Patrick Genoud

Détails de l'auteur

Nom : Patrick Genoud
Date d'enregistrement : 05-10-2011

Biographie

Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public

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Articles de cet auteur

On a causé de villes intelligentes…

Ville intelligente


Smart city – la ville intelligente

 

A en croire certains, les capteurs, les réseaux et les algorithmes constituent la réponse aux défis qui attendent la ville de demain ! Mais est-ce bien cela la ville intelligente ? Au-delà du concept marketing que manque-t-il à cette smart city pour être désirable et durable  ?    

On parle beaucoup depuis quelques années de smart city, de ville intelligente ou connectée. Les IBM, Cisco et autres géants de l’informatique proposent une vision souvent techno-centrique de la ville de demain.

Pour beaucoup cependant le concept reste flou. Qu’entend-on par smart city ? De quelles technologies et de quelle intelligence parle-ton ? Existe-t-il des exemples inspirants à travers le monde ?

Causerie du 21 mai 2015

Photo Bruno Chanel

Avec Giovanna Di Marzo nous avons évoqué ces questions et ces enjeux lors de la Causerie du jeudi 21 mai à la Muse Genève.

 




Giovanna Di Marzo Serugendo

Giovanna Di Marzo Serugendo est la directrice de l’Institut de Science des Services Informationnels (ISS) de l’Université de Genève.
Elle s’intéresse à l’ingéniérie des systèmes et des services informationnels autonomes adaptatifs. Cela concerne notamment les objets connectés et leurs diverses applications telles que les bâtiment intelligents, les événements interactifs ou les smart cities.

En juin, décoiffons le service public !

Geneva GovJam 2015

#GVAGovJam15 

Du 9 au 11 juin – Cour de l’Hôtel de Ville

Think Services, sous l’impulsion du professeur Jean-Henry Morin de l’Institut de Science de Service Informationnel et des membres de l’Observatoire technologique, participera au Global GovJam 2015. Ces ‘sprints de l’innovation dans le secteur public’ sont lancés simultanément dans de très nombreux pays sur un thème que les participants ne découvrent qu’à la dernière minute. Ils constituent tout à la fois pour eux l’occasion de cultiver des relations hors de leur cadre de travail habituel, de tester des outils de créativité et d’échanger des idées nouvelles, tout en élaborant un projet concret s’inscrivant dans le thème donné. Ici pas de concours, pas de prix; seulement la satisfaction d’avoir réalisé ensemble l’ébauche (ou plus) d’un projet innovant et d’avoir enrichi les réflexions de la communauté internationale des participants.

Cour de l'Hôtel de VilleL’essai à petite échelle de l’année dernière autour du thème de la ‘Confiance’ a été un succès et nous a convaincu de passer cette année à la vitesse supérieure. Avec l’appui de Mme la Chancelière Anja Wyden Guelpa nous pourrons investir la cour de l’Hôtel de Ville du 9 juin à 15h au 11 juin à 15h à l’occasion du Global GovJam 2015. L’événement sera ouvert à tous, que vous soyez collaborateurs de l’administration genevoise, citoyens du canton ou simplement participant motivé, le tout de manière ‘organique’ et aussi peu contraignante que possible.

Avec cette instance genevoise du Global GovJam 2015, nous souhaitons avant tout :

  • illustrer la valeur ajoutée de démarches, de méthodes et d’outils innovants qui peuvent nous aider à imaginer les services publics de demain
  • décloisonner l’administration et l’ouvrir sur la cité en proposant un lieu de rencontre ‘vivant’ où collaborateurs de la fonction publique et citoyens peuvent échanger et créer ensemble…

…tout en montrant que cela peut être fun !

Service Box

Indications pratiques:

Comme nous n’allons pas “camper” 48 h et que nous avons tous des obligations professionnelles et privées, l’organisation générale se structure autour de 3 moments :

  • 9 juin, 15h – 21h : découverte du thème / séance d’idéation et planification
  • 10 juin, 9h – 19h : réalisation du projet retenu
  • 11 juin 9h – 15h : finalisation et soumission du résultat  (à 14h M Antoine Barde, président du Grand Conseil, conclura l’événement)

Cafés, croissants, bières, pizzas sont fournis sur place…

… vous apportez votre bonne humeur et votre créativité !

Accès libre, mais inscription souhaitée.

Inscription

Contact: global.govjam@thinkservices.ch ou patrick.genoud@etat.ge.ch (022 388 13 52)

On a causé de Bitcoin et de monnaies complémentaires…

Monnaies complémentaires

 


 

Bitcoin et monnaies complémentaires

 


 

Les Causeries du jeudi ont quitté la Muse le temps d’un événement spécial organisé avec la société suisse d’informatique. L’espace de coworking Voisins nous a accueilli pour y débattre du très médiatisé Bitcoin tout en élargissant la perspective aux différentes formes de monnaies complémentaires.  

Bitcoin est l’une de ces nouvelles monnaies qui vise à fournir un système monétaire capable de fonctionner sans la dépendance d’intermédiaires tels que les banques. Et au-delà de ses caractéristiques techniques, ses principes fondateurs nous interpellent et méritent que l’on s’y arrête le temps d’une Causerie.

Mais Bitcoin ne représente qu’une des très nombreuses monnaies complémentaires qui essaiment aujourd’hui sur la planète. Pourquoi toutes ces initiatives ? A quels enjeux répondent-elles ?

C’est à ces questions que la Causerie du 23 avril 2015 a répondu avec la participation de Jean-Michel Cornu, Alexis Roussel et Jean-Christophe Schwaab.

 


 


Jean-Michel Cornu 
est consultant international, directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération et Chief Visionary Officer du projet Imagination for People.


Alexis Roussel est juriste et entrepreneur. Il a présidé le Parti Pirate Suisse jusqu’en mars 2015. Il est un militant actif, ardent défenseur du numérique tout en pointant ses dérives.


Jean-Christophe Schwaab est conseiller national socialiste vaudois. Il est président romand de l’Association suisse des employés de banque.

 


 
 La Muse    

On a causé de l’Internet des objets…

Internet des objets

En permettant à des milliards d’objets d’échanger des informations et d’agir à la demande ou de manière autonome à l’échelle planétaire, l’Internet des Objets sera-t-il à l’origine de la prochaine révolution industrielle? Beaucoup d’entrepreneurs y croient, à l’image de Didier Hélal, co-fondateur de la société genevoise OrbiWise.

Les domaines explorés par OrbiWise sont aussi variés que l’agriculture de précision, les compteurs intelligents, le suivi de la qualité de l’eau, de la pollution sonore, de la collecte des déchets, ou la domotique. Lors de cette Causerie du 19 mars dernier, Didier Hélal nous a présenté ces perspectives prometteuses offertes par une technologie qui n’a réellement décollé que depuis peu. Il a  également abordé les enjeux liés à un Internet des objets qui n’a pas encore les réponses à toutes les questions que la société civile ne manquera pas de poser.

Didier Hélal a tout d’abord rappelé à la quinzaine de personnes présentes l’impact (en devenir) de l’Internet des Objets (IoT pour Internet of Things) sur le monde connecté. Que ce soit au niveau des individus, des métiers et des organisations, ou de la société en général, l’IoT permet de répondre aujourd’hui à des défis de santé, de sécurité, d’efficience, de productivité ou de développement durable pour ne citer que ceux-ci. La possibilité de connecter des capteurs, de remonter en temps réel et à très bas coût les données qu’ils collectent, et de piloter des objets permet d’imaginer des services dont la plupart sont encore à découvrir. Car l’ensemble de ces données et des informations correspondantes sont directement accessibles sur le cloud de manière simple et décloisonnée. En ce sens l’IoT vient en quelque sorte nourrir le big data

Mais pour pouvoir collecter ces données et les exploiter efficacement, encore faut-il disposer d’une infrastructure adéquate. Et c’est dans ce domaine que la société OrbiWise se positionne en déployant une infrastructure basée sur la technologie LoRa qui beaucoup moins coûteuse en énergie que le GSM habituellement utilisé lorsque aucun réseau WiFi n’est disponible. Les stations LoRa sont peu chères et leur portée dans les meilleures conditions avoisine les 30 km.

