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On a causé de responsabilité numérique…

La responsabilité numérique

 

Les révélations sur le programme américain de surveillance globale marqueront probablement l’histoire comme étant un moment majeur de rupture de confiance vis-à-vis des outils et du monde numériques. Face à cette situation, certains ne voient qu’une réponse binaire possible: soit le «tout sécuritaire», soit le «laissons faire et advienne que pourra».  

Jean-Henry Morin, spécialiste international des politiques numériques et de la sécurité des systèmes d’information, est convaincu qu’entre la confiance aveugle et la paranoïa il existe une autre voie. Il pense que nous devons changer la manière dont nous envisageons la confiance dans le monde numérique aujourd’hui. A l’instar de la lame de fond de la société collaborative et des nouvelles formes de l’économique du partage, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle forme de responsabilité participative, co-créée: une «responsabilité numérique». Il propose, dans un livre paru l’année dernière, une analyse critique des dispositifs de régulation actuels et fournit une nouvelle solution pratique pour les individus, les entreprises et les institutions. C’est pour enrichir ses réflexions qu’il a animé la Causerie du 29 janvier dernier suivie par une vingtaine de personnes.

Cela fait aujourd’hui plus de 10 ans que Jean-Henry s’intéresse à la sécurité, à la gestion des risques et à la protection des données. C’est en étudiant les technologies de gestion des droits numériques (DRM) et en constatant combien elles étaient dévoyées par les lobbies du multimédia qu’il a compris qu’il fallait réformer complètement notre approche de la sécurité. Ce sont les travaux de Edward Felten en 2005 qui ont constitué l’événement déclencheur de ses recherches sur le sujet. La sécurité a toujours été par essence constituée de certitudes et de règles postulant par défaut une défiance vis-à-vis de l’utilisateur. Jean-Henry nous propose de renverser la règle et de poser l’exception comme postulat de base.

Car son premier constat est que la sécurité ne s’attaque pas, mais qu’elle se contourne. Ceci est notamment dû au fait que le facteur humain n’est la plupart du temps pas assez pris en compte. Deuxième constat: le principe de proportionnalité est trop souvent ignoré lors de la mise en œuvre de solutions de sécurité. Or qui dit ‘sécurité’ doit obligatoirement penser ‘arbitrage’ sous peine de voir les utilisateurs chercher des stratégies de contournement. Il prône ainsi une conception de la sécurité centrée utilisateur, en utilisant notamment des démarches de design thinking. Dans ce contexte, il faut notamment prendre correctement en compte la notion de désirabilité de la solution envisagée.

Cette introduction faite, Jean-Henry nous propose de discuter avec lui de trois points qui lui paraissent essentiels dans sa réflexion et sur lesquels il aimerait avoir notre point de vue:

  1. La rupture de confiance massive initiée par l’affaire Snowden en 2013. On ne peut plus nier aujourd’hui qu’il a un réel problème au niveau de la sécurité de nos données. Avant 2013 on s’en doutait; maintenant on le sait.
  2. Le déni de progrès qu’il constate de la part des poids lourds de l’Internet. Ces derniers affirment que la technologie ne peut pas répondre à des préoccupations légitimes de protection de la sphère privée. Or c’est faux !
  3. Le concept de ‘Too fat to change’ qui relève d’un cynisme économique crasse, ces poids lourds n’ayant aucune envie de changer les règles du jeu en raison des problèmes potentiels que cela pourrait avoir sur leur modèle d’affaire.

Jean-Henry MorinJean-Henry regrette le peu de cas que les gouvernements font d’une problématique dans laquelle ce sont des entreprises privées qui dictent un jeu dont la nature est profondément publique. Il voit cependant une lueur d’espoir dans le droit européen qui est en pleine mutation dans ce domaine avec la mise en place de la réforme européenne de la protection des données qui vise une réappropriation de nos données personnelles. Si les lois envisagées en terme de protection des données sont votées prochainement, Jean-Henry prédit 10 ans d’innovation intensive devant nous dans le domaine de la sécurité.

Il sera alors le moment de rendre la confiance aux utilisateurs en renversant l’hypothèse de non-confiance posées par la sécurité conventionnelle.

Le numérique peut également constituer un instrument facilitant une transparence qui permet un empowerment des individus (via un accès facilité à l’information et aux échanges qui peuvent en résulter à travers les médias sociaux ou les plateformes dédiées). Il permet ainsi de rétablir une certaine symétrie dans les relations en renforçant le conversationnel. La co-conformité dans ce contexte naît de la transparence et de cette confiance éclairée.

Jean-Henry introduit à ce stade la notion de co-conformité (co-compliance en anglais). Il s’agit pour lui d’une responsabilité collaborative favorisée par le numérique, permettant aussi bien l’élaboration conjointe de l’objet d’une décision ou d’une action que l’évaluation et le contrôle partagé du résultat.

     L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite serait la liberté ?

 

En paraphrasant Rousseau, il introduit la notion de Responsabilité numérique qui devrait se caractériser par la prise en compte des points suivants:
  1. Conception centrée utilisateur
  2. Prise en compte de toutes les parties prenantes
  3. Proportionnalité des moyens mis en œuvre
  4. Prise en compte du facteur humain
  5. Ouverture et transparence
  6. Partage et collaboration
  7. Parcimonie et humilité de l’usage de l’instrument légal
  8. Appui sur des cadres de politiques publiques durables

Dans une optique de conception responsable des systèmes, Jean-Henry propose de partir sur une approche de type ‘Charte’ associée à un ‘label ouvert’ qui restent encore à élaborer. Dans son esprit Internet n’as pas besoin de policiers. Ce sont les utilisateurs qui peuvent efficacement jouer ce rôle-là.

Il mentionne à ce propos l’existence du groupe de travail Cloud Social Responsibility lancé au sein du think tank Think Services et qui vise à mettre en place un label ouvert facilement appropriable et permettant de qualifier la manière avec laquelle un service cloud respecte les droits (et notamment la sphère privée) de ses utilisateurs.

Causerie Responsabilité Numérique

Photo Bruno Chanel

La discussion qui s’engage autour de ces différents points est passionnante. L’approche proposée par Jean-Henry séduit les participants. Mais certains soulèvent un aspect qui devrait mieux ressortir dans son discours: celui d’une perspective globale centrée non seulement sur la personne, mais également sur le groupe ou la communauté, et sur la société et l’Etat. Car l’individu pris dans sa globalité a certes une importance cruciale dans l’approche; et il faut savoir prendre en compte correctement ses besoins et son point de vue. Mais d’autres aspects doivent être considérés dans des perspectives plus larges sur lesquelles on adresse des thématiques différentes, qui toutes ont leur importance. A ce propos, le point 4 ci-dessus (Prise en compte du facteur humain) devrait clairement être mis en avant.

