Archives du Mois : janvier 2014

Quatre grandes tendances de 2014 qui vont refaire le monde

Parmi les tendances publiées par plusieurs grandes consultances comme Gartner, Forrester ou encore McKinsey ou Deloitte, arrêtons-nous sur celles qui vont remodeler le monde.

Que ce soit au niveau des technologies, au niveau des affaires ou au niveau de la société, nous entrons dans une ère nouvelle. Plusieurs grandes tendances ont un impact selon les industries, les secteurs d’activité et les segments de clients servis.

Celles sélectionnées ici présentent, à mon sens, un véritable potentiel de rupture puissant et massif sur tous les aspects de nos sociétés: professionnel à travers les entreprises et leur renouvellement de modèles d’affaires, personnel par rapport aux particuliers et l’accessibilité de ces technologies par le grand public et, finalement, au niveau social car elles ont la capacité de transformer notre façon de vivre globalement.

 

L’internet des objets.

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Ou plutôt devrait-on dire l’internet de tout (“Internet of Everything”). En effet, après avoir rencontré son premier succès en fournissant le protocole qui permet de relier les informations à travers le Web et de transporter les informations, nous avons connus une période où l’Internet des personnes à pris de l’ampleur avec Facebook et ses 1.1 milliards de personnes connectées et LinkedIn avec 260 millions de professionnels en fin 2013. Ensuite, nous avons vu apparaître l’Internet des lieux avec notamment Foursquare qui recense 40 millions d’utilisateurs et 4.5 milliards de “check-in” à lui tout seul. Et cela ne va pas s’arrêter là puisque notre géolocalisation est même probablement parfois partagée à notre insu comme avec Google via Android ou tout opérateur de télécommunication qui relève constamment notre position avec ses relais d’antennes. Mais tout cela n’est rien.

Internet entre maintenant dans quasiment tous ce que les humains conçoivent et fabriquent. Jouets, voitures, machines à laver, bâtiments, télévisions, appareils photo, montres, mais aussi bientôt dans tous les autres objets usuels qui nous entourent. Internet sort donc des appareils “privilégiés” que sont les PCs et autres smartphones pour se diffuser et connecter tous les objets. Certains fournisseurs estiment que le nombre d’objets connectés a déjà dépassé le nombre de personnes connectées depuis 2010 et que nous aurons 50 milliards d’objets connectés en 2020.

Des projets fleurissent de toutes parts. Par exemple Sen.se qui à travers des capteurs détectent les mouvements, la température, la proximité; les possibilités deviennent alors quasiment infinies. Ou des projets financés collaborativement sur KickStarter comme Twine ou Neurio. Et bien sûr, les grands joueurs sont à l’affût comme Google qui a racheté Nest, produisant un thermostat qui devient un centre de contrôle de l’énergie de la maison.

Au niveau d’une ville, cela laisse entrevoir un véritable écosystème de capteurs, de systèmes intelligents générant des flux d’informations qui permettent de créer une toile de services à partir des données et des informations. Un véritable système opératif des villes semble émerger de façon organique.

Bien entendu, ceci provoque déjà chez les observateurs des questionnements quant aux des défis de sécurisation que cela pose. Les premières bases pour garder un système ouvert, sécurisé et transparent voient le jour comme par exemple AllSeen Alliance. Il reste nécessaire de se poser des questions sur la pertinence de ces objets connectés avant de se lancer dans un tourbillon qui peut finir en noyade. Comme le souligne un article du MIT TechReview: “Dans certains cas, alors, la solution la plus simple peut être de simplement limiter le nombre d’appareils pouvant se connecter à Internet.”

Et pour ceux qui veulent se faire frémir voici une vidéo de lancement de Watch_Dogs, un jeu intégrant les possibilités de suivi des individus et de piratage des systèmes contrôlant les infrastructures d’une ville.

 

L’ère du Personal Cloud.

