Innovation publique et sociale en région parisienne – Jour 2

Retour sur un circuit de deux jours au sein des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne


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JOUR 2 : MARDI 16 MARS 2010

Étape à Cap Digital

Après une première journée bien remplie, notre petite équipe retrouvait Loïc Haÿ le mardi matin au Passage de l’Innovation (tout un symbole) où se trouvent les locaux de Cap Digital, le pôle de compétitivité parisien des contenus numériques. D’autres acteurs franciliens de l’innovation partagent cette adresse.

C’est tout d’abord Françoise Colaïtis qui nous présente les missions et projets de Cap Digital. Ce pôle de compétitivité a été lancé au début 2006 avec pour objectif de :

  • soutenir l’innovation et la recherche et développement
  • construire des partenariats et travailler sur l’intelligence collective « pour augmenter la surface de frottement afin que naissent des étincelles et des idées nouvelles ! »

Ces objectifs sont déclinés en gardant à l’esprit une perspective large prenant en compte le changement de paradigme induit par les technologies de l’information et de la communication. Cap Digital désire clairement se situer au cœur de l’économie numérique et traite de thématiques aussi variées que les services et les usages mobiles, les jeux vidéos, la culture et les médias, la co-conception numérique ou l’éducation et la formation. L’approche choisie est intéressante : en fonction des thématiques traitées, Cap Digital propose à ses membres (près de 600) une plateforme qui permet l’intégration des briques et des composants innovants dont on veut tester les nouveaux usages. Cette plateforme permet d’abaisser les coûts d’entrée pour mettre en œuvre les prototypes envisagés et se concentrer ainsi au mieux sur la partie innovante.

Comme à la Ruche et à la Cantine, on a compris qu’il faut forcer les liens en animant les communautés et au travers de l’organisation d’événements. Mais ces liens doivent également être entretenus avec le grand public. Cap Digital organise ainsi Futur en Seine dans le but d’amener l’innovation dans la rue pour y exposer les usages.


Jean-Philippe Clément (Mairie de Paris) nous rejoint pour présenter les projets numériques de la Ville de Paris. On se retrouve plus ici sur des aspects liés aux technologies elles-mêmes que sur leurs usages. Jean-Philippe Clément relève par exemple le succès du portail open source Lutèce développé par la Ville de Paris. Lutèce se développe actuellement autour de quatre thématiques : actualité, démarches administratives, base de connaissance et vie politique. Quelques mots également sur le WiFi public à Paris qui est amené à s’étendre. Jean-Philippe Clément mentionne enfin la démarche qui vise à valider l’extension de nom de domaine « .paris ». L’idée est d’apporter une vision plus localisée et plus territorialisée des services numériques offerts par la région parisienne.


Un autre nouveau venu dans le paysage de l’innovation parisienne est le « Paris Région Lab » que nous présentent Patricia Sevag et Romain Thomas.

Paris Lab est un nouvel opérateur qui vise à transformer la métropole parisienne en territoire d’expérimentation et de démonstration, au service des jeunes entreprises et des projets innovants.

L’action de cette association se structure autour de trois grands axes :

  • L’expérimentation grandeur nature sur le territoire métropolitain. Le laboratoire a pour vocation d’identifier des terrains d’expérimentations qui permettent aux porteurs de projets innovants de tester de nouveaux équipements, technologies ou services. La démarche privilégiée est celle de la co-conception. Des expérimentations sont déjà lancées comme le projet Panammes (Projets d’Aménagements Nouveaux pour améliorer l’Accessibilité des Malvoyants, Malentendants et Sourds).
  • L’émulation de l’innovation urbaine. Paris Lab assure une mission de veille sur les besoins des collectivités territoriales afin de proposer et sélectionner les solutions innovantes. Il contribue ainsi à dynamiser le lien entre collectivité et entrepreneurs. Paris Lab apporte son expertise et son concours à la commande publique pour mieux intégrer procédés ou services innovants, il participe à l’élaboration des appels d’offres en intégrant aux cahiers des charges des spécifications évolutives et interopérables, dans tous les secteurs de l’activité urbaine dont, bien sûr, le numérique.
  • Paris Lab se veut également un lieu ressource pour les communautés de chercheurs et d’entrepreneurs comme pour le grand public. Il a pour objectif de mettre à disposition sur le Web une veille de l’innovation en milieu urbain, information internationale et actualisée par Paris Lab et ses réseaux d’experts contributeurs. Le site InnovCity lancé récemment se doit ainsi permettre à l’utilisateur, outre la consultation des contenus proposés, de mettre en ligne, stocker, partager et commenter ses propres contenus et les contenus collectifs.

