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Les « faiseurs » de la nouvelle révolution industrielle

Le monde numérique n’en finit pas de nous étonner. Autrefois encore contenu dans un monde dit « virtuel », son entrée dans le monde « réel » est plus rapide que prévu. Aujourd’hui l’apparition de l’impression 3-D bon marché et de qualité suffisante, ainsi que des micro-controlleurs assez puissants pour y inclure de l’interaction, permet aux « bricoleurs » de transformer silencieusement notre consommation et notre industrie. Un nouvelle technologie ne provoque une révolution que quand elle trouve une résonance avec la société dans laquelle elle émerge. Serions-nous en train d’assister à un alignement de phase?

Dans son discours sur « L’Etat de l’Union » de février dernier, le Président américain Barak Obama a fait la part belle aux nouvelles technologies d’impression en trois dimensions. Il a notamment mis en avant la création de centres de créativité, susceptibles de dynamiser l’innovation et de créer des emplois. Cela a surpris plus d’un observateur quand le président a parlé en terme élogieux des technologies d’impression 3-D, qui ont selon lui « le potentiel de révolutionner la façon dont nous fabriquons presque tout ». Citant l’exemple d’un ancien entrepôt désaffecté dans l’Ohio, transformé en atelier de fabrication innovant, il a annoncé le lancement de trois nouveaux centres de fabrication similaires, qui deviendront partenaires des départements de la Défense et de l’Énergie pour créer des bassins d’emplois high-tech. « Et je demande au Congrès d’aider à créer un réseau d’une quinzaine de ces centres et de garantir que la prochaine révolution industrielle sera Made in America« , a-t-il déclaré.

L’ère des Makers

wired_make_cover_1904Couverture du magazine Wired

De quoi parlait-il: De la prochaine révolution industrielle? Vraiment?

En faisant référence aux « makers » (« les faiseurs ») comme étant les porteurs d’une véritable révolution industrielle en marche, Obama fait allusion à ce mouvement international de passionnés de fabrication «bricolée», de programmation ouverte, d’électronique Arduino, de design et d’impression 3-D. Ce mouvement de créatifs, le Professeur Richard Florida parlait de classe créative, prétend réinventer la production de biens de consommation. Il veut personnaliser la fabrication des objets courants, défier l’obsolescence programmée, arrêter les délocalisations, réindustrialiser les métropoles occidentales, relancer l’artisanat et le goût d’entreprendre.

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Le livre phare du mouvement est: Makers: la nouvelle révolution industrielle, de Chris Anderson, l’ancien rédacteur en chef de Wired, revue culte de San Francisco. Selon ce dernier, ce mouvement a vraiment pris aux États-Unis, et plus particulièrement dans la Bay Area, il y a sept ans avec l’arrivée des premières imprimantes 3-D « bon marché ». Dans ce livre, les exemples sont nombreux où l’on perçoit la poussée technologique des gens ordinaires vers un redéploiement industriel. Ainsi il est fascinant de voir que, par exemple, l’industrie des drones a été d’abord l’affaire de ces gentils bricoleurs faiseurs de prouesses technologiques.

Soutenu par « Make Magazine » édité par Dale Dougherty, l’autre gourou du mouvement des «makers», la communauté grandit de jour en jour non seulement en nombre, mais surtout en projets souvent payés par des sites Internet de financement populaire et participatif comme Kickstarter ou wemakeit.ch en Suisse. Plus de capital risque, plus de business angels ou de programmes étatiques de financement des start-ups, non, ce sont des projets financés par la communauté elle-même. On est passé de l’ère des start-ups à celle des net-ups pour laquelle les réseaux sont plus importants que tout.

Pour animer toutes ces énergies, des lieux ont été créés afin, d’une part, de mettre à disposition des machines pour que les gens puissent créer et, d’autre part, pour réunir ces créatifs pour échanger leurs expériences. Et surtout pour penser et «brainstormer» le futur. Ces lieux portent différents noms et répondent à différentes spécificités, mais ils ont tous comme vocation d’être les avant-gardes d’un milieu industriel en devenir. Que se soient les TechShops, les FabLabs, les HackerSpaces ou les centres créatifs, ils sont désormais plusieurs centaines à être actifs aujourd’hui dans le monde. Chaque ville qui se veut un peu compétitive, possède déjà ou est en train de construire de telles plateformes. La Suisse n’échappe pas à la règle voir l’encart ci-joint sur le Swiss Creative Center de Neuchâtel.

Qu’en sera-t-il demain?

L’état aventureux de cette première vague de «faiseurs» ne nous dit pas tout sur l’avenir industriel de nos sociétés. En effet, certains ont encore du mal à croire qu’une bande d’amateurs puisse bousculer l’establishment. C’était aussi le cas dans les années septante lorsque de jeunes barbus inventèrent l’Apple II et commencèrent à révolutionner l’informatique tout en créant la puissante Silicon Valley.

Cependant, on peut d’ores et déjà dégager trois axes de réflexions:

  1. D’abord, on va pouvoir imprimer en grand nombre des objets en 3-D aussi facilement que l’on a pu imprimer des textes, des photos ou toutes sortes d’images pour T-Shirt.
  2. Ensuite, on va pouvoir s’échanger ces objets sur de très grandes distances en temps réel et sans coût de transport. Envoyer par mail ou télécharger des plans ou des algorithmes qui seront l’expression de processus d’impression 3-D ne coûte en effet pratiquement rien et sera instantané. En clair, si je veux avoir de nouvelles assiettes pour mon ménage, alors je vais chercher dans une banque de données sur Internet pour choisir les pièces que j’aime et les imprimer à la maison.
  3. Demain, une autre fonctionnalité va perturber la réalité industrielle, c’est la capacité de faire circuler des machines via le réseau Internet. En fait, toute machine peut être représentée par un ensemble de procédures, dont je peux tirer les algorithmes sous-jacents; ainsi une machine est en fin de compte qu’un fichier d’algorithme à télécharger à volonté avant de la reconstruire à l’aide d’une imprimante 3-D et de quelques matériaux électroniques à usage simplifié. Simple en principe. Peut-être quand même pas pour tout le monde. Mais on peut supposer qu’autour des centres créatifs une compétence participative s’organisera afin de partager ces nouveaux outils et surtout ces nouvelles machines.

Les aspect négatifs ne se sont pas non plus faits attendre: des plans sont publiés pour construire un pistolet avec des pièces produites avec une imprimante 3-D. En plein débat sur la régulation des armes. Un effet de rupture certainement peu attendu! Mais les potentiels positifs dépassent de loin un aspect négatif, il faut bien le reconnaître. D’ailleurs, quelle technologie n’a-t-elle pas engendré des usages dangereux (pensons à l’atome, à l’aviation, à internet, etc.)? Chaque innovation porte en elle une part négative et positive.

L’enjeu est donc bien, comme le disait en début d’année Obama, de diffuser, d’éduquer et de maîtriser des lieux créatifs. Ceux-ci, équipés, d’une part, de matériel de type 3-D, d’électronique et de design et, d’autre part, pourvus d’une forte compétence à produire des idées innovantes sont un vecteur important pour cette nouvelle donne créative et industrielle.

Voyons 3 des thèmes évoqués plus en détail.

Swiss Creative Center

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Lorsqu’un pays comme la Suisse caracole en tête des classements internationaux en matière d’innovation, on doit se poser naturellement la question de comment se maintenir à un tel niveau de performance. La réponse est simple: améliorer les processus de créativité, source première de l’innovation. En s’engageant sur le terrain de l’innovation de rupture, Neuchâtel se dote du premier centre de ce type en Suisse où les créatifs issus d’horizons différents travaillent avec les industriels et commerçants au sein d’une dream team emmenée par Elmar Mock, co-inventeur de la Swatch, l’ethnologue Jacques Hainard ou le designer Xavier Perrenoud entre autres. C’est le pari que le Canton de Neuchâtel, sous l’impulsion de la Chambre Neuchâteloise du Commerce et de l’Industrie, vient de lancer avec le Swiss Creative Center: le profiler comme centre disposant d’une sorte d’accélérateur à la créativité, en assemblant matériels (grâce au Fablab) et compétences (à l’aide d’un Thinklab). La créativité de rupture est sans doute pour demain, ce petit plus qui maintiendra la Suisse en tête des pays les plus innovants au monde.

L’impression 3-D

Makerbot Replicator 2

L’industrie classique a jusqu’ici été bâtie sur des procédés de fabrication tels que le tournage, le fraisage et le découpage des pièces. La révolution de l’impression 3-D est de passer d’un paradigme qui enlève de la matière pour obtenir l’objet voulu, à un processus additif qui dépose de la matière couche par couche. Un peu comme l’encre déposée par une imprimante classique, sauf que la matière déposée crée une épaisseur donnant forme à un objet. On passe donc d’un modèle de soustraction de matière à celui d’addition. Les techniques dites additives existent depuis les années 70, mais elles restaient encore récemment très chères et peu diffusées. L’arrivée d’imprimantes 3-D telles que RepRap ou MakerBot ont fait diminuer très fortement les coûts d’achat d’une imprimante 3-D. En 3 ans, les prix ont été divisés par 100, les faisant passer sous la barre des 1000 dollars. D’ailleurs Amazon a récemment ouvert un département spécifique de son magasin en ligne dédié au technologies d’impression 3-D. Cela laisse entrevoir des changements drastiques pour le prototypage, pour la personnalisation d’objets, et aussi bien sûr pour la diffusion même de la production et de la conception dans la société. Les objets crées actuellement ne sont pas encore de qualité suffisante et les imprimantes sont lentes, c’est vrai, mais cela ne saurait que s’améliorer au fil du temps. Et en attendant, il suffit de connaitre un atelier avec une imprimante plus performante auquel on peut envoyer ses plans par Internet pour pallier à ces inconvénients comme le propose par exemple Shapeways.

Arduino ou comment ajouter de l’intelligence aux objets

Arduino

Avoir des objets c’est bien. Mais avoir des objets intelligents c’est mieux. Arduino propose un circuit imprimé qui est facilement programmable pour effectuer des tâches, contrôler des appareils, piloter un robot, etc. Cela ouvre immédiatement un champ formidable aux makers. D’autant plus qu’ici aussi le modèle utilisé repose sur l’open source (comme pour l’imprimante 3-D RepRap) et que le coût du kit est dérisoire (environ 20 Euros). Les projets initiés sont parfois un peu fous, mais souvent ingénieux. Par exemple, il devient possible de construire un drone autopiloté, de transformer sa lampe de bureau en robot ou de faire de ses baskets un instrument de musique. Encore réservé à un petit nombre de hackers par sa technicité, le modèle se diffuse de par l’étendue des possibilités de programmation et le coût très faible de l’appareillage.

Conception assistée par ordinateur

Thingiverse

Pour créer et prototyper les objets en 3-D, il faut les concevoir et les traduire dans une langue compréhensible pour les imprimantes. C’est ce que font les logiciels dits de CAO (conception assistée par ordinateur) ou CAD (computer aided design). Le modèle peut se concevoir de zéro bien sûr, mais on dispose aujourd’hui de librairies très variées d’objets déjà modélisés. Par exemple, le site Thingiverse propose des dizaines de milliers de fichiers décrivant des objets imprimables en 3-D. Au-delà des logiciels professionnels coûteux, il en existe de gratuits, certains libres comme OpenSCAD et d’autres propriétaires comme 123D de Autodesk. Il ne reste plus qu’à laisser libre cours à son imagination.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans «Affaires Publiques»

Présentations de la 22e Journée de rencontre

Transformation des organisations

Le monde évolue. Nous façonnons de nouvelles technologies et ces technologies nous façonnent à leur tour. Elles changent nos usages, nos modes de vie, les relations que nous entretenons entre nous, avec les organisations qui nous entourent et avec la société dans son ensemble. Cette journée de rencontre a permis de faire un tour d’horizon sur le thème de « La Transformation des Organisations ». Le secteur public vit aujourd’hui une réelle transformation dans un monde toujours plus complexe, interconnecté et aussi limité dans ses ressources. Nous avons observé sous plusieurs facettes cette transformation souvent déclenchée par les usages du numérique: comment mieux servir les citoyens et les entreprises de notre canton? comment le design et l’innovation peuvent aider le secteur public? comment transformer nos systèmes de façon durable?

