Patrick Genoud

Détails de l'auteur

Nom : Patrick Genoud
Date d'enregistrement : 05-10-2011

Biographie

Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public

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Articles de cet auteur

Journée de rencontre du 19 novembre 2010 – La confiance à l’ère du numérique

Cette 20è Journée de rencontre aura lieu à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia, 4 rue de la Prairie, 1202 Genève) Aula G. Charpak


L’accès à cette conférence est libre et gratuit, mais dans le but d’en faciliter l’organisation, nous remercions les personnes qui ne se sont pas déjà inscrites via le système de messagerie interne de l’Etat de Genève de bien vouloir s’inscrire via le service en ligne Amiando.

amiando

Vous pouvez bien entendu vous inscrire directement par e-mail ou par téléphone auprès de Marie-Hélène Moutinho (+41 22 388 00 28).


La confiance à l’ère du numérique


La confiance se situe au cœur de nos relations avec autrui, que ce soit à titre personnel ou professionnel. Dès qu’il existe une incertitude liée à l’échange, la confiance devient le pré-requis indispensable qui rend possible l’engagement réciproque et le maintien de relations sociales durables.

Mais si elle joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de notre société, la confiance reste toujours un concept difficile à appréhender en raison de la complexité et de la pluralité des situations dans lesquelles elle s’exprime. Et alors même que cette notion nous échappe dès qu’on cherche à la cerner et à la caractériser dans le réel, le monde numérique semble vouloir en redéfinir les règles ou du moins en privilégier certaines au détriment des autres. Or la confiance constitue un véritable « repère public » que nous devrons savoir préserver dans le nouveau paradigme de la société de l’information et de la connaissance.

Quelles sont les pistes pour y parvenir ? En quoi et en qui a-t-on confiance dans le monde numérique ? Doit-on y inventer de nouveaux modèles ? Ou faut-il plus simplement mieux comprendre ce qui se passe dans le monde réel pour le réappliquer dans le virtuel ?

Cette 20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique confrontera plusieurs regards croisés sur le sujet et tentera d’apporter des réponses à ces questions.


Programme

14h00 – Message de bienvenue de l’Observatoire technologique

14h05 – Introduction de la journée, Robert Monin, secrétaire général du DCTI, Etat de Genève

14h15 – « Communautés de confiance et médiations techniques : la construction pragmatique des réciprocités robustes » , Olivier Glassey

14h50 – « Nouvelles approches de la confiance numérique : vers un désir de confiance ? », Renaud Francou

15h30 – Pause

16h00 – « L’agrément, un outil digne de confiance », Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg

16h35 – « “To trust or not to trust”, telle est la question. Et si nous renversions quelques hypothèses ? », Jean-Henry Morin

17h10 – Conclusions et perspectives, Jean-Marie Leclerc, directeur général du CTI, Etat de Genève

17h30 – Cocktail

PDF - 106.9 ko
Le programme au format pdf (106 Ko)

Posez vos questions !

Posez sur Google moderator les questions qui vous interpellent à propos de la confiance à l’ère du numérique. Nous pourrons ainsi les relayer aux orateurs avant la conférence !

Naturellement il restera toujours la possibilité de questionner les orateurs directement après leur intervention !


Les intervenants de la Journée 2010


La confiance à l’ère du numérique

20ème Journée de rencontre de l’Observatoire technologique


Isabelle Dubois et Anne-Catherine Salberg sont les Préposées à la Protection des données et à la Transparence du canton de Genève. Leur philosophie est de favoriser une attitude proactive et de développer, avec les usagers et les institutions, la coopération et le dialogue.

Ce mode de faire leur a permis de développer de nouveaux outils propres à créer la confiance, non seulement entre les citoyennes et citoyens et les institutions, mais également au sein même de celles-ci. Leur approche promeut la collaboration interdisciplinaire, en particulier entre les juristes et les systèmes d’information.


Olivier Glassey est sociologue, responsable de l’unité de recherche « Etudes sociales des sciences et des techniques » au sein de l’Observatoire Science, Politique et Société de l’Université de Lausanne.

Il étudie depuis une dizaine d’années les conditions d’émergence des processus de collaboratifs de masse en ligne. Olivier Glassey s’intéresse plus particulièrement aux les modes de construction de la confiance et de la défiance dans les réseaux sociaux en ligne, la formation de la mémoire collective au sein des communautés virtuelles ou encore les formes de production des classifications ouvertes (folksonomies).


Renaud Francou est chef de projet à la Fondation internet nouvelle génération (FING), un Think Tank qui explore le potentiel transformateur des technologies quand il est placé entre des millions de mains.

Il a successivement conduit des missions d’animation des acteurs de la société de l’information, participé au programme « Villes 2.0 » et animé le programme « Identités actives » sur les nouvelles approches de l’identité numérique.

Depuis cette année, il anime un travail collectif rassemblant chercheurs, innovateurs, industriels et acteurs publics autour des « Nouvelles approches de la Confiance Numérique » avec la Fondation Télécom.


Jean-Henry Morin est professeur associé en ingénierie des services informationnels au département de systèmes d’information de l’université de Genève.

Ses recherches dans le domaine de la sécurité des systèmes d’information portent notamment sur la gestion des droits et des politiques électroniques (Digital Rights Management, DRM), la gestion d’exceptions dans ces environnements, les facteurs d’adoptions de ces technologies ainsi que leurs enjeux sociétaux dans une économies globalisée de services dématérialisés.


Jean-Marie Leclerc directeur du Centre des technologies de l’information de l’Etat de Genève.

Retour sur Open World Forum 2010 (Paris)

Sous le thème Open is the Future, la 3ème édition de l’Open World Forum s’est tenue à Paris le 30 septembre et le 1 octobre dernier.


Le programme ambitieux, construit autour de nombreuses sessions parallèles, a abordé la notion d’ouverture déclinée sous ses différentes formes. Près de 1’500 personnes en provenance de 40 pays ont assisté à l’événement.

Cette édition 2010 était clairement recentrée autour des valeurs premières défendues par le logiciel libre. De nombreux intervenants ont ainsi ont rappelé l’importance de notions telles que la liberté, le partage et la valeur ajoutée du logiciel libre pour la société. En lien avec ces valeurs, le concept d’ouverture a été décliné selon plusieurs modes : de l’ouverture du code à celle des contenus en passant par l’ouverture des données publiques. Plus généralement c’était souvent d’ouverture d’esprit qu’il s’agissait comme l’illustrait la session consacrée à l’innovation ouverte ou à l’open generation.

Ces quelques notes reprennent les interventions ou les thèmes qui m’ont le plus interpellé durant ces deux jours de conférence.

Plénière d’ouverture

C’est Nathalie Kosciuzko-Morizet, Secrétaire d’État à l’Économie Numérique, qui a ouvert la conférence. Elle donne d’emblée le ton en évoquant le logiciel libre dans une perspective d’écosystème et de fertilisation croisée. Elle rappelle également que l’ouverture constitue le fondement d’Internet et doit le rester. Dans ce monde en devenir de la société de l’information et de la connaissance, cette ouverture devient une valeur forte de notre société. NKM a manifestement une excellente compréhension des problématiques qu’elle aborde dans son intervention comme en témoignent également les billets publiés sur son blog. Et pour le coup on se met à rêver d’une personnalité politique en Suisse romande capable de tenir un tel discours.

Même remarque en ce qui concerne l’intervention de Jean-Louis Missika (maire adjoint à la Ville de Paris, délégué à l’innovation, de la recherche et des universités ) qui place également le logiciel libre dans une perspective large d’ouverture et de partage de l’information et de la connaissance. Pour illustrer le nouvel état d’esprit qui prévaut à la Ville de Paris, il mentionne l’appel à projet que celle-ci a lancé pour un renouvellement du mobilier urbain. Cet appel à projet est mené dans une démarche d’innovation ouverte qui doit faire la part belle à l’expérimentation et au prototypage.

