Archives du Mois : mars 2010

Innovation publique et sociale en région parisienne – Jour 2

Retour sur un circuit de deux jours au sein des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne


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JOUR 2 : MARDI 16 MARS 2010

Étape à Cap Digital

Après une première journée bien remplie, notre petite équipe retrouvait Loïc Haÿ le mardi matin au Passage de l’Innovation (tout un symbole) où se trouvent les locaux de Cap Digital, le pôle de compétitivité parisien des contenus numériques. D’autres acteurs franciliens de l’innovation partagent cette adresse.

C’est tout d’abord Françoise Colaïtis qui nous présente les missions et projets de Cap Digital. Ce pôle de compétitivité a été lancé au début 2006 avec pour objectif de :

  • soutenir l’innovation et la recherche et développement
  • construire des partenariats et travailler sur l’intelligence collective « pour augmenter la surface de frottement afin que naissent des étincelles et des idées nouvelles ! »

Ces objectifs sont déclinés en gardant à l’esprit une perspective large prenant en compte le changement de paradigme induit par les technologies de l’information et de la communication. Cap Digital désire clairement se situer au cœur de l’économie numérique et traite de thématiques aussi variées que les services et les usages mobiles, les jeux vidéos, la culture et les médias, la co-conception numérique ou l’éducation et la formation. L’approche choisie est intéressante : en fonction des thématiques traitées, Cap Digital propose à ses membres (près de 600) une plateforme qui permet l’intégration des briques et des composants innovants dont on veut tester les nouveaux usages. Cette plateforme permet d’abaisser les coûts d’entrée pour mettre en œuvre les prototypes envisagés et se concentrer ainsi au mieux sur la partie innovante.

Comme à la Ruche et à la Cantine, on a compris qu’il faut forcer les liens en animant les communautés et au travers de l’organisation d’événements. Mais ces liens doivent également être entretenus avec le grand public. Cap Digital organise ainsi Futur en Seine dans le but d’amener l’innovation dans la rue pour y exposer les usages.


Jean-Philippe Clément (Mairie de Paris) nous rejoint pour présenter les projets numériques de la Ville de Paris. On se retrouve plus ici sur des aspects liés aux technologies elles-mêmes que sur leurs usages. Jean-Philippe Clément relève par exemple le succès du portail open source Lutèce développé par la Ville de Paris. Lutèce se développe actuellement autour de quatre thématiques : actualité, démarches administratives, base de connaissance et vie politique. Quelques mots également sur le WiFi public à Paris qui est amené à s’étendre. Jean-Philippe Clément mentionne enfin la démarche qui vise à valider l’extension de nom de domaine « .paris ». L’idée est d’apporter une vision plus localisée et plus territorialisée des services numériques offerts par la région parisienne.


Un autre nouveau venu dans le paysage de l’innovation parisienne est le « Paris Région Lab » que nous présentent Patricia Sevag et Romain Thomas.

Paris Lab est un nouvel opérateur qui vise à transformer la métropole parisienne en territoire d’expérimentation et de démonstration, au service des jeunes entreprises et des projets innovants.

L’action de cette association se structure autour de trois grands axes :

  • L’expérimentation grandeur nature sur le territoire métropolitain. Le laboratoire a pour vocation d’identifier des terrains d’expérimentations qui permettent aux porteurs de projets innovants de tester de nouveaux équipements, technologies ou services. La démarche privilégiée est celle de la co-conception. Des expérimentations sont déjà lancées comme le projet Panammes (Projets d’Aménagements Nouveaux pour améliorer l’Accessibilité des Malvoyants, Malentendants et Sourds).
  • L’émulation de l’innovation urbaine. Paris Lab assure une mission de veille sur les besoins des collectivités territoriales afin de proposer et sélectionner les solutions innovantes. Il contribue ainsi à dynamiser le lien entre collectivité et entrepreneurs. Paris Lab apporte son expertise et son concours à la commande publique pour mieux intégrer procédés ou services innovants, il participe à l’élaboration des appels d’offres en intégrant aux cahiers des charges des spécifications évolutives et interopérables, dans tous les secteurs de l’activité urbaine dont, bien sûr, le numérique.
  • Paris Lab se veut également un lieu ressource pour les communautés de chercheurs et d’entrepreneurs comme pour le grand public. Il a pour objectif de mettre à disposition sur le Web une veille de l’innovation en milieu urbain, information internationale et actualisée par Paris Lab et ses réseaux d’experts contributeurs. Le site InnovCity lancé récemment se doit ainsi permettre à l’utilisateur, outre la consultation des contenus proposés, de mettre en ligne, stocker, partager et commenter ses propres contenus et les contenus collectifs.