Pour valoriser ce type d’infrastructure et en illustrer les potentialités, OrbiWise explore de nouveaux usages qui n’étaient jusqu’ici pas possibles en raison du manque d’accès au WiFi ou à des sources d’énergie pour alimenter les capteurs. On est clairement ici dans des usages professionnels bien éloignés de la domotique ou du quantified-self que l’on évoque souvent en parlant d’IoT. Les principaux utilisateurs qui vont bénéficier de ce type d’infrastructure sont avant tout des organisations publiques ou privées et des professionnels. Didier Hélal l’a illustré à travers plusieurs exemples mis en oeuvre par OrbiWise pour démontrer la faisabilité et la valeur ajoutée des services élaborés sur leur infrastructure: 

  • Poubelles publiques intelligentes qui signalent lorsqu’elles sont pleines, permettant ainsi d’optimiser la collecte des déchets
  • Mesures météo en temps réel dans les vignes qui renseignent le viticulteur sur une météo micro-locale, lui permettant d’optimiser la culture de ses vignes et lui évitant de très nombreux déplacements
  • Mesures fréquentes et régulières du niveau de bruit dans la ville qui, conjuguées avec les mesures des stations lourdes actuelles, fournit des renseignements précieux aux urbanistes et aux ingénieurs de mobilité
  • Mesures de qualité sur le réseau de distribution d’eau qui permet de connaître son état en tout point et en temps réel à des coûts très faibles

Et de tels exemples peuvent être multipliés bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Les capteurs et les services associés permettront à terme d’obtenir en temps réel une image du territoire qui s’inscrit tout à fait dans la vision de la smart city dont on parle tant actuellement. Ils amèneront notamment:

  • une visibilité fine des problèmes éventuels

  • des remontées d’alertes

  • des prévisions basées sur des mesures sectorielles présentes et passées et sur leur croisement avec celles d’autres domaines

  • etc…

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Photo Bruno Chanel

OrbiWise n’a pas vocation à développer les services évoqués par Didier Hélal. Si cette société le fait actuellement c’est parce qu’elle doit pouvoir mettre en avant la valeur ajoutée de tels services que trop peu d’acteurs développent actuellement. Mais c’est bien sur l’infrastructure qu’OrbiWise amène une plus-value et qu’elle entend se positionner sur le long-terme. Le défi sera alors de faire émerger un écosystème viable autour de cette infrastructure.

Les usages présentés enthousiasment les participants à la Causerie qui voient bien les potentialités offertes. Et au-delà des infrastructures ou des services, les discussions abordent très vite un élément essentiel lié à l’IoT: la donnée. Car les données remontées dans le cloud par les capteurs constituent la vraie mine d’or qui va permettre aux usages de voir le jour. On a ici quitté le domaine de l’IoT pour entrer dans celui du big data ! Et la discussion s’égare sur les besoins à venir de nouvelles compétences relatives à ce domaine telles que les data brokers ou les data scientists… Ces compétences nouvelles renvoient d’ailleurs à un aspect négatif de l’IoT qui est celui des postes de travail qui sont amenés à disparaître avec l’arrivée des services amenés par les objets connectés. Mais c’est là l’éternelle question de la modernité et des changements qu’elle induit dans la société.

Et on touche là aux questions beaucoup plus fondamentales, car sociétales, amenées par l’IoT. Car ce nombre toujours croissant d’objets connectés pose bien des questions aujourd’hui sans réponses définitives: « Pourquoi connecter l’ensemble de la société ? »« Se préoccupe-t-on suffisamment du respect de la sphère privée ? »« Se préoccupe-t-on suffisamment du respect de la sphère privée ? », « N’est-ce pas la voie ouverte à un monde gouverné par les algorithmes ? ». On a évoqué durant la Causerie certaines pistes dont chacune nécessiterait de nombreuses heures de discussion pour bien les cerner.

Tous les participants, et Didier Hélal en tête, admettent que tout cela mérite en tous cas une réflexion bien plus poussée que le peu qu’il y en a actuellement. On manque en effet d’esprit critique en ne se focalisant que sur les opportunités, certes extraordinaires, offertes par l’IoT.

Il faudrait pour le moins élaborer des recommandations destinées à cadrer les usages à venir et à en contrebalancer les effets pervers. Là-dessus tout le monde semblait d’accord dans l’assemblée. C’est sur le qui et le comment que les avis divergeaient. Est-ce le rôle des politiques qui pour la plupart sont dépassés par ce changement de paradigme? Est-ce celui des entreprises actives dans le domaine qui n’ont pas forcément une vision large sur la question? Faut-il mettre en place des structures indépendantes qui axent leurs réflexions sur les aspects éthiques et sociétaux ? Pas de réponse tranchée, si ce n’est pour admettre qu’il faut tendre à une meilleure maîtrise de ces systèmes complexes en mettant en place une gouvernance qui pour l’instant n’est qu’embryonnaire.


Didier Helal

Didier Hélal est développeur d’affaires chez OrbiWise.

Il a précédemment occupé diverses fonctions chez ST-Microelectronics arrivant au titre de directeur du développement opérationnel. Il est titulaire d’un doctorat en électronique appliquée à la radar-météorologie, et auteur de plusieurs brevets et communications scientifiques.

                                                                                                                                                                       .



On a causé de leadership et de culture digitale…

Causerie Culture Digitale

Le nouvel environnement dessiné par la révolution digitale peut sembler déconcertant, incontrôlable et paradoxal. Pourtant il recèle de grandes opportunités. Mais avons-nous les bonnes lunettes pour le comprendre, en décrypter les codes et en assimiler la culture ? C’est là l’enjeu pour y trouver sa place et  s’y sentir à l’aise.  

La littérature est abondante sur les technologies et les innovations de rupture qu’elles amènent. Mais lorsqu’on désire répondre aux enjeux de ce nouveau paradigme en permettant l’intégration de la dimension humaine de ces transformations, il faut s’intéresser à un domaine encore trop peu exploré: celui de la culture. Car à environnement nouveau, il faut une culture nouvelle, celle du digital en l’occurrence.

Les Passeurs du Digital, Marie Elisabeth Boury et Valérie Bauwens, aident ainsi les leaders à décrypter cette culture et mettent en oeuvre les approches permettant de comprendre le digital, d’en trouver le sens et de se l’approprier. Elles sont venues discuter du sujet avec la vingtaine de personnes présentes lors de la Causerie organisée à la Muse Genève le 19 février dernier.

Je me doutais bien en préparant cette Causerie qu’en résumer le contenu ne serait pas facile. Et je ne m’étais pas trompé ! Ce billet tente donc de retracer dans les grandes lignes des échanges qui ont abordé un sujet tout à la fois vaste, intangible et encore peu exploré.

Pour Marie Elizabeth la culture est une interface entre nous et notre environnement. Elle est constituée d’un ensemble de codes, de règles et de pratiques qui nous permettent de comprendre cet environnement que le digital, au cours de ces dernières années, a considérablement bouleversé. Beaucoup ont nié l’évidence en évoquant une mode passagère. Et les quelques leaders qui ont tenté de s’adapter à ce changement de paradigme l’ont dans un premier temps abordé avec une approche avant tout technologique qui n’est clairement pas la bonne.

