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On a causé d’Open Data…

 

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Rendre les données publiques vraiment publiques, les mettre à disposition de tout le monde de façon libre et réutilisable pour plus de transparence, d’efficacité et d’innovation. C’est ça, l’Open Data ! A Genève, les Transports Publics Genevois (TPG) et le Système d’information du territoire (SITG) sont les premiers à ouvrir la voie. La Causerie du 22 mai nous a permis d’échanger avec ces avant-gardistes.

Dans la logique d’un Internet collaboratif nourri par l’échange des connaissances, l’ouverture des données publiques constitue une voie incontournable sur laquelle beaucoup se sont déjà engagés. A l’image de nombreux pays, régions ou villes à travers le monde, c’est au tour du canton de Genève de s’y mettre. Car les TPG et le SITG sont convaincus des opportunités offertes par une telle démarche.

Et comme souvent lorsqu’un sujet fait le buzz, on en dit tout et n’importe quoi. Antoine StrohPascal Oehrli et moi-même sommes intervenus pour défaire les préjugés et aider à comprendre les enjeux de l’Open Data. C’était l’occasion d’informer les participants sur ce qui se fait concrètement à Genève dans ce domaine et d’envisager ensemble une dynamique d’ouverture des données sur notre territoire.

Une fois n’est pas coutume, j’ai contribué activement à la première partie de cette Causerie pour clarifier la notion d’Open Data et en rappeler les enjeux. Et je tenais en préambule à rappeler qu’à l’Observatoire technologique nous avions bien senti le vent venir puisqu’en 2008 déjà nous avions organisé notre traditionnelle Journée de rencontre sur ce thème.

Lorsqu’on évoque l’ouverture des données publiques, il convient d’abord de différencier les notions ‘données’ et ‘informations’. Trop souvent j’ai en effet constaté que l’on se réfère à l’information diffusée sur un site Web pour penser que l’on ouvre ses données.

Le deuxième point de clarification à apporter concerne le caractère publique d’une donnée. Ici aussi l’Open Data fait parfois peur si l’on n’a pas pris la peine d’expliquer qu’une donnée n’est considérée comme ‘publique’ que si :

    • Elle est non nominative
    • Elle ne porte pas atteinte à la sphère privée
    • Elle ne relève pas de la sécurité

De très nombreuses données produites par les administrations ont ainsi vocation à être rendues publiques: celles relatives aux transports, à la culture, à la météo, à l’environnement ou les données statistique pour ne citer qu’elles.

Le dernier point à définir concerne la notion d’ouverture qui vise à s’assurer que les données soient accessibles, exploitables et réutilisables. Ce sont ces qualités que l’on recherche lorsque l’on ouvre ses données. On traduit cette ouverture aux niveaux technique, économique et juridique.  Pour plus de détails je vous renvoie au document cité en référence.

J’ai également rappelé les enjeux qui peuvent pousser une administration ou un gouvernement à ouvrir ses données. J’en ai recensé 5 :

    1. La transparence: ces données que l’on rend accessibles favorisent grandement la transparence de l’action publique à l’image des données du budget du Royaume-Uni reprises par le site WhereDoesMYMoneyGo.org
    2. L’innovation: l’Open Data constitue un moteur d’innovation indéniable en favorisant la création de services innovants qui se nourrissent de ces données.
    3. La valorisation: la mise à disposition de ces données leur donne une seconde vie et permet de les valoriser (au sens large du terme) bien au-delà de leur vocation première.
    4. Les biens communs: ces données ont été payées par le contribuable pour leur utilité de service public. Certains estiment alors qu’elles doivent à la population dans une logique de biens communs.
    5. La transformation: l’ouverture des données constitue un levier de transformation du service public. Elles poussent notamment les services à plus s’ouvrir vers la société et favorisent un décloisonnement en interne.

Ces dernières années de très nombreux pays, régions ou villes ont intégré l’un ou l’autre de ces enjeux et ont ouvert une partie de leurs données, à l’image des portails précurseurs des gouvernements US (www.data.gov) et britannique (data.gov.uk). La Suisse n’est pas en reste avec le lancement l’année dernière du portail national opendata.admin.ch.

Causerie Open Data

Et à Genève ? Et bien cela bouge aussi, comme nous l’a tout d’abord démontré Antoine Stroh qui a initié l’ouverture de certains jeux de données des Transports Publics Genevois (TPG) en septembre 2013. Comme il nous l’a raconté, tout a commencé par un voyage aux Etats-Unis lors duquel il a été frappé par la privatisation des transports publics dans la région de  San Francisco. « Comment éviter cela chez nous? » s’est-il demandé. Cette question l’a amené à une réflexion sur l’ouverture des données publiques comme l’un des éléments contribuant à valoriser le service public.