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L’ère du nuage personnel, Personal Cloud, marque un changement de pouvoir des périphériques vers les services. Dans ce nouveau monde, les spécificités de périphériques deviennent moins importantes pour les individus et les organisations. Les périphériques sont toujours indispensables et les gens utilisent un plus large ensemble de dispositifs. Le bon vieux PC reste l’une des nombreuses options, mais il n’est plus le seul appareil connecté et peut-être plus le centre principal de nos données et services. C’est probablement le Personal Cloud qui va prendre ce rôle. L’accès au nuage et le contenu stocké ou partagé devient géré et sécurisé. Le rôle prépondérant sur l’appareil lui-même est redistribué à travers l’ensemble smartphone, tablette, ultraportable et ordinateur plus classique.

Ce n’est pas tant le stockage sur le Personal Cloud qui est impactant, mais plutôt l’évolution vers de nouveaux modèles d’affaires que cela amène. Si je peux partager et accéder à mes données, je peux aussi consommer des services et lier les informations de façon totalement différente. On voit bien cela avec l’évolution d’une simple messagerie comme GMail, vers un véritable écosystème de Google Apps, y compris la possibilité de ré-imaginer ce qu’est le Notebook avec l’offre ChromeBook.

Il n’y a qu’un pas à faire pour imaginer que demain tout un chacun disposera d’un espace de Personal Cloud à l’administration, une sorte de Dossier Citoyen Virtuel, qui viendra aide à renverser le paradigme de la transaction où à chaque fois il faut entrer les informations qui sont requises. On entre alors dans une nouvelle étape, celle de la personnalisation des services administratifs qui bouleverse le modèle actuel. Pour plus d’explications sur les étapes et leur impact, voir le rapport Smart Gouvernance.

Et demain, ce monde de données qui nous entoure et que nous générons de façon exponentielle devra certainement nous être rendu par les compagnies privées et les organisations publiques dans un mouvement de transparence proactive. Les projets comme miData au Royaume Uni, Blue Button aux US, ou encore MesDonnées en France explorent ces pistes de façon expérimentale.

 

Les algorithmes et les machines.

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De toutes ces données, il faudra en faire quelque chose. Il est vraisemblable que les algorithmes jouent une part de plus en plus importante dans nos vies et nos activités. Il faut souligner que le mélange d’algorithmes relativement efficaces et de données massives va nous emmener beaucoup plus rapidement vers des services comme Google Translate. Peter Norvig, directeur de la recherche chez Google et ses collègues, nous le montrent au quotidien, voir le papier “The Unreasonable Effectiveness of Data“.

L’ère de la machine intelligente va donc se développer, nous disent les consultances, avec une prolifération des assistants s’adaptant au contexte, intelligents et personnels, pouvant répondre et intrepréter du langage naturel.  Les exemples sont multiples comme Apple Siri, Google Now ou de façon plus évoluée IBM Watson.

Les exemples de véhicules autonomes apparaissent et s’étendent en apportant leur lot d’améliorations aux modèles commercialisés. Ces robots intelligents s’humanisent, au delà des usines où par exemple les robots transporteurs de palettes ont depuis longtemps faite leur entrée, on trouve aujourd’hui déjà des tentatives d’aller vers la distribution de colis par drones. Peut-être de façon moins frappante mais aussi efficace, il est significatif de voir un robot moins menaçant comme Baxter qui apprend simplement les gestes qu’on lui fait effectuer.

Les enjeux vont au delà du travail purement industriel, les tâches cognitivement supérieures commençant à être aussi prévisibles et traitées efficacement.

Et ceci ne va pas non plus sans questionner les catastrophes qui sont ainsi potentiellement générées ainsi que les sujets éthiques qu’il faudra débattre.

Pour plus de détails, se référer aussi à l’article “Ces algorithmes qui nous gouvernent”.

 

La redéfinition des modèles d’affaires.

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Les changements induits par les évolutions technologiques, sociales et économiques, ne restent pas cachés derrière la ligne de visibilité des clients, des utilisateurs et des décideurs. Au contraire, ces mutations redéfinissent la relation avec les clients, elles touchent parfois aussi la proposition de valeur que l’organisation offre, et finalement les coûts et revenus qui doivent être articulés différemment. Bref, le modèle d’affaire doit être complètement revu.

