Archives du Mois : juillet 2013

On a causé de design fiction…

By Revital Cohen http://www.revitalcohen.com/

By Revital Cohen
http://www.revitalcohen.com/

La science-fiction a depuis toujours alimenté notre imaginaire technologique en mettant en scène toutes sortes d’objets: robots, voitures volantes, interfaces numériques, etc. Mais force est de constater que bien peu des objets imaginés par les auteurs de science-fiction de ces cinquante dernières années se sont imposés dans notre vie quotidienne. Parfois même, à force de vouloir s’inspirer trop directement de ces visions technologiques, les innovateurs n’ont accouché que de flops récurrents, à l’image des frigos intelligents ou des robots humanoïdes.

Doit-on se cantonner à ces visions d’un futur distant sans cesse repoussé ? Ou n’y a-t-il pas des imaginaires alternatifs en cours de construction ?

Ces questions constituaient l’élément central de la Causerie du 30 mai dernier animée par Nicolas Nova à la Muse. Nicolas a ébauché ses réponses en partant de quelques retentissants échecs technologiques qu’il analyse dans un récent ouvrage (Les Flops technologiques – Comprendre les échecs pour innover).

A l’image des cuisinières futuristes des années 60, on côtoie parfois l’absurde avec les dispositifs envisagés. Et avec notre sensibilités d’aujourd’hui, on sent immédiatement que l’appropriation de ces technologies ne pouvait qu’être difficile, voire impossible. Nicolas avance également la difficulté totalement sous-estimée à faire fusionner des technologies aux cycles de vie très différents, comme c’est le cas pour les nombreuses déclinaisons de frigos (cycle de vie long) intelligents (cycle de vie très court). Les exemples de ce type sont nombreux, allant de la réalité augmentée aux interfaces 3D, en passant par le wearable computing.

Il constate que l’innovation est de moins en moins nourrie par le monde de la science-fiction. Ce n’est pas vraiment étonnant : de plus en plus d’auteurs s’enracinent aujourd’hui dans le monde contemporain, voir même dans celui d’hier. Et ce ne sont pas des époques favorables à l’éclosion des visions technologiques de demain…

Mais d’autres ont pris le relais. En s’intéressant à notre rapport aux objets numériques, les designers, et les designers d’interfaces notamment, sont ces acteurs du renouveau des imaginaires. Ils savent partir du quotidien des gens pour y rechercher des potentiels d’usages ainsi que l’innovation de demain. Nicolas cite par exemple les travaux très intéressants de Alexandre Deschamps Sonsino (voir son blog) qui travaille notamment sur l’Internet des objets.

D’autres exemples illustrent plus particulièrement les « design fictions », ces prototypes qui servent à expliquer et critiquer le changement sociétal ou technologique. « On se projette dans les technologies de demain à travers des artefacts qui parlent à tous ! Cela permet dans la foulée de renvoyer à des imaginaires alternatifs. » Ainsi la table tueuse de mouches de Auger Loizeau (Flykiller Parasite Robot) dont l’idée a été reprise plus tard par la DARPA, l’agence américaine de projets militaires.

Les designers sont particulièrement bien outillés pour cela. Cela leur permet par exemple grâce au prototypage de tangibiliser des représentations en les traduisant dans un langage plus compréhensible pour le commun des mortel. Ou avec la narration (le storytelling) de concrétiser les développements technologiques et favoriser le débat sur leurs enjeux.

Pour Nicolas, la technologie devient intéressante lorsqu’elle s’éloigne des stéréotypes. Elle devrait au contraire respecter la diversité des usages et présenter un potentiel d’ouverture et de détournement. Et dans tous les cas, il est important de tester les idées et les possibles qu’elles induisent en interpellant les gens et en prenant le plus tôt possible la mesure de leurs implications sociétales.

Le sujet et l’animateur de cette soirée nous ont valu une Causerie particulièrement riche et interactive. Un grand merci à Nicolas pour sa disponibilité et son enthousiasme à cette occasion !

Nicolas Nova, du Near Future Laboratory,  est chercheur, enseignant et écrivain dans les domaines de la prospective et du design d’interaction. Il est également membre du comité éditorial de la conférence Lift. Vous pouvez découvrir ses sujets de prédilection sur son blog Pasta&Vinegar.

Nicolas Nova

 

 

 

 

 

 

 

On a causé d’innovation sociale…

Innovation

Comment créer de la valeur « autrement » grâce à l’innovation sociale ?

Cette question constituait l’élément central de la Causerie du 25 avril dernier animée par Aurore Bui à la Muse. Mais avant d’y répondre, Aurore a pris le temps de passer à travers les différentes façons de comprendre la notion d’innovation sociale. De manière très générale, elle considère que faire de l’innovation sociale, c’est savoir utiliser les forces de l’entreprise pour faire du social, tout en ayant valeur d’exemple. On est ainsi souvent très loin de l’innovation technologique.

A l’image du groupe SOS en France qui est actif dans le domaine de la réinsertion, Aurore nous montre avec quelques exemples qu’il est possible de créer des entreprises avec des objectifs sociaux, mais fonctionnant sur un modèle commercial. L’important est de savoir partir des publics cibles et de leurs besoins en identifiant des bénéfices mesurables (et en menant idéalement la démarche de manière collective).

Et l’innovation dans tout ça ? Selon Aurore, ce n’est pas seulement au niveau des résultats obtenus qu’il faut la chercher, mais également dans les démarches suivies pour y arriver. Le fait par exemple de faire cohabiter pour le bien public des mondes qui d’habitude ne se parlent pas et de créer de nouvelles dynamiques autour de cette diversité constituent le terreau de l’innovation sociale. Plus concrètement encore, le fait de viser à rendre les associations autonomes financièrement est déjà innovant…

A travers d’autres exemples Aurore nous présente les mécanismes d’innovation sociale, applicables au monde associatif ou aux entreprises en général, pour créer autrement. Ces mécanismes sont outillés, à l’image des méthodes et des outils que propose par exemple le site entrepreneur-social.net. Aurore nous illustre certains de ces mécanismes d’innovation sociale applicables au monde associatif ou aux entreprises en général pour créer autrement.

Comme dans de nombreux autres domaines, l’inertie est le principal obstacle à surmonter pour lancer des projets d’innovation sociale. Il faut en effet réapprendre de nombreuses manières de faire qui sont ancrées dans les organisations. Pour en tenir compte Aurore privilégie une approche par petits pas qui est plus productive.

La discussion qui suit la présentation d’Aurore témoigne de la difficulté, pour l’assemblée, à définir précisément l’innovation sociale. Certains y voient des démarches innovantes, d’autres le domaine dans lesquels elles s’appliquent, d’autres enfin l’activité d’entrepreneur social. Pas de réponse définitive à cette question. Mais ce n’est manifestement pas le plus important pour les participants qui ont découvert à l’occasion de cette Causerie des alternatives intéressantes et pleines de sens aux manières de faire existantes.

Aurore Bui est créatrice et directrice de Softweb, une entreprise dont le but est de favoriser la réalisation de projets sociaux. Elle est formatrice et intervient dans des conférences sur le thème de l’innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises et l’autonomisation économique des femmes. Vous pouvez retrouver Aurore sur son blog.

Aurore Bui

 

Le podcast de la Causerie enregistré par Bruno Chanel


La présentation d’Aurore Bui