Patrick Genoud

Détails de l'auteur

Nom : Patrick Genoud
Date d'enregistrement : 05-10-2011

Biographie

Conseiller au numérique et à l’innovation dans le secteur public

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Articles de cet auteur

Un beau succès pour le GovJam genevois !

 

Think Services

Photo Lotfi Maimouni

Photo Lotfi Maimouni

Réunissez durant 48 heures plusieurs dizaines de personnes ouvertes, curieuses et motivées; proposez-leur un thème original; ajoutez quelques méthodes et outils de design de services et de co-création; secouez le tout dans un cadre exceptionnel et vous avez tous les ingrédients pour réussir un très beau GovJam 2015.

A Genève, avec l’appui de la Chancellerie d’Etat et du Département de la sécurité et de l’économie et sous l’impulsion de l’association Think Services, c’est dans la cour de l’Hôtel de Ville que l’instance genevoise du GovJam 2015 avait pris ses quartiers du 9 au 11 juin dernier.

Geneva GovJam 2015

Le terme GovJam (contraction de government et jam) est emprunté aux jam-sessions, ces séances musicales improvisées auxquelles s’associent différents musiciens de provenance diverses. Dans le GovJam les musiciens sont remplacés par les participants (citoyens, agents du service public, étudiants, etc.) et les notes de musique par les futurs services de l’administration.

Les GovJams sont des événements à l’audience planétaire qui ont pour vocation d’illustrer et d’expérimenter de nouvelles manières de concevoir des solutions aux problèmes d’aujourd’hui et de demain. Co-création, prototypage et concrétisation des idées sont les maîtres mots de ces « sprints de l’innovation dans le secteur public ».

De petites équipes imaginent et réalisent ainsi des prototypes de solutions innovantes répondant aux défis du secteur public et s’inscrivant dans le thème dévoilé au début de l’événement. Tous les résultats sont partagés sur le site du GovJam et constituent une source d’inspiration extraordinaire (allez y découvrir la diversité des nombreux projets imaginés cette année par la trentaine d’équipes inscrites !).

Mais au-delà des solutions concrètes (services, suggestions, manifestes, etc…) imaginées par les participants, ces GovJams constituent une opportunité de cultiver des relations hors de son cadre de travail habituel, de tester des méthodes et des outils d’innovation, d’échanger des idées nouvelles et surtout de FAIRE des choses ensemble. On sort ainsi parfois de sa zone de confort, mais toujours dans le plaisir et la bonne humeur. Ici pas de concours, pas de prix; seulement la satisfaction d’avoir réalisé ensemble l’ébauche (ou plus) d’un projet innovant et d’avoir enrichi les réflexions de la communauté internationale des participants.

Grâce à l’appui enthousiaste de Mme la Chancelière Anja Wyden Guelpa, l’édition genevoise 2015 avait le privilège de réunir les participants dans le cadre symbolique de la cour de l’Hôtel de Ville. Un endroit parcouru par de nombreux membres de l’administration genevoise, par les politiciens et politiciennes qui y siègent et surtout un lieu ouvert sur la cité, sur sa population et sur les touristes qui la visitent.

  • GVA GovJam 2015
    GVA GovJam 2015
    Photos Lotfi Maimouni

Au total ce sont près de 80 personnes qui ont participé activement à ce GovJam, la majorité d’entre elles s’étant inscrite pour la demi-journée initiale d’idéation. Beaucoup de membres de la société civile dans cette première phase et une majorité de collaborateurs de l’administration durant les autres phases consacrées à la réalisation des solutions.

Mardi à 15 heures les participants découvraient la vidéo de présentation du GovJam 2015 que ponctuait la découverte du thème de cette année. Et là surprise ! Le thème proposé par les organisateurs n’est pas un mot ou une phrase, mais une image assez ambiguë qui va servir de point de départ à la réflexion. Certains comme Anja Wyden y ont d’emblée vu une serrure; d’autres comme le Conseiller d’Etat Mauro Poggia, une personne enfermée dans son isolement. Certains enfin y ont retrouvé l’univers oppressant et monochrome d’une bureaucratie qui a grandement besoin de créativité et de couleurs…

Le thème du GovJam 2015

Voilà donc tout le monde embarqué dans une séance de brainstorming à l’issue de laquelle l’ensemble des idées prometteuses, disruptives et visionnaires ont été soumises au vote des participants qui ont décidé de concrétiser deux d’entre elles. La première a débouché sur le projet «Citoyen+» et la seconde sur le projet «Couleurs» présentés ci-dessous.


Citoyen+

Citoyen +

Dans une logique d’autonomisation des individus, l’objectif du projet Citoyen+ est de fournir une interface entre citoyens, administrations, entreprises et société civile qui permette une contribution améliorée des uns et des autres à la vie de notre région. Son ambition est de créer une boîte à idées et un forum pour que les Genevois puissent suggérer des améliorations sur les politiques publiques de l’Etat.

Le site Web du projet est un prototype appelé à évoluer et être approprié par les services de l’Etat et/ou les citoyens.

Citoyen+ propose des alternatives simples pour permettre au citoyen de contribuer à la vie de la région en se basant sur des outils existants. Les participants à ce projet ont décliné le mot «contribuer» selon 5 verbes d’action déclinés en lignes directrices et en propositions de solutions simples à mettre en œuvre :

  1. Informer, en communicant une information utile
  2. Agir, en s’investissant pour le bien commun
  3. Proposer, en suggérant des améliorations
  4. Débattre, en donnant son avis
  5. Financer, en investissant dans des projets qui nous tiennent à cœur
  6. Echanger, en partageant ses expériences

Le projet Citoyen+ a particulièrement enthousiasmé le président du Grand Conseil Antoine Barde. «Il manque parfois un lien entre le politique et le citoyen», a-t-il déclaré en guise de conclusion du GovJam. «Cette plateforme permettra peut-être de l’améliorer»


Couleurs

Couleurs

Le projet Couleurs est parti du constat que la relation entre l’usager et l’administration était souvent trop terne. Comment donc amener de la couleur dans cette relation, notamment au guichet ? Comment également partager des bonnes pratiques et recueillir les expériences des usagers aux guichets de l’administration afin d’améliorer les espaces d’accueil ?

Couleurs a pour objectif de fournir aux services de l’administration genevoise une plateforme permettant de partager des méthodes, des outils et des bonnes pratiques. Cette plateforme a vocation à être ouverte sur les autres organisations du secteur public en particulier et sur la société civile en général.

Couleurs permet de collecter les éléments pertinents pour la création d’un guichet physique et son espace d’accueil ainsi que de l’expérience usager qui y est associée. L’idée est de partager et d’enrichir ces éléments avec l’aide de la communauté en s’appuyant sur les réalisations existantes et sur les retours des usagers.

Couleurs se veut non contraignante et invite à une participation volontaire de la communauté.

