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Présentations de la 22e Journée de rencontre

Transformation des organisations

Le monde évolue. Nous façonnons de nouvelles technologies et ces technologies nous façonnent à leur tour. Elles changent nos usages, nos modes de vie, les relations que nous entretenons entre nous, avec les organisations qui nous entourent et avec la société dans son ensemble. Cette journée de rencontre a permis de faire un tour d’horizon sur le thème de “La Transformation des Organisations”. Le secteur public vit aujourd’hui une réelle transformation dans un monde toujours plus complexe, interconnecté et aussi limité dans ses ressources. Nous avons observé sous plusieurs facettes cette transformation souvent déclenchée par les usages du numérique: comment mieux servir les citoyens et les entreprises de notre canton? comment le design et l’innovation peuvent aider le secteur public? comment transformer nos systèmes de façon durable?

La 22e Journée de Rencontre de l’OT nous a permis d’aborder ce thème. Au cours de l’événement, nous avons eu la chance d’avoir une magnifique palette riche et variée de présentations pour stimuler nos idées. Nous avons voulu à travers nos invités et leur histoires ouvrir le champ des possibles sans pour autant reproduire à l’identique les expériences nécessairement différentes d’un autre contexte. Nous tirons des enseignements des ces expériences de transformation: comprendre les désirs des gens, expérimenter ce qui est techniquement réalisable et en comprendre ce qui est économiquement viable.

 


Pierre Maudet

Pierre Maudet
Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité dont dépend la Direction Générale des Systèmes d’Information.

 

 

 

 

 


 

Thierry Courtine
Thierry Courtine
Directeur de cabinet du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique du gouvernement français.

Le SGMAP est placé sous l’autorité du Premier ministre, ce service est mis à disposition de la ministre chargée de la réforme de l’Etat français . Sa mission est d’appuyer la transformation de l’action publique (projet innovants), de favoriser un usage pertinent du numérique (systèmes d’information), de la rendre plus transparente (ouverture données publiques), d’être au cœur de l’action sur le terrain et d’associer les agents à ces démarches.


 

Frank Grozel
Frank Grozel
Coordinateur du programme de Facilitation du Commerce de la Division sur l’Investissement et les Entreprises à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement CNUCED, ONU, Genève.

La CNUCED a conçu un système de e-gouvernement pour aider les pays en voie de développement. Ce système facilite la création d’entreprises ainsi que leur relations avec le gouvernement en étant plus transparent, plus simple. Le système est déployé dans de nombreux pays en Amérique centrale, en Afrique et en Asie.

 

Frank Grozel – Unctad 10 principes de simplification des procedures administratives

Site eRegulations et vidéos


 

Stéphane Vincent
Stéphane Vincent
Délégué général de La 27e Région, laboratoire de transformation publique des régions de France

La 27e Région est plus qu’un Think-Tank c’est un Do-tank des politiques publiques. Elle cherche à innover avec le secteur public. Elle explore de nouvelles façons d’améliorer la conception et la mise en oeuvre des politiques publiques à travers des programmes de recherche-action. La 27e Région utilise des méthodes issues des sciences humaines, du design de services, de l’innovation sociale et bien sûr du numérique. Elle a aussi un but pédagogique et aide chaque Région a créer son propre laboratoire de transformation en rendant autonomes les agents de la fonction publique. Elle fait partie d’un mouvement de fond d’initiatives similaires en Europe et dans le monde, comme le Mindlab (DK), le SILK (GB), le Public Policy Lab (USA), le Design Lab (FIN).

 


 

MC Casal et Sabine Dufaux
MC Casal Sabine Dufaux
Fondatrices de Relax In The Air, Sabine Dufaux, stratège et MC Casal, stratège de l’expérience utilisateur et designer.

L’agence est spécialisée dans la conception de stratégies numériques et l’intégration d’écosystèmes numériques (site web, applications, médias sociaux, etc.) dans les entreprises et institutions. Relax In The Air travaille également sur l’expérience utilisateur et l’expérience client afin d’apporter simplicité et clarté aux contraintes que rencontre une marque avec son usager ou consommateur.

Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Sabine et MC nous présentent l’intégration d’un écosystème numérique qui a impliqué des changements structurels, organisationnels et culturels, et comment ce processus de gestion du changement a été mis en place.

Cours en ligne ouverts et massifs MOOCs: effet de mode ou révolution de l’éducation?

L’acronyme MOOC signifie en anglais «Massive Open Online Course»: il s’agit de la mise à disposition ouverte et massive sur Internet de cours interactifs d’études supérieures offerts à des dizaines de milliers d’étudiants en même temps. Est-ce la fin des cours ex-cathedra, des amphithéâtres, des professeurs délivrant leur cours devant le tableau et de se retrouver en classe à côté de ses camarades? Tous les acteurs sont dispersés partout dans le monde, actifs derrière des écrans, collaborant en ligne, en utilisant la puissance du net et des informations en réseau. Le contact est virtuel et à distance, les connaissances distribuées et co-construites, les rôles sont redistribués et chacun cherche sa nouvelle place.

MIT-CSAIL

Quels sont les enjeux des MOOCs?

Ce bouleversement va entraîner plusieurs effets. D’abord, l’étudiant va personnellement choisir, suivre et optimiser, discipline par discipline, son cursus et, si possible, avec les meilleurs pointures, des professeurs de Stanford, du MIT, de l’EPFL, de l’Université de Genève ou d’ailleurs. Cela veut dire qu’il sera possible de le faire selon ses besoins et là où on le souhaite. La notion de temps et de lieu s’estompe, les horaires sont flexibles et la contrainte des cours en classe disparaît. Comment alors structurer un établissement d’enseignement qui ne serait plus basé sur un temps fixe (l’horaire) et un espace tangible (la classe)? Cette déstructuration paraît de fait impossible. Pourtant, on devrait s’imaginer un instant comment ce nouveau système pourrait fonctionner. Prenons le cas d’un jeune étudiant qui voudrait obtenir la meilleure formation possible en informatique. Il a le choix de s’inscrire à l’EPFL et obtenir son diplôme en quelques années ou alors il pourrait suivre une quarantaine de cours de son choix avec les professeurs les plus pointus de grandes universités au monde (MIT, Harvard, Stanford ou EPFL). À la fin de ces deux filières de formation, il aurait soit un diplôme de l’EPFL, soit un dossier de certifications prestigieux. Il est à parier que lors d’une procédure d’embauche (par exemple chez un Google ou un Facebook), l’étudiant disposant d’un dossier de certifications issues d’universités renommées soit l’élu. Comment pourrait-il en être autrement si la valeur de ces certifications accordées par les meilleurs professeurs de la planète dépasse le niveau d’un diplôme décerné par une seule et unique université? Ceci d’autant plus vrai qu’aucune université ne peut se targuer de rassembler dans toutes les disciplines, les meilleurs enseignants au monde au sein de son institution. Cette impossibilité fragilise le système actuel face à l’offre nouvelle apportée par le système des MOOCs. Le changement va s’opérer sur le fait que la demande (celle de l’étudiant) va complètement chambouler la situation actuelle de l’offre (celle des universités).

MOOCs: utopie lointaine ou réalité émergente ?

Utopie? Pas vraiment, puisque aujourd’hui l’exemple choisi des études en informatique est devenu une réalité: il existe déjà une quarantaine de cours dans ce domaine offert sur Internet par les dix meilleures universités du monde. Bien sûr, la plupart des disciplines universitaires n’offrent pas encore à l’heure actuelle une telle diversité de cours, mais c’est juste une question de temps. Les principaux moteurs de ce changement sont à la fois la volonté des professeurs de renom d’atteindre le plus grand nombre et l’envie des étudiants de suivre les cours des meilleurs, en ce sens le principe des MOOCs est la réponse adéquate. Cette double approche de l’offre et la demande est une tendance quasiment irréversible, tant la convergence des intérêts semble être partagée.

