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Tous amis! Les réseaux sociaux envahissent les administrations

par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto

Tout le monde en parle, tout le monde s’accorde à dire que les réseaux sociaux vont changer notre quotidien, beaucoup d’entre nous s’y inscrivent, et pourtant, les plus sceptiques se demandent encore et toujours à quoi cela peut-il bien servir? Ne sommes-nous pas tout simplement en train d’étaler notre vie privée sur le Web? N’est-ce pas juste un dernier gadget à la mode? Un rapide tour d’horizon, à travers ce dernier grand phénomène de société, va nous permettre de définir de nouvelles et de concrètes applications utilisables par les administrations publiques.

Le but poursuivi étant évidemment d’anticiper les changements profonds de société avant que ceux-ci ne nous rattrapent, forçant alors les dirigeants des institutions publiques à des réactions tardives, voire désespérées. Le «printemps arabe» a démontré la puissance mobilisatrice de Facebook contre des régimes autoritaires, installés depuis des décennies. Les jeunes d’abord, puis leurs aînés ont saisi ce champ de liberté, d’ouverture et d’expression qu’offraient les réseaux sociaux. Après la parole, les actes ont suivi. La révolte a grondé et a détrôné des pouvoirs en apparence immuables. La surprise fut totale. Pour nous aussi. Désormais, il n’est plus possible d’ignorer la capacité de mobilisation et d’expression de ce phénomène digital.

Mais qu’en est-il exactement chez nous?

Si les deux moteurs des réseaux sociaux sont la liberté d’expression et l’action, une fois transférés entre les mains de simples citoyens, on peut juste s’interroger: comment cela se passe et va-t-il se passer dans nos contrées? En effet, la liberté d’expression est une liberté déjà garantie par nos constitutions; cependant, on peut noter que dès lors que cette dernière est prise en charge par le citoyen ordinaire, elle échappe aux filtres des intermédiaires que sont les médias, les leaders d’opinion ou les institutions sociales ou politiques en place comme les États ou leurs administrations.

En court-circuitant, en quelque sorte, les usages de la transmission des informations et des connaissances, le citoyen ordinaire s’empare d’objet, question ou produit autrefois asymétriques pour les rendre populaires, totalement asymétriques et gratuits. En effet, l’information et la connaissance dans le monde que l’on est en train de quitter, étaient l’affaire de quelques intermédiaires qui en avaient le monopole et en faisaient profit. En déplaçant cette asymétrie, les réseaux sociaux sont en train de bouleverser en profondeur les équilibres sociaux au profit du plus grand nombre. En d’autres termes, on assiste à l’appropriation par les gens ordinaires du pouvoir d’émettre des informations, d’acquérir ou de parfaire des connaissances et de donner sans complexe leurs jugements à l’ensemble de la population. Les canaux de médiatisation traditionnels ont perdu justement cette fonction de canalisation.

Du coup, l’abondance et parfois la pléthore d’informations, de connaissances et de jugements, parfois contradictoires, posent aujourd’hui problème. Là encore, les réseaux sociaux interviennent et, à l’avenir, vont davantage intervenir pour offrir une autorégulation «naturelle». En effet, à l’intérieur de la discussion collective émergent des intervenants, sortes de personnalités à fort «capital social», qui, en quelque sorte, recadrent la discussion et font office de leaders d’opinion. A la différence du monde précédent, les leaders sont choisis par le plus grand nombre et non pas par un système de cooptation ou par catégorisation professionnelle. Il n’est plus forcé d’avoir fait une école de journalisme avec mécanisme de sélection et diplôme à l’appui pour apparaître sur Internet comme une source fiable d’information. En revanche, il faut montrer par sa pertinence et sa compétence que l’on occupe cette position.

Le doute s’installe, car, dès lors, deux systèmes s’affrontent. D’un côté, il s’agit d’une personne peut-être peu expérimentée mais avec une forte capacité de discernement et surtout de rapporter fidèlement ce qu’elle rapporte (vécu, entendu, vu) et, de l’autre, des spécialistes (historiens, ethnologues, journalistes, critiques littéraires…) qui ont établi un certain nombre de critères de «fiabilité» des «sources» qu’ils sont obligés de prendre en considération dans leurs propres démarches «scientifique» et «professionnelle ». La qualité n’est donc plus; le seul critère, la sélection non plus, seul compte la pertinence du propos.

Ce changement n’est pas temporaire, il s’installe comme un autre paradigme de la transmission d’information, de connaissance et de jugement. Les canaux traditionnels semblent suivre le mouvement et même courir après lui, sans toutefois l’atteindre tellement la fin de leur monopole de l’asymétrie de l’information a transformé leur modèle économique. La crise profonde des médias est là pour nous le rappeler.