Le sujet, bien que connu depuis un certain temps, reste fortement d’actualité. Pensons à quelques exemples significatifs.

Airbnb propose une plate-forme en ligne qui permet à des individus privés de louer tout ou partie de leur logement inoccupé à court terme pour d’autres individus, en général de passage. La croissance a été phénoménale et Airbnb compte maintenant plus de 500’000 annonces dans 26’000 villes et dans 192 pays. Sans le numérique et les réseaux, rien de cela ne serait possible. Le site lui-même est un mash-up, un assemblage, de Google Maps, Streetview, Facebook, utilisant les recommandations et les systèmes de paiement électroniques. Une simple plateforme qui aujourd’hui ébranle à la fois les modèles d’affaires des grandes chaines hôtelières (Accor, Hyatt, Hilton, etc.) et des sites spécialisés dans les réservations (hotels.com, etc.).

Netflix est une compagnie de distribution de films à la demande en streaming et d’envoi de location de DVD par courrier à coût fixe. Fondée en 1997, elle a su très vite investir dans un point crucial:  élaborer un système de recommandation personnalisée en fonction des notes et des commentaires de ses clients. Bien entendu l’accès aux distributeurs et producteurs de films est aussi essentielle. Mais le vrai facteur de différenciation est celui-là. Rien de tout cela ne serait imaginable sans les données et les algorithmes du monde numérique. A tel point que la compagnie a lancé un concours offrant au gagnant 1 million de dollars le Netflix Prize pour améliorer son algorithme de recommandation. Là aussi, les compagnies de location et de streaming plus traditionnelles doivent faire face à une rupture qui les a, pour certaines, rendues obsolètes. A tel point que l’expression “to be netflixed” est entrée dans le langage commun.

Coursera est une compagnie offrant des cours en ligne ouverts et massifs en partenariat avec des Universités comme Stanford, Princeton, l’EPFL ou l’Ecole Centrale de Paris. Plus de 200 cours sont offerts, les classes pouvant compter plusieurs dizaines de milliers d’étudiants! D’autres initiatives existent telles que EdX, Udacity, ou dans un autre registre Kahn Academy. Cette approche appelée MOOC (Massive Open Online Courses) offre gratuitement des cours proposés dans les universités les plus prestigieuses. Le tout est disponible en ligne, avec de courtes vidéos d’explication, des supports de cours électroniques complétés par l’offre pléthorique du web. Les étudiants participent aux forums et aux discussions en ligne, parfois aussi en utilisant des systèmes de vidéo conférence comme Skype ou Google Hangout. Tout ceci retourne complètement le système. Surtout la formation continue tout au long de la vie est impactée, comme le pense par exemple Sebastian Thrun, fondateur de Udacity. Et là aussi, le modèle économique n’est pas encore stabilisé. Lire sur ce sujet l’article “Cours en ligne ouverts est massifs: effets de mode ou révolution de l’éducation”.

 

Quelles sont les conséquences?

Les implications pour les individus, les organisations publiques et privées sont profondes. Des pans entiers sont bouleversés par de nouveaux modèles d’affaires provenant parfois de secteurs différents et donc souvent inattendus. La vie privée et la sécurité sont aussi mises à l’épreuve par les milliards d’informations produites et analysées, pour créer de la valeur pour les individus et parfois aussi les exposer à des risques immenses.

Finalement, les modèles mêmes des organisations sont bousculés. La connectivité, la vitesse et les relations non hiérarchiques, amènent une transformation importante, une décentralisation, une autonomisation, une productivité différente avec lesquelles les dirigeants actuels ne sont peut-être pas toujours à l’aise.

Le potentiel est bien présent pour stimuler les idées innovantes en rupture, les méthodes plus agiles, les expérimentations et les prototypes plus rapides pour découvrir les chemins de nouveaux mondes qui s’ouvrent devant nous.