La 22e Journée de Rencontre de l’OT nous a permis d’aborder ce thème. Au cours de l’événement, nous avons eu la chance d’avoir une magnifique palette riche et variée de présentations pour stimuler nos idées. Nous avons voulu à travers nos invités et leur histoires ouvrir le champ des possibles sans pour autant reproduire à l’identique les expériences nécessairement différentes d’un autre contexte. Nous tirons des enseignements des ces expériences de transformation: comprendre les désirs des gens, expérimenter ce qui est techniquement réalisable et en comprendre ce qui est économiquement viable.

 


Pierre Maudet

Pierre Maudet
Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité dont dépend la Direction Générale des Systèmes d’Information.

 

 

 

 

 


 

Thierry Courtine
Thierry Courtine
Directeur de cabinet du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique du gouvernement français.

Le SGMAP est placé sous l’autorité du Premier ministre, ce service est mis à disposition de la ministre chargée de la réforme de l’Etat français . Sa mission est d’appuyer la transformation de l’action publique (projet innovants), de favoriser un usage pertinent du numérique (systèmes d’information), de la rendre plus transparente (ouverture données publiques), d’être au cœur de l’action sur le terrain et d’associer les agents à ces démarches.


 

Frank Grozel
Frank Grozel
Coordinateur du programme de Facilitation du Commerce de la Division sur l’Investissement et les Entreprises à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement CNUCED, ONU, Genève.

La CNUCED a conçu un système de e-gouvernement pour aider les pays en voie de développement. Ce système facilite la création d’entreprises ainsi que leur relations avec le gouvernement en étant plus transparent, plus simple. Le système est déployé dans de nombreux pays en Amérique centrale, en Afrique et en Asie.

 

Frank Grozel – Unctad 10 principes de simplification des procedures administratives

Site eRegulations et vidéos


 

Stéphane Vincent
Stéphane Vincent
Délégué général de La 27e Région, laboratoire de transformation publique des régions de France

La 27e Région est plus qu’un Think-Tank c’est un Do-tank des politiques publiques. Elle cherche à innover avec le secteur public. Elle explore de nouvelles façons d’améliorer la conception et la mise en oeuvre des politiques publiques à travers des programmes de recherche-action. La 27e Région utilise des méthodes issues des sciences humaines, du design de services, de l’innovation sociale et bien sûr du numérique. Elle a aussi un but pédagogique et aide chaque Région a créer son propre laboratoire de transformation en rendant autonomes les agents de la fonction publique. Elle fait partie d’un mouvement de fond d’initiatives similaires en Europe et dans le monde, comme le Mindlab (DK), le SILK (GB), le Public Policy Lab (USA), le Design Lab (FIN).

 


 

MC Casal et Sabine Dufaux
MC Casal Sabine Dufaux
Fondatrices de Relax In The Air, Sabine Dufaux, stratège et MC Casal, stratège de l’expérience utilisateur et designer.

L’agence est spécialisée dans la conception de stratégies numériques et l’intégration d’écosystèmes numériques (site web, applications, médias sociaux, etc.) dans les entreprises et institutions. Relax In The Air travaille également sur l’expérience utilisateur et l’expérience client afin d’apporter simplicité et clarté aux contraintes que rencontre une marque avec son usager ou consommateur.

Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Sabine et MC nous présentent l’intégration d’un écosystème numérique qui a impliqué des changements structurels, organisationnels et culturels, et comment ce processus de gestion du changement a été mis en place.

Cours en ligne ouverts et massifs MOOCs: effet de mode ou révolution de l’éducation?

L’acronyme MOOC signifie en anglais «Massive Open Online Course»: il s’agit de la mise à disposition ouverte et massive sur Internet de cours interactifs d’études supérieures offerts à des dizaines de milliers d’étudiants en même temps. Est-ce la fin des cours ex-cathedra, des amphithéâtres, des professeurs délivrant leur cours devant le tableau et de se retrouver en classe à côté de ses camarades? Tous les acteurs sont dispersés partout dans le monde, actifs derrière des écrans, collaborant en ligne, en utilisant la puissance du net et des informations en réseau. Le contact est virtuel et à distance, les connaissances distribuées et co-construites, les rôles sont redistribués et chacun cherche sa nouvelle place.

MIT-CSAIL

Quels sont les enjeux des MOOCs?

Ce bouleversement va entraîner plusieurs effets. D’abord, l’étudiant va personnellement choisir, suivre et optimiser, discipline par discipline, son cursus et, si possible, avec les meilleurs pointures, des professeurs de Stanford, du MIT, de l’EPFL, de l’Université de Genève ou d’ailleurs. Cela veut dire qu’il sera possible de le faire selon ses besoins et là où on le souhaite. La notion de temps et de lieu s’estompe, les horaires sont flexibles et la contrainte des cours en classe disparaît. Comment alors structurer un établissement d’enseignement qui ne serait plus basé sur un temps fixe (l’horaire) et un espace tangible (la classe)? Cette déstructuration paraît de fait impossible. Pourtant, on devrait s’imaginer un instant comment ce nouveau système pourrait fonctionner. Prenons le cas d’un jeune étudiant qui voudrait obtenir la meilleure formation possible en informatique. Il a le choix de s’inscrire à l’EPFL et obtenir son diplôme en quelques années ou alors il pourrait suivre une quarantaine de cours de son choix avec les professeurs les plus pointus de grandes universités au monde (MIT, Harvard, Stanford ou EPFL). À la fin de ces deux filières de formation, il aurait soit un diplôme de l’EPFL, soit un dossier de certifications prestigieux. Il est à parier que lors d’une procédure d’embauche (par exemple chez un Google ou un Facebook), l’étudiant disposant d’un dossier de certifications issues d’universités renommées soit l’élu. Comment pourrait-il en être autrement si la valeur de ces certifications accordées par les meilleurs professeurs de la planète dépasse le niveau d’un diplôme décerné par une seule et unique université? Ceci d’autant plus vrai qu’aucune université ne peut se targuer de rassembler dans toutes les disciplines, les meilleurs enseignants au monde au sein de son institution. Cette impossibilité fragilise le système actuel face à l’offre nouvelle apportée par le système des MOOCs. Le changement va s’opérer sur le fait que la demande (celle de l’étudiant) va complètement chambouler la situation actuelle de l’offre (celle des universités).

MOOCs: utopie lointaine ou réalité émergente ?

Utopie? Pas vraiment, puisque aujourd’hui l’exemple choisi des études en informatique est devenu une réalité: il existe déjà une quarantaine de cours dans ce domaine offert sur Internet par les dix meilleures universités du monde. Bien sûr, la plupart des disciplines universitaires n’offrent pas encore à l’heure actuelle une telle diversité de cours, mais c’est juste une question de temps. Les principaux moteurs de ce changement sont à la fois la volonté des professeurs de renom d’atteindre le plus grand nombre et l’envie des étudiants de suivre les cours des meilleurs, en ce sens le principe des MOOCs est la réponse adéquate. Cette double approche de l’offre et la demande est une tendance quasiment irréversible, tant la convergence des intérêts semble être partagée.

Un effet aussi important qui ne manquera pas d’ouvrir des défis nouveaux est celui de la formation continue et tout au long de la vie. Le cours local a bien sûr ses avantages, mais on pressent une augmentation de formations de type massif et en ligne. Pensons aux employés motivés ou à certains chômeurs, aux budgets de formation en entreprise en diminution constante: face à une offre alléchante de cours de haut niveau en principe chers et réservés à une élite, voilà un moyen qui permet de mettre des signaux en avant quant à l’employabilité et la construction de connaissances nouvelles.

Il est donc facile de prédire le succès de ce système. La question qui ne manquera pas de se poser est qu’adviendra-t-il de l’ancien système? Cela annonce-t-il la fin de l’université et des formations telles que nous les connaissons? Si oui, quand?

L’EPFL donne un cours d’informatique à 53’000 étudiants

En septembre 2012, le professeur Martin Odersky de l’EPFL propose, sur un site MOOC appelé Coursera, son cours de Scala, le langage de programmation qu’il a inventé. Il s’agit d’un cours technique, qui est proposé aux étudiants de l’EPFL dans un mode présentiel classique. Sur Coursera, la plateforme de MOOC la plus en vue, ce cours est proposé sur une durée de 7 semaines, avec comme ressources plusieurs courtes vidéos (de 5 à 15 minutes), des lectures, des questionnaires et des exercices pratiques à rendre en ligne. Résultat: 53’000 étudiants se sont inscrits à travers le monde pour la première semaine de cours et au final un cinquième ont passé les évaluations avec succès. «Près de 10’000 étudiants qui obtiennent ce certificat en seulement deux mois, c’est bien plus que durant toute ma carrière!» déclare impressionné Martin Oderksy. Les étudiants proviennent de toutes les régions du monde: États-Unis bien sûr, mais aussi Russie, Angleterre et Allemagne ainsi que les pays émergents tels que l’Inde et le Brésil. En grande majorité (85%) les étudiants inscrits sont déjà en possession d’un diplôme universitaire et cherchent donc à continuer à apprendre tout au long de leur vie, ce qui met les universités au défi d’utiliser ce type de canal pour la formation de base.

La course à l’éducation massive: Coursera, edX et les autres

MOOCs logosCoursera est un site de cours massivement en ligne initié par deux professeurs de Stanford, Daphne Koller et Andrew Ng. Ce site propose une plateforme qui permet de s’adresser non plus à des milliers, mais à des millions d’étudiants. Lancé en avril 2012, il attire aujourd’hui près de 2 millions de personnes à travers 200 pays. Les cours proviennent de 33 universités allant de l’Université de Toronto, à celle de Melbourne en passant par New Dehli et Edimbourg. Les cours en français sont principalement développés par l’EPFL qui s’y est engagée très tôt. Coursera est effectivement une start-up, financée par du capital risque, qui recherche son modèle d’affaires. Celui-ci pourrait être, par exemple, le passage d’examens certifiés et payants par une université, une certification ensuite rendue visible par l’étudiant sur Coursera; ou encore, avec l’accord de l’étudiant, la vente d’informations sur les cours effectués à des entreprises à la recherche de candidats. Face à ce modèle, le MIT et Harvard proposent edX, un service similaire mais basé, lui, sur un modèle non lucratif. Précédé par une offre en ligne de contenus bruts comme MIT OpenCourseware, la plateforme s’enrichit maintenant d’outils collaboratifs et de formats plus adaptés aux études massivement en ligne. D’autres grandes universités comme Berkeley rejoignent le projet edX et y offrent aussi leur contenus. Diverses initiatives privées ou publiques existent aussi comme par exemple Udacity, Stanford Venture-Lab, iTunes U, Udemy, P2PUniversity, Kahn Academy.

Comment les MOOCs deviennent-ils eux-mêmes plus intelligents?

Il est intéressant de remarquer que la plupart des initiatives de plateformes MOOC intègrent dans leurs équipes des laboratoires d’intelligence artificielle. Est-ce une coïncidence? Peut-être pas. En effet, des questions arrivent immédiatement lorsqu’on propose des cours à un public aussi nombreux: Qui sont les étudiants? Comment corriger leurs devoirs? Comment former des groupes de travail? Peut-on s’assurer que l’étudiant qui rend les travaux est bien celui déclaré? Ceci offre un terrain d’expérimentation idéal pour les travaux de recherche sur l’intelligence collective et artificielle. Un algorithme peut former des groupes sur la base de critères tels que l’effort déclaré que l’étudiant souhaite fournir ou sa langue maternelle. Les contenus peuvent être aussi enrichis par les forums et les travaux des personnes suivant les cours. Les corrections des devoirs sont dans ces systèmes souvent effectuées par d’autres étudiants. Ces mêmes travaux peuvent ensuite aussi parfois être évalués parallèlement par un expert et selon la qualité de la correction observée, on peut ensuite apprendre à reconnaître les « bons » correcteurs parmi les étudiants eux-mêmes. On peut même envisager d’identifier un étudiant en reconnaissant son rythme de frappe lorsqu’il soumet un travail comme une sorte de signature unique et personnelle.