La Ville de Paris se positionne également très clairement en faveur de l’ouverture des données publiques dont elle attend beaucoup. Elle considère cette voie comme facilitatrice d’une nouvelle relation avec le citoyen qui aidera ce dernier à devenir co-producteur et co-acteur du développement de sa ville. En une année le chemin parcouru est encourageant. Les initiateurs de la démarche ont défriché le terrain, ils se sont attachés à comprendre les enjeux liés à l’ouverture des données publiques (transparence, valorisation des données, renforcement de la démocratie, etc.) et ont travaillé notamment sur les aspects juridiques qui constituent un élément incontournable.

Open Source

« Liberté, égalité, fraternité », c’est par ces mots que Simon Phipps un ancien de chez Sun Microsystems et actuel CEO de ForgeRock (voir son commentaire sur son son blog) débute la table ronde consacrée au logiciel libre. Son discours est un véritable plaidoyer pour un monde du logiciel libre qui doit savoir se recentrer sur des valeurs fondamentales que l’on a aujourd’hui trop tendance à oublier. Ces valeurs axées sur la liberté ne s’expriment pas aux travers des licences open source comme on l’entend trop souvent, mais bien au sein des communautés ouvertes qui animent les grands projets open source : « That is to say, all business benefits of open source are the first and second derivative of liberty, exercised in a community of equality. Liberté, Égalité, Fraternité, in other words. That’s the only way to look at the future. »

A ma demande de commenter le récent divorce entre la communauté OpenOffice.org et Oracle (voir par exemple ici), Simon Phipps pense que la principale difficulté à laquelle va être confrontée la Document Foundation qui sera amenée à porter le fork LibreOffice sera de savoir gérer les problèmes systémiques auxquels elle va être confrontée.

Jeffrey Hammond, analyste chez Forrester Research, vérifie quotidiennement que la liberté dont parle Simon Phipps est la source de la créativité de l’écosystème du libre. Il note également l’émergence de nouveaux community models qui lui semblent prometteurs. Ceci sans parler de ceux qui ont déjà fait leurs preuves comme les communautés Eclipse, Apache ou Mozilla.

Enfin Dirk Riehle (Université de Erlangen-Nürnberg) note pour sa part que le nombre de communautés d’utilisateurs et de clients de solutions libres croît également, témoignage d’un impact certain à l’autre extrémité de la chaîne de valeur.

En fin de première journée, l’intervention de Eben Moglen du Software Freedom Law Center et ardent défenseur du logiciel libre est attendue par de nombreux conférenciers. Sur le ton posé mais très ferme qui le caractérise, Eben Moglen place d’emblée le discours au niveau des valeurs qui doivent prévaloir dans le logiciel libre qu’il faut « développer pour soutenir la liberté ! » L’essentiel de son discours musclé consiste en une mise en garde contre les dangers d’un réseau qui en sait beaucoup (trop) sur les individus et qui en profite dans de purs desseins mercantiles. L’économie américaine est ainsi en train de devenir une économie bâtie sur le data mining. Dans le même esprit, Eben Moglen tient des propos très critiques sur le concept « nébuleux » de cloud computing et sur la vision d’un réseau hiérarchisé que certains voudraient imposer. Ces deux sujets illustrent selon lui une dérive qui dénature l’esprit des fondateurs d’un Internet qui n’est ainsi plus l’espace de liberté originel.

Eben Moglen insiste sur la nécessité de conserver nos données les plus précieuses : il existe des solutions matérielles et logicielles libres et ouvertes permettant de le faire. Profitons du fait que ces outils sont encore entre nos mains pour renverser la tendance. Car le libre est selon lui menacé par le cloud computing, du moins dans la vision centralisée que certains tentent d’imposer : « The bad folks centralize ! ». Privilégions des services fédérés : « We know exactly what we have to do. So let’s do it. We gonna turn freedom on ! » Un discours d’activiste et de militant qui porte manifestement auprès d’un public acquis à la cause du libre, mais qu’un certain manichéisme pourrait desservir ailleurs…

Open Innovation

C’est Stefan Lindegaard, un expert du domaine qui anime cette session Open Innovation. Stefan Lindegaard rappelle tout d’abord les concepts de base de l’innovation ouverte. Au-delà de la définition, ce qui est important selon lui, c’est de bien comprendre que l’innovation ouverte ne se résume pas à une boîte à outils. C’est avant tout une affaire de posture, d’état d’esprit.

Pour illustrer la démarche de l’innovation ouverte, Stefan Lindegaard propose quelques pistes telles que :

  • systématiser l’accès aux ressources externes à l’organisation (comme le fait Procter&Gamble avec son programme P&G Connect ou son Intuit Entrepreneur Day ;
  • savoir utiliser le Web comme un facilitateur qui ouvre largement l’accès à la connaissance et aux bonnes ressources (l’innovation et la connaissances sont dans les têtes de chacun d’entre nous) ;
  • se rappeler que la culture de l’innovation ouverte passe par la culture du réseautage ;
  • c’est la création de valeur (à rechercher au bon endroit) qui doit guider l’innovation ouverte ;
  • savoir incorporer le feedback des utilisateurs dans le nouveaux produits tout au long de la chaîne de création de valeur.

A la question de savoir quel parallèle on peut tirer entre l’open source et l’innovation ouverte, Stefan Lindegaard répond que le monde du logiciel libre peut probablement apprendre à celui de l’innovation ouverte comment créer des conditions gagnant/gagnant pour tous les acteurs impliqués dans le processus.

Steve Shapiro, un autre expert du domaine, voit pour sa part l’innovation (ouverte) comme un réponse aux besoins croissants d’adaptabilité de notre société. Depuis quelques années, on est en train de passer d’une innovation guidée par les idées à une innovation guidée par les défis. Et l’un des points clés dans la réponse à ces défis réside dans la gestion de la diversité des points de vue. Car si l’homogénéité est le moteur de l’efficience, la diversité est celui de l’innovation. Et de l’illustrer avec une citation de Steve Jobs : « Creativity is just to have enough dots to connect ».

Cette diversité se situe au cœur de l’activité de la société InnoCentive, dont il est le « chef évangéliste ». InnoCentive va la rechercher chez les utilisateurs du Web dans une démarche de crowd sourcing. Steve Shapiro souligne le fait que la difficulté majeure à surmonter réside dans la gestion du rapport signal sur bruit. Comment détecter les bonnes idées exploitables parmi toutes les suggestions récoltées ? Il cite pour exemple la campagne menée dans le cadre de la fuite pétrolière dans le golfe du Mexique et qui visait à proposer des idées permettant de gérer la catastrophe. Sur 20’000 idées produites par les internautes, seules 100 se sont révélées exploitables. La réponse que Steve Shapiro apporte à ce défi du trop-plein d’idées est simple : il faut savoir rechercher sans cesse la vraie question en passant du temps pour bien (re)définir le problème posé.

Open Data

L’ouverture des données publiques (dont l’Observatoire technologique avait fait le sujet de sa Journée de rencontre 2008) a pris ces deux dernières années un essor fulgurant, à l’instigation notamment des pays anglo-saxons. La France a également compris les enjeux de cette approche et plusieurs initiatives y ont vu le jour dernièrement. Lift France en a ainsi fait son thème principal cette année. Et les données (publiques) ouvertes se retrouvent naturellement au programme de cet Open World Forum.

La session Open Data est animée par François Rancilhon qui prend le temps de rappeler les enjeux que l’on retrouve communément derrière l’ouverture des données publiques, à savoir notamment le fait que :

  • les citoyens ont déjà payé pour la production de ces données et qu’il n’y a aucune raison (hors protection de la sphère privée ou du secret défense) de devoir débourser une seconde fois pour y accéder ;
  • ces données constituent un actif que le secteur public doit savoir mieux valoriser en laissant par exemple le soin au secteur privé et à la société civile de le faire ;
  • les données publiques, et les premières réalisations le prouvent, constituent un réel moteur à l’innovation ;
  • l’accès aux données publiques constitue un outil formidable pour améliorer la transparence de nos institutions ;
  • enfin ces données constituent un bien commun qui peut contribuer à améliorer la vie de chacun et la société en général.

François Rancilhon mentionne également les 10 principes édictés par Sunlight Foundation qui doivent faciliter l’ouverture des données publiques.

