Archives du Mois : avril 2015

Voilà, c’est fini

Voici maintenant plus de 10 ans que j’ai mis à disposition mes compétences pour le service public au sein de l’Observatoire technologique du Canton de Genève. Au fil des années j’ai pu découvrir, développer et partager des thèmes variés: prospective technologique et sociétale, stratégie et co-création, animation et stimulation de groupes et d’idées, projets d’innovation et d’ouverture transverse du secteur public. Je termine mes activités à la fin de ce mois d’avril 2015 pour cette structure ce qui a été une aventure stimulante.

A partir de mai 2015, je rejoins SIG (les Services Industriels de Genève) pour élaborer le design de la stratégie globale de l’entreprise pour la direction générale. Je reste donc actif dans les thèmes qui me sont chers et en ajoute d’autres aussi. Cette nouvelle opportunité me réjouit donc beaucoup à de multiples points de vue.

Je pense que la transition économique et sociale s’est encore accélérée durant cette dernière décennie avec l’arrivée des réseaux sociaux, des smartphones, du cloud et de l’information massive. Demain, c’est avec l’Internet des objets, et notamment les smart grids, qu’il faudra compter et aussi inventer une nouvelle stratégie de développement entrepreneurial. Nous vivrons dans le domaine énergétique ce que nous avons traversé avec l’Internet de la communication, un nouveau type de réseau inexploré: l’Internet de l’énergie.

Le réseau actuel est centralisé, fondé sur des technologies connues, avec une distribution descendante allant du producteur au consommateur. A l’avenir, nous verrons un modèle très différent où les usagers pourront réinjecter leur propre production, stocker l’énergie plus localement et suivre leurs données pour rééquilibrer leur portefeuille.

Le risque d’erreur stratégique est cependant élevé. La complexité réside dans l’impact du changement, dans les enjeux énergétiques et économiques et dans la maîtrise des écosystèmes comprenant un nombre important de parties prenantes. Les approches classiques seront certainement en rupture et de nouveaux modèles d’affaires devront être inventés.

La stratégie d’une entreprise constitue la boussole qui lui permet de se diriger dans un monde volatile et incertain. Dans ce monde parfois chaotique, avoir le plan détaillé du terrain n’est pas toujours un atout. Dès qu’un choc apparaît, le terrain se modifie et le plan devient moins utile, voire même désuet. La dynamique d’aujourd’hui doit s’intégrer à une stratégie et à une culture d’entreprise plus agile, plus adaptative et plus résiliente. La boussole devient plus importante que la carte.

Cela n’élimine pas tous les risques, mais permet de mieux s’orienter vers l’innovation pour conduire à la transformation et au succès d’une organisation au sein de la société.

Si vous voulez me suivre, vous pouvez facilement me retrouver sur les réseaux sociaux (https://about.me/giorgio.pauletto) et Medium (https://medium.com/@giorgiop5) que je vais investir prochainement.

On a causé de l’Internet des objets…

Internet des objets

En permettant à des milliards d’objets d’échanger des informations et d’agir à la demande ou de manière autonome à l’échelle planétaire, l’Internet des Objets sera-t-il à l’origine de la prochaine révolution industrielle? Beaucoup d’entrepreneurs y croient, à l’image de Didier Hélal, co-fondateur de la société genevoise OrbiWise.

Les domaines explorés par OrbiWise sont aussi variés que l’agriculture de précision, les compteurs intelligents, le suivi de la qualité de l’eau, de la pollution sonore, de la collecte des déchets, ou la domotique. Lors de cette Causerie du 19 mars dernier, Didier Hélal nous a présenté ces perspectives prometteuses offertes par une technologie qui n’a réellement décollé que depuis peu. Il a  également abordé les enjeux liés à un Internet des objets qui n’a pas encore les réponses à toutes les questions que la société civile ne manquera pas de poser.

Didier Hélal a tout d’abord rappelé à la quinzaine de personnes présentes l’impact (en devenir) de l’Internet des Objets (IoT pour Internet of Things) sur le monde connecté. Que ce soit au niveau des individus, des métiers et des organisations, ou de la société en général, l’IoT permet de répondre aujourd’hui à des défis de santé, de sécurité, d’efficience, de productivité ou de développement durable pour ne citer que ceux-ci. La possibilité de connecter des capteurs, de remonter en temps réel et à très bas coût les données qu’ils collectent, et de piloter des objets permet d’imaginer des services dont la plupart sont encore à découvrir. Car l’ensemble de ces données et des informations correspondantes sont directement accessibles sur le cloud de manière simple et décloisonnée. En ce sens l’IoT vient en quelque sorte nourrir le big data

Mais pour pouvoir collecter ces données et les exploiter efficacement, encore faut-il disposer d’une infrastructure adéquate. Et c’est dans ce domaine que la société OrbiWise se positionne en déployant une infrastructure basée sur la technologie LoRa qui beaucoup moins coûteuse en énergie que le GSM habituellement utilisé lorsque aucun réseau WiFi n’est disponible. Les stations LoRa sont peu chères et leur portée dans les meilleures conditions avoisine les 30 km.

