Patrick Genoud

Détails de l'auteur

Nom : Patrick Genoud
Date d'enregistrement : 05-10-2011

Biographie

Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public

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Articles de cet auteur

On a causé de Tiers-Lieux…

Tiers-Lieux

Le terme Tiers-Lieu est aujourd’hui largement utilisé pour évoquer des structures facilitant l’émergence de l’innovation. Leur particularité réside dans une gestion collective et dans une approche transdisciplinaire. Les espaces de coworking, les Fablabs et plus généralement tous les lieux où des individus peuvent se rencontrer et collaborer sont ainsi englobés sous le terme de Tiers-Lieu. Mais ces initiatives ne sont que le résultat visible d’une dynamique plus large. En effet, au delà d’être une structure instituée, le Tiers-Lieu est une nouvelle manière d’articuler les différentes ressources d’un territoire afin de co-construire de nouvelles solutions et de générer de la valeur.

C’est en s’inscrivant dans cette perspective que Yoann Duriaux est venu nous aider à comprendre ces dynamiques d’un type nouveau. Yoann a d’autant plus volontiers accepté d’échanger avec nous qu’il désirait confronter sa vision des Tiers-Lieux avec celle(s) qui a (ont) cours en Suisse romande. Et avant même de découvrir le contenu de cette Causerie, sachez que les points de discordance sont quasi inexistants.

Aujourd’hui il n’y a plus d’expert, il n’y a que des explorateurs

Yoann interpelle d’entrée la vingtaine de participants à cette Causerie du 12 décembre en assurant que les Tiers-Lieux constituent l’une des réponses qui nous permettra de reconstruire cette société en perpétuel changement dans laquelle nous vivons. Et derrière cette affirmation on ressent immédiatement le militantisme d’une personne très engagée dans son discours, mais en même temps très ouverte à l’échange et à la discussion, voire à la confrontation.

Plutôt que de définir d’emblée ce qu’est pour lui un Tiers-Lieux, Yoann préfère nous raconter son parcours et la genèse de ces Tiers-Lieux (cela désarçonne les rares participants peu au fait du sujet). Il nous présente ensuite le Manifeste des Tiers-Lieux que lui et Antoine Burret ont récemment lancé en mode ouvert et contributif, dans la même logique que le monde du logiciel libre dont il reprend la philosophie de partage et de réutilisation. Yoann a d’ailleurs été dans le même temps été le co-fondateur de la communauté francophone des Tiers-Lieux Open Source.

De mon point de vue cette appellation de Tiers-Lieux Open Source n’est pas forcément heureuse. Elle peut être mal interprétée (hors des cercles initiés) et génératrice de conflits (à l’intérieur de ces cercles), à l’image de ce qu’a vécu la communauté du libre autour des notions de logiciel libre et d’Open Source. Pour ma part j’aurais plutôt mis en avant les valeurs véhiculées par les communautés du logiciel libre (collaboration, partage, ouverture) plutôt qu’une dénomination qui s’applique spécifiquement à du code informatique et pas à une démarche de co-construction.

Yoann passe une grande partie de la Causerie à débattre avec les participants des différentes thématiques développées dans le Manifeste des Tiers-Lieux qui vise avant tout à améliorer la compréhension de ces espaces et des dynamiques associées. In fine Yoann espère qu’il aidera à démultiplier l’impact des Tiers-Lieux sur la société.

Causerie Tiers-Lieux

Le Manifeste propose ainsi les briques méthodologiques et les outils permettant de passer de l’intention à la mise en oeuvre concrète d’un Tiers-Lieu. Yoann et Antoine l’ont structuré selon les 10 thématiques qui devraient caractériser un Tiers-Lieu, qui devrait ainsi être :

  1. Collectif – Le Tiers-Lieu est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif
  2. Espace – Sur un territoire identifié, le Tiers-Lieu est une interface ouverte et indépendante permettant l’interconnexion ainsi que le partage de biens et de savoirs.
  3. Travail – Le Tiers-Lieu est un cadre de confiance où des individus hétérogènes se réunissent pour travailler et explorer des solutions dans une posture de coworking.
  4. Organisation – Le Tiers-Lieu favorise l’apparition de réseaux distribués d’acteurs en préservant un équilibre permanent entre individu et collectif, entre temps de travail et temps d’échange.
  5. Langage – Le Tiers-Lieu génère un langage commun et ré-appropriable entre des mondes différents et parfois contradictoire.
  6. Numérique – Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informationnel commun.
  7. Gouvernance – Le Tiers-Lieu développe une approche intelligente de la gouvernance grâce notamment à un rapport transformationnel avec les usagers-clients et aux licences libres.
  8. Services – Les services du Tiers-Lieu s’assemblent pour formaliser un environnement de consommation, de création, de production inédit et incarne ainsi une véritable culture de la transition économique.
  9. Financements – Les modèles de financement des Tiers-Lieux se développent entre économie traditionnelle et contributive en se basant sur des partenariats publics, privés et personnels.
  10. Prospective – Le Tiers-Lieu est un processus exploratoire de valeurs à l’échelle humaine, sociétale et économique qui vise à devenir un élément central du fonctionnement de la cité.

Les échanges sur ces différentes thématiques sont riches et témoignent selon Yoann de la maturité plutôt élevée de la majorité des participants à la Causerie sur le sujet.