Le chemin des MOOCs reste à construire

Il est certain que certains défis majeurs restent à résoudre, comme la tricherie, le besoin de contact « offline » entre étudiants ainsi qu’entre étudiants et professeurs en plus de celui « online », la pression de la gratuité des contenus sur les universités qui peut aussi conduire à une dilution des cours, et, finalement, le retard des autres nations en dehors de l’offre du continent Nord Américain. Peut-on l’ignorer? Certainement pas. Tout reste à apprendre.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Ces algorithmes qui nous gouvernent

Le 6 mai 2010 à 14 heures 40 le marché boursier de Wall Street a soudainement piqué du nez de manière vertigineuse. Des titres comme Accenture ou Boston Beer se sont retrouvés avec une cote de $0,01. Du jamais vu.

Aujourd’hui, on sait que des algorithmes de trading aussi appelés les « robots » par les financiers sont à l’origine de ce « flash krach ». Seule une interruption momentanée de Wall Street a permis aux ordinateurs de retrouver un peu de calme. Cet événement n’a toutefois pas changé le cours de l’histoire, les algorithmes sont toujours aux commandes à New York et représentent aujourd’hui entre 60 et 70% du volume des transactions. Cette situation est plus ou moins la même sur les autres grandes places financières du monde.

Les algorithmes dictent les règles du jeu.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul domaine où la puissance des algorithmes s’exprime.

Songeons en premier lieu à Internet, cet immense écosystème de données, d’informations interconnectées que, seuls les algorithmes parviennent à traiter, à manipuler et à produire au final des résultats qui deviennent à leur tour de nouvelles données et informations. Ainsi lorsque je fais une recherche sur Google, l’algorithme qui me prend en charge va offrir plusieurs solutions à ma requête présentée comme une liste de liens, mais, dans le même temps, va retenir ma requête comme une information qui va être intégrée comme une donnée pour ses propres recherches futures.

Il en est de même par exemple sur Amazon ou Ebookers, chacune de mes recherches et chacun de mes achats seront intégrés à une base de données de « comportement  clients » qui ira enrichir les recherches et offres futures non seulement me concernant, mais aussi pour ceux qui auront fait les mêmes choix.

C’est une nouvelle réalité : les algorithmes nous prennent en charge. Il ne reste qu’à franchir un petit pas pour qu’ils nous gouvernent. Un pas qui pour l’instant n’est pas encore franchi. Mais jusqu’à quand ? Il n’est pas question ici de se faire peur mais de bien comprendre le monde qui émerge. Un autre exemple tout aussi important, mais plus dissimulé : celui de l’automobile. Des centaines d’algorithmes ont été introduits dans la gestion de nos véhicules. Le plus visible et marquant est l’algorithme pour garer sa voiture. La publicité maintes fois vue de la marque automobile Volkswagen est une nouvelle étape d’aide à la conduite dont l’algorithme utilisé introduit une véritable évolution voire une rupture.

Ainsi à chaque visite chez votre garagiste, le diagnostic du véhicule s’opère grâce à un ordinateur pratiquement indépendant de l’humain. La facture souvent conséquente reste cependant aux frais du conducteur… Tout appareil électroménager, HiFi, TV, Radio, téléphone et bien sûr votre ordinateur sont bourrés d’algorithmes, mais, là, on s’en doutait un peu…

Qu’en est-il de l’Etat ? Si aujourd’hui de nombreuses procédures sont automatisées, il y a peu d’algorithmes qui utilisent l’interopérabilité des bases de données. C’est à la fois historique, à cause de l’étanchéité des départements et aussi philosophique car les administrations ne cherchent pas à interpréter les comportements des citoyens et se contentent de les servir.

Sans doute, un jour les états vont faire leur (r)évolution vers l’anticipation des besoins, mais ce n’est pas le cas actuellement. Un citoyen reste un usager passif, sauf si on lui demande sa voix pour des élections et des votations, mais on lui demande rarement de donner de la voix pour s’exprimer comme un citoyen « augmenté ».

La réalité du changement est plus lente que l’on ne le pense généralement, mais ses conséquences à long terme sont certainement sous estimées.

Explorons quelques exemples d’augmentations offertes grâce aux algorithmes.

Santé publique : comment combattre la grippe grâce à Google

Une application récente et frappante de l’apport des algorithmes est celle de la prévision de la grippe. Chaque année l’épidémie se propage et les services de santé publique suivent très attentivement l’avancement de son impact. Or, une équipe de Google a constaté que certains termes recherchés par les internautes sur leur service sont de bons indicateurs de l’activité grippale. Google Flu Trends utilise des données agrégées de recherche pour estimer l’activité actuelle de la grippe dans le monde entier en temps quasi-réel. En fait, on arrive à détecter une augmentation significative d’activité grippale avec 2 semaines d’avance sur les statistiques épidémiologiques du Center for Disease Control américain. Voyons cela de plus près.

Toutes les personnes malades ne cherchent pas le mot « grippe » ou les mots liés à ses symptômes sur Internet et tous ceux qui recherchent ces termes ne sont pas nécessairement malades, mais la corrélation est suffisamment forte pour que lorsque toutes les requêtes sont rassemblées, filtrées et comparées à la fréquence habituelle, la tendance ressort nettement. Ainsi, on arrive à estimer par un algorithme la progression de l’épidémie grippale saisonnière en utilisant de façon ingénieuse des données de recherche anonymisées afin de préserver la sphère privée des internautes.

Pourquoi utiliser les données, un peu improbables à première vue, issues d’un moteur de recherche plutôt que de simplement faire confiance au système classique de surveillance de la grippe ? Les deux ne sont pas concurrents mais finalement complémentaires : les épidémiologistes peuvent compléter les données  plus fiables relevées conventionnellement par les médecins, les centres de soins et les hôpitaux par ces indicateurs avancés en temps réel. Plus une maladie est détectée rapidement, plus il est possible d’en réduire les effets sans avoir à recourir à des campagnes de vaccination lancées en catastrophe et des décisions coûteuses hâtives.

Faut-il se méfier de l’effet de « buzz » qu’Internet sait si bien propager ? Certainement. Mais si ces premiers résultats expérimentaux sont confirmés et que les algorithmes sont plus raffinés, l’impact sur la santé publique pourrait être majeur et sauver un nombre considérable de vies. Cette recherche appliquée prometteuse a fait l’objet d’une publication dans le très renommé journal Nature en 2009.

Les « Smart Cities » : comment rendre le transport en ville plus intelligent à Singapour

Les villes et les métropoles se densifient de plus en plus : depuis 1950 la population mondiale urbaine est passée de 30 à 50% et on estime que d’ici 2050 plus de deux-tiers de la population mondiale vivra en ville. Les défis que cette tendance démographique amène sont énormes pour les pouvoirs publics. Voyons comment les algorithmes peuvent nous aider.

Le concept de « smart cities » (ou de « villes intelligentes ») ajoute aux infrastructures physiques de la ville une couche d’informations digitales qui permet d’imaginer des fonctions et des services aujourd’hui embryonnaires mais qui vont massivement se développer.

La ville de Singapour, par exemple, possède déjà un excellent réseau routier. Elle continue à améliorer sa gestion du trafic en équipant ses taxis de capteurs permettant de mesurer l’état du trafic en collectant leur position et leur vitesse. Ces données sont traitées par un algorithme qui permet de détecter les embouteillages et les zones à forte densité de trafic. Ces informations sont ensuite utilisées par les pouvoirs publics pour leur planification et aussi, surtout,  pour informer directement le public afin qu’il puisse mieux choisir son parcours, voire se reporter sur d’autres modes de transport.

Ce type de système intelligent permet non seulement de mieux appréhender un problème complexe, mais aussi de rendre plus lisibles les politiques publiques favorisant les transports multimodaux croisant voitures, bus, métros, trams, taxis, vélos, piétons, etc.

Est-ce que les algorithmes peuvent écrire des articles meilleurs que les journalistes ?

C’est la question un peu provocante que pose Wired. En effet, il existe aujourd’hui déjà des exemples fortement prometteurs dans ce domaine.

Narrative Science, une des compagnies les plus avancées sur le sujet, propose de transformer, depuis quelques temps déjà, des données et des événements en une sorte de « cocktail narratif ». Cela est effectué en créant des phrases contenant les éléments à disposition ainsi qu’une analyse déductive afin délivrer un article. Les articles ainsi produits n’auraient probablement jamais été écrits par une personne. Soit parce que l’audience aurait été trop petite, soit parce que le travail de fouille de données aurait été trop important et fastidieux, soit parce que le sujet n’aurait pas été suffisamment attirant pour un journaliste. Bref, il aurait été impossible de mettre un pigiste sur le sujet. Toutefois, les algorithmes sophistiqués, eux, permettent de produire une histoire qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’un humain aurait écrit avec un sens de l’exactitude et de l’analyse de données inégalé. Les applications sont multiples : de l’article sur les résultats de sport de la petite équipe de baseball qui fait la fierté d’un parent et d’un enfant, à la synthèse des résultats de marché demandée par les investisseurs et les managers de titres et de portefeuilles, jusqu’aux conseils personnalisés rendus à chaque étudiant sur la base de ses résultats et ses objectifs personnels pour réussir dans une discipline. La vidéo ci-dessous montre des résultats pour le moins saisissants.

Automated Storytelling

Il semble utile de revenir sur une définition simple du terme « algorithme ».

Algorithme (adapté de Wikipedia) : L’algorithmique est l’ensemble des règles et des techniques qui sont impliquées dans la définition et la conception d’algorithmes, c’est-à-dire de processus systématiques de résolution d’un problème permettant de décrire les étapes vers le résultat. En d’autres termes, un algorithme est une suite finie et non-ambiguë d’instructions permettant de donner la réponse à un problème. Si les instructions d’un algorithme s’exécutent les unes après les autres, l’algorithme est dit séquentiel, si elles s’exécutent en même temps, il est parallèle. Si l’algorithme exploite des tâches s’exécutant sur un réseau de processeurs on parle d’algorithme réparti, ou distribué. Le mot « algorithme » vient du nom du mathématicien Al Khuwarizmi (latinisé au Moyen Âge en Algoritmi), qui, au IXème écrivit le premier ouvrage systématique sur la solution des équations linéaires.

Voici encore 2 exemples d’entreprises dont le modèle d’affaire contient une forte composante algorithmique.

NetFlix

Netflix est une entreprise proposant des films en flux continu sur Internet ainsi que des locations de films par correspondance aux États-Unis et au Canada. La société a été fondée en 1997. Son siège est situé à Los Gatos en Californie. En 2009, elle offrait une collection de 100 000 titres et dépassait les 10 millions d’abonnés. En 2011, le service compte plus de 25 millions d’abonnés. L’abonné paie  une souscription mensuelle fixe et reçoit les films de son choix par courrier. Il n’y a pas de limite de temps, mais il y a une limite du nombre de films que l’abonné peut avoir simultanément qui dépend de son niveau d’abonnement. Netflix propose un service de film en flux continu pour les ordinateurs sous Windows et Mac OS ainsi qu’un certain nombre d’appareils compatibles (Wii, Xbox 360, PS3). Ce service est disponible par défaut aux abonnés du service standard de Netflix, mais l’ensemble du catalogue n’est pas accessible aux heures de pointe, c’est-à-dire en soirée. Netflix est responsable en 2011 d’environ 20% du trafic Internet en Amérique du Nord.

Quid

Bob Goodson, PDG de Quid, et Sean Gourley, son CTO, se sont rencontrés à l’Université d’Oxford. Peu de temps après, Sean a terminé son doctorat en physique et est venu le rejoindre aux États-Unis, Bob s’étant déjà établi dans la communauté hightech de San Francisco, où il a été le premier employé de Yelp, le fameux service en ligne de recommandation de restaurants. La vision des deux entrepreneurs pour Quid est celle d’un service qui appliquerait de nouveaux algorithmes, en utilisant des sources de données ouvertes, et créerait des visualisations novatrices pour mieux analyser et synthétiser des systèmes complexes pour prendre des décisions. Par exemple, les services proposés permettent d’analyser un secteur de technologies émergentes et de découvrir quelles stratégies d’investissement avoir en visualisant les zones encore vierges car elles commencent à voir des entreprises collaborer dans la recherche et le développement.