Couleurs est une initiative qui permet de mieux servir les habitants de notre région.


Cliquer pour accéder au viewer

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Superbe image panoramique de la cour de l’Hôtel de Ville réalisée par l’équipe de Foxel

Ces deux projets n’ont pas forcément vocation à être repris par l’administration genevoise. Il faudrait pour cela trouver des services ou des offices à même de les porter et de les pérenniser, ce qui ne va pas de soi. Mais ce n’est pas le plus important. Citoyen+ et Couleurs constituent avant tout des pistes de réflexion qui peuvent arriver à maturité aujourd’hui, demain, ou peut-être jamais. Ces ébauches, et surtout la dynamique des GovJams, sont des graines que l’on sème et qui doivent servir de source d’inspiration aux participants du GovJam et à d’autres.

Car ce qui est intéressant dans ce cas c’est d’expérimenter des nouveaux modes de travail et de voir ce qu’ils apportent dans une logique de «build to think» («faire pour réfléchir»). Les participants ont d’ailleurs dans leur grande majorité été enthousiasmés par ce travail en co-création souvent nouveau pour eux. Ils ont pu tester la valeur ajoutée de démarches, de méthodes et d’outils innovants qui peuvent nous aider à imaginer les services publics de demain, créés pour et avec les citoyens. Certains ont apprécié cette occasion trop rare de décloisonner l’administration et de l’ouvrir sur la cité en proposant un lieu de rencontre vivant où collaborateurs de la fonction publique et citoyens peuvent échanger et créer ensemble.

Je n’imaginais pas qu’on pouvait produire autant de choses intéressantes en si peu de temps !

Un participant

Mais ils ont surtout eu la satisfaction de concrétiser dans un temps très court deux projets plus ou moins aboutis en lien avec le thème proposé. Un mode de travail agile et rapide, en mode prototypage, qui est loin d’être la règle dans le secteur public.

Du côté des organisateurs le bilan est également positif. Nous aurions certes souhaité une participation plus nombreuse et surtout mieux répartie sur les quatre demi journées. Mais l’élan suscité par ce premier essai et les opportunités qui se sont présentées à la suite de ce GovJam nous encouragent à aller de l’avant. De nombreuses pistes d’améliorations ont d’ores et déjà été envisagées pour l’édition 2016.

Une édition qui bénéficiera une nouvelle fois du soutien de Madame la Chancelière d’Etat et qui devrait se tenir dans la cour de l’Hôtel de Ville. Rendez-vous donc au début juin de l’année prochaine pour un GovJam inspirant !


Les médias en ont parlé !


Les vidéos prises durant le GovJam





Bonus

 

La vidéo de lancement du GVA GovJam  😎


On a causé d’agenda numérique…

 Agenda numérique

Un agenda numérique pour la Suisse


Alors que de très nombreux pays sont aujourd’hui dotés d’instances politiques chargées de prendre à bras le corps les questions numériques et d’assurer le pilotage stratégique d’un Agenda Numérique pour le développement de la société, la Suisse se trouve dans une position délicate n’ayant ni une telle responsabilité au plus haut niveau, ni un tel agenda.

Lors de la conférence Lift qui s’est tenue à Genève en février dernier, plusieurs personnalités romandes se sont mobilisées pour débattre de la question et initier une dynamique autour de ce sujet. Ce panel a marqué le lancement officiel d’un débat national lancé dans le cadre d’un partenariat entre Lift Conférence, Le Réseau et ThinkServices. La centaine de participants présents pour l’occasion ont tous reconnu la nécessité d’amener le débat sur la place publique et d’en remonter les thèmes important dans une logique bottom-up de co-création.

La Causerie du 18 juin était animée par les membres de l’association Think Services, l’un des initiateurs de ce débat national. Ensemble nous avons débattu des différents sujets qui y sont liés. Ce a également été l’occasion de tester le Kit DIY qui nous a permis d’identifier les enjeux essentiels à remonter à nos autorités fédérales pour l’automne 2015.


Think Services est une association à but non lucratif créée en 2010 dans le cadre du Centre Universitaire d’Informatique de l’Université de Genève et de l’Observatoire technologique de l’Etat de Genève. Ce laboratoire d’idées rassemble à titre individuel des personnes provenant d’horizons variés: chercheurs, entrepreneurs ou collaborateurs du secteur public pour ne citer que ceux-là.

Parmi eux Jean-Henry Morin, Giorgio Pauletto et Patrick Genoud ont animé cette Causerie.

24ème Journée de rencontre de l’OT


L’économie collaborative

Economie collaborative


Jeudi 8 octobre 2015, 14h – 17h30
hepia, rue de la Prairie 4, Genève

Entrée libre et gratuite mais inscription souhaitée

Inscription


 

Uber, rbnb, BlaBlaCarKickstarter : les exemples médiatisés de l’économie collaborative sont légions. Grâce au numérique ces sociétés ont su replacer l’individu au cœur de l’action. Elles sont emblématiques d’une tendance forte, en rupture avec les modèles traditionnels. 

Mais cette nouvelle économie ne se réduit pas à des succès innovants. La consommation collaborative sous-jacente englobe des dynamiques et des pratiques pas forcément en lien avec le numérique, telles que la co-utilisation, la co-élaboration ou le troc.

Cette 24ème Journée de rencontre éclairera le sujet de manière large afin de nous aider à en comprendre les enjeux et à évaluer les opportunités pour notre région en général et pour notre administration en particulier.

Nous vous invitons donc à réserver la date du jeudi 8 octobre 2015 après-midi. Le programme détaillé vous parviendra au début septembre.

Nous espérons vous voir nombreuses et nombreux à cette occasion qui constituera également un moment d’échange et de convivialité.

M. Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge du Département de la sécurité et de l’économie nous fera l’honneur d’introduire cet événement.


Contact et organisation:
patrick.genoud@etat.ge.ch
christopher.larraz@etat.ge.ch

On a causé de villes intelligentes…

Ville intelligente


Smart city – la ville intelligente

 

A en croire certains, les capteurs, les réseaux et les algorithmes constituent la réponse aux défis qui attendent la ville de demain ! Mais est-ce bien cela la ville intelligente ? Au-delà du concept marketing que manque-t-il à cette smart city pour être désirable et durable  ?    

On parle beaucoup depuis quelques années de smart city, de ville intelligente ou connectée. Les IBM, Cisco et autres géants de l’informatique proposent une vision souvent techno-centrique de la ville de demain.

Pour beaucoup cependant le concept reste flou. Qu’entend-on par smart city ? De quelles technologies et de quelle intelligence parle-ton ? Existe-t-il des exemples inspirants à travers le monde ?

Causerie du 21 mai 2015

Photo Bruno Chanel

Avec Giovanna Di Marzo nous avons évoqué ces questions et ces enjeux lors de la Causerie du jeudi 21 mai à la Muse Genève.