Quant à ceux qui étaient venus à la Muse afin d’en savoir plus sur ce qu’était un Tiers-Lieu, ils ont du attendre la fin des débats pour le découvrir. La définition de Yoann est celle d’un « dispositif mis en place pour favoriser l’innovation sociale ». Une définition un peu trop générale au goût de la majorité de l’assemblée. Et pourquoi se cantonner à l’innovation sociale ? A moins, comme nous avons été plusieurs à le suggérer, de comprendre ‘sociale’ dans son acception la plus large, synonyme de ‘sociétale’.

Yoann Duriaux

Quelque soit la définition que l’on en donne, Yoann insiste sur la nécessité de considérer l’engagement comme une valeur forte lors de la mise en place et du développement des Tiers-Lieux. Selon lui ceux-ci participent clairement à l’amélioration de notre société en ce sens qu’ils proposent des environnements favorables à l’innovation sociale mais également parce qu’ils permettent aux gens de se transformer. Ils favorisent également le rapprochement de ‘ceux qui font’ et de ‘ceux qui analysent’.

En évoquant l’avenir des Tiers-Lieux, Yoann les voit évoluer vers des lieux qui faciliteront l’assemblage de briques de services pour créer avec les gens les solutions qui permettront une meilleure une gestion de la Cité et qui amélioreront le ‘vivre ensemble’.

Le mot de la fin revient à Loïc Gervais de l’Espace Publique Numérique de Thonon qui voit dans le Manifeste des Tiers-Lieux un prisme qui lui a permis d’appréhender son espace sous un angle différent et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Fort de son expérience, Loïc insiste sur la dynamique d’émergence qu’il faut savoir cultiver dans les Tiers-Lieux, avec la nécessité permanente de se donner le droit à l’erreur.

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Références:

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Yoann Duriaux

Yoann Duriaux (OpenScop) est co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint-Etienne et de  la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source. Il est co-initiateur de la méthodologie Movilab, co-organisateur du premier tour de France du télétravail et des Tiers-Lieux. Il a également participé à la création des communautés Imagination for People et OuiShare.

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On a causé d’innovation…

Brainstorm

Ateliers participatifs, Bar Camps, Design Thinking, autant de formats de co-création qui ont su générer des idées nombreuses, variées, ambitieuses. Mais après le brainstorming et la mise en commun, que devient la production intellectuelle? La co-création, oui, et après? 

Passer du remue méninge au feu de l’action n’est pas une mince affaire. Les idées, il faut savoir s’en emparer, les triturer, les travailler pour les traduire en solutions réalisables. Mais si les outils et méthodes d’idéation en mode co-créatif sont nombreux, ce n’est pas le cas de ceux permettant de traduire ces idées dans des réalisations innovantes et viables. En compagnie de Marc-André Eggimann, un spécialiste de l’innovation en entreprise, la Causerie du jeudi 21 novembre dernier à la Muse Genève a permis d’échanger quelques pistes dans ce domaine.   

D’entrée, Marc-André nous rappelle que le sujet de la soirée n’est pas la phase de co-création, mais bien l’exploration et la mise en action de certaines des idées générées durant cette phase initiale. Et c’est au travers d’une série d’exemples vécus qu’il nous présente quelques prérequis nécessaires pour initier une démarche d’innovation dans de bonnes conditions. On retiendra notamment :

  1. des enjeux partagés et bien compris de toute l’équipe participant au projet;
  2. des attentes de résultats concrets associés à ces enjeux;
  3. un commanditaire impliqué dans le projet;
  4. un responsable du projet clairement identifié;
  5. et une équipe pouvant évoluer et entreprendre dans l’incertitude car dans ce domaine « on découvre en marchant ».

L’un des participants (ancien directeur du CERN) note que dans le monde scientifique c’est surtout le facteur « enjeu important et bien identifié » qui sert de moteur à la démarche d’innovation. Car ici on travaille dans l’énergie permanente et dans l’abondance des idées (ouvertes). C’est alors une communication importante et constante qui constitue le facteur clé de succès.

Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’en a qu’une ! 
                                                                                                                              
Paul Claudel
Lorsqu’il s’agit de gérer les idées issues du processus de co-création, Marc-André rappelle quelques erreurs à ne pas commettre, comme par exemple: 
  1. partir sur « LA » bonne idée (surtout lorsqu’elle émane du chef) ;
  2. chercher à sélectionner une seule idée parmi plusieurs dizaines ;
  3. espérer réaliser directement « LA » solution à partir de l’une des idées retenues ;
  4. jeter au panier les idées qui paraissent irréalistes (elles pourront se révéler très pertinentes dans un autre contexte) ;
  5. vouloir atteindre trop vite l’objectif final (mais au contraire procéder par itérations en avançant rapidement et sans viser une réalisation parfaite).

Et si il fallait retenir quelques bonnes pratiques, ce serait de :

  1. explorer plusieurs pistes simultanément ;
  2. inclure au maximum les parties prenantes de la solution le plus en amont possible dans la démarche ;
  3. concrétiser les pistes envisagées sous plusieurs formes ;
  4. savoir tirer parti des apprentissages ;
  5. ne pas oublier les métriques (les critères de performance) qui vont définir le succès de la solution innovante ;
  6. et toujours savoir piloter par la valeur (c’est à dire en gardant à l’esprit les enjeux escomptés).