Un effet aussi important qui ne manquera pas d’ouvrir des défis nouveaux est celui de la formation continue et tout au long de la vie. Le cours local a bien sûr ses avantages, mais on pressent une augmentation de formations de type massif et en ligne. Pensons aux employés motivés ou à certains chômeurs, aux budgets de formation en entreprise en diminution constante: face à une offre alléchante de cours de haut niveau en principe chers et réservés à une élite, voilà un moyen qui permet de mettre des signaux en avant quant à l’employabilité et la construction de connaissances nouvelles.

Il est donc facile de prédire le succès de ce système. La question qui ne manquera pas de se poser est qu’adviendra-t-il de l’ancien système? Cela annonce-t-il la fin de l’université et des formations telles que nous les connaissons? Si oui, quand?

L’EPFL donne un cours d’informatique à 53’000 étudiants

En septembre 2012, le professeur Martin Odersky de l’EPFL propose, sur un site MOOC appelé Coursera, son cours de Scala, le langage de programmation qu’il a inventé. Il s’agit d’un cours technique, qui est proposé aux étudiants de l’EPFL dans un mode présentiel classique. Sur Coursera, la plateforme de MOOC la plus en vue, ce cours est proposé sur une durée de 7 semaines, avec comme ressources plusieurs courtes vidéos (de 5 à 15 minutes), des lectures, des questionnaires et des exercices pratiques à rendre en ligne. Résultat: 53’000 étudiants se sont inscrits à travers le monde pour la première semaine de cours et au final un cinquième ont passé les évaluations avec succès. «Près de 10’000 étudiants qui obtiennent ce certificat en seulement deux mois, c’est bien plus que durant toute ma carrière!» déclare impressionné Martin Oderksy. Les étudiants proviennent de toutes les régions du monde: États-Unis bien sûr, mais aussi Russie, Angleterre et Allemagne ainsi que les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil. En grande majorité (85%) les étudiants inscrits sont déjà en possession d’un diplôme universitaire et cherchent donc à continuer à apprendre tout au long de leur vie, ce qui met les universités au défi d’utiliser ce type de canal pour la formation de base.

La course à l’éducation massive: Coursera, edX et les autres

MOOCs logosCoursera est un site de cours massivement en ligne initié par deux professeurs de Stanford, Daphne Koller et Andrew Ng. Ce site propose une plateforme qui permet de s’adresser non plus à des milliers, mais à des millions d’étudiants. Lancé en avril 2012, il attire aujourd’hui près de 2 millions de personnes à travers 200 pays. Les cours proviennent de 33 universités allant de l’Université de Toronto, à celle de Melbourne en passant par New Dehli et Edimbourg. Les cours en français sont principalement développés par l’EPFL qui s’y est engagée très tôt. Coursera est effectivement une start-up, financée par du capital risque, qui recherche son modèle d’affaires. Celui-ci pourrait être, par exemple, le passage d’examens certifiés et payants par une université, une certification ensuite rendue visible par l’étudiant sur Coursera; ou encore, avec l’accord de l’étudiant, la vente d’informations sur les cours effectués à des entreprises à la recherche de candidats. Face à ce modèle, le MIT et Harvard proposent edX, un service similaire mais basé, lui, sur un modèle non lucratif. Précédé par une offre en ligne de contenus bruts comme MIT OpenCourseware, la plateforme s’enrichit maintenant d’outils collaboratifs et de formats plus adaptés aux études massivement en ligne. D’autres grandes universités comme Berkeley rejoignent le projet edX et y offrent aussi leur contenus. Diverses initiatives privées ou publiques existent aussi comme par exemple Udacity, Stanford Venture-Lab, iTunes U, Udemy, P2PUniversity, Kahn Academy.

Comment les MOOCs deviennent-ils eux-mêmes plus intelligents?

Il est intéressant de remarquer que la plupart des initiatives de plateformes MOOC intègrent dans leurs équipes des laboratoires d’intelligence artificielle. Est-ce une coïncidence? Peut-être pas. En effet, des questions arrivent immédiatement lorsqu’on propose des cours à un public aussi nombreux: Qui sont les étudiants? Comment corriger leurs devoirs? Comment former des groupes de travail? Peut-on s’assurer que l’étudiant qui rend les travaux est bien celui déclaré? Ceci offre un terrain d’expérimentation idéal pour les travaux de recherche sur l’intelligence collective et artificielle. Un algorithme peut former des groupes sur la base de critères tels que l’effort déclaré que l’étudiant souhaite fournir ou sa langue maternelle. Les contenus peuvent être aussi enrichis par les forums et les travaux des personnes suivant les cours. Les corrections des devoirs sont dans ces systèmes souvent effectuées par d’autres étudiants. Ces mêmes travaux peuvent ensuite aussi parfois être évalués parallèlement par un expert et selon la qualité de la correction observée, on peut ensuite apprendre à reconnaître les “bons” correcteurs parmi les étudiants eux-mêmes. On peut même envisager d’identifier un étudiant en reconnaissant son rythme de frappe lorsqu’il soumet un travail comme une sorte de signature unique et personnelle.

Le chemin des MOOCs reste à construire

Il est certain que certains défis majeurs restent à résoudre, comme la tricherie, le besoin de contact “offline” entre étudiants ainsi qu’entre étudiants et professeurs en plus de celui “online”, la pression de la gratuité des contenus sur les universités qui peut aussi conduire à une dilution des cours, et, finalement, le retard des autres nations en dehors de l’offre du continent Nord Américain. Peut-on l’ignorer? Certainement pas. Tout reste à apprendre.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Ces algorithmes qui nous gouvernent

Le 6 mai 2010 à 14 heures 40 le marché boursier de Wall Street a soudainement piqué du nez de manière vertigineuse. Des titres comme Accenture ou Boston Beer se sont retrouvés avec une cote de $0,01. Du jamais vu.

Aujourd’hui, on sait que des algorithmes de trading aussi appelés les « robots » par les financiers sont à l’origine de ce « flash krach ». Seule une interruption momentanée de Wall Street a permis aux ordinateurs de retrouver un peu de calme. Cet événement n’a toutefois pas changé le cours de l’histoire, les algorithmes sont toujours aux commandes à New York et représentent aujourd’hui entre 60 et 70% du volume des transactions. Cette situation est plus ou moins la même sur les autres grandes places financières du monde.

Les algorithmes dictent les règles du jeu.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine où la puissance des algorithmes s’exprime.

Songeons en premier lieu à Internet, cet immense écosystème de données, d’informations interconnectées que, seuls les algorithmes parviennent à traiter, à manipuler et à produire au final des résultats qui deviennent à leur tour de nouvelles données et informations. Ainsi lorsque je fais une recherche sur Google, l’algorithme qui me prend en charge va offrir plusieurs solutions à ma requête présentée comme une liste de liens, mais, dans le même temps, va retenir ma requête comme une information qui va être intégrée comme une donnée pour ses propres recherches futures.

Il en est de même par exemple sur Amazon ou Ebookers, chacune de mes recherches et chacun de mes achats seront intégrés à une base de données de « comportement  clients » qui ira enrichir les recherches et offres futures non seulement me concernant, mais aussi pour ceux qui auront fait les mêmes choix.

C’est une nouvelle réalité : les algorithmes nous prennent en charge. Il ne reste qu’à franchir un petit pas pour qu’ils nous gouvernent. Un pas qui pour l’instant n’est pas encore franchi. Mais jusqu’à quand ? Il n’est pas question ici de se faire peur mais de bien comprendre le monde qui émerge. Un autre exemple tout aussi important, mais plus dissimulé : celui de l’automobile. Des centaines d’algorithmes ont été introduits dans la gestion de nos véhicules. Le plus visible et marquant est l’algorithme pour garer sa voiture. La publicité maintes fois vue de la marque automobile Volkswagen est une nouvelle étape d’aide à la conduite dont l’algorithme utilisé introduit une véritable évolution voire une rupture.