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Car les technologies ne sont que les vecteurs et les facilitateurs de ces changements profonds. Et leur compréhension n’amène que des réponses superficielles à des changements plus essentiels encore. En toile de fonds de l’évolution des technologies ce sont en effets des transformations majeures des postures et des comportements qui ont eu lieu. C’est à ce niveau que l’on peut parler de culture digitale et qu’il faut savoir amener les gens (et les leaders en particulier).

Marie Elizabeth et Valérie travaillent à expliciter les codes qui permettent de décrypter les modèles de rupture du monde digital. Elles mentionnent par exemple et pour ne citer que ceux-ci: les réseaux, les écosystèmes, la collaboration, la co-création, la transparence, l’autonomisation, les approches centrées utilisateurs, la transversalité, etc.

Mais au-delà de la connaissance de ce codes qui constituent une grille de lecture de la culture digitale, il faut savoir comment en faire prendre conscience et comment accompagner les changements qu’ils impliquent. Pour ce faire, Marie Elizabeth et Valérie organisent des ateliers dans lesquels elles amènent les participants (souvent des chefs d’entreprises qui se sentent largués dans ce monde méconnu pour eux) à découvrir le sens à donner au digital à travers les exemples concrets les plus médiatisés (comme le Bitcoin, SpotifiyUber ou Airbnb pour ne citer qu’eux).

La majorité des participants en sont convaincus: comprendre cette culture digitale et savoir en déchiffrer les codes est vital pour de nombreux entrepreneurs. Car à l’image des quatre exemples donnés ci-dessus, les innovations de ruptures peuvent venir à tout moment mettre en danger des entreprises et des organisations que rien ne semblait pouvoir faire vaciller. Plutôt que de subir ces changements ou de disparaître, mieux vaut alors essayer de comprendre les dynamiques qui vont nous impacter et se mettre dans le mouvement. 

     Tous les jours je vois des conflits entre des arbres et des réseaux !

Et que l’on évoque l’orientation usagers, l’accélération et la complexité croissante induites par les technologies ou les phénomènes de rupture, on retombe très vite sur les modes d’organisations qu’il faut savoir mettre en place pour prendre tout ceci en compte. C’est en tous cas l’un des points qui doit retenir l’attention des leaders et qui a suscité de nombreux échanges parmi les participants. Dans le monde digital, les organisations pyramidales caractéristiques de la société industrielle s’effacent devant des organisations de type matriciel ou en réseaux, voire même de type organique qui sont plus aptes à s’adapter à ses spécificités.

La discussion a s’est par la suite focalisée sur les jeunes. Certains dans l’assemblée sont convaincus que les générations Y ou Z ont intégré cette culture digitale et comprennent implicitement comment elle impacte notre quotidien. Le reste n’est qu’une question de patience: ces jeunes seront bientôt au pouvoir et les choes changeront naturellement. Mais la majorité pense que baigner dans le digital ne suffit pas à en comprendre réellement tous les codes avec la prise de distance nécessaire. Et pour la x-ième fois lors d’une Causerie, l’on refait le constat des lacunes de notre système éducatif dans ce domaine…

Marie Elizabeth et Valérie

Photo Arnaud Velten

Dans une deuxième partie, Marie Elizabeth et Valérie nous proposent un petit exercice de groupe qui nous amène à répondre à trois questions:

  1. Comment fédérer les gens autour du sujet de la culture digitale ?

  2. Où intervenir ?

  3. En quoi la culture digitale est utiles pour nous ?

Un brainstorming d’une dizaine de minutes remonte les idées suivantes livrées ici en vrac :

  • Amener les gens dans un espace non numérique.

  • Utiliser les enfants pour nous aider à comprendre (prendre le temps de les observer).

  • Se pencher sur les démarches de gamification.

  • Faire comprendre que l’on est dans le changement permanent. 

  • Intervenir partout et de manière multilatérale.

  • La culture digitale n’est pas un message en soi. Savoir exprimer l’objectif que l’on veut servir et annoncer les valeurs sous-jacentes.

  • Ne pas oublier le mieux-vivre ensemble.

  • Savoir prendre du recul.

  • S’adapter au changement dans un système en évolution.

  • Casser les barrières; ouverture et partage; autonomisation.

  • Responsabilité et confiance sont au cœur de tout ça (lien avec la Causerie de janvier).

  • C’est une question de survie, même si cela ne va pas durer. Co-construire un autre monde. Il faut donc comprendre cette culture numérique.

Pour terminer cette Causerie riche et intéressante, chacun rappelle les mots avec lesquels il repart. J’ai retenu notamment ceux-ci: complexité, perplexité, content, continuer ensemble…


Marie Elizabeth Boury

Président d’Academie Digitale / les Passeurs  dont la vocation est de faciliter et d’accélérer la prise en compte et l’acquisition de la nouvelle culture digitale par l’entreprise et les institutions; ancien dirigeant dans le domaine des nouvelles technologies puis dirigeant d’une société de conseil accompagnant la transformation des entreprises, Marie Elisabeth Boury (Meb) est aussi philosophe, orientaliste et historienne.


Valerie Bauwens

Après l’obtention d’un Master en gestion aux HEC-Liège, Valérie Bauwens débute sa carrière en finance et business development. C’est pour mettre des visages sur les chiffres des plans d’affaire qu’elle rédigeait que Valérie s’est attelée à institutionnaliser la recherche utilisateur comme compétence clef du département de recherche et développement de Swisscom. Elle co-crée rapidement un observatoire des usages des clients privés qu’elle étend aux usages en entreprise.

On a causé de responsabilité numérique…

La responsabilité numérique

 

Les révélations sur le programme américain de surveillance globale marqueront probablement l’histoire comme étant un moment majeur de rupture de confiance vis-à-vis des outils et du monde numériques. Face à cette situation, certains ne voient qu’une réponse binaire possible: soit le «tout sécuritaire», soit le «laissons faire et advienne que pourra».  

Jean-Henry Morin, spécialiste international des politiques numériques et de la sécurité des systèmes d’information, est convaincu qu’entre la confiance aveugle et la paranoïa il existe une autre voie. Il pense que nous devons changer la manière dont nous envisageons la confiance dans le monde numérique aujourd’hui. A l’instar de la lame de fond de la société collaborative et des nouvelles formes de l’économique du partage, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle forme de responsabilité participative, co-créée: une «responsabilité numérique». Il propose, dans un livre paru l’année dernière, une analyse critique des dispositifs de régulation actuels et fournit une nouvelle solution pratique pour les individus, les entreprises et les institutions. C’est pour enrichir ses réflexions qu’il a animé la Causerie du 29 janvier dernier suivie par une vingtaine de personnes.

Cela fait aujourd’hui plus de 10 ans que Jean-Henry s’intéresse à la sécurité, à la gestion des risques et à la protection des données. C’est en étudiant les technologies de gestion des droits numériques (DRM) et en constatant combien elles étaient dévoyées par les lobbies du multimédia qu’il a compris qu’il fallait réformer complètement notre approche de la sécurité. Ce sont les travaux de Edward Felten en 2005 qui ont constitué l’événement déclencheur de ses recherches sur le sujet. La sécurité a toujours été par essence constituée de certitudes et de règles postulant par défaut une défiance vis-à-vis de l’utilisateur. Jean-Henry nous propose de renverser la règle et de poser l’exception comme postulat de base.