 

 

Selon le regard, l’idée est tout ou elle n ’est rien.

                                                                                        Guy Aznar

 

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

 

Dans sa pratique quotidienne Marc-André s’appuie sur la méthode C-K développée par l’Ecole des Mines à Paris et qu’il utilise à satisfaction depuis de nombreuses années. Comme décrit dans la vidéo ci-dessoous, la méthode consiste à confronter les Concepts en lien avec le problème posé aux connaissances (Knowledge) relatives au territoire investigué. Des allers-retours entre ces deux domaines permettent d’enrichir et de préciser les concepts porteurs d’idées innovantes. Et plutôt que d’aller puiser dans une quantité d’idées non structurées pour en mener certaines à terme, la méthode vise à les regrouper au sein de champs d’explorations qui constituent autant de pistes potentielles à investiguer. Tout l’art consiste à trouver le bon équilibre entre la formulation d’idées trop précises ou trop vagues, tout en gardant le bon niveau d’abstraction. 

La méthode C-K a fait ses preuves et elle permet selon Marc-André de :

  1. systématiser la couverture des concepts relatifs au problème posé;
  2. favoriser la créativité en confrontant de manière itérative la réalité des connaissances et les idées que l’on retrouve derrière les concepts;
  3. présenter les champs d’explorations de manière structurée et lisible avec sur un axe des pistes les plus conceptuelles aux plus concrètes, et sur l’autre axe de celles qui sont le plus consensuelles à celles qui sont en rupture.

Une fois les pistes décrites et structurées, il ne reste plus qu’à choisir (de manière non- exclusive) celles que l’on va tester…

Les questions de l’assistance portent notamment sur la manière d’apprécier les pistes qui sont le plus porteuses de valeur. Selon Marc-André, c’est en se projetant dans les usages correspondants que l’on trouvera les réponses à cette question. Et l’on comprend dans ce contexte l’importance du prototypage et de l’itération qui permettent de coller au plus près des besoins et des attentes.

Cette Causerie nous aura proposé quelques pistes intéressantes pour se lancer dans des démarches d’innovation efficaces, même si l’on aura pu apprécier la complexité de la démarche. Marc-André Eggimann nous a bien fait comprendre que le chemin peut être long et semé d’embûches. Mais il est dans tous les cas à chaque fois passionnant !

 


Références:

  1. Introduction à la conception innovante – éléments théoriques et pratiques de la théorie C-K, M. Agogué et al, 2013
  2. Le manager explorateur, le management de projet par enjeux, un catalyseur d’innovation, F. Touvard, 2013
  3. Lean Startup, Eric Ries, 2012
  4. Les processus d’innovation, P. Le Masson et al, 2006
  5. La fabrique de l’innovation, E. Mock et G. Garel, 2012

 

Marc-André Eggimann est fondateur de la société Inneo et spécialiste de l’innovation.

MA-Eggimann

 

 

 

 

 

Innovation : « C-K c’est quoi ? » Présentation d’une nouvelle méthode de conception de produits   

On a causé de hackerspaces…

Silicon-valley.fr
Les hackerspaces késako? Que se cache-t-il derrière ce nom que l’on croirait sorti tout droit de la bouche du Capitaine Spock? Paul Bristow, co-fondateur du hackerspace genevois Post Tenebras Lab, a animé la Causerie du Jeudi 17 octobre en nous donnant quelques clés pour comprendre ces lieux et leurs enjeux. 

Paul nous a tout d’abord rappelé que les hackerspaces ne sont pas des repaires de geeks ou d’amateurs de science-fiction. Loin de la piraterie informatique, ce sont des nouveaux lieux de rencontre pour des personnes partageant un intérêt commun autour de thèmes variés tels que le numérique, la  technologie, les sciences ou encore les arts. A l’image de la Muse, les hackerspaces font partie de la grande famille des tiers-lieux où les notions de partage et de collaboration prennent tout leur sens.

Genève possède son hackerspace, Post Tenebras Lab (PTL), qui a démarré au début de cette année grâce à la persévérance d’un petit groupe de passionnés.

Do it together
Post Tenebras Lab

PTL fonctionne en mode associatif et regroupe une communauté ouverte et diversifiée qui privilégie le «Do it together» plutôt que le «Do it yourself».

Le hackerspace genevois se veut un laboratoire communautaire ouvert dans lequel on partage ressources et savoirs. On s’y intéresse principalement aux logiciels libres, au hardware libre, ou aux médias alternatifs. Et si ils jouent un rôle central, la technologie et le numérique ne sont cependant pas incontournables, à l’image de l’un des membres de l’association qui vient y fabriquer sa bière ! Mais il est vrai que le numérique facilite le partage et la réutilisation qui sont au cœur des activités de PTL.

Pour illustrer la spécificité des hackerspaces, Paul fait la distinction entre le making et le hacking: dans les deux cas on fabrique quelque chose, mais le hacking privilégie le côtés « débrouille » et rapidité d’exécution. Les hackerspaces se distinguent ainsi des Fablabs qui fonctionnent plus dans des logiques commerciales ou académiques.

PTL propose à ses membres une panoplie d’outils qui permettent des réalisations rapides et bon marché encore inimaginables il y a quelques années: imprimante 3D, découpeuse laser, fraiseuse numérique, composants Arduino ou Raspberry Pi pour ne citer qu’eux.