Ainsi à chaque visite chez votre garagiste, le diagnostic du véhicule s’opère grâce à un ordinateur pratiquement indépendant de l’humain. La facture souvent conséquente reste cependant aux frais du conducteur… Tout appareil électroménager, HiFi, TV, Radio, téléphone et bien sûr votre ordinateur sont bourrés d’algorithmes, mais, là, on s’en doutait un peu…

Qu’en est-il de l’Etat ? Si aujourd’hui de nombreuses procédures sont automatisées, il y a peu d’algorithmes qui utilisent l’interopérabilité des bases de données. C’est à la fois historique, à cause de l’étanchéité des départements et aussi philosophique car les administrations ne cherchent pas à interpréter les comportements des citoyens et se contentent de les servir.

Sans doute, un jour les états vont faire leur (r)évolution vers l’anticipation des besoins, mais ce n’est pas le cas actuellement. Un citoyen reste un usager passif, sauf si on lui demande sa voix pour des élections et des votations, mais on lui demande rarement de donner de la voix pour s’exprimer comme un citoyen « augmenté ».

La réalité du changement est plus lente que l’on ne le pense généralement, mais ses conséquences à long terme sont certainement sous estimées.

Explorons quelques exemples d’augmentations offertes grâce aux algorithmes.

Santé publique : comment combattre la grippe grâce à Google

Une application récente et frappante de l’apport des algorithmes est celle de la prévision de la grippe. Chaque année l’épidémie se propage et les services de santé publique suivent très attentivement l’avancement de son impact. Or, une équipe de Google a constaté que certains termes recherchés par les internautes sur leur service sont de bons indicateurs de l’activité grippale. Google Flu Trends utilise des données agrégées de recherche pour estimer l’activité actuelle de la grippe dans le monde entier en temps quasi-réel. En fait, on arrive à détecter une augmentation significative d’activité grippale avec 2 semaines d’avance sur les statistiques épidémiologiques du Center for Disease Control américain. Voyons cela de plus près.

Toutes les personnes malades ne cherchent pas le mot « grippe » ou les mots liés à ses symptômes sur Internet et tous ceux qui recherchent ces termes ne sont pas nécessairement malades, mais la corrélation est suffisamment forte pour que lorsque toutes les requêtes sont rassemblées, filtrées et comparées à la fréquence habituelle, la tendance ressort nettement. Ainsi, on arrive à estimer par un algorithme la progression de l’épidémie grippale saisonnière en utilisant de façon ingénieuse des données de recherche anonymisées afin de préserver la sphère privée des internautes.

Pourquoi utiliser les données, un peu improbables à première vue, issues d’un moteur de recherche plutôt que de simplement faire confiance au système classique de surveillance de la grippe ? Les deux ne sont pas concurrents mais finalement complémentaires : les épidémiologistes peuvent compléter les données  plus fiables relevées conventionnellement par les médecins, les centres de soins et les hôpitaux par ces indicateurs avancés en temps réel. Plus une maladie est détectée rapidement, plus il est possible d’en réduire les effets sans avoir à recourir à des campagnes de vaccination lancées en catastrophe et des décisions coûteuses hâtives.

Faut-il se méfier de l’effet de « buzz » qu’Internet sait si bien propager ? Certainement. Mais si ces premiers résultats expérimentaux sont confirmés et que les algorithmes sont plus raffinés, l’impact sur la santé publique pourrait être majeur et sauver un nombre considérable de vies. Cette recherche appliquée prometteuse a fait l’objet d’une publication dans le très renommé journal Nature en 2009.

Les « Smart Cities » : comment rendre le transport en ville plus intelligent à Singapour

Les villes et les métropoles se densifient de plus en plus : depuis 1950 la population mondiale urbaine est passée de 30 à 50% et on estime que d’ici 2050 plus de deux-tiers de la population mondiale vivra en ville. Les défis que cette tendance démographique amène sont énormes pour les pouvoirs publics. Voyons comment les algorithmes peuvent nous aider.

Le concept de « smart cities » (ou de « villes intelligentes ») ajoute aux infrastructures physiques de la ville une couche d’informations digitales qui permet d’imaginer des fonctions et des services aujourd’hui embryonnaires mais qui vont massivement se développer.

La ville de Singapour, par exemple, possède déjà un excellent réseau routier. Elle continue à améliorer sa gestion du trafic en équipant ses taxis de capteurs permettant de mesurer l’état du trafic en collectant leur position et leur vitesse. Ces données sont traitées par un algorithme qui permet de détecter les embouteillages et les zones à forte densité de trafic. Ces informations sont ensuite utilisées par les pouvoirs publics pour leur planification et aussi, surtout,  pour informer directement le public afin qu’il puisse mieux choisir son parcours, voire se reporter sur d’autres modes de transport.

Ce type de système intelligent permet non seulement de mieux appréhender un problème complexe, mais aussi de rendre plus lisibles les politiques publiques favorisant les transports multimodaux croisant voitures, bus, métros, trams, taxis, vélos, piétons, etc.

Est-ce que les algorithmes peuvent écrire des articles meilleurs que les journalistes ?

C’est la question un peu provocante que pose Wired. En effet, il existe aujourd’hui déjà des exemples fortement prometteurs dans ce domaine.

Narrative Science, une des compagnies les plus avancées sur le sujet, propose de transformer, depuis quelques temps déjà, des données et des événements en une sorte de « cocktail narratif ». Cela est effectué en créant des phrases contenant les éléments à disposition ainsi qu’une analyse déductive afin délivrer un article. Les articles ainsi produits n’auraient probablement jamais été écrits par une personne. Soit parce que l’audience aurait été trop petite, soit parce que le travail de fouille de données aurait été trop important et fastidieux, soit parce que le sujet n’aurait pas été suffisamment attirant pour un journaliste. Bref, il aurait été impossible de mettre un pigiste sur le sujet. Toutefois, les algorithmes sophistiqués, eux, permettent de produire une histoire qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’un humain aurait écrit avec un sens de l’exactitude et de l’analyse de données inégalé. Les applications sont multiples : de l’article sur les résultats de sport de la petite équipe de baseball qui fait la fierté d’un parent et d’un enfant, à la synthèse des résultats de marché demandée par les investisseurs et les managers de titres et de portefeuilles, jusqu’aux conseils personnalisés rendus à chaque étudiant sur la base de ses résultats et ses objectifs personnels pour réussir dans une discipline. La vidéo ci-dessous montre des résultats pour le moins saisissants.

Automated Storytelling

Il semble utile de revenir sur une définition simple du terme « algorithme ».

Algorithme (adapté de Wikipedia) : L’algorithmique est l’ensemble des règles et des techniques qui sont impliquées dans la définition et la conception d’algorithmes, c’est-à-dire de processus systématiques de résolution d’un problème permettant de décrire les étapes vers le résultat. En d’autres termes, un algorithme est une suite finie et non-ambiguë d’instructions permettant de donner la réponse à un problème. Si les instructions d’un algorithme s’exécutent les unes après les autres, l’algorithme est dit séquentiel, si elles s’exécutent en même temps, il est parallèle. Si l’algorithme exploite des tâches s’exécutant sur un réseau de processeurs on parle d’algorithme réparti, ou distribué. Le mot « algorithme » vient du nom du mathématicien Al Khuwarizmi (latinisé au Moyen Âge en Algoritmi), qui, au IXème écrivit le premier ouvrage systématique sur la solution des équations linéaires.

Voici encore 2 exemples d’entreprises dont le modèle d’affaire contient une forte composante algorithmique.