Car son premier constat est que la sécurité ne s’attaque pas, mais qu’elle se contourne. Ceci est notamment dû au fait que le facteur humain n’est la plupart du temps pas assez pris en compte. Deuxième constat: le principe de proportionnalité est trop souvent ignoré lors de la mise en œuvre de solutions de sécurité. Or qui dit ‘sécurité’ doit obligatoirement penser ‘arbitrage’ sous peine de voir les utilisateurs chercher des stratégies de contournement. Il prône ainsi une conception de la sécurité centrée utilisateur, en utilisant notamment des démarches de design thinking. Dans ce contexte, il faut notamment prendre correctement en compte la notion de désirabilité de la solution envisagée.

Cette introduction faite, Jean-Henry nous propose de discuter avec lui de trois points qui lui paraissent essentiels dans sa réflexion et sur lesquels il aimerait avoir notre point de vue:

  1. La rupture de confiance massive initiée par l’affaire Snowden en 2013. On ne peut plus nier aujourd’hui qu’il a un réel problème au niveau de la sécurité de nos données. Avant 2013 on s’en doutait; maintenant on le sait.
  2. Le déni de progrès qu’il constate de la part des poids lourds de l’Internet. Ces derniers affirment que la technologie ne peut pas répondre à des préoccupations légitimes de protection de la sphère privée. Or c’est faux !
  3. Le concept de ‘Too fat to change’ qui relève d’un cynisme économique crasse, ces poids lourds n’ayant aucune envie de changer les règles du jeu en raison des problèmes potentiels que cela pourrait avoir sur leur modèle d’affaire.

Jean-Henry MorinJean-Henry regrette le peu de cas que les gouvernements font d’une problématique dans laquelle ce sont des entreprises privées qui dictent un jeu dont la nature est profondément publique. Il voit cependant une lueur d’espoir dans le droit européen qui est en pleine mutation dans ce domaine avec la mise en place de la réforme européenne de la protection des données qui vise une réappropriation de nos données personnelles. Si les lois envisagées en terme de protection des données sont votées prochainement, Jean-Henry prédit 10 ans d’innovation intensive devant nous dans le domaine de la sécurité.

Il sera alors le moment de rendre la confiance aux utilisateurs en renversant l’hypothèse de non-confiance posées par la sécurité conventionnelle.

Le numérique peut également constituer un instrument facilitant une transparence qui permet un empowerment des individus (via un accès facilité à l’information et aux échanges qui peuvent en résulter à travers les médias sociaux ou les plateformes dédiées). Il permet ainsi de rétablir une certaine symétrie dans les relations en renforçant le conversationnel. La co-conformité dans ce contexte naît de la transparence et de cette confiance éclairée.

Jean-Henry introduit à ce stade la notion de co-conformité (co-compliance en anglais). Il s’agit pour lui d’une responsabilité collaborative favorisée par le numérique, permettant aussi bien l’élaboration conjointe de l’objet d’une décision ou d’une action que l’évaluation et le contrôle partagé du résultat.

     L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite serait la liberté ?

 

En paraphrasant Rousseau, il introduit la notion de Responsabilité numérique qui devrait se caractériser par la prise en compte des points suivants:
  1. Conception centrée utilisateur
  2. Prise en compte de toutes les parties prenantes
  3. Proportionnalité des moyens mis en œuvre
  4. Prise en compte du facteur humain
  5. Ouverture et transparence
  6. Partage et collaboration
  7. Parcimonie et humilité de l’usage de l’instrument légal
  8. Appui sur des cadres de politiques publiques durables

Dans une optique de conception responsable des systèmes, Jean-Henry propose de partir sur une approche de type ‘Charte’ associée à un ‘label ouvert’ qui restent encore à élaborer. Dans son esprit Internet n’as pas besoin de policiers. Ce sont les utilisateurs qui peuvent efficacement jouer ce rôle-là.

Il mentionne à ce propos l’existence du groupe de travail Cloud Social Responsibility lancé au sein du think tank Think Services et qui vise à mettre en place un label ouvert facilement appropriable et permettant de qualifier la manière avec laquelle un service cloud respecte les droits (et notamment la sphère privée) de ses utilisateurs.

Causerie Responsabilité Numérique

Photo Bruno Chanel

La discussion qui s’engage autour de ces différents points est passionnante. L’approche proposée par Jean-Henry séduit les participants. Mais certains soulèvent un aspect qui devrait mieux ressortir dans son discours: celui d’une perspective globale centrée non seulement sur la personne, mais également sur le groupe ou la communauté, et sur la société et l’Etat. Car l’individu pris dans sa globalité a certes une importance cruciale dans l’approche; et il faut savoir prendre en compte correctement ses besoins et son point de vue. Mais d’autres aspects doivent être considérés dans des perspectives plus larges sur lesquelles on adresse des thématiques différentes, qui toutes ont leur importance. A ce propos, le point 4 ci-dessus (Prise en compte du facteur humain) devrait clairement être mis en avant.

On note également que les mots n’ont pas la même portée selon les cultures, spécialement dans un domaine tel que celui de la protection des données qui est lui-même différemment perçu selon les pays. Il faudra donc être attentif à la mise en perspective des concepts proposés. Jean-Henry est bien conscient de cette difficulté mais il souligne que les initiants de la licence Creative Commons ont été confrontés au même cas de figure et qu’ils ont su parfaitement surmonter l’obstacle.

Un tel label éthique fait manifestement du sens pour les participants; mais très vite se pose la question cruciale: ‘Comment faire envie pour que les parties prenantes y adhèrent ?’ Pas de réponse définitive à cette question. Mais quelqu’un évoque le parallèle avec le monde du logiciel libre qui a trouvé le moyen de promouvoir sa charte et son label via des licences copyleft. Cet aspect viral des licences libres devrait constituer une source d’inspiration dans ce label à imaginer autour de la responsabilité numérique.

Comme souvent lors des Causeries la discussion prend ensuite des chemins de traverse et nous amène à aborder des sujets connexes au thème de la soirée. On disserte notamment sur le droit des robots et des drones qui soulèvent des questions importantes dont il vaut mieux se préoccuper aujourd’hui avant que les entreprises privées ne nous forcent la main.


 

Jean-Henry Morin

Jean-Henry Morin est professeur associé en systèmes d’information et services informationnels à l’université de Genève. Membre de l’Institut de science des services, il est également président du laboratoire d’idées Think Services. Ses travaux de recherche portent notamment sur la gestion des droits et des politiques numériques, la sécurité des systèmes d’information, notamment dans des approches socialement responsables et durables, la conformité et la gouvernance des risques informationnels.



Transparence et blockchain hackathon

Ethereum

Le 26 novembre dernier, à l’initiative du Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et de l’Institute of Information Service Science et avec le soutien de l’Observatoire technologique et du think tank Think Services, près de 70 personnes se réunissaient dans les locaux du CUI à Battelle pour un hackathon d’un genre un peu particulier consacré à la transparence. Particulier parce qu’il réunissait bien des hackers et des développeurs passionnés comme d’habitude, mais parce que dans le même temps des innovateurs, des designers, des fonctionnaires et autres citoyens concernés s’étaient joints à la fête.

La transparence constitue une opportunité majeure de repenser la démocratie en général et nos administrations publiques en particulier. Les défis dans ces domaines relèvent de questions importantes touchant notamment à la décentralisation, à la responsabilité, à la confiance ou à la sécurité.