MobiLab – Plateforme citoyenne au service de votre mobilité

MobiLab

 

Le projet MobiLab a permis à plus de 80 personnes d’échanger durant huit semaines sur leur mobilité au quotidien. Cette communauté sincère et motivée regroupait des citoyens du Grand Genève et des collaborateurs de l’administration genevoise. Elle a partagé ses expériences quotidiennes de mobilité grâce aux technologies du Web : en temps réel, en tous lieux, et avec des échanges multiples qui ont permis de générer des idées et de les enrichir.

MobiLab a ainsi permis de collecter une centaine d’idées ancrées dans les besoins de la population genevoise. La Direction générale de la mobilité (actuellement Direction générale des transports), initiatrice du projet, a pu reprendre à son compte une dizaine d’entre elles.

Cette expérience de participation citoyenne ‘augmentée’ par l’apport du numérique est un succès qui démontre les potentialités offertes à l’administration genevoise par ce type de démarche novatrice. En sachant capitaliser sur MobiLab, l’administration genevoise peut se doter d’un outil de dialogue et de co-construction de solutions qu sauront répondront aux besoins concrets de la population de notre région.

 

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Le point de départ

VersUneParticipationCitoyenneAugmentéeComme je le soulignais dans le rapport « Vers une participation citoyenne augmentée » rédigé pour éclairer le sujet en amont du projet MobiLab, les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace: omniprésentes, intégrées dans les objets qui nous entourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont au cœur des services que celui-ci propose aux usagers. Ces technologies ont considérablement enrichi les formes de dialogues et d’interactions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunités de produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.

Le changement de paradigme amené par le Web social et les technologies numériques nous renvoie à un monde en perpétuelle évolution où les approches traditionnelles ont dû céder la place à un mode d’expérimentation et de prototypage permanent, la plupart du temps centré sur les usages des technologies plutôt que sur les technologies elles-mêmes.

Dans ce monde en train de se réinventer, l’administration genevoise doit trouver sa place et apprivoiser ces technologies et les usages qui vont avec afin d’apporter des réponses à des questions déterminantes pour l’évolution de notre région. C’est ainsi qu’à la demande de Mme Michèle Künzler, à l’époque conseillère d’Etat en charge de la mobilité dans le canton de Genève, la Direction générale de la mobilité a lancé au printemps 2013 le projet MobiLab. Cette démarche expérimentale s’est voulue résolument novatrice en faisant la part belle à la co-création avec les usagers et en incluant des collaborateurs de l’administration cantonale.

Les défis relevés

L’ambition du projet MobiLab était de s’appuyer sur ces nouveaux modes d’interaction avec les usagers pour établir le dialogue avec eux. Créer une communauté de contributeurs ouverts et motivés ; imaginer avec elle des solutions novatrices qui répondent à des besoins et des attentes avérés ; le tout en adéquation avec la stratégie «Mobilités 2030» du canton de Genève.

Mobilités2030

Ces défis doivent être compris dans la perspective large des usages du numérique. Avec un premier enjeu qui englobe notre capacité à produire des savoirs partagés et à faire émerger dans des démarches de co-construction des solutions pérennes. Il y a ensuite l’enjeu du bon usage et du degré d’acceptabilité de ces technologies, du niveau de confiance que nous aurons su générer et des dynamiques de participation que nous aurons créées. Tout ceci en encourageant les pratiques collectives autour du numérique et l’animation de l’espace public grâce et avec lui.

Un dernier enjeu d’envergure consistait à utiliser le projet comme un levier de transformation des services concernés. Il s’agissait pour eux d’adopter une posture plus ouverte et plus à l’écoute de la population en d’aller au-delà d’une vision purement métier des problématiques abordées.

MobiLab c’est quoi au juste ?

MobiLab c’est tout d’abord une communauté de plus de 80 citoyens du Grand Genève concernés par leur mobilité au quotidien. Des participants ouverts à l’échange et au dialogue, motivés à partager leur vécu et leurs idées dans un esprit positif et constructif. Il a fallu rassembler cette communauté et créer en son sein la confiance nécessaire.