Aujourd’hui l’Open Data s’inscrit parfaitement dans la stratégie de la régie genevoise qui envisage son évolution vers une plateforme de mobilité, avec un focus sur les habitants du territoire (envisagés comme de futurs clients). L’idée est de les impliquer dans une démarche de co-création en les aidant à proposer des solutions innovantes basées notamment sur l’élément indispensable à de nombreux services de mobilité : les données. L’Open Data s’imposait ainsi naturellement.

Antoine nous a rappelé l’historique de l’ouverture des données temps réel des bus genevois. Il y est allé en douceur afin de ne pas effrayer la direction de l’entreprise, laissant toujours possible un retour en arrière.  Il fallait en effet rassurer ses collègues sur le fait que cette ouverture d’une partie des données ne mettait pas l’entreprise en danger. Les TPG ont ainsi procédé par étapes, en organisant dans un premier temps plusieurs concours et hackatons, afin de démontrer les opportunités offertes par l’Open Data.

Un autre point qui a contribué à rassurer la direction des TPG est le travail effectué sur les conditions d’utilisation des données. En Suisse les licences Open Data n’ont malheureusement aucune valeur juridique et il a fallu réfléchir à des conditions d’utilisation s’inspirant des droits et devoir de ces licences. Les TPG ont ainsi repris le travail effectué par les juristes du SITG dans ce domaine.

Antoine illustre les potentialités offertes par l’ouverture de leurs données avec les meilleures contributions au concours organisé par les TPG. Je retiens l’application Wann (disponible sur l’App Store) qui répond à un besoin simple et bien cerné, et qui a été développée en Autriche! Grâce aux formats standards utilisés, il a été manifestement facile d’adapter au contexte genevois Wannune App créée à l’origine pour deux villes autrichiennes.

Au-delà de ces exemples encourageants, Antoine voit des potentialités encore plus grandes dans les mashups mélangeant leurs données temps réel à des données ou informations crowdsourcées, à l’image du prototype UnCrowded TPG proposé par l’Institut de Science des Services de l’Université de Genève. Il souligne également l’impact fort de la visualisation des données dans laquelle il voit beaucoup d’avenir.

Au moment de faire un premier bilan, Antoine note l’importance d’animer la communauté qui gravite autour de leurs données et de bien documenter les jeux de données. Il note la nécessité d’une animation importante pour entretenir la dynamique et obtenir ainsi un impact suffisant. Il constate également qu’il manque encore des standards bien établis relatifs aux formats des données et aux licences Open Data (du moins pour la Suisse) afin de facilité leur accessibilité.

Au niveau de l’entreprise TPG, il voit dans l’Open Data un moyen de changer le regard de la population sur une entreprise qui se veut innovante. Cette démarche a permis d’initier une boucle vertueuse avec des effets manifestes en interne de l’organisation. En distillant une culture de la donnée, elle a notamment permis de fluidifier la circulation des données dans l’entreprise. Elle permet en outre d’améliorer leur qualité grâce au feedback des utilisateurs si l’on a su mettre en place les canaux de retour.

Antoine est persuadé que les TPG doivent dès aujourd’hui se préparer à l’arrivée d’innovations de rupture qui, à l’image de Uber dans le monde des taxis, vont déstabiliser les acteurs en place. La clé pour les TPG sera de savoir évoluer vers une plateforme de mobilité sur laquelle l’Open Data joue un rôle important. Il faudra mettre en place une telle plateforme et surtout créer un écosystème autour de celle-ci. Mais il faudra pour cela oublier certains réflexes et savoir évoluer dans un mode plus expérimental, favorable à l’émergence.

Pascal Oehrli nous a ensuite présenté la démarche d’ouverture des données du Système d’information du territoire genevois (le SITG). Il nous a tout d’abord rappelé l’historique du SITG et la quantité de données impressionnante déjà à disposition en consultation sur le guichet cartographique dédié. Ce mois de juin, SITG ouvrira officiellement plus de 300 de ces jeux de données géo-référencées dans une logique Open Data. Les données mises à disposition seront aussi variées que le cadastre, le marquage au sol sur les voies de circulation, les arbres isolés du canton ou son bâti 3D pour ne citer que celles-là.

Pascal souligne le fait que l’ouverture de ces données s’est faite très naturellement, dans la continuité d’une dynamique qui prévaut depuis plus de 20 ans. Dès le début les fondateurs du SITG l’ont en effet voulu ouvert, non seulement sur les partenaires producteurs de données, mais aussi sur la population et les entreprises du territoire. Il a ainsi toujours été possible d’accéder à moindre coût à la plupart des données publiques.Le SITG a su également s’appuyer sur une architecture commune garante de cohérence et d’accessibilité facilitée. Enfin, une dynamique d’échange entre les différents partenaires avait d’emblée été mise en place.