On note également que les mots n’ont pas la même portée selon les cultures, spécialement dans un domaine tel que celui de la protection des données qui est lui-même différemment perçu selon les pays. Il faudra donc être attentif à la mise en perspective des concepts proposés. Jean-Henry est bien conscient de cette difficulté mais il souligne que les initiants de la licence Creative Commons ont été confrontés au même cas de figure et qu’ils ont su parfaitement surmonter l’obstacle.

Un tel label éthique fait manifestement du sens pour les participants; mais très vite se pose la question cruciale: ‘Comment faire envie pour que les parties prenantes y adhèrent ?’ Pas de réponse définitive à cette question. Mais quelqu’un évoque le parallèle avec le monde du logiciel libre qui a trouvé le moyen de promouvoir sa charte et son label via des licences copyleft. Cet aspect viral des licences libres devrait constituer une source d’inspiration dans ce label à imaginer autour de la responsabilité numérique.

Comme souvent lors des Causeries la discussion prend ensuite des chemins de traverse et nous amène à aborder des sujets connexes au thème de la soirée. On disserte notamment sur le droit des robots et des drones qui soulèvent des questions importantes dont il vaut mieux se préoccuper aujourd’hui avant que les entreprises privées ne nous forcent la main.


 

Jean-Henry Morin

Jean-Henry Morin est professeur associé en systèmes d’information et services informationnels à l’université de Genève. Membre de l’Institut de science des services, il est également président du laboratoire d’idées Think Services. Ses travaux de recherche portent notamment sur la gestion des droits et des politiques numériques, la sécurité des systèmes d’information, notamment dans des approches socialement responsables et durables, la conformité et la gouvernance des risques informationnels.



MobiLab – Plateforme citoyenne au service de votre mobilité

MobiLab

 

Le projet MobiLab a permis à plus de 80 personnes d’échanger durant huit semaines sur leur mobilité au quotidien. Cette communauté sincère et motivée regroupait des citoyens du Grand Genève et des collaborateurs de l’administration genevoise. Elle a partagé ses expériences quotidiennes de mobilité grâce aux technologies du Web : en temps réel, en tous lieux, et avec des échanges multiples qui ont permis de générer des idées et de les enrichir.

MobiLab a ainsi permis de collecter une centaine d’idées ancrées dans les besoins de la population genevoise. La Direction générale de la mobilité (actuellement Direction générale des transports), initiatrice du projet, a pu reprendre à son compte une dizaine d’entre elles.

Cette expérience de participation citoyenne ‘augmentée’ par l’apport du numérique est un succès qui démontre les potentialités offertes à l’administration genevoise par ce type de démarche novatrice. En sachant capitaliser sur MobiLab, l’administration genevoise peut se doter d’un outil de dialogue et de co-construction de solutions qu sauront répondront aux besoins concrets de la population de notre région.

 

ScreenShotMobiLab

 

Le point de départ

VersUneParticipationCitoyenneAugmentéeComme je le soulignais dans le rapport « Vers une participation citoyenne augmentée » rédigé pour éclairer le sujet en amont du projet MobiLab, les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace: omniprésentes, intégrées dans les objets qui nous entourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont au cœur des services que celui-ci propose aux usagers. Ces technologies ont considérablement enrichi les formes de dialogues et d’interactions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunités de produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.

Le changement de paradigme amené par le Web social et les technologies numériques nous renvoie à un monde en perpétuelle évolution où les approches traditionnelles ont dû céder la place à un mode d’expérimentation et de prototypage permanent, la plupart du temps centré sur les usages des technologies plutôt que sur les technologies elles-mêmes.

Dans ce monde en train de se réinventer, l’administration genevoise doit trouver sa place et apprivoiser ces technologies et les usages qui vont avec afin d’apporter des réponses à des questions déterminantes pour l’évolution de notre région. C’est ainsi qu’à la demande de Mme Michèle Künzler, à l’époque conseillère d’Etat en charge de la mobilité dans le canton de Genève, la Direction générale de la mobilité a lancé au printemps 2013 le projet MobiLab. Cette démarche expérimentale s’est voulue résolument novatrice en faisant la part belle à la co-création avec les usagers et en incluant des collaborateurs de l’administration cantonale.

Les défis relevés

L’ambition du projet MobiLab était de s’appuyer sur ces nouveaux modes d’interaction avec les usagers pour établir le dialogue avec eux. Créer une communauté de contributeurs ouverts et motivés ; imaginer avec elle des solutions novatrices qui répondent à des besoins et des attentes avérés ; le tout en adéquation avec la stratégie «Mobilités 2030» du canton de Genève.

Mobilités2030

Ces défis doivent être compris dans la perspective large des usages du numérique. Avec un premier enjeu qui englobe notre capacité à produire des savoirs partagés et à faire émerger dans des démarches de co-construction des solutions pérennes. Il y a ensuite l’enjeu du bon usage et du degré d’acceptabilité de ces technologies, du niveau de confiance que nous aurons su générer et des dynamiques de participation que nous aurons créées. Tout ceci en encourageant les pratiques collectives autour du numérique et l’animation de l’espace public grâce et avec lui.

Un dernier enjeu d’envergure consistait à utiliser le projet comme un levier de transformation des services concernés. Il s’agissait pour eux d’adopter une posture plus ouverte et plus à l’écoute de la population en d’aller au-delà d’une vision purement métier des problématiques abordées.

MobiLab c’est quoi au juste ?

MobiLab c’est tout d’abord une communauté de plus de 80 citoyens du Grand Genève concernés par leur mobilité au quotidien. Des participants ouverts à l’échange et au dialogue, motivés à partager leur vécu et leurs idées dans un esprit positif et constructif. Il a fallu rassembler cette communauté et créer en son sein la confiance nécessaire.

MobiLab c’est également une initiative novatrice mêlant dans un cercle vertueux les potentialités offertes par le numérique, la co-création avec les usagers (en ligne et lors d’ateliers) ainsi qu’une démarche ethnographie garante d’une dynamique synonyme d’interactivité et de créativité en lien avec des besoins avérés.

Cercle vertueux

6 impacts dans un cercle vertueux décanteur d’idées

MobiLab c’est enfin un site Web qui a permis aux participants d’échanger tout à la fois des témoignages, des idées, des réactions, des photos ou des vidéos en relation avec leur vécu de mobilité. Et ceci depuis leur smartphone dans le feu de l’action ou confortablement installés devant leur ordinateur.

Résultats en chiffres

MobiLab a permis à une communauté de 85 contributeurs (dont une dizaine de collaborateurs de l’administration genevoise) d’échanger sur 8 thématiques durant 8 semaines. Nous avons recensé 35 contributeurs actifs et 10 véritables meneurs: des chiffres témoins de l’intérêt marqué de notre communauté pour les sujets traités.