MobiLab c’est également une initiative novatrice mêlant dans un cercle vertueux les potentialités offertes par le numérique, la co-création avec les usagers (en ligne et lors d’ateliers) ainsi qu’une démarche ethnographie garante d’une dynamique synonyme d’interactivité et de créativité en lien avec des besoins avérés.

Cercle vertueux

6 impacts dans un cercle vertueux décanteur d’idées

MobiLab c’est enfin un site Web qui a permis aux participants d’échanger tout à la fois des témoignages, des idées, des réactions, des photos ou des vidéos en relation avec leur vécu de mobilité. Et ceci depuis leur smartphone dans le feu de l’action ou confortablement installés devant leur ordinateur.

Résultats en chiffres

MobiLab a permis à une communauté de 85 contributeurs (dont une dizaine de collaborateurs de l’administration genevoise) d’échanger sur 8 thématiques durant 8 semaines. Nous avons recensé 35 contributeurs actifs et 10 véritables meneurs: des chiffres témoins de l’intérêt marqué de notre communauté pour les sujets traités.

Ce dialogue inédit a permis au participants de mutualiser plus de 300 témoignages (7.5 / jour) et 900 commentaires sur la réalité quotidienne de leurs déplacements, à l’échelle des quartiers comme sur le territoire du Grand Genève. Il a suscité près de 100 idées et propositions liées en particulier à l’offre de nouveaux services aux usagers dont beaucoup visent à encourager la multimodalité et les mobilités alternatives. Les analyses de terrain et les pistes actuellement étudiées par les services de l’administration genevoise ont ainsi pu être utilement précisées.

           On passe des idées préconçues à du concret.
                                                                                                                                             Un participant à MobiLab

Cette expérience pilote a permis de plus ouvrir l’administration à l’expression des besoins citoyens. Elle a en outre généré de nouveaux échanges à l’intérieur même de celle-ci. MobiLab constitue à ce titre une belle réussite et un rappel qu’une ouverture fait du bien aussi en interne; car l’administration se bonifie lorsqu’elle travaille en prise directe avec les usagers.

L’équipe MobiLab

DorothéeValérieJulieDelphineAdrien

DamienMatthieuPatrickRémiVincent

 L’équipe MobiLab de haut en bas et de gauche à droite:
Dorothée Zarjevski, Valérie Bauwens, Julie Ginguene, Adrien Vieira de Mello, Damien Cataldi, Matthieu Baradel, Patrick Genoud, Rémi Würtz et Vincent Galley à qui l’on doit ces photos)

Son succès, MobiLab le doit avant tout à la communauté active des citoyens qui a participé à cette expérience. Mais le projet a pris tout son sens avec l’implication enthousiaste des collaborateurs de l’administration genevoise qui ont su s’approprier la démarche et l’inscrire dans le quotidien de leur activité.

Si vous voulez vous lancer

MobiLab a vu le jour grâce à la volonté affirmée de Mme Michèle Künzler, alors ministre en charge de la Direction générale de la mobilité de l’Etat de Genève. Avec un soutien marqué de la hiérarchie, ce projet novateur a pu être lancé dans les meilleures conditions.

Il a pu s’appuyer également sur une équipe multidisciplinaire enthousiaste qui a apporté les diverses compétences nécessaires pour mener à bien une telle expérimentation : des spécialistes de la communication, du numérique ou de l’ethnographie pour ne citer qu’eux. Le projet a pris tout son sens avec l’implication de plusieurs collaborateurs des services concernés qui ont activement participé aux échanges menés au sein de la communauté.

Mais le pré-requis indispensables à un tel projet est de pouvoir s’appuyer sur une communauté ouverte et motivée, prête à partager ses idées pour le bien commun. Ces participants, il faut les rassembler, les informer, les motiver et savoir gagner leur confiance afin d’interagir au mieux dans ces nouveaux espaces.

Dans sa phase amont, ce type de projet participatif nécessite de partir d’un besoin concret et avéré, de bien cadrer le problème, de définir aussi clairement que possible les attentes du métier et les métriques associées.