Les perspectives d’avenir des hackerspaces en général et de PTL en particulier laissent entrevoir des horizons intéressants. Paul évoque notamment le travail avec des matériaux locaux ou recyclés, l’utilisation d’énergies renouvelables, une production plus locale; le tout positionnant les hackerspaces dans une logique d’économie circulaire.

Causerie Hackerspaces

Photo Laszlo Olivet (La Muse Genève)

Dans tous les cas, les hackerspaces  constituent  selon Paul l’un des outils qui aident la société à gérer certaines des ruptures actuelles et à venir. Et au-delà de leur singularité, ils constituent l’un des éléments d’un vaste écosystème des tiers-lieux qu’il va falloir faire émerger pour en capter toute la richesse.

Mais nous ne sommes qu’au début de l’aventure…


 Références:

Hackerspaces.org: le wiki des hackerspaces

Making it : manufacturing techniques for product design (Chris Lefteri)

Zero to maker (David Lang)

Movilab.org : le Wiki des recettes libres et ouvertes d’actions remarquables pour leur participation à des modes de vies durables.


 

Paul Bristow est co-fondateur du hackerspace genevois Post Tenebras Lab.

Paul Bristow

 

 

 

 

 

Journée du SITG 2013

bandeauSITG

Investir le territoire numérique

 

Comment utiliser les données et les outils du numérique – web – réseaux haut débit – services mobiles – plates-formes numériques de travail – TIC – pour développer notre territoire, créer de nouveaux services ou améliorer le rapport de la collectivité aux citoyens ?

Autant de questions et de réponses qui animeront la journée du SITG 2013 «Investir le territoire numérique» dédiée aux acteurs privés et publics impliqués dans le développement du territoire genevois.

L’ouverture des données publiques tiendra une place privilégiée dans le programme du jour !

Inscription sur le site du SITG.

On a causé de modèles économiques…

Time for change

Partage, contribution, collaboration, peer to peer ou biens communs deviennent les mots d’ordres de toute une génération d’innovateurs, de créateurs et d’entrepreneurs. Plus que des concepts, ils constituent un cadre de pensée pour l’action, à la base de nouveaux modèles économiques. Mais qui sont ces nouveaux entrepreneurs? Pourquoi et comment ces modèles fonctionnent-ils?

Pour nous aider à répondre à ces questions, Louis-David Benyayer du do tank parisien Without Model était l’invité de la Causerie du 13 juin dernier. Créé en 2012, Without Model rassemble chercheurs et professionnels pour construire et généraliser des modèles économiques ouverts, collaboratifs et responsables. Il ambitionne dans ce contexte de faire évoluer les modes de pensée et d’action des entreprises et de promouvoir l’innovation sociale.

« Disruption is eveywhere »

Ces nouveaux modèles constituent selon Louis-David une réponse nécessaire aux nombreuses innovations de rupture que le numérique a amené ces dernières années. Ne serait-ce que lorsqu’on évoque l’essor de l’économie collaborative ou le fait d’aller du monde de la propriété vers celui des services partagés. Dans tous les cas, l’unicité de modèle actuelle est en train de voler en éclats.

Parmi ces nouveaux business models qui émergent, Without Model s’intéresse plus particulièrement à ceux qui sont ouverts, collaboratifs et responsables.

  • Ouverture : au niveau du financement notamment, mais également au niveau de la nécessaire interdisciplinarité à intégrer dans les démarches d’innovation.
  • Collaboratif  : parce que sans s’appuyer sur les compétences externes, il est très difficiles aujourd’hui d’innover.
  • Responsable : en ce sens que les projets ainsi menés doivent produire une valeur sociale au sens où l’entend Michael Porter (notion de shared value ou valeur partagée).

Pour illustrer son propos, Louis-David donne l’exemple de Wikispeed, une entreprise qui a été capable de mettre au point un prototype de voiture à haute efficience énergétique en moins de trois mois (voir la présentation TEDx avec Joe Justice, le fondateur de Wikispeed).  Comment s’y est-il pris ? En transposant les méthodes “agiles”, héritées du développement des logiciels, à la production de biens matériels. Il a conçu sa voiture de manière modulaire, en travaillant sur des plans ouverts, et en se limitant à l’utilisation d’outils du commerce pour son montage. Il a su enfin rassembler des équipes de volontaires qui travaillent en mode collaboratif.

Pour ce succès, comme pour d’autres exemples mentionnés par Louis-David (comme le projet Fair Phone), se pose toutefois la question de la pérennité de ces nouveaux modèles. Nous n’avons en effet que peu de recul pour juger de l’évolution de ces manières de concevoir des services et des produits ainsi que sur des modes d’interactions souvent basés sur des valeurs autres que monétaires. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’on fait référence à des modèles économiques collaboratifs et ouverts tels que ceux prônés par  Without Model.

Les modèles économiques présentés par Louis-Davis sont clairement innovants. Mais dans la phase que nous vivons aujourd’hui, l’innovation ne réside dans un premier temps pas forcément dans les produits ou les services créés, mais dans le simple fait de se lancer dans des démarche basées sur l’ouverture, sur la co-création et sur le collaboratif.