 




Giovanna Di Marzo Serugendo

Giovanna Di Marzo Serugendo est la directrice de l’Institut de Science des Services Informationnels (ISS) de l’Université de Genève.
Elle s’intéresse à l’ingéniérie des systèmes et des services informationnels autonomes adaptatifs. Cela concerne notamment les objets connectés et leurs diverses applications telles que les bâtiment intelligents, les événements interactifs ou les smart cities.

En juin, décoiffons le service public !

Geneva GovJam 2015

#GVAGovJam15 

Du 9 au 11 juin – Cour de l’Hôtel de Ville

Think Services, sous l’impulsion du professeur Jean-Henry Morin de l’Institut de Science de Service Informationnel et des membres de l’Observatoire technologique, participera au Global GovJam 2015. Ces ‘sprints de l’innovation dans le secteur public’ sont lancés simultanément dans de très nombreux pays sur un thème que les participants ne découvrent qu’à la dernière minute. Ils constituent tout à la fois pour eux l’occasion de cultiver des relations hors de leur cadre de travail habituel, de tester des outils de créativité et d’échanger des idées nouvelles, tout en élaborant un projet concret s’inscrivant dans le thème donné. Ici pas de concours, pas de prix; seulement la satisfaction d’avoir réalisé ensemble l’ébauche (ou plus) d’un projet innovant et d’avoir enrichi les réflexions de la communauté internationale des participants.

Cour de l'Hôtel de VilleL’essai à petite échelle de l’année dernière autour du thème de la ‘Confiance’ a été un succès et nous a convaincu de passer cette année à la vitesse supérieure. Avec l’appui de Mme la Chancelière Anja Wyden Guelpa nous pourrons investir la cour de l’Hôtel de Ville du 9 juin à 15h au 11 juin à 15h à l’occasion du Global GovJam 2015. L’événement sera ouvert à tous, que vous soyez collaborateurs de l’administration genevoise, citoyens du canton ou simplement participant motivé, le tout de manière ‘organique’ et aussi peu contraignante que possible.

Avec cette instance genevoise du Global GovJam 2015, nous souhaitons avant tout :

  • illustrer la valeur ajoutée de démarches, de méthodes et d’outils innovants qui peuvent nous aider à imaginer les services publics de demain
  • décloisonner l’administration et l’ouvrir sur la cité en proposant un lieu de rencontre ‘vivant’ où collaborateurs de la fonction publique et citoyens peuvent échanger et créer ensemble…

…tout en montrant que cela peut être fun !

Service Box

Indications pratiques:

Comme nous n’allons pas « camper » 48 h et que nous avons tous des obligations professionnelles et privées, l’organisation générale se structure autour de 3 moments :

  • 9 juin, 15h – 21h : découverte du thème / séance d’idéation et planification
  • 10 juin, 9h – 19h : réalisation du projet retenu
  • 11 juin 9h – 15h : finalisation et soumission du résultat  (à 14h M Antoine Barde, président du Grand Conseil, conclura l’événement)

Cafés, croissants, bières, pizzas sont fournis sur place…

… vous apportez votre bonne humeur et votre créativité !

Accès libre, mais inscription souhaitée.

Inscription

Contact: global.govjam@thinkservices.ch ou patrick.genoud@etat.ge.ch (022 388 13 52)

On a causé de Bitcoin et de monnaies complémentaires…

Monnaies complémentaires

 


 

Bitcoin et monnaies complémentaires

 


 

Les Causeries du jeudi ont quitté la Muse le temps d’un événement spécial organisé avec la société suisse d’informatique. L’espace de coworking Voisins nous a accueilli pour y débattre du très médiatisé Bitcoin tout en élargissant la perspective aux différentes formes de monnaies complémentaires.  

Bitcoin est l’une de ces nouvelles monnaies qui vise à fournir un système monétaire capable de fonctionner sans la dépendance d’intermédiaires tels que les banques. Et au-delà de ses caractéristiques techniques, ses principes fondateurs nous interpellent et méritent que l’on s’y arrête le temps d’une Causerie.

Mais Bitcoin ne représente qu’une des très nombreuses monnaies complémentaires qui essaiment aujourd’hui sur la planète. Pourquoi toutes ces initiatives ? A quels enjeux répondent-elles ?

C’est à ces questions que la Causerie du 23 avril 2015 a répondu avec la participation de Jean-Michel Cornu, Alexis Roussel et Jean-Christophe Schwaab.

 


 


Jean-Michel Cornu 
est consultant international, directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération et Chief Visionary Officer du projet Imagination for People.


Alexis Roussel est juriste et entrepreneur. Il a présidé le Parti Pirate Suisse jusqu’en mars 2015. Il est un militant actif, ardent défenseur du numérique tout en pointant ses dérives.


Jean-Christophe Schwaab est conseiller national socialiste vaudois. Il est président romand de l’Association suisse des employés de banque.

 


 
 La Muse    

On a causé de l’Internet des objets…

Internet des objets

En permettant à des milliards d’objets d’échanger des informations et d’agir à la demande ou de manière autonome à l’échelle planétaire, l’Internet des Objets sera-t-il à l’origine de la prochaine révolution industrielle? Beaucoup d’entrepreneurs y croient, à l’image de Didier Hélal, co-fondateur de la société genevoise OrbiWise.

Les domaines explorés par OrbiWise sont aussi variés que l’agriculture de précision, les compteurs intelligents, le suivi de la qualité de l’eau, de la pollution sonore, de la collecte des déchets, ou la domotique. Lors de cette Causerie du 19 mars dernier, Didier Hélal nous a présenté ces perspectives prometteuses offertes par une technologie qui n’a réellement décollé que depuis peu. Il a  également abordé les enjeux liés à un Internet des objets qui n’a pas encore les réponses à toutes les questions que la société civile ne manquera pas de poser.

Didier Hélal a tout d’abord rappelé à la quinzaine de personnes présentes l’impact (en devenir) de l’Internet des Objets (IoT pour Internet of Things) sur le monde connecté. Que ce soit au niveau des individus, des métiers et des organisations, ou de la société en général, l’IoT permet de répondre aujourd’hui à des défis de santé, de sécurité, d’efficience, de productivité ou de développement durable pour ne citer que ceux-ci. La possibilité de connecter des capteurs, de remonter en temps réel et à très bas coût les données qu’ils collectent, et de piloter des objets permet d’imaginer des services dont la plupart sont encore à découvrir. Car l’ensemble de ces données et des informations correspondantes sont directement accessibles sur le cloud de manière simple et décloisonnée. En ce sens l’IoT vient en quelque sorte nourrir le big data

Mais pour pouvoir collecter ces données et les exploiter efficacement, encore faut-il disposer d’une infrastructure adéquate. Et c’est dans ce domaine que la société OrbiWise se positionne en déployant une infrastructure basée sur la technologie LoRa qui beaucoup moins coûteuse en énergie que le GSM habituellement utilisé lorsque aucun réseau WiFi n’est disponible. Les stations LoRa sont peu chères et leur portée dans les meilleures conditions avoisine les 30 km.