Ce hackathon de 8 heures avait ainsi pour objectif d’explorer co-créativement de nouvelles approches et opportunités pour repenser la démocratie ainsi que les services proposés par les administrations publiques en utilisant la technologie blockchain qui offre des propriétés intéressantes de traçabilité et de confiance dans ce contexte: immutabilité et transparence des transactions dans le blockchain.

Pour l’occasion le professeur Jean-Henry Morin avait invité des membres de la communauté Ethereum (@ethereumproject) à venir partager leur plateforme dans le cadre de ce hackathon. C’est presque toute la délégation d’Ethereum que nous avons eu la chance d’avoir parmi nous avec Vitalik Buterin (@VitalikButerin)Stephan Tual (@stephantual), Ken Kappler (@KapplerKen), Taylor Gerring (@TaylorGerring), Mihai Alisie (@MihaiAlisie) et Roxana Sureanu (@RoxanaSureanu).

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

La plateforme Ethereum

La journée débute avec une présentation générale d’Ethereum, tout à la fois plateforme technologique, communauté et fondation. Ce sont les membres de la communauté Ethereum qui commencent par nous expliquer en quoi consiste leur plateforme.

L’objectif du projet est de «décentraliser le Web» en créant, à partir notamment de la technologie blockchain, une architecture qui doit permettre de créer une symphonie de solutions dans des domaines variés (médecine, votations, etc). Cette plateforme présente l’avantage dans ce contexte de vérifier une transaction numérique via le consensus d’une communauté d’utilisateurs distribuée, sans avoir à gérer la confiance ainsi obtenue via une autorité centrale. Cette notion de confiance distribuée et décentrlisée constitue le cœur d’Ethereum. C’est en bâtissant des solutions qui l’intègrent dans leurs gênes que l’on parviendra à réformer le système. Car si le blockchain a d’abord été implémentée pour vérifier les transactions de monnaies virtuelles telles que Bitcoin, elle peut être utilisée dans le même esprit pour n’importe quel contenu numérique et par conséquent pour concevoir n’importe quel service.

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We need more transparency in our society !

 

En proposant une solution technique qui permet de repenser notre vision de la confiance, de la sécurité, de la réputation ou de la transparence, la communauté Ethereum veut permettre aux gens de se questionner sur la manière dont nous effectuons de nombreuses opérations actuellement. Le modèle décentralisé proposé par leur plateforme casse en effet les hiérarchies dont s’accommode mal le monde de l’Internet et devrait permettre l’émergence de nouveaux modèles d’affaires en abaissant considérablement la barrière d’entrée sur ces technologies aux potentialités considérables. Pour l’illustrer, on rappelle par exemple que l’infrastructure Bitcoin est 14’000 fois plus puissante que les 500 plus gros supercalculateurs de la planète.

Ethereum se positionne donc comme l’un des acteurs qui va proposer les outils qui vont participer à la redistribution de la croissance de l’économie du partage dans une logique d’autonomisation. Un participant relève cependant que dans ce domaine il faut bien intégrer deux acceptions de la confiance que les anglo-saxons distinguent clairement: la notion de TRUST (avec le cerveau) et CONFIDENCE (avec les tripes). On touche ainsi à la notion de réputation à laquelle Ethereum ne va probablement pas pouvoir répondre dans un premier temps. Mais les gens d’Ethereum sont convaincus que dans un proche avenir nous allons disposer des outils et des services qui vont nous permettre de mieux gérer la réputation en particulier et les aspects sociaux de manière générale.

Dans tous les cas, les technologies blockchain font déjà leur chemin hors des cercles d’initiés puisque des institutions établies telles que l’Union de Banques Suisses considèrent avec sérieux les potentialités offertes (voir par exemple cet article). Le vote électronique constitue un autre domaine dans lequel cette technologie est prometteuse.

People01

Manifestement les membres de la communauté Ethereum ont poussé leur réflexion bien au-delà de la technologie elle-même. Ces jeunes sont motivés et enthousiastes et ils ont manifestement envie de changer le monde. Ils ont été particulièrement convaincants dans les réponses très cohérentes qu’ils ont apportées aux questions fondamentales qui ont été posées, que celles-ci touchent à la technologie, à la confiance, ou à la perspective sociétale dans laquelle l’envisager.

Les différentes présentations amènent d’ailleurs tellement de questions que le hackathon prend du retard sur l’horaire prévu. Mais cela n’a pas trop d’importance au vu du nombre et de la richesse des discussions que cela a généré, que ce soit sur des sujets techniques ou sur des notions plus fondamentales impactées par les potentialités amenées par ce type de technologie.

La suite de la matinée enchaîne sur  un brainstorming de 30 minutes afin de proposer des idées de réalisations sur le thème de la transparence en se basant sur la technologie blockchain. Huit sujets sont proposés et les les participants embrayent sur 6 d’entre eux. Les réflexions sont nourries; on discute, on se défie, on dessine, on code…

Cette période de créativité dans les différents groupes me laisse le temps de discuter avec Taylor Gerring et Mihai Alisie, deux des membres de la fondation Ethereum qui participaient à l’événement. Ils m’apprennent que la fondation est actuellement concentrée à améliorer la robustesse et la fiabilité de la plateforme. La communauté est composée majoritairement de geeks qui ont rejoint le projet pour proposer une plateforme riche de promesses qui va permettre des avancées significatives dans de nombreux domaines. Des événements tels que ce hackathon les aident à faire connaître leur technologie, à la confronter au regard pointu des développeurs et à envisager de nouvelles applications.

GeekAttitudeMais au fil de la discussion, je suis frappé par la prise de recul que Tylor et Mihai réussissent à prendre par rapport à ce projet technologique. Tous deux ne perdent pas de vue le sens qu’ils donnent à tout ça. Pas de faux-fuyant dans leur discours; ils n’ont pas toutes les réponses à  mes questions et ils ne prétendent pas être les sauveurs de la planète. Ils travaillent en toute humilité sur une technologie riche de promesses qu’ils vont mettre à disposition de tous, sans orientation politique aucune. Les gens me disent-ils s’en empareront comme bon leur semble. Pour le meilleur, espèrent-ils, même si ils ne peuvent pas exclure des usages non souhaités. Mais il est illusoire selon eux d’imaginer de contrôler cela. Dans tous les cas, ils s’inscrivent dans une dynamique dans laquelle je me retrouve entièrement. Ils m’apprennent enfin que la majorité de la communauté Ethereum provient d’Europe et d’Amérique du Nord; mais elle compte également des contributeurs dans de nombreux autres pays.

Restitution des différents groupes

La dernière heure de ce hackathon est consacrée à la restitution des cogitations/réalisations des 6 groupes.

Ideas & Teams

Ideas & Teams

Groupe n° 1

Use of the block chain to manage rights on digital contents

Le groupe imagine une solution de gestion des droits associés à des contenus digitaux (ex fichiers, images, videos, etc). L’avantage est de pouvoir gérer des droits qui sont transférables de manière irrévocable grâce à la technologie blockchain. Une telle solution serait naturellement extensible à d’autres thématiques. Le groupe a évoqué une solution qui serait très utile dans la gestion des contrats juridiques. Une implémentation native de la licence Creative Commons serait tout à fait envisageable dans ce contexte.

Groupe n°3

Taxpayer spending and tracability

Le groupe a modélisé son approche. Leur idée est de pouvoir suivre l’utilisation qui est faite de nos impôts. Chaque contribuable pourrait recevoir disposer d’un compte créé via blockchain sur lequel sont versés ses impôts. Il dispose alors d’une traçabilité sur l’utilisation de cet argent. On peut imaginer que les gens ont la possibilité de prioriser la manière dont leur argent est dépensé ou alors de déterminer des seuils au-delà (seuils hauts ou bas) desquels leur argent n’est plus affecté à telle ou telle politique publique. Cela devrait permettre aux individus d’avoir un meilleure compréhension de la manière dont leur argent est dépensé.