De manière générale, le credo de Without Model réside dans la prise en compte des 4 points suivants comme des facteurs clés de succès:

  1. Lancer les projets dans une logique d’expérimentation et de prototypage
  2. Intégrer l’échec comme un processus d’apprentissage
  3. Savoir se créer son écosystème (pour co-développer des services et les co-opérer)
  4. Favoriser les approches transversales
Antoine Burret, Yves Zieba et Louis-David Benyayer

Antoine Burret, Yves Zieba et Louis-David Benyayer

Le monde de l’industrie traditionnelle perçoit ces ruptures et certains tentent de lancer des démarches inspirées des exemples ci-dessus, à l’exemple par exemple de Renault qui expérimente les FabLabs ou de Leroy-Merlin qui a pris conscience que ces derniers seront probablement leurs concurrents de demain.

La discussion qui suit la présentation de Louis-Davis est riche et aborde des questions variées mais sans réponse définitive :

  • Voit-on un retour vers une économie plus locale ?
  • L’obsolescence programmée est elle bientôt morte ?
  • Va-t-on vers la servitisation de ces nouveaux modèles ?

Louis-David conclut la Causerie avec une présentation des activités présentes et à venir de Without Model. La promotion de ces nouveaux modèles économiques ainsi que des démarches et des outils associés passe par l’organisation d’évènements, dont de nombreux ateliers interdisciplinaires (Business model crash tests, Business model challenge, jeux de plateau sur les business models à venir, etc.).

Without Model peut compter sur des membres passionnés qui donnent beaucoup de leur temps. Le do tank parisien sait également s’appuyer sur les organisations existantes pour relayer son discours et organiser des évènements.

Avec Jean-Henry Morin, président du think tank genevois Think Services, nous nous retrouvons complètement dans le discours de Louis-David. Et même si la masse critique dont peut bénéficier Without Model en région parisienne nous fait défaut à Genève, nous repartons avec quelques suggestions qui devraient nous aider à aller de l’avant !

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Louis-David Benyayer est fondateur du do tank parisien Without Model. Il intervient dans de nombreuses conférences en France et à l’international sur l’innovation des modèles d’affaires.

Louis-David Benyayer

 

 

 

 

 


On a causé de design fiction…

By Revital Cohen http://www.revitalcohen.com/

By Revital Cohen
http://www.revitalcohen.com/

La science-fiction a depuis toujours alimenté notre imaginaire technologique en mettant en scène toutes sortes d’objets: robots, voitures volantes, interfaces numériques, etc. Mais force est de constater que bien peu des objets imaginés par les auteurs de science-fiction de ces cinquante dernières années se sont imposés dans notre vie quotidienne. Parfois même, à force de vouloir s’inspirer trop directement de ces visions technologiques, les innovateurs n’ont accouché que de flops récurrents, à l’image des frigos intelligents ou des robots humanoïdes.

Doit-on se cantonner à ces visions d’un futur distant sans cesse repoussé ? Ou n’y a-t-il pas des imaginaires alternatifs en cours de construction ?

Ces questions constituaient l’élément central de la Causerie du 30 mai dernier animée par Nicolas Nova à la Muse. Nicolas a ébauché ses réponses en partant de quelques retentissants échecs technologiques qu’il analyse dans un récent ouvrage (Les Flops technologiques – Comprendre les échecs pour innover).

A l’image des cuisinières futuristes des années 60, on côtoie parfois l’absurde avec les dispositifs envisagés. Et avec notre sensibilités d’aujourd’hui, on sent immédiatement que l’appropriation de ces technologies ne pouvait qu’être difficile, voire impossible. Nicolas avance également la difficulté totalement sous-estimée à faire fusionner des technologies aux cycles de vie très différents, comme c’est le cas pour les nombreuses déclinaisons de frigos (cycle de vie long) intelligents (cycle de vie très court). Les exemples de ce type sont nombreux, allant de la réalité augmentée aux interfaces 3D, en passant par le wearable computing.

Il constate que l’innovation est de moins en moins nourrie par le monde de la science-fiction. Ce n’est pas vraiment étonnant : de plus en plus d’auteurs s’enracinent aujourd’hui dans le monde contemporain, voir même dans celui d’hier. Et ce ne sont pas des époques favorables à l’éclosion des visions technologiques de demain…

Mais d’autres ont pris le relais. En s’intéressant à notre rapport aux objets numériques, les designers, et les designers d’interfaces notamment, sont ces acteurs du renouveau des imaginaires. Ils savent partir du quotidien des gens pour y rechercher des potentiels d’usages ainsi que l’innovation de demain. Nicolas cite par exemple les travaux très intéressants de Alexandre Deschamps Sonsino (voir son blog) qui travaille notamment sur l’Internet des objets.

D’autres exemples illustrent plus particulièrement les « design fictions », ces prototypes qui servent à expliquer et critiquer le changement sociétal ou technologique. « On se projette dans les technologies de demain à travers des artefacts qui parlent à tous ! Cela permet dans la foulée de renvoyer à des imaginaires alternatifs. » Ainsi la table tueuse de mouches de Auger Loizeau (Flykiller Parasite Robot) dont l’idée a été reprise plus tard par la DARPA, l’agence américaine de projets militaires.

Les designers sont particulièrement bien outillés pour cela. Cela leur permet par exemple grâce au prototypage de tangibiliser des représentations en les traduisant dans un langage plus compréhensible pour le commun des mortel. Ou avec la narration (le storytelling) de concrétiser les développements technologiques et favoriser le débat sur leurs enjeux.

