On a causé des données 3D du territoire genevois…

Lors de la Causerie du jeudi 15 novembre dernier, Laurent
Niggeler (directeur du service de la mensuration officielle du canton de Genève) est venu nous présenter les données cartographiques 3D auxquelles les habitants du canton peuvent accéder via un guichet dédié. Celui-ci permet de représenter en trois dimension (3D) sur la carte du canton tous les immeubles et les ouvrages d’art du canton.

Ces données sont parfaitement intégrées au Système d’Information du Territoire Genevois (le SITG). Elles constituent pour Laurent Niggeler et pour les services de l’administration genevoise qui les utilisent, un outil de travail extraordinaire. Mais Laurent constate malgré tout que les acteurs locaux (en interne, comme en externe à l’administration) ont de la difficulté à s’approprier ces données dont les potentialités vont pourtant bien au-delà des usages métier pour lesquelles elles ont été collectées. Trois pistes selon lui peuvent l’expliquer: un manque de communication sur la disponibilité de ces données, une difficulté pour les utilisateurs potentiels à se les approprier ou enfin (et surtout?) un changement de paradigme qui remet sérieusement en question les métiers concernés.

La première partie de la causerie a porté sur les différents usages avérés et potentiels des données 3D du canton. Celles-ci constituent aujourd’hui des outils de conception, de simulation et d’analyse de premier ordre. Mais elles ont de plus cette capacité extraordinaire à représenter et à tangibiliser des mondes complexes, ce qui en fait des outils de visualisation, de concertation, d’aide à la décision et de communication incomparables. Laurent Niggeler a ainsi illustré ces différents aspects avec des exemples locaux que l’on retrouve dans sa présentation ci-dessous ou dans mon article consacré à la Journée de la 3D à Genève en 2011.

Les usages de la 3D se retrouvent ainsi dans des domaines aussi variés que les mesures et simulations de flux de polluants ou d’ensoleillement, l’aérodynamisme urbain, les implantations d’éoliennes ou d’antennes de téléphonies mobile, la géologie 3D, la gestion du patrimoine ou le tourisme. Mais ces usages ne sont pas encore aussi répandu que les promoteurs de la 3D le souhaiteraient.

Laurent Niggeler a ensuite évoqué la démarche volontariste lancée par l’Etat de Genève pour gagner la confiance des citoyens face aux dérives auxquelles peut conduire un mauvais usage de la 3D. Le canton a en effet été avec d’autres acteurs à l’instigation d’une charte 3D fondée sur 3 principes (voir sur le site du SEMO) :

  1. principe de crédibilité (ne pas influencer les gens à leur insu);
  2. principe de transparence (renseigner sur les scènes proposées, éléments retenus ou pas, modalités);
  3. et principe de développement de réseau et de formation à la 3D (diffusion des compétences autour de la 3D).

A l’annonce de cette initiative, la remarque a immédiatement fusé dans l’assemblée :

« Dans le même esprit, il faudrait également une charte de la 2D! »

La discussion a ensuite abordé les divers thèmes évoqués lors de la présentation. L’intégration de la 3D dans la gestion territoriale a soulevé la question de la co-construction d’un système d’information plus ouvert sur la société: « Pourrait-on envisager d’enrichir ces données 3D officielles des contributions d’acteurs de la société civile et aller ainsi vers la Wiki City qui avait été ébauchée lors d’un atelier que nous avions monté dans le cadre de la conférence Lift en 2011 ?. »  Laurent Niggeler voudrait bien aller dans ce sens, mais les choses prendront du temps. La volonté du comité directeur du SITG d’ouvrir la majorité de ses données publiques en 2013 constitue dans tous les cas un pas important dans ce sens. Nos autorités seront sollicitées prochainement sur le sujet.

Laurent Niggeler: never give up !

Lorsqu’on a rappelé l’appropriation encore trop faible de la 3D, Laurent Niggeler a souligné que nous sommes à la croisée des chemins : « La 3D aurait pourtant vocation à devenir le point de jonction des acteurs du territoire genevois car il amène les gens à s’intéresser de manière naturelle aux problématiques des autres ». Et la causerie a porté dans la foulée sur les potentialités encore largement méconnues de la cartographie 3D, évoquant, à travers sa capacité à mélanger le réel et le virtuel, à améliorer la gestion de la ville et du territoire.

Les participants sont ensuite revenus sur l’ouverture des données publiques qui pourrait permettre à nos start-up qui proposent des solutions en lien avec le territoire d’en profiter pleinement. Mais rappellent-ils, ces usages sont conditionnés à une accessibilité des données qui n’est pour l’instant pas optimale.

La causerie s’est terminée en évoquant une perspective fascinante liée à la 3D qui est celle de la 4D que vient enrichir la composante temporelle.


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Patrick Genoud

http://about.me/patgen
Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public
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