Nous partageons le repas de midi avec François Jégou, professeur de design à l’ENSCI, notre étape de l’après-midi. François est également directeur scientifique de la 27è Région qui fait notamment appel à ses compétences sur les Territoires en Résidences. Il nous parle de la démarche de design de service sur laquelle il s’est spécialisé et qui ne fait manifestement pas encore l’unanimité au sein de la communauté des designers.

Les prototypes ébauchés par les designers de services permettent de tangibiliser les idées amenées lors des ateliers de co-conception. Il est alors plus facile pour les participants d’engager la conversation sur ces objets concrets et de « retravailler » sur ces productions pour les faire évoluer ou converger avec d’autres solutions.

François Jégou est manifestement passionné par cette approche du design et nous nous réjouissons de nous immerger dans l’atelier qu’il organise l’après-midi avec ses élèves.


Étape à l’ENSCI

François Jégou nous propose de participer activement à l’atelier « Design et territoire » avec ses élèves de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle.

Le groupe travaille sur le cas concret de la commune d’Orchies dans la région de Lille. Cette commune péri-urbaine est en déshérence et la vie s’y perd. Les élus se demandent comment la faire revivre et redynamiser le territoire. Les élèves ont passé la matinée à identifier les lieux remarquables de la commune (lieux de vie, lieux de passage, lieux citoyens, etc.). L’atelier de l’après-midi est consacré à une réflexion sur les pistes à explorer pour rendre ces lieux plus attractifs. François Jégou stimule les étudiants pour faire émerger des thématiques de réflexion nouvelles ou des idées innovantes.

Il est intéressant de constater la diversité des possibles évoqués par le groupe. J’ai par contre été surpris de constater que l’animation de l’atelier ne s’appuie manifestement pas sur des méthodes ou des outils particuliers qui aideraient à faire émerger, à classer et à concrétiser les idées exprimées. Mais il est vrai que nous ne sommes restés qu’un peu plus d’une heure sur place…


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Étape à l’Échangeur PME

Dernière étape de notre circuit à l’Échangeur PME dont les locaux sont situés dans le magnifique bâtiment de la Bourse de Commerce de Paris (interdiction de prendre des photos à l’intérieur de l’édifice…). Nous y rencontrons tout d’abord Denis Pansu qui nous présente l’une des initiatives phares de la de la Fing : le Carrefour des Possibles. Denis Pansu parle « d’innovation démocratique » lorsqu’il évoque le Carrefour des Possibles. La volonté affichée est de « confronter des univers », de détecter et de mettre en place un réseau d’innovation autour des usages numériques.

L’initiative est née de la volonté de passer au-delà de trois constats qui brident l’innovation : une posture trop souvent figée par rapport à l’innovation, une approche en silos des problèmes à résoudre et un esprit critique pas suffisamment positif. Prenant le contrepieds de ces trois constats, le Carrefour des Possibles veut promouvoir une attitude positive, favoriser l’abrasion créative (en confrontant les univers) et miser sur la sérendipité (en laissant la place à l’inattendu).

Le Carrefour des Possibles vise ainsi à :

  • développer et partager une culture de l’innovation pour éviter de tomber dans le piège d’une vision trop élitiste ou du moins trop spécifique de l’innovation ;
  • associer formel et informel de manière à abaisser les barrières à l’autre ;
  • concilier détente et réflexion ;
  • susciter des effets déclencheurs.

La volonté affichée est de se concentrer sur les scénarios d’usages et de ne surtout pas rester focalisé sur les enjeux économiques.