NetFlix

Netflix est une entreprise proposant des films en flux continu sur Internet ainsi que des locations de films par correspondance aux États-Unis et au Canada. La société a été fondée en 1997. Son siège est situé à Los Gatos en Californie. En 2009, elle offrait une collection de 100 000 titres et dépassait les 10 millions d’abonnés. En 2011, le service compte plus de 25 millions d’abonnés. L’abonné paie  une souscription mensuelle fixe et reçoit les films de son choix par courrier. Il n’y a pas de limite de temps, mais il y a une limite du nombre de films que l’abonné peut avoir simultanément qui dépend de son niveau d’abonnement. Netflix propose un service de film en flux continu pour les ordinateurs sous Windows et Mac OS ainsi qu’un certain nombre d’appareils compatibles (Wii, Xbox 360, PS3). Ce service est disponible par défaut aux abonnés du service standard de Netflix, mais l’ensemble du catalogue n’est pas accessible aux heures de pointe, c’est-à-dire en soirée. Netflix est responsable en 2011 d’environ 20% du trafic Internet en Amérique du Nord.

Quid

Bob Goodson, PDG de Quid, et Sean Gourley, son CTO, se sont rencontrés à l’Université d’Oxford. Peu de temps après, Sean a terminé son doctorat en physique et est venu le rejoindre aux États-Unis, Bob s’étant déjà établi dans la communauté hightech de San Francisco, où il a été le premier employé de Yelp, le fameux service en ligne de recommandation de restaurants. La vision des deux entrepreneurs pour Quid est celle d’un service qui appliquerait de nouveaux algorithmes, en utilisant des sources de données ouvertes, et créerait des visualisations novatrices pour mieux analyser et synthétiser des systèmes complexes pour prendre des décisions. Par exemple, les services proposés permettent d’analyser un secteur de technologies émergentes et de découvrir quelles stratégies d’investissement avoir en visualisant les zones encore vierges car elles commencent à voir des entreprises collaborer dans la recherche et le développement.

Xavier Comtesse, Avenir Suisse et Giorgio Pauletto, Observatoire technologique.
Texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Transformation des organisations – 22ème Journée de Rencontre de l’OT

Transformation des organisations

22ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique,
Vendredi 1er février 2013, 14:00-18:00,
hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève.

Les administrations publiques vivent actuellement une grande révolution.

Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble.

Les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent, les données et les informations deviennent compatibles entre elles, les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs,  l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts, les partenariats public-privé offrent une nouvelle approche de répartition de rôles, la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les réseaux sociaux deviennent un moteur de la participation augmentée entre institutions et citoyens, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création.

Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement en dessinant de façon plus participative avec le secteur public des services innovants basés sur les politiques publiques et données des administrations, mais permettant d’avoir un impact plus fort et durable sur notre société.

Une évolution émerge au niveau des pays où le secteur public se transforme: on passe d’un paradigme d’administration électronique basée sur les transactions à une forme d’action transformationnelle qui nous emmène vers l’administration de demain.

  • Quels sont les défis et les opportunités qui s’ouvrent devant nous?
  • Quels sont les exemples existants et innovants pouvant inspirer nos actions?
  • Comment  appréhender ce contexte nouveau, complexe et mouvant dans un modèle encore souvent classique et hiérarchique?
  • Quels éléments concrets pouvons-nous mettre en commun ou différencier pour aller de l’avant?

Tels sont les enjeux qui seront  abordés à travers plusieurs intervenants dans cet évènement pour mieux cerner le cadre, faire connaître les expériences, développer les idées et inspirer les évolutions futures des organisations publiques.

Les intervenants suivants participeront à l’évènement:

  • Pierre Maudet, Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité nous fera l’honneur d’intervenir au cours cette journée.
  • Thierry Courtine, Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, Gouvernement français.
    Modernisation de l’action publique
    Le SGMAP est une structure interministérielle du gouvernement français dont la mission est la modernisation de l’action publique. Elle pilote, coordonne et suit l’avancée au quotidien des projets de modernisation des administrations. Elle coordonne les travaux d’amélioration de l’action des administrations au profit des usagers, favorise le développement de l’administration numérique et anime les travaux de modernisation et d’évaluation des politiques publiques.
  • Frank Grozel, Programme de Facilitation du Commerce, CNUCED, ONU, Genève.
    Le gouvernement électronique est-il une solution pour des administrations faiblement institutionnalisées et des populations peu alphabétisées: l’expérience de la CNUCED dans les pays en développement
    Le programme de facilitation des affaires de la CNUCED a travaillé au cours des 10 dernières années avec une vingtaine de gouvernements de pays en développement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, pour moderniser des procédures administratives tellement méconnues, complexes et fluctuantes que l’immense majorité de la population vit et travaille dans l’informalité. Paradoxalement, l’informatisation pourrait être la voie la plus efficace pour faire évoluer les administrations, traditionnellement fractionnées et auto-centrées, vers un service public unifié et centré sur l’usager.
  • Stéphane Vincent, La 27ème Région
    Organiser le “piratage bienveillant” des politiques publiques
    Depuis 2008, la 27e Région conçoit et met en œuvre des programmes de recherche-action visant à explorer des façons différentes d’innover dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. Ces méthodes s’inspirent du design (design de services, design social), de la sociologie de terrain (ethnologie, observation participante), de l’open source (documentation, “piratage bienveillant”) et de l’innovation sociale. Stéphane Vincent, co-fondateur et délégué général de la 27e Région, reviendra sur les principales étapes de cette démarche expérimentale, et évoquera les derniers enseignements tirés, à partir de plusieurs dizaines d’expériences conduites depuis 4 ans.
  • MC Casal et Sabine Dufaux, Agence Relax In The Air
    Secteur public et numérique : le défi de la gestion du changement
    L’intégration des technologies numériques et de l’engagement social donnent l’opportunité aux institutions publiques de mieux servir et interagir avec leurs usagers. La mise en place de cet écosystème digital implique cependant des changements structurels, organisationnels et culturels. Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Relax In The Air montrera comment ce processus de gestion du changement centré sur l’utilisateur (publics et équipes des musées) a été mis en place.

L’entrée à cette Journée de rencontre est libre et gratuite mais pour en faciliter l’organisation, nous vous remercions de vous y inscrire en nous faisant parvenir un email à l’adresse ot@etat.ge.ch.

Smart Gouvernance

Sous l’effet d’un participatif transformationnel et d’internet les administrations publiques mutent. Autant percevoir dès maintenant les probables conséquences pour tracer le chemin vers une «smart gouvernance».

L’administration vit actuellement une grande révolution. Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble; les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent; les données et les informations deviennent compatibles entre elles; les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs; l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts; la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création dans un esprit d’open source. Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement en proposant des applications nouvelles basées sur les données des administrations mais exécutées en dehors de celles-ci. On parle ici d’action transformationnelle à savoir au-delà du cadre transactionnel.

On parle de plus en plus de «smart» gouvernance pour désigner la phase en devenir du développement des administrations et des gouvernements. Le terme «smart» introduit par le Professeur Joseph Nye, fait référence à la combinaison des modes transactionnels (hard power) et transformationnels (smart power) . Après avoir connu une phase dite du e-gouvernement qui correspondait à la mise en ligne sur Internet des services administratifs suivie d’une hase (encore en développement) du «Open» Gouvernement correspondant à la mise à disposition des données par les administrations, on anticipe l’arrivée d’une nouvelle phase participative et transformationnelle dans laquelle les usagers deviendront de véritables acteurs du changement.