Pour valoriser ce type d’infrastructure et en illustrer les potentialités, OrbiWise explore de nouveaux usages qui n’étaient jusqu’ici pas possibles en raison du manque d’accès au WiFi ou à des sources d’énergie pour alimenter les capteurs. On est clairement ici dans des usages professionnels bien éloignés de la domotique ou du quantified-self que l’on évoque souvent en parlant d’IoT. Les principaux utilisateurs qui vont bénéficier de ce type d’infrastructure sont avant tout des organisations publiques ou privées et des professionnels. Didier Hélal l’a illustré à travers plusieurs exemples mis en oeuvre par OrbiWise pour démontrer la faisabilité et la valeur ajoutée des services élaborés sur leur infrastructure: 

  • Poubelles publiques intelligentes qui signalent lorsqu’elles sont pleines, permettant ainsi d’optimiser la collecte des déchets
  • Mesures météo en temps réel dans les vignes qui renseignent le viticulteur sur une météo micro-locale, lui permettant d’optimiser la culture de ses vignes et lui évitant de très nombreux déplacements
  • Mesures fréquentes et régulières du niveau de bruit dans la ville qui, conjuguées avec les mesures des stations lourdes actuelles, fournit des renseignements précieux aux urbanistes et aux ingénieurs de mobilité
  • Mesures de qualité sur le réseau de distribution d’eau qui permet de connaître son état en tout point et en temps réel à des coûts très faibles

Et de tels exemples peuvent être multipliés bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Les capteurs et les services associés permettront à terme d’obtenir en temps réel une image du territoire qui s’inscrit tout à fait dans la vision de la smart city dont on parle tant actuellement. Ils amèneront notamment:

  • une visibilité fine des problèmes éventuels

  • des remontées d’alertes

  • des prévisions basées sur des mesures sectorielles présentes et passées et sur leur croisement avec celles d’autres domaines

  • etc…

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Photo Bruno Chanel

OrbiWise n’a pas vocation à développer les services évoqués par Didier Hélal. Si cette société le fait actuellement c’est parce qu’elle doit pouvoir mettre en avant la valeur ajoutée de tels services que trop peu d’acteurs développent actuellement. Mais c’est bien sur l’infrastructure qu’OrbiWise amène une plus-value et qu’elle entend se positionner sur le long-terme. Le défi sera alors de faire émerger un écosystème viable autour de cette infrastructure.

Les usages présentés enthousiasment les participants à la Causerie qui voient bien les potentialités offertes. Et au-delà des infrastructures ou des services, les discussions abordent très vite un élément essentiel lié à l’IoT: la donnée. Car les données remontées dans le cloud par les capteurs constituent la vraie mine d’or qui va permettre aux usages de voir le jour. On a ici quitté le domaine de l’IoT pour entrer dans celui du big data ! Et la discussion s’égare sur les besoins à venir de nouvelles compétences relatives à ce domaine telles que les data brokers ou les data scientists… Ces compétences nouvelles renvoient d’ailleurs à un aspect négatif de l’IoT qui est celui des postes de travail qui sont amenés à disparaître avec l’arrivée des services amenés par les objets connectés. Mais c’est là l’éternelle question de la modernité et des changements qu’elle induit dans la société.

Et on touche là aux questions beaucoup plus fondamentales, car sociétales, amenées par l’IoT. Car ce nombre toujours croissant d’objets connectés pose bien des questions aujourd’hui sans réponses définitives: « Pourquoi connecter l’ensemble de la société ? »« Se préoccupe-t-on suffisamment du respect de la sphère privée ? »« Se préoccupe-t-on suffisamment du respect de la sphère privée ? », « N’est-ce pas la voie ouverte à un monde gouverné par les algorithmes ? ». On a évoqué durant la Causerie certaines pistes dont chacune nécessiterait de nombreuses heures de discussion pour bien les cerner.

Tous les participants, et Didier Hélal en tête, admettent que tout cela mérite en tous cas une réflexion bien plus poussée que le peu qu’il y en a actuellement. On manque en effet d’esprit critique en ne se focalisant que sur les opportunités, certes extraordinaires, offertes par l’IoT.

Il faudrait pour le moins élaborer des recommandations destinées à cadrer les usages à venir et à en contrebalancer les effets pervers. Là-dessus tout le monde semblait d’accord dans l’assemblée. C’est sur le qui et le comment que les avis divergeaient. Est-ce le rôle des politiques qui pour la plupart sont dépassés par ce changement de paradigme? Est-ce celui des entreprises actives dans le domaine qui n’ont pas forcément une vision large sur la question? Faut-il mettre en place des structures indépendantes qui axent leurs réflexions sur les aspects éthiques et sociétaux ? Pas de réponse tranchée, si ce n’est pour admettre qu’il faut tendre à une meilleure maîtrise de ces systèmes complexes en mettant en place une gouvernance qui pour l’instant n’est qu’embryonnaire.


Didier Helal

Didier Hélal est développeur d’affaires chez OrbiWise.

Il a précédemment occupé diverses fonctions chez ST-Microelectronics arrivant au titre de directeur du développement opérationnel. Il est titulaire d’un doctorat en électronique appliquée à la radar-météorologie, et auteur de plusieurs brevets et communications scientifiques.

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