dans le temps et en admet l’incomplétude, elle nous enseigne surtout qu’elle a une fonction: nous simplifier la vie et apporter des solutions qui nous permettent de gérer la complexité. A la fois jugement, appel à la coopération comme à la réciprocité, sa manifestation obéit en règle générale à une architecture où contexte et réputation font écho aux émotions.

La confiance numérique a beau devoir s’appliquer sur des objets originaux, ses mécanismes s’apparentent à ce qui se fait dans le monde réel. Les indicateurs de confiance sont stabilisés dans la vie de tous les jours alors qu’ils sont encore en voie de formation dans l’univers numérique. La logique des transactions qui fait suite à des avis favorables ou non échappe ainsi à toute linéarité. Comme notre capacité à interpréter ces indicateurs s’affine en parallèle, la confiance numérique reste très largement un apprentissage à faire.


Renaud Francou

Sur Internet comme dans la langue anglaise, la confiance a deux visages: la confiance (trust) contextuelle, risquée, pari sur le comportement et les compétences de l’autre en situation d’incertitude et qui inclut un risque irréductible; et l’assurance (confidence) destinée à élargir la confiance en réduisant l’incertitude, voire à couvrir le risque.

L’agenda actuel de la confiance étant majoritairement tourné vers la sécurité, ces deux composantes sont sous tension. Les pratiques de confiance inattendues symbolisées par l’émergence des réseaux sociaux, des forums de patients ou du peer-to-peer font contrepoids aux démarches traditionnelles saturées d’orientations sécuritaires.

Nos travaux révèlent des pistes d’innovation génératrices de confiance avec quatre défis à relever: développer les dispositifs de confiance manquants, mieux cerner les potentialités de la confiance peer-to-peer, outiller les individus pour qu’ils accordent leur confiance à bon escient et envisager la confiance relationnelle comme un facteur différenciant.


Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg

Avec la mise en application de loi sur l’information du public, l’accès aux documents et la protection des données (LIPAD), l’administration vit un changement de paradigme qui prône l’avènement de la culture de la transparence. A Genève deux cents institutions sont soumises à cette loi dont nous devons veiller à l’application.

Autorité indépendante, sans pouvoir de contrainte, notre bureau formule des recommandations dans le cadre de projets qu’on nous soumet sur une base volontaire. Dans notre pratique, nous avons opté pour un outil baptisé « agrément » que nous délivrons suite à des concertations interdisciplinaires. Celles-ci ont au coeur de nos récentes expériences avec la ville de Genève ou l’aéroport. Selon nous la confiance ne peut s’installer que dans le strict respect des règles établies et des médiations entre toutes les parties prenantes d’un projet.


Jean-Henry Morin

Même si l’on parle de « trusted computing », l’instauration de la confiance ne se vérifie pas sur le terrain. Au contraire, les exemples pris dans le secteur des organisations ou du divertissement (dé)montrent que la non-confiance règne.

Le fait que 53% des salariés contournent les dispositifs de sécurité pour simplement pouvoir effectuer leur travail répond aux autres hérésies que sont la présomption de culpabilité et la criminalisation des gens ordinaires. Il faut arrêter de promouvoir ce type de sécurité paranoïaque.

« Not to trust » n’est pas la solution. Ma proposition vise à introduire des autorisations adaptées. En échange d’une information qui l’identifie, une personne obtient un droit temporaire surveillé, applicable dans la sphère privée ou au travail. Cette confiance éclairée mais pas aveugle a comme avantage de postuler notre responsabilité, et par conséquent de nous investir. Si vous ne devez retenir qu’une chose, ce sera celle-là.


Jean-Marie Leclerc

Il faut veiller à ne pas placer le centre de gravité de la confiance numérique au mauvais endroit: la confiance, qu’elle soit numérique ou non, est une affaire de responsabilité individuelle que le secteur public doit savoir prendre en compte.

Dans ce contexte la transparence joue un rôle essentiel. Notre administration doit la promouvoir en acceptant les contraintes qu’elle impose. Nous pouvons pour cela nous appuyer sur un cadre éthique tel que celui proposé au travers de la norme ISO 26’000.

Il faut aussi considérer les devoirs liés à la LIPAD comme une opportunité pour générer encore plus de confiance. Car ces cadres éthiques et juridiques cristallisent des réflexions largement partagées qui sont à la source de la confiance.

Dans cet esprit, la société de l’information et de la connaissance ne se construira pas sans concertation et sans débat public. L’expérience du eVoting à Genève est là pour l’illustrer!


Un grand succès pour notre Journée de rencontre 2010

Notre  Journée de rencontre 2010 a rencontré un succès réjouissant: la confiance à l’ère du numérique a en effet retenu l’attention de près de 250 personnes. Après l’introduction de notre secrétaire général Robert Monin qui a souligné l’importance du rôle de l’OT dans l’évolution des systèmes d’information de l’administration genevoise, les cinq orateurs de l’après-midi nous ont brossé un tableau varié et parfois provocateur de ce sujet passionnant.

Vous pouvez déjà retrouver les présentations de cette journée ici.

Le résumé et les vidéos de cette conférence dans un prochain billet!