Les huit enjeux présentés développent bien les étapes du participatif et du transformationnel que doivent désormais aborder les administrations. Par le biais d’exemples, cette deuxième partie du présent travail tente de montrer à quel point les administrations de par le monde, sont déjà très engagées dans ce processus. Il est cependant important de préciser qu’il s’agit désormais de résoudre davantage une problématique sociétale de «participation augmentée» que de digitalisation d’anciennes procédures administratives. En quelque sorte, grâce à ces deux étapes (participatif et transformationnel) démarre une toute autre révolution: celle de l’usager actif, compétent et participatif. Le terme de transformationnel a été choisi en référence à son usage répandu aux États-Unis pour désigner cette étape ultime. Bien que son usage et donc sa compréhension ne soient pas encore généralisés en Europe, il nous paraît judicieux de l’utiliser rapidement car il donne la véritable perspective du changement. Demain, les administrations seront largement sous l’effet d’un participatif transformationnel, autant en percevoir dès maintenant les probables conséquences pour tracer le chemin vers une «smart gouvernance».

En effet, il est important de pouvoir situer dans un contexte contemporain, l’évolution des changements sociétaux et technologiques tout en fournissant aux administrations, aux politiques, mais aussi aux usagers qu’ils soient simples citoyens, entrepreneurs ou représentants des anciennes ou nouvelles formes d’organisation de la société civile, une sorte de «feuille de route» visionnaire des transformations en cours. En effet, le participatif «augmenté» et le
transformationnel ne sont pas encore des concepts bien appréhendés par les différents acteurs. Prendre le temps d’en analyser les enjeux et les contours nécessite à la fois de se plonger dans de nouveaux comportements sociétaux et de saisir les potentiels des progrès technologiques. Ce travail se veut en ce sens une découverte de notre avenir actuel.

Télécharger le document PDF (695 KB) Smart Gouvernance 2011-12-16.pdf

Dimension Cadastre

February 21, 2012 — Dr. Xavier COMTESSE, Avenir Suisse, and Dr. Giorgio PAULETTO, Observatoire technologique, State of Geneva, Switzerland

Selected as paper of the month in February 2012 by FIG (Fédération Internationale des Géomètres, International Federation of Surveyors).


(*) This paper was presented at Commission 7 Meeting in Austria, September 2011. The authors state that in the professions of cadaster both external and internal changes apply considerable pressure. This paper identifies the major trends that will most likely have an impact, apprehend the consequences expected and provide a structure for this development.

Une version de l’étude complète en français “Dimension Cadastre” est disponible sur le site de la Mensuration Officielle de la Confédération ou par le lien suivant Dimension Cadastre 2011.

ABSTRACT

The environment in which the professions of cadastre evolve has undergone profound changes. Technological innovation in the digital field has been considerable. Furthermore, social change has also been radically altered with, for instance, the emergence of social networks as a means of transforming our relations. Aside from the present crises, there have also been great changes in our economic evolution by the introduction of, on one hand, more flexibility and mobility and, on the other hand, the advent of globalization of production, work and consumption.

In addition to these exterior changes, internal changes have also taken place. These changes are specific to public administrations. Several trends can be mentioned: the evolution of the public discourse on transparency and accountability, the opening of public data, the emergence of the idea of a common good for our human societies. Other influences also have an impact, for instance, legislative change such as laws on administrative registers to foster interoperability or innovative professional software linked to the use of 3D.

These simultaneous changes apply considerable pressure on the profession. In this paper, we are going to identify the major trends that will most likely have an impact, apprehend the consequences expected and provide a structure for this development. We will try to give a general, coherent and prospective view of the evolution of cadastre.

Our paper will be divided into three sections:

  1. Push and pull evolutions
  2. Six strong foreseeable trends
  3. Synthesis and conclusion

SECTION 1: PUSH & PULL

Push

With the advent of the World Wide Web, the cadastre has entered globally in the digital era. This can be seen not only by how we input data, we look up for it, we store and exchange it, but also by the web applications nowadays offered to the public and their evolution. The general public has seen striking examples with Google Maps, Google Earth, Bing Maps, Street View, Sketch Up, etc. These applications can no longer be ignored by the professionals because they offer a new way of reading the territory and they inevitably structure what the public understands and wants. Similarly, several innovations regarding the use of these technologies are fundamentally modifying the profession. For example, let’s mention the “mash up” technique which allows (almost) anyone to use maps to create new applications, the phenomenon of geolocalisation through smartphones, the flow of data generated by individuals, global services accessible through cloud computing offering platforms and applications or the huge potential offered by the billions and billions of new IP addresses accessible with the new Ipv6 protocol.

This technological evolution is the first wave we’ve identified under the « Push » section for upcoming change. A second one is linked to global economic change, it redefines the links between producer and consumer, which overlaps between what is called “hard” and “soft” laws and also we will see between private and public goods. As they evolve, these waves of change define new behaviors we will necessarily be confronted to : copyleft and creative commons which complement classic copyright laws, the common goods which present different attributes in the digital world than it does in the physical sense, so called “prosumers” who actively participate in the design of the product / service he or she will use, crowdsourcing which uses the ingenuity of the internet users to create what no other organization could come up with.

The economy is directly impacted by these profound changes. One only needs to observe sectors like the music industry, entertainment, the media, or telecom sector to see this. Doubtless, other economic sectors will also undergo such significant shifts.

These shifts require the rethinking not only of customer relationships, but also of the entire business model. It is of paramount importance to understand that, by entering in the value chain, the customer transforms all economic relations: we are no longer in a formal contractual relationship but in a participative transformational partnership.

The recent events of Fukushima and the Arab Spring clearly show that the conversations, the media coverage and the spreading of ideas are now global, almost instantaneous and socially unavoidable. A wind of change is blowing on the social organization of our society. Networks are proving to be the tools of this change.

By redefining a social layer based on volunteer work, the lack of binding constraints and the non-punishable, society is entering in the era of soft laws. It becomes legitimate, in a certain way, to act even though there might not be a legal framework to support the action. This fact will have significant consequences on our societies not only in public, social and political action but also in professional applications and services.

Legitimate action has found a legalizing base by bypassing classical processes. Fields where increased participation has created concrete examples are a perfect illustration of this change of paradigm: open source software, open data or linking internet users. Henceforth, acting with a willingly participating population will allow us to perform tasks which have so far been intractable for public or private organizations. We are living this in practical terms with Wikipedia, YouTube or e-bird, the content of which is created and shared by users.

Thus the participative empowerment fueled by social networks redefines not only the social relation to public administration but also to ownership. Being able to add content to a parcel of official cadastre becomes a normal expectation for an increasing part of the general public. How should the owner position himself? And what about the cadastral systems, which must guarantee the information of real estate property?

These three « push » components, namely technology, economy and society, are the catalyze factors of an explosion that will profoundly change the actual definition of cadastre.

Pull

For the last decade or two, information systems have become more open and have integrated an increasing participation from people. There are 5 main stages to this evolution:

  1. informational (search / look up)
  2. transactional
  3. personalization
  4. augmented participation
  5. transformational

As mentioned previously, these stages correspond to external changes, linked to technology, economy and society, but there is more. They also show a political, legislative and administrative evolution. Indeed, we argue that both public and private institutions have also evolved from within, through an inside strength, a « pull », an attempt to adapt to the evolution of society in order to offer increasingly better services.

The following table illustrates this evolution:

Three key “pull” stages determine the change and progress of the cadastre professions:

  1. Social issues discussed at the political level,
  2. Elaboration of laws and regulations to address the political objectives (International soft laws, European laws, National parliaments),
  3. Regulations at a more local level that define the framework in which the public and private sector can act.

These three stages are interwoven in the political process and, together, form what we have called the pull process.

This pull process is, in a certain way, an institutional response to the push process and legalizes the existing (technological, cultural, economic and so on) behaviors created by society.
General model
Delivering online public services creates two essential transformations:

  • An increasing transfer of the administrative activity to the final user.
  • Simultaneously, a competence transfer to the final user.