Nous partageons le repas de midi avec François Jégou, professeur de design à l’ENSCI, notre étape de l’après-midi. François est également directeur scientifique de la 27è Région qui fait notamment appel à ses compétences sur les Territoires en Résidences. Il nous parle de la démarche de design de service sur laquelle il s’est spécialisé et qui ne fait manifestement pas encore l’unanimité au sein de la communauté des designers.

Les prototypes ébauchés par les designers de services permettent de tangibiliser les idées amenées lors des ateliers de co-conception. Il est alors plus facile pour les participants d’engager la conversation sur ces objets concrets et de « retravailler » sur ces productions pour les faire évoluer ou converger avec d’autres solutions.

François Jégou est manifestement passionné par cette approche du design et nous nous réjouissons de nous immerger dans l’atelier qu’il organise l’après-midi avec ses élèves.


Étape à l’ENSCI

François Jégou nous propose de participer activement à l’atelier « Design et territoire » avec ses élèves de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle.

Le groupe travaille sur le cas concret de la commune d’Orchies dans la région de Lille. Cette commune péri-urbaine est en déshérence et la vie s’y perd. Les élus se demandent comment la faire revivre et redynamiser le territoire. Les élèves ont passé la matinée à identifier les lieux remarquables de la commune (lieux de vie, lieux de passage, lieux citoyens, etc.). L’atelier de l’après-midi est consacré à une réflexion sur les pistes à explorer pour rendre ces lieux plus attractifs. François Jégou stimule les étudiants pour faire émerger des thématiques de réflexion nouvelles ou des idées innovantes.

Il est intéressant de constater la diversité des possibles évoqués par le groupe. J’ai par contre été surpris de constater que l’animation de l’atelier ne s’appuie manifestement pas sur des méthodes ou des outils particuliers qui aideraient à faire émerger, à classer et à concrétiser les idées exprimées. Mais il est vrai que nous ne sommes restés qu’un peu plus d’une heure sur place…


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Étape à l’Échangeur PME

Dernière étape de notre circuit à l’Échangeur PME dont les locaux sont situés dans le magnifique bâtiment de la Bourse de Commerce de Paris (interdiction de prendre des photos à l’intérieur de l’édifice…). Nous y rencontrons tout d’abord Denis Pansu qui nous présente l’une des initiatives phares de la de la Fing : le Carrefour des Possibles. Denis Pansu parle « d’innovation démocratique » lorsqu’il évoque le Carrefour des Possibles. La volonté affichée est de « confronter des univers », de détecter et de mettre en place un réseau d’innovation autour des usages numériques.

L’initiative est née de la volonté de passer au-delà de trois constats qui brident l’innovation : une posture trop souvent figée par rapport à l’innovation, une approche en silos des problèmes à résoudre et un esprit critique pas suffisamment positif. Prenant le contrepieds de ces trois constats, le Carrefour des Possibles veut promouvoir une attitude positive, favoriser l’abrasion créative (en confrontant les univers) et miser sur la sérendipité (en laissant la place à l’inattendu).

Le Carrefour des Possibles vise ainsi à :

  • développer et partager une culture de l’innovation pour éviter de tomber dans le piège d’une vision trop élitiste ou du moins trop spécifique de l’innovation ;
  • associer formel et informel de manière à abaisser les barrières à l’autre ;
  • concilier détente et réflexion ;
  • susciter des effets déclencheurs.

La volonté affichée est de se concentrer sur les scénarios d’usages et de ne surtout pas rester focalisé sur les enjeux économiques.