Ce dialogue inédit a permis au participants de mutualiser plus de 300 témoignages (7.5 / jour) et 900 commentaires sur la réalité quotidienne de leurs déplacements, à l’échelle des quartiers comme sur le territoire du Grand Genève. Il a suscité près de 100 idées et propositions liées en particulier à l’offre de nouveaux services aux usagers dont beaucoup visent à encourager la multimodalité et les mobilités alternatives. Les analyses de terrain et les pistes actuellement étudiées par les services de l’administration genevoise ont ainsi pu être utilement précisées.

           On passe des idées préconçues à du concret.
                                                                                                                                             Un participant à MobiLab

Cette expérience pilote a permis de plus ouvrir l’administration à l’expression des besoins citoyens. Elle a en outre généré de nouveaux échanges à l’intérieur même de celle-ci. MobiLab constitue à ce titre une belle réussite et un rappel qu’une ouverture fait du bien aussi en interne; car l’administration se bonifie lorsqu’elle travaille en prise directe avec les usagers.

L’équipe MobiLab

DorothéeValérieJulieDelphineAdrien

DamienMatthieuPatrickRémiVincent

 L’équipe MobiLab de haut en bas et de gauche à droite:
Dorothée Zarjevski, Valérie Bauwens, Julie Ginguene, Adrien Vieira de Mello, Damien Cataldi, Matthieu Baradel, Patrick Genoud, Rémi Würtz et Vincent Galley à qui l’on doit ces photos)

Son succès, MobiLab le doit avant tout à la communauté active des citoyens qui a participé à cette expérience. Mais le projet a pris tout son sens avec l’implication enthousiaste des collaborateurs de l’administration genevoise qui ont su s’approprier la démarche et l’inscrire dans le quotidien de leur activité.

Si vous voulez vous lancer

MobiLab a vu le jour grâce à la volonté affirmée de Mme Michèle Künzler, alors ministre en charge de la Direction générale de la mobilité de l’Etat de Genève. Avec un soutien marqué de la hiérarchie, ce projet novateur a pu être lancé dans les meilleures conditions.

Il a pu s’appuyer également sur une équipe multidisciplinaire enthousiaste qui a apporté les diverses compétences nécessaires pour mener à bien une telle expérimentation : des spécialistes de la communication, du numérique ou de l’ethnographie pour ne citer qu’eux. Le projet a pris tout son sens avec l’implication de plusieurs collaborateurs des services concernés qui ont activement participé aux échanges menés au sein de la communauté.

Mais le pré-requis indispensables à un tel projet est de pouvoir s’appuyer sur une communauté ouverte et motivée, prête à partager ses idées pour le bien commun. Ces participants, il faut les rassembler, les informer, les motiver et savoir gagner leur confiance afin d’interagir au mieux dans ces nouveaux espaces.

Dans sa phase amont, ce type de projet participatif nécessite de partir d’un besoin concret et avéré, de bien cadrer le problème, de définir aussi clairement que possible les attentes du métier et les métriques associées.

Enfin il nous semble important de ne pas se cantonner dans le monde virtuel et d’organiser comme nous l’avons fait des rencontres destinés à renforcer les liens au sein de la communauté et des ateliers de co-création qui aident à affiner les idées proposées sur la plateforme.

Et demain ?

Le succès avéré du projet MobiLab en appelle certainement d’autres. Il serait en effet regrettable de ne pas profiter de cet élan et de ne pas capitaliser sur cette expérience initiale. Ceci même si plusieurs questions restent encore sans réponses : « Comment maintenir la communauté vivace ? », « Comment passer à l’échelle en s’adressant à une part plus importante de la population ? », « Quelles domaines se prêtent-ils le mieux à de telles démarches ? », etc. Seules d’autres expérimentations pourront nous apporter des réponses pertinentes.

La démarche MobiLab s’inscrit dans l’évolution naturelle de la société moderne qui demande toujours plus à participer à la vie de la Cité via des technologies facilitatrices. L’évolution rapide du numérique et de ses usages, les coûts toujours moindres des services associés ainsi que la part croissante de la population qui est à l’aise avec ces solutions laisse présager une augmentation des attentes de citoyens qui revendiquent des réponses toujours plus ciblées à leurs besoins.

Souhaitons, comme l’écrivait M. Philippe Matthey, Secrétaire général du Département de l’environnement, des transports et l’agriculture :

Le projet MobiLab ne doit constituer qu’une première étape : ayons de l’audace, affranchissons-nous des cloisonnements intellectuels réducteurs ; tournons-nous résolument vers l’acteur externe, vers le monde en activité ; saisissons les opportunités technologiques à disposition et revisitons notre gouvernance en étant animés par la volonté d’aboutir rapidement et efficacement à d’autres résultats probants !

Contacts

 
Dorothée  Zarjevski, Département de l’environnement, des transports et l’agriculture, Etat de Genève
Valérie Bauwens, Human-Centricity
Patrick Genoud, Département de la sécurité et de l’économie, Etat de Genève
 

On a causé de Tiers-Lieux…

Tiers-Lieux

Le terme Tiers-Lieu est aujourd’hui largement utilisé pour évoquer des structures facilitant l’émergence de l’innovation. Leur particularité réside dans une gestion collective et dans une approche transdisciplinaire. Les espaces de coworking, les Fablabs et plus généralement tous les lieux où des individus peuvent se rencontrer et collaborer sont ainsi englobés sous le terme de Tiers-Lieu. Mais ces initiatives ne sont que le résultat visible d’une dynamique plus large. En effet, au delà d’être une structure instituée, le Tiers-Lieu est une nouvelle manière d’articuler les différentes ressources d’un territoire afin de co-construire de nouvelles solutions et de générer de la valeur.

C’est en s’inscrivant dans cette perspective que Yoann Duriaux est venu nous aider à comprendre ces dynamiques d’un type nouveau. Yoann a d’autant plus volontiers accepté d’échanger avec nous qu’il désirait confronter sa vision des Tiers-Lieux avec celle(s) qui a (ont) cours en Suisse romande. Et avant même de découvrir le contenu de cette Causerie, sachez que les points de discordance sont quasi inexistants.

Aujourd’hui il n’y a plus d’expert, il n’y a que des explorateurs

Yoann interpelle d’entrée la vingtaine de participants à cette Causerie du 12 décembre en assurant que les Tiers-Lieux constituent l’une des réponses qui nous permettra de reconstruire cette société en perpétuel changement dans laquelle nous vivons. Et derrière cette affirmation on ressent immédiatement le militantisme d’une personne très engagée dans son discours, mais en même temps très ouverte à l’échange et à la discussion, voire à la confrontation.