The figure presented hereafter introduces a “transfer matrix”, which not only allows the monitoring of the progress made in the availability of public services ― and therefore benchmarking it ― but also becomes a strategic management tool. By improving the understanding of the present and future role of users (citizens, businesses, others administrations, and civil society organizations) this transfer matrix illustrates the paradigm shift for the public services.
We are now dealing with a citizen empowerment process that has to be engaged beyond the simple translation of administrative services into their online counterpart.

The figure presented above radically transforms the classic approach by clearly defining the type of activities now transferred to the users and the competence transfer that accompanies it. Here, we introduce new sophistication levels: namely the “Augmented participation” and the “Transformation” levels.

Therefore, the horizontal axis now represents the activity transfer with the following levels:

  • Passive Receiver: The user only has access to structured information that he or she can discover through search engines or tree structures.
  • Self-Service (One-Way): The user can choose specific documents and download them.
  • Self-Service (Two-Way): He or she can exchange documents or emails with the administration.
  • Do-It-Yourself: The user can perform complete transactions, including payments.
  • Co-Design: Both the user and the administration can personalize services (e.g. tax forms, etc.)
  • Co-Creation: The user can participate in the political and democratic life of his/her region or country (e.g. the Swiss model initiative and referendum, forum, etc.)

The vertical axis represents the competence transferred to the user of the online service. The levels of sophistication vary from raw “data” to the “model” level, as follows:

  • Data: At this level, we deal with raw data or measurements, such as those produced by statistical services.
  • Information: A context is added to the data so that a meaning is created.
  • Analysis: We now can infer a theory from information. This allows analysis and better understanding of phenomena.
  • Dynamic: Time is introduced. The time series add a new dimension to the previous theory.
  • Model: Forecasts can be made from the dynamic theories inferred by using the information available. Scenarios can be tested and simulated to forecast the effects of changes and to discuss future changes.

The 5 levels used in this model are defined as follows:

Informational / Search / Look up:
The user looks up information on the Internet. This phase is traditionally the first one to be implemented as an online service. This remains a strong demand from users. With the development of search engines, the way we look up information has drastically changed. The menu presentation is superseded by a fast access to information through these search engines, Google being the leading one.

Transactional One-Way:
The user can download documents. Even though this phase now seems very basic, it is still essential to the users who manage their documents electronically. A content and document management system is central to such activity.

Transactional Two-Ways:
The user can upload documents and send e-mails. It still is nowadays a major contribution but hasn’t reached all levels of the administration, especially for non structured demands. The user can perform complete transactions, including payments. This stage is a milestone for productivity gains and profitability of eGovernment initiatives. It is underway in most administrations around the world. This stage will be crucial for a sustainable system since it saves time and money both for the users and the administration.

Personalization:
The user can use personalized information and transactions. The documents are pre-filled for his/her personal use. The transaction is completely secure and customized. This phase will use a key element that closely resembles a folder called “My Files”. It will allow grouping all of the activities and administrative documents in a single virtual place that will be accessible at all times. The traceability of the transactions and activities will become essential to guarantee a sound accountability.

Augmented participation:
This level corresponds to what may be called a wiki-democracy where citizens and businesses can initiate change. This is exemplified by projects such as Open Government initiatives where users are asked to participate in the development of better administrative services. Another example is the Swiss initiative where citizens can propose new laws. In this context too, the U.S. primary campaign lead by Barack Obama is essentially based on participation. The field is of course very broad and much is left to explore in order to create new services in a connected world. Forums, blogs, social networks are only a few recent examples that have emerged, but most of the field still remains to be invented.

Transformational:
Co-creation is the key word here, leveraging mash-ups and crowdsourcing. This level profoundly modifies the concept of “common good” by redistributing the roles between the administration and the citizens. The latter are involved in the creation of a new digital administration. By opening up government data, citizens can transform the way the new public services are created and delivered. This transformation implies a redefinition of the “common good” and “public good”.

The transformation matrix defined by the transformation along two axes gives a more complete approach to the evolution and strategy of eGovernment online services than the classical model. By going beyond a benchmarking goal, it helps to drive a strategy. The progress of services can still be analyzed, but the tool now also helps to better define priorities and explain the evolution of the services. The users become active stakeholders of the project and not merely final users. By being turned into a participative partner and not having to adapt to a forced evolution, the relationship between the administration and its users changes to better serve the citizen-actor, as well as the entrepreneur-actor or the consumer-actor.

SECTION 2: SIX THESES

Trends

We have identified six major trends that will most likely have an influence on the vision of cadastre.
These trends are linked to technological, economic and social evolution, and come from the push process described above. They are also part of the emergent pull process that has begun to appear in several countries. The six theses presented hereafter influence the entire evolution of the field in which the cadastre operates. They tell us a story by adding dimensions not only in geometry but also in meaning.

Thesis 1: The cadastre will include the third dimension of the landscape and of the objects beyond the current legal framework.
Comment: The technology allows a thorough three dimensional vision of the land. This is now integrated in several products largely distributed by companies such Google and ESRI but also Nokia, Microsoft and several others. This paradigm change raises the issue of height, ownership and that of co-ownership (e.g. several owners of the different levels in buildings) and the rights attached to the third dimension such as for example the right to a view.
Consequence: A new 3D model of the land and of the buildings is necessary and land surveyors have to take 3D into account.

Thesis 2: The cadastre will blend the strategic map and the dynamic map of the land to show its historical evolution. Both views will evolve independently.
Comment: The push of technology makes it possible to store the information with different time stamps instead of erasing or superseding it. An animation of the evolution of an object or a region becomes possible by adding the dimension of time.
Consequence: The current separation between the static object and the dynamic object will be deeply transformed. A static object becomes a snapshot at a given moment of its dynamic version.

Thesis 3: The cadastre will be multifunctional and multijurisdictional.
Comment: The political as well as the technological influence foster the emergence of functions of a territory. Different regions can be viewed not only as jurisdictions, but also through the lens of different functions such as the environmental function, the transportation function, etc. It therefore will be possible to assess the impact of policies on different functions and to create many functional approaches to the territory. Moreover, the interoperability between various local cadastres will render a change of function possible upon request.
Consequence: The local cadastres will be blended into larger ones and include not only jurisdictional views but also functional views.

Thesis 4: Social networks will transform the cadastre.
Comment: The phenomenon of georeference by the public becomes a more and more normal and accepted tool to extend the cadastre. Almost all new moving devices include GPS chips (smartphones, cameras, cars, even cattle!) that can report flows of data. This allows to georeference the objects and their surroundings in a completely new way.
Consequence: The cadastre will deal more with flows of data and less with stocks of data.

Thesis 5: New commons will emerge as a referenced object of the cadastre.
Comment: Data will be more and more made available to the general public by the administration and, through mash-up techniques, will be transformed into a new virtual object the « Common Good ». This new object is a composition of several layers of data and services. It will create value and be used as a global public good.
Consequence: Both the private and the public sectors will gain added value by leveraging these new commons. As it is mainly composed of information, the resource is essentially non-rival (consumption by one person doesn’t prevent simultaneous consumption by another) and non-excludable (it is difficult if not impossible to prevent someone to have access).

Thesis 6: The cadastre will become an essential element of knowledge society.
Comment: The cadastre follows the same path as society as it evolves from an information society to a knowledge society. This is seen through the addition of georeference to many human activities, the emergence of co-creation by entire crowds, and the body of knowledge that the cadastre carries enters more and more into models and decisions. The objects of the cadastre will be part of a feedback loop that makes its way into knowledge society.
Consequence: Land surveyors will be dealing more with soft fields of knowledge rather than hard science in the future.

Guichet 3D

SECTION 3: SYNTHESIS AND CONCLUSION

This document presents the different thesis that will most probably change the cadastre professions. We tried to describe how activities and competencies are shifting from the provider to the end user. Six main theses are then described by integrating the main trends that can be seen today as transformational for the cadastre. These trends come form a push from exogenous shifts (technological, economic, societal) or from pull shifts (as the public services adapt and operate change).