Pour valoriser ce type d’infrastructure et en illustrer les potentialités, OrbiWise explore de nouveaux usages qui n’étaient jusqu’ici pas possibles en raison du manque d’accès au WiFi ou à des sources d’énergie pour alimenter les capteurs. On est clairement ici dans des usages professionnels bien éloignés de la domotique ou du quantified-self que l’on évoque souvent en parlant d’IoT. Les principaux utilisateurs qui vont bénéficier de ce type d’infrastructure sont avant tout des organisations publiques ou privées et des professionnels. Didier Hélal l’a illustré à travers plusieurs exemples mis en oeuvre par OrbiWise pour démontrer la faisabilité et la valeur ajoutée des services élaborés sur leur infrastructure: 

  • Poubelles publiques intelligentes qui signalent lorsqu’elles sont pleines, permettant ainsi d’optimiser la collecte des déchets
  • Mesures météo en temps réel dans les vignes qui renseignent le viticulteur sur une météo micro-locale, lui permettant d’optimiser la culture de ses vignes et lui évitant de très nombreux déplacements
  • Mesures fréquentes et régulières du niveau de bruit dans la ville qui, conjuguées avec les mesures des stations lourdes actuelles, fournit des renseignements précieux aux urbanistes et aux ingénieurs de mobilité
  • Mesures de qualité sur le réseau de distribution d’eau qui permet de connaître son état en tout point et en temps réel à des coûts très faibles

Et de tels exemples peuvent être multipliés bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Les capteurs et les services associés permettront à terme d’obtenir en temps réel une image du territoire qui s’inscrit tout à fait dans la vision de la smart city dont on parle tant actuellement. Ils amèneront notamment:

  • une visibilité fine des problèmes éventuels

  • des remontées d’alertes

  • des prévisions basées sur des mesures sectorielles présentes et passées et sur leur croisement avec celles d’autres domaines

  • etc…

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Photo Bruno Chanel

OrbiWise n’a pas vocation à développer les services évoqués par Didier Hélal. Si cette société le fait actuellement c’est parce qu’elle doit pouvoir mettre en avant la valeur ajoutée de tels services que trop peu d’acteurs développent actuellement. Mais c’est bien sur l’infrastructure qu’OrbiWise amène une plus-value et qu’elle entend se positionner sur le long-terme. Le défi sera alors de faire émerger un écosystème viable autour de cette infrastructure.

Les usages présentés enthousiasment les participants à la Causerie qui voient bien les potentialités offertes. Et au-delà des infrastructures ou des services, les discussions abordent très vite un élément essentiel lié à l’IoT: la donnée. Car les données remontées dans le cloud par les capteurs constituent la vraie mine d’or qui va permettre aux usages de voir le jour. On a ici quitté le domaine de l’IoT pour entrer dans celui du big data ! Et la discussion s’égare sur les besoins à venir de nouvelles compétences relatives à ce domaine telles que les data brokers ou les data scientists… Ces compétences nouvelles renvoient d’ailleurs à un aspect négatif de l’IoT qui est celui des postes de travail qui sont amenés à disparaître avec l’arrivée des services amenés par les objets connectés. Mais c’est là l’éternelle question de la modernité et des changements qu’elle induit dans la société.

Et on touche là aux questions beaucoup plus fondamentales, car sociétales, amenées par l’IoT. Car ce nombre toujours croissant d’objets connectés pose bien des questions aujourd’hui sans réponses définitives: « Pourquoi connecter l’ensemble de la société ? »« Se préoccupe-t-on suffisamment du respect de la sphère privée ? »« Se préoccupe-t-on suffisamment du respect de la sphère privée ? », « N’est-ce pas la voie ouverte à un monde gouverné par les algorithmes ? ». On a évoqué durant la Causerie certaines pistes dont chacune nécessiterait de nombreuses heures de discussion pour bien les cerner.

Tous les participants, et Didier Hélal en tête, admettent que tout cela mérite en tous cas une réflexion bien plus poussée que le peu qu’il y en a actuellement. On manque en effet d’esprit critique en ne se focalisant que sur les opportunités, certes extraordinaires, offertes par l’IoT.

Il faudrait pour le moins élaborer des recommandations destinées à cadrer les usages à venir et à en contrebalancer les effets pervers. Là-dessus tout le monde semblait d’accord dans l’assemblée. C’est sur le qui et le comment que les avis divergeaient. Est-ce le rôle des politiques qui pour la plupart sont dépassés par ce changement de paradigme? Est-ce celui des entreprises actives dans le domaine qui n’ont pas forcément une vision large sur la question? Faut-il mettre en place des structures indépendantes qui axent leurs réflexions sur les aspects éthiques et sociétaux ? Pas de réponse tranchée, si ce n’est pour admettre qu’il faut tendre à une meilleure maîtrise de ces systèmes complexes en mettant en place une gouvernance qui pour l’instant n’est qu’embryonnaire.


Didier Helal

Didier Hélal est développeur d’affaires chez OrbiWise.

Il a précédemment occupé diverses fonctions chez ST-Microelectronics arrivant au titre de directeur du développement opérationnel. Il est titulaire d’un doctorat en électronique appliquée à la radar-météorologie, et auteur de plusieurs brevets et communications scientifiques.

                                                                                                                                                                       .



On a causé de leadership et de culture digitale…

Causerie Culture Digitale

Le nouvel environnement dessiné par la révolution digitale peut sembler déconcertant, incontrôlable et paradoxal. Pourtant il recèle de grandes opportunités. Mais avons-nous les bonnes lunettes pour le comprendre, en décrypter les codes et en assimiler la culture ? C’est là l’enjeu pour y trouver sa place et  s’y sentir à l’aise.  

La littérature est abondante sur les technologies et les innovations de rupture qu’elles amènent. Mais lorsqu’on désire répondre aux enjeux de ce nouveau paradigme en permettant l’intégration de la dimension humaine de ces transformations, il faut s’intéresser à un domaine encore trop peu exploré: celui de la culture. Car à environnement nouveau, il faut une culture nouvelle, celle du digital en l’occurrence.

Les Passeurs du Digital, Marie Elisabeth Boury et Valérie Bauwens, aident ainsi les leaders à décrypter cette culture et mettent en oeuvre les approches permettant de comprendre le digital, d’en trouver le sens et de se l’approprier. Elles sont venues discuter du sujet avec la vingtaine de personnes présentes lors de la Causerie organisée à la Muse Genève le 19 février dernier.

Je me doutais bien en préparant cette Causerie qu’en résumer le contenu ne serait pas facile. Et je ne m’étais pas trompé ! Ce billet tente donc de retracer dans les grandes lignes des échanges qui ont abordé un sujet tout à la fois vaste, intangible et encore peu exploré.

