Archives du Mois : décembre 2014

Quels scénarios pour Genève en 2025?

L’idée de connaître le futur est toujours attirante. Qui ne serait pas intéressé à mieux connaître l’avenir? Mais toute personne qui s’est penchée un peu sur la question le dira. Ce n’est pas tant la prédiction qui compte, mais la pratique de se projeter qui est salutaire. Cet exercice a été réalisé en novembre 2014 pour une entité de l’administration genevoise.

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Pour mieux se projeter dans le futur, il est utile de proposer des représentations concrètes de ce qui peut se produire. Dans la méthode des scénarios, on propose des visions contrastées du monde à venir. Le futur ne ressemblera vraisemblablement à aucun des scénarios de façon exacte, pris de façon individuelle. Mais il est presque sûr que l’avenir contiendra plusieurs des éléments retenus dans chacun des scénarios proposés.

Les entreprises comme Shell ont été pionnières dans ce contexte et aujourd’hui cette approche est largement diffusée aussi bien dans le secteur privé que dans celui public. Par exemple, le World Economic Forum, Institute for the Future, le gouvernement français ou encore le gouvernement canadien effectuent tous une exploration des futurs possibles.

Mentionnons en référence un ouvrage remarquable sur le sujet qui reste totalement d’actualité, Peter Schwartz, “The Art of the Long View: Planning for the Future in an Uncertain World”, 1996.

Voyons comment cela peut se traduire pour l’administration genevoise à l’horizon 2025.

Quelles sont les grandes incertitudes?

Dans la construction de scénarios, on peut choisir un certain nombre de variables dont l’évolution sera cruciale pour les enjeux considérés. Bien entendu, il s’agit là d’un choix, guidé par le contexte, par les idées du moment, mais aussi par un regard sur ce qui a déjà, et va continuer à avoir un impact majeur un notre économie et notre société. Parmi l’ensemble large que l’on peut imaginer, voici deux propositions de variables incertaines et influentes.

  • Pouvoir et gouvernance: Distribué et global vs Centralisé et local. Serons-nous dans un monde où les décisions seront prises de façon plus autonomisée, plus en adéquation avec les acteurs autour de nous ou au contraire un recentrage sera-t-il de mise pour se préoccuper principalement de ce qui se passe de façon locale où notre pouvoir d’influence est aussi probablement le plus fort?
  • Position vis-à-vis du numérique: Proactive vs Conservatrice. Aurons-nous intégré de façon naturelle le passage vers un monde numérique avec ses avantages et inconvénients ou serons-nous encore frileux vis-à-vis d’un espace qui semble peu maîtrisé et porteur de dangers, que nous suivrons seulement si tous les autres l’ont adopté?

Les 4 scénarios

En plaçant ces deux variables sur deux axes, on génère un espace de 4 combinaisons où l’on peut imaginer 4 scénarios dans lesquels se trouverait l’administration publique.

Scenarios 2025 axes

Gouvernance distribuée / Numérique conservateur

CoursePopulaire
Genève s’est ouverte et se développe dans des échanges multilatéraux de la région. Bien que le monde évolue rapidement autour d’elle, les avancées quant au numérique restent timides dans l’administration. La communication et les échanges avec la population restent pour la plus grande part analogiques et conventionnelles. Nous sommes dans la métaphore de la course populaire, le peloton avance et exerce un effet d’entraînement. Mais on reste probablement dans la masse et à l’arrière des coureurs.

Gouvernance distribuée / Numérique proactif

CourseRelai
La région genevoise est un écosystème social et politique qui sait mettre à profit les enjeux globaux et numériques. Ce sont là des leviers de changement importants. Malgré quelques «couacs», le gouvernement sait s’appuyer sur cet écosystème pour mieux répondre aux besoins des citoyens et aux enjeux de demain. Dans ce cas, on se trouve dans l’image de la course de relais, où l’important est non seulement de courir vite, mais aussi de savoir passer le témoin et de se coordonner.

Gouvernance centralisée / Numérique proactif

EntrainementSolitaire
Genève se concentre sur ses questions internes et reste très prudente quant aux affaires allant au-delà de ses frontières. Elle sait utiliser les opportunités offertes par le numérique pour favoriser les échanges et résoudre les problèmes rencontrés, mais en se concentrant uniquement sur les parties prenantes genevoises. L’entrainement solitaire représente cette situation de par la très bonne qualité de l’effort et l’isolement de l’individu sur la piste.