Plutôt que de définir d’emblée ce qu’est pour lui un Tiers-Lieux, Yoann préfère nous raconter son parcours et la genèse de ces Tiers-Lieux (cela désarçonne les rares participants peu au fait du sujet). Il nous présente ensuite le Manifeste des Tiers-Lieux que lui et Antoine Burret ont récemment lancé en mode ouvert et contributif, dans la même logique que le monde du logiciel libre dont il reprend la philosophie de partage et de réutilisation. Yoann a d’ailleurs été dans le même temps été le co-fondateur de la communauté francophone des Tiers-Lieux Open Source.

De mon point de vue cette appellation de Tiers-Lieux Open Source n’est pas forcément heureuse. Elle peut être mal interprétée (hors des cercles initiés) et génératrice de conflits (à l’intérieur de ces cercles), à l’image de ce qu’a vécu la communauté du libre autour des notions de logiciel libre et d’Open Source. Pour ma part j’aurais plutôt mis en avant les valeurs véhiculées par les communautés du logiciel libre (collaboration, partage, ouverture) plutôt qu’une dénomination qui s’applique spécifiquement à du code informatique et pas à une démarche de co-construction.

Yoann passe une grande partie de la Causerie à débattre avec les participants des différentes thématiques développées dans le Manifeste des Tiers-Lieux qui vise avant tout à améliorer la compréhension de ces espaces et des dynamiques associées. In fine Yoann espère qu’il aidera à démultiplier l’impact des Tiers-Lieux sur la société.

Causerie Tiers-Lieux

Le Manifeste propose ainsi les briques méthodologiques et les outils permettant de passer de l’intention à la mise en oeuvre concrète d’un Tiers-Lieu. Yoann et Antoine l’ont structuré selon les 10 thématiques qui devraient caractériser un Tiers-Lieu, qui devrait ainsi être :

  1. Collectif – Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif
  2. Espace – Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs.
  3. Travail – Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking.
  4. Organisation – Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.
  5. Langage – Le Tiers-Lieu génère un langage commun et ré-appropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.
  6. Numérique – Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.
  7. Gouvernance – Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres.
  8. Services – Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.
  9. Financements – Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.
  10. Prospective – Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

Les échanges sur ces différentes thématiques sont riches et témoignent selon Yoann de la maturité plutôt élevée de la majorité des participants à la Causerie sur le sujet.

Quant à ceux qui étaient venus à la Muse afin d’en savoir plus sur ce qu’était un Tiers-Lieu, ils ont du attendre la fin des débats pour le découvrir. La définition de Yoann est celle d’un “dispositif mis en place pour favoriser l’innovation sociale”. Une définition un peu trop générale au goût de la majorité de l’assemblée. Et pourquoi se cantonner à l’innovation sociale ? A moins, comme nous avons été plusieurs à le suggérer, de comprendre ‘sociale’ dans son acception la plus large, synonyme de ‘sociétale’.

Yoann Duriaux

Quelque soit la définition que l’on en donne, Yoann insiste sur la nécessité de considérer l’engagement comme une valeur forte lors de la mise en place et du développement des Tiers-Lieux. Selon lui ceux-ci participent clairement à l’amélioration de notre société en ce sens qu’ils proposent des environnements favorables à l’innovation sociale mais également parce qu’ils permettent aux gens de se transformer. Ils favorisent également le rapprochement de ‘ceux qui font’ et de ‘ceux qui analysent’.

En évoquant l’avenir des Tiers-Lieux, Yoann les voit évoluer vers des lieux qui faciliteront l’assemblage de briques de services pour créer avec les gens les solutions qui permettront une meilleure une gestion de la Cité et qui amélioreront le ‘vivre ensemble’.

Le mot de la fin revient à Loïc Gervais de l’Espace Publique Numérique de Thonon qui voit dans le Manifeste des Tiers-Lieux un prisme qui lui a permis d’appréhender son espace sous un angle différent et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Fort de son expérience, Loïc insiste sur la dynamique d’émergence qu’il faut savoir cultiver dans les Tiers-Lieux, avec la nécessité permanente de se donner le droit à l’erreur.

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Références:

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Yoann Duriaux

Yoann Duriaux (OpenScop) est co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint-Etienne et de  la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source. Il est co-initiateur de la méthodologie Movilab, co-organisateur du premier tour de France du télétravail et des Tiers-Lieux. Il a également participé à la création des communautés Imagination for People et OuiShare.

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Voici les gagnants du concours open data tpg

Les transports publics genevois se sont lancés dans l’Open data en septembre et ont proposé un concours d’applications pour innover avec l’ingéniosité du public et des programmeurs. Aujourd’hui les premiers résultats sont là.

OPEN-data-TPG

Les Transports publics genevois ont mis à disposition du grand public un large ensemble de données actualisées en temps réel (toutes les 20 secondes), des prochains départs de véhicules, des coordonnées des 800 arrêts du réseau et des mises à jour et détournements de lignes (perturbations annoncées). Pour le détail des données fournies et leur contexte voir la page tpg sur la démarche.

Suite à cette initiative, un concours d’application utilisant les données a été lancé du 18 septembre au 22 novembre avec l’aide de Lift. Parmi les 23 projets reçus, 3 lauréats ressortent.

  1. “Parcours” est une application pour iPhone qui permet de mémoriser et de voir les horaires tpg en temps réel rapidement. Elle indique les départs des véhicules en temps réel à l’avance, transbordements inclus. Elle vous permet également de connaître le temps à disposition pour passer d’un véhicule à l’autre et vous alerte même quelques minutes avant le passage de votre bus.
    Disponible sur iTunes: http://itunes.apple.com/fr/app/id733497372
  2. “UnCrowdTPG” pour les smartphones Android est un concept qui permet à l’utilisateur de donner son avis sur la surcharge à bord des véhicules. L’application, qui reste à finaliser, fonctionnera sur le principe du crowd sharing, à savoir qu’elle serait alimentée en temps réel par les utilisateurs.
    Voir le site: http://www.qol.unige.ch/apps/UnCrowdTPG.html
  3. “Roule ton film” reçoit la mention spéciale. L’application permet à un utilisateur des tpg de recevoir un film en fonction de la ligne utilisée. Le réseau des tpg devient ainsi une plateforme interactive et personnelle de vidéo créative et personnalisée prenant en compte sa localisation ainsi que les données open data en provenance des TPG.
    Plus de détails sur: http://memoways.com/en/mention-pour-roule-ton-film/

De façon préalable et indépendante, un hackathon sur la mobilité et les données publiques ouvertes a été organisé avec succès en mars 2012.

Vous pouvez retrouver tous les détails sur les gagnants sur le site de tpg, ainsi que les autres projets sélectionnés et l’annonce officielle des résultats.

Les gagnants seront présents à la Conférence Lift qui aura lieu du 5 au 7 février 2014, voici un article en anglais présente les lauréats sur leur site.

On a causé d’innovation…

Brainstorm

Ateliers participatifs, Bar Camps, Design Thinking, autant de formats de co-création qui ont su générer des idées nombreuses, variées, ambitieuses. Mais après le brainstorming et la mise en commun, que devient la production intellectuelle? La co-création, oui, et après? 