Pour Marie Elizabeth la culture est une interface entre nous et notre environnement. Elle est constituée d’un ensemble de codes, de règles et de pratiques qui nous permettent de comprendre cet environnement que le digital, au cours de ces dernières années, a considérablement bouleversé. Beaucoup ont nié l’évidence en évoquant une mode passagère. Et les quelques leaders qui ont tenté de s’adapter à ce changement de paradigme l’ont dans un premier temps abordé avec une approche avant tout technologique qui n’est clairement pas la bonne.

symbole-chinois

Car les technologies ne sont que les vecteurs et les facilitateurs de ces changements profonds. Et leur compréhension n’amène que des réponses superficielles à des changements plus essentiels encore. En toile de fonds de l’évolution des technologies ce sont en effets des transformations majeures des postures et des comportements qui ont eu lieu. C’est à ce niveau que l’on peut parler de culture digitale et qu’il faut savoir amener les gens (et les leaders en particulier).

Marie Elizabeth et Valérie travaillent à expliciter les codes qui permettent de décrypter les modèles de rupture du monde digital. Elles mentionnent par exemple et pour ne citer que ceux-ci: les réseaux, les écosystèmes, la collaboration, la co-création, la transparence, l’autonomisation, les approches centrées utilisateurs, la transversalité, etc.

Mais au-delà de la connaissance de ce codes qui constituent une grille de lecture de la culture digitale, il faut savoir comment en faire prendre conscience et comment accompagner les changements qu’ils impliquent. Pour ce faire, Marie Elizabeth et Valérie organisent des ateliers dans lesquels elles amènent les participants (souvent des chefs d’entreprises qui se sentent largués dans ce monde méconnu pour eux) à découvrir le sens à donner au digital à travers les exemples concrets les plus médiatisés (comme le Bitcoin, SpotifiyUber ou Airbnb pour ne citer qu’eux).

La majorité des participants en sont convaincus: comprendre cette culture digitale et savoir en déchiffrer les codes est vital pour de nombreux entrepreneurs. Car à l’image des quatre exemples donnés ci-dessus, les innovations de ruptures peuvent venir à tout moment mettre en danger des entreprises et des organisations que rien ne semblait pouvoir faire vaciller. Plutôt que de subir ces changements ou de disparaître, mieux vaut alors essayer de comprendre les dynamiques qui vont nous impacter et se mettre dans le mouvement. 

     Tous les jours je vois des conflits entre des arbres et des réseaux !

Et que l’on évoque l’orientation usagers, l’accélération et la complexité croissante induites par les technologies ou les phénomènes de rupture, on retombe très vite sur les modes d’organisations qu’il faut savoir mettre en place pour prendre tout ceci en compte. C’est en tous cas l’un des points qui doit retenir l’attention des leaders et qui a suscité de nombreux échanges parmi les participants. Dans le monde digital, les organisations pyramidales caractéristiques de la société industrielle s’effacent devant des organisations de type matriciel ou en réseaux, voire même de type organique qui sont plus aptes à s’adapter à ses spécificités.

La discussion a s’est par la suite focalisée sur les jeunes. Certains dans l’assemblée sont convaincus que les générations Y ou Z ont intégré cette culture digitale et comprennent implicitement comment elle impacte notre quotidien. Le reste n’est qu’une question de patience: ces jeunes seront bientôt au pouvoir et les choes changeront naturellement. Mais la majorité pense que baigner dans le digital ne suffit pas à en comprendre réellement tous les codes avec la prise de distance nécessaire. Et pour la x-ième fois lors d’une Causerie, l’on refait le constat des lacunes de notre système éducatif dans ce domaine…

Marie Elizabeth et Valérie

Photo Arnaud Velten

Dans une deuxième partie, Marie Elizabeth et Valérie nous proposent un petit exercice de groupe qui nous amène à répondre à trois questions:

  1. Comment fédérer les gens autour du sujet de la culture digitale ?

  2. Où intervenir ?

  3. En quoi la culture digitale est utiles pour nous ?

Un brainstorming d’une dizaine de minutes remonte les idées suivantes livrées ici en vrac :

  • Amener les gens dans un espace non numérique.

  • Utiliser les enfants pour nous aider à comprendre (prendre le temps de les observer).

  • Se pencher sur les démarches de gamification.

  • Faire comprendre que l’on est dans le changement permanent. 

  • Intervenir partout et de manière multilatérale.

  • La culture digitale n’est pas un message en soi. Savoir exprimer l’objectif que l’on veut servir et annoncer les valeurs sous-jacentes.

  • Ne pas oublier le mieux-vivre ensemble.

  • Savoir prendre du recul.

  • S’adapter au changement dans un système en évolution.

  • Casser les barrières; ouverture et partage; autonomisation.

  • Responsabilité et confiance sont au cœur de tout ça (lien avec la Causerie de janvier).

  • C’est une question de survie, même si cela ne va pas durer. Co-construire un autre monde. Il faut donc comprendre cette culture numérique.

Pour terminer cette Causerie riche et intéressante, chacun rappelle les mots avec lesquels il repart. J’ai retenu notamment ceux-ci: complexité, perplexité, content, continuer ensemble…


Marie Elizabeth Boury

Président d’Academie Digitale / les Passeurs  dont la vocation est de faciliter et d’accélérer la prise en compte et l’acquisition de la nouvelle culture digitale par l’entreprise et les institutions; ancien dirigeant dans le domaine des nouvelles technologies puis dirigeant d’une société de conseil accompagnant la transformation des entreprises, Marie Elisabeth Boury (Meb) est aussi philosophe, orientaliste et historienne.


Valerie Bauwens

Après l’obtention d’un Master en gestion aux HEC-Liège, Valérie Bauwens débute sa carrière en finance et business development. C’est pour mettre des visages sur les chiffres des plans d’affaire qu’elle rédigeait que Valérie s’est attelée à institutionnaliser la recherche utilisateur comme compétence clef du département de recherche et développement de Swisscom. Elle co-crée rapidement un observatoire des usages des clients privés qu’elle étend aux usages en entreprise.

On a causé de responsabilité numérique…

La responsabilité numérique

 

Les révélations sur le programme américain de surveillance globale marqueront probablement l’histoire comme étant un moment majeur de rupture de confiance vis-à-vis des outils et du monde numériques. Face à cette situation, certains ne voient qu’une réponse binaire possible: soit le «tout sécuritaire», soit le «laissons faire et advienne que pourra».  