Gouvernance centralisée / Numérique conservateur

JoggingDimanche
La tendance sociale est tournée vers une Genève locale qui s’intéresse à ses problèmes internes. Les opportunités apportées par le numérique n’ont pas été réellement saisies et investies. La communication et les relations avec la population restent classiques et traditionnelles. C’est la symbolique traduite par le jogging du dimanche, où l’effort sporadique est effectué souvent seul à partir d’une bonne résolution, mais qui s’avère souvent laborieux et peu fructueux.

 

Selon l’évolution de ces deux variables, nous nous trouverons dans des mondes bien contrastés, parfois plus agréables à notre esprit, parfois moins souhaitables. Mais là n’est pas la question finalement. L’important est de regarder ces scénarios comme une tangibilisation, comme une narration qui nous permet de confronter nos stratégies, nos plans, nos idées.Scenarios 2025 quadrants

Comment utiliser ces scénarios?

Bien que ces scénarios hypothétiques sur le futur n’aient pas la prétention de prédire avec exactitude, ils permettent de voir comment certaines combinaisons de situations incertaines et volatiles, d’événements inattendus et chaotiques, et aussi d’évolutions tendancielles plus fortes influenceront notre futur.

Et c’est bien cela qui importe, permettre de voir avec plus de clarté ce à quoi il faudra se préparer, que ce soit en termes d’opportunités ou de risques. Le futur restera toujours incertain, mais notre préparation à décider et à agir s’est affinée à travers cet exercice. Quel que soit le futur, que nous ne pouvons pas prédire, la robustesse de notre pensée ne pourra qu’en être renforcée. Ainsi, le passage de la pensée vers l’action peut se faire avec une certaine prise de conscience, un éclairage multiple et une prise de recul permettant de se projeter plus clairement.

Le travail ne fait donc que commencer, puisque les décideurs doivent maintenant se poser les questions de savoir comment leur décisions, leur stratégies, leurs plans opérationnels vont se comporter dans ces différentes situations.

Comment les stratégies sont-elles impactées par ces scénarios? Comment peut-on rendre celles-ci plus robustes? Quelles actions peuvent être considérées comme incontournables ou au contraire demander une adaptation spécifique? Comment peut-on être résilient en termes d’organisation, de position, de mission et d’activités?

Cette méthode constitue un préalable très utile à la stratégie puisqu’il ouvre la vision et permet d’envisager des stratégies robustes dans chaque scénario. C’est une façon largement utilisée par les plus grandes organisations et entreprises pour générer des futurs plausibles et déterminer des réponses appropriées. Il faut bien entendu aussi voir ceci comme une boucle de retroaction continue entre vision, contexte, stratégie, résultats et scénarios.

Il ne s’agit donc pas ici de céder à la tentation de prévoir le futur. Après tout ce sont nos actions du présent qui tracent le chemin vers l’avenir, moment par moment. Le futur, lui, reste et restera insaisissable. Serons-nous prêts?

 


 

PS: Pour information, voici les scénarios 2030 préparés par la Confédération, qui sont parus en décembre 2014, http://www.bk.admin.ch/themen/planung/04632/index.html?lang=fr.

On a causé de storytelling…

Storytelling

Le storytelling est à la mode depuis quelques années. Comme tous les concepts qui font le buzz, on en a parfois une compréhension réductrice, sans notamment en entrevoir toutes les potentialités. Pour clarifier les choses et nous ouvrir des perspectives nouvelles, Michael Mesfin est venu en causer avec une dizaine de personnes le 20 novembre dernier.   

Lorsque Michael demande aux participants de la Causerie ce que le mot storytelling évoque pour eux, les réponses fusent : « partager, inventer, emmener les gens, faire rêver, méthodologie, marketing ! ». Beaucoup de mots donc derrière ce concept qui fait parler de lui depuis quelques temps déjà. Mais un point semble rallier tout le monde: à chaque fois on évoque en filigrane une capacité à emmener les gens, à les faire rêver.

Les méthodes et techniques mises en jeu dans le storytelling sont souvent utilisées avec succès pour parfaire l’art oratoire des communicants et insuffler de l’énergie dans leur discours. Et dans tous les cas de figure Michael nous met au défi de citer un bon orateur dont le cœur du discours n’est pas une histoire qui nous emporte, avec un schéma narratif toujours présent, faisant intervenir tout ou partie des ingrédients habituels:  un héros, une quête, un adjuvant, un destinateur, un destinataire et un opposant.