This is still a work in progress and should be seen above all as a tool for thought rather than a firm conclusion. It can be used, for instance, as the basis of a conversation process specifically for professional software applications. We can anticipate a (r)evolution towards new dimensions for the cadastre. While leaving behind the map (2 dimensions), the cadastre is going towards far unexplored dimensions. It is this evolution towards new dimensions that we should work on to design together with the stakeholders a future cadastre to better serve society.

CONTACTS

Dr. Xavier COMTESSE
Director
Avenir Suisse
8, quai du Rhône
1205 Genève
xavier.comtesse@avenir-suisse.ch
+41 22 749-1100

Dr. Giorgio PAULETTO
Strategy and Technology Advisor,
Observatoire Technologique, State of Geneva
64-66 rue du Grand-Pré, CP 2285
giorgio.pauletto@etat.ge.ch
+41 22 388-1353

PDF version of the paper

PDF version of the presentation given at the FIG 7 Meeting Innsbruck September 2011

Assises de l'intelligence économique et veille stratégique: quels enjeux pour l'administration ?

29 novembre 2011 — Giorgio Pauletto

Les 5e assises de l’intelligence économique et de la veille stratégique, qui ont eu lieu le 27 et 28 novembre 2011 à Alger, ont traité du thème crucial “L’information comme nouvelle ressource stratégique”. Organisé sous le patronage du Ministre de l’Industrie, PME et de la Promotion de l’Investissement en Algérie, le programme de ces assises permet de voir rapidement que les acteurs ont saisi que la société se transforme aussi bien dans le secteur privé que dans celui public.

Voici, en synthèse et en slides, la présentation que j’ai délivrée qui aborde trois thèmes d’importance capitale dans ce domaine:

  • L’évolution technologique et informationnelle, avec le passage du monde du Mainframe à plus récemment celui du Cloud Computing, des réseaux sociaux, et du smartphone (ces mondes, d’ailleurs, s’ajoutent par strates plus qu’ils ne se substituent l’un à l’autre); de façon parallèle la prise de conscience, toujours plus affirmée, que nous montons dans la chaîne de valeur allant de la donnée, à l’information, puis à la connaissance, au savoir et à l’intelligence collective avec le partage et l’appropriation; le contraste entre un monde de la rareté des biens physiques qui favorise la prévision et celui de l’abondance où la sérendipité et l’imprévisibilité sont essentielles.
  • L’innovation dans les modèles économiques présentée de façon synthétique et visuelle par les travaux de Business Model Generation et dont les exemples donnent une grille de lecture à la fois simple et complète des modèles de Apple ou de Google.
  • L’évolution des administrations publiques à l’ère d’Internet , mais aussi surtout des changement de société que cela engendre; le fil rouge de cette évolution est clairement identifié par le passage de l’informationnel au transactionnel, puis de la personnalisation au participatif augmenté pour finalement aboutir au niveau transformationnel de l’organisation dans son ensemble, le détail étant exposé dans Administration Demain.

Article: "Design Thinking and Participation"

Avec les professeurs Olivier Glassey de l’IDHEAP et Jean-Henry Morin de l’Institut de science des services de l’Université de Genève, Patrick Genoud et Giorgio Pauletto ont rédigé  un article consacré au design thinking et à la participation. Cet article a été soumis avec succès à la conférence ePart 2011 qui s’est tenue à Delft (Pays-Bas) du 29 août au 1 septembre 2011.

L’article étudie de quelle manière le design thinking et les serious games peuvent être utilisés pour soutenir les processus participatifs. Des études de cas correspondant à trois contextes différents ont été analysées:

  1. une organisation para-publique;
  2. un parti politique;
  3. un comité de stratégie des systèmes d’information.

Le cadre d’analyse proposé repose sur les concepts d’utilité perçue et de facilité d’usage perçue.

Dans les trois cas, il s’avère que les approches choisies contribuent à “tangibiliser” des concepts complexes et abstraits et contribuent ainsi à en faciliter la compréhension et l’appropriation.

Vous trouverez une copie de cet article en libre accès sur l’archive ouverte pluridisciplinaire HAL.

Tous amis! Les réseaux sociaux envahissent les administrations

par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto

Tout le monde en parle, tout le monde s’accorde à dire que les réseaux sociaux vont changer notre quotidien, beaucoup d’entre nous s’y inscrivent, et pourtant, les plus sceptiques se demandent encore et toujours à quoi cela peut-il bien servir? Ne sommes-nous pas tout simplement en train d’étaler notre vie privée sur le Web? N’est-ce pas juste un dernier gadget à la mode? Un rapide tour d’horizon, à travers ce dernier grand phénomène de société, va nous permettre de définir de nouvelles et de concrètes applications utilisables par les administrations publiques.

Le but poursuivi étant évidemment d’anticiper les changements profonds de société avant que ceux-ci ne nous rattrapent, forçant alors les dirigeants des institutions publiques à des réactions tardives, voire désespérées. Le «printemps arabe» a démontré la puissance mobilisatrice de Facebook contre des régimes autoritaires, installés depuis des décennies. Les jeunes d’abord, puis leurs aînés ont saisi ce champ de liberté, d’ouverture et d’expression qu’offraient les réseaux sociaux. Après la parole, les actes ont suivi. La révolte a grondé et a détrôné des pouvoirs en apparence immuables. La surprise fut totale. Pour nous aussi. Désormais, il n’est plus possible d’ignorer la capacité de mobilisation et d’expression de ce phénomène digital.

Mais qu’en est-il exactement chez nous?

Si les deux moteurs des réseaux sociaux sont la liberté d’expression et l’action, une fois transférés entre les mains de simples citoyens, on peut juste s’interroger: comment cela se passe et va-t-il se passer dans nos contrées? En effet, la liberté d’expression est une liberté déjà garantie par nos constitutions; cependant, on peut noter que dès lors que cette dernière est prise en charge par le citoyen ordinaire, elle échappe aux filtres des intermédiaires que sont les médias, les leaders d’opinion ou les institutions sociales ou politiques en place comme les États ou leurs administrations.

En court-circuitant, en quelque sorte, les usages de la transmission des informations et des connaissances, le citoyen ordinaire s’empare d’objet, question ou produit autrefois asymétriques pour les rendre populaires, totalement asymétriques et gratuits. En effet, l’information et la connaissance dans le monde que l’on est en train de quitter, étaient l’affaire de quelques intermédiaires qui en avaient le monopole et en faisaient profit. En déplaçant cette asymétrie, les réseaux sociaux sont en train de bouleverser en profondeur les équilibres sociaux au profit du plus grand nombre. En d’autres termes, on assiste à l’appropriation par les gens ordinaires du pouvoir d’émettre des informations, d’acquérir ou de parfaire des connaissances et de donner sans complexe leurs jugements à l’ensemble de la population. Les canaux de médiatisation traditionnels ont perdu justement cette fonction de canalisation.

Du coup, l’abondance et parfois la pléthore d’informations, de connaissances et de jugements, parfois contradictoires, posent aujourd’hui problème. Là encore, les réseaux sociaux interviennent et, à l’avenir, vont davantage intervenir pour offrir une autorégulation «naturelle». En effet, à l’intérieur de la discussion collective émergent des intervenants, sortes de personnalités à fort «capital social», qui, en quelque sorte, recadrent la discussion et font office de leaders d’opinion. A la différence du monde précédent, les leaders sont choisis par le plus grand nombre et non pas par un système de cooptation ou par catégorisation professionnelle. Il n’est plus forcé d’avoir fait une école de journalisme avec mécanisme de sélection et diplôme à l’appui pour apparaître sur Internet comme une source fiable d’information. En revanche, il faut montrer par sa pertinence et sa compétence que l’on occupe cette position.