Passer du remue méninge au feu de l’action n’est pas une mince affaire. Les idées, il faut savoir s’en emparer, les triturer, les travailler pour les traduire en solutions réalisables. Mais si les outils et méthodes d’idéation en mode co-créatif sont nombreux, ce n’est pas le cas de ceux permettant de traduire ces idées dans des réalisations innovantes et viables. En compagnie de Marc-André Eggimann, un spécialiste de l’innovation en entreprise, la Causerie du jeudi 21 novembre dernier à la Muse Genève a permis d’échanger quelques pistes dans ce domaine.   

D’entrée, Marc-André nous rappelle que le sujet de la soirée n’est pas la phase de co-création, mais bien l’exploration et la mise en action de certaines des idées générées durant cette phase initiale. Et c’est au travers d’une série d’exemples vécus qu’il nous présente quelques prérequis nécessaires pour initier une démarche d’innovation dans de bonnes conditions. On retiendra notamment :

  1. des enjeux partagés et bien compris de toute l’équipe participant au projet;
  2. des attentes de résultats concrets associés à ces enjeux;
  3. un commanditaire impliqué dans le projet;
  4. un responsable du projet clairement identifié;
  5. et une équipe pouvant évoluer et entreprendre dans l’incertitude car dans ce domaine “on découvre en marchant”.

L’un des participants (ancien directeur du CERN) note que dans le monde scientifique c’est surtout le facteur “enjeu important et bien identifié” qui sert de moteur à la démarche d’innovation. Car ici on travaille dans l’énergie permanente et dans l’abondance des idées (ouvertes). C’est alors une communication importante et constante qui constitue le facteur clé de succès.

Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’en a qu’une ! 
                                                                                                                              
Paul Claudel
Lorsqu’il s’agit de gérer les idées issues du processus de co-création, Marc-André rappelle quelques erreurs à ne pas commettre, comme par exemple: 
  1. partir sur « LA » bonne idée (surtout lorsqu’elle émane du chef) ;
  2. chercher à sélectionner une seule idée parmi plusieurs dizaines ;
  3. espérer réaliser directement « LA » solution à partir de l’une des idées retenues ;
  4. jeter au panier les idées qui paraissent irréalistes (elles pourront se révéler très pertinentes dans un autre contexte) ;
  5. vouloir atteindre trop vite l’objectif final (mais au contraire procéder par itérations en avançant rapidement et sans viser une réalisation parfaite).

Et si il fallait retenir quelques bonnes pratiques, ce serait de :

  1. explorer plusieurs pistes simultanément ;
  2. inclure au maximum les parties prenantes de la solution le plus en amont possible dans la démarche ;
  3. concrétiser les pistes envisagées sous plusieurs formes ;
  4. savoir tirer parti des apprentissages ;
  5. ne pas oublier les métriques (les critères de performance) qui vont définir le succès de la solution innovante ;
  6. et toujours savoir piloter par la valeur (c’est à dire en gardant à l’esprit les enjeux escomptés).

 

 

Selon le regard, l’idée est tout ou elle n ’est rien.

                                                                                        Guy Aznar

 

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

 

Dans sa pratique quotidienne Marc-André s’appuie sur la méthode C-K développée par l’Ecole des Mines à Paris et qu’il utilise à satisfaction depuis de nombreuses années. Comme décrit dans la vidéo ci-dessoous, la méthode consiste à confronter les Concepts en lien avec le problème posé aux connaissances (Knowledge) relatives au territoire investigué. Des allers-retours entre ces deux domaines permettent d’enrichir et de préciser les concepts porteurs d’idées innovantes. Et plutôt que d’aller puiser dans une quantité d’idées non structurées pour en mener certaines à terme, la méthode vise à les regrouper au sein de champs d’explorations qui constituent autant de pistes potentielles à investiguer. Tout l’art consiste à trouver le bon équilibre entre la formulation d’idées trop précises ou trop vagues, tout en gardant le bon niveau d’abstraction. 

La méthode C-K a fait ses preuves et elle permet selon Marc-André de :

  1. systématiser la couverture des concepts relatifs au problème posé;
  2. favoriser la créativité en confrontant de manière itérative la réalité des connaissances et les idées que l’on retrouve derrière les concepts;
  3. présenter les champs d’explorations de manière structurée et lisible avec sur un axe des pistes les plus conceptuelles aux plus concrètes, et sur l’autre axe de celles qui sont le plus consensuelles à celles qui sont en rupture.

Une fois les pistes décrites et structurées, il ne reste plus qu’à choisir (de manière non- exclusive) celles que l’on va tester…

Les questions de l’assistance portent notamment sur la manière d’apprécier les pistes qui sont le plus porteuses de valeur. Selon Marc-André, c’est en se projetant dans les usages correspondants que l’on trouvera les réponses à cette question. Et l’on comprend dans ce contexte l’importance du prototypage et de l’itération qui permettent de coller au plus près des besoins et des attentes.

Cette Causerie nous aura proposé quelques pistes intéressantes pour se lancer dans des démarches d’innovation efficaces, même si l’on aura pu apprécier la complexité de la démarche. Marc-André Eggimann nous a bien fait comprendre que le chemin peut être long et semé d’embûches. Mais il est dans tous les cas à chaque fois passionnant !

 


Références:

  1. Introduction à la conception innovante – éléments théoriques et pratiques de la théorie C-K, M. Agogué et al, 2013
  2. Le manager explorateur, le management de projet par enjeux, un catalyseur d’innovation, F. Touvard, 2013
  3. Lean Startup, Eric Ries, 2012
  4. Les processus d’innovation, P. Le Masson et al, 2006
  5. La fabrique de l’innovation, E. Mock et G. Garel, 2012

 

Marc-André Eggimann est fondateur de la société Inneo et spécialiste de l’innovation.

MA-Eggimann

 

 

 

 

 

Innovation : “C-K c’est quoi ?” Présentation d’une nouvelle méthode de conception de produits   

Concours sur les données en temps réel des transports publics genevois

tpg-opendata

Les transports publics genevois (tpg) ont mis à disposition une plateforme de données publiques ouvertes (open data) avec les prochains départs en temps réel.

lift

Cette démarche menée avec Lift comme accélérateur d’innovation a déjà donné lieu à un premier workshop très stimulant et un deuxième rendez-vous est donné (voir ici).

Cette initiative innovante, une première en Suisse, offrira aux usagers à travers les différentes applications qui en découleront, une expérience enrichie et une plus grande transparence sur le réseau tpg.

Pour accompagner sa démarche d’ouverture des données, les tpg organisent un concours ouvert à tous et dont le but est de récompenser les projets les plus créatifs et les applications les plus à même d’amener de la valeur à ses clients. Le concours débute le 18 septembre et se termine le 22 novembre.

