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Quels scénarios pour Genève en 2025?

L’idée de connaître le futur est toujours attirante. Qui ne serait pas intéressé à mieux connaître l’avenir? Mais toute personne qui s’est penchée un peu sur la question le dira. Ce n’est pas tant la prédiction qui compte, mais la pratique de se projeter qui est salutaire. Cet exercice a été réalisé en novembre 2014 pour une entité de l’administration genevoise.

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Pour mieux se projeter dans le futur, il est utile de proposer des représentations concrètes de ce qui peut se produire. Dans la méthode des scénarios, on propose des visions contrastées du monde à venir. Le futur ne ressemblera vraisemblablement à aucun des scénarios de façon exacte, pris de façon individuelle. Mais il est presque sûr que l’avenir contiendra plusieurs des éléments retenus dans chacun des scénarios proposés.

Les entreprises comme Shell ont été pionnières dans ce contexte et aujourd’hui cette approche est largement diffusée aussi bien dans le secteur privé que dans celui public. Par exemple, le World Economic Forum, Institute for the Future, le gouvernement français ou encore le gouvernement canadien effectuent tous une exploration des futurs possibles.

Mentionnons en référence un ouvrage remarquable sur le sujet qui reste totalement d’actualité, Peter Schwartz, “The Art of the Long View: Planning for the Future in an Uncertain World”, 1996.

Voyons comment cela peut se traduire pour l’administration genevoise à l’horizon 2025.

Quelles sont les grandes incertitudes?

Dans la construction de scénarios, on peut choisir un certain nombre de variables dont l’évolution sera cruciale pour les enjeux considérés. Bien entendu, il s’agit là d’un choix, guidé par le contexte, par les idées du moment, mais aussi par un regard sur ce qui a déjà, et va continuer à avoir un impact majeur un notre économie et notre société. Parmi l’ensemble large que l’on peut imaginer, voici deux propositions de variables incertaines et influentes.

  • Pouvoir et gouvernance: Distribué et global vs Centralisé et local. Serons-nous dans un monde où les décisions seront prises de façon plus autonomisée, plus en adéquation avec les acteurs autour de nous ou au contraire un recentrage sera-t-il de mise pour se préoccuper principalement de ce qui se passe de façon locale où notre pouvoir d’influence est aussi probablement le plus fort?
  • Position vis-à-vis du numérique: Proactive vs Conservatrice. Aurons-nous intégré de façon naturelle le passage vers un monde numérique avec ses avantages et inconvénients ou serons-nous encore frileux vis-à-vis d’un espace qui semble peu maîtrisé et porteur de dangers, que nous suivrons seulement si tous les autres l’ont adopté?

Les 4 scénarios

En plaçant ces deux variables sur deux axes, on génère un espace de 4 combinaisons où l’on peut imaginer 4 scénarios dans lesquels se trouverait l’administration publique.

Scenarios 2025 axes

Gouvernance distribuée / Numérique conservateur

CoursePopulaire
Genève s’est ouverte et se développe dans des échanges multilatéraux de la région. Bien que le monde évolue rapidement autour d’elle, les avancées quant au numérique restent timides dans l’administration. La communication et les échanges avec la population restent pour la plus grande part analogiques et conventionnelles. Nous sommes dans la métaphore de la course populaire, le peloton avance et exerce un effet d’entraînement. Mais on reste probablement dans la masse et à l’arrière des coureurs.

Gouvernance distribuée / Numérique proactif

CourseRelai
La région genevoise est un écosystème social et politique qui sait mettre à profit les enjeux globaux et numériques. Ce sont là des leviers de changement importants. Malgré quelques «couacs», le gouvernement sait s’appuyer sur cet écosystème pour mieux répondre aux besoins des citoyens et aux enjeux de demain. Dans ce cas, on se trouve dans l’image de la course de relais, où l’important est non seulement de courir vite, mais aussi de savoir passer le témoin et de se coordonner.

Gouvernance centralisée / Numérique proactif

EntrainementSolitaire
Genève se concentre sur ses questions internes et reste très prudente quant aux affaires allant au-delà de ses frontières. Elle sait utiliser les opportunités offertes par le numérique pour favoriser les échanges et résoudre les problèmes rencontrés, mais en se concentrant uniquement sur les parties prenantes genevoises. L’entrainement solitaire représente cette situation de par la très bonne qualité de l’effort et l’isolement de l’individu sur la piste.

Gouvernance centralisée / Numérique conservateur

JoggingDimanche
La tendance sociale est tournée vers une Genève locale qui s’intéresse à ses problèmes internes. Les opportunités apportées par le numérique n’ont pas été réellement saisies et investies. La communication et les relations avec la population restent classiques et traditionnelles. C’est la symbolique traduite par le jogging du dimanche, où l’effort sporadique est effectué souvent seul à partir d’une bonne résolution, mais qui s’avère souvent laborieux et peu fructueux.

 

Selon l’évolution de ces deux variables, nous nous trouverons dans des mondes bien contrastés, parfois plus agréables à notre esprit, parfois moins souhaitables. Mais là n’est pas la question finalement. L’important est de regarder ces scénarios comme une tangibilisation, comme une narration qui nous permet de confronter nos stratégies, nos plans, nos idées.Scenarios 2025 quadrants

Comment utiliser ces scénarios?

Bien que ces scénarios hypothétiques sur le futur n’aient pas la prétention de prédire avec exactitude, ils permettent de voir comment certaines combinaisons de situations incertaines et volatiles, d’événements inattendus et chaotiques, et aussi d’évolutions tendancielles plus fortes influenceront notre futur.

Et c’est bien cela qui importe, permettre de voir avec plus de clarté ce à quoi il faudra se préparer, que ce soit en termes d’opportunités ou de risques. Le futur restera toujours incertain, mais notre préparation à décider et à agir s’est affinée à travers cet exercice. Quel que soit le futur, que nous ne pouvons pas prédire, la robustesse de notre pensée ne pourra qu’en être renforcée. Ainsi, le passage de la pensée vers l’action peut se faire avec une certaine prise de conscience, un éclairage multiple et une prise de recul permettant de se projeter plus clairement.

Le travail ne fait donc que commencer, puisque les décideurs doivent maintenant se poser les questions de savoir comment leur décisions, leur stratégies, leurs plans opérationnels vont se comporter dans ces différentes situations.

Comment les stratégies sont-elles impactées par ces scénarios? Comment peut-on rendre celles-ci plus robustes? Quelles actions peuvent être considérées comme incontournables ou au contraire demander une adaptation spécifique? Comment peut-on être résilient en termes d’organisation, de position, de mission et d’activités?

Cette méthode constitue un préalable très utile à la stratégie puisqu’il ouvre la vision et permet d’envisager des stratégies robustes dans chaque scénario. C’est une façon largement utilisée par les plus grandes organisations et entreprises pour générer des futurs plausibles et déterminer des réponses appropriées. Il faut bien entendu aussi voir ceci comme une boucle de retroaction continue entre vision, contexte, stratégie, résultats et scénarios.

Il ne s’agit donc pas ici de céder à la tentation de prévoir le futur. Après tout ce sont nos actions du présent qui tracent le chemin vers l’avenir, moment par moment. Le futur, lui, reste et restera insaisissable. Serons-nous prêts?

 


 

PS: Pour information, voici les scénarios 2030 préparés par la Confédération, qui sont parus en décembre 2014, http://www.bk.admin.ch/themen/planung/04632/index.html?lang=fr.

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Futures studies, strategy, innovation, design thinking, services and foresight in the mix of technology and society. http://about.me/giorgio.pauletto

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