Enfin il nous semble important de ne pas se cantonner dans le monde virtuel et d’organiser comme nous l’avons fait des rencontres destinés à renforcer les liens au sein de la communauté et des ateliers de co-création qui aident à affiner les idées proposées sur la plateforme.

Et demain ?

Le succès avéré du projet MobiLab en appelle certainement d’autres. Il serait en effet regrettable de ne pas profiter de cet élan et de ne pas capitaliser sur cette expérience initiale. Ceci même si plusieurs questions restent encore sans réponses : « Comment maintenir la communauté vivace ? », « Comment passer à l’échelle en s’adressant à une part plus importante de la population ? », « Quelles domaines se prêtent-ils le mieux à de telles démarches ? », etc. Seules d’autres expérimentations pourront nous apporter des réponses pertinentes.

La démarche MobiLab s’inscrit dans l’évolution naturelle de la société moderne qui demande toujours plus à participer à la vie de la Cité via des technologies facilitatrices. L’évolution rapide du numérique et de ses usages, les coûts toujours moindres des services associés ainsi que la part croissante de la population qui est à l’aise avec ces solutions laisse présager une augmentation des attentes de citoyens qui revendiquent des réponses toujours plus ciblées à leurs besoins.

Souhaitons, comme l’écrivait M. Philippe Matthey, Secrétaire général du Département de l’environnement, des transports et l’agriculture :

Le projet MobiLab ne doit constituer qu’une première étape : ayons de l’audace, affranchissons-nous des cloisonnements intellectuels réducteurs ; tournons-nous résolument vers l’acteur externe, vers le monde en activité ; saisissons les opportunités technologiques à disposition et revisitons notre gouvernance en étant animés par la volonté d’aboutir rapidement et efficacement à d’autres résultats probants !

Contacts

 
Dorothée  Zarjevski, Département de l’environnement, des transports et l’agriculture, Etat de Genève
Valérie Bauwens, Human-Centricity
Patrick Genoud, Département de la sécurité et de l’économie, Etat de Genève
 

On a causé de Tiers-Lieux…

Tiers-Lieux

Le terme Tiers-Lieu est aujourd’hui largement utilisé pour évoquer des structures facilitant l’émergence de l’innovation. Leur particularité réside dans une gestion collective et dans une approche transdisciplinaire. Les espaces de coworking, les Fablabs et plus généralement tous les lieux où des individus peuvent se rencontrer et collaborer sont ainsi englobés sous le terme de Tiers-Lieu. Mais ces initiatives ne sont que le résultat visible d’une dynamique plus large. En effet, au delà d’être une structure instituée, le Tiers-Lieu est une nouvelle manière d’articuler les différentes ressources d’un territoire afin de co-construire de nouvelles solutions et de générer de la valeur.

C’est en s’inscrivant dans cette perspective que Yoann Duriaux est venu nous aider à comprendre ces dynamiques d’un type nouveau. Yoann a d’autant plus volontiers accepté d’échanger avec nous qu’il désirait confronter sa vision des Tiers-Lieux avec celle(s) qui a (ont) cours en Suisse romande. Et avant même de découvrir le contenu de cette Causerie, sachez que les points de discordance sont quasi inexistants.

Aujourd’hui il n’y a plus d’expert, il n’y a que des explorateurs

Yoann interpelle d’entrée la vingtaine de participants à cette Causerie du 12 décembre en assurant que les Tiers-Lieux constituent l’une des réponses qui nous permettra de reconstruire cette société en perpétuel changement dans laquelle nous vivons. Et derrière cette affirmation on ressent immédiatement le militantisme d’une personne très engagée dans son discours, mais en même temps très ouverte à l’échange et à la discussion, voire à la confrontation.

Plutôt que de définir d’emblée ce qu’est pour lui un Tiers-Lieux, Yoann préfère nous raconter son parcours et la genèse de ces Tiers-Lieux (cela désarçonne les rares participants peu au fait du sujet). Il nous présente ensuite le Manifeste des Tiers-Lieux que lui et Antoine Burret ont récemment lancé en mode ouvert et contributif, dans la même logique que le monde du logiciel libre dont il reprend la philosophie de partage et de réutilisation. Yoann a d’ailleurs été dans le même temps été le co-fondateur de la communauté francophone des Tiers-Lieux Open Source.