Jean-Henry Morin, spécialiste international des politiques numériques et de la sécurité des systèmes d’information, est convaincu qu’entre la confiance aveugle et la paranoïa il existe une autre voie. Il pense que nous devons changer la manière dont nous envisageons la confiance dans le monde numérique aujourd’hui. A l’instar de la lame de fond de la société collaborative et des nouvelles formes de l’économique du partage, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle forme de responsabilité participative, co-créée: une «responsabilité numérique». Il propose, dans un livre paru l’année dernière, une analyse critique des dispositifs de régulation actuels et fournit une nouvelle solution pratique pour les individus, les entreprises et les institutions. C’est pour enrichir ses réflexions qu’il a animé la Causerie du 29 janvier dernier suivie par une vingtaine de personnes.

Cela fait aujourd’hui plus de 10 ans que Jean-Henry s’intéresse à la sécurité, à la gestion des risques et à la protection des données. C’est en étudiant les technologies de gestion des droits numériques (DRM) et en constatant combien elles étaient dévoyées par les lobbies du multimédia qu’il a compris qu’il fallait réformer complètement notre approche de la sécurité. Ce sont les travaux de Edward Felten en 2005 qui ont constitué l’événement déclencheur de ses recherches sur le sujet. La sécurité a toujours été par essence constituée de certitudes et de règles postulant par défaut une défiance vis-à-vis de l’utilisateur. Jean-Henry nous propose de renverser la règle et de poser l’exception comme postulat de base.

Car son premier constat est que la sécurité ne s’attaque pas, mais qu’elle se contourne. Ceci est notamment dû au fait que le facteur humain n’est la plupart du temps pas assez pris en compte. Deuxième constat: le principe de proportionnalité est trop souvent ignoré lors de la mise en œuvre de solutions de sécurité. Or qui dit ‘sécurité’ doit obligatoirement penser ‘arbitrage’ sous peine de voir les utilisateurs chercher des stratégies de contournement. Il prône ainsi une conception de la sécurité centrée utilisateur, en utilisant notamment des démarches de design thinking. Dans ce contexte, il faut notamment prendre correctement en compte la notion de désirabilité de la solution envisagée.

Cette introduction faite, Jean-Henry nous propose de discuter avec lui de trois points qui lui paraissent essentiels dans sa réflexion et sur lesquels il aimerait avoir notre point de vue:

  1. La rupture de confiance massive initiée par l’affaire Snowden en 2013. On ne peut plus nier aujourd’hui qu’il a un réel problème au niveau de la sécurité de nos données. Avant 2013 on s’en doutait; maintenant on le sait.
  2. Le déni de progrès qu’il constate de la part des poids lourds de l’Internet. Ces derniers affirment que la technologie ne peut pas répondre à des préoccupations légitimes de protection de la sphère privée. Or c’est faux !
  3. Le concept de ‘Too fat to change’ qui relève d’un cynisme économique crasse, ces poids lourds n’ayant aucune envie de changer les règles du jeu en raison des problèmes potentiels que cela pourrait avoir sur leur modèle d’affaire.

Jean-Henry MorinJean-Henry regrette le peu de cas que les gouvernements font d’une problématique dans laquelle ce sont des entreprises privées qui dictent un jeu dont la nature est profondément publique. Il voit cependant une lueur d’espoir dans le droit européen qui est en pleine mutation dans ce domaine avec la mise en place de la réforme européenne de la protection des données qui vise une réappropriation de nos données personnelles. Si les lois envisagées en terme de protection des données sont votées prochainement, Jean-Henry prédit 10 ans d’innovation intensive devant nous dans le domaine de la sécurité.

Il sera alors le moment de rendre la confiance aux utilisateurs en renversant l’hypothèse de non-confiance posées par la sécurité conventionnelle.

Le numérique peut également constituer un instrument facilitant une transparence qui permet un empowerment des individus (via un accès facilité à l’information et aux échanges qui peuvent en résulter à travers les médias sociaux ou les plateformes dédiées). Il permet ainsi de rétablir une certaine symétrie dans les relations en renforçant le conversationnel. La co-conformité dans ce contexte naît de la transparence et de cette confiance éclairée.

Jean-Henry introduit à ce stade la notion de co-conformité (co-compliance en anglais). Il s’agit pour lui d’une responsabilité collaborative favorisée par le numérique, permettant aussi bien l’élaboration conjointe de l’objet d’une décision ou d’une action que l’évaluation et le contrôle partagé du résultat.

     L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite serait la liberté ?

 

En paraphrasant Rousseau, il introduit la notion de Responsabilité numérique qui devrait se caractériser par la prise en compte des points suivants:
  1. Conception centrée utilisateur
  2. Prise en compte de toutes les parties prenantes
  3. Proportionnalité des moyens mis en œuvre
  4. Prise en compte du facteur humain
  5. Ouverture et transparence
  6. Partage et collaboration
  7. Parcimonie et humilité de l’usage de l’instrument légal
  8. Appui sur des cadres de politiques publiques durables

Dans une optique de conception responsable des systèmes, Jean-Henry propose de partir sur une approche de type ‘Charte’ associée à un ‘label ouvert’ qui restent encore à élaborer. Dans son esprit Internet n’as pas besoin de policiers. Ce sont les utilisateurs qui peuvent efficacement jouer ce rôle-là.

Il mentionne à ce propos l’existence du groupe de travail Cloud Social Responsibility lancé au sein du think tank Think Services et qui vise à mettre en place un label ouvert facilement appropriable et permettant de qualifier la manière avec laquelle un service cloud respecte les droits (et notamment la sphère privée) de ses utilisateurs.

Causerie Responsabilité Numérique

Photo Bruno Chanel

La discussion qui s’engage autour de ces différents points est passionnante. L’approche proposée par Jean-Henry séduit les participants. Mais certains soulèvent un aspect qui devrait mieux ressortir dans son discours: celui d’une perspective globale centrée non seulement sur la personne, mais également sur le groupe ou la communauté, et sur la société et l’Etat. Car l’individu pris dans sa globalité a certes une importance cruciale dans l’approche; et il faut savoir prendre en compte correctement ses besoins et son point de vue. Mais d’autres aspects doivent être considérés dans des perspectives plus larges sur lesquelles on adresse des thématiques différentes, qui toutes ont leur importance. A ce propos, le point 4 ci-dessus (Prise en compte du facteur humain) devrait clairement être mis en avant.

On note également que les mots n’ont pas la même portée selon les cultures, spécialement dans un domaine tel que celui de la protection des données qui est lui-même différemment perçu selon les pays. Il faudra donc être attentif à la mise en perspective des concepts proposés. Jean-Henry est bien conscient de cette difficulté mais il souligne que les initiants de la licence Creative Commons ont été confrontés au même cas de figure et qu’ils ont su parfaitement surmonter l’obstacle.

Un tel label éthique fait manifestement du sens pour les participants; mais très vite se pose la question cruciale: ‘Comment faire envie pour que les parties prenantes y adhèrent ?’ Pas de réponse définitive à cette question. Mais quelqu’un évoque le parallèle avec le monde du logiciel libre qui a trouvé le moyen de promouvoir sa charte et son label via des licences copyleft. Cet aspect viral des licences libres devrait constituer une source d’inspiration dans ce label à imaginer autour de la responsabilité numérique.