Le juriste Alan Walter présente les aspects juridiques liés cette problématique, aspects essentiels à prendre en compte lorsqu’on imagine ouvrir le corpus de données d’une institution publique. La première étape, et les réactions dans la salle le confirment, est de bien distinguer ce qui est public de ce qui ne l’est pas et de définir sans ambiguïté ce qu’est une donnée publique ouverte.

Enfin lorsque Alan Walter évoque la possibilité de faire payer la mise à disposition de données publiques, plusieurs personnes dans la salle rappellent que leur conception de la donnée publique ouverte implique forcément sa gratuité.

Charles Nepote directeur de programme à la Fing entame ensuite sa présentation avec un « Si vous ne partagez pas vos données, d’autres le feront pour vous ! ». Il présente le programme « Réutilisation des données publiques » de la Fing. Dans une phase de sensibilisation on y organise des ateliers créatifs destinés à identifier les données publiques ouvertes les plus utiles, puis on élabore des scénarios d’usages innovants sur ces données. Une synthèse de cette première étape devrait faire l’objet d’un guide pratique de la réutilisation des informations publiques territoriales au service de l’innovation et de la proximité.

Dans une optique plus exploratoire, la Fing travaille parallèlement sur les conséquences potentielles liées à l’ouverture des données publiques (voir à ce sujet la présentation de Daniel Kaplan « Open Public Data Future Scenarios »).

La logique et les valeurs qui président à l’ouverture des données publiques sont les mêmes que celles du logiciel libre. Et il n’est pas étonnant de voir des acteurs de l’open source investir le terrain de l’open data. Cédric Carbone présente ainsi la plateforme de données ouvertes Data Publica lancée en janvier 2010 par Araok, Nexedi et Talend. Data Publica se positionne comme une nouvelle place de marché open source à destination des organisations qui désirent ouvrir et partager leurs données. Elle est l’une des 10 actions mises en œuvre par l’Initiative Services Mobiles dont le but est de stimuler l’écosystème du développement d’applications pour smartphones. Plus de 1’500 jeux de données sont déjà disponibles sur la plateforme.

La société civile exige actuellement une transparence accrue de nos institutions. L’évolution du Web en général et l’ouverture des données publiques en particulier participent activement de ce mouvement et sont en train de modifier la relation que les citoyens entretiennent avec leurs représentants à l’image de ce que réalisent la Sunligh Foundation aux Etats-Unis ou mySociety.org au Royaume-Uni. C’est cet aspect particulier de l’ouverture des données publiques que Tangui Morlier de Regards Citoyens est venu présenter. Le passage au numérique permet une collecte, un traitement et une diffusion de l’information bien plus facile aujourd’hui qu’hier. Tangui Morlier l’illustre dans le domaine de l’information politique avec des initiatives très intéressantes lancées par Regards Citoyens :

  • le site NosDéputés.fr qui cherche à mettre en valeur l’activité parlementaire des députés de l’Assemblée Nationale Française ;
  • « Simplifions la loi 2.0 » qui, pour aider à leur compréhension dans une démarche participative et citoyenne, donne accès à chacun des articles de plusieurs projets ou propositions de loi ainsi qu’aux amendements proposés par les parlementaires ;
  • « Redécoupage électoral » qui évalue l’impact du redécoupage de la carte législative sur la répartition des sièges de l’hémicycle à l’Assemblée nationale ;
  • « Numérisons les lobbyistes » qui vise à donner plus de visibilité sur les représentants d’intérêt auditionnés à l’Assemblée nationale.

Toutes ces initiatives peuvent exister parce que les données publiques qui les nourrissent sont (plus ou moins) facilement accessibles. Regards Citoyens dépense parfois passablement d’énergie pour démontrer les potentialités qu’elles peuvent offrir. Tangui Morlier insiste sur la nécessité de laisser la société civile les lancer elle-même car celles-ci doivent s’affranchir de toute influence politique (c’est du moins le cas pour Regards Citoyens qui est composés d’individus de tous horizons politiques).

Dans une volonté de cohérence, les initiatives lancées par Regards Citoyens sont bâties sur des solutions open source. « Si nous voulons un système plus transparent, sachons nous appliquer cette transparence ! ». Dans le même esprit, l’association travaille actuellement sur la gouvernance du collectif.

Tangui Morlier nous rappelle enfin les facteurs clés de succès d’une démarche d’ouverture des données publiques :

  • utiliser les bons critères lorsque l’on évoque la notion d’ouverture (voir le site OpenDefinition.org) ;
  • se concentrer sur les données elle-mêmes et non sur leurs usages, la plupart du temps inconnus, et qui ne demandent qu’à émerger ;
  • savoir inclure les ré-utilisateurs de données dans la démarche.

A la question de savoir si il faut passer du temps sur la sémantique des données, Tangui Morlier pense que si besoin il y a, la sémantique viendra de la communauté des utilisateurs.

Il termine son intervention mettant en avant les bénéfices attendus de l’initiative Regards Citoyens :

  • elle permet aux citoyens de mieux comprendre leur institution démocratique ;
  • elle aide le secteur public à mieux comprendre les besoins de ses citoyens ;
  • elle constitue pour les représentants une plateforme leur permettant de promouvoir et de défendre leurs choix politiques.

Pour clore cette session Open Data, Marco Fioretti présente une étude menée sur les effets induits par l’usage des données ouvertes sur l’économie locale et sur la transparence. Comme toujours lorsqu’on l’on étudie des sujets de rupture, il est très difficile d’obtenir des mesures quantitatives en utilisant les approches basées sur des business cases traditionnels. Mais les résultats montrent malgré tout les potentialités liées à l’ouverture des données publiques, spécialement lorsqu’on s’intéresse aux services que l’on peut générer à partir de celles-ci. Ainsi un entrepreneur qui s’empare d’un set de données peut à lui seul les valoriser largement. Ces potentialités sont manifestement importantes également en dehors du secteur hi-tech.

Marco Fioretti est plus réservé en ce qui concerne l’impact sur la transparence. Le potentiel est en effet important uniquement si de nombreux citoyens s’emparent réellement de ces données. Et sur ce point, on risque quelques désillusions.

Open Future

La session « Perspectives for an open future » conclut la conférence en prenant pour fil rouge le travail collaboratif 2020 FLOSS Roadmap, une feuille de route publiée pour la troisième année consécutive dans le cadre de l’Open World Forum. Ce travail prospectif expose une projection des influences qui affecteront le monde du logiciel libre d’ici à 2020.

Feuille de route 2020 du logiciel libre (selon 2020FLOSSRoadmap.org)

 

Jean-Pierre Laisné, président du consortium OW2, rappelle en préambule un message maintes fois entendu durant ces deux jours : les communautés du libre ne doivent plus envisager le logiciel libre uniquement dans une perspective technique ou économique, mais le considérer comme un fondement clé de la société de l’information en devenir.

Reprenant ensuite les éléments de son essai « Declouding Freedom », Philippe Aigrain (Sopinspace) propose quelques recommandations qui reprennent dans les grandes lignes le discours d’Eben Moglen. Il insiste sur la nécessité de promouvoir et d’assurer la neutralité d’Internet, tout comme celle d’investir dans le développement de services Web décentralisés et contrôlés par l’utilisateur. Pour toutes les applications collaboratives essentielles, ces services doivent être développés à partir de solutions open source.

David Bollier enchaîne en élargissant le discours à la place que le logiciel libre doit tenir en tant que bien commun, reprenant ainsi les idées développées dans son essai « FLOSS as Commons ». Il faut replacer le logiciel libre dans un contexte digital et culturel élargi en développant notamment une compréhension pluridisciplinaire de la gouvernance et de la gestion de ces biens communs.

David Bollier est convaincu que le logiciel libre peut renforcer la démocratie et l’économie de marché en démontrant que les valeurs éthiques de participation, de transparence, de responsabilité et de performance ne sont pas des aberrations. Le défi consiste à trouver de nouvelles voies permettant d’amplifier cette vision en fédérant et en coordonnant les énergies de toutes les parties prenantes aux différents biens communs numériques.