Si le storytelling  fait ses preuves avec les individus, et dans la mesure où les organisations sont des « personnes morales », peuvent-elles également bénéficier de ces techniques ? Est-il possible de transposer sur elles les méthodes et les techniques du storytelling ? En un mot: peut-on faire raconter des histoires aux organisations ? C’est plus précisément autour de ce thème que Michael nous a emmenés tout au long de la Causerie. Et la réponse à cette question il nous la donne d’emblée: clairement, une organisation (ou une marque) doit aujourd’hui savoir se raconter en restant en phase entre le style utilisé dans ses approches marketing et le fond du discours. Car à l’heure des réseaux sociaux, des dissonances éventuelles à ce niveau deviennent vite très criardes et peuvent constituer un risque majeur pour l’entreprise. Michael cite pour exemple la vidéo virale « United breaks guitars » qui en mai 2008 a mis en lumière l’écart entre le discours marketing de la compagnie aérienne United et la réalité du terrain vécue par un usager.

Think Data: un exemple original de storytelling !

Il devient donc essentiel pour les organisations de savoir « raconter leur(s) histoire(s) » en y apportant la cohérence entre le discours véhiculé et les valeurs constitutives de leur identité. Jusqu’à peu, ces valeurs n’étaient souvent qu’un fourre-tout, des mots vides de sens qui résistaient mal au vécu des clients ou des collaborateurs de l’entreprise.

Selon Michael les recettes habituelles du storytelling peuvent être appliquées aux organisations pour leur permettre de changer de registre en positionnant leur discours sur leur identité et sur leurs valeurs. Il en a profité pour nous rappeler ces fondamentaux du storytelling qui restent invariants, que celui-ci soit appliqué aux individus ou aux marques. Le bouleversement provient plutôt de la démarche suivie pour construire ces histoires.

Car raconter des histoires qui portent du sens et de la cohérence par rapport aux valeurs de l’organisation impose un certain nombre de pré-requis que nous avons discutés durant la Causerie.

Two Notes on Storytelling

Le premier, en lien intime entre la direction et le top management, est de savoir se positionner au cœur de la réalité de l’organisation qu’il faut considérer comme une entité responsable, avec ses valeurs, sa stratégie, sa culture propre et la dimension du service qu’elle propose à ses clients.

Le second est de pouvoir construire ces histoires avec un maximum de collaborateurs (travail en groupes et selon des temps différents). Il s’agit alors de raconter les habitudes (souvent implicites) et de les diffuser; il s’agit également de raconter l’organisation au niveau de ses services, de ses techniques, de ses performances et de son management. Le tout bien sûr dans une démarche de co-création qui permet de garantir la consistance du discours. Et chemin faisant on s’accorde à débattre sur le langage et les histoire que l’on est en train de construire.

Attention cependant à ne pas tomber dans le piège de l’élaboration d’une histoire pour l’interne et d’une autre destinée à l’externe. La cohérence impose de créer une seule histoire que l’on peut éventuellement raconter différemment selon le contexte et les publics.

Dans son activité quotidienne, Michael constate que ce type de démarche participe clairement à élaborer une culture d’entreprise et constitue dans le même temps un véritable levier de changement des organisations. En créant de la cohérence et de la compréhension partagée on se trouve ainsi au cœur de l’empowerment des organisations en tant que telles.

Dans la discussion qui suit, on évoque alors le storytelling comme un levier efficace pour aller vers les organisations apprenantes, ou alors comme un outil qui peut aider à la gouvernance des organisations. Dans tous les cas les participants à la Causerie sont convaincus après des échanges passionnés et passionnants que le storytelling permet de redonner du sens et de la consistance à son activité professionnelle et qu’à ce titre on devrait lui donner beaucoup plus d’importance dans les organisations.


Michael Mesfin – Causerie Storytelling – Novembre 2014 (45 Mb)


Michael Mesfin

Après une expérience de 10 ans dans le domaine de la communication, du planning stratégique et du marketing, Michael Mesfin lance fin 2007 Siltan, un cabinet de conseil spécialisé dans la culture des marques, où il développe le concept d’Organic Branding, une perspective où les usagers, la science des services et l’innovation tiennent une place essentielle.

En 2013 Siltan rejoint STICS Group dans le but développer à plus large échelle des solutions professionnelles d’empowerment des personnes morales appliquées à la propriété intellectuelle et au couple marque & services.