Comme souvent lors des Causeries la discussion prend ensuite des chemins de traverse et nous amène à aborder des sujets connexes au thème de la soirée. On disserte notamment sur le droit des robots et des drones qui soulèvent des questions importantes dont il vaut mieux se préoccuper aujourd’hui avant que les entreprises privées ne nous forcent la main.


 

Jean-Henry Morin

Jean-Henry Morin est professeur associé en systèmes d’information et services informationnels à l’université de Genève. Membre de l’Institut de science des services, il est également président du laboratoire d’idées Think Services. Ses travaux de recherche portent notamment sur la gestion des droits et des politiques numériques, la sécurité des systèmes d’information, notamment dans des approches socialement responsables et durables, la conformité et la gouvernance des risques informationnels.



Transparence et blockchain hackathon

Ethereum

Le 26 novembre dernier, à l’initiative du Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et de l’Institute of Information Service Science et avec le soutien de l’Observatoire technologique et du think tank Think Services, près de 70 personnes se réunissaient dans les locaux du CUI à Battelle pour un hackathon d’un genre un peu particulier consacré à la transparence. Particulier parce qu’il réunissait bien des hackers et des développeurs passionnés comme d’habitude, mais parce que dans le même temps des innovateurs, des designers, des fonctionnaires et autres citoyens concernés s’étaient joints à la fête.

La transparence constitue une opportunité majeure de repenser la démocratie en général et nos administrations publiques en particulier. Les défis dans ces domaines relèvent de questions importantes touchant notamment à la décentralisation, à la responsabilité, à la confiance ou à la sécurité.

Ce hackathon de 8 heures avait ainsi pour objectif d’explorer co-créativement de nouvelles approches et opportunités pour repenser la démocratie ainsi que les services proposés par les administrations publiques en utilisant la technologie blockchain qui offre des propriétés intéressantes de traçabilité et de confiance dans ce contexte: immutabilité et transparence des transactions dans le blockchain.

Pour l’occasion le professeur Jean-Henry Morin avait invité des membres de la communauté Ethereum (@ethereumproject) à venir partager leur plateforme dans le cadre de ce hackathon. C’est presque toute la délégation d’Ethereum que nous avons eu la chance d’avoir parmi nous avec Vitalik Buterin (@VitalikButerin)Stephan Tual (@stephantual), Ken Kappler (@KapplerKen), Taylor Gerring (@TaylorGerring), Mihai Alisie (@MihaiAlisie) et Roxana Sureanu (@RoxanaSureanu).

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

Jean-Henry-Morin & Ethereum team

La plateforme Ethereum

La journée débute avec une présentation générale d’Ethereum, tout à la fois plateforme technologique, communauté et fondation. Ce sont les membres de la communauté Ethereum qui commencent par nous expliquer en quoi consiste leur plateforme.

L’objectif du projet est de «décentraliser le Web» en créant, à partir notamment de la technologie blockchain, une architecture qui doit permettre de créer une symphonie de solutions dans des domaines variés (médecine, votations, etc). Cette plateforme présente l’avantage dans ce contexte de vérifier une transaction numérique via le consensus d’une communauté d’utilisateurs distribuée, sans avoir à gérer la confiance ainsi obtenue via une autorité centrale. Cette notion de confiance distribuée et décentrlisée constitue le cœur d’Ethereum. C’est en bâtissant des solutions qui l’intègrent dans leurs gênes que l’on parviendra à réformer le système. Car si le blockchain a d’abord été implémentée pour vérifier les transactions de monnaies virtuelles telles que Bitcoin, elle peut être utilisée dans le même esprit pour n’importe quel contenu numérique et par conséquent pour concevoir n’importe quel service.

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We need more transparency in our society !

 

En proposant une solution technique qui permet de repenser notre vision de la confiance, de la sécurité, de la réputation ou de la transparence, la communauté Ethereum veut permettre aux gens de se questionner sur la manière dont nous effectuons de nombreuses opérations actuellement. Le modèle décentralisé proposé par leur plateforme casse en effet les hiérarchies dont s’accommode mal le monde de l’Internet et devrait permettre l’émergence de nouveaux modèles d’affaires en abaissant considérablement la barrière d’entrée sur ces technologies aux potentialités considérables. Pour l’illustrer, on rappelle par exemple que l’infrastructure Bitcoin est 14’000 fois plus puissante que les 500 plus gros supercalculateurs de la planète.

Ethereum se positionne donc comme l’un des acteurs qui va proposer les outils qui vont participer à la redistribution de la croissance de l’économie du partage dans une logique d’autonomisation. Un participant relève cependant que dans ce domaine il faut bien intégrer deux acceptions de la confiance que les anglo-saxons distinguent clairement: la notion de TRUST (avec le cerveau) et CONFIDENCE (avec les tripes). On touche ainsi à la notion de réputation à laquelle Ethereum ne va probablement pas pouvoir répondre dans un premier temps. Mais les gens d’Ethereum sont convaincus que dans un proche avenir nous allons disposer des outils et des services qui vont nous permettre de mieux gérer la réputation en particulier et les aspects sociaux de manière générale.

Dans tous les cas, les technologies blockchain font déjà leur chemin hors des cercles d’initiés puisque des institutions établies telles que l’Union de Banques Suisses considèrent avec sérieux les potentialités offertes (voir par exemple cet article). Le vote électronique constitue un autre domaine dans lequel cette technologie est prometteuse.

People01

Manifestement les membres de la communauté Ethereum ont poussé leur réflexion bien au-delà de la technologie elle-même. Ces jeunes sont motivés et enthousiastes et ils ont manifestement envie de changer le monde. Ils ont été particulièrement convaincants dans les réponses très cohérentes qu’ils ont apportées aux questions fondamentales qui ont été posées, que celles-ci touchent à la technologie, à la confiance, ou à la perspective sociétale dans laquelle l’envisager.

Les différentes présentations amènent d’ailleurs tellement de questions que le hackathon prend du retard sur l’horaire prévu. Mais cela n’a pas trop d’importance au vu du nombre et de la richesse des discussions que cela a généré, que ce soit sur des sujets techniques ou sur des notions plus fondamentales impactées par les potentialités amenées par ce type de technologie.

La suite de la matinée enchaîne sur  un brainstorming de 30 minutes afin de proposer des idées de réalisations sur le thème de la transparence en se basant sur la technologie blockchain. Huit sujets sont proposés et les les participants embrayent sur 6 d’entre eux. Les réflexions sont nourries; on discute, on se défie, on dessine, on code…

Cette période de créativité dans les différents groupes me laisse le temps de discuter avec Taylor Gerring et Mihai Alisie, deux des membres de la fondation Ethereum qui participaient à l’événement. Ils m’apprennent que la fondation est actuellement concentrée à améliorer la robustesse et la fiabilité de la plateforme. La communauté est composée majoritairement de geeks qui ont rejoint le projet pour proposer une plateforme riche de promesses qui va permettre des avancées significatives dans de nombreux domaines. Des événements tels que ce hackathon les aident à faire connaître leur technologie, à la confronter au regard pointu des développeurs et à envisager de nouvelles applications.