Le doute s’installe, car, dès lors, deux systèmes s’affrontent. D’un côté, il s’agit d’une personne peut-être peu expérimentée mais avec une forte capacité de discernement et surtout de rapporter fidèlement ce qu’elle rapporte (vécu, entendu, vu) et, de l’autre, des spécialistes (historiens, ethnologues, journalistes, critiques littéraires…) qui ont établi un certain nombre de critères de «fiabilité» des «sources» qu’ils sont obligés de prendre en considération dans leurs propres démarches «scientifique» et «professionnelle ». La qualité n’est donc plus; le seul critère, la sélection non plus, seul compte la pertinence du propos.

Ce changement n’est pas temporaire, il s’installe comme un autre paradigme de la transmission d’information, de connaissance et de jugement. Les canaux traditionnels semblent suivre le mouvement et même courir après lui, sans toutefois l’atteindre tellement la fin de leur monopole de l’asymétrie de l’information a transformé leur modèle économique. La crise profonde des médias est là pour nous le rappeler.

Qu’en est-il de l’action ?

Dans les pays du «printemps arabe», on observe une poussée radicale de l’action entreprise par des gens ordinaires qui font la révolution. Chez nous, c’est beaucoup moins clair! Pourtant, on pourrait noter que si pour les jeunes arabes l’absence d’ascension sociale a été le déclencheur de cette révolte, il n’en est peut-être de même en Europe, du moins dans le Sud. On sait désormais que de nombreux jeunes diplômés en Grèce, Espagne, Portugal ou Italie sont au chômage ou font des petits boulots mal rétribués. Cette génération «600 » va-t-elle accepter longtemps encore cette situation ou va-t-elle aussi réagir? En tous les cas, les facteurs de révolte sont réunis, car «leur avenir semble à leurs yeux pire que leur passé». Le nord de l’Europe n’est pas en reste. Les mouvements comme les «Flash Mob» ou plus revendicatifs comme celui des «Critical Mass» sont la résurgence de mouvements annonciateurs d’une volonté de changement, hors des institutions habituelles (partis, syndicats, associations, etc.) Les réseaux sociaux comme Facebook jouent ici également leur rôle de mobilisateur. Certes, les objets et le mode de révolte sont différents, mais les moyens technologiques sont identiques. Le monde semble se réveiller totalement connecté.

Qu’en est-il des administrations?

Face à ces mouvements hostiles à la centralisation et aux intermédiaires, les administrations sont également mises en cause, pas seulement sur les aspects de leurs prestations quantitatives mais plutôt sur le qualitatif (par exemple, fermeture de rues versus trafic), moins sur les conditions cadres économiques que sur la qualité de vie (par exemple, croissance versus logement), pas tellement sur leur contrôle social notamment à travers leur forme de communication (par exemple sur la question du nucléaire par l’administration japonaise). Dès lors, l’administration doit évoluer rapidement. L’enjeu est de regagner la confiance du citoyen. Celle-ci passera en premier par l’établissement d’une nouvelle forme de communication, plus proche du dialogue «bottom up» que de l’information «top down».

Ensuite, il s’agira de donner plus de liberté aux citoyens, non pas leur participation aux systèmes décisionnaires (la démocratie directe y répond déjà) mais plus dans la co-création de fonctionnalités de l’administration de demain. En d’autres termes, il faut donner aux citoyens des outils de création du «bien commun» qui est en gestation.

Enfin, il s’agit de donner plus d’autonomie et de réduire le contrôle sur une population avide d’action. Ici, il est question de transformation de la relation administration/administré. L’expérience de «GovLoop» (voir plus bas) aux États-Unis pourrait nous fournir des pistes de réflexion utiles.

En conclusion, les conséquences du «printemps arabe» et de la catastrophe nucléaire de Fukushima auront, sans doute, plus de conséquences sur notre propre système que l’afflux tant redouté de travailleurs immigrés ou d’éventuelles retombées de particules radioactives sur nos têtes! C’est pourquoi, en mesurer le plus rapidement possible les effets serait un atout pour notre société. En ouvrant de nouvelles perspectives aux administrations publiques, cette série d’articles, se propose d’anticiper concrètement les évolutions à venir pour pouvoir mieux les maîtriser.

Quatre exemples de réseaux sociaux:

  • Govloop.com Créé en 2008 par Steve Ressler, ce réseau social est devenu la plateforme de rencontre de plus de 40 000 fonctionnaires américains. Dédié à l’échange de «bonnes pratiques» et à la discussion, le site Internet est aujourd’hui à l’avant-garde de l’innovation administrative aux États-Unis. Formé d’une multitude de groupes thématiques (700), il offre une richesse de points de vue et d’expériences partagées qui a fait des émules en Angleterre, Australie, Pays-Bas, Brésil ou Israël qui utilisent des plateformes similaires.
  • Canalpublic.fr Lancé le 23 février 2011, cette plateforme française est d’abord un outil professionnel pour les fonctionnaires de l’Hexagone. Evolution de sa carrière, échange d’informations et mutualisation des pratiques sont à la base du concept. Philippe Batreau, ancien fonctionnaire, a créé, dès 1999, des sites Internet pour accompagner le service public sur Internet. Il s’agit, comme Govloop.com, aujourd’hui, d’entreprises privées.
  • Rezonance.ch Fondé par Geneviève Morand en 1999, ce site Internet n’est pas particulièrement dédié à la fonction publique, mais son histoire, son implantation lémanique sa performance ont fini par en faire un site unique et incontournable en Romandie et où un bon nombre de fonctionnaires l’ont rejoint. Ouvert à l’innovation, des groupes dits d’émergence réfléchissent collectivement à l’avenir de la région. En ce sens, il correspond parfaitement aux besoins de la population, des entreprises et des institutions publiques.
  • Avaaz.org Le site met en œuvre un outil mondial de pétitions en ligne qui donne aux citoyens les moyens de peser sur les décisions politiques mondiales. Lancé en 2007, il compte aujourd’hui plus de 7 millions de membres. Traduit en sept langues, il touche des domaines divers qui vont de la sauvegarde de l’environnement aux droits humain et aux conflits religieux. Les pétitions regroupent de 500’000 à 1’000’000 signataires digitaux dans des temps record, en utilisant les effets de réseau d’autres sites comme Facebook ou Twitter.

Cet article est paru dans «Affaires Publiques» du 24 juin 2011.

Lift11: Qu’est-ce que le futur peut faire pour vous?

28 janvier 2011 – Giorgio Pauletto

Genève accueille du 2 au 4 février la conférence internationale Lift dans sa sixième édition LIFT11. Cette conférence fait partie d’une initiative ancrée à Genève depuis sa fondation, ainsi qu’en Asie et en France. L’essence même de ces rencontres bâties autour d’une communauté forte est de regarder ensemble les prémisses du futur. Cela se construit concrètement en regroupant les personnes pionnières dans l’exploration des implications des technologies sur la société.

L’Observatoire technologique est présent à Lift depuis sa création et participe de plus en plus activement à cette communauté. Dans cette édition nous sommes particulièrement partie prenante puisqu’un atelier spécifique sera monté et animé par LiftLab pour co-concevoir des services urbains de demain sur des données telles que les traces digitales et les couches d’information géographiques en adressant des domaines comme la mobilité et la représentation 3D du canton de Genève.

Les innovations ne pourront émerger qu’en imaginant et co-designant les futurs possibles et la conférence Lift offre une communauté et un espace propices à ces réflexions prospectives. Nous vous invitons à lire le programme et bien sûr à venir participer. L’expérience d’être à Lift ne se raconte pas, elle se vit intensément en devant co-acteur de l’évènement, en transformant ensemble les idées et en s’inspirant de cette communauté très stimulante et bienveillante.

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