Vous êtes développeur et vous avez imaginé une app innovante? Rendez-vous sur le site http://www.tpg.ch/web/open-data/, participez au concours et partagez vos idées!

Texte adapté du site http://www.tpg.ch/fr/web/open-data/concours

 

L’émergence du co-citoyen

Co-citoyen fait référence à la fois au mot concitoyen, le compatriote, le citoyen d’une même nation, mais aussi à celui qui évoque la co-habitation, le co-travail, le co-voiturage, ou encore, la co-création, etc. C’est dans cette double compréhension que se situent ce nouveau mot, et les défis qui lui sont liés. Il exprime alors tous les désirs citoyens, mais également quelques unes de ses frustrations.

co-citoyen

Explications.

Internet avec son immense déploiement territorial et applicatif a apporté à chaque citoyen des moyens d’interagir avec son environnement inégalés jusqu’à présent. Qu’il s’agisse des ordinateurs, des portables, des tablettes ou téléphones dit «smart», tout nous amène à collaborer, à co-exister, à co-créer davantage. Cette réalité de l’action collective — on parle souvent même d’intelligence collective — nous amène à nous confronter avec le système en place, celui des institutions nationales. En effet, celle-ci nous paraissent lentes, lourdes et souvent décalées, dépassées voir désuètes. Bref, il existe d’une côté une accélération d’un certain monde en ébullition qui ouvre des champs du possible à l’intervention citoyenne et de l’autre des institutions, certes démocratiques, qui ont l’air de plus en plus jouer contre le citoyen. C’est pourquoi le citoyen ne se prive plus de mettre en doute la capacité du système, notamment politique, à résoudre les grands problèmes immédiats. Ce doute s’installe au moment même où le citoyen explore la co-création. Ce double mouvement nous conduit tout droit vers une rupture qui amène les institutions politiques à freiner et les actions citoyennes à foncer. C’est un peu comme les cartes topographiques fédérales officielles de Swisstopo face à Google Maps. Google a amené une utilisation si simple et si facile que cela a fait naître de nouveaux usages pour les citoyens. Par exemple, grâce à la géolocalisation et aux nouvelles possibilités d’utiliser le service en le combinant à un autre, ce qu’on appelle le “Mash-Up”, il devient immédiatement possible de repérer des hôtels, des restaurants, des monuments touristiques, dans un rayon autour de soi avec son téléphone portable. Le citoyen vit tous les jours ce grand écart entre les institutions politiques et les développements privés qui sont nettement plus réactifs.

Des solutions doivent donc rapidement voir le jour, car cette situation va sans aucun doute s’empirer. Mais comment procéder?

En premier lieu, les pouvoirs publics, les administrations doivent lancer des expérimentations de co-citoyenneté afin d’acquérir non seulement un savoir-faire, mais surtout de créer des ponts entre ces deux mondes qui ne font que se distancer. On confond souvent ces démarches avec des échanges à l’intérieur de groupes sélectionnés, souvent des spécialistes consultés sous le contrôle étroit des administrations. Il s’agit bien au contraire ici, d’expérimentations qui pourraient prendre différentes formes, mais qui doivent toujours être conçues pour rendre le citoyen actif et créatif. Il ne s’agit pas de lui présenter ou même de l’informer d’un nouveau service ou d’une nouvelle application administrative «clé en main», mais bien de l’impliquer très tôt dans la démarche pour réaliser avec lui un projet. De nombreux exemples existent de par le monde (voir encadrés ci-joints), mais ce qui compte c’est de lancer localement des essais de co-citoyenneté ce qui n’est pas encore le cas. Pour ce faire, des ateliers de co-création comme les «World Cafés» sont très performants (voir encarté ci-joint sur l’expérience Rezolab ou des hackathons), mais on pourrait aussi imaginer des formes plus légères de participation (voir celui de «Santé cent deux» des Pharmacies Principales à Genève) ou encore des formes fondées sur les processus du design comme celles initiées par «La 27e Région» véritable laboratoire de transformation publique en France.

Dans tous les cas, il s’agit avant tout d’acquérir du savoir dans ce qui semble être un champ encore méconnu et nouveau pour les institutions démocratiques, de la présence de cette co-citoyenneté sur le territoire. Ce citoyen était jusqu’à présent normé dans et par les institutions alors que le co-citoyen sort de ce champ: il pense et agit hors du cadre. Il faut donc adapter les structures pour lui et ce n’est plus lui qui doit faire l’effort de s’y contraindre. Cet exercice va conduire les administrations vers une refonte en profondeur de ces structures et de ces services. C’est là le principal enjeu actuel: «faire du citoyen un co-citoyen».

Quelques exemples de processus co-citoyen:

1. REZOLAB: comment la co-création citoyenne prend concrètement forme

rezolab
REZOLAB est un réseau de citoyens de la métropole lémanique qui participent volontairement et activement à une sorte de laboratoire sociétal à grande échelle. En récoltant des idées sur le développement souhaitable du système métropolitain de santé, le réseau a dans un premier temps conduit une discussion collective (2012) pour identifier les préoccupations premières puis proposer des solutions originales et enfin en 2013, a poursuivi trois expériences ciblées afin de créer un processus d’acquisition de savoirs et de compétences collectives. «World Café», «On-Off» et «Co-Citoyen» sont autant de termes qui ont émergé lors de ce processus. REZOLAB s’inscrit définitivement dans le cycle de “co-création citoyenne” qui est l’expression contemporaine de ces nouvelles formes de participation active. Le site www.rezolab.ch vous en apprendra davantage… si vous êtes motivé.

«Santé Cent-deux», un projet REZOLAB et Pharmacie Principale

Le but de ce projet qui se présente sous la forme d’un concours, est d’expérimenter une nouvelle forme de prise en charge des problèmes de surpoids et de leurs conséquences. Il s’adresse à tout un chacun et favorise une approche éducative et ludique sur le sujet. Ce n’est pas une énième campagne de santé basée sur un sentiment de peur ou de culpabilité mais sur le désir et le plaisir d’agir. L’idée de fond met en avant la mesure du tour de taille à la place de l’approche traditionnelle du poids, ce qui facilite le changement «je me mesure sans devoir me peser… c’est moins lourd». Ce jeu de mot met en exergue une nouvelle manière de concevoir le problème du surpoids qui met l’accent sur le plaisir en prenant le contrôle de soi et écarte tout sentiment de culpabilité. C’est là le challenge de ce projet.

