On a causé de Tiers-Lieux…

Tiers-Lieux

Le terme Tiers-Lieu est aujourd’hui largement utilisé pour évoquer des structures facilitant l’émergence de l’innovation. Leur particularité réside dans une gestion collective et dans une approche transdisciplinaire. Les espaces de coworking, les Fablabs et plus généralement tous les lieux où des individus peuvent se rencontrer et collaborer sont ainsi englobés sous le terme de Tiers-Lieu. Mais ces initiatives ne sont que le résultat visible d’une dynamique plus large. En effet, au delà d’être une structure instituée, le Tiers-Lieu est une nouvelle manière d’articuler les différentes ressources d’un territoire afin de co-construire de nouvelles solutions et de générer de la valeur.

C’est en s’inscrivant dans cette perspective que Yoann Duriaux est venu nous aider à comprendre ces dynamiques d’un type nouveau. Yoann a d’autant plus volontiers accepté d’échanger avec nous qu’il désirait confronter sa vision des Tiers-Lieux avec celle(s) qui a (ont) cours en Suisse romande. Et avant même de découvrir le contenu de cette Causerie, sachez que les points de discordance sont quasi inexistants.

Aujourd’hui il n’y a plus d’expert, il n’y a que des explorateurs

Yoann interpelle d’entrée la vingtaine de participants à cette Causerie du 12 décembre en assurant que les Tiers-Lieux constituent l’une des réponses qui nous permettra de reconstruire cette société en perpétuel changement dans laquelle nous vivons. Et derrière cette affirmation on ressent immédiatement le militantisme d’une personne très engagée dans son discours, mais en même temps très ouverte à l’échange et à la discussion, voire à la confrontation.

Plutôt que de définir d’emblée ce qu’est pour lui un Tiers-Lieux, Yoann préfère nous raconter son parcours et la genèse de ces Tiers-Lieux (cela désarçonne les rares participants peu au fait du sujet). Il nous présente ensuite le Manifeste des Tiers-Lieux que lui et Antoine Burret ont récemment lancé en mode ouvert et contributif, dans la même logique que le monde du logiciel libre dont il reprend la philosophie de partage et de réutilisation. Yoann a d’ailleurs été dans le même temps été le co-fondateur de la communauté francophone des Tiers-Lieux Open Source.

De mon point de vue cette appellation de Tiers-Lieux Open Source n’est pas forcément heureuse. Elle peut être mal interprétée (hors des cercles initiés) et génératrice de conflits (à l’intérieur de ces cercles), à l’image de ce qu’a vécu la communauté du libre autour des notions de logiciel libre et d’Open Source. Pour ma part j’aurais plutôt mis en avant les valeurs véhiculées par les communautés du logiciel libre (collaboration, partage, ouverture) plutôt qu’une dénomination qui s’applique spécifiquement à du code informatique et pas à une démarche de co-construction.

Yoann passe une grande partie de la Causerie à débattre avec les participants des différentes thématiques développées dans le Manifeste des Tiers-Lieux qui vise avant tout à améliorer la compréhension de ces espaces et des dynamiques associées. In fine Yoann espère qu’il aidera à démultiplier l’impact des Tiers-Lieux sur la société.

Causerie Tiers-Lieux

Le Manifeste propose ainsi les briques méthodologiques et les outils permettant de passer de l’intention à la mise en oeuvre concrète d’un Tiers-Lieu. Yoann et Antoine l’ont structuré selon les 10 thématiques qui devraient caractériser un Tiers-Lieu, qui devrait ainsi être :

  1. Collectif – Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif
  2. Espace – Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs.
  3. Travail – Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking.
  4. Organisation – Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.
  5. Langage – Le Tiers-Lieu génère un langage commun et ré-appropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.
  6. Numérique – Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.
  7. Gouvernance – Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres.
  8. Services – Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.
  9. Financements – Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.
  10. Prospective – Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

Les échanges sur ces différentes thématiques sont riches et témoignent selon Yoann de la maturité plutôt élevée de la majorité des participants à la Causerie sur le sujet.

Quant à ceux qui étaient venus à la Muse afin d’en savoir plus sur ce qu’était un Tiers-Lieu, ils ont du attendre la fin des débats pour le découvrir. La définition de Yoann est celle d’un « dispositif mis en place pour favoriser l’innovation sociale ». Une définition un peu trop générale au goût de la majorité de l’assemblée. Et pourquoi se cantonner à l’innovation sociale ? A moins, comme nous avons été plusieurs à le suggérer, de comprendre ‘sociale’ dans son acception la plus large, synonyme de ‘sociétale’.

Yoann Duriaux

Quelque soit la définition que l’on en donne, Yoann insiste sur la nécessité de considérer l’engagement comme une valeur forte lors de la mise en place et du développement des Tiers-Lieux. Selon lui ceux-ci participent clairement à l’amélioration de notre société en ce sens qu’ils proposent des environnements favorables à l’innovation sociale mais également parce qu’ils permettent aux gens de se transformer. Ils favorisent également le rapprochement de ‘ceux qui font’ et de ‘ceux qui analysent’.

En évoquant l’avenir des Tiers-Lieux, Yoann les voit évoluer vers des lieux qui faciliteront l’assemblage de briques de services pour créer avec les gens les solutions qui permettront une meilleure une gestion de la Cité et qui amélioreront le ‘vivre ensemble’.

Le mot de la fin revient à Loïc Gervais de l’Espace Publique Numérique de Thonon qui voit dans le Manifeste des Tiers-Lieux un prisme qui lui a permis d’appréhender son espace sous un angle différent et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Fort de son expérience, Loïc insiste sur la dynamique d’émergence qu’il faut savoir cultiver dans les Tiers-Lieux, avec la nécessité permanente de se donner le droit à l’erreur.

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Références:

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Yoann Duriaux

Yoann Duriaux (OpenScop) est co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint-Etienne et de  la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source. Il est co-initiateur de la méthodologie Movilab, co-organisateur du premier tour de France du télétravail et des Tiers-Lieux. Il a également participé à la création des communautés Imagination for People et OuiShare.

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Patrick Genoud

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Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public
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