Avec une place toujours plus importante donnée à de nouveaux thèmes tels que open innovation, open data ou open generation, l’Open World Forum porte toujours mieux son nom. Et l’on ne peut que s’en réjouir ! Cette troisième édition a en outre clairement recentré l’open source sur ses valeurs fondamentales que sont la liberté, l’ouverture, le partage et la collaboration. La dimension sociétale du logiciel libre est-elle réellement en train de reprendre le dessus sur une vision uniquement technique ou économique ? L’avenir nous le dira !


Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité

Article rédigé avec Alexis Moeckli pour le numéro du 2 juin 2010 de la Revue Économique et Sociale

Dans un récent éditorial, la Revue Économique et Sociale lançait l’idée de consacrer un ou plusieurs dossiers au thème de la créativité. Cette idée, Geneviève Morand, fondatrice de Rezonance l’a saisie au bond pour que le premier dossier de cette série soit publié à l’occasion de la 3ème édition du Rendez-vous des Entrepreneurs Romands dont le thème était « De la créativité à l’action ». Avec le think tank Think Services, Giorgio Pauletto et Patrick Genoud (Observatoire technologique) ont d’ailleurs activement participé à l’évènement en organisant un atelier sur la méthode créative Create the Service Box.

Ce premier dossier de la Revue Économique et Sociale consacré à la créativité, « Et le gagnant est : la créativité ! De la fragilité à la stabilité », pose un cadre large à la réflexion sur la créativité, avec quatre articles de fond sur l’émergence des nomades, des net-ups et des tiers-lieux comme prémisse à une nouvelle orientation stratégique de la politique de l’innovation en Suisse.

« Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité » constitue l’un des volets de ce dossier.


Résumé

L’accès facilité à l’information et à la connaissance ainsi que l’émergence des réseaux sociaux modifient considérablement notre manière d’aborder des problèmes dont la complexité va croissant. Cette tendance forte redéfinit le paysage de l’innovation que l’on envisage de plus en plus de manière systémique en faisant la part belle à l’ouverture, au partage, à la co-création et à l’interdisciplinarité.

Les démarches initiées dans ce domaine par les classes créatives actives dans le monde virtuel demandent toujours plus à se cristalliser autour de lieux physiques ancrés dans le territoire et qui ne sont ni réellement publics, ni vraiment privés : les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité.

Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité (pdf, 481 Ko)

 

Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité

2 juillet 2010 – Patrick GENOUD

Article rédigé avec Alexis Moeckli pour le numéro du 2 juin 2010 de la Revue Économique et Sociale.


Dans un récent éditorial, la Revue Économique et Sociale lançait l’idée de consacrer un ou plusieurs dossiers au thème de la créativité. Cette idée, Geneviève Morand, fondatrice de Rezonance l’a saisie au bond pour que le premier dossier de cette série soit publié à l’occasion de la 3ème édition du Rendez-vous des Entrepreneurs Romands dont le thème était « De la créativité à l’action ». Avec le think tank Think Services, Giorgio Pauletto et Patrick Genoud (Observatoire technologique) ont d’ailleurs activement participé à l’évènement en organisant un atelier sur la méthode créative Create the Service Box.

Ce premier dossier de la Revue Économique et Sociale consacré à la créativité, « Et le gagnant est : la créativité ! De la fragilité à la stabilité », pose un cadre large à la réflexion sur la créativité, avec quatre articles de fond sur l’émergence des nomades, des net-ups et des tiers-lieux comme prémisse à une nouvelle orientation stratégique de la politique de l’innovation en Suisse.

« Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité » constitue l’un des volets de ce dossier.

Résumé

L’accès facilité à l’information et à la connaissance ainsi que l’émergence des réseaux sociaux modifient considérablement notre manière d’aborder des problèmes dont la complexité va croissant. Cette tendance forte redéfinit le paysage de l’innovation que l’on envisage de plus en plus de manière systémique en faisant la part belle à l’ouverture, au partage, à la co-création et à l’interdisciplinarité.

Les démarches initiées dans ce domaine par les classes créatives actives dans le monde virtuel demandent toujours plus à se cristalliser autour de lieux physiques ancrés dans le territoire et qui ne sont ni réellement publics, ni vraiment privés : les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité.

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Les tiers-lieux, espaces d’émergence et de créativité (pdf, 481 ko)
Revue Économique et Sociale, juin 2010

Atelier d’appropriation du plan stratégique des systèmes d’information

Patrick Genoud et Giorgio Pauletto

Mise en œuvre d’une méthode créative (Service Box) pour aider les membres du Collège spécialisé des systèmes d’information à s’approprier leur plan stratégique.


Dans le cadre de leur journée au vert du 9 juin 2010 les membres du Collège spécialisé des systèmes d’information (CS-SI) de l’État de Genève ont testé avec succès une méthode créative proposée par les membres de l’Observatoire technologique pour les aider à s’approprier leur plan stratégique.

Le contexte

Durant l’année 2009 les membres de l’Observatoire technologique apportent leur concours à un groupe de travail du CS-SI pour élaborer leur plan stratégique des SI de l’État de Genève pour les années 2009 à 2013. Ce document décrit les lignes de force qui visent à donner de la cohérence aux démarches d’évolution de nos systèmes d’information. Il présente les facteurs clés de succès ainsi que la stratégie retenue pour y parvenir.

L’élaboration de ce plan stratégique par un groupe de travail émanant du CS-SI permet de finaliser rapidement le document attendu. Un partage régulier de l’avancée des réflexions avec l’ensemble du CS-SI doit garantir une adhésion de tous au contenu de ce document. Mais le court délai de rédaction n’est pas forcément favorable à une réelle appropriation par tous les membres du CS-SI, tout au moins au niveau des valeurs que ce plan stratégique est sensé véhiculer. Or cette phase d’appropriation est essentielle si l’on souhaite effectivement tous tirer à la même corde et communiquer efficacement et d’une même voix sur ce document.

Pour faciliter l’appropriation du plan stratégique et pour vérifier dans quelle mesure chacun tient un discours cohérent sur le sujet, les membres de l’Observatoire technologique ont proposé au CS-SI un atelier tout à la fois créatif, ludique et sérieux…

La méthode

La méthode est inspirée de la Product-Box, l’un des jeux innovants (Innovation Games) proposés par Luke Hohmann. Ces jeux sérieux sont utilisés aussi bien par les start-ups de la Silicon Valley que par les net-ups du monde des innovateurs sociaux.

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Avec les membres de Think Services, un groupe de réflexion sur la science des services auquel nous participons, nous avons élargi le concept de la Product Box de Hohmann à une Service Box dont l’objectif vise à rendre plus concret et tangible les caractéristiques et les bénéfices attendus d’un service.

On déroule la Service Box au cours d’un atelier d’une durée de deux heures environ. Les participants se répartissent en groupes de 4 à 6 personnes. Dans une démarche de co-création ils disposent de 45 minutes environ pour matérialiser sur les 6 faces de la boîte les bénéfices attendus du service traité.

La boîte permet de passer beaucoup plus facilement des concepts au concret ; un concret sur lequel les participants peuvent beaucoup plus aisément rebondir en le complétant et en l’enrichissant d’idées nouvelles rendues tangibles par des images, des dessins, des découpages, des mobiles ou par tout autre support à leur imagination. Les six faces de la boîte constituent également une contrainte qui force les participants à aller à l’essentiel et à prioriser de facto leurs messages.

Une fois la boîte terminée, celle-ci sert de support à la narration, au storytelling. Le groupe raconte son histoire, « vend » son service, en s’aidant de la boîte et de la symbolique qu’elle véhicule.

Cette démarche de co-construction améliore la compréhension, l’appropriation et la valorisation du service qui sinon reste purement intangible. Elle permet également de mettre l’accent sur les éléments de valeur plutôt que sur les simples fonctionnalités attendues.

(JPG)

Voir la fiche décrivant la méthode sur le site de Think Services.