Qu’en est-il de l’action ?

Dans les pays du «printemps arabe», on observe une poussée radicale de l’action entreprise par des gens ordinaires qui font la révolution. Chez nous, c’est beaucoup moins clair! Pourtant, on pourrait noter que si pour les jeunes arabes l’absence d’ascension sociale a été le déclencheur de cette révolte, il n’en est peut-être de même en Europe, du moins dans le Sud. On sait désormais que de nombreux jeunes diplômés en Grèce, Espagne, Portugal ou Italie sont au chômage ou font des petits boulots mal rétribués. Cette génération «600 » va-t-elle accepter longtemps encore cette situation ou va-t-elle aussi réagir? En tous les cas, les facteurs de révolte sont réunis, car «leur avenir semble à leurs yeux pire que leur passé». Le nord de l’Europe n’est pas en reste. Les mouvements comme les «Flash Mob» ou plus revendicatifs comme celui des «Critical Mass» sont la résurgence de mouvements annonciateurs d’une volonté de changement, hors des institutions habituelles (partis, syndicats, associations, etc.) Les réseaux sociaux comme Facebook jouent ici également leur rôle de mobilisateur. Certes, les objets et le mode de révolte sont différents, mais les moyens technologiques sont identiques. Le monde semble se réveiller totalement connecté.

Qu’en est-il des administrations?

Face à ces mouvements hostiles à la centralisation et aux intermédiaires, les administrations sont également mises en cause, pas seulement sur les aspects de leurs prestations quantitatives mais plutôt sur le qualitatif (par exemple, fermeture de rues versus trafic), moins sur les conditions cadres économiques que sur la qualité de vie (par exemple, croissance versus logement), pas tellement sur leur contrôle social notamment à travers leur forme de communication (par exemple sur la question du nucléaire par l’administration japonaise). Dès lors, l’administration doit évoluer rapidement. L’enjeu est de regagner la confiance du citoyen. Celle-ci passera en premier par l’établissement d’une nouvelle forme de communication, plus proche du dialogue «bottom up» que de l’information «top down».

Ensuite, il s’agira de donner plus de liberté aux citoyens, non pas leur participation aux systèmes décisionnaires (la démocratie directe y répond déjà) mais plus dans la co-création de fonctionnalités de l’administration de demain. En d’autres termes, il faut donner aux citoyens des outils de création du «bien commun» qui est en gestation.

Enfin, il s’agit de donner plus d’autonomie et de réduire le contrôle sur une population avide d’action. Ici, il est question de transformation de la relation administration/administré. L’expérience de «GovLoop» (voir plus bas) aux États-Unis pourrait nous fournir des pistes de réflexion utiles.

En conclusion, les conséquences du «printemps arabe» et de la catastrophe nucléaire de Fukushima auront, sans doute, plus de conséquences sur notre propre système que l’afflux tant redouté de travailleurs immigrés ou d’éventuelles retombées de particules radioactives sur nos têtes! C’est pourquoi, en mesurer le plus rapidement possible les effets serait un atout pour notre société. En ouvrant de nouvelles perspectives aux administrations publiques, cette série d’articles, se propose d’anticiper concrètement les évolutions à venir pour pouvoir mieux les maîtriser.

Quatre exemples de réseaux sociaux:

  • Govloop.com Créé en 2008 par Steve Ressler, ce réseau social est devenu la plateforme de rencontre de plus de 40 000 fonctionnaires américains. Dédié à l’échange de «bonnes pratiques» et à la discussion, le site Internet est aujourd’hui à l’avant-garde de l’innovation administrative aux États-Unis. Formé d’une multitude de groupes thématiques (700), il offre une richesse de points de vue et d’expériences partagées qui a fait des émules en Angleterre, Australie, Pays-Bas, Brésil ou Israël qui utilisent des plateformes similaires.
  • Canalpublic.fr Lancé le 23 février 2011, cette plateforme française est d’abord un outil professionnel pour les fonctionnaires de l’Hexagone. Evolution de sa carrière, échange d’informations et mutualisation des pratiques sont à la base du concept. Philippe Batreau, ancien fonctionnaire, a créé, dès 1999, des sites Internet pour accompagner le service public sur Internet. Il s’agit, comme Govloop.com, aujourd’hui, d’entreprises privées.
  • Rezonance.ch Fondé par Geneviève Morand en 1999, ce site Internet n’est pas particulièrement dédié à la fonction publique, mais son histoire, son implantation lémanique sa performance ont fini par en faire un site unique et incontournable en Romandie et où un bon nombre de fonctionnaires l’ont rejoint. Ouvert à l’innovation, des groupes dits d’émergence réfléchissent collectivement à l’avenir de la région. En ce sens, il correspond parfaitement aux besoins de la population, des entreprises et des institutions publiques.
  • Avaaz.org Le site met en œuvre un outil mondial de pétitions en ligne qui donne aux citoyens les moyens de peser sur les décisions politiques mondiales. Lancé en 2007, il compte aujourd’hui plus de 7 millions de membres. Traduit en sept langues, il touche des domaines divers qui vont de la sauvegarde de l’environnement aux droits humain et aux conflits religieux. Les pétitions regroupent de 500’000 à 1’000’000 signataires digitaux dans des temps record, en utilisant les effets de réseau d’autres sites comme Facebook ou Twitter.