Groupe n°4

Trustworthy file transfer

En se basant sur les mécanismes de certifications proposés par la plateforme Ethereum,, le groupe imagine une solution de transfert de fichier certifiée qui permet d’échanger des fichiers de manière sécurisée et certifiée. Un groupe de geeks, puisqu’ils ont déjà commencé à coder la solution qui selon eux fonctionne presque. L’ébauche de solution EtherFileCertification est publiée sur GitHub.

Groupe n°6

Transportation management

Le groupe imagine une solution de mobilité conçue selon deux perspectives: celle de l’utilisateur des transports publics et celle du transporteur. L’idée est de pouvoir identifier et suivre tous les bus circulant sur le réseau de transports publics et de pouvoir remonter les problèmes qui peuvent y être liés. Dans le même temps la solution doit permettre de gérer le payement et toutes les informations qui transitent autour de la mobilité et de remonter des informations utiles pour améliorer le réseau en fonction des besoins d’usagers (certifiés grâce à Ethereum).

Groupe n°7

eParticipation

La participation des citoyens grâce au numérique devrait pouvoir prendre une dimension nouvelle avec les potentialités offertes par la plateforme Ethereum. Le groupe part de cette hypothèse pour imaginer une observatoire participatif de la démocratie. L’idée est de documenter et de valider tout le processus démocratique et de le rendre ainsi plus ouvert et plus transparent en y incluant des mécanismes de validation qui améliorent le niveau de confiance global du système. Les commentaires et informations remontés sur la plateforme sont certifiés par la technologie Ethereum. Jean-Henry Morin évoque à propos de cette idée la nécessité de considérer le droit à l’oubli comme un prérequis du système.

Groupe n°8

Socially responsible code writing

Au vu des similarités entre les deux, le groupe propose une solution qui soit capable de gérer le code légal avec la même richesse de fonctionnalités que le code informatique. Il imagine par exemple un mécanisme de vote pas-à-pas sur les différents articles d’un texte de loi en considérant chaque article comme un objet indépendant. Une fois un quorum atteint, on peut transférer le texte de loi ainsi élaboré dans le processus habituel de votation. Un tel système devrait favoriser le droit d’initiative et abaisser la barrière d’entrée dans le processus démocratique.

Conclusion

Jean-Henry Morin conclut la journée en remerciant les participants et en interpellant les représentants de la communauté Ethereum: ce hackathon a démontré que les potentialités d’Ethereum sont innombrables et nous amènent bien au-delà du paradigme des crypto-monnaies d’où est née la plateforme. Stephan Tual l’admet bien volontiers et nous apprend que c’était le premier événement de ce genre autour d’Ethereum, c’est à dire en dehors des communautés traditionnelles de cryptographie.

Jean-Henry se réjouit en tous cas du grand nombre de gens présents et de la qualité et de la diversité des idées générées lors de cette journée. Les participants au hackathon sont selon lui tous des innovateurs en puissance qui vont changer le monde. Il conclut avec cette image forte reprise d’une discussion avec un membre de l’équipe Ethereum :

Nous participons à une course dans laquelle des gens comme ceux de la communauté Ethereum espèrent « être prêts » avec des solutions qui permettront au monde de s’en sortir lorsqu’il se cassera la figure (ou du moins lorsque le paradigme actuel aura vécu).

 

Rendez-vous est pris pour 2015 à une date restant encore à déterminer mais probablement sur la fin de l’été, début de l’automne.

Le soir-même Jean-Henry Morin a présenté les résultats de ce hackathon lors du 2ème Rendez-vous de la transparence organisé par le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence du canton de Genève.


Références

Ethereum white paper : https://www.ethereum.org/pdfs/EthereumWhitePaper.pdf

Quelques références sur l’Etherpad de Ethereum

 


Un tout grand merci aux sponsors qui ont permis de réaliser cette journée dans des conditions parfaites :

University of Geneva, Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et Institute of Information Service ScienceThinkServices.chObservatoire technologique, DGSI, Etat de GenèveFree IT Foundation et Fondation Raymond JacotSBEXEverdreamSoftOpendata.chEthereum

On a causé du numérique au chevet de la santé…

Le numérique au chevet de la santé

Le numérique est-il la panacée pour soutenir l’évolution de notre système de santé? Comment envisager son utilisation dans ce domaine ? Avec son énergie communicative et son humour parfois corrosif, Christian Lovis en a causé avec nous le 18 décembre dernier.  

Tout au long de la soirée, Christian a tenté de nous démontrer la convergence entre santé, technologie et citoyen/patient. Et c’est sous l’angle historique qu’il a amené le thème de la soirée. Car en refaisant l’histoire on se rend compte que les technologies et le numérique ont évolué très rapidement et ont amené, selon trois phases, des changements cruciaux qui ont profondément modifié le paysage de la santé.

ACTE 1

Tout a commencé en 1992 lorsque Al Gore décidait de rendre libre d’accès PubMed, la base de données bibliographique d’articles médicaux. Cette décision a créé un mouvement d’envergure mondiale pour un libre accès (open access en anglais) aux articles scientifiques. La célèbre revue Nature s’y est même mise récemment. Aujourd’hui une large part de la publication médicale est donc accessible à tous, que l’on habite New-York, Genève ou Tombouctou.

Et ce qui est vrai pour les publications médicales l’est aussi pour toutes les informations relatives à la santé en général et aux maladies en particulier. Cette richesse mise à disposition des chercheurs et des étudiants constitue une source de connaissance extraordinaire qui a permis dans un premier temps des avancées jusqu’alors insoupçonnées. Ainsi l’équipe de Patrick Ruch, chercheur à la HEG a publié dans la revue Gene des découvertes dans le domaine génétique obtenues uniquement en analysant la littérature existante, sans avoir à effectuer la moindre expérience.

Avec l’essor du Web, ce n’est plus seulement le monde académique qui a eu accès à cette connaissance, mais les patients eux-mêmes, en quête d’informations sur la santé. On comprend bien l’impact que cela peut avoir sur les médecins. Leur rôle change considérablement; tout comme leur place dans un système où le patient en connaît parfois plus sur sa maladie que son médecin personnel.

Photo Bruno Chanel

ACTE 2

La deuxième phase est celle de la libération de l’information et dans le même temps celle de sa consumérisation. Car au fil du temps, l’information produite hors du champ académique est venue s’ajouter à un corpus déjà très riche. Le patient y a bien sûr accès. Mais Christian note que si celui-ci veut devenir un acteur de sa santé, il est par contre pour l’instant extrêmement mal outillé pour juger de la qualité de ce qu’on trouve sur Internet. Et ceci n’est pas neutre. Car en augmentant notre niveau de connaissance sur une maladie potentielle, on augmente notre niveau de stress. Or ce n’est pas si simple d’être soi-même l’acteur de sa vie et de sa maladie.

ACTE 3

La troisième phase est celle de la mesure. Aujourd’hui les technologies de quantified-self (voir la Causerie du 23 janvier 2014 sur ce sujet) permettent une mesure de notre activité physique, de nos paramètres physiologiques et de toute une pléiade d’autres données qui caractérisent notre vie quotidienne. Cette quantité de données et d’informations que tout un chacun peut aujourd’hui ‘consommer’ nous permet de libérer notre décision. Des centaines d’apps nous aident dans ce domaine. Celles-ci se retrouvent au cœur d’un réel mouvement vers un marché non certifié de la santé. Et au-delà de ces aspects qui interpellent, ces apps ont un effet de motivation fort avec dans de nombreux cas des impacts positifs incontestables. Mais Christian note que la durée moyenne d’utilisation de ces apps est faible (3 mois). Il questionne également la réelle utilité des données ainsi générées même s’il n’a pas de réponse tranchée sur le sujet. Son constat est que le mouvement est indéniable et que nous n’en sommes qu’aux prémisses d’un mouvement qui va prendre de l’ampleur, tant quantitativement que qualitativement.