Xavier Comtesse, Avenir Suisse et Giorgio Pauletto, Observatoire technologique.
Texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Transformation des organisations – 22ème Journée de Rencontre de l’OT

Transformation des organisations

22ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique,
Vendredi 1er février 2013, 14:00-18:00,
hepia, rue de la Prairie 4, 1202 Genève.

Les administrations publiques vivent actuellement une grande révolution.

Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble.

Les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent, les données et les informations deviennent compatibles entre elles, les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs,  l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts, les partenariats public-privé offrent une nouvelle approche de répartition de rôles, la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les réseaux sociaux deviennent un moteur de la participation augmentée entre institutions et citoyens, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création.

Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement en dessinant de façon plus participative avec le secteur public des services innovants basés sur les politiques publiques et données des administrations, mais permettant d’avoir un impact plus fort et durable sur notre société.

Une évolution émerge au niveau des pays où le secteur public se transforme: on passe d’un paradigme d’administration électronique basée sur les transactions à une forme d’action transformationnelle qui nous emmène vers l’administration de demain.

  • Quels sont les défis et les opportunités qui s’ouvrent devant nous?
  • Quels sont les exemples existants et innovants pouvant inspirer nos actions?
  • Comment  appréhender ce contexte nouveau, complexe et mouvant dans un modèle encore souvent classique et hiérarchique?
  • Quels éléments concrets pouvons-nous mettre en commun ou différencier pour aller de l’avant?

Tels sont les enjeux qui seront  abordés à travers plusieurs intervenants dans cet évènement pour mieux cerner le cadre, faire connaître les expériences, développer les idées et inspirer les évolutions futures des organisations publiques.

Les intervenants suivants participeront à l’évènement:

  • Pierre Maudet, Conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité nous fera l’honneur d’intervenir au cours cette journée.
  • Thierry Courtine, Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, Gouvernement français.
    Modernisation de l’action publique
    Le SGMAP est une structure interministérielle du gouvernement français dont la mission est la modernisation de l’action publique. Elle pilote, coordonne et suit l’avancée au quotidien des projets de modernisation des administrations. Elle coordonne les travaux d’amélioration de l’action des administrations au profit des usagers, favorise le développement de l’administration numérique et anime les travaux de modernisation et d’évaluation des politiques publiques.
  • Frank Grozel, Programme de Facilitation du Commerce, CNUCED, ONU, Genève.
    Le gouvernement électronique est-il une solution pour des administrations faiblement institutionnalisées et des populations peu alphabétisées: l’expérience de la CNUCED dans les pays en développement
    Le programme de facilitation des affaires de la CNUCED a travaillé au cours des 10 dernières années avec une vingtaine de gouvernements de pays en développement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, pour moderniser des procédures administratives tellement méconnues, complexes et fluctuantes que l’immense majorité de la population vit et travaille dans l’informalité. Paradoxalement, l’informatisation pourrait être la voie la plus efficace pour faire évoluer les administrations, traditionnellement fractionnées et auto-centrées, vers un service public unifié et centré sur l’usager.
  • Stéphane Vincent, La 27ème Région
    Organiser le « piratage bienveillant » des politiques publiques
    Depuis 2008, la 27e Région conçoit et met en œuvre des programmes de recherche-action visant à explorer des façons différentes d’innover dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. Ces méthodes s’inspirent du design (design de services, design social), de la sociologie de terrain (ethnologie, observation participante), de l’open source (documentation, « piratage bienveillant ») et de l’innovation sociale. Stéphane Vincent, co-fondateur et délégué général de la 27e Région, reviendra sur les principales étapes de cette démarche expérimentale, et évoquera les derniers enseignements tirés, à partir de plusieurs dizaines d’expériences conduites depuis 4 ans.
  • MC Casal et Sabine Dufaux, Agence Relax In The Air
    Secteur public et numérique : le défi de la gestion du changement
    L’intégration des technologies numériques et de l’engagement social donnent l’opportunité aux institutions publiques de mieux servir et interagir avec leurs usagers. La mise en place de cet écosystème digital implique cependant des changements structurels, organisationnels et culturels. Au travers de l’exemple des Musées d’art et d’histoire de Genève, Relax In The Air montrera comment ce processus de gestion du changement centré sur l’utilisateur (publics et équipes des musées) a été mis en place.

L’entrée à cette Journée de rencontre est libre et gratuite mais pour en faciliter l’organisation, nous vous remercions de vous y inscrire en nous faisant parvenir un email à l’adresse ot@etat.ge.ch.

Administrations: le changement permanent – Smart Gouvernance

Les administrations de demain seront confrontées à des territoires différents. Autrefois définis par le sol et les lois, il deviennent maintenant fonctionnels et à géométrie variable sous l’influence du digital. Le paradigme du new public management est peu à peu transformé en « we » public management. Finalement, le changement est aujourd’hui permanent et se doit d’être anticipé et accompagné par des structures appropriées.

Ce billet fait partie d’un corpus qui sera publié ici tiré d’articles du rapport «Smart Gouvernance» par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto (2011).

Reconnue pour son excellence, l’administration, qu’elle soit communale, cantonale ou fédérale a entamé, en Suisse une métamorphose silencieuse et profonde qui se caractérise par quatre lames de fond, véritables tsunamis du service public, portant sur le digital, le territoire, la «soft» régulation et les réseaux sociaux. Depuis Napoléon, on n’avait pas assisté à une telle remise en question des pratiques, un tel redécoupage des territoires et une telle avalanche de changements de règles du jeu.

Tentons d’y voir plus clair.

D’abord, la digitalisation des services a enregistré, avec Internet, une accélération des procédures et un changement de perspective à 180°. Les services sont ainsi disponibles sur Internet 24h/24 et 7 jours/7: «Le client n’est plus celui qu’on sert, c’est lui va se servir tout seul, en tout temps.»

VERS LA FIN DES GUICHETS

Repenser les services publics à travers cette nouvelle perspective n’est pas chose aisée. De nombreuses administrations ont tenté, en premier lieu, de créer un guichet virtuel pour tenir le client à distance, en quelque sorte. Mais, avec l’introduction du dossier médical ou fiscal, on entre de plain-pied dans l’ère du dossier citoyen virtuel «My File»1, c’est-à-dire de la cogestion des dossiers. Le citoyen, l’entreprise, le client deviennent partenaires des procédures et pénètrent dans la sphère de l’administration et donc, au plus profond du bien public.

Le digital, le territoire, la «soft» régulation et les réseaux sociaux sont autant de bouleversements qui remettent en cause le travail des administrations.

Plus fort encore, les usagers peuvent même parfois proposer, animer des actions publiques; on parle alors de co-création du bien commun. Pour en arriver là, les administrations ont dû adapter pas à pas leurs services, ajuster petit à petit leurs départements, se rapprocher des autres cantons. C’est la «loi sur l’harmonisation des registres» qui a permis cette énorme progression. En effet, dès lors que les données informatiques sont compatibles les unes avec les
autres, il n’y a pas de raison à ne pas les échanger. C’est, à vrai dire, une petite révolution en soi si l’on songe à l’organisation hermétique en «silos» des administrations qui prévalait jusqu’ici. De plus, les territoires politiques ont rapidement évolué sous la pression des fusions de communes (plus d’une centaine en une décennie), la création du concept d’agglomération (plus d’une trentaine de projets sur trois ans), l’émergence des régions métropoles (trois à quatre en Suisse). Toutes ces nouvelles entités territoriales proviennent de décisions politiques prises au niveau des cantons pour les fusions de communes, au niveau fédéral pour les agglomérations et au niveau européen pour les régions métropoles.

Ainsi, chaque niveau supérieur de la hiérarchie a incité les niveaux inférieurs à se regrouper pour gagner en efficacité. Cependant, le local et le territoire semblent souvent résister à ces diktats, mais, globalement, les réformes territoriales avancent aussi sûrement que l’histoire de la mobilité des citoyens sur ces mêmes territoires.

Mais, pour les administrations et surtout les fonctionnaires qui les font marcher, cela représente un nouvel effort et, surtout, une réévaluation de leur rôle sur les territoires devenus eux-mêmes mobiles!

DES TERRITOIRES À GÉOMÉTRIE VARIABLE

Ainsi, la gestion administrative des eaux, de l’énergie, de l’environnement, des transports publics, des écoles, des universités, de la police, des infrastructures, etc. n’est plus l’affaire d’une administration unique sur un territoire propre, mais celle de plusieurs répondants de juridictions différentes (canton, pays). De plus, chaque thématique dessine un territoire distinct. Les HES concernent la Suisse occidentale dans son ensemble, les eaux usées, des communes
voisines, voire transfrontalières, et la troisième voie de chemin de fer de l’Arc lémanique met en mouvement les cantons de Vaud et de Genève et la Confédération, etc. Bref, les territoires sont devenus à géométrie variable. Les concordats de toutes sortes entre différents systèmes politiques et administratifs deviennent légion. La régularisation se complique.

Avec ce grand chambardement des territoires, les administrations ont dû gagner en souplesse d’adaptation et en créativité dans la réglementation. Tout est à repenser et à reconstruire. Il en ressortira une constante: «le changement permanent». Car il faut se confronter à cette réalité des territoires qui ont, après plus de deux-cents ans de quasi-immobilisme, commencé à bouger et il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Enfin, la question de la régulation, de la législation
et des normes et standards poussent les administrations vers un nouveau paradigme, celui de l’a posteriori. Basées essentiellement sur l’a priori à savoir la codification par avance des procédures, les administrations entrent dans l’ère de l’a posteriori à travers des processus évolutifs et changeants. Rien ne sera plus comme avant dès lors que les règlements seront établis, pour l’essentiel, après coup.

LE CODE DU «A POSTERIORI»

Lorsque l’OCDE émet une liste noire des paradis fiscaux, la Confédération adopte très rapidement une procédure de signatures d’accords bilatéraux et de collaboration en matière fiscale. Lorsque cinq ministres européens de l’éducation supérieure plaident pour un nouveau système d’accréditation universitaire (processus de Bologne), alors nos universités adoptent cette nouvelle réglementation en dehors de la voie parlementaire. Lorsque la gestion de l’environnement est soulevée sur un mode dramatique par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), hébergé par l’Organisation mondiale de la météorologie à Genève, alors la commune de Cartigny s’érige en commune modèle de l’environnement. On pourrait poursuivre à l’infini cette énumération des changements de comportements et d’actions entreprises en dehors du modèle législatif traditionnel. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est que les réglementations évoluent vite sous la pression extérieure, sans faire appel à la régulation législative parlementaire.

On a donc affaire à un code évolutif, pas toujours fixé dans le cadre de la loi, mais avec lequel les administrations doivent tout de même agir. Songeons ici au concept «d’acquis commentaire» que l’Europe cherche à imposer à la Suisse. Cela signifie, en raccourci, que tout changement de régulation européenne doit être intégré par la Suisse sans discussion ou presque!

«WE PUBLIC MANAGEMENT»

Le «new public management» des années 80/90 avait placé le fonctionnaire dans une position d’intrapreneur. Tout conduisait à sa prise en charge, à son esprit entrepreneur pour créer des sortes de «mini-centres» de profit. L’inversion de son rôle a créé passablement de remous, mais le client (citoyen, entreprise, etc.) s’était octroyé une place de choix, celle du «client-roi». Avec la montée en puissance de la participation, notamment avec les nouvelles applications du e-gouvernement, le client change à nouveau de posture pour devenir, en quelque sorte, le «client-acteur». On parle souvent de consommActeur pour désigner ce nouvel état de fait. Cependant, la philosophie du «new public management» n’est plus opérationnelle dans ces conditions. Dans les pays d’Europe du Nord ou d’Amérique du Nord, se profile une nouvelle approche que l’on pourrait qualifier de «we public management», sorte de clin d’oeil à la précédente vision. Dans cette nouvelle approche, on offre au client la possibilité d’agir et d’intervenir sur les procédures administratives de manière radicalement nouvelle. En effet, dès lors que les données administratives sont regroupées dans des dossiers partagés avec le client (le concept de «My Files»), alors les différents partenaires agissent de concert sur les mêmes données. Le dossier médical en ligne est l’un des exemples de ces nouvelles pratiques. La sécurité et la confidentialité des informations doivent être garanties mais également la «traçabilité», ce qui signifie que les administrations doivent mettre en place un nouveau concept d’«accountability», qui pourrait se traduire comme le fait de «rendre des comptes sur les procédures accomplies».