Pour Nicolas, la technologie devient intéressante lorsqu’elle s’éloigne des stéréotypes. Elle devrait au contraire respecter la diversité des usages et présenter un potentiel d’ouverture et de détournement. Et dans tous les cas, il est important de tester les idées et les possibles qu’elles induisent en interpellant les gens et en prenant le plus tôt possible la mesure de leurs implications sociétales.

Le sujet et l’animateur de cette soirée nous ont valu une Causerie particulièrement riche et interactive. Un grand merci à Nicolas pour sa disponibilité et son enthousiasme à cette occasion !

Nicolas Nova, du Near Future Laboratory,  est chercheur, enseignant et écrivain dans les domaines de la prospective et du design d’interaction. Il est également membre du comité éditorial de la conférence Lift. Vous pouvez découvrir ses sujets de prédilection sur son blog Pasta&Vinegar.

Nicolas Nova

 

 

 

 

 

 

 

On a causé d’innovation sociale…

Innovation

Comment créer de la valeur « autrement » grâce à l’innovation sociale ?

Cette question constituait l’élément central de la Causerie du 25 avril dernier animée par Aurore Bui à la Muse. Mais avant d’y répondre, Aurore a pris le temps de passer à travers les différentes façons de comprendre la notion d’innovation sociale. De manière très générale, elle considère que faire de l’innovation sociale, c’est savoir utiliser les forces de l’entreprise pour faire du social, tout en ayant valeur d’exemple. On est ainsi souvent très loin de l’innovation technologique.

A l’image du groupe SOS en France qui est actif dans le domaine de la réinsertion, Aurore nous montre avec quelques exemples qu’il est possible de créer des entreprises avec des objectifs sociaux, mais fonctionnant sur un modèle commercial. L’important est de savoir partir des publics cibles et de leurs besoins en identifiant des bénéfices mesurables (et en menant idéalement la démarche de manière collective).

Et l’innovation dans tout ça ? Selon Aurore, ce n’est pas seulement au niveau des résultats obtenus qu’il faut la chercher, mais également dans les démarches suivies pour y arriver. Le fait par exemple de faire cohabiter pour le bien public des mondes qui d’habitude ne se parlent pas et de créer de nouvelles dynamiques autour de cette diversité constituent le terreau de l’innovation sociale. Plus concrètement encore, le fait de viser à rendre les associations autonomes financièrement est déjà innovant…

A travers d’autres exemples Aurore nous présente les mécanismes d’innovation sociale, applicables au monde associatif ou aux entreprises en général, pour créer autrement. Ces mécanismes sont outillés, à l’image des méthodes et des outils que propose par exemple le site entrepreneur-social.net. Aurore nous illustre certains de ces mécanismes d’innovation sociale applicables au monde associatif ou aux entreprises en général pour créer autrement.

Comme dans de nombreux autres domaines, l’inertie est le principal obstacle à surmonter pour lancer des projets d’innovation sociale. Il faut en effet réapprendre de nombreuses manières de faire qui sont ancrées dans les organisations. Pour en tenir compte Aurore privilégie une approche par petits pas qui est plus productive.

La discussion qui suit la présentation d’Aurore témoigne de la difficulté, pour l’assemblée, à définir précisément l’innovation sociale. Certains y voient des démarches innovantes, d’autres le domaine dans lesquels elles s’appliquent, d’autres enfin l’activité d’entrepreneur social. Pas de réponse définitive à cette question. Mais ce n’est manifestement pas le plus important pour les participants qui ont découvert à l’occasion de cette Causerie des alternatives intéressantes et pleines de sens aux manières de faire existantes.

Aurore Bui est créatrice et directrice de Softweb, une entreprise dont le but est de favoriser la réalisation de projets sociaux. Elle est formatrice et intervient dans des conférences sur le thème de l’innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises et l’autonomisation économique des femmes. Vous pouvez retrouver Aurore sur son blog.

Aurore Bui

 

Le podcast de la Causerie enregistré par Bruno Chanel


La présentation d’Aurore Bui

Meyrin inaugure son Antenne citoyenne

Maison citoyenne de Meyrin

Une nouvelle Antenne citoyenne a rejoint le réseau genevois qui se met en place peu à peu. La ville de Meyrin a en effet  inauguré le 21 mai dernier la troisième Antenne du canton. C’est Mme Monique Boget, conseillère administrative de la commune de Meyrin et M Cédric Alber, représentant l’Etat de Genève, qui ont inauguré ce nouvel espace qui vient naturellement trouver sa place dans la Maison citoyenne meyrinoise. Les autorités d’Onex, de Versoix et de la ville de Genève étaient également représentées pour l’occasion.

Bon vent donc à ce nouvel espace lancé conjointement par les autorités de la commune et par le canton !

 

En savoir plus »

On a causé de participation citoyenne…

MobiLab

Ces dernières années les technologies numériques ont bouleversé notre rapport au temps et à l’espace, notamment par leurs aspects ubiquitaires : omniprésentes, intégrées dans les objets qui nous entourent et dans nos pratiques quotidiennes, elles contribuent à faire vivre un territoire et sont au cœur des services que celui-ci propose aux usagers. Notre rapport à l’espace est en pleine mutation, avec un monde réel qui s’hybride avec le monde virtuel pour enrichir notre quotidien tout en le rendant plus complexe. Dans le même temps, ces technologies ont considérablement enrichi les formes de dialogues et d’interactions et amènent de nouvelles formes de sociabilité ainsi que des opportunités de produire de manière collaborative les services dont nous avons besoin.