Cet article est paru dans «Affaires Publiques» du 24 juin 2011.

L'échantillonneur "Mon lycée demain"

27 mai 2011 – Giorgio Pauletto

Une très intéressante réalisation de la 27e Région qui propose un outil dans le cadre d’une expérience de prospective créative sur le thème « Mon lycée demain ». La question de fond se résume synthétiquement à « Comment voyons nous notre lycée dans 10 à 15 ans? ».

Comme tout problème complexe il n’y a pas nécessairement de solution carrée, mais plutôt la mise en place d’un processus de co-création du chemin qui y amène par petites touches. Les approches croisent plusieurs acteurs identifiés (élèves, enseignants, parents, architectes, pouvoirs publics à divers niveaux) et plusieurs domaines (technologies, lieux, contenus, interactions, etc.). L’outil permet de créer ainsi dynamiquement plusieurs visions de ce pourrait être mon lycée demain, de le communiquer, de l’enrichir… et de le réaliser.

C’est un exercice très inspirant sur le Design Thinking qui pourrait tout à fait être appliqué non seulement au cas genevois, mais aussi élargi par exemple sur le thème « Mon administration demain » sur la base des réflexions menées ici ou ici.

Voir le billet de Stéphane Vincent de la 27e Région sur le sujet.

Journée de la 3D à Genève

Avec le SITG, le canton de Genève a la chance de disposer d’un système d’information géographique performant qui, en plus de 400 couches accessibles via un guichet 2D, est également riche des données 3D des bâtiments du canton (accessibles via un guichet 3D dédié). Les usages et les technologies permettant la valorisation des ces données 3D n’en sont qu’à leurs débuts mais témoignent déjà d’une vitalité impressionnante.

Pour prendre la mesure de cette dynamique, Claudine Métral et Alain Dubois (Université de Genève) ainsi que Laurent Niggeler (géomètre cantonal) ont organisé hier leur première Journée de la 3D dont les objectifs étaient de mettre à jour nos connaissances dans le domaine de la 3D, de découvrir les innovations actuelles dans ce domaine et d’en appréhender les tendances et les développements futurs. Dans cette optique, la centaine de participants a pu suivre une dizaine de présentations ainsi que la table ronde proposées par les organisateurs.

La journée a été introduite par Michèle Künzler, magistrate en charge du Département de l’Intérieur et de la Mobilité du canton de Genève qui a souligné la nécessité de considérer l’information que crée et gère l’administration comme une ressource stratégique. Le SITG est de ce point de vue emblématique. D’une part en raison de sa richesse et de son utilité déjà démontrée en interne de l’administration, mais aussi et surtout parce qu’il constitue selon elle un formidable outil d’aide à la décision et de démocratie participative que nous devons encore apprivoiser. Et parce qu’elle « parle » très directement à la population, la 3D a un rôle important à jouer, que l’on pense à des domaines comme  l’urbanisation ou la mobilité. En évoquant la participation citoyenne, Michèle Künzler insiste sur le fait que les services que l’on peut apporter aux citoyens, grâce notamment aux données du SITG, doivent être co-construits avec eux: « on ne peut plus arriver vers le citoyen en lui proposant un produit fini ! »

Parmi les interventions de la journée, quelques unes ont particulièrement retenu mon attention. Pascal Peyronnet et Nicolas Paparoditis ont ainsi présenté le projet de recherche Terra Numerica qui s’est notamment attelé à la modélisation 3D de la ville de Paris. L’objectif est de travailler d’une part sur les technologies qui facilitent la modélisation 3D et l’accès à ces données. Mais dans le même temps les acteurs du projet explorent la multiplicité des usages liés aux données 3D. Les premiers résultats sont impressionnants, tant du point de vue des technologies d’acquisition développées que par les données ainsi collectées (maquette 3D texturée de Paris intramuros ou modélisation haute résolution de la rue Soufflot). Terra Numerica a ouvert la voie à 4 autres projets qui vont explorer des problématiques spécifiques:

  1. Terra Magna qui met en place une plate-forme SIG 3D dont le but est de fédérer et gérer un ensemble de données géographiques et qui soit dotée d’outils et de services web permettant à la fois d’enrichir et mettre à jour ces données, mais aussi de les utiliser lors de nouvelles études;
  2. Serious Games qui vise à exploiter les données 3D de Terra Numerica pour entraîner les conducteurs de bus parisiens avec des dispositifs de réalité virtuelle;
  3. Terra Dynamica qui s’intéresse aux dynamiques urbaines (création d’une ville virtuelle réaliste « peuplée » d’habitants et de véhicules réalisant leurs activités habituelles mais aussi capables de réagir aux événements et de s’adapter aux évolutions de l’environnement de manière crédible);
  4. Terra Mobilita qui s’attaque aux problématiques d’accessibilité (physique) en milieu urbain.

Stephan Nebiker de l’Institut de géomatique et d’ingéniérie de la FHNW à Muttenz étudie pour sa part les nouveaux champs d’application de la 3D. Après une illustration des forces et faiblesses des différents modes d’acquisition de données 3D (géométrie 3D, modélisation urbaine issue d’images et modélisation urbaine issue de nuages de points), il a évoqué l’exploitation de nuages de points par des communautés plus larges que celles des professionnels de la géomatique. Cette tendance évoquée plus tard lors de la table ronde est matérialisée par le projet OpenWebGlobe lancé par la FHNW.

Modélisation 3D en nuage de points

Autre projet illustratif des potentialités de la 3D dans le domaine de l’aide à la décision, celui présenté par Yacine Benmansour du laboratoire [mip] de modélisation informatique du paysage de l’hepia à Genève. Les recherches menées par Olivier Donzé et Yacine Benmansour visent à construire des passerelles entre le monde des SIG et celui de la visualisation 3D. La présentation de deux études réalisées pour le Département de l’Intérieur et de la Mobilité (DIM) du canton de Genève a parfaitement illustré cette volonté: en utilisant les données 3D du SITG ainsi que des données de mobilité, le [mip] a simulé des foules en situation de mobilité intermodale (flux des transports publics, du trafic privé et des piétons). Dans le cadre d’un réaménagement du réseau de lignes de tram à Genève, ces simulations ont aidé les décideurs en leur simplifiant la lecture d’une masse d’information complexe et indigeste pour le commun des mortels.

Simulation de mobilité multimodale

Dans un tout autre registre, Christian Père et Jean-François Coulais ont présenté le projet Gunzo qui, grâce aux technologies de réalité augmentée, permet de visualiser et de redécouvrir la maquette numérique du site de l’abbaye de Cluny à travers des interfaces orientables. Se plonger dans l’histoire en redécouvrant grâce à la 3D l’évolution du site de Cluny à travers les âges, c’est également explorer la 4ème dimension, celle du temps. C’est donc un voyage dans la 4D qui nous a été proposé avec une illustration des nouveaux horizons que cela ouvre.

Des start-ups actives dans le domaine de la 3D ont également présenté leur savoir-faire. Je retiendrai la genevoise arxIT qui propose une gamme d’applications pour téléphones mobiles (telle que Ge-Tag)  s’adaptant au profil et aux besoins de chaque utilisateur en s’appuyant sur un moteur de confiance maison. Ainsi que la société bretonne Newscape Technology qui travaille sur l’amélioration des performances d’affichage de jeux de données 3D sur smartphones avec des résultats impressionnants.

La journée s’est conclue avec une table ronde animée par Michel Kasser de l’ENSG et consacrée à l’avenir de la 3D. On y a notamment évoqué des préoccupations autour des  notions d’ouverture, d’interopérabilité et d’archivage numérique. Au niveau des usages, on a mentionné la probable montée en puissance de la 3D comme outil d’aide à la décision, de modélisation ou de réhabilitation de sites. Michel Kasser a insisté sur la nécessité de savoir remettre les outils et les données 3D entre les mains des utilisateurs comme sait très bien le faire Google: les professionnels des SIG et de la 3D en demandent peut-être trop au détriment de l’utilisabilité et de l’appropriation de ces technologies. Dans tous les cas, le monde de la 3D aura du pain sur la planche ces prochaines années et une édition 2012 de cette journée genevoise de la 3D est d’ores et déjà attendue avec impatience. Un grand merci à Claudine, Alain et Laurent pour leur initiative!