Le processus de sélection des projets comporte une étape intéressante de brief collectif de pré-sélection qui constitue de mon point de vue une étape préliminaire dont la Muse devrait s’inspirer. Lors de cette étape les porteurs de projets peuvent mettre en lumière leur projet, le soumettre au kaléidoscope de points de vue pluriels qui permettent de sortir des schémas préconçus. Denis Pansu a constaté lors de cette étape un effet miroir sur les différents projets qui sont confrontés au cours d’une même séance. Selon lui la valeur d’une telle session est clairement supérieure à la somme des valeurs des projets présentés.

La Fing joue avant tout un rôle de facilitateur et de pourvoyeur de méthodologie d’animation dans le processus. Jusqu’ici le carrefour des Possibles se félicite d’avoir coaché plus de 1’400 innovateurs, d’avoir sélectionnée 660 usages numériques innovants, et de pouvoir s’appuyer sur un réseau de 10’000 personnes actives dans 12 régions de France.

Denis Pansu nous laisse avec une question ouverte : « A quand un Carrefour des possibles à Genève ? »


La dernière rencontre de notre circuit est celle de Frédéric Desclos qui nous présente l’Échangeur PME. La structure qu’il dirige repose sur un concept né il y a plus de 10 ans. L’objectif est de proposer aux PME de l’Ile-de-France un espace de démonstration des pratiques et des usages innovants liés aux TIC. L’Échangeur invite les responsables d’entreprise à se projeter dans le futur, à renouveler leur imaginaire pour se préparer au nouveau monde de l’échange transformé par Internet et les technologies de l’information.

Il propose également des séminaires sur mesure consistant en des parcours personnalisés à travers les innovations mises en scène sur ses plateformes (près de 130 démonstrations consacrées aux usages innovants des technologies dans le domaine de la relation client).

L’Échangeur travaille en permanence avec plus de 100 partenaires technologiques et renouvelle un tiers de ses démonstrations tous les ans. Le critère principal de sélection d’une démonstration est le caractère innovant d’une application, indépendamment de l’entreprise qui l’a développée. Ce principe est visible sur les plateformes de démonstration qui, elles aussi restent neutres, sans affichage de marque.


Perspectives

Nous terminons ce séjour parisien avec des images, des idées et des projets pleins la tête. Ces deux jours ont été riches et denses. Ils nous ont donné un aperçu de la diversité des acteurs de l’innovation publique parisienne et il nous ont proposé de nombreuses pistes à réinterpréter chez nous. Mais il nous a surtout permis d’échanger avec des personnes à la fois compétentes, ouvertes et sympathiques (ce qui ne gâche rien). Et au-delà de la qualité du programme que nous ont concocté Loïc et Stéphane, c’est également leur disponibilité que notre petit groupe a beaucoup apprécié. Un très grand merci à eux !

Le voyage de retour vers Genève me permet de prendre le temps de ressortir quelques points saillants de nos échanges :

  • les pouvoirs publics de l’Ile-de-France ont manifestement compris la nécessité d’accorder de la place à des manières moins conventionnelles d’envisager l’innovation ;
  • nous avons côtoyé des acteurs de l’innovation qui, avec des approches parfois très différentes, avaient en commun une attitude d’ouverture et de partage qui nous semble essentielle si l’on désire capitaliser sur les efforts des uns et des autres ;
  • au sein des communautés, la nécessité de s’appuyer et de se retrouver autour de valeurs clairement affichées et partagées est un point qui est souvent ressorti ;
  • l’innovation avec et pour les gens ne peut se concevoir que si l’on a pris conscience de l’énergie qu’il faut consacrer à cultiver ces valeurs ainsi qu’à animer et à faire vivre les communautés concernées. La génération spontanée n’a pas de place à ce niveau.
  • sachons capitaliser sur ce qui se fait chez nos voisins : évitons de réinventer la roue dans notre coin et privilégions au maximum les échanges et les projets communs !

Innovation publique et sociale en région parisienne – Jour 1

Retour sur un circuit de deux jours au sein des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne


Lors de leur venue à Genève pour notre Journée de rencontre 2009 consacrée à l’innovation dans le service public, Loïc Haÿ (ARTESI Ile-de-France) et Stéphane Vincent (La 27è Région) nous avaient promis d’organiser pour leurs homologues genevois une visite des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne.