L’Internet des objets – Présentations de la 23ème Journée de rencontre de l’OT

L’Internet des objets

L’évolution de la technologie nous ouvre de nouvelles possibilités. Les projections de Gartner prévoient plus de 25 milliards d’objets connectés mondialement en 2020. Et cela en excluant les téléphones, tablettes et ordinateurs qui représenteront eux encore environ 1.3 milliards d’unités.

Nos relations avec les objets, les autres individus et la société dans son ensemble changent profondément. Pensons au rapport que nous entretenons avec un petit objet qui a déjà eu un large impact: notre téléphone portable. Sa véritable révolution en tant que smartphone n’est apparue qu’il y a finalement peu de temps environ 6-7 ans. Et nous n’en utilisons certainement qu’une petite partie puisqu’il est fourni de beaucoup de différents capteurs. Et aujourd’hui d’autres objets se connectent en permanence à Internet et ont déjà commencé à changer le monde que nous connaissons.

La 23e Journée de Rencontre de l’OT nous a permis d’effectuer un tour d’horizon sur le thème de l’Internet des Objets. Avec nos orateurs, nous avons pu ensemble jouer le rôle d’éclaireurs, pour stimuler les idées à l’avant-garde. A travers les présentations stimulantes que vous retrouverez ci-dessous, nous avons voulu ouvrir le champ des possibles et mieux voir comment appréhender sous différents angles cette transformation que le monde numérique nous apporte.

Nous avons eu la chance d’avoir des spécialistes du sujet couvrant une palette large et variée, offrant une approche multiple sur le sujet avec les lentilles de la prospective, du design, de la santé, de la technologie, bien sûr, mais aussi des aspects sécuritaires, économiques et sociétaux.

Voici leurs présentations ainsi que l’enregistrement audio de leurs interventions, suivi d’une synthèse téléchargeable sur un fyler de deux pages.


 

Nicolas Nova
Nicolas Nova
Co fondateur de l’agence «Near Future Laboratory» et Professeur à la HEAD

Nicolas Nova s’intéresse aux questions d’usage et de prospective en lien avec les technologies numériques dans le domaine de l’urbain, des nouvelles interfaces et des cultures populaires (jeux vidéo, musique, art numérique). Il présente un tour d’horizon des objets connectés qui vont de l’ordinateur à des objets plus simples (le lapin Nabaztag) ou aujourd’hui ceux que l’on porte sur soi, dits « wearables ».

 

 

 


 

Christian Lovis
Christian Lovis
Médecin, Professeur aux HUG et chef du Service des Sciences d’Informations Médicales

Christian Lovis s’est spécialisé en Suisse et aux Etats-Unis en médecine interne et en médecine d’urgence, ainsi que sur les systèmes d’information médicaux. Il est président de la société suisse d’informatique médicale, expert pour la stratégie en matière de cybersanté. Sa présentation s’axe autour de ce qu’il qualifie aujourd’hui de « gadgets » mais qui demain deviendront des objets qui redéfiniront les relations avec le monde de la santé.

 

 


 

Didier Hélal
Didier Hélal
Développeur d’affaires chez OrbiWise, Docteur en électronique appliquée à la radar-météorolgie

Didier Hélal a précédemment occupé diverses fonctions chez ST-Microelectronics arrivant au titre de directeur du développement opérationnel. Il est titulaire d’un doctorat en électronique appliquée à la radar-météorologie, et auteur de plusieurs brevets et communications scientifiques. Il présente la startup où il travaille et les opportunités énormes et multiples offertes par les objets connectés de type « low power wide area network ».

 

 

 

 


 

Bernard Benhamou
Bernard Benhamou
Maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Enseignant à l’Université Panthéon Sorbonne sur la gouvernance de l’Internet

Bernard Benhamou est aussi ancien délégué interministériel aux usages de l’Internet et conseiller de la délégation française au sommet des Nations Unies sur la société de l’Information. Il brosse un tableau sur les enjeux de la gouvernance des objets connectés sur Internet en donnant des perspectives sur les rôles essentiels que ceux-ci vont jouer dans nos sociétés ainsi que les nouveaux cadres que les institutions, les gouvernements et les industries devront inventer dans un futur proche.

 

 

 

 

 


 

 

Retrouvez un résumé de l’événement dans le flyer ci-dessous qui redonne le cadrage, présente les intervenants et synthétise brièvement leur intervention.

Résumé 23ème Journée de Rencontre de l’OT (pdf)