Le processus de sélection des projets comporte une étape intéressante de brief collectif de pré-sélection qui constitue de mon point de vue une étape préliminaire dont la Muse devrait s’inspirer. Lors de cette étape les porteurs de projets peuvent mettre en lumière leur projet, le soumettre au kaléidoscope de points de vue pluriels qui permettent de sortir des schémas préconçus. Denis Pansu a constaté lors de cette étape un effet miroir sur les différents projets qui sont confrontés au cours d’une même séance. Selon lui la valeur d’une telle session est clairement supérieure à la somme des valeurs des projets présentés.

La Fing joue avant tout un rôle de facilitateur et de pourvoyeur de méthodologie d’animation dans le processus. Jusqu’ici le carrefour des Possibles se félicite d’avoir coaché plus de 1’400 innovateurs, d’avoir sélectionnée 660 usages numériques innovants, et de pouvoir s’appuyer sur un réseau de 10’000 personnes actives dans 12 régions de France.

Denis Pansu nous laisse avec une question ouverte : « A quand un Carrefour des possibles à Genève ? »


La dernière rencontre de notre circuit est celle de Frédéric Desclos qui nous présente l’Échangeur PME. La structure qu’il dirige repose sur un concept né il y a plus de 10 ans. L’objectif est de proposer aux PME de l’Ile-de-France un espace de démonstration des pratiques et des usages innovants liés aux TIC. L’Échangeur invite les responsables d’entreprise à se projeter dans le futur, à renouveler leur imaginaire pour se préparer au nouveau monde de l’échange transformé par Internet et les technologies de l’information.

Il propose également des séminaires sur mesure consistant en des parcours personnalisés à travers les innovations mises en scène sur ses plateformes (près de 130 démonstrations consacrées aux usages innovants des technologies dans le domaine de la relation client).

L’Échangeur travaille en permanence avec plus de 100 partenaires technologiques et renouvelle un tiers de ses démonstrations tous les ans. Le critère principal de sélection d’une démonstration est le caractère innovant d’une application, indépendamment de l’entreprise qui l’a développée. Ce principe est visible sur les plateformes de démonstration qui, elles aussi restent neutres, sans affichage de marque.


Perspectives

Nous terminons ce séjour parisien avec des images, des idées et des projets pleins la tête. Ces deux jours ont été riches et denses. Ils nous ont donné un aperçu de la diversité des acteurs de l’innovation publique parisienne et il nous ont proposé de nombreuses pistes à réinterpréter chez nous. Mais il nous a surtout permis d’échanger avec des personnes à la fois compétentes, ouvertes et sympathiques (ce qui ne gâche rien). Et au-delà de la qualité du programme que nous ont concocté Loïc et Stéphane, c’est également leur disponibilité que notre petit groupe a beaucoup apprécié. Un très grand merci à eux !

Le voyage de retour vers Genève me permet de prendre le temps de ressortir quelques points saillants de nos échanges :

  • les pouvoirs publics de l’Ile-de-France ont manifestement compris la nécessité d’accorder de la place à des manières moins conventionnelles d’envisager l’innovation ;
  • nous avons côtoyé des acteurs de l’innovation qui, avec des approches parfois très différentes, avaient en commun une attitude d’ouverture et de partage qui nous semble essentielle si l’on désire capitaliser sur les efforts des uns et des autres ;
  • au sein des communautés, la nécessité de s’appuyer et de se retrouver autour de valeurs clairement affichées et partagées est un point qui est souvent ressorti ;
  • l’innovation avec et pour les gens ne peut se concevoir que si l’on a pris conscience de l’énergie qu’il faut consacrer à cultiver ces valeurs ainsi qu’à animer et à faire vivre les communautés concernées. La génération spontanée n’a pas de place à ce niveau.
  • sachons capitaliser sur ce qui se fait chez nos voisins : évitons de réinventer la roue dans notre coin et privilégions au maximum les échanges et les projets communs !
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Patrick Genoud

http://about.me/patgen
Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public
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