On a causé de nouveaux métiers…

Réseaux Sociaux

Coordinateur-trice de communication digitale, planneur stratégique, manager en e-réputation ! Quels sont ces nouveaux métiers qui dessineront le marché du travail sous l’influence des média sociaux ? Quelles compétences constitueront les profils recherchés ? C’est à ces questions et à bien d’autres que les participants à la Causerie du 25 septembre dernier ont essayé de répondre en compagnie d’Olivier Tripet. 

L’explosion des médias sociaux s’accompagne de l’émergence rapide de métiers et de rôles aux noms parfois exotiques. Mais plus que les métiers en eux-mêmes, ce sont les nouvelles compétences requises et la vitesse à laquelle elles apparaissent et se combinent qui impressionnent et posent souvent problème aux ressources humaines, aux recruteurs et au système éducatif.

Olivier Tripet a apporté à la quinzaine de participants présents à cette Causerie quelques clés pour décrypter ces métiers et compétences de demain. Pour nous faire comprendre la rapidité d’évolution de ce domaine, il s’est retourné dans un premier temps sur les nombreux métiers et compétences qui ont vu le jour depuis la montée en puissance du Web au milieu des années 90. Des compétences très techniques apparaissent dans un premier temps avec les webmasters et les développeurs. Avec l’apparition des premiers moteurs de recherche, de nouveaux métiers émergent tels que traffic manager. L’avènement de l’e-commerce amène ensuite son lot de Web marketers et de chefs de produits Web. A partir des années 2000, on entre dans l’ère du Web dynamique et de la co-création avec l’émergence des corporate blogger, des gestionnaires de contenus et des gestionnaires de la connaissance. Enfin, lorsque arrive le Web social, on voit se profiler les social media managers et les community managers. Ceci sans parler des nombreux métiers existants qui ont été bouleversés par l’arrivée des médias sociaux, notamment au niveau des métiers de la communication. 

Jean-Henry Morin, Olivier Tripet et Bruno Chanel

Jean-Henry Morin, Olivier Tripet et Bruno Chanel

Comme l’illustrent les exemples proposés par Olivier, la grande majorité des métiers qui ont ainsi vu le jour avec l’évolution du Web ne sont pas vraiment considérés comme tels, mais plutôt comme des rôles qui sont de plus en plus difficiles à catégoriser sous l’étiquette ‘métier’.

A ce stade de la discussion certains participants ont l’impression que le discours d’Olivier ne concerne que les entreprises multinationales dont l’impact est global et qui ont les moyens d’embaucher ces nouvelles compétences. Olivier nous assure que ce n’est pas le cas: dans les plus petites structures, soit on fait appel à ces compétences à la demande, soit ce sont des employés qui se forment et qui endossent ces nouveaux rôles une partie de leur temps. 

Et selon lui, même dans les grandes organisations les choses ne sont pas si évidentes. Car l’arrivée de ces nouveaux métiers est pour beaucoup conditionnée par la compréhension et l’appropriation du changement de paradigme amené par le Web. Le règne des silos étanches et bien délimités est en voie de disparition, avec tous les bouleversements que cela induit au niveau des manières de travailler et des postures à adopter. Le leadership a évolué vers des formes de management beaucoup plus transversales. La génération Z est en train de casser les codes. Le Web constitue un écosystème dans lequel il faut savoir évoluer et s’adapter rapidement en jouant des multiples compétences nécessaires. Ces changements-là, pour ne citer qu’eux, influent fortement sur l’apparition de métiers et de compétences nouvelles car pour que ces nouveaux métiers trouvent leur place dans l’entreprise, il faut préalablement changer les gens et les structures dans lesquelles ils évoluent.

Et demain ? La question est sur toutes les lèvres puisque c’est le thème de la Causerie. Et bien Olivier n’as pas de réponse toute faite à la question, comme d’ailleurs personne dans la salle. Mais tout le monde s’accorde à relever que les tendances fortes (big data, Internet des objets ou économie collaborative) qui commencent à impacter le Web amèneront leur lot de nouveaux métiers et de nouvelles compétences. Et plutôt que d’essayer de deviner précisément  de quoi sera fait demain, il vaut mieux s’y préparer.

Joke

A minima il faut comprendre ce nouveau modèle et savoir le prendre en compte. Les entreprises et les organisations doivent notamment admettre qu’elles ne sont plus dans une dynamique de métiers à définir et à cadrer, mais plutôt dans l’apprentissage continu de nouvelles compétences et dans la faculté à les assembler pour répondre aux besoins émergents. Vu l’évolution rapide des technologies du Web et leur caractère souvent disruptif, il faudra savoir constamment ajuster le tir. Dans le même temps il faudra valoriser et travailler sur les compétences intrinsèques des gens : la communication, la collaboration, l’ouverture, ou la réflexivité pour ne citer qu’elles.

                    Sachons être producteurs avant d’être consommateurs

 

Et cela renvoie à deux sujets qui ont animé une bonne partie de la Causerie: celui de la recherche d’emploi et celui de la formation. Le système suisse de recherche d’emploi qui gère les filières ne connaît même pas les métiers actuels en lien avec la communication sur le Web. Et ce problème ne va aller qu’en s’aggravant, ce d’autant plus que l’on s’éloigne de la notion de métier pour aller vers celle de compétences. Les participants posent les questions qui dérangent: « La Confédération a-t-elle pris la mesure de ce changement de paradigme ? », « Que font les organismes faîtiers ? » Ces acteurs devraient proposer aux entrepreneurs un mode d’emploi et les outils pour intégrer cette nouvelle donne. D’autre part on constate que le marché ne reconnaît pas encore vraiment ces nouvelles formations car en Suisse on subit encore trop la « dictature » des diplômes.

Et lorsqu’on évoque la formation, les critiques sont encore plus acerbes. On évoque des défaillances au niveau de notre système éducatif. « Quand notre Département de l’instruction publique va-t-il se réveiller? » demande-t-on. Car pour l’instant les seules formations dignes de ce nom qui apparaissent dans la région lémanique sont l’œuvre du secteur privé. Il faut sérieusement se poser la question du rôle que l’on veut faire jouer à l’instruction dans le monde de demain.

Et certains de renchérir sur le fait que ce manque de perspectives touche tous les secteurs. Nos décideurs devraient être mieux capables d’anticiper ces changements majeurs qui vont impacter de nombreux secteurs de notre société. Une injonction qui espérons-le sera entendue !


 

Olivier Tripet – Causerie Nouveaux Métiers -Septembre 2014 (170 Mb)


OlivierTripet

Observateur et praticien chevronné des médias sociaux depuis leur avènement, Olivier s’est vu confier de nombreux mandats stratégiques dans ce domaine par des grands groupes, des PME ou encore l’Administration publique. Il intervient régulièrement comme formateur et expert dans différentes hautes écoles. Il est également le fondateur et président de la Swiss Community Managers Association.


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Patrick Genoud

http://about.me/patgen
Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public
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