Archives du Mois : février 2011

Ouverture des données publiques : une opportunité pour Genève

Dans le cadre d’une étude réalisée pour le Département de l’Intérieur de la Mobilité du canton de Genève sur le thème de la participation citoyenne1, nous avons insisté sur les opportunités offertes dans ce domaine par l’ouverture des données publiques de l’administration genevoise. Afin de mettre en exergue cette problématique, il nous a paru utile de reprendre dans un document séparé le chapitre que nous avions consacré aux enjeux liés à l’ouverture des données publiques.

Les données et les informations se retrouvent au coeur des processus d’interaction entre les individus et/ou les organisations. Elles constituent en outre la matière première d’un nombre croissant de services dont bénéficient très directement les citoyens et les entreprises d’un territoire.

Il se trouve qu’une quantité importante des données gérées par les administrations pourraient bénéficier beaucoup plus largement aux usagers. Le secteur public créée en effet pour son usage interne des données de qualité liées aux activités quotidiennes de ses différents métiers. Il n’a la plupart du temps pas vocation à les valoriser au-delà de ses besoins propres. Et au vu de la diversité des usages potentiels il n’en aurait de toute manière pas les moyens.

Dans la mesure où elles sont publiques, ces données constituent une ressource extraordinaire qui pourrait bénéficier beaucoup plus largement aux citoyens qui ont financé leur production. Mais la plupart du temps elles sont au mieux proposées à la vente ou mises à disposition de certains acteurs dans des conditions peu transparentes ; et le plus souvent elles ne sont pas partagées du tout.

Pour renverser cette tendance, un nombre croissant de pays, de régions et de villes ont initié ces dernières années des démarches visant à ouvrir leur données publiques, que ce soit dans une volonté de transparence accrue, de valorisation de leur patrimoine informationnel ou de renforcer la participation citoyenne.

Nous sommes convaincus que le canton de Genève a une belle carte à jouer dans ce domaine car il dispose notamment d’un système d’information du territoire (le SITG) qui permettrait d’expérimenter relativement facilement la mise à disposition d’une partie de ses données publiques.

Retour sur Lift 2011

11 février 2011 – Patrick Genoud

Sous le slogan « What can the future do for you ? » la conférence Lift a réuni à Genève plus de 1’000 participants du 2 au 4 février 2011. Un record de participation qui récompense la qualité (supérieure à celle de l’année dernière) du programme proposé cette année par Laurent Haug et son équipe.

Fidèle à un format qui a fait ses preuves au cours des éditions précédentes, les organisateurs nous ont proposé durant trois jours « l’expérience Lift ». Car au-delà des habituelles présentations bien formatées que l’on retrouve dans toutes les bonnes conférences, c’est bien à travers l’expérience offerte aux participants que Lift appose sa patte: que ce soit en laissant les membres de la communauté Lift s’exprimer lors des open stages ou des ateliers de co-création ou en proposant des lieux de détente conviviaux et propices à la conversation, des expositions où l’art côtoie le bidouillage technologique, des échanges permanents online et offline, une couverture vidéo qui vous permet de ne pas en perdre une miette, le tout agrémenté de soirées mémorables et appuyé sur une organisation très professionnelle.  Ainsi comme chaque année, ce qui fait la vraie richesse de Lift, c’est la multiplication des rencontres et des échanges rendue possible durant ces trois jours.

Visualisation des plus de 5’000 tweets envoyés durant Lift11 (Adrian Kuhn)

De l’édition 2011 je retiendrai des présentations de qualité telles celle de Brian Solis qui, en rebondissant sur le slogan de Lift11, nous engage à prendre en main notre futur en nous préoccupant notamment de ce véritable trésor qui est entre nos mains: notre capital social. Brian insiste sur le fait qu’au sein des réseaux sociaux, ce qui peut nous servir peut également se retourner contre nous. Sachons rester attentifs et critiques!

J’ai également beaucoup apprécié la présentation de Nick Coates sur le présent et le futur de la co-création. Une excellente synthèse de ce qu’est la co-création aujourd’hui, des règles à suivre pour s’y engager correctement ainsi que des défis auxquels il faudra savoir prendre en compte dès demain, le premier étant celui de savoir conserver l’élan créé ces dernières années autour de ce type de démarche.

Enfin Kevin Slavin nous a parlé des algorithmes qui gouvernent nos vies. Rien de forcément nouveau sous le soleil, si ce n’est une indispensable piqûre de rappel pour que nous ayons toujours à l’esprit le fait que les algorithmes dictent sournoisement passablement de nos choix. Nous n’avons pas beaucoup de prise sur ces agents opaques et inscrutables. Sachons cependant rester vigilants pour ne pas nous laisser entraîner trop loin.

Mais comme dans toutes les conférences la règle veut qu’il yait à boire et à manger, je mentionnerai également le flop de Jean-Claude Biver dont la vacuité des propos l’a littéralement poussé à s’envoler à la fin de sa présentation. Déception également avec le discours assez creux de Robert Scoble qui s’est contenté d’aligner les nouvelles perles de la Silicon Valley sur son fil, mais sans véritable mise en perspective ni esprit critique.

Et s’il fallait mettre un bémol aux présentations de cette 6ème édition c’est peut-être dans un contenu un peu trop consensuel à mon goût qu’il faudrait le chercher. La quasi totalité des présentations en lien avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux confortent en effet l’image d’un monde idéal de l’Internet d’aujourd’hui et de demain qui entraîne inexorablement la population de la planète dans son sillage et dans lequel semble se complaire une majorité des participants. Une attitude un peu plus critique et une dose d’impertinence seraient à mon avis salutaires. La présentation (par ailleurs excellente) de Don Tapscott est illustrative de cet état de fait. Don s’enthousiasme sur l’influence (considérable) des réseaux sociaux dans les révolutions tunisienne et égyptienne, prémices d’un nouveau mode de gouvernance décentralisé pour ces pays. On était tombé dans la même euphorie à propos des émeutes en Iran l’année dernière et  l’étude des faits n’avait finalement pas résisté à l’analyse.

Au niveau des ateliers, j’ai vécu de l’intérieur le stimulant « iGraffiti: mobile Public Debate in the Urban Space » proposé par Jean-Henry Morin ainsi que celui organisé par Nicolas Nova et Vlad Triffa « Smart Cities: how to move from here to there?». Beaucoup d’idées générées durant ces deux ateliers, et surtout de nombreuses pistes qui ont permis de défricher des terrains encore vierges.

Enfin l’Observatoire technologique a profité de Lift11 pour organiser avec Lift Lab un atelier visant à co-créer des services innovants à destination des citoyens en se basant sur des données publiques ouvertes. Cet atelier sur lequel nous reviendrons prochainement réunissait sur invitation, autour des thèmes de la mobilité et des données 3D, plus de vingt personnes : experts, spécialistes de l’administration genevoise et membres de la communauté Lift.