Chose promise, chose due ! Loïc et Vincent nous ont concocté les 15 et 16 mars un circuit riche et varié qui a été source d’échanges fructueux. Notre petite équipe des « innovateurs sociaux genevois » était composée pour l’occasion de Giorgio Pauletto et moi-même (Observatoire technologique) ainsi que de Reginald Maître et Alexis Moekli (Creativity Center Muse).


Devant le Gallopin

Giorgio, Stéphane, Loïc, Alexis et Réginald

 

JOUR 1 : LUNDI 15 MARS 2010

Étape à ARTESI-Ile de France

En bons helvètes que nous sommes, nous arrivons à l’heure exacte au siège de l’ARTESI où Loïc Haÿ nous accueille. Nous commençons donc ce circuit parisien chez lui puisque Loïc est un des membres (très) actifs de l’agence, notamment lorsqu’il s’agit de dénicher les services du Web utiles, innovants et faciles à s’approprier. Et Loïc nous met d’emblée dans le bain en nous avisant que notre circuit parisien sera raconté, illustré et partagé en temps réel sur le Web via le service OnTheRoad qui permet de géolocaliser les étapes du circuit en les enrichissant en temps réel via son smartphone. Je n’en ai personnellement pas (eh oui !) et les forfaits suisses de mes collègues limitent leurs ardeurs. Mais Loïc y va franchement de ses commentaires et de ses photos qui permettent notamment à ses suiveurs sur Twitter de nous pister en temps réel.

Heureuse coïncidence pour les membres de l’Observatoire technologique, l’ARTESI vient de travailler sur la refonte de ses missions dans lesquelles nous nous retrouvons sur la quasi totalité des points. Yannick Landais, son délégué général, nous présente ainsi l’ARTESI à travers la lecture du plan stratégique à 5 ans élaboré avec tous les membres de l’agence. Ce travail résulte avant tout d’une volonté de lisibilité de leur action par rapport à leurs cibles que sont les élus ainsi que les acteurs publics et para-publics de la région Ile-de-France.

L’ARTESI se positionne comme une clé de décryptage et de connaissances permettant d’aider les territoires de l’Ile-de-France à prendre les bonnes décisions relatives à l’évolution de leur territoire et à leurs stratégies d’action publique. Comme tous les acteurs que nous avons rencontrés durant ce circuit, l’agence se veut un lieu de rencontre ouvert, dans une approche fédératrice et collaborative permettant les synergies ainsi que la propagation rapide des connaissances et des pratiques (toujours sous licence Creative Commons).

Yannick Landais nous a décrit une ARTESI qui désire s’inscrire dans une logique d’université permanente et ouverte du monde numérique, un concept qui me séduit beaucoup. Cette université vit au travers de l’écosystème de l’ARTESI et de ses partenaires. Elle va plonger ses racines dans le concret au rythme des quatre temps de l’inventaire, de l’imagination, de l’enseignement et de l’accompagnement. Ces quatre temps se traduisent en quatre pôles d’activités que sont l’observation des bonnes pratiques, le campus d’information et de formation, le laboratoire d’idées et de prototypes ainsi que le centre d’appui de diffusion et de communication des savoirs.

Yannick Landais nous rappelle que « plus que de trouver les partenaires à associer à la démarche, c’est trouver les bons modes de travail qui est le plus délicat ». Car la volonté affichée est de toujours s’inscrire dans un mode projet qui va permettre de concrétiser les réflexions.

L’équipe d’ARTESI a synthétisé son ambition au travers d’un manifeste, pierre angulaire d’une démarche qui se veut la plus cohérente possible.


Marie-Hélène Feron, nous expose ensuite la problématique « e-Inclusion et accès public à internet » dans laquelle l’ARTESI est un acteur actif. Elle souligne l’importance des espaces publics numériques (EPN) que l’ARTESI a contribué à créer en Ile-de-France. Ces lieux permettent un accès facilité à Internet. Mais ils sont nés bien souvent d’initiatives lancées en ordre dispersé et nécessitent aujourd’hui une meilleure coordination à l’échelle du territoire. D’une part pour fédérer les énergies, mais également pour légitimer leur action au travers d’un label de qualité.