RÉSEAUX SOCIAUX

L’émergence des réseaux sociaux en tant que nouvelle forme d’organisation de la société civile pose problème aux administrations. Le pouvoir chinois essaie à tout prix de limiter l’usage de Facebook, et il n’est pas le seul à adopter cette attitude. Facebook est pratiquement interdit dans bon nombre d’administrations occidentales.

Obama townhall meeting Facebook

Avec les nouvelles technologies, le citoyen a la capacité de devenir acteur de la vie publique.

Ce n’est pas tant son usage pendant les heures de travail qui est remis en question, mais plutôt le fait que la société civile puisse s’organiser de manière virtuelle et selon des thématiques parfois fortement connotées. Depuis la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles américaines de 2008, le monde politique est aux premières loges pour apprécier ce changement. Cependant, les administrations restent en retrait et peinent à entrevoir l’usage participatif et constructif de cette pratique. Des pistes ont été explorées, comme GovLoop.org qui est le premier réseau social connecté au gouvernement à travers des dizaines de milliers de fonctionnaires au niveau fédéral, des états et local. D’autres exemples sont illustrés dans le papier «Citizen 2.0». Cet essai montre qu’un nouveau chemin du participatif transformationnel est en train de se dessiner.

Cependant, tout reste à explorer, à inventer et à implémenter.

MISE EN ŒUVRE DU CHANGEMENT

L’ensemble des bouleversements évoqués ci-dessus ne sont pas sans risque pour les administrations. En effet, les bases légales vont évoluer, de même que les pratiques et les procédures. Il est donc grand temps que les administrations se dotent de cellules du changement un peu à l’image de l’Observatoire Technologique à Genève.

Ces organes auraient comme fonction d’étudier, de communiquer et d’élaborer des stratégies de changement. Proches de l’exécutif politique ou des secrétaires généraux, ces entités devraient accompagner la mise en place des nouvelles procédures, notamment celles liées à Internet, aux accords inter-territoriaux, aux nouvelles régulations et à la montée du participatif. Intégrer et conduire le changement de manière méthodique est la seule manière de ne pas en perdre le contrôle, car le risque de dérapage dans le foisonnement d’expérimentations au sein de ce mouvement n’est pas exclu.

Internet: de la communication à la conversation

Depuis quelques années, à chaque fois que Darius Rochebin énonce le sommaire en début de son téléjournal, nous n’exprimons plus aucune surprise car nous en connaissons le contenu. En effet, bien avant le rendez-vous de 19h30, toutes ces informations ont été mises à notre disposition sur nos « smartphones » via la nébuleuse Internet. Elles nous ont été envoyées en flux tendu et constant.

C’est cela la nouvelle réalité.

Aucune « nouvelle » transmise par les médias traditionnels n’est vraiment « nouvelle ».

Du moment où chacun d’entre nous, a instantanément et gratuitement accès à l’information, et ceci n’importe où dans le monde, alors l’asymétrie de l’information qui prévalait dans l’ancien monde s’estompe chaque jour un peu plus. Ceux qui la détenaient comme l’industrie des médias, se trouvent subitement privés de cet avantage compétitif qui leur procurait pouvoir et profit.

Ainsi les présentateurs des journaux télévisés apparaissent soudainement très pâles derrière leur prompteur et leur prestation s’apparente à une sorte de karaoké de l’information dans une lecture des nouvelles du jour dont ils n’ont plus la primeur.

Cette révolution, produite par la fin de l’asymétrie de l’information, conduit notre société vers une nouvelle forme de communication plus proche de la conversation que de la propagande. En effet, l’émetteur d’information qui devait jusqu’alors utiliser des canaux de diffusion bien définis et contrôlés, a aujourd’hui, la liberté d’entrer via Internet directement en contact avec le monde entier ou presque.

Ce détournement des canaux de diffusion traditionnels par Internet engendre une communication ouverte, plus ou moins incontrôlable, instantanée et sans territoire. Ainsi, elle est elle-même obligée de changer de ton. Moins propagandiste, plus conversationnelle. Elle cherche à susciter le dialogue en tentant de le rendre plus positif et bienveillant. Il s’agit d’entraîner tout un chacun vers le « buzz », c’est-à-dire vers une diffusion large afin de porter le message le plus loin possible. Ici, la question des relais devient primordiale, car ce sont eux qui vont assurer la diffusion et il faudra trouver un moyen pour que ce passage s’effectue sans trop de déformation mais sans contrôle.

Des expériences ouvrent discrètement ce champ encore peu exploré. A la télévision, avec « Le deuxième écran » qui permet de complémenter les reportages diffusés durant le journal sur un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable très souvent regardés aujourd’hui simultanément à la télévision. A la radio aussi avec « En ligne directe » qui interpelle le débat avec les réseaux sociaux sur une question quotidienne d’actualité, débat ensuite relayé avec des invités sur les ondes.

A travers l’évocation de ces quelques attributs du changement, on s’aperçoit à quel point la nouvelle communication explore de nouveaux formats de sens et de nouveaux processus de diffusion. C’est pourquoi, on parle désormais plus de « storytelling » que de messages. Selon Wikipédia, le « storytelling » est une méthode utilisée en communication basée sur une structure narrative du discours qui s’apparente à celle des contes, des récits. La forme du « storytelling » se prête mieux à la conversation qui échappe largement à l’émetteur de l’information pour emprunter un processus de diffusion qui se rapproche alors de la conversation du café du commerce.

Formaté sous une forme narrative, le message ou l’information tient mieux la distance de la déformation inévitable lors de sa diffusion et va ainsi se répandre de proche en proche dans une sorte de réseau immense de micro relais.

Relayer, c’est déformer sauf si l’information se trouve bien formatée dans la structure du récit.

Voilà, l’art de la conversation qui prend le dessus sur celui de la communication.

Examinons cette affirmation à partir de trois cas: celui des médias, des réseaux sociaux et des relations publiques.

Les médias

Dans le cas des médias traditionnels, c’est-à-dire hors du champ d’intervention d’Internet, la crise dite du journalisme n’est ni une crise conjoncturelle liée à un changement passager de l’évolution économique, ni structurelle qui correspondrait à un changement technologique ou à un nouveau modèle économique, non il s’agit vraiment d’une crise systémique. C’est le système qui change plus que les acteurs et leurs actions. La fin de l’asymétrie de l’information implique un changement de format de l’information et de son processus de diffusion.

Prenons un exemple. Le Prix Pulitzer a récompensé en 2010 pour la première fois une journaliste Internet de la rédaction du site américain ProPublica. La lauréate Sheri Fink, journaliste Web dans la catégorie « journalisme d’investigation » nous relate une histoire dans un grand hôpital de la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina comme une véritable expérience partagée.

Son reportage nous a fait découvrir petit à petit à travers des séries détaillées, les décisions de vie et de mort prises en urgence par les médecins épuisés et les conséquences liées à ce désastre humanitaire. Cet enchaînement de faits n’est pas offert sur un plateau mais se lit comme un script avec des rebondissements, des flashbacks et des répercussions judiciaires et humaines.

Cette évocation expérimentale rend caduque pour toujours l’article de presse traditionnel. Albert Einstein disait déjà que « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information ». Il faut désormais s’y habituer: l’information est devenue connaissance. Les nouveaux outils développés à partir d’Internet ont transformé l’exhaustivité de l’information sur un sujet en s’appropriation et en partageant l’expérience. YouTube, Facebook, Google, Wikipedia, iPhone, iPad, etc. sont les nouveaux outils de ce nouveau pouvoir distribué. Ils affectent l’information en la transformant en une expérience susceptible de nous instruire réellement. Voilà un changement de système qui est en train de s’opérer activement.

En effet, les institutions nous ont d’abord transformé en consommateur-producteur, c’est-à-dire une sorte de consommActeur capable de court-circuiter les intermédiaires, mais elles nous ont simultanément transféré le pouvoir de construire nos propres expériences. De simples canaux de communication, ces plateformes nous muent maintenant en producteurs et vecteurs de contenus. Une intelligence collective avec des interactions multiples de membres connectés est née et se construit grâce aux nouvelles stratégies du Web participatif. Comme nous l’annonçait Marshall McLuhan, le célèbre théoricien des médias, nous transformons nos outils et ensuite ceux-ci nous transforment.

Les réseaux comme le partage de vidéos en ligne sur YouTube, de savoirs sur Wikipedia, de liens sociaux sur Facebook ou encore de photos sur Flickr illustrent clairement cette puissante métamorphose.

Les réseaux sociaux

Si le journalisme introduit de la connaissance alors les réseaux sociaux créent de la conversation. Basées sur des expériences partagées, les relations entre membres d’un réseau social s’apparentent davantage plus à une immense conversation qu’à de la communication. Chacun se raconte en détaillant ses expériences et chacun participe au récit de l’autre. C’est de ce type de conversation dont il s’agit.

Il est clair que lorsqu’une histoire globale entre en résonance avec ce fond conversationnel alors un « buzz » émerge. Tout le monde se met à commenter et à dialoguer sur cette narration, cette « story » commune et partagée.

Ainsi, il est schématiquement possible d’avancer qu’une histoire devient globale dès lors qu’elle quitte le champ du personnel, du réseau strictement réservé aux ami(e)s. Sur Facebook, chacun des « murs » devient alors le pan d’une muraille de l’actualité. C’est pourquoi il est aisé d’observer lorsque par exemple, survient un massacre dans une université américaine, que tous les « murs » personnalisés de Facebook se mettent à vibrer pour relater en même temps sous le coup de l’émotion, les réactions des internautes. Au fur et à mesure que la conversation s’emballe et se propage, elle devient globale. Il en est de même sur Twitter ou d’autres réseaux sociaux.

Donc subitement, des milliers de « petites » conversations souvent spontanées et parfois insignifiantes, deviennent sous la pression d’un événement ou d’une « story », une conversation planétaire comme le monde n’en avait encore jamais connue jusqu’alors.

Pour les institutions comme les États, les administrations, les entreprises ou les organisations de la société civile, la situation est devenue complexe. En effet, une information ou une rumeur qui serait véhiculée comme une « story » va prendre des proportions parfois démesurées sans que personne ne puisse ni la contrôler, ni la stopper. Il s’agit là bien d’une machinerie nouvelle capable de tout dévaster sur son passage. Cela a été le cas notamment pour les photos dégradantes de victimes prises par les soldats américains lors de la guerre en Irak ou en Afghanistan ou pendant le printemps arabe, les films amateurs qui ont relaté l’autre vérité.

Ce qu’il faut comprendre dans ces phénomènes de conversation via les réseaux sociaux, c’est à la fois leur capacité de mobilisation sans précédent et la force du « storytelling » qui est entrain de remplacer l’information traditionnelle dans nos sociétés modernes.

Les relations publiques

Que ce soit au niveau des collectivités publiques ou des entreprises privées, les relations publiques sont devenues au fil des ans, une fonction indispensable de la communication avec le grand public. Cette fonction s’était professionnalisée. Mais brusquement Internet et les réseaux sociaux ont changé la donne. Il est aujourd’hui difficile de constituer un message pour le grand public dès lors que ce dernier formate librement le sien à une échelle plus vaste.

Le domaine des relations publiques a cherché par tous les moyens à entrer en contact avec ces réseaux en ouvrant maladroitement des pages Facebook. Le résultat a été souvent décevant car leurs pratiques n’ont pas évolué. Il est toujours en train de communiquer alors que les réseaux sociaux dialoguent.

Toutefois, cette erreur d’appréciation a été dans certains cas corrigée et quelques tentatives de dialogue ont été amorcées. Mais en règle générale ce fut un échec et il suffit pour s’en convaincre de penser à la difficulté des dirigeants, y compris ceux de Facebook, d’entrer en conversation avec leurs millions de membres ou clients. On mesure alors l’ampleur du problème et du chemin à parcourir.

Il s’agit bien de reconsidérer totalement la question: « Communiquer n’est pas converser ».