Ils en ont parlé le 19 novembre:

Le 12h-13h (avec Patrick Genoud)

Le 12h30 (avec Olivier Glassey)

Journée de rencontre du 19 novembre 2010 – La confiance à l’ère du numérique

Cette 20è Journée de rencontre aura lieu à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia, 4 rue de la Prairie, 1202 Genève) Aula G. Charpak


L’accès à cette conférence est libre et gratuit, mais dans le but d’en faciliter l’organisation, nous remercions les personnes qui ne se sont pas déjà inscrites via le système de messagerie interne de l’Etat de Genève de bien vouloir s’inscrire via le service en ligne Amiando.

amiando

Vous pouvez bien entendu vous inscrire directement par e-mail ou par téléphone auprès de Marie-Hélène Moutinho (+41 22 388 00 28).


La confiance à l’ère du numérique


La confiance se situe au cœur de nos relations avec autrui, que ce soit à titre personnel ou professionnel. Dès qu’il existe une incertitude liée à l’échange, la confiance devient le pré-requis indispensable qui rend possible l’engagement réciproque et le maintien de relations sociales durables.

Mais si elle joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de notre société, la confiance reste toujours un concept difficile à appréhender en raison de la complexité et de la pluralité des situations dans lesquelles elle s’exprime. Et alors même que cette notion nous échappe dès qu’on cherche à la cerner et à la caractériser dans le réel, le monde numérique semble vouloir en redéfinir les règles ou du moins en privilégier certaines au détriment des autres. Or la confiance constitue un véritable « repère public » que nous devrons savoir préserver dans le nouveau paradigme de la société de l’information et de la connaissance.

Quelles sont les pistes pour y parvenir ? En quoi et en qui a-t-on confiance dans le monde numérique ? Doit-on y inventer de nouveaux modèles ? Ou faut-il plus simplement mieux comprendre ce qui se passe dans le monde réel pour le réappliquer dans le virtuel ?

Cette 20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique confrontera plusieurs regards croisés sur le sujet et tentera d’apporter des réponses à ces questions.


Programme

14h00 – Message de bienvenue de l’Observatoire technologique

14h05 – Introduction de la journée, Robert Monin, secrétaire général du DCTI, Etat de Genève

14h15 – « Communautés de confiance et médiations techniques : la construction pragmatique des réciprocités robustes » , Olivier Glassey

14h50 – « Nouvelles approches de la confiance numérique : vers un désir de confiance ? », Renaud Francou

15h30 – Pause

16h00 – « L’agrément, un outil digne de confiance », Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg

16h35 – « « To trust or not to trust », telle est la question. Et si nous renversions quelques hypothèses ? », Jean-Henry Morin

17h10 – Conclusions et perspectives, Jean-Marie Leclerc, directeur général du CTI, Etat de Genève

17h30 – Cocktail

PDF - 106.9 ko
Le programme au format pdf (106 Ko)

Posez vos questions !

Posez sur Google moderator les questions qui vous interpellent à propos de la confiance à l’ère du numérique. Nous pourrons ainsi les relayer aux orateurs avant la conférence !

Naturellement il restera toujours la possibilité de questionner les orateurs directement après leur intervention !


Les intervenants de la Journée 2010


La confiance à l’ère du numérique

20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique


Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg sont les Préposées à la Protection des données et à la Transparence du canton de Genève. Leur philosophie est de favoriser une attitude proactive et de développer, avec les usagers et les institutions, la coopération et le dialogue.

Ce mode de faire leur a permis de développer de nouveaux outils propres à créer la confiance, non seulement entre les citoyennes et citoyens et les institutions, mais également au sein même de celles-ci. Leur approche promeut la collaboration interdisciplinaire, en particulier entre les juristes et les systèmes d’information.


Olivier Glassey est sociologue, responsable de l’unité de recherche « Etudes sociales des sciences et des techniques » au sein de l’Observatoire Science, Politique et Société de l’Université de Lausanne.

Il étudie depuis une dizaine d’années les conditions d’émergence des processus de collaboratifs de masse en ligne. Olivier Glassey s’intéresse plus particulièrement aux les modes de construction de la confiance et de la défiance dans les réseaux sociaux en ligne, la formation de la mémoire collective au sein des communautés virtuelles ou encore les formes de production des classifications ouvertes (folksonomies).


Renaud Francou est chef de projet à la Fondation internet nouvelle génération (FING), un Think Tank qui explore le potentiel transformateur des technologies quand il est placé entre des millions de mains.

Il a successivement conduit des missions d’animation des acteurs de la société de l’information, participé au programme « Villes 2.0 » et animé le programme « Identités actives » sur les nouvelles approches de l’identité numérique.

Depuis cette année, il anime un travail collectif rassemblant chercheurs, innovateurs, industriels et acteurs publics autour des « Nouvelles approches de la Confiance Numérique » avec la Fondation Télécom.


Jean-Henry Morin est professeur associé en ingénierie des services informationnels au département de systèmes d’information de l’université de Genève.

Ses recherches dans le domaine de la sécurité des systèmes d’information portent notamment sur la gestion des droits et des politiques électroniques (Digital Rights Management, DRM), la gestion d’exceptions dans ces environnements, les facteurs d’adoptions de ces technologies ainsi que leurs enjeux sociétaux dans une économies globalisée de services dématérialisés.


Jean-Marie Leclerc directeur du Centre des technologies de l’information de l’Etat de Genève.