Pascal Oehrli

Il n’a donc pas été difficile de convaincre les partenaires du SITG d’ouvrir une grande partie de leurs données publiques dans une logique Open Data. L’enjeux majeur dans ce cas est de valoriser au mieux ces données. Les partenaires ont en effet créé celles-ci pour répondre aux impératifs de leurs métiers respectifs et n’ont pas vocation à les exploiter et à les valoriser au-delà. Autant alors laisser à d’autres le soin de les utiliser pour créer des services à valeur ajoutée à destination de la population ou des entreprises de notre région. Ceci d’autant que pour le SITG, le coût financier d’une telle opération est très faible.

En fait c’est avant tout au niveau légal et juridique qu’il a fallu œuvrer. D’une part la loi relative à l’organisation et au fonctionnement du SITG a dû être revue afin de tenir clairement compte de la volonté d’ouvrir certaines données. D’autre part les juristes ont dû élaborer des conditions contractuelles générales régissant l’impression, l’extraction et l’exploitation des géodonnées du SITG, ceci en reprenant les droits et les devoirs contenus dans les licences Open Data. En l’occurrence, l’utilisateur a l’obligation de :

  • Apporter une mention de la source
  • Mentionner toutes modifications et traitements apportés
  • Respecter la législation sur la protection des données

Alors que les partenaires producteurs de données peuvent en tout temps :

  • Modifier les données et produits mis à disposition
  • Changer le mode de diffusion

Comme aux TPG, la clarification de ces droits et devoirs a contribué à rassurer les partenaires du SITG.

OpenDataSITG

Dès juin 2014, trois services seront ainsi mis à disposition du public :

  1. Le téléchargement libre des données depuis le catalogue (sous forme de fichiers compressés)
  2. L’ouverture de l’extracteur en ligne pour les données OpenData
  3. La mise en place d’un webservice cartographique unique des données OpenData

Dans le même temps des mesures d’accompagnement ont été envisagées, telles que le renforcement de la communication auprès du grand public, le réseautage et la création d’une communauté d’utilisateurs. Des événements ponctuels tels que concours, hackathons ou ateliers contributifs sont également prévus.

L’Open Data ne se déclinant pas seul dans son coin, le SITG s’est rapproché de la Confédération dans ce domaine et va notamment référencer  ses données ouvertes sur le portail fédéral dédié. Enfin on prévoit déjà un renforcement de l’infrastructure, des services, et des mécanismes de gestion du changement au sein du SITG.

Pascal conclut sa présentation en annonçant la séance d’information du vendredi 13 juin 2014 à la Fédération des Entreprises Romandes qui aura pour but de présenter la démarche Open Data et les jeux de données disponibles.

La discussion qui suit ces présentations aborde plusieurs thèmes importants lorsqu’on évoque l’ouverture des données publiques. On mentionne ainsi les aspects relatifs au respect de la sphère privée. Ceux-ci sont cruciaux lorsqu’on connaît la puissance des algorithmes actuels qui mettent potentiellement à mal le caractère anonyme de certaines données publiques lorsqu’il est possible de les croiser avec d’autres. Il faudra clairement rester vigilant sur le sujet.

On aborde également le défi de la dynamique Open Data. Car ouvrir ses données c’est bien. Faire en sorte que les gens ses les approprient c’est encore mieux. Tous s’accordent à dire que le vrai défi se situe à ce niveau. D’une part parce que peu savent aujourd’hui ce qu’est l’Open Data et d’autre part parce que les outils qui permettent de s’approprier ces données (traitement, visualisation) sont encore souvent trop compliqués à utiliser.

Et tout le monde s’accorde au final pour reconnaître que l’on est dans le monde de l’émergence et qu’il faudra savoir y rester en résistant à la tentation de trop vouloir cadrer les choses !

 


Références

Ouverture des données publiques : une opportunité pour Genève, Patrick Genoud, Observatoire technologique, 2011

Le site élaboré par les étudiants de l’INSA Rennes, pour faire simplement le tour de la question

données ouvertes, le site de Simon Chignard consacré à l’Open Data

Le blog de l’association nantaise LiberTIC

En Suisse: le portail Open Data suisse et Opendata.ch

Aux TPG: Data.tpg.chUrban Data Challenge

Au SITG: le catalogue du SITG

 


 

 


Patrick Genoud

Patrick Genoud est conseiller en technologies de l’information à l’Observatoire technologique de l’Etat de Genève   

 


 


Antoine Stroh

Antoine Stroh est responsable des données de production aux Transports Publics Genevois 

 


 

 

Pascal Oehrli

Pascal Oehrli est directeur du Service de Géomatique et de l’Organisation de l’Information de l’Etat de Genève

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Patrick Genoud

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