GeekAttitudeMais au fil de la discussion, je suis frappé par la prise de recul que Tylor et Mihai réussissent à prendre par rapport à ce projet technologique. Tous deux ne perdent pas de vue le sens qu’ils donnent à tout ça. Pas de faux-fuyant dans leur discours; ils n’ont pas toutes les réponses à  mes questions et ils ne prétendent pas être les sauveurs de la planète. Ils travaillent en toute humilité sur une technologie riche de promesses qu’ils vont mettre à disposition de tous, sans orientation politique aucune. Les gens me disent-ils s’en empareront comme bon leur semble. Pour le meilleur, espèrent-ils, même si ils ne peuvent pas exclure des usages non souhaités. Mais il est illusoire selon eux d’imaginer de contrôler cela. Dans tous les cas, ils s’inscrivent dans une dynamique dans laquelle je me retrouve entièrement. Ils m’apprennent enfin que la majorité de la communauté Ethereum provient d’Europe et d’Amérique du Nord; mais elle compte également des contributeurs dans de nombreux autres pays.

Restitution des différents groupes

La dernière heure de ce hackathon est consacrée à la restitution des cogitations/réalisations des 6 groupes.

Ideas & Teams

Ideas & Teams

Groupe n° 1

Use of the block chain to manage rights on digital contents

Le groupe imagine une solution de gestion des droits associés à des contenus digitaux (ex fichiers, images, videos, etc). L’avantage est de pouvoir gérer des droits qui sont transférables de manière irrévocable grâce à la technologie blockchain. Une telle solution serait naturellement extensible à d’autres thématiques. Le groupe a évoqué une solution qui serait très utile dans la gestion des contrats juridiques. Une implémentation native de la licence Creative Commons serait tout à fait envisageable dans ce contexte.

Groupe n°3

Taxpayer spending and tracability

Le groupe a modélisé son approche. Leur idée est de pouvoir suivre l’utilisation qui est faite de nos impôts. Chaque contribuable pourrait recevoir disposer d’un compte créé via blockchain sur lequel sont versés ses impôts. Il dispose alors d’une traçabilité sur l’utilisation de cet argent. On peut imaginer que les gens ont la possibilité de prioriser la manière dont leur argent est dépensé ou alors de déterminer des seuils au-delà (seuils hauts ou bas) desquels leur argent n’est plus affecté à telle ou telle politique publique. Cela devrait permettre aux individus d’avoir un meilleure compréhension de la manière dont leur argent est dépensé.

Groupe n°4

Trustworthy file transfer

En se basant sur les mécanismes de certifications proposés par la plateforme Ethereum,, le groupe imagine une solution de transfert de fichier certifiée qui permet d’échanger des fichiers de manière sécurisée et certifiée. Un groupe de geeks, puisqu’ils ont déjà commencé à coder la solution qui selon eux fonctionne presque. L’ébauche de solution EtherFileCertification est publiée sur GitHub.

Groupe n°6

Transportation management

Le groupe imagine une solution de mobilité conçue selon deux perspectives: celle de l’utilisateur des transports publics et celle du transporteur. L’idée est de pouvoir identifier et suivre tous les bus circulant sur le réseau de transports publics et de pouvoir remonter les problèmes qui peuvent y être liés. Dans le même temps la solution doit permettre de gérer le payement et toutes les informations qui transitent autour de la mobilité et de remonter des informations utiles pour améliorer le réseau en fonction des besoins d’usagers (certifiés grâce à Ethereum).

Groupe n°7

eParticipation

La participation des citoyens grâce au numérique devrait pouvoir prendre une dimension nouvelle avec les potentialités offertes par la plateforme Ethereum. Le groupe part de cette hypothèse pour imaginer une observatoire participatif de la démocratie. L’idée est de documenter et de valider tout le processus démocratique et de le rendre ainsi plus ouvert et plus transparent en y incluant des mécanismes de validation qui améliorent le niveau de confiance global du système. Les commentaires et informations remontés sur la plateforme sont certifiés par la technologie Ethereum. Jean-Henry Morin évoque à propos de cette idée la nécessité de considérer le droit à l’oubli comme un prérequis du système.

Groupe n°8

Socially responsible code writing

Au vu des similarités entre les deux, le groupe propose une solution qui soit capable de gérer le code légal avec la même richesse de fonctionnalités que le code informatique. Il imagine par exemple un mécanisme de vote pas-à-pas sur les différents articles d’un texte de loi en considérant chaque article comme un objet indépendant. Une fois un quorum atteint, on peut transférer le texte de loi ainsi élaboré dans le processus habituel de votation. Un tel système devrait favoriser le droit d’initiative et abaisser la barrière d’entrée dans le processus démocratique.

Conclusion

Jean-Henry Morin conclut la journée en remerciant les participants et en interpellant les représentants de la communauté Ethereum: ce hackathon a démontré que les potentialités d’Ethereum sont innombrables et nous amènent bien au-delà du paradigme des crypto-monnaies d’où est née la plateforme. Stephan Tual l’admet bien volontiers et nous apprend que c’était le premier événement de ce genre autour d’Ethereum, c’est à dire en dehors des communautés traditionnelles de cryptographie.

Jean-Henry se réjouit en tous cas du grand nombre de gens présents et de la qualité et de la diversité des idées générées lors de cette journée. Les participants au hackathon sont selon lui tous des innovateurs en puissance qui vont changer le monde. Il conclut avec cette image forte reprise d’une discussion avec un membre de l’équipe Ethereum :

Nous participons à une course dans laquelle des gens comme ceux de la communauté Ethereum espèrent « être prêts » avec des solutions qui permettront au monde de s’en sortir lorsqu’il se cassera la figure (ou du moins lorsque le paradigme actuel aura vécu).

 

Rendez-vous est pris pour 2015 à une date restant encore à déterminer mais probablement sur la fin de l’été, début de l’automne.

Le soir-même Jean-Henry Morin a présenté les résultats de ce hackathon lors du 2ème Rendez-vous de la transparence organisé par le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence du canton de Genève.


Références

Ethereum white paper : https://www.ethereum.org/pdfs/EthereumWhitePaper.pdf

Quelques références sur l’Etherpad de Ethereum

 


Un tout grand merci aux sponsors qui ont permis de réaliser cette journée dans des conditions parfaites :

University of Geneva, Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et Institute of Information Service ScienceThinkServices.chObservatoire technologique, DGSI, Etat de GenèveFree IT Foundation et Fondation Raymond JacotSBEXEverdreamSoftOpendata.chEthereum

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