Ce sont ces nouveaux modes de participations citoyenne « augmentée » que nous avons abordés lors de la Causerie de 21 mars dernier. Et une fois n’est pas coutume, j’ai joué le rôle d’animateur de la soirée en résumant brièvement le rapport que j’avais rédigé au début 2011 sur le sujet (voir ci-dessous le document Vers une participation citoyenne augmentée). Une vingtaine de minutes pour expliquer ce que l’on entend par participation citoyenne augmentée, pour en rappeler les enjeux et les opportunités, et pour l’illustrer par quelques exemples emblématiques. Dorothée Zajevski et Patrick Genoud

Cette première partie de la Causerie a permis de soulever des questions essentielles en lien avec le sujet. Parmi elles deux ont retenu mon attention.

La première, tournée vers le secteur public interroge sur les ressorts qui poussent les citoyens à participer avec et grâce à ces nouveaux médias. Et la réponse est évidente pour la plupart des participants: c’est parce que l’on s’intéresse à la chose publique, parce que l’on a envie de faire avancer les choses dans sa région que l’on participe. Le fait que l’on utilise des technologies nouvelles ne change pas fondamentalement la donne, même si cela abaisse des barrières pour certains (faire entendre sa voix plus facilement, sous une autre forme) ou que cela en ajoute pour d’autres (peu d’accessibilité à ces nouveaux usages).

Dans le prolongement de cette première question, la deuxième concerne la réactivité des pouvoirs publics aux informations remontées à travers ces nouveaux modes d’interaction: les participants ont en effet relevé la nécessité absolue de savoir ‘boucler la boucle’ en prolongeant les interactions virtuelles dans un suivi d’actions concrètes qui reflètent les préoccupations des gens. On ne mobilisera pas les citoyens de manière pérenne si l’on n’apporte pas des réponses à leurs attentes…

MobiLab

Dans la foulée de mon rapport sur la participation citoyenne augmentée, le Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement de Mme Künzler a décidé de prendre la température de la population genevoise en s’appuyant sur les technologies du Web. Cette volonté s’est traduite par le lancement de la plateforme MobiLab qu’est venue nous présenter Dorothée Zarjevski, responsable de ce projet dans lequel je suis également impliqué.

Dorothée a insisté sur la volonté de dialogue et d’échange que sa magistrate a voulu expérimenter dans les directions rendues possibles par les technologies du Web. L’idée de base est d’interpeller les citoyens du Grand Genève sur leur mobilité au quotidien, en les faisant réagir sur les situations concrètes qu’ils rencontrent jour après jour sur le terrain.

MobiLab c’est ainsi:

  • un forum en ligne protégé, ouvert à ses seuls membres
  • pour témoigner en textes, photos ou vidéos sur vos déplacements quotidiens
  • au travers de thématiques hebdomadaires, du 8 avril au 8 juin 2013

Et c’est aussi:

  • 8 semaines de dialogue avec des experts, pour réinventer ensemble notre mobilité
  • une somme d’idées pour améliorer concrètement vos déplacements
  • un laboratoire innovant sur la mobilité
  • des défis, des rencontres inédites et des récompenses à la pelle !

La plateforme rassemblera ainsi durant deux mois des citoyens ‘lambda’ qui ont en commun l’envie de faire avancer les choses ainsi que 4 membres de la Direction générale de la mobilité (DGM) du canton qui participeront activement à l’expérience. Les thèmes qui seront traités chaque semaine sur la plateforme s’inscrivent directement sur les axes du plan de Mobilités 2030 du canton de Genève. Les membres de la DGM espèrent ainsi bénéficier sur ces thématiques des retours de la communauté MobiLab.

Un participant nous a fait remarquer que le projet doit être au clair avec les objectifs visés et avec les attentes des contributeurs si l’on désire intéresser les gens à participer à l’expérience. L’équipe de projet l’a intégré: l’objectif avoué est de pouvoir s’appuyer sur la communauté MobiLab pour générer des idées concrètes et actionnables qui permettront d’améliorer demain la mobilité des genevois. Il s’agira de bien communiquer sur cet objectif.

Un autre nous a questionné sur la représentativité des personnes sollicitées pour participer au projet (les membres de la liste de distribution de la Muse). MobiLab a été lancée dans un mode expérimental et ces remarques sont les bienvenues. Sur ce point, il nous a semblé illusoire de viser à tout prix  la représentativité dans une phase expérimentale. Nous avons surtout cherché les qualités de partage et d’ouverture que l’on retrouve particulièrement chez les habitués de la Muse.

La question relative à la motivation des gens à participer en ligne (ou pas) est ressortie durant la discussion. Sur l’envie de s’impliquer dans une démarche novatrice ou de participer à une expérimentation qui vise à améliorer le quotidien, nous avons peu de prise à ce niveau. C’est plutôt sur l’animation de la communauté que l’équipe de projet a beaucoup travaillé. Avec l’aide d’une ethnographe qui animera la communauté MobiLab et décryptera les contenus générés sur la plateforme, l’équipe de projet a élaboré un fil rouge qui devrait donner du sens à la démarche et pousser les gens à contribuer et à répondre aux diverses sollicitations qui leur seront adressées tout au long des 8 semaines d’échanges.