L’atelier

L’atelier réunit trois groupes de 4 à 5 personnes (tous membres du CS-SI) dont l’objectif est de rendre lisible et tangible les bénéfices attendus de leur plan stratégique. Avec des responsables de systèmes d’information habitués à parler « coûts » et « qualité », nous insistons sur l’importance à accorder à d’autres aspects que peut prendre la valeur ajoutée de leur plan stratégique, à savoir sa « valeur d’usage » et sa « perception ».

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Valeur ajoutée d’un service
(selon Diem Ho, IBM)

Durant la phase créative chaque groupe tangibilise les aspects essentiels du plan stratégique sur la boîte de carton en l’enrichissant de ses apports créatifs. On échange ses points de vue, on confronte ses visions, on dessine, on découpe, on colle, pour recommencer encore si une création a appelé une autre idée…

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Phase de créativité

A l’issue du processus d’échange et de créativité, la boîte sert de support à l’exercice de narration qui vise à « vendre » le plan stratégique aux différentes parties prenantes (secrétaires généraux, collaborateurs, etc.). Le discours est toujours très imagé, souvent teinté d’humour. De belles histoires dont s’inspirer pour « raconter » ce plan stratégique à d’autres…

Retours des participants

L’exercice visait initialement à l’appropriation du plan stratégique du CS-SI par ses membres. Mais il a finalement démontré que cette appropriation était déjà effective : même si les narrations proposées par les trois groupes étaient différentes, tous s’accordent sur la cohérence des messages entendus. L’exercice aura donc eu le mérite de démontrer que le plan stratégique a été compris et intégré par les membres du CS-SI. Ce constat constitue en soi un résultat remarquable de l’atelier.

Tous les participants reconnaissent la richesse de cette démarche de tangibilisation de concepts très abstraits. Elle a produit dans ce cas des messages variés, reposant sur des valeurs communes. En s’inspirant des trois narrations, on a maintenant la possibilité de véhiculer des message différents selon le public visé.

Les participants apprécient également le fait que cette méthode permet de décliner leur plan stratégique sous forme de métaphores qui en faciliteront certainement la communication. Même si elles ne reflètent pas toujours parfaitement toute l’exactitude voulue, ces métaphores laissent au public un espace de liberté appréciable pour mieux s’approprier le discours. La Service Box constitue ainsi un excellent exercice de maitrise de la complexité et permet de véhiculer un message plus simple et plus accessible.

Enfin tout le monde s’accorde sur le fait que le travail de co-création dans un esprit ludique permet de souder encore plus un comité dont le travail d’équipe est clairement ressorti durant cet atelier !

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Les boîtes produites durant l’atelier !

Innovation publique et sociale en région parisienne – Jour 2

Retour sur un circuit de deux jours au sein des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne


cap-digital

JOUR 2 : MARDI 16 MARS 2010

Étape à Cap Digital

Après une première journée bien remplie, notre petite équipe retrouvait Loïc Haÿ le mardi matin au Passage de l’Innovation (tout un symbole) où se trouvent les locaux de Cap Digital, le pôle de compétitivité parisien des contenus numériques. D’autres acteurs franciliens de l’innovation partagent cette adresse.

C’est tout d’abord Françoise Colaïtis qui nous présente les missions et projets de Cap Digital. Ce pôle de compétitivité a été lancé au début 2006 avec pour objectif de :

  • soutenir l’innovation et la recherche et développement
  • construire des partenariats et travailler sur l’intelligence collective « pour augmenter la surface de frottement afin que naissent des étincelles et des idées nouvelles ! »

Ces objectifs sont déclinés en gardant à l’esprit une perspective large prenant en compte le changement de paradigme induit par les technologies de l’information et de la communication. Cap Digital désire clairement se situer au cœur de l’économie numérique et traite de thématiques aussi variées que les services et les usages mobiles, les jeux vidéos, la culture et les médias, la co-conception numérique ou l’éducation et la formation. L’approche choisie est intéressante : en fonction des thématiques traitées, Cap Digital propose à ses membres (près de 600) une plateforme qui permet l’intégration des briques et des composants innovants dont on veut tester les nouveaux usages. Cette plateforme permet d’abaisser les coûts d’entrée pour mettre en œuvre les prototypes envisagés et se concentrer ainsi au mieux sur la partie innovante.

Comme à la Ruche et à la Cantine, on a compris qu’il faut forcer les liens en animant les communautés et au travers de l’organisation d’événements. Mais ces liens doivent également être entretenus avec le grand public. Cap Digital organise ainsi Futur en Seine dans le but d’amener l’innovation dans la rue pour y exposer les usages.


Jean-Philippe Clément (Mairie de Paris) nous rejoint pour présenter les projets numériques de la Ville de Paris. On se retrouve plus ici sur des aspects liés aux technologies elles-mêmes que sur leurs usages. Jean-Philippe Clément relève par exemple le succès du portail open source Lutèce développé par la Ville de Paris. Lutèce se développe actuellement autour de quatre thématiques : actualité, démarches administratives, base de connaissance et vie politique. Quelques mots également sur le WiFi public à Paris qui est amené à s’étendre. Jean-Philippe Clément mentionne enfin la démarche qui vise à valider l’extension de nom de domaine « .paris ». L’idée est d’apporter une vision plus localisée et plus territorialisée des services numériques offerts par la région parisienne.


Un autre nouveau venu dans le paysage de l’innovation parisienne est le « Paris Région Lab » que nous présentent Patricia Sevag et Romain Thomas.

Paris Lab est un nouvel opérateur qui vise à transformer la métropole parisienne en territoire d’expérimentation et de démonstration, au service des jeunes entreprises et des projets innovants.

L’action de cette association se structure autour de trois grands axes :

  • L’expérimentation grandeur nature sur le territoire métropolitain. Le laboratoire a pour vocation d’identifier des terrains d’expérimentations qui permettent aux porteurs de projets innovants de tester de nouveaux équipements, technologies ou services. La démarche privilégiée est celle de la co-conception. Des expérimentations sont déjà lancées comme le projet Panammes (Projets d’Aménagements Nouveaux pour améliorer l’Accessibilité des Malvoyants, Malentendants et Sourds).
  • L’émulation de l’innovation urbaine. Paris Lab assure une mission de veille sur les besoins des collectivités territoriales afin de proposer et sélectionner les solutions innovantes. Il contribue ainsi à dynamiser le lien entre collectivité et entrepreneurs. Paris Lab apporte son expertise et son concours à la commande publique pour mieux intégrer procédés ou services innovants, il participe à l’élaboration des appels d’offres en intégrant aux cahiers des charges des spécifications évolutives et interopérables, dans tous les secteurs de l’activité urbaine dont, bien sûr, le numérique.
  • Paris Lab se veut également un lieu ressource pour les communautés de chercheurs et d’entrepreneurs comme pour le grand public. Il a pour objectif de mettre à disposition sur le Web une veille de l’innovation en milieu urbain, information internationale et actualisée par Paris Lab et ses réseaux d’experts contributeurs. Le site InnovCity lancé récemment se doit ainsi permettre à l’utilisateur, outre la consultation des contenus proposés, de mettre en ligne, stocker, partager et commenter ses propres contenus et les contenus collectifs.

Nous partageons le repas de midi avec François Jégou, professeur de design à l’ENSCI, notre étape de l’après-midi. François est également directeur scientifique de la 27è Région qui fait notamment appel à ses compétences sur les Territoires en Résidences. Il nous parle de la démarche de design de service sur laquelle il s’est spécialisé et qui ne fait manifestement pas encore l’unanimité au sein de la communauté des designers.

Les prototypes ébauchés par les designers de services permettent de tangibiliser les idées amenées lors des ateliers de co-conception. Il est alors plus facile pour les participants d’engager la conversation sur ces objets concrets et de « retravailler » sur ces productions pour les faire évoluer ou converger avec d’autres solutions.

François Jégou est manifestement passionné par cette approche du design et nous nous réjouissons de nous immerger dans l’atelier qu’il organise l’après-midi avec ses élèves.


Étape à l’ENSCI

François Jégou nous propose de participer activement à l’atelier « Design et territoire » avec ses élèves de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle.