Marie-Hélène Feron note que le besoin d’EPN est toujours aussi important, que ce soit pour les exclus sociaux ou pour des publics beaucoup plus large, dans une démarche de life long learning. Elle rappelle qu’il en existe près de 400 en Ile-de-France.

Pour les EPN, la formation des animateurs constitue un enjeu important. Mais on est clairement passé dans ce domaine d’une formation sur l’usage des technologies à une formation sur les capacités d’animation. « Nous allons vers une multiplicité des modes d’accompagnement et vers une diversité des lieux qui proposent cet accompagnement » souligne Marie-Hélène Feron.

L’ARTESI joue dans ce domaine un rôle d’animation des têtes de réseau en collaborant avec des associations telles que CRéATIF qui réfléchissent à ce métier d’animateur d’EPN. Concrètement on évalue actuellement des modules d’auto-formation à proposer à ces animateurs (mais en veillant à bien partir de leurs besoins).

Marie-Hélène Feron conclut en insistant sur la volonté pour l’ARTESI d’inscrire la démarche qu’elle nous a présentée dans la vision d’université permanente et ouverte du monde numérique.

A suivre sur le blog Accès Public de l’ARTESI…

Pour terminer la matinée, Franck Alary nous présente le dispositif PICRI (Partenariat Institutions-Citoyens pour la Recherche et l’Innovation). Ce dispositif mis en place en 2005, a pour vocation de renforcer le dialogue entre science et société, en développant notamment des partenariats collaboratifs entre le monde académique et la société civile. La démarche passe par des appels à projets dans les domaines concernés (comme la santé, l’environnement, l’économie sociale et solidaire, les TIC ou la citoyenneté). Près de 60 projets ont été déposés jusqu’ici. Le dispositif PICRI est là essentiellement pour favoriser ce type de rapprochement et étudier les potentialités qui s’y cachent. Un travail de thèse sur le sujet est d’ailleurs en cours avec pour ambition d’étudier les facteurs de succès de telles initiatives. Franck souligne d’ores et déjà la pertinence de la co-conception dans plusieurs de ces projets.


Stéphane Vincent profite du repas de midi au Gallopin pour nous tenir au courant des projets en cours et à venir à la 27è Région (voire également le résumé de notre Journée de rencontre 2009). Il nous annonce tout d’abord avec satisfaction l’excellent bilan des Territoires en Résidences lancés en 2009. Il souligne la difficulté qu’il rencontre à trouver les terrains favorables à de telles expérimentations et surtout à dénicher les personnes susceptibles de se lancer dans l’aventure et de porter le projet.

Si les Territoires en Résidences font systématiquement appel à des designers, ce n’est pas pour obéir à un quelconque phénomène de mode mais bien parce que ce sont les personnes les mieux à même « d’entrer en contact avec l’utilisateur par la petite porte ». Les prototypes qu’ils ébauchent permettent de tangibiliser les idées amenées lors des ateliers de co-conception et d’améliorer ainsi plus aisément les solutions envisagées. Stéphane note que les designers avec lesquels il collabore ont en commun une profonde croyance de l’expertise amenée par les utilisateurs mais qu’ils sont souvent en dissidence avec leurs institutions.

Les équipes pluridisciplinaires qui animent les résidences se montent autour des designers mais Stéphane aimerait y faire intervenir dans une plus large mesures d’autres compétences telles que des architectes, des urbanistes, des sociologues ou des anthropologues.


Étape à La Cantine

Alexis et Réginald se réjouissaient particulièrement des rencontres de l’après-midi consacrées aux tiers-lieux que sont la Cantine et la Ruche et dont Muse devra savoir s’inspirer.

La Cantine se veut un lieu propice au fourmillement d’idées dans une atmosphère de liberté et de créativité ainsi qu’un espace de co-working dans lequel on puisse produire, tester et diffuser des projets innovants. Et dès les premiers pas dans ces lieux, on sent en émaner une énergie extraordinaire : des co-workers en plein travail côtoient une séance de formation aux produits Adobe, alors qu’à l’étage des étudiants se lancent dans un atelier de réflexion.