Dès lors, que l’on accepte cet état de fait, il faut revisiter les théories de l’information et de la communication notamment celles de Claude Shannon et de ses pairs et favoriser celle par exemple, du « end to end ». Dès lors, il est crucial de considérer que la communication devient un mixage du contenu, de sa forme et de la relation comme le propose Paul Watzlawick de l’École de Palo Alto.

Dans la même optique, le format et le processus de la conversation doivent d’abord être pensés, mis au point avant même d’être offerts au dialogue. C’est là que peut aussi intervenir le concept de « storytelling », car il offre une forme relativement stable au récit.

Pour les administrations publiques, c’est évidemment un effort nouveau et important à fournir car elles n’ont quasiment jamais envisagé les choses sous cet angle. Qui dans l’organisation pense à la « story », nouvelle forme contemporaine d’entrer en dialogue avec les clients, les citoyens?

Ainsi, on peut avancer sans trop se tromper qu’une très grande révolution de la communication est en marche et que ceux qui n’en comprendront pas les tenants et aboutissants, risquent fort bien de le payer cher en terme d’image.

Xavier Comtesse, Avenir Suisse et Giorgio Pauletto, Observatoire technologique.
Texte paru comme article dans « Affaires Publiques »
Illustrations: http://adsoftheworld.com/taxonomy/brand/maximidia

La transformation des administrations – Smart Gouvernance

Ce texte présente le cadre de la transformation des administrations de demain. Les grandes tendances sont présentées ainsi que des signaux de changement qui prennent corps à travers des exemples observés. Il s’agit ici d’exposer et de comprendre le fil rouge de la transformation des administrations publiques qui nous donne le canevas pour articuler les articles suivants et les illustrations concrètes.

Ce billet fait partie d’un corpus qui sera publié ici tiré d’articles du rapport «Smart Gouvernance» par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto (2011).

INTRODUCTION

On parle de plus en plus de «smart» gouvernance pour désigner la phase en devenir du développement des administrations et des gouvernements. Le terme «smart» introduit par le Professeur Joseph Nye, fait référence à la combinaison des modes transactionnels (hard power) et transformationnels (soft power). Après avoir connu une phase dite du e-gouvernement qui correspondait à la mise en ligne sur Internet des services administratifs suivie d’une phase (encore en développement) du «Open» Gouvernement correspondant à la mise à disposition des données par les administrations, on anticipe l’arrivée d’une nouvelle phase participative et transformationnelle dans laquelle les usagers deviendront de véritables acteurs du changement.

En effet, il est important de pouvoir situer dans un contexte contemporain, l’évolution des changements sociétaux et technologiques tout en fournissant aux administrations, aux politiques mais aussi aux usagers qu’ils soient simples citoyens, entrepreneurs ou représentants des anciennes ou nouvelles formes d’organisation de la société civile, une sorte de «feuille de route» visionnaire des transformations en cours. En effet, le participatif «augmenté» et le transformationnel ne sont pas encore des concepts bien appréhendés par les différents acteurs. Prendre le temps d’en analyser les enjeux et les contours nécessite à la fois de se plonger dans de nouveaux comportements sociétaux et de saisir les potentiels des progrès technologiques.

SITUATION

L’administration vit actuellement une grande révolution. Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble; les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent; les données et les informations deviennent compatibles entre elles; les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs; l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts; la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création dans un esprit d’open source. Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement (citizen 2.0) en proposant des applications nouvelles basées sur les données des administrations mais exécutées en dehors de celles-ci. On parle ici d’action transformationnelle à savoir au-delà du cadre transactionnel.

La digitalisation des administrations s’inscrit dans un mouvement profond commencé dès les années 60 par l’informatisation des documents, des procédures et des transactions administratives. Ce travail d’informatisation / digitalisation est l’expression d’un changement de paradigme pour l’administration puisqu’il suppose que les traitements administratifs peuvent être «automatisés» et «partagés ». Cela signifie en d’autres termes qu’il existe un transfert d’activités et de compétences vers les usagers au moyen d’une plateforme informatique. L’arrivée du Web au milieu des années 90 a considérablement accéléré ce mouvement notamment en offrant aux «clients» de l’administration à savoir les citoyens, les entreprises ou les organisations de la société civile, un environnement de communication automatique, performant, rapide et accessible en tout lieu et à tout moment (24h sur 24 et 7 jours sur 7). Ce changement de pratiques induit une mise à disposition de plus en plus large des services et des prestations poussant également l’administration à interconnecter ses services. On parle d’interopérabilité pour désigner ce phénomène.

Dès lors, l’administration construite historiquement sur des piliers départementaux plus ou moins autonomes, souvent peu connectés et traitant des données parfois incompatibles entre elles, a du entamer un travail stratégique passant d’une position réactive à une dynamique pro-active. Les effets de la normalisation digitale, mais aussi l’ouverture au public sont devenus importants. De plus, comme les «clients» de l’administration disposaient déjà de quatre canaux de communication importants – le guichet, le courrier, le téléphone et le fax – l’administration s’est vue confrontée à une gestion multiple des flux d’échanges, de contacts et de procédures. Intégrer l’ensemble de ces pratiques pose de nombreux problèmes organisationnels, juridiques et politiques.

La «smart» administration présentera une grande diversité dans ses rapports et ses pratiques avec sa clientèle, cette dernière devenant elle-même partie prenante des processus. On peut distinguer cinq grandes formes de communication/collaboration/participation:

  • L’informationnel
  • Le transactionnel
  • La personnalisation
  • Le participatif
  • Le transformationnel

Aujourd’hui, on peut dire que la première phase de mise à disposition de l’information sur Internet a largement été implémentée par les administrations. Souvent présentées sous forme de «guichet» ou de «portail» virtuel (sorte de plateforme administrative), ces informations ont été réunies par les différentes structures administratives (départements, services, etc.). Face à ces «portails» organisés par menu, les moteurs de recherche comme Google, ont largement cassé leur usage hiérarchique au profit d’une recherche «directe». Le concept de «portail» paraît déjà appartenir à un autre temps et de nouveaux «design» de sites Internet apparaissent dans de nombreux pays. La question clé de l’accessibilité rapide et contextuelle à l’information devient ainsi un nouvel enjeu déterminant. L’arrivée promise du Web sémantique changera définitivement la donne. Rappelons que la recherche d’information reste encore une des principales activités des usagers sur Internet en ce qui concerne leurs rapports aux administrations. La transparence des activités administratives va continuer à pousser ces dernières vers une réforme informationnelle d’envergure.

Le transactionnel qui est la mise à disposition auprès des usagers de services informatisés pour des transactions totalement «en ligne» comme par exemple la déclaration des impôts payables directement en ligne, devient une priorité pour beaucoup d’usagers. Elle nécessite une grande interopérabilité des systèmes d’information à l’intérieur des administrations tant au niveau des données que des structures, mais réclame également des bases légales régulant les services administratifs. Il s’agit avant tout de passer d’un système organisé en «silos» vers un système «dynamique» d’interopérabilité. Cela implique des changements structurels, administratifs et juridiques.

La phase de personnalisation qui aboutit à la création d’un «espace citoyen personnel» (ou pour les entreprises d’un «espace entreprise dédié») reste un point encore largement en développement. Le concept du dossier virtuel citoyen «My Files» (véritable regroupement virtuel de tous mes documents et transactions administratifs) est aujourd’hui, en phase expérimentale dans plusieurs pays comme la Belgique, l’Autriche, la France, etc., mais aussi en Suisse. Souvent expérimenté et utilisé dans le domaine de la santé, ce concept «My Files» est un changement en profondeur du système de traitement de l’information et des relations avec le «client». En effet, ce dernier a un accès immédiat et permanent à son statut d’administré et peut intervenir directement sur celui-ci tout en étant associé aux procédures administratives qui le concernent. L’administration s’ouvre en quelque sorte à la pratique du «do-it-yourself»!

La phase du participatif, notamment avec la cyber-adminsitration, la e-démocratie, le e-voting, l’e-initiative, l’e-referendum ou les e-forums (discussion publique, town hall meeting, etc.) est encore dans la plupart des pays à l’état d’ébauche. Cependant, Genève avec son e-voting inscrit dans la constitution paraît ici être en avance. Obama avec ses «town hall meetings» ou encore durant sa campagne avec ses réunions, via Internet (appelées «Unite for Change») a montré également le chemin. Le participatif qui implique une activité de co-design des usagers est en plein essor. Nul ne connaît encore les limites de cette évolution et les répercussions possibles sur les administrations.

Enfin, la phase du transformationnel qui donne aux usagers une force de co-création, notamment avec la technologie du «Mashup», est en phase de modifier profondément la notion de «bien commun» en redistribuant largement les rôles entre l’administration et les ses administrés. Ces derniers seront associés dans la création d’une nouvelle administration entièrement digitalisée. Par la mise à disposition d’une grande partie de données administratives (Open Data), les usagers seront amenés à transformer de leur plein gré les nouveaux services communs. Le transformationnel impliquera forcément la redéfinition du «bien commun» et du «bien public».

MODÈLE GÉNÉRAL DE CONNAISSANCE: DE L’INFORMATIONNEL AU TRANSFORMATIONNEL

Les stratégies de développement des services offerts par les administrations de demain sont basées sur l’augmentation de l’interactivité entre usager et administration. Cependant, il n’existe à l’heure actuelle que très peu d’outils stratégiques pour définir à la fois, une vision claire à long terme de ce processus, et une méthodologie transformationnelle du transfert d’activités et de compétences dans le cadre de cette relation élargie. En offrant un schéma de ce double transfert, notre contribution tente de remédier à cet état de fait.

La classification des services de l’administration de demain proposée d’une manière classique au niveau international, s’est développée sous l’impulsion des rapports de benchmarking notamment ceux de l’Union Européenne. Elle définit un modèle à 5 niveaux de sophistication pour évaluer les progrès accomplis par les administrations des différents pays concernés.
Nous proposons non seulement d’ajouter un nouveau niveau de sophistication au modèle, mais plus encore, de structurer cette représentation schématique sous une toute nouvelle approche.

En effet, l’administration en ligne opère deux transformations/transferts fondamentaux:

  • Elle transfère de plus en plus des activités administratives vers l’usager final.
  • Elle transfère simultanément de la compétence vers celui-ci.

EXPLICATION DU MODÈLE

Le schéma présenté est de ce fait une véritable «matrice de transfert» qui permet non seulement d’évaluer l’avancement de la transformation des services administratifs et donc sa comparaison (benchmarking), mais surtout cette «matrice de transfert» devient un outil stratégique pour le management. En favorisant la compréhension du rôle présent et futur des usagers (citoyens, entreprises, autres administrations et organisations de la société civile,..) cette matrice de transfert représente un changement de paradigme pour les administrations. Il s’agit désormais d’un processus d’empowerment de l’usager qu’il faut mettre en marche plus qu’une simple transformationdes services administratifs traditionnels pour les mettre en ligne.

Le modèle présente, transforme complètement l’approche traditionnelle des administrations en définissant clairement le type d’activités désormais dévolue à l’usager et le type de transfert de compétences qui l’accompagne. De plus, nous définissions un nouveau niveau de sophistication: celui du participatif.

Ainsi l’axe horizontal représente le transfert d’activités selon les niveaux suivants:

  • Passif: L’usager n’a accès qu’à de l’information structurée qu’il peut découvrir à partir de moteurs de recherche ou de structures en arborescence.
  • Self Service (One Way): L’usager peut choisir des documents spécifiques et les télécharger. Self Service (Two Ways): Il peut échanger des documents, des formulaires ou des e-mails avec l’administration et effectuer des transactions complètes avec paiement.
  • Do It Yourself: Les usagers peuvent personnaliser les services (ex. déclaration d’impôt, etc.)
  • Co Design: Les usagers collaborent,participent à la collecte ou/et à la correction des données (ex. information sur l’état des routes).
  • Co Création: L’usager peut participer à l’élaboration de la vie politique et démocratique de sa région ou de son pays (ex.création de nouveaux services directs «mash-up»).