Le groupe travaille sur le cas concret de la commune d’Orchies dans la région de Lille. Cette commune péri-urbaine est en déshérence et la vie s’y perd. Les élus se demandent comment la faire revivre et redynamiser le territoire. Les élèves ont passé la matinée à identifier les lieux remarquables de la commune (lieux de vie, lieux de passage, lieux citoyens, etc.). L’atelier de l’après-midi est consacré à une réflexion sur les pistes à explorer pour rendre ces lieux plus attractifs. François Jégou stimule les étudiants pour faire émerger des thématiques de réflexion nouvelles ou des idées innovantes.

Il est intéressant de constater la diversité des possibles évoqués par le groupe. J’ai par contre été surpris de constater que l’animation de l’atelier ne s’appuie manifestement pas sur des méthodes ou des outils particuliers qui aideraient à faire émerger, à classer et à concrétiser les idées exprimées. Mais il est vrai que nous ne sommes restés qu’un peu plus d’une heure sur place…


carrefour-possibles

Étape à l’Échangeur PME

Dernière étape de notre circuit à l’Échangeur PME dont les locaux sont situés dans le magnifique bâtiment de la Bourse de Commerce de Paris (interdiction de prendre des photos à l’intérieur de l’édifice…). Nous y rencontrons tout d’abord Denis Pansu qui nous présente l’une des initiatives phares de la de la Fing : le Carrefour des Possibles. Denis Pansu parle « d’innovation démocratique » lorsqu’il évoque le Carrefour des Possibles. La volonté affichée est de « confronter des univers », de détecter et de mettre en place un réseau d’innovation autour des usages numériques.

L’initiative est née de la volonté de passer au-delà de trois constats qui brident l’innovation : une posture trop souvent figée par rapport à l’innovation, une approche en silos des problèmes à résoudre et un esprit critique pas suffisamment positif. Prenant le contrepieds de ces trois constats, le Carrefour des Possibles veut promouvoir une attitude positive, favoriser l’abrasion créative (en confrontant les univers) et miser sur la sérendipité (en laissant la place à l’inattendu).

Le Carrefour des Possibles vise ainsi à :

  • développer et partager une culture de l’innovation pour éviter de tomber dans le piège d’une vision trop élitiste ou du moins trop spécifique de l’innovation ;
  • associer formel et informel de manière à abaisser les barrières à l’autre ;
  • concilier détente et réflexion ;
  • susciter des effets déclencheurs.

La volonté affichée est de se concentrer sur les scénarios d’usages et de ne surtout pas rester focalisé sur les enjeux économiques.

Le processus de sélection des projets comporte une étape intéressante de brief collectif de pré-sélection qui constitue de mon point de vue une étape préliminaire dont la Muse devrait s’inspirer. Lors de cette étape les porteurs de projets peuvent mettre en lumière leur projet, le soumettre au kaléidoscope de points de vue pluriels qui permettent de sortir des schémas préconçus. Denis Pansu a constaté lors de cette étape un effet miroir sur les différents projets qui sont confrontés au cours d’une même séance. Selon lui la valeur d’une telle session est clairement supérieure à la somme des valeurs des projets présentés.

La Fing joue avant tout un rôle de facilitateur et de pourvoyeur de méthodologie d’animation dans le processus. Jusqu’ici le carrefour des Possibles se félicite d’avoir coaché plus de 1’400 innovateurs, d’avoir sélectionnée 660 usages numériques innovants, et de pouvoir s’appuyer sur un réseau de 10’000 personnes actives dans 12 régions de France.

Denis Pansu nous laisse avec une question ouverte : « A quand un Carrefour des possibles à Genève ? »


La dernière rencontre de notre circuit est celle de Frédéric Desclos qui nous présente l’Échangeur PME. La structure qu’il dirige repose sur un concept né il y a plus de 10 ans. L’objectif est de proposer aux PME de l’Ile-de-France un espace de démonstration des pratiques et des usages innovants liés aux TIC. L’Échangeur invite les responsables d’entreprise à se projeter dans le futur, à renouveler leur imaginaire pour se préparer au nouveau monde de l’échange transformé par Internet et les technologies de l’information.

Il propose également des séminaires sur mesure consistant en des parcours personnalisés à travers les innovations mises en scène sur ses plateformes (près de 130 démonstrations consacrées aux usages innovants des technologies dans le domaine de la relation client).

L’Échangeur travaille en permanence avec plus de 100 partenaires technologiques et renouvelle un tiers de ses démonstrations tous les ans. Le critère principal de sélection d’une démonstration est le caractère innovant d’une application, indépendamment de l’entreprise qui l’a développée. Ce principe est visible sur les plateformes de démonstration qui, elles aussi restent neutres, sans affichage de marque.


Perspectives

Nous terminons ce séjour parisien avec des images, des idées et des projets pleins la tête. Ces deux jours ont été riches et denses. Ils nous ont donné un aperçu de la diversité des acteurs de l’innovation publique parisienne et il nous ont proposé de nombreuses pistes à réinterpréter chez nous. Mais il nous a surtout permis d’échanger avec des personnes à la fois compétentes, ouvertes et sympathiques (ce qui ne gâche rien). Et au-delà de la qualité du programme que nous ont concocté Loïc et Stéphane, c’est également leur disponibilité que notre petit groupe a beaucoup apprécié. Un très grand merci à eux !

Le voyage de retour vers Genève me permet de prendre le temps de ressortir quelques points saillants de nos échanges :

  • les pouvoirs publics de l’Ile-de-France ont manifestement compris la nécessité d’accorder de la place à des manières moins conventionnelles d’envisager l’innovation ;
  • nous avons côtoyé des acteurs de l’innovation qui, avec des approches parfois très différentes, avaient en commun une attitude d’ouverture et de partage qui nous semble essentielle si l’on désire capitaliser sur les efforts des uns et des autres ;
  • au sein des communautés, la nécessité de s’appuyer et de se retrouver autour de valeurs clairement affichées et partagées est un point qui est souvent ressorti ;
  • l’innovation avec et pour les gens ne peut se concevoir que si l’on a pris conscience de l’énergie qu’il faut consacrer à cultiver ces valeurs ainsi qu’à animer et à faire vivre les communautés concernées. La génération spontanée n’a pas de place à ce niveau.
  • sachons capitaliser sur ce qui se fait chez nos voisins : évitons de réinventer la roue dans notre coin et privilégions au maximum les échanges et les projets communs !

Innovation publique et sociale en région parisienne – Jour 1

Retour sur un circuit de deux jours au sein des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne


Lors de leur venue à Genève pour notre Journée de rencontre 2009 consacrée à l’innovation dans le service public, Loïc Haÿ (ARTESI Ile-de-France) et Stéphane Vincent (La 27è Région) nous avaient promis d’organiser pour leurs homologues genevois une visite des lieux d’innovation publique et sociale de la région parisienne.

Chose promise, chose due ! Loïc et Vincent nous ont concocté les 15 et 16 mars un circuit riche et varié qui a été source d’échanges fructueux. Notre petite équipe des « innovateurs sociaux genevois » était composée pour l’occasion de Giorgio Pauletto et moi-même (Observatoire technologique) ainsi que de Reginald Maître et Alexis Moekli (Creativity Center Muse).


Devant le Gallopin

Giorgio, Stéphane, Loïc, Alexis et Réginald

 

JOUR 1 : LUNDI 15 MARS 2010

Étape à ARTESI-Ile de France

En bons helvètes que nous sommes, nous arrivons à l’heure exacte au siège de l’ARTESI où Loïc Haÿ nous accueille. Nous commençons donc ce circuit parisien chez lui puisque Loïc est un des membres (très) actifs de l’agence, notamment lorsqu’il s’agit de dénicher les services du Web utiles, innovants et faciles à s’approprier. Et Loïc nous met d’emblée dans le bain en nous avisant que notre circuit parisien sera raconté, illustré et partagé en temps réel sur le Web via le service OnTheRoad qui permet de géolocaliser les étapes du circuit en les enrichissant en temps réel via son smartphone. Je n’en ai personnellement pas (eh oui !) et les forfaits suisses de mes collègues limitent leurs ardeurs. Mais Loïc y va franchement de ses commentaires et de ses photos qui permettent notamment à ses suiveurs sur Twitter de nous pister en temps réel.