 

Photo Jean-Marc Theler

Photo Jean-Marc Theler

ACTE 4

Cela se traduit aujourd’hui par une quatrième phase est en train d’émerger, avec par exemple des apps qui effectuent des diagnostiques à notre place. Ces outils en sont à leurs premiers pas mais les perspectives sont prometteuses. Christian note qu’un nombre croissant d’acteurs occupent le marché et veulent jouer avec la santé sans toutefois vouloir entrer dans des logiques de certification qui peuvent être trop contraignantes pour eux. Dans tous les cas, on assiste à une porosité qui s’établit entre divers mondes qui ne se côtoyaient pas jusqu’ici et à une convergence entre santé, technologie et citoyens.

La discussion aborde ensuite de nombreux sujets. On parle notamment de ‘medical hacking‘ qui consiste à mettre son dossier médical en libre accès (open access) avec les opportunités et les risques que cela comporte (le droit à l’oubli par exemple auquel de nombreux participants sont sensibles).

La Causerie s’achève avec un focus sur le Big Data qui, de l’avis de Christian constitue un puissant levier d’évolution de nos connaissance en matière de santé même si les écueils dans ce domaine sont encore nombreux. Pour preuve les études menées sur les données du virus HIV à Genève qui, à partir des données mesurées depuis plus de 30 ans, racontent des histoires différentes selon que leur interprétation est faite par des cliniciens ou des data miners. Car l’un des dangers du Big Data est celui de créer des réalités auxquelles on a envie de croire. Ce sujet soulève de nombreuses questions et constituera certainement le thème d’une prochaine Causerie.

Je terminerai avec cet article sur lequel je suis tombé récemment et qui illustre de nombreux points que nous avons abordés avec Christian lors de cette passionnante Causerie.

 


Christian Lovis est médecin, professeur aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) et chef du Service des sciences de l’information médicale

Il s’est spécialisé en Suisse et aux Etats-Unis en médecine interne et en médecine d’urgence, ainsi que sur les systèmes d’information médicaux. 

Il est président de la société suisse d’informatique médicale, expert pour la stratégie en matière de cybersanté. 

 

 

 



On a causé de storytelling…

Storytelling

Le storytelling est à la mode depuis quelques années. Comme tous les concepts qui font le buzz, on en a parfois une compréhension réductrice, sans notamment en entrevoir toutes les potentialités. Pour clarifier les choses et nous ouvrir des perspectives nouvelles, Michael Mesfin est venu en causer avec une dizaine de personnes le 20 novembre dernier.   

Lorsque Michael demande aux participants de la Causerie ce que le mot storytelling évoque pour eux, les réponses fusent : « partager, inventer, emmener les gens, faire rêver, méthodologie, marketing ! ». Beaucoup de mots donc derrière ce concept qui fait parler de lui depuis quelques temps déjà. Mais un point semble rallier tout le monde: à chaque fois on évoque en filigrane une capacité à emmener les gens, à les faire rêver.

Les méthodes et techniques mises en jeu dans le storytelling sont souvent utilisées avec succès pour parfaire l’art oratoire des communicants et insuffler de l’énergie dans leur discours. Et dans tous les cas de figure Michael nous met au défi de citer un bon orateur dont le cœur du discours n’est pas une histoire qui nous emporte, avec un schéma narratif toujours présent, faisant intervenir tout ou partie des ingrédients habituels:  un héros, une quête, un adjuvant, un destinateur, un destinataire et un opposant.

Si le storytelling  fait ses preuves avec les individus, et dans la mesure où les organisations sont des « personnes morales », peuvent-elles également bénéficier de ces techniques ? Est-il possible de transposer sur elles les méthodes et les techniques du storytelling ? En un mot: peut-on faire raconter des histoires aux organisations ? C’est plus précisément autour de ce thème que Michael nous a emmenés tout au long de la Causerie. Et la réponse à cette question il nous la donne d’emblée: clairement, une organisation (ou une marque) doit aujourd’hui savoir se raconter en restant en phase entre le style utilisé dans ses approches marketing et le fond du discours. Car à l’heure des réseaux sociaux, des dissonances éventuelles à ce niveau deviennent vite très criardes et peuvent constituer un risque majeur pour l’entreprise. Michael cite pour exemple la vidéo virale “United breaks guitars” qui en mai 2008 a mis en lumière l’écart entre le discours marketing de la compagnie aérienne United et la réalité du terrain vécue par un usager.

Think Data: un exemple original de storytelling !

Il devient donc essentiel pour les organisations de savoir « raconter leur(s) histoire(s) » en y apportant la cohérence entre le discours véhiculé et les valeurs constitutives de leur identité. Jusqu’à peu, ces valeurs n’étaient souvent qu’un fourre-tout, des mots vides de sens qui résistaient mal au vécu des clients ou des collaborateurs de l’entreprise.

Selon Michael les recettes habituelles du storytelling peuvent être appliquées aux organisations pour leur permettre de changer de registre en positionnant leur discours sur leur identité et sur leurs valeurs. Il en a profité pour nous rappeler ces fondamentaux du storytelling qui restent invariants, que celui-ci soit appliqué aux individus ou aux marques. Le bouleversement provient plutôt de la démarche suivie pour construire ces histoires.

Car raconter des histoires qui portent du sens et de la cohérence par rapport aux valeurs de l’organisation impose un certain nombre de pré-requis que nous avons discutés durant la Causerie.

Two Notes on Storytelling

Le premier, en lien intime entre la direction et le top management, est de savoir se positionner au cœur de la réalité de l’organisation qu’il faut considérer comme une entité responsable, avec ses valeurs, sa stratégie, sa culture propre et la dimension du service qu’elle propose à ses clients.

Le second est de pouvoir construire ces histoires avec un maximum de collaborateurs (travail en groupes et selon des temps différents). Il s’agit alors de raconter les habitudes (souvent implicites) et de les diffuser; il s’agit également de raconter l’organisation au niveau de ses services, de ses techniques, de ses performances et de son management. Le tout bien sûr dans une démarche de co-création qui permet de garantir la consistance du discours. Et chemin faisant on s’accorde à débattre sur le langage et les histoire que l’on est en train de construire.

Attention cependant à ne pas tomber dans le piège de l’élaboration d’une histoire pour l’interne et d’une autre destinée à l’externe. La cohérence impose de créer une seule histoire que l’on peut éventuellement raconter différemment selon le contexte et les publics.

Dans son activité quotidienne, Michael constate que ce type de démarche participe clairement à élaborer une culture d’entreprise et constitue dans le même temps un véritable levier de changement des organisations. En créant de la cohérence et de la compréhension partagée on se trouve ainsi au cœur de l’empowerment des organisations en tant que telles.

Dans la discussion qui suit, on évoque alors le storytelling comme un levier efficace pour aller vers les organisations apprenantes, ou alors comme un outil qui peut aider à la gouvernance des organisations. Dans tous les cas les participants à la Causerie sont convaincus après des échanges passionnés et passionnants que le storytelling permet de redonner du sens et de la consistance à son activité professionnelle et qu’à ce titre on devrait lui donner beaucoup plus d’importance dans les organisations.