Marie-Vorgan Le Barzic et Antonin Torikian nous rappellent les étapes de la genèse de la Cantine et de sa création par l’association Silicon Sentier au début 2008.

Marie-Vorgan insiste sur la nécessité de maintenir au sein de cet espace un flux permanent de personnes, de projets et d’idées aussi large et représentatif que possible. C’est notamment pour cette raison que la Fing et la 27è Région ont leur quartier ici.

Mais la seule présence de compétences diverses et de bonnes volontés n’est pas gage de succès. Nos hôtes soulignent la nécessité d’animer ce foisonnement de gens et d’idées au quotidien afin de conserver la dynamique vertueuse des lieux. De même il est important de disposer d’indicateurs clairs sur les objectifs d’exploitation de la Cantine et sur les modèles qui y sont développés. Cela suppose en amont d’être parfaitement au clair sur les valeurs et les missions que porte un tel espace.

Comme pour toutes les structures que nous avons rencontrées durant notre circuit, l’ouverture constitue une qualité fondamentale de la Cantine : ouverture des acteurs qui y évoluent et ouverture des contenus qui y sont produits.

La Cantine répond à un besoin d’espace de liberté que les acteurs publics ne savent pas faire et qu’il faut étudier. Et ce qui est vrai à Paris l’est aussi ailleurs. D’où la volonté d’essaimer le modèle à travers la France. Des projets similaires sont ainsi sur les rails à Toulouse, Rennes et Nantes. A chaque fois le lieu est porté par une association et a pour vocation de cristalliser et tangibiliser une thématique donnée.

« Nous devons veiller à ce que les gens s’emparent de ces lieux. Ils doivent pouvoir faire l’expérience du collectif au travers de l’événementiel. A nous de savoir toujours rester au service de… » conclut Marie-Vorgan Le Barzic.


L’un des acteurs permanents de la Cantine est la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération) que nous suivons depuis nos débuts à l’Observatoire technologique et qui constitue pour nous une source constante d’information et d’inspiration.

C’est Véronique Routin qui nous en rappelle les missions et les objectifs. La Fing vise à « explorer le potentiel de transformation des nouvelles technologies… quand il est placé entre des millions de mains ». Et ce processus d’exploration doit être ouvert au plus grand nombre avec toujours en toile de fonds l’idée d’abaisser les barrières d’entrée des acteurs potentiellement concernés. La Fing agit donc à plusieurs niveaux qui sont ceux de la veille prospective, de la détection et de la valorisation de l’innovation ainsi que de la réflexion sur des thèmes d’avenir (comme l’allongement de la vie.

Les sujets traités méritent qu’on s’y arrête et qu’on les ancre dans le concret. La Fing part donc de plus en plus dans des « Expéditions » qui proposent, au travers de modules courts (5 mois), une méthode pour explorer collectivement et dans une approche pluridisciplaire de nouveaux territoires d’innovation : nouveaux services, usages inédits ou chaînes de valeur recomposées. On s’intéresse ainsi aux habitants connectés ou aux nouvelles approches de la confiance numérique. Un autre thème que Véronique mentionne sans s’y attarder mais qui retient toute notre attention est celui de la réutilisation des données publiques. Mais la Fing c’est également une multitude d’autres projets et d’autres activités que l’on peut découvrir sur leur site ou sur celui de leur partenaire InternetActu.

Simon Sarrazin nous présente ensuite le projet LIENS, une initiative citoyenne débutée en décembre 2009. LIENS vise à créer les conditions d’alignement et de collaboration des divers acteurs de l’écosystème technologie et innovation sociale dans le but de faire émerger des projets créateurs de valeur sociétale. Ce projet se propose de réfléchir à la convergence entre technologie et innovation sociale, la technologie étant un levier du développement de l’innovation sociale et non une fin en soi.