Heureuse coïncidence pour les membres de l’Observatoire technologique, l’ARTESI vient de travailler sur la refonte de ses missions dans lesquelles nous nous retrouvons sur la quasi totalité des points. Yannick Landais, son délégué général, nous présente ainsi l’ARTESI à travers la lecture du plan stratégique à 5 ans élaboré avec tous les membres de l’agence. Ce travail résulte avant tout d’une volonté de lisibilité de leur action par rapport à leurs cibles que sont les élus ainsi que les acteurs publics et para-publics de la région Ile-de-France.

L’ARTESI se positionne comme une clé de décryptage et de connaissances permettant d’aider les territoires de l’Ile-de-France à prendre les bonnes décisions relatives à l’évolution de leur territoire et à leurs stratégies d’action publique. Comme tous les acteurs que nous avons rencontrés durant ce circuit, l’agence se veut un lieu de rencontre ouvert, dans une approche fédératrice et collaborative permettant les synergies ainsi que la propagation rapide des connaissances et des pratiques (toujours sous licence Creative Commons).

Yannick Landais nous a décrit une ARTESI qui désire s’inscrire dans une logique d’université permanente et ouverte du monde numérique, un concept qui me séduit beaucoup. Cette université vit au travers de l’écosystème de l’ARTESI et de ses partenaires. Elle va plonger ses racines dans le concret au rythme des quatre temps de l’inventaire, de l’imagination, de l’enseignement et de l’accompagnement. Ces quatre temps se traduisent en quatre pôles d’activités que sont l’observation des bonnes pratiques, le campus d’information et de formation, le laboratoire d’idées et de prototypes ainsi que le centre d’appui de diffusion et de communication des savoirs.

Yannick Landais nous rappelle que « plus que de trouver les partenaires à associer à la démarche, c’est trouver les bons modes de travail qui est le plus délicat ». Car la volonté affichée est de toujours s’inscrire dans un mode projet qui va permettre de concrétiser les réflexions.

L’équipe d’ARTESI a synthétisé son ambition au travers d’un manifeste, pierre angulaire d’une démarche qui se veut la plus cohérente possible.


Marie-Hélène Feron, nous expose ensuite la problématique « e-Inclusion et accès public à internet » dans laquelle l’ARTESI est un acteur actif. Elle souligne l’importance des espaces publics numériques (EPN) que l’ARTESI a contribué à créer en Ile-de-France. Ces lieux permettent un accès facilité à Internet. Mais ils sont nés bien souvent d’initiatives lancées en ordre dispersé et nécessitent aujourd’hui une meilleure coordination à l’échelle du territoire. D’une part pour fédérer les énergies, mais également pour légitimer leur action au travers d’un label de qualité.

Marie-Hélène Feron note que le besoin d’EPN est toujours aussi important, que ce soit pour les exclus sociaux ou pour des publics beaucoup plus large, dans une démarche de life long learning. Elle rappelle qu’il en existe près de 400 en Ile-de-France.

Pour les EPN, la formation des animateurs constitue un enjeu important. Mais on est clairement passé dans ce domaine d’une formation sur l’usage des technologies à une formation sur les capacités d’animation. « Nous allons vers une multiplicité des modes d’accompagnement et vers une diversité des lieux qui proposent cet accompagnement » souligne Marie-Hélène Feron.

L’ARTESI joue dans ce domaine un rôle d’animation des têtes de réseau en collaborant avec des associations telles que CRéATIF qui réfléchissent à ce métier d’animateur d’EPN. Concrètement on évalue actuellement des modules d’auto-formation à proposer à ces animateurs (mais en veillant à bien partir de leurs besoins).

Marie-Hélène Feron conclut en insistant sur la volonté pour l’ARTESI d’inscrire la démarche qu’elle nous a présentée dans la vision d’université permanente et ouverte du monde numérique.

A suivre sur le blog Accès Public de l’ARTESI…

Pour terminer la matinée, Franck Alary nous présente le dispositif PICRI (Partenariat Institutions-Citoyens pour la Recherche et l’Innovation). Ce dispositif mis en place en 2005, a pour vocation de renforcer le dialogue entre science et société, en développant notamment des partenariats collaboratifs entre le monde académique et la société civile. La démarche passe par des appels à projets dans les domaines concernés (comme la santé, l’environnement, l’économie sociale et solidaire, les TIC ou la citoyenneté). Près de 60 projets ont été déposés jusqu’ici. Le dispositif PICRI est là essentiellement pour favoriser ce type de rapprochement et étudier les potentialités qui s’y cachent. Un travail de thèse sur le sujet est d’ailleurs en cours avec pour ambition d’étudier les facteurs de succès de telles initiatives. Franck souligne d’ores et déjà la pertinence de la co-conception dans plusieurs de ces projets.


Stéphane Vincent profite du repas de midi au Gallopin pour nous tenir au courant des projets en cours et à venir à la 27è Région (voire également le résumé de notre Journée de rencontre 2009). Il nous annonce tout d’abord avec satisfaction l’excellent bilan des Territoires en Résidences lancés en 2009. Il souligne la difficulté qu’il rencontre à trouver les terrains favorables à de telles expérimentations et surtout à dénicher les personnes susceptibles de se lancer dans l’aventure et de porter le projet.

Si les Territoires en Résidences font systématiquement appel à des designers, ce n’est pas pour obéir à un quelconque phénomène de mode mais bien parce que ce sont les personnes les mieux à même « d’entrer en contact avec l’utilisateur par la petite porte ». Les prototypes qu’ils ébauchent permettent de tangibiliser les idées amenées lors des ateliers de co-conception et d’améliorer ainsi plus aisément les solutions envisagées. Stéphane note que les designers avec lesquels il collabore ont en commun une profonde croyance de l’expertise amenée par les utilisateurs mais qu’ils sont souvent en dissidence avec leurs institutions.

Les équipes pluridisciplinaires qui animent les résidences se montent autour des designers mais Stéphane aimerait y faire intervenir dans une plus large mesures d’autres compétences telles que des architectes, des urbanistes, des sociologues ou des anthropologues.


Étape à La Cantine

Alexis et Réginald se réjouissaient particulièrement des rencontres de l’après-midi consacrées aux tiers-lieux que sont la Cantine et la Ruche et dont Muse devra savoir s’inspirer.

La Cantine se veut un lieu propice au fourmillement d’idées dans une atmosphère de liberté et de créativité ainsi qu’un espace de co-working dans lequel on puisse produire, tester et diffuser des projets innovants. Et dès les premiers pas dans ces lieux, on sent en émaner une énergie extraordinaire : des co-workers en plein travail côtoient une séance de formation aux produits Adobe, alors qu’à l’étage des étudiants se lancent dans un atelier de réflexion.

Marie-Vorgan Le Barzic et Antonin Torikian nous rappellent les étapes de la genèse de la Cantine et de sa création par l’association Silicon Sentier au début 2008.

Marie-Vorgan insiste sur la nécessité de maintenir au sein de cet espace un flux permanent de personnes, de projets et d’idées aussi large et représentatif que possible. C’est notamment pour cette raison que la Fing et la 27è Région ont leur quartier ici.

Mais la seule présence de compétences diverses et de bonnes volontés n’est pas gage de succès. Nos hôtes soulignent la nécessité d’animer ce foisonnement de gens et d’idées au quotidien afin de conserver la dynamique vertueuse des lieux. De même il est important de disposer d’indicateurs clairs sur les objectifs d’exploitation de la Cantine et sur les modèles qui y sont développés. Cela suppose en amont d’être parfaitement au clair sur les valeurs et les missions que porte un tel espace.

Comme pour toutes les structures que nous avons rencontrées durant notre circuit, l’ouverture constitue une qualité fondamentale de la Cantine : ouverture des acteurs qui y évoluent et ouverture des contenus qui y sont produits.