Ouverture des données publiques : une opportunité pour Genève

Dans le cadre d’une étude réalisée pour le Département de l’Intérieur de la Mobilité du canton de Genève sur le thème de la participation citoyenne1, nous avons insisté sur les opportunités offertes dans ce domaine par l’ouverture des données publiques de l’administration genevoise. Afin de mettre en exergue cette problématique, il nous a paru utile de reprendre dans un document séparé le chapitre que nous avions consacré aux enjeux liés à l’ouverture des données publiques.

Les données et les informations se retrouvent au coeur des processus d’interaction entre les individus et/ou les organisations. Elles constituent en outre la matière première d’un nombre croissant de services dont bénéficient très directement les citoyens et les entreprises d’un territoire.

Il se trouve qu’une quantité importante des données gérées par les administrations pourraient bénéficier beaucoup plus largement aux usagers. Le secteur public créée en effet pour son usage interne des données de qualité liées aux activités quotidiennes de ses différents métiers. Il n’a la plupart du temps pas vocation à les valoriser au-delà de ses besoins propres. Et au vu de la diversité des usages potentiels il n’en aurait de toute manière pas les moyens.

Dans la mesure où elles sont publiques, ces données constituent une ressource extraordinaire qui pourrait bénéficier beaucoup plus largement aux citoyens qui ont financé leur production. Mais la plupart du temps elles sont au mieux proposées à la vente ou mises à disposition de certains acteurs dans des conditions peu transparentes ; et le plus souvent elles ne sont pas partagées du tout.

Pour renverser cette tendance, un nombre croissant de pays, de régions et de villes ont initié ces dernières années des démarches visant à ouvrir leur données publiques, que ce soit dans une volonté de transparence accrue, de valorisation de leur patrimoine informationnel ou de renforcer la participation citoyenne.

Nous sommes convaincus que le canton de Genève a une belle carte à jouer dans ce domaine car il dispose notamment d’un système d’information du territoire (le SITG) qui permettrait d’expérimenter relativement facilement la mise à disposition d’une partie de ses données publiques.

Vers une participation citoyenne augmentée

Rapport réalisé à la demande du Département de l’Intérieur et de la Mobilité du canton de Genève sur les questions liées à l’utilisation des technologies numériques pour favoriser l’interaction avec les citoyens.

Ces dernières années les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace, notamment par leurs aspects ubiquitaires : omniprésentes, intégrées dans les objets qui nous entourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont au coeur des services que celui-ci propose aux usagers. Notre rapport à l’espace est en pleine mutation, avec un monde réel qui s’hybride avec le monde virtuel pour enrichir notre quotidien tout en le rendant plus complexe. Dans le même temps, ces technologies ont considérablement enrichi les formes de dialogues et d’interactions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunités de produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.

La rupture amenée par le Web social et par les technologies numériques est avant tout une rupture liée aux usages : nouvelles manières de faire et d’interagir, nouveaux modèles d’affaires ou nouveaux modes d’organisation pour ne citer que ceux-là. Ce changement de paradigme nous renvoie à un monde en perpétuelle évolution où les approches traditionnelles ont dû céder la place à un mode d’expérimentation et de prototypage permanent, la plupart du temps centré sur les usages des technologies plutôt que sur les technologies elles-mêmes.

Dans ce monde en train de se réinventer, l’administration genevoise doit trouver sa place et apprivoiser ces technologies et les usages qui vont avec afin d’apporter des réponses à des questions déterminantes pour l’évolution de notre région :

  • la question du vivre ensemble : quelle forme de sociabilité veut-t-on à créer dans notre canton ? Voulons-nous favoriser de nouveaux modes d’interaction tels que l’autonomisation et le bien-être individuel, l’entraide et les usages collaboratifs ou l’égalité et la solidarité collective ?
  • la question des rapports entre l’administration et les citoyens : comment bâtir la confiance nécessaire à la gouvernance du canton ? Comment construire des rapports collaboratifs et participatifs ?
  • la question de la gestion du risque : veut-on viser un risque zéro en appliquant le principe de précaution lors de la prise de chaque décision ? Désire-t-on répondre aux demandes croissantes de sécurité par l’organisation et le contrôle, par l’expérimentation et l’innovation, par l’assurance et la légalisation ou par la confiance et la coopération ?

Nous devons porter aujourd’hui un regard « numérique » sur ces questions. Même si les tendances à l’oeuvre sont planétaires, même si les révolutions sont déjà enclenchées, nous avons encore au niveau local des choix à faire et des postures à affirmer dans ce domaine.

Ce rapport apporte quelques éléments de réponse dans ce domaine.