L’axe vertical représente quand à lui, le transfert de compétences vers l’usager. Les niveaux de sophistication vont des données à la modélisation selon la classification suivante:

  • Donnée: Il s’agit ici de mesures ou de données brutes typiques produits par les services statistiques.
  • Information: Un contenu est ajouté aux données qui prennent un sens contextuel.
  • Catégorisation: L’information se classe par domaine d’application. Elle prend une valeur métier. Elle étend son champ analytique.
  • Dimension: De nouvelles dimensions sont prises en compte: le temps d’abord, la série temporelle ajoute une dimension nouvelleà l’information qui devient holistique; le social ensuite créant ainsi les conditions de collaboration/participation augmentée.
  • Modélisation: La théorie dynamique devient prévisionnelle.

On peut élaborer des scénarios, des modèles permettant l’anticipation et la gestion du changement.

LES CINQ NIVEAUX DU MODÈLE

Niveau Information
L’utilisateur peut consulter des informations sur Internet. Cette phase fut traditionnellement la première à avoir été mis en ligne. Cependant la recherche d’informations par les usagers reste une demande forte. Avec l’arrivée des moteurs de recherche (Google, etc.), elle a changé complètement d’orientation en cassant en quelque sorte les présentations des informations en menu: trouver rapidement une information est devenu le principal défi.

Niveau Transactionnel «One Way»
L’usager peut télécharger des documents (downloading). Bien que cette phase soit aujourd’hui élémentaire, elle n’en reste pas moins essentielle pour les usagers qui gèrent tout de manière électronique. Une gestion et un archivage électronique nécessite de pouvoir contrôler tous les documents sous forme digitale.

Niveau Transactionnel «Two Ways»
L’usager peut déposer («uploader») des documents, envoyer des formulaires ou des e-mails. Cette phase de l’interactivité a été déterminante dans les progrès accomplis par les
administrations. Elle reste, aujourd’hui encore, une contribution majeure et n’a toujours pas atteint tous les services de l’administration, notamment en ce qui concerne les demandes non structurées. L’usager peut accomplir des transactions complètes avec paiements. Niveau clé pour les gains en productivité donc de la rentabilité des administrations, cette phase est dans la plupart des pays ou développement futur en cours de mise en oeuvre. Elle sera décisive pour un soutien à long terme par les usagers car elle fait gagner du temps et de l’argent de part et d’autre.

Niveau Personnalisation
L’usager a accès à des informations et des transactions personnalisées. Les documents sont pré-remplis à son usage personnel. La transaction est totalement sécurisée et personnalisée. C’est la phase qui voit naître le concept de dossier citoyen «My Files» comme élément de base de toutes relations futures avec l’administration. Chaque usager disposera en quelque sorte de son dossier unique regroupant toutes ses activités et ses documents administratifs dans un seul lieu virtuel et accessible en permanence de part et d’autre. La traçabilité des activités deviendra nécessaire pour garantir une bonne «accountability».

Niveau participatif
L’usager est convié à une sorte de cyber-administration par les possibilités qui lui sont offertes de contribuer à la collecte, la correction ou l’ajout de données adminsitratives. Le cadre administratif de colaboration est fixé par les autorités. L’usager a la liberté d’y effectuer des contributions pro-actives mais il ne peut pas changer le cadre. En devenant librement participatifs, les usagers acquièrent alors une sorte d’autonomie («empowerment») dans la mesure où ils interviennent directement sur/dans les données de l’administration. L’exemple typique est l’information participative sur l’état des routes en Angleterre et ailleurs.

Niveau transformationnel
Ce niveau correspond à une sorte de wiki-démocratie où les citoyens et les entreprises peuvent proposer des initiatives ou co-créer des services. Cela va du projet séminal UK «Show Us A Better Way» sur la participation des usagers à l’amélioration des services administratifs à l’inititiative suisse de la proposition de nouvelles lois citoyennes. En ce sens, la campagne des primaires d’Obama aux États-Unis est aussi de type participatif. Il reste évidemment beaucoup d’espace à l’exploration de nouveaux services participatif dans un monde relationnel. Forum, blog, réseaux sociaux ne sont que quelques formes contemporaines et il reste beaucoup à inventer.

Ce modèle donne une perspective plus complète à l’évolution et à la stratégie de développement des services administratifs de demain. Dépassant sa fonction d’outil de comparaison, elle devient un outil de transformation. Ainsi, l’administration peut analyser ses progrès, définir ses priorités et expliquer son évolution. Les usagers deviennent ainsi partie prenante d’un projet et non plus uniquement de simples utilisateurs. En ne subissant plus une évolution imposée et en devenant partenaire, le rapport entre l’administration et l’usager change de profil au bénéfice du citoyen-acteur, comme de l’entrepreneur-acteur ou du consommateur-acteur.

«ACCOUNTABILITY» ET CONTRÔLE SOCIÉTAL

Avec les changements sociétaux, on observe ainsi une double pression verticale et horizontale sur les pouvoirs publics, notamment l’émergence de nouvelles strates dans l’organisation civile comme les réseaux sociaux, qui sont à la fois très orientés thématiquement (approche fonctionnelle) et ouverts aux autres territoires (sans frontière).

Ces changements influencent grandement les institutions publiques basées sur le territoire politique et le système démocratique de la représentation. Faisant fi de ces considérations, une partie non négligeable de la société civile s’empare de nouveaux territoires souvent en dehors du champ d’action des institutions publiques. Ceci implique notamment l’arrivée de  nouvelles formes de contrôle sociétal.

Il est évident que la question centrale du contrôle légal et démocratique des tâches administratives va aussi devoir évoluer. En effet, dès lors que l’administration en ligne deviendra en quelque sorte le standard pour tous, les outils et les organes de contrôle devront être adaptés. Pour ce faire de nouveaux indicateurs (en fait une nouvelle métrique) devra être pensée et mise en œuvre suivant notamment les normes internationales d’ISO ou de l’Union Européenne ou encore de la Confédération Helvétique. Il semble peu probable que ces nouvelles procédures soient définies purement au niveau local par exemple au niveau du Canton. Et ceci sous l’effet de la triple tendance à l’internationalisation de la normalisation des procédures, à la nécessité de se comparer au niveau global (benchmarking) et au besoin d’interopérabilité des données (au niveau national et international).

Smart Gouvernance

Sous l’effet d’un participatif transformationnel et d’internet les administrations publiques mutent. Autant percevoir dès maintenant les probables conséquences pour tracer le chemin vers une «smart gouvernance».

L’administration vit actuellement une grande révolution. Sous l’effet de l’usage massif des nouvelles technologies de l’information et de la communication, toutes les procédures sont revues de fond en comble; les barrières historiques entre les différents services administratifs tombent; les données et les informations deviennent compatibles entre elles; les usagers (citoyens, entreprises, organisations de la société civile) participent à la création de nouvelles valeurs; l’automatisation des transactions abaissent drastiquement les coûts; la personnalisation des services rend l’administration ouverte à de nouvelles formes de collaboration, les données jusqu’alors réservées à l’usage exclusif des administrations sont mises à disposition des usagers pour de nouvelles applications en co-création dans un esprit d’open source. Enfin, les usagers eux-mêmes sont devenus des agents du changement en proposant des applications nouvelles basées sur les données des administrations mais exécutées en dehors de celles-ci. On parle ici d’action transformationnelle à savoir au-delà du cadre transactionnel.

On parle de plus en plus de «smart» gouvernance pour désigner la phase en devenir du développement des administrations et des gouvernements. Le terme «smart» introduit par le Professeur Joseph Nye, fait référence à la combinaison des modes transactionnels (hard power) et transformationnels (smart power) . Après avoir connu une phase dite du e-gouvernement qui correspondait à la mise en ligne sur Internet des services administratifs suivie d’une hase (encore en développement) du «Open» Gouvernement correspondant à la mise à disposition des données par les administrations, on anticipe l’arrivée d’une nouvelle phase participative et transformationnelle dans laquelle les usagers deviendront de véritables acteurs du changement.

Les huit enjeux présentés développent bien les étapes du participatif et du transformationnel que doivent désormais aborder les administrations. Par le biais d’exemples, cette deuxième partie du présent travail tente de montrer à quel point les administrations de par le monde, sont déjà très engagées dans ce processus. Il est cependant important de préciser qu’il s’agit désormais de résoudre davantage une problématique sociétale de «participation augmentée» que de digitalisation d’anciennes procédures administratives. En quelque sorte, grâce à ces deux étapes (participatif et transformationnel) démarre une toute autre révolution: celle de l’usager actif, compétent et participatif. Le terme de transformationnel a été choisi en référence à son usage répandu aux États-Unis pour désigner cette étape ultime. Bien que son usage et donc sa compréhension ne soient pas encore généralisés en Europe, il nous paraît judicieux de l’utiliser rapidement car il donne la véritable perspective du changement. Demain, les administrations seront largement sous l’effet d’un participatif transformationnel, autant en percevoir dès maintenant les probables conséquences pour tracer le chemin vers une «smart gouvernance».

En effet, il est important de pouvoir situer dans un contexte contemporain, l’évolution des changements sociétaux et technologiques tout en fournissant aux administrations, aux politiques, mais aussi aux usagers qu’ils soient simples citoyens, entrepreneurs ou représentants des anciennes ou nouvelles formes d’organisation de la société civile, une sorte de «feuille de route» visionnaire des transformations en cours. En effet, le participatif «augmenté» et le
transformationnel ne sont pas encore des concepts bien appréhendés par les différents acteurs. Prendre le temps d’en analyser les enjeux et les contours nécessite à la fois de se plonger dans de nouveaux comportements sociétaux et de saisir les potentiels des progrès technologiques. Ce travail se veut en ce sens une découverte de notre avenir actuel.

Télécharger le document PDF (695 KB) Smart Gouvernance 2011-12-16.pdf

Dimension Cadastre

February 21, 2012 — Dr. Xavier COMTESSE, Avenir Suisse, and Dr. Giorgio PAULETTO, Observatoire technologique, State of Geneva, Switzerland

Selected as paper of the month in February 2012 by FIG (Fédération Internationale des Géomètres, International Federation of Surveyors).


(*) This paper was presented at Commission 7 Meeting in Austria, September 2011. The authors state that in the professions of cadaster both external and internal changes apply considerable pressure. This paper identifies the major trends that will most likely have an impact, apprehend the consequences expected and provide a structure for this development.

Une version de l’étude complète en français « Dimension Cadastre » est disponible sur le site de la Mensuration Officielle de la Confédération ou par le lien suivant Dimension Cadastre 2011.

ABSTRACT

The environment in which the professions of cadastre evolve has undergone profound changes. Technological innovation in the digital field has been considerable. Furthermore, social change has also been radically altered with, for instance, the emergence of social networks as a means of transforming our relations. Aside from the present crises, there have also been great changes in our economic evolution by the introduction of, on one hand, more flexibility and mobility and, on the other hand, the advent of globalization of production, work and consumption.

In addition to these exterior changes, internal changes have also taken place. These changes are specific to public administrations. Several trends can be mentioned: the evolution of the public discourse on transparency and accountability, the opening of public data, the emergence of the idea of a common good for our human societies. Other influences also have an impact, for instance, legislative change such as laws on administrative registers to foster interoperability or innovative professional software linked to the use of 3D.

These simultaneous changes apply considerable pressure on the profession. In this paper, we are going to identify the major trends that will most likely have an impact, apprehend the consequences expected and provide a structure for this development. We will try to give a general, coherent and prospective view of the evolution of cadastre.

Our paper will be divided into three sections:

  1. Push and pull evolutions
  2. Six strong foreseeable trends
  3. Synthesis and conclusion

SECTION 1: PUSH & PULL

Push

With the advent of the World Wide Web, the cadastre has entered globally in the digital era. This can be seen not only by how we input data, we look up for it, we store and exchange it, but also by the web applications nowadays offered to the public and their evolution. The general public has seen striking examples with Google Maps, Google Earth, Bing Maps, Street View, Sketch Up, etc. These applications can no longer be ignored by the professionals because they offer a new way of reading the territory and they inevitably structure what the public understands and wants. Similarly, several innovations regarding the use of these technologies are fundamentally modifying the profession. For example, let’s mention the “mash up” technique which allows (almost) anyone to use maps to create new applications, the phenomenon of geolocalisation through smartphones, the flow of data generated by individuals, global services accessible through cloud computing offering platforms and applications or the huge potential offered by the billions and billions of new IP addresses accessible with the new Ipv6 protocol.