Pour terminer cette visite de la Cantine Carol-Anne Rivière de la Fing nous touche quelques mots sur le programme Plus longue la vie, l’innovation par et pour tous les âges de la vie. L’objectif de ce programme agendé de juin 2008 à juin 2010 est d’imaginer la contribution des technologies et services numériques à la qualité de vie, à la cohésion de la société, et au dynamisme de l’économie. Il est décliné en plusieurs projets touchant aux réseaux sociaux, à la vie chez soi en mode autonome et connecté, à l’habitat évolutif, au life long learning ou encore aux échanges professionnels intergénérationnels.


Étape à La Ruche

Nous terminons cette première journée dans l’autre tiers-lieu parisien dont la réputation a largement dépassé les frontières de l’hexagone. Il s’agit de la Ruche, un espace rassemblant des entrepreneurs sociaux qui désirent travailler ensemble et qui sont convaincus de la valeur ajoutée à échanger leurs idées et de la nécessité de co-construire le futur ensemble.

C’est l’un de ces entrepreneurs, Julien Dossier président de Quattrolibri qui nous présente son espace de travail. Julien est convaincu de la richesse que cet espace d’échange apporte à son entreprise spécialisée dans le conseil en innovation et développement durable. La problématique sur laquelle il intervient quotidiennement est complexe et seule une approche systémique permet de correctement la prendre en compte. A la Ruche, Quattrolibri peut ainsi se nourrir des échanges avec les résidents, de leurs compétences spécifiques et de leurs expériences, mais également de leur écoute et de leur stimulation. « On est immergé quotidiennement au sein d’une véritable communauté de pratique ».

Ici insiste-t-il à plusieurs reprises, bien plus que des locaux, on partage surtout des valeurs. Celles-ci sont avant tout humanistes, ouvertes sur la société et sur le développement durable. Elles s’expriment différemment selon les résidents, mais Julien constate qu’elles sont réellement intégrées par tous. Il ajoute à ce sujet : « Lorsque l’on côtoie quotidiennement des résidents qui partagent nos valeurs, on se sent moins seul, particulièrement lorsque l’on pousse nos clients hors de leur zone de confort. La communauté de la Ruche renforce notre confiance, tout comme celle du client ».

Julien note que la diversité des résidents évite pour l’instant toute concurrence (les résidents restent des entrepreneurs). La flexibilité des lieux facilite également le développement de petites structures telle que la sienne. Pour terminer il met en avant un aspect qu’il considère comme essentiel à la valeur ajoutée de la Ruche : c’est le professionnalisme de l’animation des lieux qui est ici érigée au rang de méthode. En effet, l’échange, la stimulation, l’alignement sur les valeurs ne s’improvisent pas. Il faut les cultiver au quotidien pour entretenir constamment cette dynamique vertueuse.

Et c’est justement l’une des animatrices des lieux que nous rencontrons ensuite. Miora Ranaivoarinosy est la « Maîtresse de Cérémonie » de la Ruche. C’est à elle qu’il incombe de « faire en sorte que les gens aient conscience de travailler sur les mêmes objectifs alors qu’ils viennent de structures différentes et qu’ils s’attaquent a priori à des problèmes différents. Nous construisons ensemble des relations et de la confiance ; tout cela pour accélérer le opportunités de développement de chacun. Nous traitons entre égaux et non entre égos… ». Miora conçoit son rôle d’animatrice et de facilitatrice comme une réponse aux besoins des résidents d’une part et de la collectivité de la Ruche de l’autre. Et cela concerne des aspects aussi anodins et concrets que le positionnement des fontaines à eau dans les locaux afin de favoriser les contacts entre les résidents.

Après nous avoir fait la genèse du projet, Miora nous explique que la Ruche a vocation à essaimer dans d’autres villes. Un travail de compréhension et de formalisation de son mode de fonctionnement et d’évolution est donc indispensable. De la même manière, l’étude des nouveaux modèles économiques sous-jacents au projet est importante.

En faisant faire le tour du propriétaire avec Miora, nous avons l’impression de palper ces valeurs dont Julien nous parlait quelques minutes auparavant. Qu’il doit faire bon travailler à la Ruche…


Le debriefing de notre groupe autour d’une bière confirme mon ressenti au terme de cette première journée : des rencontres riches et passionnantes et la certitude de pouvoir réutiliser très vite une grande partie des informations recueillies. Vivement demain !