La Cantine répond à un besoin d’espace de liberté que les acteurs publics ne savent pas faire et qu’il faut étudier. Et ce qui est vrai à Paris l’est aussi ailleurs. D’où la volonté d’essaimer le modèle à travers la France. Des projets similaires sont ainsi sur les rails à Toulouse, Rennes et Nantes. A chaque fois le lieu est porté par une association et a pour vocation de cristalliser et tangibiliser une thématique donnée.

« Nous devons veiller à ce que les gens s’emparent de ces lieux. Ils doivent pouvoir faire l’expérience du collectif au travers de l’événementiel. A nous de savoir toujours rester au service de… » conclut Marie-Vorgan Le Barzic.


L’un des acteurs permanents de la Cantine est la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération) que nous suivons depuis nos débuts à l’Observatoire technologique et qui constitue pour nous une source constante d’information et d’inspiration.

C’est Véronique Routin qui nous en rappelle les missions et les objectifs. La Fing vise à « explorer le potentiel de transformation des nouvelles technologies… quand il est placé entre des millions de mains ». Et ce processus d’exploration doit être ouvert au plus grand nombre avec toujours en toile de fonds l’idée d’abaisser les barrières d’entrée des acteurs potentiellement concernés. La Fing agit donc à plusieurs niveaux qui sont ceux de la veille prospective, de la détection et de la valorisation de l’innovation ainsi que de la réflexion sur des thèmes d’avenir (comme l’allongement de la vie.

Les sujets traités méritent qu’on s’y arrête et qu’on les ancre dans le concret. La Fing part donc de plus en plus dans des « Expéditions » qui proposent, au travers de modules courts (5 mois), une méthode pour explorer collectivement et dans une approche pluridisciplaire de nouveaux territoires d’innovation : nouveaux services, usages inédits ou chaînes de valeur recomposées. On s’intéresse ainsi aux habitants connectés ou aux nouvelles approches de la confiance numérique. Un autre thème que Véronique mentionne sans s’y attarder mais qui retient toute notre attention est celui de la réutilisation des données publiques. Mais la Fing c’est également une multitude d’autres projets et d’autres activités que l’on peut découvrir sur leur site ou sur celui de leur partenaire InternetActu.

Simon Sarrazin nous présente ensuite le projet LIENS, une initiative citoyenne débutée en décembre 2009. LIENS vise à créer les conditions d’alignement et de collaboration des divers acteurs de l’écosystème technologie et innovation sociale dans le but de faire émerger des projets créateurs de valeur sociétale. Ce projet se propose de réfléchir à la convergence entre technologie et innovation sociale, la technologie étant un levier du développement de l’innovation sociale et non une fin en soi.

Pour terminer cette visite de la Cantine Carol-Anne Rivière de la Fing nous touche quelques mots sur le programme Plus longue la vie, l’innovation par et pour tous les âges de la vie. L’objectif de ce programme agendé de juin 2008 à juin 2010 est d’imaginer la contribution des technologies et services numériques à la qualité de vie, à la cohésion de la société, et au dynamisme de l’économie. Il est décliné en plusieurs projets touchant aux réseaux sociaux, à la vie chez soi en mode autonome et connecté, à l’habitat évolutif, au life long learning ou encore aux échanges professionnels intergénérationnels.


Étape à La Ruche

Nous terminons cette première journée dans l’autre tiers-lieu parisien dont la réputation a largement dépassé les frontières de l’hexagone. Il s’agit de la Ruche, un espace rassemblant des entrepreneurs sociaux qui désirent travailler ensemble et qui sont convaincus de la valeur ajoutée à échanger leurs idées et de la nécessité de co-construire le futur ensemble.

C’est l’un de ces entrepreneurs, Julien Dossier président de Quattrolibri qui nous présente son espace de travail. Julien est convaincu de la richesse que cet espace d’échange apporte à son entreprise spécialisée dans le conseil en innovation et développement durable. La problématique sur laquelle il intervient quotidiennement est complexe et seule une approche systémique permet de correctement la prendre en compte. A la Ruche, Quattrolibri peut ainsi se nourrir des échanges avec les résidents, de leurs compétences spécifiques et de leurs expériences, mais également de leur écoute et de leur stimulation. « On est immergé quotidiennement au sein d’une véritable communauté de pratique ».

Ici insiste-t-il à plusieurs reprises, bien plus que des locaux, on partage surtout des valeurs. Celles-ci sont avant tout humanistes, ouvertes sur la société et sur le développement durable. Elles s’expriment différemment selon les résidents, mais Julien constate qu’elles sont réellement intégrées par tous. Il ajoute à ce sujet : « Lorsque l’on côtoie quotidiennement des résidents qui partagent nos valeurs, on se sent moins seul, particulièrement lorsque l’on pousse nos clients hors de leur zone de confort. La communauté de la Ruche renforce notre confiance, tout comme celle du client ».

Julien note que la diversité des résidents évite pour l’instant toute concurrence (les résidents restent des entrepreneurs). La flexibilité des lieux facilite également le développement de petites structures telle que la sienne. Pour terminer il met en avant un aspect qu’il considère comme essentiel à la valeur ajoutée de la Ruche : c’est le professionnalisme de l’animation des lieux qui est ici érigée au rang de méthode. En effet, l’échange, la stimulation, l’alignement sur les valeurs ne s’improvisent pas. Il faut les cultiver au quotidien pour entretenir constamment cette dynamique vertueuse.

Et c’est justement l’une des animatrices des lieux que nous rencontrons ensuite. Miora Ranaivoarinosy est la « Maîtresse de Cérémonie » de la Ruche. C’est à elle qu’il incombe de « faire en sorte que les gens aient conscience de travailler sur les mêmes objectifs alors qu’ils viennent de structures différentes et qu’ils s’attaquent a priori à des problèmes différents. Nous construisons ensemble des relations et de la confiance ; tout cela pour accélérer le opportunités de développement de chacun. Nous traitons entre égaux et non entre égos… ». Miora conçoit son rôle d’animatrice et de facilitatrice comme une réponse aux besoins des résidents d’une part et de la collectivité de la Ruche de l’autre. Et cela concerne des aspects aussi anodins et concrets que le positionnement des fontaines à eau dans les locaux afin de favoriser les contacts entre les résidents.

Après nous avoir fait la genèse du projet, Miora nous explique que la Ruche a vocation à essaimer dans d’autres villes. Un travail de compréhension et de formalisation de son mode de fonctionnement et d’évolution est donc indispensable. De la même manière, l’étude des nouveaux modèles économiques sous-jacents au projet est importante.

En faisant faire le tour du propriétaire avec Miora, nous avons l’impression de palper ces valeurs dont Julien nous parlait quelques minutes auparavant. Qu’il doit faire bon travailler à la Ruche…


Le debriefing de notre groupe autour d’une bière confirme mon ressenti au terme de cette première journée : des rencontres riches et passionnantes et la certitude de pouvoir réutiliser très vite une grande partie des informations recueillies. Vivement demain !

Living Lab e-Inclusion – Rapport de pré-étude

Le concept Living Lab constitue une démarche d’innovation aux potentialités prometteuses. Il se caractérise par une approche multidisciplinaire, centrée utilisateur, s’appuyant sur les TIC et envisagée selon une vision systémique. L’innovation y est amenée par une communauté d’utilisateurs et se base sur des expériences contextualisées, en prise directe avec la vie de tous les jours.

Ce travail de pré-étude a pour objectif d’évaluer le concept Living Lab et de l’expliciter en cristallisant les réflexions sur le domaine spécifique de l’e-Inclusion. Cette problématique primordiale pour notre société a été clairement identifiée dans le programme d’Administration en Ligne du canton de Genève comme l’un des éléments importants liés à sa mise en oeuvre.

Le rapport rappelle ce que recouvre la réalité de l’e-Inclusion et propose une description de la démarche Living Lab ainsi que des opportunités offertes. Il ébauche la création d’un Living Lab « e-Inclusion » à Genève et suggère quelques pistes et recommandations. Il fournit également un outil méthodologique pour avancer efficacement dans ce domaine.

Rapport Living-Lab eInclusion (pdf 3.43 Mb)

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