This technological evolution is the first wave we’ve identified under the « Push » section for upcoming change. A second one is linked to global economic change, it redefines the links between producer and consumer, which overlaps between what is called “hard” and “soft” laws and also we will see between private and public goods. As they evolve, these waves of change define new behaviors we will necessarily be confronted to : copyleft and creative commons which complement classic copyright laws, the common goods which present different attributes in the digital world than it does in the physical sense, so called “prosumers” who actively participate in the design of the product / service he or she will use, crowdsourcing which uses the ingenuity of the internet users to create what no other organization could come up with.

The economy is directly impacted by these profound changes. One only needs to observe sectors like the music industry, entertainment, the media, or telecom sector to see this. Doubtless, other economic sectors will also undergo such significant shifts.

These shifts require the rethinking not only of customer relationships, but also of the entire business model. It is of paramount importance to understand that, by entering in the value chain, the customer transforms all economic relations: we are no longer in a formal contractual relationship but in a participative transformational partnership.

The recent events of Fukushima and the Arab Spring clearly show that the conversations, the media coverage and the spreading of ideas are now global, almost instantaneous and socially unavoidable. A wind of change is blowing on the social organization of our society. Networks are proving to be the tools of this change.

By redefining a social layer based on volunteer work, the lack of binding constraints and the non-punishable, society is entering in the era of soft laws. It becomes legitimate, in a certain way, to act even though there might not be a legal framework to support the action. This fact will have significant consequences on our societies not only in public, social and political action but also in professional applications and services.

Legitimate action has found a legalizing base by bypassing classical processes. Fields where increased participation has created concrete examples are a perfect illustration of this change of paradigm: open source software, open data or linking internet users. Henceforth, acting with a willingly participating population will allow us to perform tasks which have so far been intractable for public or private organizations. We are living this in practical terms with Wikipedia, YouTube or e-bird, the content of which is created and shared by users.

Thus the participative empowerment fueled by social networks redefines not only the social relation to public administration but also to ownership. Being able to add content to a parcel of official cadastre becomes a normal expectation for an increasing part of the general public. How should the owner position himself? And what about the cadastral systems, which must guarantee the information of real estate property?

These three « push » components, namely technology, economy and society, are the catalyze factors of an explosion that will profoundly change the actual definition of cadastre.

Pull

For the last decade or two, information systems have become more open and have integrated an increasing participation from people. There are 5 main stages to this evolution:

  1. informational (search / look up)
  2. transactional
  3. personalization
  4. augmented participation
  5. transformational

As mentioned previously, these stages correspond to external changes, linked to technology, economy and society, but there is more. They also show a political, legislative and administrative evolution. Indeed, we argue that both public and private institutions have also evolved from within, through an inside strength, a « pull », an attempt to adapt to the evolution of society in order to offer increasingly better services.

The following table illustrates this evolution:

Three key “pull” stages determine the change and progress of the cadastre professions:

  1. Social issues discussed at the political level,
  2. Elaboration of laws and regulations to address the political objectives (International soft laws, European laws, National parliaments),
  3. Regulations at a more local level that define the framework in which the public and private sector can act.

These three stages are interwoven in the political process and, together, form what we have called the pull process.

This pull process is, in a certain way, an institutional response to the push process and legalizes the existing (technological, cultural, economic and so on) behaviors created by society.
General model
Delivering online public services creates two essential transformations:

  • An increasing transfer of the administrative activity to the final user.
  • Simultaneously, a competence transfer to the final user.

The figure presented hereafter introduces a « transfer matrix”, which not only allows the monitoring of the progress made in the availability of public services ― and therefore benchmarking it ― but also becomes a strategic management tool. By improving the understanding of the present and future role of users (citizens, businesses, others administrations, and civil society organizations) this transfer matrix illustrates the paradigm shift for the public services.
We are now dealing with a citizen empowerment process that has to be engaged beyond the simple translation of administrative services into their online counterpart.

The figure presented above radically transforms the classic approach by clearly defining the type of activities now transferred to the users and the competence transfer that accompanies it. Here, we introduce new sophistication levels: namely the « Augmented participation » and the « Transformation » levels.

Therefore, the horizontal axis now represents the activity transfer with the following levels:

  • Passive Receiver: The user only has access to structured information that he or she can discover through search engines or tree structures.
  • Self-Service (One-Way): The user can choose specific documents and download them.
  • Self-Service (Two-Way): He or she can exchange documents or emails with the administration.
  • Do-It-Yourself: The user can perform complete transactions, including payments.
  • Co-Design: Both the user and the administration can personalize services (e.g. tax forms, etc.)
  • Co-Creation: The user can participate in the political and democratic life of his/her region or country (e.g. the Swiss model initiative and referendum, forum, etc.)

The vertical axis represents the competence transferred to the user of the online service. The levels of sophistication vary from raw « data » to the « model » level, as follows:

  • Data: At this level, we deal with raw data or measurements, such as those produced by statistical services.
  • Information: A context is added to the data so that a meaning is created.
  • Analysis: We now can infer a theory from information. This allows analysis and better understanding of phenomena.
  • Dynamic: Time is introduced. The time series add a new dimension to the previous theory.
  • Model: Forecasts can be made from the dynamic theories inferred by using the information available. Scenarios can be tested and simulated to forecast the effects of changes and to discuss future changes.

The 5 levels used in this model are defined as follows:

Informational / Search / Look up:
The user looks up information on the Internet. This phase is traditionally the first one to be implemented as an online service. This remains a strong demand from users. With the development of search engines, the way we look up information has drastically changed. The menu presentation is superseded by a fast access to information through these search engines, Google being the leading one.

Transactional One-Way:
The user can download documents. Even though this phase now seems very basic, it is still essential to the users who manage their documents electronically. A content and document management system is central to such activity.

Transactional Two-Ways:
The user can upload documents and send e-mails. It still is nowadays a major contribution but hasn’t reached all levels of the administration, especially for non structured demands. The user can perform complete transactions, including payments. This stage is a milestone for productivity gains and profitability of eGovernment initiatives. It is underway in most administrations around the world. This stage will be crucial for a sustainable system since it saves time and money both for the users and the administration.

Personalization:
The user can use personalized information and transactions. The documents are pre-filled for his/her personal use. The transaction is completely secure and customized. This phase will use a key element that closely resembles a folder called « My Files ». It will allow grouping all of the activities and administrative documents in a single virtual place that will be accessible at all times. The traceability of the transactions and activities will become essential to guarantee a sound accountability.

Augmented participation:
This level corresponds to what may be called a wiki-democracy where citizens and businesses can initiate change. This is exemplified by projects such as Open Government initiatives where users are asked to participate in the development of better administrative services. Another example is the Swiss initiative where citizens can propose new laws. In this context too, the U.S. primary campaign lead by Barack Obama is essentially based on participation. The field is of course very broad and much is left to explore in order to create new services in a connected world. Forums, blogs, social networks are only a few recent examples that have emerged, but most of the field still remains to be invented.

Transformational:
Co-creation is the key word here, leveraging mash-ups and crowdsourcing. This level profoundly modifies the concept of « common good » by redistributing the roles between the administration and the citizens. The latter are involved in the creation of a new digital administration. By opening up government data, citizens can transform the way the new public services are created and delivered. This transformation implies a redefinition of the « common good » and « public good ».

The transformation matrix defined by the transformation along two axes gives a more complete approach to the evolution and strategy of eGovernment online services than the classical model. By going beyond a benchmarking goal, it helps to drive a strategy. The progress of services can still be analyzed, but the tool now also helps to better define priorities and explain the evolution of the services. The users become active stakeholders of the project and not merely final users. By being turned into a participative partner and not having to adapt to a forced evolution, the relationship between the administration and its users changes to better serve the citizen-actor, as well as the entrepreneur-actor or the consumer-actor.

SECTION 2: SIX THESES

Trends

We have identified six major trends that will most likely have an influence on the vision of cadastre.
These trends are linked to technological, economic and social evolution, and come from the push process described above. They are also part of the emergent pull process that has begun to appear in several countries. The six theses presented hereafter influence the entire evolution of the field in which the cadastre operates. They tell us a story by adding dimensions not only in geometry but also in meaning.

Thesis 1: The cadastre will include the third dimension of the landscape and of the objects beyond the current legal framework.
Comment: The technology allows a thorough three dimensional vision of the land. This is now integrated in several products largely distributed by companies such Google and ESRI but also Nokia, Microsoft and several others. This paradigm change raises the issue of height, ownership and that of co-ownership (e.g. several owners of the different levels in buildings) and the rights attached to the third dimension such as for example the right to a view.
Consequence: A new 3D model of the land and of the buildings is necessary and land surveyors have to take 3D into account.

Thesis 2: The cadastre will blend the strategic map and the dynamic map of the land to show its historical evolution. Both views will evolve independently.
Comment: The push of technology makes it possible to store the information with different time stamps instead of erasing or superseding it. An animation of the evolution of an object or a region becomes possible by adding the dimension of time.
Consequence: The current separation between the static object and the dynamic object will be deeply transformed. A static object becomes a snapshot at a given moment of its dynamic version.

Thesis 3: The cadastre will be multifunctional and multijurisdictional.
Comment: The political as well as the technological influence foster the emergence of functions of a territory. Different regions can be viewed not only as jurisdictions, but also through the lens of different functions such as the environmental function, the transportation function, etc. It therefore will be possible to assess the impact of policies on different functions and to create many functional approaches to the territory. Moreover, the interoperability between various local cadastres will render a change of function possible upon request.
Consequence: The local cadastres will be blended into larger ones and include not only jurisdictional views but also functional views.

Thesis 4: Social networks will transform the cadastre.
Comment: The phenomenon of georeference by the public becomes a more and more normal and accepted tool to extend the cadastre. Almost all new moving devices include GPS chips (smartphones, cameras, cars, even cattle!) that can report flows of data. This allows to georeference the objects and their surroundings in a completely new way.
Consequence: The cadastre will deal more with flows of data and less with stocks of data.

Thesis 5: New commons will emerge as a referenced object of the cadastre.
Comment: Data will be more and more made available to the general public by the administration and, through mash-up techniques, will be transformed into a new virtual object the « Common Good ». This new object is a composition of several layers of data and services. It will create value and be used as a global public good.
Consequence: Both the private and the public sectors will gain added value by leveraging these new commons. As it is mainly composed of information, the resource is essentially non-rival (consumption by one person doesn’t prevent simultaneous consumption by another) and non-excludable (it is difficult if not impossible to prevent someone to have access).

Thesis 6: The cadastre will become an essential element of knowledge society.
Comment: The cadastre follows the same path as society as it evolves from an information society to a knowledge society. This is seen through the addition of georeference to many human activities, the emergence of co-creation by entire crowds, and the body of knowledge that the cadastre carries enters more and more into models and decisions. The objects of the cadastre will be part of a feedback loop that makes its way into knowledge society.
Consequence: Land surveyors will be dealing more with soft fields of knowledge rather than hard science in the future.

Guichet 3D

SECTION 3: SYNTHESIS AND CONCLUSION

This document presents the different thesis that will most probably change the cadastre professions. We tried to describe how activities and competencies are shifting from the provider to the end user. Six main theses are then described by integrating the main trends that can be seen today as transformational for the cadastre. These trends come form a push from exogenous shifts (technological, economic, societal) or from pull shifts (as the public services adapt and operate change).

This is still a work in progress and should be seen above all as a tool for thought rather than a firm conclusion. It can be used, for instance, as the basis of a conversation process specifically for professional software applications. We can anticipate a (r)evolution towards new dimensions for the cadastre. While leaving behind the map (2 dimensions), the cadastre is going towards far unexplored dimensions. It is this evolution towards new dimensions that we should work on to design together with the stakeholders a future cadastre to better serve society.

CONTACTS

Dr. Xavier COMTESSE
Director
Avenir Suisse
8, quai du Rhône
1205 Genève
xavier.comtesse@avenir-suisse.ch
+41 22 749-1100

Dr. Giorgio PAULETTO
Strategy and Technology Advisor,
Observatoire Technologique, State of Geneva
64-66 rue du Grand-Pré, CP 2285
giorgio.pauletto@etat.ge.ch
+41 22 388-1353

PDF version of the paper

PDF version of the presentation given at the FIG 7 Meeting Innsbruck September 2011