Les participants ont dans tous les cas ressenti l’enthousiasme et l’envie qui animaient les membres de l’équipe du projet MobiLab qui étaient présents à la Causerie. Cet enthousiasme devait être communicatif car il a permis d’intéresser quelques uns d’entre eux à participer à l’aventure.

On se réjouit dans tous les cas de pouvoir partager le bilan du projet MobiLab lors d’une prochaine Causerie.

P.S. Un grand merci à Antoine Burret pour ses notes qui m’ont aidé dans la rédaction de ce billet.


Le podcast de la Causerie enregistré par Bruno Chanel.

 

 

 

 

On a causé de créativité…

Causerie Créativité

« Qu’est-ce qui rend votre journée de travail ludique et créative ? » c’est avec cette question que Valérie Bauwens, ethnographe et fondatrice de Human Centricity, est venue interpeller les participants à la Causerie du 21 février consacrée aux processus créatifs. Le thème de la soirée a attiré plus de 25 personnes dont la plupart se sont tout à fait reconnues dans le discours de Valérie. La créativité est en effet une notion qui parle à chacun, ce qui a donné lieu à une Causerie particulièrement interactive.

Valérie nous a tout d’abord présenté l’étude ethnographique qui l’a amenée, avec sa collègue Laure Kloetzer, à accompagner dans leur quotidien un certain nombre d’artistes et d’entrepreneurs en série. Au travers des rencontres et des interviews ainsi menés Valérie a tenté de dégager les ingrédients de leur créativité.

Une évidence s’est très vite imposée: ces deux populations présentent des comportements similaires dans leur créativité. Partant de ce constat, Valérie en a tiré les éléments qui nourrissent le processus créatif. Elle en a identifié 4 qu’elle est venue partager avec nous: des ingrédients aux déclinaisons diverses et variées, et mélangés dans des proportions différentes. Mais tous participent au processus créatif, se nourrissant les uns les autres dans une spirale vertueuse.

Voici ces 4 ingrédients que je vous livre dans l’intitulé en anglais privilégié par Valérie:

Encounter

C’est la nécessaire rencontre avec les autres qui permettra de faire jaillir l’étincelle. C’est l’échange, la stimulation, l’émulation, voire la confrontation, qui nourrissent le processus créatif. C’est le plus évident des ingrédients que Valérie a identifié. Mais attention: l’étincelle ne jaillira que si l’on a su préparer le terrain favorable avec les trois autres ingrédients !

Resonating body

C’est la caisse de résonance qui saura réagir aux stimuli extérieurs et emmener le créatif là où il ne serait pas forcément allé. C’est la paire de lunettes qui lui permet de voir ce qui peut être invisible à d’autres. Ce sont notamment les connaissances diverses et variées ainsi que les multiples formes de sensibilité que nous avons accumulées au cours de notre vie.

Stamina

C’est l’endurance, l’énergie qui porte le créatif  et qui lui permet de remettre jour après jour l’ouvrage sur le métier, de rester constamment à l’écoute et de laisser les idées incuber sur la durée.  La création est un processus de longue haleine qui s’impose comme une nécessité permanente !

Space

C’est l’espace, considéré ici dans son acception la plus large: espace de liberté, de confiance ou de temps. C’est notamment la place accordée aux rituels qui permettent au créatif de se recentrer ou de prendre du recul. Si l’on ne sait pas se créer sa « bulle d’oxygène » il est impossible de faire émerger sa créativité.

Créativité

Les 4 ingrédients identifiés par Valérie ont constitué le point de départ d’échanges riches et variés qui nous ont emmenés à travers les ressentis et les expériences des uns et des autres. La plupart des participants se retrouvent parfaitement dans le canevas proposé et les exemples, remarques et suggestions ont fusé!

« La créativité n’est-ce pas se donner les moyens de transgresser ? » se demande l’une des participantes. Une autre nous invite à éviter des généralisations trop hâtives: les aspects culturels notamment sont très importants lorsqu’on évoque la créativité et peuvent questionner le modèle de Valérie. Quelqu’un rappelle également que dans le quotidien des artistes et des serial entrepreneurs, la créativité doit aller de paire avec la rigueur qui permet de prendre en compte les contraintes externes.

Un participant conclut en se demandant comment transformer le magnifique travail de Valérie en prérogatives managériales qui seraient directement actionnables. Valérie saisit la balle au bond en annonçant qu’elle aimerait poursuivre la conversation et invite les personnes intéressées à la contacter. N’hésitez donc pas !

Le mot de la fin revient à Geneviève Morand qui me fait remarquer que l’aventure des Causeries du jeudi se retrouve tout naturellement au cœur des 4 ingrédients de la créativité dont elle a su parfaitement se nourrir.

Références

Valérie est la co-auteur d’un livre à paraître bientôt: « Ethnographie du quotidien, Manuel pratique pour mieux connaître vos clients et vos employés » et dont le blog propose quelques références intéressantes.

Antoine Burret a mentionné durant la discussion la thérorie de l’immédiatisme de Hakim Bey ainsi que l’ouvrage The click moment de Frans Johansson.


Causerie du jeudi 21 février 2013

Les secrets de la créativité (Valérie Bauwens)


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