De mon point de vue cette appellation de Tiers-Lieux Open Source n’est pas forcément heureuse. Elle peut être mal interprétée (hors des cercles initiés) et génératrice de conflits (à l’intérieur de ces cercles), à l’image de ce qu’a vécu la communauté du libre autour des notions de logiciel libre et d’Open Source. Pour ma part j’aurais plutôt mis en avant les valeurs véhiculées par les communautés du logiciel libre (collaboration, partage, ouverture) plutôt qu’une dénomination qui s’applique spécifiquement à du code informatique et pas à une démarche de co-construction.

Yoann passe une grande partie de la Causerie à débattre avec les participants des différentes thématiques développées dans le Manifeste des Tiers-Lieux qui vise avant tout à améliorer la compréhension de ces espaces et des dynamiques associées. In fine Yoann espère qu’il aidera à démultiplier l’impact des Tiers-Lieux sur la société.

Causerie Tiers-Lieux

Le Manifeste propose ainsi les briques méthodologiques et les outils permettant de passer de l’intention à la mise en oeuvre concrète d’un Tiers-Lieu. Yoann et Antoine l’ont structuré selon les 10 thématiques qui devraient caractériser un Tiers-Lieu, qui devrait ainsi être :

  1. Collectif – Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif
  2. Espace – Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs.
  3. Travail – Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking.
  4. Organisation – Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.
  5. Langage – Le Tiers-Lieu génère un langage commun et ré-appropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.
  6. Numérique – Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.
  7. Gouvernance – Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres.
  8. Services – Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.
  9. Financements – Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.
  10. Prospective – Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

Les échanges sur ces différentes thématiques sont riches et témoignent selon Yoann de la maturité plutôt élevée de la majorité des participants à la Causerie sur le sujet.

Quant à ceux qui étaient venus à la Muse afin d’en savoir plus sur ce qu’était un Tiers-Lieu, ils ont du attendre la fin des débats pour le découvrir. La définition de Yoann est celle d’un “dispositif mis en place pour favoriser l’innovation sociale”. Une définition un peu trop générale au goût de la majorité de l’assemblée. Et pourquoi se cantonner à l’innovation sociale ? A moins, comme nous avons été plusieurs à le suggérer, de comprendre ‘sociale’ dans son acception la plus large, synonyme de ‘sociétale’.

Yoann Duriaux

Quelque soit la définition que l’on en donne, Yoann insiste sur la nécessité de considérer l’engagement comme une valeur forte lors de la mise en place et du développement des Tiers-Lieux. Selon lui ceux-ci participent clairement à l’amélioration de notre société en ce sens qu’ils proposent des environnements favorables à l’innovation sociale mais également parce qu’ils permettent aux gens de se transformer. Ils favorisent également le rapprochement de ‘ceux qui font’ et de ‘ceux qui analysent’.

En évoquant l’avenir des Tiers-Lieux, Yoann les voit évoluer vers des lieux qui faciliteront l’assemblage de briques de services pour créer avec les gens les solutions qui permettront une meilleure une gestion de la Cité et qui amélioreront le ‘vivre ensemble’.

Le mot de la fin revient à Loïc Gervais de l’Espace Publique Numérique de Thonon qui voit dans le Manifeste des Tiers-Lieux un prisme qui lui a permis d’appréhender son espace sous un angle différent et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Fort de son expérience, Loïc insiste sur la dynamique d’émergence qu’il faut savoir cultiver dans les Tiers-Lieux, avec la nécessité permanente de se donner le droit à l’erreur.

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Références:

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Yoann Duriaux

Yoann Duriaux (OpenScop) est co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint-Etienne et de  la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source. Il est co-initiateur de la méthodologie Movilab, co-organisateur du premier tour de France du télétravail et des Tiers-Lieux. Il a également participé à la création des communautés Imagination for People et OuiShare.

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