2. Les «Hackathons»: comment co-créer des applications

Hackathon make.opendata.ch

Un hackathon est un évènement qui regroupe différents acteurs (programmeurs, designers, citoyens, entreprises, administrations, associations, etc.) pour co-produire des prototypes d’applications informatiques dans un intervalle de temps court (un jour à une semaine). Le mot-valise est issu de la contraction de deux vocables. D’une part, celui de «hacker» qui fait référence à une culture, celle des programmeurs virtuoses et expérimentés qui excellent à très rapidement mettre en œuvre des programmes avec leurs compétences pointues (et non le sens erroné avec lequel il est souvent confondu de pirate informatique ou « cracker »). Et d’autre part, le mot «marathon» qui indique l’intensité et le sens continu des efforts pour passer la ligne d’arrivée avec un prototype le plus abouti possible. Il s’agit donc bien d’une production pour les besoins citoyens par une communauté qui permet de faire émerger les possible et les créer ensemble. Il faut insister sur l’aspect concret de la chose: ce n’est pas une collection d’idées consignées dans un rapport, non, on cherche ici des données et on construit des applications immédiatement utiles à résoudre des questions concrètes qui se posent aux citoyens. Des exemples de hackathons en Suisse sont les évènements Make.Opendata.ch. Plusieurs différentes thématiques ont été explorées comme la mobilité, la santé ou les finances publiques et les résultats sont disponibles sur http://make.opendata.ch/?page_id=247

3. Le laboratoire d’innovation publique: comment les administrations co-construisent leur transformation

27regionmindlab
Comment mettre en place une structure pour penser la réforme de l’Etat et les politiques publiques de demain? Voilà la question que se pose le service public français à son plus haut niveau avec la ministre en charge de la Réforme de l’Etat. Pour approcher le problème de façon nouvelle et ne pas succomber aux sirènes des conseils externes, une structure éphémère a été mise en place pour dessiner les contours du futur Laboratoire. Inspiré des exemples danois comme le MindLab (http://www.mind-lab.dk/en) ou français avec La 27e Région (http://www.la27eregion.fr), ces laboratoires sont affranchis des pressions quotidiennes usuelles et se mettent au service des administrations pour permettre d’être au plus près des attentes de usagers, de catalyser et d’expérimenter les idées innovantes, ainsi que de sensibiliser et de former les fonctionnaires à des approches issues du processus itératif du «design thinking». Ces approches innovantes visent à transformer l’action publique en profondeur en incluant l’idée de co-création avec les citoyens et les fonctionnaires.

4. La Fabrique Citoyenne: comment stimuler le co-citoyen sur son territoire

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Issue de réflexions pour construire de l’innovation sociale et citoyenne dans les territoires aussi bien urbains que ruraux, la Fabrique Citoyenne sort des concepts classiques attribués au rôle de consultant qui répond aux appels d’offres. Au contraire, il s’agit ici de mettre en place une structure qui initie, incube des projets innovants, des services pratiques qui sont portés et co-produits avec les citoyens. Cette structure est active dans des thèmes tels que «habiter autrement» pour répondre de façon innovante et durable à la crise du logement et aux questions du vieillissement de la population, «travailler autrement» qui soutient le développement d’espaces de co-working et d’incubation entrepreneuriale, «consommer autrement» pour favoriser les circuits-courts et la consommation collaborative et de l’économie de partage de ressources, «se déplacer autrement» afin de repenser et s’approprier les changement de modalités dans les transports.
Citons quelques exemples de fonctions expérimentales lancées. L’Atelier Fabuleux, tout d’abord, qui expérimente l’idée anglo-saxonne de FabLab, un lieu de prototypage d’objets par des imprimantes 3D et des machines-outils pour fabriquer et modifier rapidement des objets, se réapproprier le fonctionnement par les citoyens et en détourner les usages selon leur besoins. La Cantine Numérique propose des tiers-lieux et de co-working en offrant des espaces d’activités et d’échanges aux travailleurs isolés. Le Potager Apprenant, ajoute à la dimension de culture de la terre celui des échanges sociaux. Le Café Citoyen, offre un lieu de débat et d’échange citoyen qui permet de lancer des idées, de mobiliser des acteurs et d’initier des travaux. Plus d’informations sur cet article de a-brest et le site de sapie.coop.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

On a causé de participation citoyenne…

MobiLab

Ces dernières années les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace, notamment par leurs aspects ubiquitaires : omniprésentes, intégrées dans les objets qui nous entourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont au cœur des services que celui-ci propose aux usagers. Notre rapport à l’espace est en pleine mutation, avec un monde réel qui s’hybride avec le monde virtuel pour enrichir notre quotidien tout en le rendant plus complexe. Dans le même temps, ces technologies ont considérablement enrichi les formes de dialogues et d’interactions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunités de produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.

Ce sont ces nouveaux modes de participations citoyenne “augmentée” que nous avons abordés lors de la Causerie de 21 mars dernier. Et une fois n’est pas coutume, j’ai joué le rôle d’animateur de la soirée en résumant brièvement le rapport que j’avais rédigé au début 2011 sur le sujet (voir ci-dessous le document Vers une participation citoyenne augmentée). Une vingtaine de minutes pour expliquer ce que l’on entend par participation citoyenne augmentée, pour en rappeler les enjeux et les opportunités, et pour l’illustrer par quelques exemples emblématiques. Dorothée Zajevski et Patrick Genoud

Cette première partie de la Causerie a permis de soulever des questions essentielles en lien avec le sujet. Parmi elles deux ont retenu mon attention.

La première, tournée vers le secteur public interroge sur les ressorts qui poussent les citoyens à participer avec et grâce à ces nouveaux médias. Et la réponse est évidente pour la plupart des participants: c’est parce que l’on s’intéresse à la chose publique, parce que l’on a envie de faire avancer les choses dans sa région que l’on participe. Le fait que l’on utilise des technologies nouvelles ne change pas fondamentalement la donne, même si cela abaisse des barrières pour certains (faire entendre sa voix plus facilement, sous une autre forme) ou que cela en ajoute pour d’autres (peu d’accessibilité à ces nouveaux usages).

Dans le prolongement de cette première question, la deuxième concerne la réactivité des pouvoirs publics aux informations remontées à travers ces nouveaux modes d’interaction: les participants ont en effet relevé la nécessité absolue de savoir ‘boucler la boucle’ en prolongeant les interactions virtuelles dans un suivi d’actions concrètes qui reflètent les préoccupations des gens. On ne mobilisera pas les citoyens de manière pérenne si l’on n’apporte pas des réponses à leurs attentes…

MobiLab

Dans la foulée de mon rapport sur la participation citoyenne augmentée, le Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement de Mme Künzler a décidé de prendre la température de la population genevoise en s’appuyant sur les technologies du Web. Cette volonté s’est traduite par le lancement de la plateforme MobiLab qu’est venue nous présenter Dorothée Zarjevski, responsable de ce projet dans lequel je suis également impliqué.

Dorothée a insisté sur la volonté de dialogue et d’échange que sa magistrate a voulu expérimenter dans les directions rendues possibles par les technologies du Web. L’idée de base est d’interpeller les citoyens du Grand Genève sur leur mobilité au quotidien, en les faisant réagir sur les situations concrètes qu’ils rencontrent jour après jour sur le terrain.