Michael Mesfin – Causerie Storytelling – Novembre 2014 (45 Mb)


Michael Mesfin

Après une expérience de 10 ans dans le domaine de la communication, du planning stratégique et du marketing, Michael Mesfin lance fin 2007 Siltan, un cabinet de conseil spécialisé dans la culture des marques, où il développe le concept d’Organic Branding, une perspective où les usagers, la science des services et l’innovation tiennent une place essentielle.

En 2013 Siltan rejoint STICS Group dans le but développer à plus large échelle des solutions professionnelles d’empowerment des personnes morales appliquées à la propriété intellectuelle et au couple marque & services.

On a causé de nouveaux métiers…

Réseaux Sociaux

Coordinateur-trice de communication digitale, planneur stratégique, manager en e-réputation ! Quels sont ces nouveaux métiers qui dessineront le marché du travail sous l’influence des média sociaux ? Quelles compétences constitueront les profils recherchés ? C’est à ces questions et à bien d’autres que les participants à la Causerie du 25 septembre dernier ont essayé de répondre en compagnie d’Olivier Tripet. 

L’explosion des médias sociaux s’accompagne de l’émergence rapide de métiers et de rôles aux noms parfois exotiques. Mais plus que les métiers en eux-mêmes, ce sont les nouvelles compétences requises et la vitesse à laquelle elles apparaissent et se combinent qui impressionnent et posent souvent problème aux ressources humaines, aux recruteurs et au système éducatif.

Olivier Tripet a apporté à la quinzaine de participants présents à cette Causerie quelques clés pour décrypter ces métiers et compétences de demain. Pour nous faire comprendre la rapidité d’évolution de ce domaine, il s’est retourné dans un premier temps sur les nombreux métiers et compétences qui ont vu le jour depuis la montée en puissance du Web au milieu des années 90. Des compétences très techniques apparaissent dans un premier temps avec les webmasters et les développeurs. Avec l’apparition des premiers moteurs de recherche, de nouveaux métiers émergent tels que traffic manager. L’avènement de l’e-commerce amène ensuite son lot de Web marketers et de chefs de produits Web. A partir des années 2000, on entre dans l’ère du Web dynamique et de la co-création avec l’émergence des corporate blogger, des gestionnaires de contenus et des gestionnaires de la connaissance. Enfin, lorsque arrive le Web social, on voit se profiler les social media managers et les community managers. Ceci sans parler des nombreux métiers existants qui ont été bouleversés par l’arrivée des médias sociaux, notamment au niveau des métiers de la communication. 

Jean-Henry Morin, Olivier Tripet et Bruno Chanel

Jean-Henry Morin, Olivier Tripet et Bruno Chanel

Comme l’illustrent les exemples proposés par Olivier, la grande majorité des métiers qui ont ainsi vu le jour avec l’évolution du Web ne sont pas vraiment considérés comme tels, mais plutôt comme des rôles qui sont de plus en plus difficiles à catégoriser sous l’étiquette ‘métier’.

A ce stade de la discussion certains participants ont l’impression que le discours d’Olivier ne concerne que les entreprises multinationales dont l’impact est global et qui ont les moyens d’embaucher ces nouvelles compétences. Olivier nous assure que ce n’est pas le cas: dans les plus petites structures, soit on fait appel à ces compétences à la demande, soit ce sont des employés qui se forment et qui endossent ces nouveaux rôles une partie de leur temps. 

Et selon lui, même dans les grandes organisations les choses ne sont pas si évidentes. Car l’arrivée de ces nouveaux métiers est pour beaucoup conditionnée par la compréhension et l’appropriation du changement de paradigme amené par le Web. Le règne des silos étanches et bien délimités est en voie de disparition, avec tous les bouleversements que cela induit au niveau des manières de travailler et des postures à adopter. Le leadership a évolué vers des formes de management beaucoup plus transversales. La génération Z est en train de casser les codes. Le Web constitue un écosystème dans lequel il faut savoir évoluer et s’adapter rapidement en jouant des multiples compétences nécessaires. Ces changements-là, pour ne citer qu’eux, influent fortement sur l’apparition de métiers et de compétences nouvelles car pour que ces nouveaux métiers trouvent leur place dans l’entreprise, il faut préalablement changer les gens et les structures dans lesquelles ils évoluent.

Et demain ? La question est sur toutes les lèvres puisque c’est le thème de la Causerie. Et bien Olivier n’as pas de réponse toute faite à la question, comme d’ailleurs personne dans la salle. Mais tout le monde s’accorde à relever que les tendances fortes (big data, Internet des objets ou économie collaborative) qui commencent à impacter le Web amèneront leur lot de nouveaux métiers et de nouvelles compétences. Et plutôt que d’essayer de deviner précisément  de quoi sera fait demain, il vaut mieux s’y préparer.

Joke

A minima il faut comprendre ce nouveau modèle et savoir le prendre en compte. Les entreprises et les organisations doivent notamment admettre qu’elles ne sont plus dans une dynamique de métiers à définir et à cadrer, mais plutôt dans l’apprentissage continu de nouvelles compétences et dans la faculté à les assembler pour répondre aux besoins émergents. Vu l’évolution rapide des technologies du Web et leur caractère souvent disruptif, il faudra savoir constamment ajuster le tir. Dans le même temps il faudra valoriser et travailler sur les compétences intrinsèques des gens : la communication, la collaboration, l’ouverture, ou la réflexivité pour ne citer qu’elles.

                    Sachons être producteurs avant d’être consommateurs

 

Et cela renvoie à deux sujets qui ont animé une bonne partie de la Causerie: celui de la recherche d’emploi et celui de la formation. Le système suisse de recherche d’emploi qui gère les filières ne connaît même pas les métiers actuels en lien avec la communication sur le Web. Et ce problème ne va aller qu’en s’aggravant, ce d’autant plus que l’on s’éloigne de la notion de métier pour aller vers celle de compétences. Les participants posent les questions qui dérangent: « La Confédération a-t-elle pris la mesure de ce changement de paradigme ? », « Que font les organismes faîtiers ? » Ces acteurs devraient proposer aux entrepreneurs un mode d’emploi et les outils pour intégrer cette nouvelle donne. D’autre part on constate que le marché ne reconnaît pas encore vraiment ces nouvelles formations car en Suisse on subit encore trop la « dictature » des diplômes.

Et lorsqu’on évoque la formation, les critiques sont encore plus acerbes. On évoque des défaillances au niveau de notre système éducatif. « Quand notre Département de l’instruction publique va-t-il se réveiller? » demande-t-on. Car pour l’instant les seules formations dignes de ce nom qui apparaissent dans la région lémanique sont l’œuvre du secteur privé. Il faut sérieusement se poser la question du rôle que l’on veut faire jouer à l’instruction dans le monde de demain.

Et certains de renchérir sur le fait que ce manque de perspectives touche tous les secteurs. Nos décideurs devraient être mieux capables d’anticiper ces changements majeurs qui vont impacter de nombreux secteurs de notre société. Une injonction qui espérons-le sera entendue !


 

Olivier Tripet – Causerie Nouveaux Métiers -Septembre 2014 (170 Mb)


OlivierTripet

Observateur et praticien chevronné des médias sociaux depuis leur avènement, Olivier s’est vu confier de nombreux mandats stratégiques dans ce domaine par des grands groupes, des PME ou encore l’Administration publique. Il intervient régulièrement comme formateur et expert dans différentes hautes écoles. Il est également le fondateur et président de la Swiss Community Managers Association.


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