MobiLab c’est ainsi:

  • un forum en ligne protégé, ouvert à ses seuls membres
  • pour témoigner en textes, photos ou vidéos sur vos déplacements quotidiens
  • au travers de thématiques hebdomadaires, du 8 avril au 8 juin 2013

Et c’est aussi:

  • 8 semaines de dialogue avec des experts, pour réinventer ensemble notre mobilité
  • une somme d’idées pour améliorer concrètement vos déplacements
  • un laboratoire innovant sur la mobilité
  • des défis, des rencontres inédites et des récompenses à la pelle !

La plateforme rassemblera ainsi durant deux mois des citoyens ‘lambda’ qui ont en commun l’envie de faire avancer les choses ainsi que 4 membres de la Direction générale de la mobilité (DGM) du canton qui participeront activement à l’expérience. Les thèmes qui seront traités chaque semaine sur la plateforme s’inscrivent directement sur les axes du plan de Mobilités 2030 du canton de Genève. Les membres de la DGM espèrent ainsi bénéficier sur ces thématiques des retours de la communauté MobiLab.

Un participant nous a fait remarquer que le projet doit être au clair avec les objectifs visés et avec les attentes des contributeurs si l’on désire intéresser les gens à participer à l’expérience. L’équipe de projet l’a intégré: l’objectif avoué est de pouvoir s’appuyer sur la communauté MobiLab pour générer des idées concrètes et actionnables qui permettront d’améliorer demain la mobilité des genevois. Il s’agira de bien communiquer sur cet objectif.

Un autre nous a questionné sur la représentativité des personnes sollicitées pour participer au projet (les membres de la liste de distribution de la Muse). MobiLab a été lancée dans un mode expérimental et ces remarques sont les bienvenues. Sur ce point, il nous a semblé illusoire de viser à tout prix  la représentativité dans une phase expérimentale. Nous avons surtout cherché les qualités de partage et d’ouverture que l’on retrouve particulièrement chez les habitués de la Muse.

La question relative à la motivation des gens à participer en ligne (ou pas) est ressortie durant la discussion. Sur l’envie de s’impliquer dans une démarche novatrice ou de participer à une expérimentation qui vise à améliorer le quotidien, nous avons peu de prise à ce niveau. C’est plutôt sur l’animation de la communauté que l’équipe de projet a beaucoup travaillé. Avec l’aide d’une ethnographe qui animera la communauté MobiLab et décryptera les contenus générés sur la plateforme, l’équipe de projet a élaboré un fil rouge qui devrait donner du sens à la démarche et pousser les gens à contribuer et à répondre aux diverses sollicitations qui leur seront adressées tout au long des 8 semaines d’échanges.

Les participants ont dans tous les cas ressenti l’enthousiasme et l’envie qui animaient les membres de l’équipe du projet MobiLab qui étaient présents à la Causerie. Cet enthousiasme devait être communicatif car il a permis d’intéresser quelques uns d’entre eux à participer à l’aventure.

On se réjouit dans tous les cas de pouvoir partager le bilan du projet MobiLab lors d’une prochaine Causerie.

P.S. Un grand merci à Antoine Burret pour ses notes qui m’ont aidé dans la rédaction de ce billet.


Le podcast de la Causerie enregistré par Bruno Chanel.

 

 

 

 

Les résultats de l’atelier Makeopendata de septembre sont là!

Make.opendata.ch 2012

 

Un nouvel atelier make.opendata.ch a eu lieu les 28 et 29 septembre à Genève et Bâle. Cela fait suite à d’autres évènements similaires organisés par l’association Opendata.ch. Pour cette 4ème édition développeurs, journalistes, graphistes et citoyens porteurs d’idées ont  imaginé pendant 2 jours comment réutiliser les données publiques disponibles dans un domaine qui nous concerne tous: la santé.

Les ateliers make.opendata.ch sont des évènements exploratoires permettant aux participants de produire des prototypes (application web, apps ou visualisations) pour expliciter ce qu’il est possible de réaliser avec les données publiques déjà disponibles. Ces évènements se voulant délibérément ouverts et participatifs, l’organisation est volontairement flexible et légère. Les résultats délivrés et l’expérience immersive d’un tel campus sont incomparables!

Il est aussi important de rappeler que les données de base utilisées sont publiques et ouvertes, qu’elles ne touchent pas la sécurité ou la sphère privée des individus. Les définitions sont facilement accessibles dans Wikipédia Données ouvertes ou Open Data.

L’ensemble des projets est accessible sur le site et la page ci-dessous propose un échantillon des réalisations les plus marquantes de ce que les personnes réunies pendant ces deux jours ont créé à Genève et à Bâle.

http://make.opendata.ch/doku.php?id=event:2012-09

Les photos, vidéos, codes sources et démos des résultats sont disponibles. N’hésitez pas à les réutiliser et à vous en inspirer!

Ouverture de la première Antenne citoyenne

Lundi 14 mai sera à marquer d’une pierre blanche pour l’équipe du projet Antenne citoyenne! Ce jour-là, la première antenne du canton a en effet ouvert ses portes dans la commune de Thônex. Le projet a été concrétisé en un temps record grâce à l’enthousiasme du maire Philippe Decrey ainsi que de la responsable du service social Sandrine Fague.

L’Antenne citoyenne de Thônex est ouverte actuellement les lundi et vendredi après-midi. Seuls deux ordinateurs sont mis à disposition du public. Pas question donc pour l’instant d’y faire de la formation et de la sensibilisation pour des groupes.  Sandrine Fague se concentrera avant tout sur un accueil et un accompagnement individualisés et sur la remontée des besoins et des attentes des habitants de la commune.

Ces prochains mois constitueront une phase expérimentale pour cette première antenne. Il s’agira de vérifier l’adéquation des besoins de la population thônésienne avec ce que l’équipe de projet a imaginé et d’adapter les prestations de l’antenne dans une démarche agile de co-création.  Un bilan sera tiré ensuite pour envisager la pérennisation de l’Antenne citoyenne à Thônex.

 Les Antennes citoyennes sont appelées naturellement à se multiplier sur le territoire genevois : Onex va lancer la sienne en septembre; Versoix et Meyrin sont dans les starting blocs et d’autres communes ont témoigné leur intérêt. De leur côté, de nombreux acteurs du service public ont perçu la valeur ajoutée de cette initiative et entendent s’associer à la démarche. Pour mettre en relations ces différents acteurs et lancer d’emblée une dynamique d’échange et de co-création, la commune de  Thônex accueillera prochainement la première rencontre des personnes et institutions intéressées à créer cette dynamique en réseau autour des futures Antennes citoyennes du canton. Affaire à suivre…

Article de M Philippe Decrey dans le mensuel Le Chenois (mai 2012)

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